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Hasta siempre revoluçao (orthographe non contractuelle)

Ce matin au réveil, j'ai été très déçu d'apprendre que la Croatie avait perdu son premier match de coupe du Monde 2014. Non que je fasse montre d'un quelconque patriotisme mal placé, ce n'est pas mon genre, mais la situation au Brésil est telle que ça aurait pu être amusant que la Seleçao se fasse étaler.

Mais revoyons l'action au ralenti. Vous vous souvenez qu'entre les soupçons de corruption qatarie et ses déclarations plus que maladroites sur le fait que ce serait bien que les brésiliens se calment jusqu'à la fin de la compétition, Michel Platini était devenu en quelques jours le Jean-François Copé* du football mondial, ce qui n'est pas un mince exploit.

Il se trouve que, globalement, les Brésiliens sont moins malheureux qu'il y a quinze ans, sur le plan matériel. Vous me direz que du coup, ils ne devraient pas faire la révolution. Sauf qu'en sortant de la misère crasse pour se retrouver dans la simple pauvreté, le peuple de là-bas a compris qu'il y avait des trucs vraiment pas normaux, en vertu du principe selon lequel il n'y a pas besoin de monter très haut pour voir plus loin. Et le peuple a confusément compris aussi que le football était en l'affaire un opium du peuple bien manié par les gouvernants. D'où grogne généralisée.

Mais tous les observateurs s'accordent à dire que la loyauté envers l'équipe nationale reste telle qu'elle contrebalance à peu près ce vent de révolte. Alors une élimination en début de compétition est peut-être la seule chose qui sépare le pays d'une révolution en bonne et due forme avec l'armée qui tire sur la foule et tout (et c'est là qu'on ne regrette plus de ne pas leur avoir vendu le Rafale. je sais que ça ferait peut-être kiffer Serge Dassault, mais personnellement, pour ma part, je préfère ne pas voir ce fleuron de notre industrie bombarder jolies femmes et petits n'enfants cariocas, j'ai comme un petit cœur tendre de midinette sur ces choses-là).

D'après ce que vient de me confier quelqu'un qui a vu le match, l'arbitre semble l'avoir parfaitement compris et a essayé d'arrondir au maximum les angles pour que le Brésil passe. Un certain éditeur de BD chez lequel j'ai en mon temps publié un album avant qu'il ne devienne cador du sport (l'éditeur, pas l'album) aurait parlé de "sodomie arbitrale". Il sent la menace, l'arbitre. Il sait que les Croates, le pire qu'ils pourraient lui faire, c'est de le travailler au couteau de chasse ou à la dynamite. Alors que les Brésiliens, ils ont l'air vraiment remontés, là. Ils pourraient être vraiment désagréables avec lui.

C'est quand même couillon, tout ça. J'ai réussi à ne suivre le Festival des Carnes que pendant cinq minutes, le temps d'entendre Godard dire quelques conneries. J'ai complètement échappé au Tennis en fermant hermétiquement ma télé, et en ne l'ouvrant que pour des raisons impérieuses (hier, y avait la fin de la deuxième saison d'Äkta Mäniskor, alors j'étais devant ma télé pour pas louper ça, bien sûr. Même défaut que la fin de la saison précédente, d'ailleurs : quelques raccourcis un peu violents pour boucler toutes les intrigues en cours, mais hormis ça, c'est franchement pas mal). Je pensais pouvoir passer entre les gouttes du foot.

Et là, non. Le suspense révolutionnaire est tel qu'il va falloir que je suive ça d'une oreille quand même.

Et merde.

* Si on va au bout du raisonnement et que Platini est le JF Copé du foot, alors la Nadine Morano du foot, c'est la copine à Sami Nasri. Ça fait flipper, quand on y pense.

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