Accéder au contenu principal

Sinistres ministres

J'ai vu passer des "bonnes feuilles" du bouquin d'une de nos ministres (ou secrétaire d'état, je ne sais plus et je m'en fous, en fait, vu la vacuité globale de ses interventions, elle pourrait aussi bien être présentatrice de talk show), qui le sort genre là. Et, alors qu'un mouvement social des auteurs commence à se structurer,  avec les #PayeTonAuteur et autres Etats Généraux du Livre, ce genre d'opération publicitaire d'un ministre pose question. Au pluriel, en fait. Ça pose questions, oui.

Déjà, où trouver le temps d'écrire, avec un emploi du temps de ministre ? La réponse est simple, on se fait négrer, la plupart du temps (y a des exceptions : Villepin, quels que soient ses défauts par ailleurs, essaie trop d'être Chateaubriand ou rien pour recourir à de tels expédients). Y a pas que les ministres, d'ailleurs : Hollande, qui a pourtant pas mal de temps libre, s'est fait négrer par un éditocrate usagé tout dernièrement. Du coup, la pensée de l'homme ou de la femme politique est quand même filtrée. Bon, c'est vrai aussi pour les discours, hein, ça fait un bail qu'ils ne les écrivent plus non plus, tous autant qu'ils sont. Mais c'est intéressant de savoir que ces esprits supposément brillants, l'élite de la nation, quand même, a recours à ce subterfuge littéraire qui est aussi celui des autobiographies de starlettes de téléréalité. C'est à se demander si ça se rejoint pas quelque part, tout ça, entre le paraître qui dispense de l'être, le néant et tout ce qui s'ensuit. Ne posons pas cette question-là, en fait, ce serait déjà y répondre.

Mais après tout, pourquoi pas ? Ils ont bien le droit, si ça leur chante, de commettre ou faire commettre ces ouvrages nuls mais hélas pas non avenus (oui, parce qu'à la lecture des bonnes feuilles, on voit que si ça volait encore un poil moins haut, ça faucherait les pissenlits par la racine) (ou alors c'est de la pensée complexe et j'ai vraiment pas le niveau). N'importe qui a le droit de faire un bouquin, dans notre pays, et c'est aussi la grandeur du système.

Le problème, c'est que sur ce genre d'opérations, les avances et les pourcentages ne sont pas les mêmes que pour les vrais auteurs. Les premières correspondent en général à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires (dont on SAIT qu'ils ne seront finalement pas écoulés) et les seconds sont généralement d'une fois et demie à deux fois ce qui est normalement pratiqué (voire plus : j'ai vu des chiffres de 20%, ce qui est plus de trois fois ceux d'une autrice jeunesse de base).

Bien entendu, le pognon mis dans ce genre d'opération, c'est autant de pas disponible pour les vrais auteurs qui font de vrais bouquins. D'autant que, quand on voit les chiffres des ventes à un an (donc après les retours d'invendus) on voit mal comment les éditeurs rentrent dans leurs frais sur ce genre de trucs (le bouquin de Fillon s'était bien planté, l'an passé, et il me semble que Boutin s'était assez copieusement ramassée aussi). Dans ce cas, les montants délirants des avances sur droit s'apparentent à de la donation politique. Mais même ça, après tout… Faudrait un jour calculer combien de centimes sur votre shampooing l'Oréal ou combien d'euros sur votre pneu Michelin terminent dans une poche d'élu, après tout. Le système des avances sur droit non justifiées a au moins le mérite d'être un peu plus transparent.

Le vrai problème, c'est que pour justifier tout ça, il faut que le bouquin atteigne les librairies. Et là apparait la pratique de l'office sauvage. C'est à dire livrer d'office de grandes quantités à des libraires qui n'ont rien demandé. Comme les libraires ne payent pas tout de suite, ils acceptent en général les cartons, et essaient de vendre des exemplaires, quitte à renvoyer les invendus dès l'expiration délai légal de trois mois pour pas se faire avoir au niveau trésorerie. Là où ça pose souci, c'est que ces masses considérables de papier vide et creux vont se retrouver en piles sur les étals, prenant la place de bouquins d'auteurs normaux, qui ont déjà du mal à exister par les temps qui courent. Et que cette manutention absurde, 90% du truc étant retourné à l'éditeur d'origine, ce sont autant de temps et d'efforts à fournir par le libraire au lieu de conseiller des choses intéressantes et de faire vivre la littérature. Et croyez-moi, les libraires aimeraient mieux faire vivre leur boutique plutôt que de pelleter du fumier.

Alors j'en connais qui ont pris le pli : quand il y a ce genre d'opération, ils n'ouvrent même pas les cartons et les retournent tels quels dès qu'ils le peuvent. Mais quand on voit ce gaspillage organisé pour faire mousser des médiocrités, on se dit que les problématiques d'écologie, de décroissance, de responsabilité environnementale ou tout simplement de qualité de la parole ne seront pas défendues par le gouvernement cette année encore.

Commentaires

Tonton Rag a dit…
Ne publie pas mon commentaire mais les fautes de syntaxes de ton article sont si nombreuses que je ne peux les lister. Il faudrait peut-être trouver le temps de relire ton article, fort intéressant au demeurant.

Posts les plus consultés de ce blog

Planches à histoires

J'ai pas mal remis les mains dans le moteur en termes de BD, ces derniers temps. Certains projets ont bénéficié de curieux alignements d'étoiles et il a fallu reprendre des scénarios, les retravailler, attaquer l'écriture d'autres trucs, tester des choses. Et donc, superviser aussi la phase de story-board. C'est un moment clé, le story-board en BD, on n'insistera jamais assez là-dessus. Un scénario, c'est un document technique, assez aride, destiné essentiellement au dessinateur pour qu'il puisse se mettre au travail sans avoir à se poser de question : le scénario est censé y répondre (dans les faits, il manque toujours des trucs, mais dans l'idéal, c'est vers ça qu'il faut tendre) (le fait qu'il reste des trucs à discuter, c'est ce qui fait qu'un dessinateur de BD n'est pas qu'un simple exécutant, d'ailleurs). Le story-board, c'est le moment où on convertit les mots sur le papier en enchaînement de dessins, en bro...

Vers un retour aux étoiles

J'évite généralement de faire dans la nécrologie dans ces pages, parce qu'on n'en finirait pas (mais bon, Bowie, dix ans déjà, je m'en remets pas) mais une disparition y a trois jours m'a surpris : celle de Erich von Däniken.  Si si, je vous jure, ce dessin de Kirby a un rapport Voilà un nom que je n'avais pas entendu depuis des lustres et, à dire vrai, ça fait typiquement partie de ces gens dont, quand on apprend la mort, la première réaction est de se dire "mais... il était pas cané depuis des décennies, lui?" De fait, le pire c'est que la plupart des gens de maintenant n'ont même jamais entendu parler de ce gars. Pourtant, son impact culturel est encore sensible aujourd'hui. Il suffit d'ouvrir youtube ou les chaînes de télé consacrées aux "documentaires". Si vous zonez assez longtemps dessus, vous tomberez fatalement sur un truc expliquant que les pyramides et le sphinx sont plus anciens qu'on ne le croit, que les Incas...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Un peu tôt pour Carnaval

J'ai enfin pris le temps de mettre le nez dans le nouveau Mignola, Le carnaval des cadavres , sorti à la rentrée chez Delcourt. Mignola, je suis fan depuis longtemps, depuis que j'avais pris ses Corum en VO (ils ont été traduits trente ans plus tard par ma pomme), le voyant évoluer sur Cosmic Odyssey, Le cycle des épées , son Alien qui était très bien et son Doc Strange que je vénère, puis ses Batman , avant d'arriver à Hellboy , l'univers qui l'a quand même pas mal occupé pendant les décennies suivantes.   Là, il se lance dans un nouvel univers, de fantasy, qui m'évoque très fort les contes de Dunsany (que Mignola doit probablement connaître) liés au cycle des Dieux de Pegàna (récemment réédité en intégrale chez Kalidor, je crois) qui reste un des fondements discrets de la fantasy d'avant Tolkien, ayant notamment influencé le Cycle du Rêve de Lovecraft.  Chez Dunsany, les grandes épopées sont esquissées en quelques pages, ce qui compte vraiment ce sont...

Go East (et puis West après)

 Bon, je serai pendant quatre jours aux Imaginales d'Epinal à dédicacer à tour de bras. Il y aura également une table ronde sur Dune samedi à 19h. N'hésitez pas à passer, à m'amener des trucs à signer, tout ça tout ça. J'en profite pour filer le programme de dans 15 jours, quand je serai aux Utopiales de Nantes. Donc un peu à l'autre bout du pays : Je participerai à trois tables rondes : Vendredi 29 octobre 14h00 – Demain, les super-héros militants avec, X. Dollo, A. Mottier, N. Allard  Samedi 30 octobre 11h00 – V for anonymat avec K. Si-Tayeb, R. Cousin, C. Ecken  Dimanche 31 octobre 18h00 - La politique du loup-garou avec M. Caussarieu, O. Bruneau, M. Dupont-Besnard

Do geekoids dream of electric myths ?

Même pas eu le temps de me remettre du festival d'Angoulème que j'avais dans ma boite aux lettres le retour de mon contrat signé chez les Moutons Electriques. Le bouquin s'intitulera Mythe et Super-héros , ce sera une étude fort érudite sur les rapports structurels entre mythe et illustrés modernes (insérez ici un "n'pas" prononcé sur un ton digne et compassé) et ça sortira, si tout va bien, à la rentrée 2010, donc dans pas bien longtemps. (Le graphiste m'envoie même des trucs absolument supers pour la couve. mais j'attends qu'on ait avancé pour vous montrer ça).

Bal tragique à Pyongyang : un mort

Tiens, dans la série plus c'est gros, mieux ça passe, le gouvernement veut contraindre la SNCF à la rigueur. Et dans l'article du Figaro expliquant cela, on nous expliquait doctement que le déficit cumulé de la SNCF et de Réseaux Ferrés de France dépassait les... Mais.... Réseaux Ferrés de France, ça n'avait pas justement été créé pour séparer la compta ferroviaire entre le réseau (dont l'entretien est un gouffre) et l'exploitation ? Or, le plan annoncé par l'état (embauche hors statut, économies diverses) pèse essentiellement sur l'exploitation. On déshabille Jacques pour habiller Paul, en faisant croire qu'ils ont de toute façon une garde-robe commune, alors qu'elles ont été statutairement séparées. La belle arnaque, mais après tout, il n'y a rien de nouveau sous le Soleil. Sauf que ces annonces arrivent au moment où l'on libéralise le transport des voyageurs. Et les nouveaux opérateurs, ils mettent la main à la poche pour financer ...

Qu'ils sont vilains !

En théorie de la narration existe un concept important qui est celui d'antagoniste. L'antagoniste est un des moteurs essentiels de l'histoire, il est à la fois le mur qui bloque le héros dans sa progression, et l'aiguillon qui l'oblige à avancer. L'antagoniste peut être externe, c'est l'adversaire, le cas le plus évident, mais il peut aussi être interne : c'est le manque de confiance en lui-même de Dumbo qui est son pire ennemi, et pas forcément les moqueurs du cirque, et le plus grand ennemi de Tony Stark, tous les lecteurs de comics le savent, ce n'est pas le Mandarin, c'est lui même. Après, l'ennemi est à la fois un ennemi extérieur et intérieur tout en même temps, mais ça c'est l'histoire de Superior Spider-man et c'est de la triche.  Tout est une question de ne pas miser sur le mauvais cheval Mais revoyons l'action au ralenti. L'antagoniste a toujours existé, dans tous les récits du monde. Comme le s...

Origines pas si secrètes

Même si dans l'espace, on ne vous entend pas crier, rien n'arrive dans le vide. C'est un fait connu, même une oeuvre marquante et, comme disent les Américains, "séminale" (ce qui est rigolo en parlant de mon sujet du jour), a toujours des sources, des racines ailleurs. J'ai fait des conférences explorant les éléments agglomérés lors de la création Superman ou de l'oeuvre de Lovecraft.  Un exemple rigolo, c'est Alien . Le film de Ridley Scott a marqué les imaginaires. On n'avait jamais vu ça à l'époque. Pourtant, une partie de son decorum, les travelings sur le vaisseau au départ, par exemple, vient de Star Wars , qui avait élaboré à partir de ce qu'il y avait dans le 2001 de Kubrick. Mais ça, ce n'est que la partie émergée du Nostromo. On peut fouiller tout le reste et trouver, qui pointent le bout de leur nez, bien des choses en somme. L'histoire de base n'est pas due à Ridley Scott, mais à Dan O'Bannon qui avait recyclé...

Effet de seuil cumulatif

Puisque je suis au début de la rédaction d'un nouveau roman, je suis en plein dans cette phase où je dévore plein de documentation de façon totalement obsessionnelle. Bouquins, films, cartes géographiques, fiches wikipédia, je fais feu de tout bois. Le but avoué est de m'immerger pleinement dans mon sujet (le but réel, en fait, c'est juste de satisfaire à ma maniaquerie compulsive, mais je ne le dis pas parce que ça fait moins genre). Dans le cas présent, le gros de la doc c'est tout ce que je peux trouver sur les îles britanniques au cinquième siècle et sur les bases les plus profondes de la légende arthurienne. Je ne suis pas le premier à jouer à ce jeu-là, mais ces périodes de genèses mythiques sont fascinantes (il en va de même sur la période présumée de la Guerre de Troie) (les deux époques se ressemblent assez, d'ailleurs, avec de grands effondrements politiques s'accompagnant de grands mouvements de populations) et j'y reviens souvent. Et en fait,...