jeudi 18 décembre 2014

Interview exclusive !

Ah, les Etats-Unis, en guerre contre le terrorisme, et qui ne fléchissent pas, qui bombardent l'EI, qui ne ferment pas Guantanamo, qui poussent le Pakistan à faire le ménage, qui restent droits dans leurs bottes, la mâchoire en avant et l'esprit de John Wayne chevillé au corps. C'est beau, dans le genre. C'est la virilitude en géopolitique. Ils font même les gros yeux à Poutine et lui disent parfois des choses désagréables. Et disent à Assad "pardon, désolé, on ne fait que passer, vous êtes bien aimables" quand ils violent son espace aérien pour bombarder ses ennemis.

Mais ils sont trop complaisants avec leurs anciens ennemis et ça leur joue des tours. Tenez, ils sous-traitent les films d'Hollywood à des boîtes comme Sony Pictures, filiale d'un grand groupe japonais. Alors qu'on trouve encore ici et là les petits manuels dessinés par Wallace Wood (je crois que c'était Wallace Wood) expliquant comment reconnaître un méchant Japonais parmi une foule d'Asiatiques normaux.

Mais l'eau a coulé sous les ponts, les ennemis d'hier se sont rapprochés, et Sony produit des films en Amérique. Dont l'Interview qui tue, une comédie sur la Corée du Nord. Dedans, des journalistes sont mêlés à un complot visant à zigouiller Kim Jong Trois, le fils de Kim Jong II. Dieu sait pourquoi, les Nord-Coréens ont pris la mouche (alors qu'ils n'avaient rien dit pour Team America World Police) et ont protesté. Et puis, comme Sony s'en fichait, ils sont passés à la vitesse supérieure et ont piraté (en tout cas on croit que c'est eux) l'ordinateur central de Sony Pictures.

Depuis, on a droit à un Sonyleaks avec plein d'infos croustillantes, des avant-premières des films sur le net et ainsi de suite. Et ça valse sévère. Tout le monde en prend pour son grade. Et les hackers disent en avoir encore sous la pédale.

Et donc, Sony Pictures viennent de se coucher. Comme des merdes. Le film ne sortira pas, ni maintenant, ni plus tard, ni en salle ni sur le net. Tac.

Y a pas eu de bombe posée devant le siège social ni de tags sur les affiches dans les salles de cinéma. Ils viennent de se coucher devant des pirates informatiques qui leur ont mis le froc en bas des jambes devant le monde entier. Et plutôt que de garder leur dignité, ils tendent le cul en disant "bien Monsieur". Ces gens sont des châtrés.

Le remake de l'Aube Rouge (produit par la MGM) sorti il y a quelques temps de ça avait déjà baissé culotte. Au départ, l'ennemi qui venait fouler de ses sandales les vertes collines d'Amérique était la Chine. Et puis comme la Chine est un gros partenaire commercial, avec en plus une grosse diaspora, ça avait été changé à la dernière minute (c'est ça qui est bien avec le numérique) en Corée du Nord, au motif que c'est des chinetoques tout pareil, alors y a pas à changer leurs tronches, juste des bouts d'uniformes, et qu'en plus personne ne les aime. Ou juste des tarés comme moi qui aiment bien la musique militaire nord-coréenne, mais ça ne compte pas. Mais visiblement, les temps ont changé. Pas touche à la Corée, maintenant.

Alors on me souffle dans l'oreillette que même si Sony Pictures est une filiale de Sony Japon, les décisions sont prises en Californie. Et j'ai dans l'idée que si c'étaient les Japonais qui avaient eu la main dans l'histoire, eux auraient sorti le film quand même et adressé un gros doigt à Kim et consorts.

J'ai du coup un conseil à donner à tous les terroristes du monde, aux Talibans, aux Daech, Boko Haram et tous les autres. Arrêtez les égorgeages, c'est ringard et ça fait plouc. Piratez la Fox, piratez Turner, piratez Warner. Vous allez voir, c'est vachement plus efficace. Soral se plaint de ne plus passer à la télé ? Qu'il pirate TF1 ! Mélenchon se plaint que les journalistes lui parlent mal ? Qu'il pirate France TV ! Sarkozy pleurniche que personne ne l'aime à part Morano et Hortefeux (c'est vrai qu'à sa place, moi aussi j'aurais honte) ? Qu'il pirate le site du Monde ! Et puis Valls et Hollande, cotisez-vous et embauchez ces Nord-Coréens pour pirater Goldman Sachs et la Société Générale (qui n'est pas à cinq milliards près, comme elle l'a démontré avec brio). En plus vous pourrez y trouver les quelques sous qui vous manquent pour boucler vos fins d'années et si ça se trouve, votre cote remontera, c'est un bon investissement. Mais tirez-vous les doigts du cul, tous. Ça nous amusera un peu.




PS, le 19/12 : tiens, les salles courageuses qui avaient prévu de diffuser Team America à la place de The Interview ont été empêchées de le faire par la Paramount. C'est le bal des micropéniens, les majors américaines.

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