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Insolite et grandiose

 Un des gros intérêts des catalogues d'expo du Musée d'Angoulème, outre le plaisir des yeux, c'est leur caractère d'outil pédagogique. Comme je donne depuis des années des cours de BD, je ramène ce genre de documents à mes élèves. C'est une chose de leur inculquer les bases du dessin et de la narration, mais il est important de leur donner une perspective historique sur le médium. Qui plus est, les planches y sont présentées dans leur jus, avec le jaunissement du papier, les repentirs, les coups de blanc, les bricolages. Ça permet d'accéder à une partie du processus créatif.

L'île des morts par Druillet



Aujourd'hui, du coup, c'était le catalogue de l'expo Druillet de cette année (j'ai un peu galéré pour le choper, il a été très vite épuisé sur le festival). Druillet, les jeunes connaissent pas, et c'est effectivement daté, c'est une SF psychédélique assez caractéristique des années 70.

C'est quand même l'occasion de leur en mettre plein la vue avec des dessins complètement fous, de leur rappeler que la BD est un espace de liberté dingue, où la seule limite à l'imagination est le temps qu'on passe à gratter le papier, et de faire de l'analyse de planche, avec la puissance visionnaire, le travail graphique, les loupés (pendant longtemps, Druillet sait clairement pas dessiner les bonhommes, mais c'est pas grave, c'est pas pour ça qu'on se plonge dedans), et les influences croisées.

On le sait, des américains comme Simonson et Starlin ont chopé toutes sortes  de tics graphiques chez Druillet. Pour s'en convaincre, il suffit de voir cette double planche de XMen vs Teen Titans :


Y a de vrais morceaux de Druillet dedans. On est quelques années après la tentative de Goscinny de vendre des albums Dargaud en Amérique, et à l'évidence, ça a tapé dans l'oeil de plein de gens (souvenons nous aussi de tout ce que Lucas a piqué dans Valérian à la même occasion).

Mais l'influence est allée dans l'autre sens aussi. Moebius s'est amusé à chiper des poses, dans le Garage Hermétique, dans un vieux comic book d'Iron Man et ne s'en cachait pas. Mézières, à ses débuts, avait adapté Victor Hugo dans le style Kirby, et c'était à hurler de rire.

Mais prenons Salammbo, par exemple. Regardez la pose. Regardez la coiffe gigantesque. Oui, c'est plus fin et plus léché que du Kirby, mais il est quand même impossible de ne pas y voir Hela.


 

 Hela, elle l'a (air connu)
 

La façon dont elle se tient, jambe en avant, est assez typique de Kirby. Ces influences croisées ont toujours irrigué les arts. Et il est toujours intéressant de montrer à des jeunes que des trucs qu'ils jugent désormais cools (Hela, dans Thor Ragnarok, elle était chouette, même si Cate Blanchett cabotinait à balles de guerre) et même lorsqu'ils ne connaissent pas les dessins de Kirby, ils ont la ref.

Leur montrer Druillet, c'est également l'occasion de leur rappeler pourquoi je les emmerde, parfois, avec les bases de la perspective.


Bon, tout cela est l'occasion, aussi, de se souvenir de ce chef d'oeuvre de Gotlib :

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