Accéder au contenu principal

Quand M'sieur Bilbon s'est retiré dans un couvent, il est devenu cénhobbit


J'avais chopé dernièrement la VF du comics Cowboys vs Aliens (titré en VF, comme le film, Cowboys & Envahisseurs, ça a son importance et on y reviendra plus loin) chez Emmanuel Proust. Par chance, je l'avais chopée sur un étal de marché à 1 euro.

L'album est resté quelques temps sur ma pile des "trucs à lire". Et puis finalement, je l'ai lu.

Il vient de partir direct à la "boite à radouilles", le carton dans lequel je fourre tout que je revends en brocante ou que je refourgue aux copains. Et je regrette l'euro dépensé. Parce que je vais avoir du mal à le refourguer au copains, ou alors en cadeau-gag lors d'un anniversaire.

Alors pour parler clair, le dessin est naze, et le scénar plutôt rigolo mais assez mal branlé : il exploite mal sa situation de départ et n'est pas bien construit. En soi, ce n'est même pas forcément très grave, un projet du genre peut fonctionner justement sur la sympathie que génère son côté mal foutu.

Le vrai gros souci, d'est la traduction. Et la traduction, oh, mes aïeux, c'est un bijou, c'est une merveille, c'est un truc incroyable, on atteint des sommets abyssaux (oui, je sais, ça se dit pas, mais il faut une métaphore qui soit du niveau de ce à quoi elle se rapporte). Elle n'est pas créditée, cette traduction et c'est tant mieux pour le malheureux qui l'a signée, parce qu'il enfonce de très loin toutes mes têtes de Turc habituelles dans la profession (et j'en ai quelques unes) (sachant que je suis moi-même la tête de Turc de quelques autres, mais comme on dit chez les Turcs, on est toujours le Belge de quelqu'un).

Bon, déjà, j'ai trouvé une occurrence de "nitrogène" dès les premières pages. Ça signe d'emblée le roi de la traduction, c'est la bourde d'un amateur qui n'a de surcroît aucune culture scientifique* (eh oui, la traduction est vue avant tout comme une activité de "littéraire", et la césure artificielle que le système éducatif de notre pays continue à pratiquer entre "scientifiques" et "littéraires" n'a pas fini de confire la culture dans un abêtissement crasse et une deconnexion du réel).

Ensuite, on a d'un côté des aliens, de l'autre des cowboys. On peut s'attendre à ce qu'il y ait un poil de travail sur le niveau de langue, histoire que les aliens parlent techno, et les cowboys parlent cowboy. C'est tout le sel, en théorie, de ce genre d'exercice.

Eh bien non !

Les aliens parlent comme des racailles et les cowboys emploient des mots comme "équipement sophistiqué" (ce qui est déjà un faux amis en Anglais) et "aliens" pour parler des aliens. Alors que le titre remplace "aliens" par "envahisseurs". Et que même dans Alien, la trad traduit "Alien" par "Etranger", ce qui pour le coup aurait fait vachement plus cowboy.

Bref, du grand n'importe quoi. Celui qui a commis ça est un coyote à foie jaune qui ferait mieux de se cacher.

PS : à propos de traduction, je suis très dubitatif de la retraduction de Bilbo le Hobbit. Je veux bien que l'ancienne n'était pas parfaite, faisait son âge et n'était pas cohérente avec celle du Seigneur des Anneaux. Mais justement, pourquoi diable avoir traduit les noms propres, si ce n'est pas pour reprendre ceux du SdA ? On passe de Bilbo Baggins à Bilbo Bessac, alors que dans le SdA, c'est Bilbon Sacquet. Je suis même pas certain que ce soit pour des raisons de droits, en plus (ou si ça se trouve, c'est pour ça, mais alors c'est assez minable quand même).

* C'est comme les erreurs sur silicon et silicone en VO qui se traduisent respectivement par silicium et silicone en VF. Vous allez rire, mais je connais pas mal de collègues qui traduisent silicon par silicone. Je me demande si le processeur de leur ordinateur est fait en prothèse PIP, en tout cas il traduit à la Mas. Après, il y a des relectrices qui sont tanches, aussi : une fois, la relectrice d'un éditeur m'a changé un truc dans une bulle où il était question de "plastic", un explosif, bien entendu. Elle a corrigé en "plastique". Je ne travaille plus avec cet éditeur, depuis lors.

Commentaires

Zaïtchick a dit…
De toute façon, Bilbon, je ne peux pas le sacquet...
Uriel a dit…
De ce que j'avais lu c'est effectivement une question de droit, mais bon faut avouer que oui, c'est un peu pitoyable...

Posts les plus consultés de ce blog

Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissaaaaaaante !

En fait non. Mais vous captez l'idée. Et puis je viens de vous graver dans la tête l'image de mes bras malingres brandissant une épée plus grande que moi comme si c'était un bâton d'esquimau. En fait, je voulais vous entretenir de ça : C'est un recueil de nouvelles à sortir chez Rivière Blanche ce printemps, sur le thème des super-pouvoirs, mais dans une optique un peu Robert Silverberg, pas tant le pouvoir lui-même que l'impact qu'il a sur la vie du pauvre couillon qui s'en retrouve nanti. C'est anthologisé (anthologifié ? anthostiqué ? compilé, on va dire) par mon vieux comparse Monsieur Lainé, et il y a tout un tas d'autres gens très bien dans le coup, comme Olive Peru, Pat Lesparre, André-François Ruaud ou Frank Jammes et j'en passe. Que des gens bien, quoi. Et bien entendu, j'y suis aussi (quoique j'ignore si j'ai les qualifications requises pour être classé dans les gens biens), avec un texte intitulé l'invisib...

à nous de vous faire préférer la marche à pieds

Je ne sais pas à quoi ça tient, mais chaque fois que je pose mon cul dans un train, depuis dix jours, il y a un incident majeur, un retard, une annulation, un problème d'affichage qui fait qu'il ne va pas dans la direction prévue, etc... Au départ, je me disais que je souffrais juste d'une attaque de scoumoune comme d'autres ont des retours d'amibes ou de paludisme. Mais en fait, vérification faite, je ne suis pas le seul à être pris dans un maelstrom de bordel ferroviaire. Et si la Ligne A a gagné ces derniers temps une sinistre réputation, je dois dire que même les autres sont touchées et que j'y ai les mêmes emmerdes. Du genre pas d'affichage et le monsieur qui annonce les trains non seulement ne coupe pas Balavoine, ce qui rend son message inaudible, mais en plus ne précise pas le quai sur lequel doit arriver le train dont il parle. Forcément, ça complique. Et les problèmes d'affichage sont de plus en plus fréquents, partout. C'est à se demander ...

2026, l'Odyssée de la civilisation

Au retour d'un déplacement éclair qui s'est transformé en mini-Odyssée (j'en causera peut-être un jour ici, ou pas), mon fiston m'a emmené au cinoche. Il voulait se faire l' Odyssée , justement, parce qu'il aime bien le ciné de Nolan, que moi aussi, et il connait mon goût pour la mythologie. Pourtant, les bandes annonces m'avaient un peu refroidi, surtout le premier teaser. Nolan n'aime pas les clichés du merveilleux, il y préfère une esthétique froide. En soi, ça ne me dérange pas, même si à l'usage je vais dans le genre avoir tendance à lui préférer Villeneuve. Mais L'Odyssée , un des fondements de la culture occidentale, c'est un truc sur lequel je peux m'inquiéter de voir appliquer une approche trop "réaliste" (vous savez peut-être à quel point je me méfie de ce terme, d'ailleurs). À l'arrivée, Nolan parvient à glisser quelques fulgurances esthétiques justement lorsque le récit bascule : le Cyclope et Circé sont des ...

Hop, un petit bout de Crusades au passage

Histoire de vous faire baver un peu en attendant septembre, hein ? Et histoire de, je rappelle que ce magnifique album s'intitulera La Porte d'Hermès , qu'il sortira aux Humanoïdes Associés, par Izu, Nikolavitch et Zhang Xiaoyu.

Le nouveau Eastern

 Dans mon rêve de cette nuit, je suis invité dans une espèce de festival des arts à Split, en Croatie. Je retrouve des copains, des cousins, j'y suis avec certains de mes rejetons, l'ambiance est bonne. Le soir, banquets pantagruéliques dans un hôtel/palais labyrinthique aux magnifiques jardins. Des verres d'alcools locaux et approximatifs à la main, les gens déambulent sur les terrasses. Puis un pote me fait "mate, mec, c'est CLINT, va lui parler putain !"   Je vais me présenter, donc, au vieux Clint Eastwood, avec un entourage de proches à lui. Il se montre bienveillant, je lui cause vaguement de mon travail, puis je me lance : c'est ici, en Dalmatie, qu'il doit tourner son prochain western. Je lui vante les paysage désolés, les déserts laissés derrière eux par les Vénitiens en quête de bois d'ouvrage, les montagnes de caillasse et les buissons rabougris qui ont déjà servi à toutes sortes de productions de ce genre qui étaient tellement fauchées ...

à Angoulème en dédicaces

Le festival d'Angoulème approche, c'est pour la fin du mois. Il faut commencer à s'organiser. Alors si vous avez un agenda,  notez donc ça : En plus de mes passages au stand des éditions La Cafetière, bulle New York, je serai en dédicaces sur l'espace Champ de Mars au stand du MOTIF. Vendredi 27 de 17 à 19 heures Samedi 28 de 14 à 16 heures Dimanche 29 de 12 à 14 heures Venez nombreux !

Sale année pour le futur

Entre Ray Bradbury qui a passé l'arme à gauche avant  les vacances, Roland C. Wagner mort plus tôt ce mois-ci et Neil Armstrong décédé hier soir, on peut dire que ça va mal pour le futur. Notre futur se meurt à mesure que ceux qui le rêvent ou l'incarnent tirent la révérence et se retrouvent enfermés dans un passé figé. Vous noterez que je n'inclus pas Steve Jobs dans les incarnations du futur. Le futur vendu par Jobs (et Zuckerberg et les autres de cet acabit), en fait, il ne m'intéresse pas tellement, je le considère même comme une escroquerie : l'iphone et fèces-bouc, ce n'est pas le futur, c'est le culte de l'immédiateté, c'est l'enfermement dans le présent, justement, avec juste un petit vernis technophile qui, sur le fond, était déjà moisi à l'époque du futurisme italien. C'est baisser la tête pour voir ses messages inutiles genre "je like" ou "kikoulol", alors que Ray Bradbury et Roland C. Wagner nous forçai...

Bande de patates

Alors Blogmachin, là, la plateforme sur laquelle je déverse mes éructations, propose des outils de gestion du blog. Je viens de mettre un peu le nez dedans, pour voir. Et il y a entre autre un listing des mots clés tapés dans Google qui vous auront amenés ici. "Nikolavitch War Zone" arrive en bonne position. Ce qui est assez flatteur. Mais cette position n'est que la quatrième. Et en première position (9 personnes, quand même) (vous 9, je ne veux même pas savoir qui vous êtes. vous me faites PEUR d'emblée), vient l'énigmatique expression "patate plus". Non, franchement, je veux même pas savoir.

Le slip en peau de bête

On sait bien qu’en vrai, le barbare de bande dessinées n’a jamais existé, que ceux qui sont entrés dans l’histoire à la fin de l’Antiquité Tardive étaient romanisés jusqu’aux oreilles, et que la notion de barbare, quoiqu’il en soit, n’a rien à voir avec la brutalité ou les fourrures, mais avec le fait de parler une langue étrangère. Pour les grecs, le barbare, c’est celui qui s’exprime par borborygmes.  Et chez eux, d’ailleurs, le barbare d’anthologie, c’est le Perse. Et n’en déplaise à Frank Miller et Zack Snyder, ce qui les choque le plus, c’est le port du pantalon pour aller combattre, comme nous le rappelle Hérodote : « Ils furent, à notre connaissance, les premiers des Grecs à charger l'ennemi à la course, les premiers aussi à ne pas trembler d’effroi à la vue du costume mède ». Et quand on fait le tour des autres peuplades antiques, dès qu’on s’éloigne de la Méditerranée, les barbares se baladent souvent en falzar. Gaulois, germains, huns, tous portent des braies. Ou alo...

The sound of Seznec

Ce matin, j'étais sur Paris. J'avais des boulots à rendre, et puis j'en ai profité pour me reprendre une paire de bottes, parce que bon. Et dans le métro, il y avait des grandes affiches 4x3 pour la nouvelle superproduction historique de Robert Hossein. Bon, il y avait aussi d'immenses affiches 4x3 pour un concert à Bercy d'un certain Michael Bublé, dont j'ignore totalement ce qu'il chante, ce qui fait que bon, je ne vais pas en parler, je note juste que la pub, dans ces conditions, s'apparente à ce qu'on appelle "bruit" en théorie de l'information. Le "signal". est perdu, le message est non signifiant. Alors que Robert Hossein, je connais. Il a fait du chemin depuis qu'il jouait l'ignoble commissaire Rosen dans Le professionnel . Maintenant (bon, depuis une bonne vingtaine d'années, si ce n'est plus, j'ai perdu le compte), il se refait des grandes controverses historiques. Fallait-il couper la tête à Jeann...