Accéder au contenu principal

Des fois, on se demande pourquoi on fait ce boulot

J'ai rendu il y a quelques temps de ça la traduction du second tome des WildC.A.T.s par Alan Moore. Pour ceux qui ne connaitraient pas, il s'agit d'une vieille série crée par Jim Lee au début des années 90, un de ces sous X-Men des débuts d'Image Comics, comme Cyberforce dont je parlais ici-même il y a quelques temps. Plusieurs scénaristes avaient réussi à extraire la série de l'ombre de son encombrant modèle et à lui donner une identité propre. La quinzaine d'épisodes de Moore parachève cette évolution en lançant un paquet de personnages et d'idées qui nourriront l'univers Wildstorm par la suite.

Manque de chance, le début du tome 2 que je traduisais dernièrement coïncidait avec un énorme crossover, Fire From Heaven, qui débordait sur tous les titres de l'éditeur. Moore dut composer avec cette volonté éditoriale, et parvint à poursuivre sa propre histoire sans trop de soucis, jonglant avec ses propres personnages et ceux des séries d'à côté et consacrant le minimum syndical de pages au gros bordel crossoveristique qu'on lui avait mis dans les pattes.

Néanmoins, ces épisodes de WildC.A.T.s, coupés du reste du crossover, étaient d'un abord un peu difficile. Avec l'accord de mon éditeur, je me lançais dans l'exploration du reste, histoire de fournir quelques petits résumés qui, astucieusement placés, permettraient au lecteur de s'y retrouver un peu mieux.

J'avais d'abord écumé le ouaibe pour trouver des résumés. Qui étaient tous imbitables. J'avais fait le tour de mes étagères pour retrouver ceux des épisodes que j'avais en ma possession (grosso modo, les Gen 13, et deux autres épisodes écrits par Moore dans une série éphémère crée pour encadrer l'histoire). Quelques descentes sur des bacs à soldes et autres moyens de se procurer du comics à vil prix m'ont permis de tout lire dans l'ordre.

Ça faisait un paquet de pages. Et force est de constater, c'est là qu'on se rend compte que même quand il fait du commercial pour payer son loyer, Alan Moore est quelques kilomètres au-dessus de ses collègues. Avec de bonnes idées de départ et toute la place qu'il faut pour raconter une histoire (il y a entre vingt et trente épisodes impliqués), Fire From Heaven réussi l'exploit d'être totalement confus, avec des enjeux flous, des rebondissements absurdes et des moments chocs complètement sabotés par une narration pas maitrisée. Les épisodes de Moore sortent du lot parce qu'il sait écrire et qu'il ménage astucieusement quelques bulles de résumé pour que le lecteur s'y retrouve. Il est bien le seul. Les autres alignent des scènes de baston, avec des actions en parallèle dans tous les sens et trop de personnages partout.

La leçon porta, ceci dit. C'est le dernier crossover de cette ampleur auquel se livra Wildstorm, et il servit de prétexte à un grand ménage (ménage qui vit Warren Ellis hériter de Stormwatch et de DV8, à l'époque, comme quoi du plus vilain fumier peuvent sortir les plus jolies fleurs).

Mais bon, avoir à relire tout ce merdier juste pour livrer des résumés tentant de rendre cohérent tout le bordel, il y a des jours où je me dis que l'amour du travail bien fait devrait avoir ses limites. Limites que, d'ailleurs, une partie des auteurs de Fire From Heaven semblent avoir allègrement franchies.

Commentaires

Alex Nikolavitch a dit…
Et merde, en bidouillant un de mes propres messages, j'ai shooté la réponse du sergent :

Mathieu Doublet a écrit :

J'ai pleuré en lisant que tous les résumés étaient imbitables et puis, je me suis rendu compte que le dossier Wildstorm que j'avais écrit n'était même pas sur mon site ... (bon il doit être aussi imbitable que les autres ceci dit).

Bref, si tu as encore besoin de matière pour l'univers Wildstorm, j'en ai un gros morceau en stock, un peu comme ce que j'avais fait pour Hawkman et Birds of Prey. :)
Alex Nikolavitch a dit…
t'avoueras que Fire From Heaven, c'est quand même un bordel pas bien coordonné, bavard, dans lequel les bastons durent aussi longtemps que dans Dragonball Z.

sur le reste de Wildstorm, j'ai pas mal de trucs, ceci dit. mais merci !
Mathieu Doublet a dit…
Ben en fait, en relisant le tout d'une traite et en en rédigeant les résumés, j'avais trouvé pas mal foutu avec la volonté de relier beaucoup d'éléments de la "mythologie" Wildstorm. Ca donnait beaucoup de liant à l'univers ce qui était sympa pour les fans. Mais c'est clair que les combats duraient très très très longtemps (voire étaient retranscrits différemment dans différentes séries pour ne pas perdre ceux qui ne lisaient qu'une partie du cross), typique vieux Wildstorm quoi.

Il faut quand même dire que depuis, l'univers n'est plus ce qu'il était malgré le World's End.

Posts les plus consultés de ce blog

L'indicible Monsieur Lovecraft

 La captation de ma conférence du mois dernier à la bibliothèque universitaire Edgar Morin de Villetaneuse.

Bien, bien, bien...

Je vois passer beaucoup de trucs sur les dérives du "bien être". Et ça faisait longtemps que j'avais envie de me fendre d'une homélie sur le sujet, mais ce sera une homélie du samedi parce que demain je serai en dédicace. Parce que c'est bien d'interroger ces notions-là, qui sont en général méticuleusement taillées pour qu'on ne se pose pas la question. Vous pouvez le faire Comment est-ce taillé pour ? Rien que par le terme lui-même : on ne peut pas reprocher à quiconque de vouloir aller bien. Le problème, c'est l'injonction à aller bien que recouvre la notion de "bien être". Le mal être, c'est un truc qu'on a tous vécus, et qui ne va pas en s'arrangeant avec les craintes que nous inspirent le présent et l'avenir, les pressions croissantes exercées à divers niveaux par la société. Chacun cherche son équilibre propre, ce n'est pas nouveau ni inquiétant. La sagesse, c'est parvenir à cet équilibre, d'une certaine...

L'Empereur-Dieu de Dune saga l'autre

Hop, suite et fin des redifs à propos de Dune. Si jamais je me fends d'un "les hérétiques", ce sera de l'inédit. Le précédent épisode de notre grande série sur la série de Frank Herbert avait évoqué l'aspect manipulatoire de la narration dans  Dune , cette façon d'arriver à créer dans l'esprit du lecteur des motifs qui ne sont pas dans le texte initial. La manipulation est patente dans le domaine du mysticisme. Demandez à dix lecteurs de  Dune  si  Dune  est une série mystique, au moins neuf vous répondront "oui" sans ambage, considérant que ça va de soi. Il y a même des bonnes sœurs. C'est à s'y tromper, forcément. Et, un fois encore, le vieil Herbert (on oubliera charitablement le jeune Herbert et son sbire Kevin J. en personne) les aura roulés dans la farine. Dune  est une série dont l'aspect mystique est une illusion habile, un savant effet de manche. Certains personnages de la série sont mystiques. Certaines...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades. C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin. Mais quand même. ça donne envie. Et c'est ici .

Remember the fifth of november

Moi qui pensais souffler un peu en Novembre (et me consacrer à ma petite famille, à mes travaux et, soyons fous, à mes prochains scénars), j'en suis pour mes frais. à traduire ou en cours de traduction : du Spawn (le prochain numéro du mag, bien sûr, mais aussi le prochain tome de l'intégrale), The Nobody (un joli graphic novel Vertigo), des raccords sur Tank Girl , et un truc qui s'appellera Irrécupérable en VF (avec un titre pareil, forcément, c'était pour moi, vous pensez bien). Et j'ai une pile de nom de Zeus pour Décembre, avec entre autres ce qui devrait être le tome 6 de The Boys , avec Huggie en mission d'infiltration chez les X-Me... Pardon, les G-Men. Et va encore y avoir du poil d'arraché, des gros mots que y a que moi qui les connais et et des flaques de substances qu'il vaut mieux ne pas chercher à identifier.

Au micro

Bon, ça commence à s'accumuler, donc autant que je vous remette ici les épisodes du Legendarium, l'émission que j'anime sur la webradio locale de par chez moi.   L'interview qui a tout lancé Conan le barbare Beowulf Jack Kirby Spécial origines : Alien Cuchullain   Vous noterez que tout cela tourne pas mal autour des mêmes sujets que ce blog. D'une certaine façon, c'en est une extension en audio. J'essaierai de faire des poins réguliers avec les listes de nouveaux épisodes. Merci encore à Olivier, Anouar, Fred et Alex de m'accueillir dans cette chouette équipe ! 

Bande de patates

Alors Blogmachin, là, la plateforme sur laquelle je déverse mes éructations, propose des outils de gestion du blog. Je viens de mettre un peu le nez dedans, pour voir. Et il y a entre autre un listing des mots clés tapés dans Google qui vous auront amenés ici. "Nikolavitch War Zone" arrive en bonne position. Ce qui est assez flatteur. Mais cette position n'est que la quatrième. Et en première position (9 personnes, quand même) (vous 9, je ne veux même pas savoir qui vous êtes. vous me faites PEUR d'emblée), vient l'énigmatique expression "patate plus". Non, franchement, je veux même pas savoir.

Un bonsoir en passant

Moins de War Zone ces jours-ci, vous l'aurez peut-être remarqué... Il se trouve que la famille s'est agrandie hier (bon, c'est pas exactement une surprise, hein*) et donc que les heureux parents (moi et madame) sont très occupés. Donc moins de vaticinations Warzonesques dans l'immédiat. Je vais essayer de fouiller mes sauvegardes pour vous gratifier ce soir d'un bout de l'Encyclopédie des Connaissances Inutiles, quand même. * la surprise, ce sont les conditions du truc. la clinique était en train de déménager. Je vous ferais bien un topo des opérations, mais vous n'y croiriez juste pas. C'est resté très bon enfant grâce au professionnalisme de tout le monde là-bas, mais, c'était du genre "tiens, y pas de lavabo dans cette salle ?" "non, il n'a pas encore été livré" ou la noria de chirurgiens en tenue qui poussaient des brancards chargés de cartons (je vous jure devant Dieu, je les vu de mes yeux et j'étais à jeun). Mais bo...

Nouvelles du Front

Profitant dernièrement de ma présence à Montreuil pour cause de salon (le célèbre dernier salon où l'on cause, d'où le nom), un estimable collègue traducteur à la voix rocailleuse que je ne nommerai pas pour ne pas faire de pub à The Goon m'a emmené dans un endroit fort curieux. à première vue, c'est un restaurant. Où l'on mange très bien (demandez leurs falafels à l'aubergine. ce ne sont pas des falafels, en vrai, mais c'est très bon). Et quand on monte à l'étage, c'est une très sympathiques librairie BD. Alors voilà, ça s'appelle Des Bulles et des Ballons, c'est place de la République à Montreuil et c'est un endroit extra. Non, en vrai, ce n'était pas dans l'établissement représenté ci-dessus.