Accéder au contenu principal

La télé, qui produit de la bêtise même quand elle diffuse du savoir

Ayé, ils m'ont encore énervé.

En consultant les programmes TV, je suis tombé sur l'annonce d'un documentaire qui doit passer sur France 5, et parlant de découvertes paléontologiques en Chine, celles concernant les "hommes du cerf rouge", peut-être un rameau inconnu de l'espèce humaine.

Ce type-là. Il a pas l'air commode, en effet.


Je trouve très bien qu'à une heure de grande écoute, une chaîne publique diffuse des sujets à la pointe de la recherche.

Ce qui me fout hors de moi, c'est la présentation sensationaliste du machin : "L'enquête est alors lancée pour découvrir s'il y a présence d'une nouvelle espèce et remettre en question les théories actuelles de l'évolution de la lignée humaine", "une découverte qui remet en cause tout ce que nous savons sur l'évolution", etc.


L'objet de mon ire vengeresse
(edit : tiens, le truc foutait un autoplay
j'ai désactivé cette saloperie)

Putain, mais merde ! Qui rédige ces conneries ? Et ça me fait d'autant plus chier que c'est sur une chaîne de service public, pas sur des étrons TNTesques comme Numéro 23, Direct 8 ou NRJ12.

Parce que ça ne bouleverse rien du tout. En plus, c'est tellement nouveau que les premières découvertes datent de 1979, et les analyses plus spectaculaires de 2007. Déjà, ça devrait inciter les faiseurs de slogans à plus de modération.

Attention, hein, il est clair que ce genre de fossile pose toujours question, et conduit à modifier les théories pour les intégrer. Mais "remettre en question" (ce qui n'est pas la même chose que "poser question" ? "remettre en cause tout ce que nous savons" ? Les mecs qui disent des trucs pareils ne savent rien. Et surtout pas comment fonctionnent les théories en question.

La théorie, justement, sait parfaitement intégrer ce genre de découvertes, elles ne sortent pas du tout de son cadre conceptuel. Depuis qu'on a à peu près compris les rapports (complexes) qu'entretient notre espèce et ses cousines Neandertal et Denisova (Flores pose d'autres problèmes qu'on est en train de résoudre), et le foisonnement des diverses branches d'Homo et d'Australopithecus, on sait que l'évolution de l'homme ne ressemble pas à une pochette de Supertramp.

Ça, c'est aussi simpliste et réducteur
qu'un tweet de Nadine Morano


Au contraire, les scientifiques mettent en garde contre ces représentations rétrospectives* qui donnent l'impression d'une marche fluide et ininterrompue. Et si c'est ce genre d'image qu'on a en tête, tout embranchement du coup remet tout en cause. Ces visions ne permettent pas de prendre en compte cousinages, métissages, foisonnements… Si Homo Sapiens est tout ce qu'il en reste à présent, les découvertes de rameaux autres ne remettent rien en cause. Elles ne font qu'ajouter à ce que l'on sait, et affiner le modèle.

Car il reste à affiner. Sur l'homme au cours du dernier demi-million d'années, il y a encore plein de choses que nous ne savons pas. Beaucoup d'autres qui sont l'objet de débats parmi les spécialistes, débats que l'on tranche petit à petit (Neandertal pouvait-il parler ? S'est-il mélangé à nous ? Jusqu'à quand ? Denisova est-il une espèce différente ou ou une sous-espèce ? etc.). Et justement, pour faire avancer ces débats, il faut toujours plus de découvertes, même surprenantes. Surtout surprenantes.

Car la biologie de l'évolution n'a pas un caractère prédictif aussi fort que, mettons, la physique des particules. La vie emprunte tellement de chemins qu'on ne peut tous les deviner à l'avance par le raisonnement et calcul (contrairement à ce qui se passe généralement pour les particules).

Et d'ailleurs, c'est la deuxième chose qui m'énerve dans cette présentation.

Dire des conneries est bien sûr un droit constitutionnel (sinon, de toute façon, notre classe politique et Jacques Séguéla auraient été passés par les armes depuis longtemps). Mais "une découverte qui remet en cause tout ce que nous savons sur l'évolution" ? Ben non, arrêtez, quoi. En admettant qu'une découverte d'hominidé remette en cause des choses, ça ne remettra en cause que ce que nous savons de l'évolution de l'homme. En ce qui concerne les dinosaures, les anomalocarides, les archées, ça ne change rien. Que dalle. Nib.

Et ces déclarations à l'emporte-pièce ont le gros défaut de brouiller la connaissance véritable qu'on a de ces mécanismes, de ces processus. Et en brouillant la connaissance, en empêchant la compréhension des modalités de la production de la connaissance, on ne fait que favoriser les obscurantismes, les Daech, les Trump, les Boutin et autres. Voilà la lourde responsabilités que portent les imbéciles fabricants de slogans.






*En histoire, on a le même problème. Quand on parle du VIe siècle, les livres d'histoire se concentreront sur le Royaume des Francs, parce qu'il a donné celui de France. Et renvoient en note en bas de page les royaumes des Burgondes et des Wisigoths, qui ont contribué, malgré leur disparition, à l'identité du pays. Ce qu'on gagne en linéarité, on le perd en précision et en exactitude, voire en réalité.


Commentaires

Zaïtchick a dit…
Ce billet remet en question tout ce que je savais sur la pochette de Supertramp.
Geroges Walker B a dit…
Les dinosaures et les fossiles sont mis par Dieu dans le sol pour éprouver notre foi.
Alex Nikolavitch a dit…
Et l'ornithorynque est la preuve qu'il picole ferme.

Posts les plus consultés de ce blog

Origines pas si secrètes

Même si dans l'espace, on ne vous entend pas crier, rien n'arrive dans le vide. C'est un fait connu, même une oeuvre marquante et, comme disent les Américains, "séminale" (ce qui est rigolo en parlant de mon sujet du jour), a toujours des sources, des racines ailleurs. J'ai fait des conférences explorant les éléments agglomérés lors de la création Superman ou de l'oeuvre de Lovecraft.  Un exemple rigolo, c'est Alien . Le film de Ridley Scott a marqué les imaginaires. On n'avait jamais vu ça à l'époque. Pourtant, une partie de son decorum, les travelings sur le vaisseau au départ, par exemple, vient de Star Wars , qui avait élaboré à partir de ce qu'il y avait dans le 2001 de Kubrick. Mais ça, ce n'est que la partie émergée du Nostromo. On peut fouiller tout le reste et trouver, qui pointent le bout de leur nez, bien des choses en somme. L'histoire de base n'est pas due à Ridley Scott, mais à Dan O'Bannon qui avait recyclé...

Zéros sociaux

Ça fait déjà quelques temps que je reçois au moins une fois par semaine un mail m'avertissant que telle ou telle personne de mon entourage veut m'inviter sur un service internet que, par commodité et pour ne pas le nommer, j'appellerai Fesse-de-Bouc. Bien entendu, pour ne serait-ce que voir le profil de la personne invitante, il faut se connecter au site, et pour ça, créer un compte. Donc impossible de savoir à quoi on s'inscrit exactement sans s'inscrire. C'est quand même redoutablement vicieux, comme système. Alors d'accord, vous allez me dire que, gagna, Fesse-de-Bouc, c'est gratuit, blabla, que ça n'engage à rien, tralala, etc...) Mais avant de mettre mon nom et mes coordonnées dans un truc (et rappelons que, de nos jours, un nom et des coordonnées, ça vaut de l'argent, c'est pour ça que tous les formulaires d'inscription sur internet sont censés être munis d'une case interdisant de monnayer les informations de ce type), j'aim...

Le Messie de Dune saga l'autre

Hop, suite de l'article de l'autre jour sur Dune. Là encore, j'ai un petit peu remanié l'article original publié il y a trois ans. Je ne sais pas si vous avez vu l'argumentaire des "interquelles" (oui, c'est le terme qu'ils emploient) de Kevin J. En Personne, l'Attila de la littérature science-fictive. Il y a un proverbe qui parle de nains juchés sur les épaules de géants, mais l'expression implique que les nains voient plus loin, du coup, que les géants sur lesquels ils se juchent. Alors que Kevin J., non. Il monte sur les épaules d'un géant, mais ce n'est pas pour regarder plus loin, c'est pour regarder par terre. C'est triste, je trouve. Donc, voyons l'argumentaire de Paul le Prophète, l'histoire secrète entre Dune et le Messie de Dune. Et l'argumentaire pose cette question taraudante : dans Dune, Paul est un jeune et gentil idéaliste qui combat des méchants affreux. Dans Le Messie de Dune, il est d...

L'Empereur-Dieu de Dune saga l'autre

Hop, suite et fin des redifs à propos de Dune. Si jamais je me fends d'un "les hérétiques", ce sera de l'inédit. Le précédent épisode de notre grande série sur la série de Frank Herbert avait évoqué l'aspect manipulatoire de la narration dans  Dune , cette façon d'arriver à créer dans l'esprit du lecteur des motifs qui ne sont pas dans le texte initial. La manipulation est patente dans le domaine du mysticisme. Demandez à dix lecteurs de  Dune  si  Dune  est une série mystique, au moins neuf vous répondront "oui" sans ambage, considérant que ça va de soi. Il y a même des bonnes sœurs. C'est à s'y tromper, forcément. Et, un fois encore, le vieil Herbert (on oubliera charitablement le jeune Herbert et son sbire Kevin J. en personne) les aura roulés dans la farine. Dune  est une série dont l'aspect mystique est une illusion habile, un savant effet de manche. Certains personnages de la série sont mystiques. Certaines...

Riri, Fifi, Loulou et leurs cousins lointains

Je ne suis pas du tout le premier à faire le rapprochement, mais dans les histoires des personnages Disney comme dans la geste arthurienne, il n'y a pas vraiment de paternité. Les personnages y sont toujours les neveux les uns des autres. Quand il y a paternité, le père n'est jamais montré. Perceval a bien eu un père, mais il est mort bien avant le début de ses aventures. Pareil pour Arthur, on connaît l'histoire d'Uther, mais le gamin n'a jamais connu papa. Chez les canards, c'est pareil : Picsou est l'oncle de Donald, lui-même l'oncle de Riri, Fifi et Loulou. Les parents de cette joyeuse bande, on ne les voit jamais, ou ils ne sont évoqués qu'en passant. Ce motif curieux est ancien : chez certains peuples africains, c'est bien l'oncle maternel qui détient l'autorité sur les garçons et qui les éduque. Dans le monde arthurien, notamment dans le cycle de Chrétien de Troyes, Gauvain et d'autres sont les neveux d'Arthur, mais l...

Le super-saiyan irlandais

Il y a déjà eu, je crois, des commentateurs pour rapprocher le début de la saga Dragonball d'un célèbre roman chinois, le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) source principale de la légende du roi des singes (ou du singe de pierre) (faudrait que les traducteurs du chinois se mettent d'accord, un de ces quatre). D'ailleurs, le héros des premiers Dragonball , Son Goku, tire son nom du singe présent dans le roman (en Jap, bien sûr, sinon c'est Sun Wu Kong) (et là, y aurait un parallèle à faire avec le « Roi Kong », mais c'est pas le propos du jour), et Toriyama, l'auteur du manga, ne s'est jamais caché de la référence (qu'il avait peut-être été piocher chez Tezuka, auteur en son temps d'une Légende de Songoku ).    Le roi des singes, encore en toute innocence. Mais l'histoire est connue : rapidement, le côté initiatique des aventures du jeune Son Goku disparaît, après l'apparition du premier dr...

Back after... LA COUPURE !!!!

Bon, j'en parlais pas plus tard qu'hier, mais superpouvoir.com est de retour. Hélas, le contenu de l'ancienne version du site n'a pas pu être sauvé. J'avais bien heureusement archivé pas mal de mes articles, ce qui me permettra, après un tri (certains ne sont plus pertinents, d'autres demanderont une mise à jour) de les remettre en ligne. Mais ça fait quand même très mal : changement d'hébergeur, changement de structure de forum, changement de fonctionnement... Cette nouvelle version est en rodage. Ça fait quand même mal au cœur d'être trahi par la technique comme ça. Bref. Début d'une nouvelle ère superpouvoiresque, ce sera sans doute (forcément, même) différent. J'espère juste qu'on pourra retrouver l'énergie et le ton qui avaient fait de la précédente incarnation quelque chose d'unique, et une référence dans son genre. Wul.

Paradoxe de Langevin et décalage dans l'espace-temps

Alors, me fiant à ce qu'annonçait mon éditeur (je sais ce que vous allez dire : me fier à un éditeur, fallait vraiment que je sois con. mais je suis comme ça, moi, pétri d'une innocence confiante qui fait tout mon charme. et mon infortune avec), j'avais annoncé la sortie de Cosmonautes ! le 4 septembre. Et visiblement, y dû y avoir confusion avec la station de métro, parce qu'en fait, c'est le 19, vérification faite. Donc, Cosmonautes ! ce sera dans les bacs dans un peu moins de deux semaines. Désolé pour le contretemps. Et Saint Louis , ce sera le 13 novembre, au fait. Là aussi, on décale. C'est comme ça. Si néanmoins vous ne voulez pas attendre, parce que l'impatience vous gagne à l'idée de tenir entre vos mains tremblantes mon nouvel opuscule, vous pourrez le trouver en avant première mondiale aux Caves Alliées, 44 rue Grégoire de Tours à Paris, le vendredi 12 septembre. Il y aura aussi Nicolas Nova, pour Futurs ? et Laurent Whale, pour ...

Chronique des années de cagnard, livre 2

J'ai de la chance dans le malheur : les grands arbres du quai limitent un peu le carnage. Tant que le trottoir et les façades sont dans leur ombre, ça génère un poil de fraîcheur. Mais à partir de 15-16 heures, le soleil tourne et paf, le trottoir et les façades s'échauffent. Et la pierre d'Oise dont sont faits la plupart des bâtiments du coin absorbe bien, et rend pendant des heures ensuite.   Mais le pire, c'est quand on doit sortir de la zone des arbres. La petite place du marché, plus loin, a été refaite il y a quelques années. Le vilain goudron a cédé la place à de jolis pavés de granit. Le problème, c'est de ce temps-là, chacun d'entre eux se transforme en une mini porte de l'enfer. Ils brillent, renvoient chaleur et radiations, de quoi roussir les poils de mollets. Même l'eau qui peut tomber dessus, lorsque les brumisateurs de la place s'active, lorsque le temps orageux lâche quelques gouttes, lorsqu'un cafetier ou un poissonnier passe un ...

Coup de déprime

En remettant en ordre mes archives, pour retrouver les articles que j'avais jadis écrits pour Superpouvoir.com, j'ai découvert avec horreurs que certains d'entre eux n'avaient pas été copiés dans le petit fichier que je réservais à cet usage. Il s'agit d'une infime minorité, mais dans le tas il y avait celui sur le Star Wars Turc, que j'ai fini par récupérer grâce au cache de Google, et donc que je pourrai remettre en ligne prochainement, mais aussi, et c'est plus emmerdant, celui sur Laibach, intitulé sobrement "Ça va s'arranger, monsieur Milan", qui n'a l'air conservé nulle part, sous aucune forme, ni par Google ni par Wayback Machine. Si jamais quelqu'un a sauvegardé ça, ça m'intéresse. Edit : en tripatouillant le cache de google, j'ai fini par récupérer le texte sur Laibach, et aussi mon quatrième article sur Dune, que je n'avais pas sauvegardé non plus. J'ai eu chaud. Tout cela montre que le "cloud...