Accéder au contenu principal

The revolution will be televised. Ou pas.

Le matin, pendant que passe le café et cuisent les toasts, j'en profite pour relever les mails de la nuit. Dans le tas, il y a toujours un ou deux sites bizarres cherchant à m'inviter à des ventes privées de trucs qui m'intéressent pas, ou à me proposer de racheter mon or, mes crédits, ou de me vendre des pilules à faire pousser la bite et autres abonnements à un site me permettant de spéculer en ligne, selon la saison. Le bouton "indésirable" est fait pour gérer ce merdier, et je ne me prive pas de l'utiliser.

Il y a aussi les mails de copains et collègues insomniaques, débordés ou les deux qui en profitent pour me commenter en live l'improbable film d'action philippin qu'ils ont chopé sur une chaîne satellitaire allemande à trois heures du matin, ou qui ont une question relevant de problèmes de traduction, vocabulaires techniques divers ou références absconses.

Et puis il y a les mails automatisés provenant de sites que je fréquentes ou d'entreprises dont je suis client. Genre le fournisseur de ma box internet, qui se trouve diffuser aussi de la télé par ce canal. Et qui, ce matin, m'annonçait avec fierté et même des trémolos dans la voix (pour autant qu'on puisse en juger en lisant la froide typographie d'un e-mail, mais quand même, là les mecs semblaient heureux et émus de leur trouvaille) que leur service de télé proposait à présent une toute nouvelle chaîne avec un super nouveau concept qui tue.

J'avais déjà sans rien demander des télés pour ménagères de moins de cinquante ans, des télés pour gamers, des télés pour fans de sport, des télés pour otaku (celle-la, je l'aime bien, elle m'invite de temps en temps pour causer dans le poste, mais c'est surtout parce que le mec est un copain et que dans son calepin, quand il cherche des gens à la dernière minute pour lui donner la réplique dans son émission, je suis à la lettre A), des télés pour fans de peopleries, des télés pour fans de séries, des télés pour enfants, des télés pour gens qui aiment les émissions de cuisine, des télés pour passionnés de faits divers sordides bien dégueulasses (c'est en zappant sur l'une d'entre elles qui j'ai découvert qui était ce Christophe Hondelatte dont j'entendais tant parler, et c'est vrai qu'il me fait bien marrer, avec cette froideur neurasthénique qu'il cherche désespérément à faire passer pour de la froide objectivité alors qu'il pose des questions de voyeur faux-cul moralisateur, c'est absolument fascinant, en fait, il m'arrive parfois de scotcher deux ou trois minutes devant, avant d'aller me remettre sur Mythbusters), des télés pour jeunes décérébrés, des télés pour fans de ce truc qu'on appelle de nos jours de la musique au prix d'un abus de langage quand même assez osé, des télés pour cinéphiles, des télés gay, des télés pour amateurs de pèche à la ligne, des télés pour amateurs de grosses cylindrées, des télés passant des soap operas d'Afrique de l'Ouest, des télés passant des soap operas brésiliens (on dit telenovellas, je sais, foutez-moi tranquille, et puis d'abord si vous avez suivi cette énumération jusqu'ici, c'est que vous êtes de grands malades alors camembert), des chaînes de déco, des télés d'analyse financière, des télés de cinéma d'action, des télés sur le style au masculin et que sais-je encore. Ouf. Celui ou celle qui arrivera à lire la phrase qui précède (parenthèses incluses) sans reprendre son souffle gagne une cuiller en bois dédicacée.

Avec toutes ces chaînes quand même ultra ciblées pour certaines, on pourrait croire qu'on avait fait à peu près le tour de toutes les catégories démographiques imaginables.

Et puis donc, ce mail, arrivé dans la nuit, que j'ai lu ce matin avant même d'avoir booté tous mes neurones en les noyant dans leur première dose de caféine de la journée.

Il existe à présent une chaîne de télé spécifiquement conçue pour les chiens. Je cite le mail : "La chaîne qui diminue les effets du stress pour les animaux laissés seuls à la maison." Rien que ça. Et en fait, du coup, je sais même pas quoi dire tellement ça me scie.

Commentaires

Edmond Tourriol a dit…
Est-ce que c'est une chaîne de cul ? Avec des chiens qui s'enfilent et tout ? Non, non, je demande juste comme ça...
Alex Nikolavitch a dit…
Aucune idée, j'ai pas été voir. Je ne sais même pas s'ils se le reniflent.
Odrade a dit…
Je veux ma cuillère en bois.
Dédicacée.


O.
Alex Nikolavitch a dit…
Je veux des preuves.

Posts les plus consultés de ce blog

Origines pas si secrètes

Même si dans l'espace, on ne vous entend pas crier, rien n'arrive dans le vide. C'est un fait connu, même une oeuvre marquante et, comme disent les Américains, "séminale" (ce qui est rigolo en parlant de mon sujet du jour), a toujours des sources, des racines ailleurs. J'ai fait des conférences explorant les éléments agglomérés lors de la création Superman ou de l'oeuvre de Lovecraft.  Un exemple rigolo, c'est Alien . Le film de Ridley Scott a marqué les imaginaires. On n'avait jamais vu ça à l'époque. Pourtant, une partie de son decorum, les travelings sur le vaisseau au départ, par exemple, vient de Star Wars , qui avait élaboré à partir de ce qu'il y avait dans le 2001 de Kubrick. Mais ça, ce n'est que la partie émergée du Nostromo. On peut fouiller tout le reste et trouver, qui pointent le bout de leur nez, bien des choses en somme. L'histoire de base n'est pas due à Ridley Scott, mais à Dan O'Bannon qui avait recyclé...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissaaaaaaante !

En fait non. Mais vous captez l'idée. Et puis je viens de vous graver dans la tête l'image de mes bras malingres brandissant une épée plus grande que moi comme si c'était un bâton d'esquimau. En fait, je voulais vous entretenir de ça : C'est un recueil de nouvelles à sortir chez Rivière Blanche ce printemps, sur le thème des super-pouvoirs, mais dans une optique un peu Robert Silverberg, pas tant le pouvoir lui-même que l'impact qu'il a sur la vie du pauvre couillon qui s'en retrouve nanti. C'est anthologisé (anthologifié ? anthostiqué ? compilé, on va dire) par mon vieux comparse Monsieur Lainé, et il y a tout un tas d'autres gens très bien dans le coup, comme Olive Peru, Pat Lesparre, André-François Ruaud ou Frank Jammes et j'en passe. Que des gens bien, quoi. Et bien entendu, j'y suis aussi (quoique j'ignore si j'ai les qualifications requises pour être classé dans les gens biens), avec un texte intitulé l'invisib...

Ne rêvons pas

Comme superpouvoir.com est toujours en panne, j'ai décidé de reposter ici, histoire de, ma petite étude sur le cycle du monde du rêve de HP Lovecraft, et les rapports qu'il entretient avec l'autre cycle de cet auteur, celui dit du Mythe de Cthulhu . L'horreur qui vient des rêves L'œuvre d'Howard P. Lovecraft, étudiée depuis les années 1930 par des hordes de fans et autres exégètes, a souvent été classifiée et catégorisée y compris par son créateur lui-même. Les grandes subdivisions généralement acceptées sont : - un cycle des rêves, se déroulant dans un monde onirique et tournant souvent autour d'un personnage nommé Randolph Carter - le Mythe de Cthulhu , que Lovecraft qualifiait de "yog-sothoterie", qui est la partie de son œuvre généralement la plus connue - et un groupe plus flou de récits d'horreur, parfois appelé cycle d'Arkham par son auteur. Mais, comme toute classification, si elle est commode, et repose sur des dist...

Et j'ai crié, criéééhé Alien pour qu'elle revienne

Vous m'avez déjà entendu, ici et là, gueuler sur la "duologie" (oui, il paraît que c'est comme ça qu'on dit, maintenant. "quadrilogie" n'était que le début de la barbaritude en ce domaine. de mon temps, par contre, on disait "diptyque" et "tétralogie" mais ce sont sans doute des mots qui sonnent trop savant pour les commerciaux qui vendent des coffrets DVD) de Ridley Scott consacrée au massacre général de la licence Alien crée par Dan O'Bannon et Ronald Shusett (de l'archiduchesse). Liste de mes vaticinations sur le sujet : Prometheus, première partie Prometheus, deuxième partie Covenant et un papier plus général sur les théories d'intelligent design en SF  dont Prometheus est une illustration assez pataude Les plus acharnés d'entre vous pourront également aller voir ce que je disais des Aliens versus Predator , mais ça nous éloigne de notre sujet. (même si Prometheus est, en fait, un mauvais remake du pre...

Fils de...

Une petite note sur une de ces questions de mythologie qui me travaillent parfois. Je ne sais pas si je vais éclairer le sujet ou encore plus l'embrouiller, vous me direz. Mon sujet du jour, c'est Loki.  Loki, c'est canoniquement (si l'on peut dire vu la complexité des sources) le fils de Laufey. Et, mine de rien, c'est un truc à creuser. Chez Marvel, Laufey est représenté comme un Jotun, un géant. Et, dans la mythologie nordique, le père de Loki est bien un géant. Sauf que... Sauf que le père de Loki, en vrai, c'est un certain Farbauti, en effet géant de son état. Un Jotun, un des terribles géants du gel. Et, dans la poésie scaldique la plus ancienne, le dieu de la malice est généralement appelé fils de Farbauti. Laufey, c'est sa mère. Et, dans des textes un peu plus tardifs comme les Eddas, il est plus souvent appelé fils de Laufey. Alors, pourquoi ? En vrai, je n'en sais rien. Cette notule n'est qu'un moyen de réfléchir à haute voix, ou plutôt...

En direct de demain

 Dans mon rêve de cette nuit, j'étais en déplacement, à l'hôtel, et au moment du petit dèj, y avait une télé dans un coin, comme souvent dans les salles à manger d'hôtel. Ce qui était bien, c'est que pour une fois, à la télé ce n'était ni Céniouze ni Béhèfème (faites une stat, les salles à manger d'hôtel c'est toujours une de ces deux chaînes), mais un documentaire. Je hausse le sourcil en reconnaissant une voix.   Cette image est un spoiler   Oui, c'est bien lui, arpentant un décor cyberpunk mêlant à parts égales Syd Mead et Ron Cobb, l'increvable Werner Herzog commentait l'architecture et laissait parler des gens. La force du truc, c'est qu'on devine des décors insolites et grandioses, mais que la caméra du réalisateur leur confère une aura de banalité, de normalisation. "Je suis venu ici à la rencontre des habitants du futur, dit-il avec son accent caractéristique. J'ai dans l'idée qu'ils ont plein de trucs à me dire....

Da-doom

 Je me suis ému ici et là de voir que, lorsque des cinéastes ou des auteurs de BD adaptent Robert E. Howard, ils vont souvent piquer ailleurs dans l'oeuvre de celui-ci des éléments qui n'ont pourtant rien à voir. L'ombre du Vautou r, et Red Sonja, deviennent ainsi partie intégrante du monde de Conan à l'occasion d'un comic book, et Les dieux de Bal Sagot h subissent le même traitement dans Savage Sword . De même, ils vont développer des personnages ultra-secondaires pour en faire des antagonistes principaux. C'est ce qui arrive à Toth-Amon , notamment.  Sienkiewicz, toujours efficace   Mais un cas ultra emblématique, à mon sens, c'est Thulsa Doom. Apparu dans une nouvelle de Kull même pas publiée du vivant de Howard, c'est un méchant générique ressemblant assez à Skull Face, créé l'année suivante dans une histoire de Steve Costigan. Les refus sur Kull ont toujours inspiré Howard : la première histoire de Conan, c'est la version remaniée de la der...

Philip Kindred Dick

" La réalité, c'est tout ce qui ne disparaît pas quand on cesse d'y croire. " (Philip K. Dick, 1938-1982) On a coutume de penser que les écrivains sont généralement un peu fous. Et que les grands écrivains le sont beaucoup. À ce tarif-là, Philip K. Dick était un grand écrivain. En tout cas, fou, il l'était probablement. Il l'a dit lui-même : "De tout temps, les hommes ont parlé à Dieu. Et les ennuis ont commencé quand Dieu s'est mis en tête de répondre." Pour Dick (qui a de toute façon eu une existence agitée) les vrais ennuis ont commencé en 1974, quand Dieu (ou une entité extraterrestre supérieure, ou un effet secondaire d'une anesthésie dentaire un peu violente) lui est apparu sous la forme d'un rayon de lumière rose. La vie de Dick en fut bouleversée, et il devint encore plus paranoïaque qu'il ne l'était avant, comme en témoigne sa réaction quand ses papiers personnels furent fouillés par la police : "Dieu merci ! Ça prou...