Accéder au contenu principal

Au ban de la société

 Tiens, je sais pas pourquoi (peut-être un trop plein de lectures faites pour le boulot, sur des textes ardus, avec prise de note) j'ai remis le nez dans les Justice Society of America de Geoff Johns, période Black Reign.

J'avais sans doute besoin d'un fix de super-héros classique, avec plein de persos et de pouvoirs dans tous les sens, de gros enjeux, etc. Et pour ça, y a pas à dire JSA ça fait très bien le job.

La JSA, c'est un peu la grand-mère des groupes super-héroïques, fondée dans les années 40, puis réactivée dans les années 60 avec les histoires JLA/JSA su multivers. C'étaient les vieux héros patrimoniaux, une époque un peu plus simple et innocente. Dans les années 80, on leur avait donné une descendance avec la série Infinity Inc. et dans les années 90, on les avait réintégrés au prix de bricolages divers à la continuité principale de DC Comics, via la série The Golden Age, de James Robinson et Paul Smith, qui interprétait la fin de cette époque en la mettant en relation avec le McCarthysme. Dans la foulée, ça avait été relancé en série régulière (la VF existe chez Urban désormais, dans leur collection Chronicles).

Pourquoi j'aime bien JSA ? Pas pour le dessin, bien de son époque, mais comme je le disais pour son côté super-héros décomplexé. On sortait alors  de l'époque "grim and gritty" des années 80-90 avec des héros durs et névrosés plongés dans des histoires violentes. Alors, y a des trucs très énervés dans JSA, mais c'est contrebalancé par la présence des papys, les Flash, Green Lantern et Wildcat, qui cornaquent les héritiers de leurs anciens compagnons d'arme. Y a des trucs très chouettes autour du personnage de Black Adam, méchant un peu bof de Shazam qui devient ici plus complexe, qu'on dote d'une histoire très ancienne se mêlant à celles de Doctor Fate et de Hawkman. Black Reign, dès lors, devient un comics posant la question de l'interventionnisme à la façon de ce qu'avait fait The Authority peu de temps auparavant, mais avec un traitement différent, peut-être plus humain.

Surtout, c'est un condensé de ce qu'aurait pu devenir l'univers DC en posant comme un principe la transmission au fil des générations, les anciens héros devenant les mentors des nouveaux. Amusant de voir que Johns est à la manoeuvre, ce même Johns qui ramènera sur le devant de la scène des personnages qui avaient passé la main, comme Hal Jordan/Green Lantern et Barry Allen/Flash, détricotant en bloc cette direction qu'il avait impulsée et figeant DC dans quelque chose que je trouve nettement moins intéressant. C'est un peu l'écueil auquel s'était heurté Marvel une dizaine d'années auparavant avec l'approche "back to the basics" torpillant les avancées profondes de séries comme Thor ou Iron Man.

C'est le drame de ces univers partagés dotés d'une grande profondeur temporelle : ils deviennent cycliques et finissent par sombrer dans des formes de redite. Restent de bons comics dans lesquels je picore.

Dommage d'ailleurs que la JSA et Black Adam aient été à ce point mal servis par le film avec Dwayne Johnson. Je frétillait un peu en voyant dans les bandes annonces apparaître Doctor Fate et Atom Smasher. Bon, ce sera pour une autre fois...

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Travail d'Arabe chez les Pingouins

Tiens, l'Espagne se fait son printemps arabe. Modalités relativement similaires, mais contexte différent : l'Espagne est censée être une démocratie normale, avec élections libres et multipartisme. La contagion de ce genre de mouvements de côté-ci de la Méditerranée fait quand même un peu tache. Encore, ça aurait été la Grèce, mauvais élève sous tous rapports*. Mais non : l'Espagne faisait figure d'espèce de miracle européen, le pays qui était sorti du Franquisme et de l'arriération économique pour se hisser aux standards de l'Union en moins de vingt ans. L'alternance politique y est quasi de règle. Et pourtant, le peuple conteste un système qui met toujours les deux mêmes partis au pouvoir, avec les mêmes combines, les mêmes gens, les mêmes effets de manche, les mêmes coups tordus, et le même manque de redistribution. Quels vilains ingrats, le peuple. C'est qu'il refuserait de se laisser tondre sans rien dire, en plus ! Heureusement que notre pays à ...

Lecturations

Avec tout ça, ça fait quelques temps que je ne vous ai pas raconté avec quels bouquins je me nourris la tête. Pourtant, je m'en enfile en rafale, fidèle à ma bibliomanie ancienne, avérée et irrécupérable. Petite sélection : Cet après midi dans le RER, par exemple, c'était This is not America , un petit recueil de nouvelles par Thomas Day, un des auteurs français de SF et de fantastique dont je pense le plus grand bien. Trois textes réunis un peu artificiellement ici parce qu'il y est question de l'Amérique, allant du paranoïaque au sacrificiel en passant par le déglingué rigolo. Celui tournant autour des assassins de Kennedy est vraiment très bon. Naissance des divinites naissance de l'agriculture , de Jacques Cauvin, est un essai très dense et assez technique, mais tout à fait passionnant, sur les mutations culturelles accompagnant le passage à l'agriculture. La Bible et l'invention de l'histoire , de Mario Liverani, poursuit les effort récents de reme...

Que sont nos idées devenues ?

Alors hier soir, j'étais super inspiré pour la War Zone, j'avais imaginé un petit univers où, au lieu de batailler sans fin dans un milieu des comics qui ne le méritait pas, Kirby avait été embauché par HBO au milieu des années 70, et The Eternals était devenu une série de dessins animés à gros budget, réalisée par Ralph Bakshi, un truc pour adultes qui avait totalement révolutionné l'entertainment télévisuel*. Et accessoirement, ça racontait aussi la carrière d'un groupe de musique pionnier du genre Western Celtique, Enya Morricone. Et puis Blogger a planté, impossible de se connecter, et j'ai pas noté toutes mes idées, et ce soir j'ai trop bossé alors j'ai la flemme de recréer ce petit monde-là dont je n'ai de toute façon déjà plus que des bribes dans ma tête, qui s'effilochent au vent mauvais de la fatigue lancinante. Il y avait Alex Toth dans le mix, aussi, ce qui fait que John Milius avait fait un film de Mightor . Bref. Et sinon, je viens de r...

Beware the Doctor !

Hop, voici une réédition qui tombe à pic !

Pour le salut de nos âmes

Un message envoyé directement par Ben Sixtine, qui s'inquiète semble-t-il de nos facéties. Mais pax vomiscum* à tous quand même. * Oui, un informateur me souffle dans l'oreillette que la saison des gastros a commencé.

Tiens, ça faisait longtemps...

Que je ne vous avais pas gratifiés d'un extrait de Crusades , la formidable série que je coécris avec Izu, magnifiquement mise en images par Zhang Xiaoyu. Voilà qui est réparé, avec une page du tome 3 !!!

Détective d'un nouveau genre

Ce qui est génial avec les brocantes et les vide-greniers, c’est qu’on peut parfois reconstituer le parcours d’un bouquin : J’ai chopé le Faërie , de Tolkien, en parfait état. Ou très précisément l'état d'un bouquin qui a été ouvert une fois et une seule, puis refermé, et oublié dans un carton, puis mis en broc. En voyant l'allure générale et le stand des gens à qui je l’ai acheté, j’ai pu faire mon Sherlock instantané : Après la sortie du film Seigneur des Anneaux, quelqu’un dans la famille (probablement le fiston, pas présent sur place, mais visible par une partie du bazar présenté sur le stand, donc je sais qu'il existe et à peu près quel âge il a) a adoré. Il a acheté les bouquins, et les a lus : j'ai noté la présence d’une trilogie Seigneur des Anneaux avec signes d’usage, les bouquins ont été lus d'une couverture à l'autre, et peut-être deux ou trois fois. Pour lui faire plaisir, quelqu’un lui a offert un autre Tolkien : Faërie ou il se l'...

Insérez ici une bordée de jurons obscènes

Aaaaah, les vacances, le farniente, le doux abandon, après un mois de juillet et un début Août qui avaient été très, très chargés. Mais les gros boulots à finir ont été finis, expédiés, bouclés. Et donc, je m'accorde quelques jours en famille, au fin fond de la cambrousse, peinard, à tester des spécialités locales. J'ai pris une clé USB avec les boulots en cours, juste au cas où, histoire de pouvoir réagir s'il y a un pépin ( Apocalypses est à la maquette, autant que je puisse répondre aux questions de l'éditeur s'il y a le moindre souci), mais bon, l'expédition des affaires courantes, c'est dix minutes au mail le matin, et douze le soir, et la vie est belle. Oh, tel éditeur pour lequel je fais des traductions toque, mais juste pour me dire que cette fois il m'envoie un peu en avance le PDF à traduire, au lieu de le faire en retard comme pour chaque tome, systématiquement, de telle série sur la VF de laquelle j'officie. Rien d'urgent, mais je ...

Devoirs de vacances

Bon, me voilà reviendu de cette semaine de vacances que je m'étais royalement octroyé, et qui aura été quand même pas mal parasitée par le boulot. Un coup d'oeil à la pile des "à faire avant la fin du mois", et me voilà reparti pour un tour. Y de l'actu qui se prépare pour la rentrée, en plus, entre l'intégrale Crusades , puis le Burton , puis enfin, un peu plus tard,  Apocalypses . Sans parler des nombreuses traductions qui encombreront bientôt les étals des libraires. Mais bon, j'aurai au moins mis cette semaine à profit pour lire tranquille, sous un parasol, en m'emplissant les poumons des fragrances de la campagne. Et j'avais gardé tout exprès pour ma semaine de vacances le  Druide de mon vieux camarade Olive Péru. J'avais envie de me le lire tranquille, à la fraiche, quand j'aurais eu nettoyé mon emploi du temps de tous les espèces de congères qui en bouchaient l'horizon. Ça faisait plusieurs mois que je me disais : ce sera ...

Faut pas tout confondre

"La décision que nous avons prise n'est pas une décision morale, c'est une décision politique". Et c'est pas pas moi qui le dis, c'est François Fillon, notre bien aimé Premier Sinistre. C'est très bien qu'il le rappelle, ça, parce qu'on a trop tendance à l'oublier : la morale et la politique, c'est deux choses très différentes et il faut pas tout mélanger. Si on mélangeait morale et politique, on n'aurait pas Longuet et Juppé au gouvernement. Ce serait dommage, quand même, de se passer de ces deux grands spécialistes de la politique qui ont bien montré leur capacité à faire la part des choses et à ne pas s'embarrasser sottement de considérations bassement éthiques. Mais on peut médire tant qu'on veut*. Du haut de leur superbe altière, ils nous répondront "même pas MAM". Elle aurait été au salon de l'agriculture au lieu de vouloir à tout crin des vacances au soleil, elle aurait quand même eu moins d'emmerdes, je...