dimanche 12 novembre 2017

Débarquement

Vous l'aurez peut-être remarqué, j'ai à nouveau violemment négligé ces pages depuis quinze jours. Faute d'inspiration, peut-être. Faute de m'alimenter les méninges, sans doute aussi (pas de grosse phase de documentation en cours). Faute surtout de temps et d'énergie (plein de boulot).

En attendant, du coup, je vous remet une petite nouvelle de SF, une vieillerie qui a plus de quinze ans.

Et j'aurai une ou deux annonces à vous faire dans la semaine.


Débarquement
Première publication dans Yuma 1, aux éditions Semic

Un coup au but !

L’hovertank bascule sur le côté, compense de l’autre puis se redresse. Dans l’intervalle, les analyseurs tactiques ont remonté la trajectoire du missile et déclenché une riposte. L’hovertank tangue encore quand il lâche les deux traceurs, puis il se stabilise et reprend sa route.

Le secteur a complètement été ravagé par les frappes orbitales. Les écrans montrent des bâtiments calcinés et des pylônes tordus. Pas un coin sympa où s’attarder. Et de toute façon mes ordres mentionnent que je ne dois pas traîner. Mon objectif, c’est la côte 359.

Alors allons-y.

Un message dans l’interface m’indique qu’un des traceurs a atteint son but, une position d’artillerie à trente kilomètres. Quelques Drazyls de moins, un peu de tranquillité en plus. Je remonte en régime, et l’hovertank accélère sur la route défoncée, tous capteurs déployés.

Plus rien dans le quartier. Les Drazyls qui ont survécu aux frappes ont préféré filer avant le débarquement des marines. On ne peut pas leur donner tort, ils se souviennent d’Eridan… Et du coup, ma mission confine à la ballade de santé.

Je ne m’en plains pas.

Une alarme clignote au coin de l’interface, m’indiquant une source infrarouge à onze heures. Je ne prends pas de risques et je lance un sol-sol tactique, juste par précaution.

Un flash brutal, et puis la zone refroidit.

Je sors de la ville en ruine et je commence ma traversée d’une campagne en feu. Il reste encore quelques bosquets de ces machins qui passent pour des arbres, dans le coin. J’atomise tous ceux qui passent à ma portée, pour ne pas donner à l’ennemi de position où embusquer des snipbots. Les marines ne vont pas tarder à arriver et alors le commandement fera un bilan de ma mission. Un officier m’a signalé que j’avais intérêt à être nickel si je voulais ma promo.

Quelques curseurs bleus s’affichent, les péniches de débarquement qui commencent leur descente. Il faut que j’arrive à la côte 359 rapidement pour pouvoir les couvrir.

Je ralentis à la hauteur d’un transport éventré. Aucun signal, c’est un Drazyl qui s’est mangé de plein fouet le souffle de la première frappe. Je le flambe pour le principe mais je ne m’attarde pas pour le regarder brûler : les péniches sont dans l’ionosphère, il ne leur faudra pas plus d’une demi-heure pour atterrir. Je remonte en régime puis je lance la post-combustion, et l’hovertank s’élance dans un nuage de poussière. J’arrive sur mon objectif dans moins de dix minutes et après ce sera peinard.

Une zone industrielle défile sur ma droite. J’ai préféré la contourner, car les concentrations métalliques brouillent mes capteurs. C’est ce qui me fait perdre quatre microsecondes de réaction : je n’ai pas vu venir les deux roquettes et j’y perd un capteur. Le blindage actif encaisse le coup, mais le tank tangue et braque et se cabre…

Tournoyant sans parvenir à corriger mon assiette, je heurte un pylône de soixante mètres qui me retombe dessus. Encore deux roquettes que je ne peux pas éviter sans me dégager rapidement des décombres. Encore deux coups au but. Encore quelques fenêtres qui se ferment dans l’interface. Les redondances du système tardent à prendre le relais.

L’ordinateur tactique parvient enfin à mettre au point une riposte et j’arrose les secteur : trois obus incendiaires pour un explosif. Dans le même temps, je parviens à m’extraire des débris du pylône, et j’avance en crabe pour dissimuler mon flanc droit mis à mal. Le moteur de l’hovertank me fait connaître son mécontentement par des à-coups violents.

Deux roquettes à nouveau. J’en évite une, mais je perds à nouveau quelques fenêtres d’interface. Je suis quasiment borgne à présent, et franchement boiteux. J’envoie le signal de détresse standard et un rapport de situation, demandant une frappe tactique sur la zone dès que j’aurais mis les voiles.

Mine ! Avec mes capteurs en rideau je ne l’ai pas vue venir. Tout le blindage inférieur explose en même temps, me faisant faire une embardée qui me projette contre un mur. Encore deux salves de deux roquettes qui me frappent sur le flanc droit, là où le blindage actif est mort.

Le pire, c’est que ce sont probablement des défenses automatiques.

Je n’aurai même pas vu un seul Drazyl.

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