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Guy Lux, Fiat Lux et Fiat Uno sont dans un bateau

Dans la série des petites questions de logique qui me font marrer, en une époque où le fondamentalisme fait son grand retour, accompagné d'une lecture littérale des textes, j'en ai une à vous soumettre.

Dans la Genèse, Dieu crée le monde et tout ce qu'il contient et l'entoure sur un mode itératif. Dieu dit "que la lumière soit", et la lumière fut, vous connaissez la chanson. Parfois, il sculpte les choses en soufflant dessus : le mot pour "souffle" et "esprit" sont exactement le même à l'époque, et donc quand "l'esprit de Dieu se meut à la surface des eaux", on peut le lire comme quelque chose de bien tempêtueux. Et l'équivalence "souffle / esprit" se retrouve au moment où Dieu confère une âme à l'Homme en lui soufflant dans les narines.

Donc la question est la suivante : si Dieu crée le monde par la parole, en nommant donc les choses… et qu'il demande ensuite à l'Homme de nommer tous les animaux… Dieu et l'Homme parlent-ils la même langue ? Et par ailleurs, quelle langue parlent-ils ?

Vous avez deux heures et je relève les copies. Et pas de bavardage dans les rangs.


Image chopée chez Scorpiondagger
dont j'affectionne le trip néo-Gilliam






Bon, allez, je suis pas chien, je vous explique où est l'astuce. Dieu crée le monde dans une séquence cosmique très connue, puis donne l'ordre à l'Homme de nommer les choses dans une autre séquence qui, dans la Genèse, suit la précédente… Mais n'a pas du tout été écrite à la même époque, ni par les mêmes gens, et pas dans cet ordre. Et ça change tout. C'est uniquement la compilation tardive de ces textes disparates qui crée un effet narratif de continuité. Entre le vieux mythe tribal du jardin et le récit cosmique concocté par des prêtres lettrés influencés par les grandes cosmogonies babyloniennes, il y a un tel décalage culturel que vouloir analyser les deux d'un bloc conduit à des contresens. Comme la question que je posais plus haut.

Commentaires

Tonton Rag a dit…
Tu présentes ta solution comme étant la seule logique, et qui doit pouvoir s'imposer à tous. Mais ta solution repose sur des prémisses contestables (et que personnellement je crois fausse, mais, pour des causes semblables, mes solutions ne s'imposent pas plus à tous).

D'abord, je ne te laisse pas le choix dans la date de la composition du texte. On affirme souvent à tort que les textes ont été composés aux 6ème siècle (Finkelstein par exemple) mais, comme tu le dis, c'est dans le pire des cas une ultime compilation.

Les textes de la Genèese sont très anciens.

Le premier argument pour dire que la Genèse est de composition tardive est d'affirmer que les chameaux n'étaient pas domestiqués à l'époque d'Abraham et donc que le texte n'ayant été composé qu'à une époque où le chameau était d'usage courant, est tardif.

Il est consternant de voir des spécialistes reprendre cette erreur alors que la question était déjà réglée au milieu du 20è siècle : une source parmi d'autres : les notes en bas de pages de la Bible de Pirot-Clamer qui recensnt des PREUVES ARCHÉOLOGIQUES qui remontent jusqu'à la première dynastie. Il y a des publications plus récentes sur ce sujet, par exemple de égyptologue Kitchen.
L'analyse lexicale le prouve. Un exemple parmi d'autres est l'emploi d'un hapax en Genèse 14 : 14 : le mot HANIKAV qu'on peut traduire par "hommes d'élites", ou "combattants entraînés" ou quelque chose comme ça. Ce mot est employé une fois dans la Bible, et, dans l'ensemble des corpus antique, hors la genèse, et ses commentaires, une seule autre fois, dans un texte de 1800 avant n. e. Comment un auteur de l'époque royale ou perse pourrait-il utilisé un mot qui ne semble pas avoir été employé après l'époque d'Abraham ? Un élément du texte a été composé très anciennement, et, si compilation il y a, et, il y a, elle est sans doute bien antérieure à l'époque perse, car on aurait sans doute corrigé un mot inemployé depuis près de 1000 ans.

D'autres éléments : le prix d'un esclave : Joseph est vendu 20 pièces d'argent, c'est le prix d'un esclave attesté à l’époque (tablettes de la ville de Mari, par exemple). A l'époque de Moïse c'est 30 pièces (voir la Torah et le code Hammourabi), à l'époque des royaumes d'Israël et de Juda c'est 50 (voir le livre des rois et des données assyriennes). Comment un auteur ou un compilateur tardif peut-il penser à donner les prix de l'époque des faits ou de la légende ? Comment les connait-il ?
ET j'en ai encore sous le pied pour ceux qui ont besoin de plus d’arguments.
Pour ce qui est de la langue d'Adam, la Bible ne dit pas dans quelle langue il parlait. Certains religieux disent que c'est l’Hébreu mais le texte même de la Bible peut laisser entre que cela ne peut pas être le cas. Le mot "Hébreu" vient de Heber, qui est un descendant de Noé, et donc d'Adam. Adam n'était pas hébreu.
Enfin, les problèmes de contradictions apparentes du texte sont remarqués depuis l'antiquité. Les religieux proposent des réponses intéressantes depuis longtemps.
Alex Nikolavitch a dit…
Tu noteras que je ne donne pas de dates. Bien entendu, les éléments d'une compilation sont plus anciens, par nature, que le travail de compilation lui-même (hormis d'occasionnels paragraphes servant de liant).

Et tous les exemples (forts intéressants) que tu donnes renvoient à l'époque des Patriarches, qui pose des problèmes textuels autres (le dédoublement des épisodes attribués à des personnages différents, par exemple). ils ne peuvent donc s'appliquer à l'époque de la Création elle-même qui, par définition, ne saurait avoir de Chroniqueur/Témoin oculaire. Et reflètent des conceptions philosophiques et cosmogoniques différentes (c'est typiquement l'un de ces textes dont les coutures sont très apparentes).

Sur la langue, la recherche de la langue parfaite, de la langue de Dieu et d'Adam traverse la pensée occidentale depuis des siècles et des siècles. C'est un sujet en soi (feu Eco y a consacré un très beau livre, d'ailleurs).

sur les explications canoniques des contradictions apparentes, certaines sont brillantes, d'autres sont vraiment piteuses, toi-même tu devrais en convenir. mais j'ai toujours un regard goguenard sur les gens qui, pour défendre la sacralité du texte, se retrouvent à expliquer très bien que ce le Saint Esprit a exprimé si mal…

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