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C'est un Goncourt, jeune homme

Non, c'est vrai, quoi. Faudra qu'on m'explique. Parce qu'il y a un décalage, là. Le mec conspue l'élite parisienne à longueur de bouquins. Mais il attendait visiblement depuis dix ans de toucher le Goncourt. Et donc là, hop, il fait le voyage exprès pour subir les congratulations de l'intelligentsia germanopratine et éditorialo-médiatique qu'il conspue habituellement, fend sous la pluie la foule des reporters micros brandis qu'il affecte de mépriser, et vient donc entrer au panthéon des lauréats de l'antique adoubement automnal. (bon, faut que j'arrête de faire dans le lyrique, moi, c'est pas beau, littérairement parlant). Et il a l'air presque heureux. Presque, hein, c'est Houellebecq, quand même, l'homme qui ferait passer Droopy pour un gai luron, et Gai Luron pour un joyeux drille.

Notons que du coup, les gens semblent découvrir, et se ruent sur le bouquin qui lui a valu ce prix. Il vient même de détrôner les recettes du Docteur Dukon en tête des ventes chez Madame Mazone. Bouquin dont les critiques sérieux s'accordent à dire qu'il sent son formatage consensuel justement pour permettre à Flammarion d'aller chasser sur les terres des Galligrasset. Mais mauvaiselanguitude que tout cela, bien entendu. Parce qu'à la télé, ils étaient unanimes à saluer l'affaire.

Je serais donc le seul à regretter le Houellebecq des petits essais en passant, de la bio de Lovecraft, des poèmes ou des articles désabusés sur le minitel rose ou le salon de la vidéo porno à Champeret ? Je dois avouer que le Houellebecq romancier m'est toujours tombé des mains, sans doute parce que je préfère les romans qui font rêver à ceux qui braquent les phares sur le sordide cauchemar du quotidien d'occidentaux qui s'emmerdent. Peut-être que je n'ai pas le sens de l'ironie, je ne sais pas.

Mais bon. Le voilà goncourisé. Tant mieux pour lui, hein. Mais voilà, qu'il montre qu'il n'attendait que ça me semble décalé, pour le coup. Houellebecq qui vient chercher son Goncourt, c'est un peu comme madame Bettencourt qui financerait Besancenot, y a un truc qui colle pas.

Commentaires

artemus dada a dit…
La biographie de Lovecraft est bien ?
Alex Nikolavitch a dit…
C'est pas mal. On a l'impression que Houellebecq se projette beaucoup sur Lovecraft (mais bon, la vision de Lovecraft en parka et la clope au bec est indicible), mais sinon c'est pas mal. (Manti pourrait pointer certains contresens et imprécisions, mais ça reste à mon sens relativement véniel)
abelthorne a dit…
C'est dans la même veine que le doc "Toute marche mystérieuse vers un destin", les images en moins.
J'ai l'impression que des passages entiers du doc sont repris tels quels du bouquin de Houellebecq (ou inversement).
Zaïtchick a dit…
"L'enfant terrible s'est assagi" comme dit la formule consacrée et sacrément ... Normal, il a eu son hochet.
Anonyme a dit…
Ouais, jai trouvé que Houellebecq voyait HPL à travers ses propres idées: le côté raciste fou écumant qui vomit l'humanité me semble, euh... légèrement excessive, on va dire. Comme beaucoup, Houellebecq prend certaines périodes extrêmes de la vie de HPL pour une constante biographique.

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