lundi 31 décembre 2012

On peut plier l'année, là

Bon, ben encore une de passée. Je crois que l'année 2012 aura pas été trop mal, hormis une fin du monde particulièrement ratée.

Et sinon, mauvaise nouvelle ce matin : en lisant la presse ce matin, j'ai découvert qu'on avait prouvé qu'en fait, Louis XIV était bien le fils de Louis XIII. Moi que ça faisait marrer depuis des années de me dire qu'il était peut-être bien, en fait, celui de Mazarin... La réalité est souvent décevante.

Enfin, que ça ne vous gâche pas le réveillon !

Bonne année à tous !

dimanche 30 décembre 2012

"Laisse tomber, ce sont des nihilistes"

Alors, de temps en temps, il m'arrive d'aller jouer au bowling. Généralement avec mon frangin, sa fille, une des miennes, d'autres membres de la famille, selon ce qui se présente. Je suis pas hyper bon au bowling, genre à peu près autant qu'au billard (bon, au billard, j'ai une excuse : j'y joue généralement en festival, donc après des journées crevantes, avec trois ou quatre verres dans le nez, quand ce n'est pas trois ou quatre douzaines, et à des heures absolument improbables). Bref, là, j'ai joué quelques bons coups, souvent par inadvertance, et puis j'ai tapé droit dans le caniveau plus qu'à mon tour, et on a bien rigolé, comme toujours. C'est assez bon enfant, comme sortie.

Et puis, à un moment, il y a eu les inévitables citations de Big Lebowski entre moi et mon frangin. C'est forcé, dès qu'on a des chaussures de bowling aux pieds. Et comme c'était l'heure où il commençait à faire soif, forcément, j'ai été tenté de me commander un Russe blanc au bar. Ce cocktail que boit le Dude et qu'on appelle aussi parfois White Caucasian.

Et puis en arrivant au bar, je me suis aperçu que la carte ne comportait pas de Russe blanc sous aucune dénomination, et que le serveur était noir. J'ai réprimé une blague idiote, mais je me suis dit aussi, assez bêtement, que ça ferait bizarre de commander un Caucasien blanc à un noir.

Et ça m'a coupé la chique, et il a fallu que je me décide vite pour autre chose. N'importe quoi d'autre. Au débotté.

Alors ça a été un Martini.

Blanc.


Et j'ai même pas eu ça pour mon Noël
Caramba, encore raté.

samedi 29 décembre 2012

Hard workin' man

Le gros problème, quand on prend des congés, c'est de se remettre au boulot quand on rentre. Oh, certes, histoire de ne pas laisser les muscles traductionnels et scénaristiques s'atrophier pendant une semaine, j'avais emmené un peu de boulot. Bon, j'ai traduit trente pages de batmaneries, et commencé à convertir un vieux projet de BD en projet de roman, juste au cas où.

Mais en fait, l'essentiel du temps de vacances a été passé à bouffer et à boire, et à lire tranquillou. Genre un Hunter S. Thompson que j'avais commencé mais laissé en plan pour des raisons bizarres : Generation of Swine, excellent, des articles assez courts datant de la fin des années Reagan, montrant que si le Docteur Gonzo saisissait très bien l'air et les failles du temps, il était assez mauvais prévisionniste. Par contre, il a aussi probablement raison à propos de la pêche à la truite au shotgun, je suis d'accord avec lui, ça ne doit pas être un bon moyen de se faire bien voir de ses voisins. Mais j'ai aussi mis le nez dans la Naissance de la Tragédie, de Nietzsche, que je n'avais jamais lu, et dans le Tractatus de Wittgenstein, que j'ai trouvé aux limites de l'imbitable. Peut-être la traduction y est pour quelque chose, mais une partie des conceptions développées dedans me heurtent de plein fouet. Je subodore d'ailleurs que des expériences comme le Fulchibar sont intrinsèquement et fondamentalement anti-wittgensteiniennes, mais je n'ai pas assez creusé le sujet pour en être totalement sûr, vu que ça m'est assez vite tombé des mains. Et puis sinon, et dans un tout autre style, j'ai commencé à lire Motel 007, de Ian Fleming, dans lequel il semble prendre un malin plaisir à prendre le contrepied total des codes bondiens.

Tout ça pour dire qu'il devient urgent de me remettre au boulot, mais qu'aujourd'hui, ça n'a pas été particulièrement concluant sous ce rapport.

vendredi 28 décembre 2012

Squattage du poste, une fois encore

Ah, j'en ai pas parlé hier parce que j'ai failli louper le truc, mais il me semble que ça repasse ce soir : je suis interviewé dans l'émission Plus ou Moins Geek à propos d'Apocalypses : une brève histoire de la fin des temps. Et surtout à propos de l'art délicat de la survie aux évènements apocalyptiques, on ne sait jamais. C'est sur la chaine Planète Plus No Limit * et c'est présenté entre autres par le très estimable Laurent Queyssi, auteur lui aussi aux Moutons Electriques, comme quoi ces interviews télé, c'est que du copinage honteux.


* la chaine qui le reste du temps passe des documentaires de tuning et des trucs genre "qui c'est le plus balaise entre la tarentule mangeuse d'hommes du Katanga ou le lézard venimeux qui tue de Nouvelle-Guinée, un combat à mort en méga gros plan, avec incrustation de couinements de hamster pour faire encore plus dramatique", avec une mise en scène over the top, c'est vraiment le genre de truc à regarder avec une canette de bière à la main.

mercredi 26 décembre 2012

Ils nous doivent plus que la lumière

Ayé, la semaine prochaine, les dernières ampoules à incandescence seront hors la loi, et on enterrera donc une technologie séculaire.

Au lieu de la bonne vieille ampoule, il faudra employer ces saloperies au néon qui éclairent mal, ces saloperies d'halogènes qui chauffent comme les forges de l'Enfer, ou ces LED qui piquent les yeux.

Mais pire encore, comme dans toute prohibition de ce type, on court le risque de voir le marché de la vraie ampoule, devenu illégal, être pris en main par des organisations habituées au marchés illégaux : les mafias. Il faudra aller dans des banlieues sordides pour acheter, dans des cages d'escalier sentant le pipi et le shit, nos ampoules, qui seront vendues très cher par des individus louches en survêtements à capuche. Les produits ainsi vendus seront souvent d'une qualité déplorable, du 40 watts vendu pour du 60, des ampoules qui grillent au bout de deux mois, du krypton coupé au xénon.

L'horreur absolue, quoi.

Et les bénéfices de cet odieux trafic serviront à financer la pâtée des chiens de Don Corleone ou les parties fines de Don Berlusconi. Toute une économie parallèle qui se ramifiera dans tous les pays. La mafia russe contrôlera des mines de tungstène dans le Caucase, et sera en cheville avec des Albanais qui détourneront la production d'honnêtes verriers. Les Yakuza et les Triades prendront le contrôle d'usine en Chine et à Taiwan pour faire assembler le tout, ce qui perturbera la production de l'Iphone 8. Le marché illégal du cuivre pour les culots conduira des gitans à voler les câbles des trains et les bobinages des voitures électriques. Les gens n'oseront plus se déplacer. La civilisation périclitera. Nous serons collectivement renvoyés au rang de la bête, à la loi de la jungle, ou au militantisme UMP.

Et tout ça parce que les écolos auront fait interdire la bonne vieille ampoule à filament.

"Les fous ! Je vous hais ! Soyez maudits jusqu'à la fin des siècles !" disait déjà en son temps Charlton Heston, qui s'y connait en tarés irresponsables.

mardi 25 décembre 2012

Happy birthday Santa !

Ah ouais, c'est Noël. Paix sur Terre aux hommes de bonne volonté, buche glacée et foie gras pour tout le monde, champagne pour les autres, et caetera amen. Donc, de joyeuses buches glacées, foies gras, huitres, dindes ou quelle que soit votre façon préférée de vous projeter dans une torpeur digestive (accompagnée ou non ensuite de gueule de bois) autant que festive.

Donc, joyeuses fêtes à tous.

"Et la clope avec le café ou après l'amour pour ceux qui donnent dans le genre.
Parce que moi, perso, le café pendant l'amour, c'est pas mon truc,
mais chacun voit midi à sa porte
tant que c'est pas pendant la messe de minuit."
(Chris Kringle, de meilleure humeur maintenant qu'il a tenu ses objectifs,
et à mon avis, il a pas fêté ça qu'à la clope)

lundi 24 décembre 2012

Benny Hill, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Là, ce sont les fêtes. Un moment où on lève le pied niveau boulot ne serait-ce que pour prendre le temps de digérer tranquillement le foie gras, le Gewurztraminer, la buche et tout ce qui s'ensuit.

Et parfois, quand on comate gentiment sur un canapé, la main se tend machinalement vers la télécommande. On se dit qu'en période de fêtes, la télé passera forcément un truc un peu rigolo, un vieux Pierre Richard, ou alors gentiment nostalgique, un Western de l'âge héroïque ou un film d'aventures avec Cary Grant, bref de quoi égayer gentiment la douce torpeur post-prandiale qui accompagne les après-midi de la fin décembre.

Et puis au lieu de ça, on tombe sur des programmes comme la chose nommé LOL;-), sur une chaine de service public. C'est probablement ça qui est le plus navrant, en fait. Les gens qui ont commis ça n'ont même pas l'excuse d'être sur un canal tenu par des rebuts décavés de bande FM ou des fins de soirée de TF1 comme NRJ12. Non, là il s'agit bien d'un truc financé par la redevance. C'est fait avec votre pognon. Et le mien.

Et LOL;-), c'est grosso modo du néo Benny Hill, sans plus même l'excuse de la figure vaguement charismatique (pour peu qu'on ait suffisamment bu) du  biflandais rondouillard ni de son aspect patrimonial des mauvais jours, ni la musique rigolote. Dans un certain nombre de pays amis de la France, un tel programme vaudrait à ses responsables et à ses scénariste une exécution sommaire au petit matin. Voire de participer en payant de leur personne à l'entretien des crocodiles des jardins du palais présidentiel.

La consommation de cocaïne de rigueur à la télévision n'explique et n'excuse pas tout. Là, il y a vraiment un problème, et j'appelle solennellement au rétablissement de la flagellation publique et du pilori, parce que merde, quoi, même les bornes doivent avoir des limites, et la dernière fois que j'ai vérifié, le seul truc qu'on exigeait de l'humour, c'était d'être au moins un peu drôle. Pas forcément fin, ni de bon goût. Juste drôle, quoi. Alors que là, on se prend à regretter Jean Roucas.

Et c'est mal.

dimanche 23 décembre 2012

Rex tremendae majestatis

Je ne reconstituerai pas ici le train pensées et de paroles qui a conduit à ces conclusions, parce que ce serait trop compliqué, ça prendrait trop de place, et globalement, ce serait assez navrant.

Mais le fait demeure : comme tout grand carnivore, le T-Rex devait marquer son territoire. Et d'un coup, j'essaie d'imaginer ce à quoi pouvait ressembler le marquage de territoire d'un carnivore-charognard de seize mètres de long du bout de sa truffe humide à l'extrémité de sa queue musculeuse que, si ça se trouve, il agite quand il est content. Et je visualise d'un coup le kärcher pestilentiel que ça pouvait représenter, genre trois cent litres de pipi de chat d'un coup sur une prèle gigantesque. C'est absolument terrifiant. Et c'est dans les moments où l'on imagine ça, qu'on se dit qu'en fait, ouais, finalement, tout bien réfléchi, c'est peut-être pas plus mal qu'ils soient extinctionnés, ces bestiaux-là.

samedi 22 décembre 2012

Report sine die du Ragnarok

Bon, en apparence, la fin du monde, ça a été reporté. On ne peut s'empêcher de ressentir comme un pincement de déception en voyant que le monde est toujours là. Le métier de prophète de malheur est un dur apostolat.

Mais heureusement, chers amis annonciateurs de l'Apocalypse, j'ai une solution clé en main pour vous , qui vous permet de sauver le monde tout en sauvant la face !

En fait, le monde tel qu'on le connait a bien cessé d'exister hier midi, heure du Yucatan (à midi douze, parce que le dieu obscur maya est comme Obélix : à midi douze, il a toujours faim), mais comme les Mayas étaient de prodigieux mathématiciens (et nettement meilleurs que les Egyptiens, dont on nous rebat les oreilles : pour l'architecte égyptien moyen, suivant les époques, la valeur de Pi était de 3 ou au mieux de 3,1), le monde continue d'exister sous la forme d'une simulation mathématique de haute précision*, au sein d'une stèle ancienne en silice artistement taillée.

La simulation est tellement bien foutue que, de l'autre côté de ma fenêtre, la pluie a vraiment l'air de mouiller, et que pour ceux d'entre vous qui partez en vacances, les bouchons sont aussi agaçants que d'habitude.

Ils sont décidément trop forts, ces Mayas.





* Par contre, du coup, si vous voyez un Keanu Reeves en trench-coat noir, courez.

vendredi 21 décembre 2012

En direct de la FIN DU MONDE !!!!!!

** note liminaire : pour un effet maximum, essayez de lire ça avec une voix essoufflée genre Nicolas Hulot qui crapahute sur les flancs du Mont Fulchibar en évitant les zébus tel le Poilu évitant les zobus. **

Eh oui, chers lecteurs de la War Zone (pour plus de vraisemblance, j'aurais dû mettre "chers auditeurs", mais le jour de la fin du monde, je me suis dit "fuck it", après tout), me voilà en direct du 21 décembre 2012, jour de la fin du monde si l'on en croit les anciens Mayas, ou plus précisément les interprètes éclairés des anciens Mayas (tellement éclairés, d'ailleurs, qu'on peut les mettre dans la rue la nuit pour les illuminations de Noël, en plus c'est de saison).

En direct avec nous pour commenter cet événement considérable, Chris Kringle, aussi connu dans certains milieux sous le nom de Santa, de Petit Papa Noël voire même de l'Ayatollah des Joujoux, qui semble ne guère goûter la solennité de l'instant.

"Oui, ben ça fout un boxif pas possible dans mon planning, toutes ces conneries. Avec ça, les gens n'ont pas passé commande. Quand ils s'apercevront du truc, ils se rattraperont sur les quatre derniers jours, et je vous raconte même pas les embouteillages. Je sens que les lettres de dernières minutes, je vais les passer direct à mon collègue de chez Fouettard S.A. Remarquez, y en a certains qui pourraient apprécier : le collègue a embauché des assistantes, qui insultent en Allemand (ou gueulent la recette de l'Apfelstrüdel peut-être, j'ai un doute, je crois pas que Zutaten soit une insulte) en tapant, et il parait qu'il fait carton plein, du coup. Mais bon, je vais quand même me retrouver à bosser comme un dingo un jour férié, à mon âge, et ça finit par me gaver, toutes ces histoires de travailler plus pour gagner plus. Je vais finir par me tirer en Belgique, si ça continue."

Merci M. Kringle pour ce témoignage désarmant. Mais tout de suite, en dupleix de Bugarach, Michel Chevalet, pour nous expliquer pourquoi le site sera protégé, ou pas.

"Merci, Alex. Alors c'est bien simple, un pic de Bugarach, comment ça marche ? Il semblerait que le champ magnétique particulier du lieu soit suffisamment intense et d'ores et déjà retourné, permettant de protéger les gens des environs de l'inversion du champ magnétique terrestre prévue aujourd'hui. Nonobstant bien sûr le fait que de telles inversions surviennent à peu près tous les cent mille ans, et ne provoquent pas la fin du monde à chaque coup. Tout au plus cela a-t-il perturbé, la dernière fois, les GPS primitifs des mammouths et autres rhinocéros laineux, les poussant à l'extinction. Vérifiez donc que votre GPS soit correctement mis à jour, dans le doute. Par ailleurs, en termes de champ magnétique, n'hésitez pas plutôt à vous installer dans l'anneau du LHC, dont les électroaimants sont bien plus puissants que ce caillou à la con. à vous les studios, à vous Cognacq-Jay*."

Merci Michel. Nous avons à présent sur le plateau un représentant de l'association des anges exterminateurs, et...

Scrouitch....

En raison d'un incident technique indépendant de notre volonté, nous ne pouvons poursuivre le direct.

Tout de suite, un page de publicité.










* Non, non, le gars Jay n'est pas passé aux spécialités du Sud-Ouest, il continue à carburer au Whisky, pour ce que j'en sais.

jeudi 20 décembre 2012

Gibert, monte à pied

Hop, me voilà reviendu de ma séance de dédicaces chez Gibert, et du fait d'une grève de RER, il a fallu que je finisse à pied le trajet, on est pas aidé, et en plus le boulevard est en côte, ah-la-la, je vous jure.

Pas d'exemplaires de Burton, le carton les contenant ayant été victime d'un sort funeste qui prouve que je ne suis pas le seul à être atteint du syndrome de Pierre Richard. Ou alors c'est que mon cas est tellement grave que j'émet une espèce de champ karmique qui provoque des catastrophes à distance, c'est possible aussi, allez savoir. Pourtant, je portais mon authentique colifichet maya anti fin du monde, un petit chapelet de crânes en plâtre du meilleur effet, que j'invitais les gens à toucher pour bénéficier de sa protection garantie contre les effets délétères de la fin du monde. Heureusement, il y avait plein de Crusades, de Mythe & Super-Héros et bien entendu, d'Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps, parce qu'une dernière dédicace avant la fin du monde ne ressemblerait pas à grand-chose sans bouquins à dédicacer.

En tout cas ce fut bien sympathique, avec les inévitables amis qui passent dire bonjour et papoter deux minutes, les badauds qui feuillettent les bouquins avant de les reposer, les petites mamies qui me prennent pour un libraire et me demandent où est passé le rayon polar, les gens qui découvrent mon boulot, et puis une catégorie à part, celle des authentiques fans qui arrivent un peu émus ou un peu contents ou un peu amusés de me rencontrer en vrai (ils et elles se reconnaîtront), ce qui me fait toujours un peu tout drôle mais aussi très plaisir (comme la fois où un stagiaire des Humanos que j'avais croisé une ou deux fois dans les bureaux avait fini par apprendre qui j'étais et m'avait sauté dessus en disant "mais… t'es Nikolavitch ? j'adore tes traductions !", et d'ailleurs il est devenu traducteur depuis).

Bref, un peu vanné, donc je ne vais pas me fendre d'une armageddon party. Pour citer un grand philosophe de notre temps (Danny Glover, pour ne pas le nommer), "chuis trop vieux pour ces conneries".


Et du coup, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager une jolie image sur le sujet, qui sort du blog de Gewll, qui est tout plein de jolies images dans le genre. J'espère qu'il ne m'en voudra pas.


mercredi 19 décembre 2012

Ça cause dans le poste (suite)

Hop, revenu de la télé. C'était très sympa, même si j'ai trouvé le moyen de me paumer en descendant du taxi (je n'avais que la rue à traverser, et j'ai mis dix minutes à trouver le bâtiment, sous une pluie battante. ça a été un grand moment de nikolavitchitude). Et puis je me suis retrouvé maquillé de frais, avec micro et oreillette, face à un journaliste et aux autres intervenants. Dieu merci, mon accent frenchy n'était pas le plus calamiteux du lot (l'éminent et passionnant archéologue spécialisé dans le néolithique avait un accent pire, si la chose est possible, que le mien).

http://www.france24.com/en/20121219-dabate-part-1-end-world-2012-earth-dommsday-mayan-calendar

http://www.france24.com/en/20121219-dabate-part-2-end-world-2012-earth-dommsday-mayan-calendar



Dans l'affaire, j'ai quand même gagné un collier Maya anti apocalypse garanti qui marche, gentiment offert par M. Copetas, grand reporter. Comme ça, j'attraperai pas l'apocalypse quand ça arrivera.


Mais ce qui est épatant, aussi, c'est que France 24, c'est quand même la voix de la France dans le monde. Et donc que, pendant les quatre minutes où j'ai ouvert la bouche pour parler, j'ai été la voix de la France.


**pose la main sur le cœur en écrasant une larme et en mettant la Marseillaise à fond**

Cause dans le poste, bis

Ah, ceux d'entre vous qui ont France 24 en version anglophone (sur Orange, canal 159, sur Canalsat, canal 407) pourront me voir débattre ce soir à partir de 19h10 à propos de la fin du monde.

Enfin, débattre, c'est un bien grand mot.

Bafouiller en mauvais Anglais des considérations sur le sujet serait plus précis.

Enfin, vous voilà prévenus, quoi.

Et sinon, n'oubliez pas la dédicace demain chez Gibert.


dimanche 16 décembre 2012

Mon avis sur Twitter


"140 signes pour dire quelque chose, ça va pour Nadine Morano et Kim Kardashian, mais pas pour les vrais gens."

La Belgique n'a pourtant pas vocation à ramasser toutes les épaves du monde

C'est pas cool, les infos, en ce moment. Entre la tuerie de gosses aux Zuhéssas et l'exil fiscal du Dipardiou, on n'est pas gâtés.

Bien entendu, ce genre de séismes s'accompagne d'analyses à l'emporte pièce. Le tueur de Newton a été décrit comme un goth accro aux jeux vidéos. Sauf qu'une partie des explications sur son addiction aux jeux vidéos semble provenir d'une méprise : son frère, qui n'a rien à voir dans la tuerie, a été momentanément pris pour le tueur, et comme sa page Fèces-Bouc parlait de ses jeux préférés, la liste a été versée au dossier à charge. Et quand on s'est aperçu de la méprise, la liste est restée, mais on ajoutait aux tares du tueur le fait que lui, il n'avait même pas de page Fèces-Bouc. Pensez donc, ça ne peut faire de lui qu'un déviant asocial (comme en leur temps ces gauchistes qui étaient stigmatisés parce qu'il n'avaient pas de téléphone portable). Ceux qui dénoncent l'addiction à des jeux forcément pernicieux passent sous silence le fait que la maman du tueur collectionnait les flingues et avait inscrit ses fistons au stand de tir. Bref, encore une histoire à tiroirs qui permettra tous les raccourcis pour éviter soigneusement de mettre le doigt sur les deux sujets cruciaux : le culte et la culture des armes (et non pas simplement leur libre circulation), et l'absence de suivi médico-psychologique digne de ce nom (parce qu'un système de santé performant, c'est bien connu, c'est un truc de communiste, et qu'un bon américain digne de ce nom n'en a donc pas besoin).

Mais tout ça, c'est quand même un débat yanko-américain.

Le vrai drame, ici, c'est l'exil du Dipardiou. Alors certes, ça faisait longtemps que le Dipardiou était un produit d'exportation réputé (avec des chefs-d'œuvres comme My Father the Hero, par exemple). Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il récuse à ses détracteurs le droit de le juger. Il demande à être respecté. Il a tout à fait raison. Les exilés fiscaux sont des êtres humains comme les autres, tout comme les gens qui ne peuvent pas se retenir de faire pipi pendant un quart d'heure (une compétence qu'on est censé maîtriser dès l'âge vénérable de deux ans et demi, pour les plus retardataires d'entre nous), et tout comme les délinquants qui font du scooter en état d'ébriété avancée (comme quoi la Tolérance Zéro de son ami le Petit Nicolas est à géométrie variable. Le Zéro semble y avoir une valeur fluctuante, un peu comme en physique quantique, qui ne permet pas d'affecter une valeur fixe à une particule dont la trajectoire est précisément connue, mais ne le permet que quand la trajectoire est aussi floue et incalculable que celle d'un scooter au centre de gravité décalé vers le haut et au pilotage éthylico-approximatif, c'est dire si ces gens sont forts).

"Je suis l'aigle de la route !"

Ceux pour qui ça me fait de la peine, ce sont les citoyens du monde, qui doivent être emmerdés qu'un zigomar pareil se revendique d'être des leurs, et nos amis les Belges, qui devront désormais se méfier des colosses en scooter cabossé quand il leur prendra l'envie de traverser la rue.

vendredi 14 décembre 2012

Euh'l'Niko, v'la qu'il cause encore dans le poste !

S'il y a des Normands parmi vous, sachez que je serai interviewé vendredi prochain après-midi, le 21, pour parler de Fin du Monde et d'Apocalypse. Ce sera sur France Bleu Haute-Normandie, je n'ai pas encore l'heure exacte (normalement je ne fais qu'intervenir une dizaine de minutes dans une émission de deux heures sur le sujet).

jeudi 13 décembre 2012

Réveillage du Patrick Duffy intérieur

Alors voilà, si je n'étais pas ces derniers jours devant mon ordi à alimenter la War Zone, c'est parce que je tirais les dividendes de mon aventure télévisuelle de cet été : j'avais gagné quelques jours de thalassothérapie, et ça tombait là, un poil hors-saison, mais c'est pas grave, c'était en intérieur chauffé.

Alors faut dire ce qui est, tout ce qui est "cure de remise en forme", "machin-thérapies" de tous poils et autres bidules censés conférer le bien-être et tout la bastringue, ça m'arrachait au mieux une espèce de moue goguenarde. Je voyais ça comme un truc pour gens qui jouent au tennis et qui aiment ça, genre*. Bref, le truc qui ne me concernait qu'assez lointainement.

Mais je suis du genre curieux, et du genre à saisir les occasions. Ce qui fait que, la date approchant, je me suis racheté un slip de bain mettable et une paire de claquettes en me disant "après tout, j'aime l'eau**, alors ça ne peut pas me faire de mal et au pire, je me taperai des longueurs dans le bassin".

Et en fait, c'était génial. Ça m'a vachement fait du bien au dos (grand comme je suis, ça a toujours été mon point faible), et un hydromassage, ça vaut largement un bon kiné, en fait. En plus, le restaurant du centre était de très haut niveau (service impeccable, viandes et poissons de grande classe, vins plus que sympathiques, et mention spéciale à la mousse au chocolat blanc, coulis de fruits rouges et basilic, qui est une tuerie intergalactique). J'en ai profité aussi pour découvrir pourquoi le jacuzzi avait cette espèce d'aura décadente. Fichtre, faut faire gaffe à comment on s'assoit dans ces machins. Le flux de bulles a un effet stimulant, et après on ne peut plus se relever sans manquer singulièrement de discrétion. Enfin bref. C'est peut-être pour ça que la douche froide était à un pas et demie du jacuzzi. C'est bien pensé.

Alors après, oui, si vous vous imaginez le Niko tartiné de boue d'algues, vous avez raison. Si vous vous imaginez le Niko en train de faire de l'aquagym au milieu d'un troupeau de mamies arthritiques, vous avez raison aussi. Et ainsi de suite. Ça fait un bien fou, ce genre de trucs, j'aurais jamais cru.

Sur le retour, étape à Caen (j'étais à Ouistreham, à côté d'une plage du Débarquement, donc le retour à Paris impliquait au moins une heure sur Caen en attendant le train, heure que j'ai multipliée par trois, du coup, parce que bon), et passage chez quelques bouquinistes qu'on m'avait recommandés, avec le chauffage de carte bleue qui va bien dans ces cas-là.

Je suis ressorti de ces quelques jours décapé, mais avec une niaque incroyable (et nanti d'une nouvelle quête du graal personnelle : dupliquer cette mousse au chocolat blanc). Ça tombe bien, j'ai trois tonnes de boulot qui m'attendent avant de pouvoir partir quelques jours pour les fêtes.

**rangement de slip de bain**

**cubitainer de café**

**retroussage de manches**

**bandeau autour de la tête façon John Rambo**

**reluquage de la pile de traduction et de la doc pour scénarios**

"Go ! Go ! Go !"






* Il faut savoir que le tennis, dans ma hiérarchie de l'univers, est quelque chose qui est relativement en bas de l'échelle, genre au niveau des nuages de vase au fond de la fosse des Mariannes, à peu près.

** En tout cas pour tremper dedans. Pour boire, il me semble que le génie humain a créé nettement mieux le jour où un de nos ancêtres a découvert la fermentation, puis le jour où un autre de nos ancêtres a inventé la distillation. Mais bon, une thalassothérapie à la vodka, je me demande si ça ne piquerait pas un peu les yeux.

dimanche 9 décembre 2012

The End is Nigh !


Bon, vous voilà prévenus, c'est officiel : ma dernière dédicace avant la fin du monde, ce sera le jeudi 20 décembre chez Gibert Joseph, 26 Boulevard St Michel à Paris. Mais au sous-sol, chez le père Uriel (le barbu du rayon SF), parce que je suis puni.

vendredi 7 décembre 2012

Ça craint velu



Dernièrement, dans le cadre d'un magazine consacré à Star Wars,  je me suis pris une double (une bonne double poilue, d'ailleurs, comme vous allez le voir) page à traduire. C'était à propos des Wookies, vous savez, les hommes singes grognons dont un exemplaire suit partout ce brave et honnête Han Solo.

Alors chacun sait que le Chiktaba, là, en plus d'être le co-pilote d'un appareil qui pourrait nous convenir, était un mécanicien bourru mais talentueux.

Or, on sait aussi que son espèce, les Wookies, est originaire d'une planète forestière sur laquelle les manuels qui veulent faire carrière ont tout intérêt à se lancer dans l'ébénisterie (ou les travaux de charpente, comme le jeune Harrison Ford l'avait d'ailleurs fait en son temps*). Notre Chiktaba préféré pourrait donc être une anomalie, un bon sauvage acculturé à force d'être loin de son foyer et de travailler en duo avec une fripouille comme Solo. Chiko, comme l'a surnommé son pirate de collègue, est un peu le soutier nègre des cargos d'antan, pelletant le charbon à fond de cale et entretenant la tuyauterie pour faire voyager capitaines d'industrie à haut de forme et dames en crinoline (le genre de personnage joué aussi par Yaphet Koto dans le premier Alien, sauf que la crinoline va mal au teint de Ripley).

Mais bien sûr, une telle notion est beaucoup trop complexe à manier pour l'intellect corseté  des rédacteurs de chez Lucasfilm. Dans la double page qu'on m'a donné à traduire, ce sont donc TOUS les Wookies qui sont les rois du mécano et du fer à souder.

Et c'est naze.

Bientôt, on va nous expliquer qu'ils ont tous le rythme dans la peau, comme leurs copains les Ewoks.


*Authentique

mercredi 5 décembre 2012

Nikolavitch en vrai !

Bon, c'est pas encore tout à fait finalisé (et je vous tiens au courant de l'évolution des choses, bien entendu), mais normalement, le jeudi 20 décembre après-midi, je serai chez Gibert Joseph (le gros* Gibert juste en face de Cluny, sur le Boulevard Saint Michel), pour une dernière dédicace avant la fin du monde. Qu'on se le dise !





*On me signale dans l'oreillette qu'il n'est pas gros. Juste un petit peu bas de poitrine. Le lecteur aura rectifié de lui-même.

lundi 3 décembre 2012

Lectures du moment

Monsieur Smiley : Glacial, méthodique et efficace

Je parlais de La Taupe, dernièrement, parce que j'avais beaucoup aimé le film avec Gary Oldman (faut dire qu'il est épatant dans le rôle de Monsieur Smiley, archétype du fonctionnaire de l'espionnage, un être en apparence grisâtre et insignifiant, mais qui n'est que regard et cogitation, et que son apparence insignifiante rend d'autant plus redoutable), et j'avais donc investi dans le bouquin de John Le Carré qui l'avait inspiré. à quarante et un an passé, j'avoue à ma grande honte n'avoir jamais lu de ma vie un Le Carré avant cette année.

Du coup, je rattrape l'erreur et le temps perdu en me jetant dedans, parce que je m'aperçois que j'adore. Je viens d'enchainer avec la suite : Comme un collégien, et c'est toujours aussi bon : après avoir débusqué la taupe au service des communistes, Monsieur Smiley doit réorganiser le Cirque. Et surtout redorer le blason de son organisation aussi bien auprès de sa hiérarchie que des cousins outre Atlantique.

Je me régale. C'est assez parano comme j'aime, et complètement ironique et vachard comme j'adore. Je recommande vivement. Et du coup, je songe fortement à choper les Smiley produits jadis par la BBC avec Alec Guinness dans le rôle. Ça doit forcément être bien.

Comme j'ai souvent plusieurs bouquins en cours en même temps (en général : un pour les transports et un pour la table de nuit. Parfois en plus un pour le boulot, non que je lise au boulot, mais je veux dire un bouquin que j'épluche dans un but professionnel : en ce moment, des bouquins de Jacques LeGoff), je me relis un truc que j'avais adoré étant jeune (il y a très, très longtemps), La Légende de Hawkmoon série de Michael Moorcock mixant allègrement heroïc fantasy et post apocalyptique. Ça m'éclatait grave il y a près d'un quart de siècle, mais même si je relis tout ça avec plaisir, force est de constater que ce n'est pas Moorcock à son meilleur niveau (on est loin des fastes de Gloriana ou de la déglingue expérimentale de La Défonce Glogauer (un pur chef d'œuvre, pour le coup, démontrant que si Moorcock est resté burroughsien, il est quand même sérieusement passé d'Edgar Rice à William) ou de L'assassin anglais, sans parler des splendeurs vénéneuses du premier tiers du chien de guerre.

Le jeu de rôle était assez cool, d'ailleurs

Mais bon, ça me détend bien, Hawkmoon. Les méchants sont très méchants (c'est amusant d'ailleurs qu'un bif comme Moorcock décrive l'Angleterre du futur comme un repaire de super-nazis absolument odieux), il y a de chouettes idées, et puis ça se lit vite, c'est pas du gros pavé de tire-à-la-ligne-fantasy indigeste. Faudra que je me relise les Corum, aussi, à l'occase. De mémoire, c'était nettement mieux écrit, d'ailleurs.

dimanche 2 décembre 2012

Le mot du ouiquende

"Splavogoule".

C'est ce qui arrive quand on a des gamins en bas âge qui inventent des jeux et des mots. La petite m'a dit "viens, on va faire splavogoule". Visiblement, ça se résumait à sauter partout et à grimper aux meubles en hurlant. Activité pour laquelle elle n'avait jamais eu besoin de mot spécifique auparavant  (à part "bêtises" ou "acrobaties", bien sûr).

Elle a de l'avenir, en tout cas.


jeudi 29 novembre 2012

à noter dans les tablettes

"Je pige juste pas le cinéma de ce mec. Il me semblait que le cinéma reposait sur le montage et la grammaire narrative. Là, on dirait Françoise Sagan sous coke qui commente un match de foot américain en japonais." (Alex Nikolavitch, parlant de Michael Bay)

mardi 27 novembre 2012

Un petit coup pour la route


Hop, encore un petit coup du prochain Burton, qui sort au printemps. Dessins de Lionel Marty, sur scénario de Christian Clot et moi-même.

lundi 26 novembre 2012

Roulez Bourane

J'avais parlé il y a quelques temps et ici même de Bourane, la navette spatiale soviétique. Je suis retombé sur d'autres images assez chouettes liées à l'engin, et moins connues (un grand merci à Alex A., qui m'a mis sur la piste d'un site plein de jolis clichés du genre) (et vu que je bosse sur un bouquin sur ce genre de sujets, mieux vaut que je multiplie ce genre de sources, genre).

Du coup, je vous en fait profiter.

Le pas de tir

Les moteurs
(et c'est là qu'on mesure des différences avec le programme Navette américain)

La fusée Energia, capable de lancer Bourane,
mais aussi d'autres engins

Et un avion pour acheminer le réservoir
(rien que d'avoir l'idée de boulonner un truc pareil sur un zinc,
je me dis que ces mecs étaient de grands malades)



vendredi 23 novembre 2012

Au lieu de caviar, ce soir, ce sera œufs de l'ump

Je suis quand même assez épaté par des gens qui ne sont même pas capables de gagner proprement une élection truquée par leurs soins. Je veux bien que l'UMP, avec sa droitisation, ait des problèmes avec le communisme, mais ils aurait peut-être pas mal fait de s'inspirer des Communistes pour tricher proprement et ne pas se retrouver dans leur merdier actuel. Ou, au pire, de leurs copains de la Françafrique. Ah non, ce sont des noirs, Copé aurait peut-être eu un problème avec ça, allez savoir.

Du coup, je me dois de rappeler à tous ces gens ce sain adage rappelé en son temps par Go Nagai :

"Au festin des loups, il n'y a pas de dessert."

...

mardi 20 novembre 2012

Gros saint

Aujourd'hui, c'est la Saint Edmond.

Et du coup, ça m'a fait penser à Edmond Hamilton, un gaillard dont je vous avais parlé il y a quelques temps de ça ici même. Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Hamilton a inventé le Capitaine Flam et plein d'autres personnages cool de science fiction, dont Han Solo et Chewbacca (mais sous un autre nom). D'ailleurs je relisais récemment Le Dieu Monstrueux de Marmuth, un recueil de nouvelles de ce brave monsieur, et c'est vachement bien (mais pas réédité depuis perpète).

Et en triant du bazar sur mon disque dur, je suis tombé là-dessus, un machin récupéré à la volée je ne sais plus trop où (ou envoyé par un pote, c'est possible aussi) :


C'est une réinterprétation à la soviétique de l'interprétation japonaise de Captaine Flam (qui avant que l'interprétation japonaise ne soit adaptée en français s'appelait Captain Future, mais c'est une autre histoire). Et forcément, ça ne peut que me plaire. On a presque envie d'inventer un petit monde pour aller avec, un monde où Edmund Hamiltov aurait créé un Kapitän Boudoutché, héros sans peur répandant la bonne parole communiste dans le kosmos, héros dont la version française du dessin animé tchèque se serait appelé Capitaine Blam.

lundi 19 novembre 2012

Say cheese

L'affaire de la taxation du Nutella semble déchaîner les passions. On voit se lever tous les accros à  la pâte brune, qui se sentent ravalés au rang du fumeur qui désespère devant son paquet de cibiches qui augmente sans arrêt. D'ailleurs, ce sont parfois les mêmes, ou en tout cas, il y en a qui ont plongé corps et âme dans le Nutella pour arrêter la clope. On devine dans leur angoisse l'ombre de ces soirées vautrés devant la télé ou devant l'ordi, au cours desquelles le pot y passe tout entier, sans même l'alibi du pain, directement à la cuiller à soupe, orgies dont on sort pantelant, la lippe brune et l'œil injecté, avec la sensation diffuse et déroutante d'être une sorte de DSK du chocolat.

Quoi ? Non, je vous assure, je n'ai jamais vécu de soirée de ce genre (mes mômes ne me laisseraient pas faire), j'extrapole juste sur les témoignages de potes. Parce que oui, je connais des gens comme ça. Attention, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je ne méprise personne. Et d'ailleurs, je peux tomber sans prévenir sur un pot de Nutella comme n'importe qui, et lui mettre une sacrée claque en un clin d'œil. Mais ça ne m'arrive pas si souvent. Je n'achète que peu de Nutella, j'ai des principes : Je consomme plutôt mon chocolat sous forme solide, et le poste chocolat du budget familial est imposant, je vous prie de le croire. Et puis ceux d'entre vous qui me lisent de longue date ont eu vent de mes expériences avec le maléfique Fluff ou avec la pâte à tartiner au speculoos.

Alors non, je ne m'accapare jamais le pot de Nutella pour lui faire subir un sort funeste et atrocement rapide. C'est comme ça, mais je compatis au sort de mes frères humains à qui ça arrive, et qui savent à présent qu'il paieront de plus en plus cher ces pâteux délices. Par contre, et je me doute que ça va terriblement vous choquer, il m'arrive de me faire des orgies de fromage.

Vous vous rappelez cet épisode de Wallace et Gromit où ils n'ont plus de fromage pour les crackers et sont prêts à toutes les extrémités pour s'en procurer ? Il me parle, il m'interpelle, je m'identifie totalement. Avec le fiston, on se les tombe, les paquets de crackers ou de Tuc en mettant une tranche de Comté sur chaque biscuit salé.

Et puis il y a les jours de frénésie, comme un requin sentant l'odeur du sang dans l'eau. Et là, c'est affreux. Le Coulommiers qui y passe dans l'après midi de boulot, dans une série d'aller et retours vers le frigo. Ou le paquet de tranches de Masdaam, prévu pour une soirée croque-monsieur, qui descend, descend, descend, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, parce que fromage, il vécut ce que vivent les fromages : l'espace d'un matin. ET je ne parle pas des Tartare, Boursin et autres, qui se réduisent comme peau de chagrin quand je passe dans le secteur. Le petit carré de vache, amputé par morceaux, mais à un rythme soutenu. Les petits chèvres secs aux éclats d'abricot, engloutis. Une véritable boulimie fromagère, quand je bosse. Et je n'arrête pas de bosser ! Sauf pour me servir des cafés ou des tranches de frometon ! Je sais, j'ai honte, c'est horrible et indigne. C'est un vice abominable. Je...

**s'enfuit en pleurant et en maudissant le ciel de ses petits poings rageurs**




samedi 17 novembre 2012

La pensée philosophique du soir

"Pour fonctionner, un piège à con ne requiert qu'un seul ingrédient fondamental, dont le dosage est assez délicat. Et cet élément, ce n'est pas le piège, justement. C'est le con."
(Alex Nikolavitch)

Prométhée-moi d'arrêter ça tout de suite


Bon, histoire de procrastiner sur une traduction à rendre lundi dernier qui me fatiguait un peu, je me suis maté la fin de Prometheus. C'est dire si je suis pas bien dans ma tête : normalement, on procrastine en faisant un truc moins pénible que ce qu'on veut éviter, et en fait je crois que j'aurais eu mieux fait de continuer à bosser. C'est le petit Jésus qui m'a puni, sans aucun doute. Et la vache, qu'est-ce qu'il m'a mis !

Si la première moitié du film donnait à penser que le scénario était un truc mal branlé passé entre trop de mains pour être tout à fait cohérent, la seconde corrige cette fausse impression. Il n'est pas mal foutu, en fait. Il n'a juste strictement aucun sens et, au lieu de suspendre le disbelief, il lui fait subir des actes à la fois cruels, immoraux, dégueulasses, et globalement réprouvés par la morale et Télérama. Le scénario de Prometheus, c'est une œuvre expérimentale et abstraite qui tente de s'affranchir de notions comme la cohérence chronologique, la causalité, la psychologie et probablement le réel. On dirait quasiment un programme de parti politique, c'est tout à fait étonnant.

Magnéto, Serge ! Ah non, c'est pas le même bonhomme.


Le film essaie d'être Alien sans l'être. Ce calage du cul du xénomorphe pile entre deux chaises conduit à des effets de style aberrants. Un des moments forts d'Alien, c'est la révélation, par le biais de l'androïde décapité, que le débarquement des protagonistes sur la planète était planifié et voulu, qu'il s'agissait d'une expérience de mise en contact avec des choses dont on savait qu'elles étaient là. Il n'y a rien de tel qu'un bon coup de théâtre pour relancer un récit, planquer ses scories sous le tapis et focaliser l'attention du spectateurs sur ce qu'on veut lui montrer. Du coup, Scott et ses scénaristes multiplient les coups de théâtres. Figure imposée oblige, il faut que l'androïde soit une fois encore impliqué dans un plan saumâtre. Mais comme ce coup de théâtre-là est attendu, il fallait en rajouter d'autres. Du genre, hop, la présence du vieux à bord, hop, le fait que la blonde glaciale soit sa fille, hop, le fait qu'après avoir créé la vie il y a deux milliards d'années les Ingénieurs décident de la rayer de la carte (sans qu'on s'explique du tout pourquoi. du coup, cette incohérence servira de base au scénar de Prometheus 2, on sent que ça va être fabuleux, les explications), hop, un monstre en gore un autre, hop, l'autre devient le réceptacle d'un alien, hop, ce n'est pas le même alien que dans Alien, mais presque, et de toute façon il sort à un moment où il n'a strictement plus aucune utilité dans le récit. Ça fait un peu beaucoup de coups de théâtre, on croirait presque à des effets de manche pour détourner l'attention des incohérences et absurdités du scénar, sauf que quasiment chacun des retournements en génère de nouvelles.

Et puis ce côté "un coup on est dans le préquelle d'Alien, un coup on n'y est pas", c'est fatigant. On n'est pas sur la même planète, mais l'épave du vaisseau tombe de la même façon. C'est le même poste de pilotage, mais l'Ingénieur qui se fait perforer par une bestiole n'est pas dans le bon vaisseau. Et ainsi de suite. La prélogie Star Wars, en comparaison, c'est une continuité ultra-bordée. Notons aussi que, pour faire intelligent, Scott fait des clins d'œil appuyés en direction de Blade Runner, histoire de dire "hé, ho, c'est forcément bien, puisque je fais des référence à un film de moi que tout le monde dit qu'il est bien, alors oubliez un peu Robin des Bois et mes pires merdes, je suis le mec qui faisait Blade Runner, hein ? Vous vous rappelez ? Si, c'était moi, je sais que c'est difficile à croire. Quoi, j'avais des scénaristes moins tocards ? Hé, ho, on s'en fout des scénaristes, c'est moi qui fais les films, merde." Ce à quoi on a envie de lui répondre "oui, pépé, bien, pépé, prends tes pilules, pépé." En tout cas, vu que le scénar est même pas cohérent avec lui-même, c'était vraiment trop demander qu'il le soit avec le reste de la série (notons que c'est très faux cul : Scott dit "on a commencé comme un prequel d'Alien, et puis on a décidé de s'en écarter pour faire quelque chose de plus grand, d'indépendant", mais on vend quand même le film dans des coffrets Alien Universe).

Après, je passe sur la nana sanguinolente et le bide à peine recousu à l'agrafeuse qui cavale dans les couloirs, et n'a de maux de ventre que quand ça peut servir de diversion dramatique, je passe aussi sur les nanas qui courent dans le même sens que le vaisseau qui tombe (c'est probablement un hommage à Vile E. Coyote) (je me refuse d'accabler qui que ce soit, c'est pour ça que je préfère penser que c'est un hommage), je passe sur le fait que les Ingénieurs n'aient pas physiquement évolué en deux milliards d'années, je passe sur le fait que les civilisation terriennes, pointent toutes vers une étoile dont on nous dit après qu'elle n'a rien à voir avec nos origines, mais que c'est une base excentrée des Ingénieurs, et ainsi de suite. Et je rappelle que ce film se voulait intelligent, brandit des concepts scientifiques toutes les deux minutes, et veut donner à réfléchir sur la nature de l'homme. La nature de l'homme, je ne sais pas, mais la nature des scénaristes hollywoodiens actuel, j'ai ma petite idée, je crois que ça se situe entre l'échappé d'agence de pub et l'ivrogne de café du commerce, avec peut-être une once de cocaïnomane un peu vandammisé.

Gageons que la suite, dans laquelle notre vaillante archéologue et le bout d'androïde (qu'elle aura probablement réussi à réparer entre temps) va essayer de prendre contact avec la civilisation des Ingénieurs en communiquant dans un langage reconstitué à partir de bouts de proto-indo-européen. Je crois que j'attendrai qu'on me le prête pour le voir.

vendredi 16 novembre 2012

Quand M'sieur Bilbon s'est retiré dans un couvent, il est devenu cénhobbit


J'avais chopé dernièrement la VF du comics Cowboys vs Aliens (titré en VF, comme le film, Cowboys & Envahisseurs, ça a son importance et on y reviendra plus loin) chez Emmanuel Proust. Par chance, je l'avais chopée sur un étal de marché à 1 euro.

L'album est resté quelques temps sur ma pile des "trucs à lire". Et puis finalement, je l'ai lu.

Il vient de partir direct à la "boite à radouilles", le carton dans lequel je fourre tout que je revends en brocante ou que je refourgue aux copains. Et je regrette l'euro dépensé. Parce que je vais avoir du mal à le refourguer au copains, ou alors en cadeau-gag lors d'un anniversaire.

Alors pour parler clair, le dessin est naze, et le scénar plutôt rigolo mais assez mal branlé : il exploite mal sa situation de départ et n'est pas bien construit. En soi, ce n'est même pas forcément très grave, un projet du genre peut fonctionner justement sur la sympathie que génère son côté mal foutu.

Le vrai gros souci, d'est la traduction. Et la traduction, oh, mes aïeux, c'est un bijou, c'est une merveille, c'est un truc incroyable, on atteint des sommets abyssaux (oui, je sais, ça se dit pas, mais il faut une métaphore qui soit du niveau de ce à quoi elle se rapporte). Elle n'est pas créditée, cette traduction et c'est tant mieux pour le malheureux qui l'a signée, parce qu'il enfonce de très loin toutes mes têtes de Turc habituelles dans la profession (et j'en ai quelques unes) (sachant que je suis moi-même la tête de Turc de quelques autres, mais comme on dit chez les Turcs, on est toujours le Belge de quelqu'un).

Bon, déjà, j'ai trouvé une occurrence de "nitrogène" dès les premières pages. Ça signe d'emblée le roi de la traduction, c'est la bourde d'un amateur qui n'a de surcroît aucune culture scientifique* (eh oui, la traduction est vue avant tout comme une activité de "littéraire", et la césure artificielle que le système éducatif de notre pays continue à pratiquer entre "scientifiques" et "littéraires" n'a pas fini de confire la culture dans un abêtissement crasse et une deconnexion du réel).

Ensuite, on a d'un côté des aliens, de l'autre des cowboys. On peut s'attendre à ce qu'il y ait un poil de travail sur le niveau de langue, histoire que les aliens parlent techno, et les cowboys parlent cowboy. C'est tout le sel, en théorie, de ce genre d'exercice.

Eh bien non !

Les aliens parlent comme des racailles et les cowboys emploient des mots comme "équipement sophistiqué" (ce qui est déjà un faux amis en Anglais) et "aliens" pour parler des aliens. Alors que le titre remplace "aliens" par "envahisseurs". Et que même dans Alien, la trad traduit "Alien" par "Etranger", ce qui pour le coup aurait fait vachement plus cowboy.

Bref, du grand n'importe quoi. Celui qui a commis ça est un coyote à foie jaune qui ferait mieux de se cacher.

PS : à propos de traduction, je suis très dubitatif de la retraduction de Bilbo le Hobbit. Je veux bien que l'ancienne n'était pas parfaite, faisait son âge et n'était pas cohérente avec celle du Seigneur des Anneaux. Mais justement, pourquoi diable avoir traduit les noms propres, si ce n'est pas pour reprendre ceux du SdA ? On passe de Bilbo Baggins à Bilbo Bessac, alors que dans le SdA, c'est Bilbon Sacquet. Je suis même pas certain que ce soit pour des raisons de droits, en plus (ou si ça se trouve, c'est pour ça, mais alors c'est assez minable quand même).

* C'est comme les erreurs sur silicon et silicone en VO qui se traduisent respectivement par silicium et silicone en VF. Vous allez rire, mais je connais pas mal de collègues qui traduisent silicon par silicone. Je me demande si le processeur de leur ordinateur est fait en prothèse PIP, en tout cas il traduit à la Mas. Après, il y a des relectrices qui sont tanches, aussi : une fois, la relectrice d'un éditeur m'a changé un truc dans une bulle où il était question de "plastic", un explosif, bien entendu. Elle a corrigé en "plastique". Je ne travaille plus avec cet éditeur, depuis lors.

mercredi 14 novembre 2012

Heureux qui comme Burton a fait un beau voyage

Bon, pour l'instant, les réactions à Burton vers les sources du Nil sont plutôt positives, et ça encourage à continuer. D'ailleurs, on continue, à titre de preuve ce crayonné de planche que j'ai reçu aujourd'hui :


C'est de Lionel Marty, et c'est donc extrait de Burton, le voyage à la Mecque, qui sort en mars prochain dans la collection Explora.

vendredi 9 novembre 2012

Heureusement que je ne verrai pas ça

D'après une étude, le changement climatique fera une victime de taille d'ici 2080 : le café Arabica. En effet, c'est un café qui, pour être cultivé, a besoin de conditions de température et d'humidité assez précises. Conditions qui seront de plus en plus difficile à réunir à l'avenir, semble-t-il. Donc, en 2080, faudra se contenter d'un café bas de gamme, voire de divers erzatz de type chicorée. Non que je dédaigne la chicorée, j'en bois de temps en temps, mais comme carburant pour bosser, c'est pas ça.

Vous me direz, en 2080, j'aurai plus de cent ans, et donc primo, je serai peut-être à la retraite et j'aurai moins besoin de carburant pour bosser (quoique j'aime trop écrire pour envisager d'arrêter sérieusement), deuzio, la dictature hygiéno-bienêtriste aura probablement marqué encore quelques points et réussi à faire interdire ce noir breuvage qui pervertit la jeunesse, troizio, peut-être que je serai tout bêtement trop esquinté pour tenir une tasse de mes mains tremblantes, et comme j'ai toujours considéré que boire le café à la paille, c'est mal, je me vois mal déroger à un principe aussi défendable, et quatrzio, si ça se trouve, en plus, je serai clamecé, donc le problème ne concernera plus que mon âme dans son lieu de repos, à supposer bien sûr que j'en aie une en état de marche.

Bref, je me retrouve exactement dans la même situation que mon célèbre ancêtre Ouglouk Dents-Pourries, qui déprimait parce qu'en 19.000 avant Jules César un climatologue mésolithique lui avait annoncé que le réchauffement allait mettre fin à l'approvisionnement en bidoche de rhinocéros laineux vers 8500 avant Jésus-Christ ou, dans le meilleur des cas, 8000 avant Juno Coelivora, une dame qui officiait derrière les latrines du Forum. Ça avait tellement déprimé ce pauvre Ouglouk qu'il était allé graver des graffitis obscènes sur la cloison des chiottes de la cafète, dans la grotte Cosquer. Il était comme ça, Ouglouk. Il tenait à son petit confort et à des valeurs saines, au premier rang desquelles le steak de rhinocéros laineux à la sauce aux airelles. Son désarroi me fait encore mal aujourd'hui quand j'y pense.

Bref. Tout ça pour dire que ça m'emmerderait que le café disparaisse (alors que je ne verserai pas une larme pour le Red Bull, par exemple).

Bon, en dehors de ça, je rappelle aux habitants du Vexin que je serai dans leur quartier demain à signer des bouquins, précisément à la salle Pompidou, à Marines (Val d'Oise). Je serai en dédicace de 10 heures à 17 heures, qu'on se le dise ! (et on m'a assuré que j'aurai du café à volonté)


jeudi 8 novembre 2012

Espion es-tu là ?

Alors que nous tombe du ciel une nouvelle aventure de l'homme dont le nom est Bond, James Bond, on est en droit de se demander comment l'espion, inquiétant personnage de l'ombre et terreur des décideurs, est devenu l'icone pop qu'il est aujourd'hui.

Parce qu'il faut bien le dire, l'espion n'est pas glamour, à la base. De tout temps, il a été le type qui soudoie, qui laisse traîner ses oreilles, qui se fait passer pour ce qu'il n'est pas. Indispensable (et encore, Napoléon a écrit à plusieurs reprises le peu de bien qu'il pensait de la fiabilité de l'espionnage dans le domaine militaire), il est généralement méprisé. Et de par sa fonction, il reste discret et est difficile à starifier. Historiquement, peu d'espions sont vraiment devenu des personnages célèbres. Le Chevalier d'Eon, plus parce que sa capacité à se faire passer pour une dame excitait l'imagination des gens, Mata Hari, que son côté people rendait media-friendly, et puis les transfuges de la Guerre Froide, les Burgess, Philby et autres, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ont rarement obtenu la sympathie du public. Qui plus est, on n'entend généralement parler des espions que quand ils se ratent, comme dans le cas de l'affaire du Raimbow Warrior, qui avait bien fait rire tout le monde.

Dans le monde réel, les espions véhiculent d'autres fantasmes aussi, comment en témoignent l'affaire de l'étudiante chinoise de chez Valéo, puis celle des barbouzeries croisées au techno-centre de Renault. Les vrais espions n'ont pas de Walter PPK, ils s'intéressent plutôt aux prochaines générations de plaquettes de freins.

Pourtant, l'espion, parfois renommé "Agent Secret" pour faire plus classe, est un des héros de notre temps. James Bond est une valeur sûre, déclinée et copiée de partout, Michael Caine a construit sa carrière sur un paquet de films d'espionnage, Monsieur Phelps est passé dans le langage courant sans pour autant s'autodétruire cinq secondes plus tard, et je ne parle même pas des productions plus ou moins inspirées qui inondent nos écrans et les bacs de la Série Noire. Et puis il y aussi ce brave Nick Fury, qui a donné au "secret" d'agent secret un sens pour le moins décalé. En fait, tout se passe comme pour le policier : mal aimé dans la vie, il n'est vraiment apprécié que sur écran ou sur papier.

Que ce soit clair : je l'aime beaucoup, Fury, mais comme espion, on fait plus discret


Mais ces espions de la pop culture, en sont-ils encore vraiment. J'évoquais Nick Fury, et force est de constater que neuf fois sur dix, il se comporte plus en super commando qu'autre chose. James Bond, c'est pareil : peut-on réellement croire à un agent secret qui s'affiche autant et de façon si peu discrète ? D'un autre côté, vous me direz, Fleming s'était inspiré d'un espion yougoslave appelé Dušan Popov qui avait théorisé son propre manque de discrétion, considérant qu'on n'est jamais mieux caché qu'en pleine lumière.






Souvent, l'espion de cinéma est un surhomme qui défie les lois les plus élémentaires de la physique et des probabilités. C'est d'autant plus curieux que le créateur de James Bond, Ian Fleming, a été au service secret de sa Majesté pendant toute la durée de la seconde guerre mondiale, et qu'on imagine qu'il savait comment ça se dansait. Plus amusant encore, James Bond, déjà assez parodique, a fini par être intensivement parodié, via des délires (très jouissifs, ceci dit) comme Austin Powers et autres OSS 117 en version Dujardin. Dernièrement, les amateurs du genre auront pu aussi se mettre sous la dent les exploits kungfutesques de la petite Jennifer Garner, vedette de la série Alias, qui se laisse regarder sans déplaisir.

Mais l'espionnage réaliste sur pellicule existe. Dans le film Les Patriotes, Yvan Attal joue un jeune espion recruté par les services secrets israéliens, qui apprend à la dure les règles psychotiques qui régissent la profession. Hormis un happy end pas vraiment indispensable, le film tient super bien la route et flirte pas mal avec la démonstration de cynisme pur et dur, se refusant aux effets spectaculaires, plongeant plutôt dans les méandres de modes de pensées assez particuliers. Spy Games, avec Robert Redford et Brad Pitt, quoi que plus spectaculaire, montre assez bien le backstage des affaires d'espionnage, les tractations et les magouilles qui ont lieu à l'arrière plan des opérations sur le terrain, avec là aussi des moments d'un cynisme effrayant (et là aussi un happy end, mais plus soft que l'autre).

MI5 (ou Spooks, en VO) est aussi une série hyper bien foutue sur le Renseignement intérieur à la Britannique. Peu d'effets de grand spectacle, mais pas mal de coups de couteau dans le dos au niveau politique, guéguerres entres services, et cas de conscience. De la très bonne came comme seuls les Biflandais savent en faire.

La trilogie (plus un) Jason Bourne, de son côté, renoue avec l'espionnage pas discret et larger than life. Et en plus, c'est tout repompé sur XIII. Non, je déconne. C'est de toute façon moins délirant que les grand guignolesques Mission : Impossible avec Tom Cruise.

Pour les archivistes, Double Trahison, de Terrence Young (qui avait été le réalisateur du premier James Bond, d'ailleurs, et dont un des personnages est joué par un des acteurs ayant incarné Blofeld) est un bon petit film bien ficelé, dans lequel un transfuge passé à l'Est change de visage afin d'accomplir une ultime mission dans son pays natal. Sauf que s'il y a quelqu'un qui a plus de mal à gérer sa double vie que l'agent double, c'est bien... Le transfuge double.

Mais force est de reconnaître que ce genre d'approche passionne moins les foules que la perspective de voir Pierce Brosnan ou Daniel Craig sauter d'un hélicoptère qui part en vrille pour aterrir au volan d'une voiture de luxe à côté d'une créature de rêve qui croise haut les jambes sous sa jupe fendue très haut.

Mais Brosnan a su montrer les aspects troubles de cette fantasmatique en en prenant le contre-pied dans Taylor of Panama, adapté d'un roman de l'ancien barbouze John Le Carré, dans lequel il incarne un fonctionnaire au service secret de Sa Majesté qui tente le coup pour le coup en levant une affaire abracadabrantesque, histoire de se faire passer pour ce qu'il n'est pas du tout, à savoir un super-agent. Voire même un agent raisonnablement compétent. Notre Pierce se fait piercer à jour et rouler dans la farine par quelqu'un qui a bien saisi son délire et l'image démesurée et romantique qu'il tente d'avoir de lui-même.



Un authentique espion s'est perfidement (et subrepticement)

glissé dans une brochette d'espions d'opérette
Ami lecteur, sauras-tu le reconnaitre ?


Plus récemment, la Taupe, adapté là encore d'un roman de John Le Carré (roman lui-même largement inspiré de l'affaire Philby) avec Gary Oldman dans le rôle de l'austère et grisâtre Monsieur Smiley, a réactualisé l'image de l'espion comme fonctionnaire passe-partout et insignifiant, cette insignifiance devenant une grande force.

En comics, on ne peut que recommander l'excellente série Queen and Country, écrite par Greg Rucka, bien ancrée dans l'actualité et dans les travers et détours de la real-politik et de la procédure.

Arrivé à ce stade de mon exposé, il s'avère que je n'ai toujours pas répondu à la question initiale qui était, si je me souviens bien : "comment l'espion est-il devenu l'icone pop qu'il est aujourd'hui ?". Ça tombe mal, je n'ai pas vraiment la réponse. Il y a sans doute à l'oeuvre un processus analogue à celui qui a fait du policier un héros universel, sauf dans la vie réelle. En effet, l'espion comme le flic ont a faire face à des situations extrêmes, que le commun des mortels préfère éviter, mais sur lesquelles il aime bien à fantasmer. Notons que le mafieux semble aussi plus ou moins dans ce cas.

Et puis, dans le cas de l'espion, il doit entrer aussi une part de goût pour la paranoïa, de passion des théories de la conspiration, ce désir d'imaginer que la vraie histoire se déroule de façon sous-jacente, que la vérité est ailleurs. Et des opérations d'espionnage bien réelles, comme Fortitude ou Mincemeat, qui ont lourdement pesé sur la conduite des opérations durant la Seconde Guerre Mondiale, ont tendance à conforter le public dans cette idée.

Mais bon... Je n'ai rien dit, tout ça c'est de l'info sur le manteau, je ne suis même pas là, et si vous étiez capturé ou tué, je nierai bien entendu avoir connaissance de vos activités, voire de votre existence...






Les plus perspicaces d'entre vous auront remarqué que cet article n'est qu'une version légèrement réactualisée de celui que j'avais publié il y a six ou sept ans sur Superpouvoir.com. J'ai déjà tellement de textes qui trainent dans mes tiroirs qu'il faut bien que j'en ressorte de temps en temps...

mercredi 7 novembre 2012

Dernières nouvelles de la bibliographie

J'avais dit que je poursuivrai la checklist de mes publications diverses. Aujourd'hui, parlons donc des quelques nouvelles que j'ai publiées "puis ça, puis là, comme le vent varie". La nouvelle est un exercice auquel je ne me livre que très sporadiquement, mais que j'aime bien pour des tas de raisons (au premier rang desquelles ma passion du récit court, voire ultra-court, sous toutes ses formes). J'en ai encore quelques unes dans mes tiroirs. Que j'essaierai de placer, un jour. Ou pas.

Réveil, une nouvelle de SF dans Fantask 1, chez Semic
C'était un petit texte de SF très court, sur un robot déglingué programmé pour se réactiver à intervalles réguliers, mais qui finit part partir en vrille, se dégradant un peu plus à chaque fois.

Débarquement, une autre nouvelle de SF, dans Yuma 1, chez Semic
Vue de l'intérieur d'un char futuriste dans une guerre ultramoderne sur un monde lointain. Les instruments électroniques créent une distance entre le soldat commandant le tank et ses cibles. C'est un peu l'effet Guerre du Golfe, quoi. (et un peu dans l'esprit de ce que j'ai fait par la suite dans l'Escouade des Ombres)

Dédales, une nouvelle fantastique, dans Fiction 1, chez Les Moutons électriques
Sur le thème du labyrinthe, je raconte un voyage dans le sous-bassement des mondes.

Descente, une nouvelle fantastique, dans l'anthologie Explorations et conquêtes infernales, chez Parchemins et Traverses
Symétrique du précédent, mais plus long. Des explorateurs cherchent la sortie d'une gigantesque structure creuse, qui de l'intérieur pourrait s'apparenter à une tour. Mais ils semblent ignorer depuis combien de temps ils sont là, et combien de temps encore il leur faudra descendre.

Un autre texte devrait sortir en 2013 dans une anthologie chez Rivière Blanche. Je vous en parlerai un peu plus d'ici là.

mardi 6 novembre 2012

C'est aujourd'hui, ha ha ha !


Oui, Apocalypses !, c'est aujourd'hui. Ruez-vous sur votre librairie comme une foule paniquée jouant des coudes pour accéder à un abri antiatomique trop exigu, ou comme une horde de zombies tambourinant aux portes du centre commercial. Normalement, si tout va bien et que le Monsieur qui met les cartons dans les camions ne s'est pas merdé (je préfère préciser : Hachette m'avait torpillé la sortie de Tengu-Do 2 comme ça, mais justement, là, ce n'est pas Hachette qui nous distribue, donc ça devrait bien se passer), Apocalypses une brève histoire de la fin des temps sort aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies.

Je ne résiste dès lors pas au plaisir de vous en rebalancer un extrait :




Avec ses multiples têtes, la bête de l’apocalypse se prête bien à des interprétations multiformes. C’est une hydre, comme le grand dragon terrassé par saint Michel. Mais dans ces cas-là, toute la question c’est de savoir qui est Michel et qui est le dragon. Pour certains, le dragon rouge c’est, on l’a vu, l’ogre soviétique. Pour d’autres, et c’est symétrique, c’est le grand capital, et l’apocalypse s’imagine sous la forme du « grand soir » où le dernier patron est pendu avec les tripes du dernier curé, à moins que ce ne soit l’inverse. La révolution des uns est le cauchemar des autres.

En guise de Cavaliers de l’Apocalypse, la guerre du Vietnam est une belle Guerre, les événements du Biafra la Famine et la pollution omniprésente la nouvelle incarnation de la Pestilence. C’est l’époque des grands blocs, mais aussi l’aube de l’ère des grandes multinationales, qui s’émancipent peu à peu des États-nations.

Graduellement émerge une nouvelle figure du mal : l’expert-comptable, au complet gris, au front large, aux lunettes à monture épaisse, la calculette à la main, aux arrêts d’autant plus irrévocables qu’ils sont fondés sur la plus impartiale des bases : les chiffres. « Que celui qui a l’intelligence calcule le nombre de la bête, car s’est un nombre d’homme ». Le comptable profère la sentence dans les périodes de crise, et le DRH formé à la même école brandit le couperet et l’abat sans répit. Si le yogi était la figure tutélaire du tournant des années 1970, c’est le commissaire, selon la typologie d’Arthur Koestler, qui prend la main dix ans plus tard. Ce sont les cauchemars prophétiques de Franz Kafka qui prennent corps.

Le comptable sans visage est l’incarnation occidentale du commissaire (politique ou au plan) des pays de l’Est, dénué d’émotions et d’empathie, pensant par graphiques et projections. Ses coups de tampon méthodiques sont la marque de la bête inscrite au front des masses. 

Ce personnage déjà effacé et grisâtre, infiniment nuisible, se désincarnera graduellement, toujours un peu plus, au point de n’avoir même plus besoin d’une apparence humaine. Le comptable est un être finalement supplanté par son fils spirituel, son outil de prédilection, l’ordinateur. Bientôt, l’ordinateur nourri de données par des mains anonymes prend les décisions avec encore moins d’états d’âme. Devenu tout-puissant, il achève le processus de déresponsabilisation par émiettement décrit par Hannah Arendt : la banalité du mal.


lundi 5 novembre 2012

Mucho Mucha, muchacho

Revenu de Rouen où j'avais fait un saut express pour diverses raisons familiales (permettre à ma fille de participer à un concours musical organisé par un conservatoire de la région, voir mon frère, sa femme et mes nièces) ce qui m'a permis de découvrir une ville épatante que je ne connaissais que pour l'avoir traversée une fois en voiture (c'était un raccourci. qui avait rallongé notre voyage, si je me souviens bien, de près de trois heures. le conducteur du véhicule s'était fait disputer à l'arrivée par le conducteur de l'autre véhicule affecté à ce départ en vacances, qui avait pris un chemin normal, lui). Là, petit voyage en train, plus rapide d'ailleurs que je ne l'aurais cru, et vieille ville médiévale très belle, avec aussi de super bouquinistes (toujours un plus, dès que je suis concerné) et des boutiques qui vendaient des macarons au carambar, alors fatalement il a fallu que j'essaie.

Bref, alors que j'ai du boulot à ne plus savoir qu'en foutre, ces deux jours m'auront fait un bien fou.

Au retour, ma fille, qui ne fait pas que de la musique, s'est remise à un devoir d'arts plastiques pour l'école et me l'a montré pour avoir des conseils. Et là, je lui ai dit "tiens, c'est marrant, l'effet sur les cheveux, on dirait du Mucha. tu connais Mucha ?" Elle m'a fait non de la tête. Alors je suis allé chercher un bouquin sur Mucha, que je lui ai passé.

Le terme technique décrivant la suite pourrait être "déflagration mentale" (ou "explosion du cosmos intérieur", s'il y a des fans des Chevaliers du Zodiaque parmi vous). Le scotchage immédiat. La gamine vissée dans un coin du canapé à compulser fébrilement l'ouvrage. J'ai personnellement vécu ce genre de moments : des gens qui me faisaient découvrir un auteur ou un artiste qui me mettait sur le cul d'emblée, et que ça me démontait la tête. Mais être à l'origine de la même chose, de ce même violent coup de foudre en filant un conseil anodin (c'est pas la première fois que je lui fais découvrir des trucs qui l'intéressent), ça me fait bien plaisir.


Faut dire que le père Mucha était capable, outre l'élégance folle de son dessin, d'insuffler une grâce mythologique à ses sujets. Un mouvement habillant le réel, le transcendant, sans pour autant le renier. Je crois que ma fille est tombée instantanément amoureuse du style Mucha (du coup, je lui ai monté des trucs sur Guimard, histoire de contextualiser tout ça). Mucha, c'est vraiment une époque révolue, l'image ou le fantôme d'une espèce d'âge d'or fantasmé. C'est la réinvention d'un éternel féminin qui fait irruption dans le Siècle. Ou l'inverse, d'ailleurs.

Et puis faut dire ce qui est : un type qu'on paye pour faire une pub pour de la bière, et qui transforme l'exercice en œuvre immortelle*, inutile de dire que je suis forcément fan.


Comme quoi, l'esthétisme peut aussi s'accommoder de saines valeurs. Comme l'amour des jolies femmes et de la bière.


* et qui avait fait pareil avec des boites à biscuits, des pubs pour des vélos ou des cigarettes et des étiquettes de champagne, il est bon de le noter. Et même avec Sarah Bernard.

jeudi 1 novembre 2012

Scott toujours


Hum. J'ai un peu négligé la War Zone, ces derniers jours. Beaucoup de boulot, faut dire. Pas mal de trads, et des pages de scénar promises pour ces jours-ci. Et puis j'avais des ateliers jeunesse la semaine dernière, faudra que je vous en reparle, c'était vraiment sympa et très rigolo.

Mais néanmoins, pour me détendre un peu, je me suis maté hier soir la première moitié de Prometheus, le dernier Ridley Scott. Et puis j'ai fini par couper parce que ça m'énervait au lieu de me détendre. J'adore ces genre de films d'exploration spatiale, mais là, trop d'aspects clés sont traités par dessus la jambe.

J'admets : le vaisseau est cool. C'est déjà ça.


Alors il faut rendre une justice à ce film : c'est hyper joli visuellement. Mais en dehors de ça, qu'est-ce que c'est con, quand même.

Entre le trip façon intelligent design (relativement supportable parce qu'il s'intègre peu ou prou à un courant assez ancien et traditionnel de la SF qu'on retrouve sous une forme approchante chez Larry Niven et quelques autres. D'ailleurs les Ingénieurs sont directement inspirés des Protecteurs Pak, un élément clé du Know Universe de Niven) (mais Niven est quand même un type très marqué à Droite, et par les temps qui courent, marquage à Droite + Intelligent Design, c'est un mix inquiétant) et le décalage quasiment star warsesque entre la technologie primitive d'Alien et les machins à zigouigouis holo-tactiles censés lui être antérieurs, ça commence fort. (alors d'accord, le Nostromo, dans Alien est un cargo miteux qu'on devine sous pavillon maltais ou panaméen, alors que le Prometheus est un vaisseau scientifique au top, dans lequel il a été injecté un paquet de milliards, mais quand même)

Que l'androïde apprenne à manier les langages extraterrestre en étudiant les racines indoeuropéennes (y compris la fameuse fable des moutons en proto indo européen reconstitué qui fait quand même un peu rire les linguistes sérieux), on va dire que c'est une convention de style.

Le coup de l'ADN alien qui coïncide parfaitement à l'ADN humain, c'est une connerie directement tirée de Mission to Mars de DePalma (et vous savez à quel point je déteste ce film vulgaire et imbécile qu'est MtM), alors qu'une simple compatibilité chimique des ADN suffisait pour le récit, et avait le mérite d'avoir du sens en termes de biochimie.

Et puis c'est juste moi, ou Hollywood ne sait plus décrire des professionnels ? On est face à un équipage trié sur le volet, et pourtant :

- Qu'un couillon décide d'ôter son casque sur une planète inexplorée sous prétexte que dehors, elle est toxique, mais sous abris, elle ne l'est plus, on peut encore l'imaginer : il est archéologue, pas cosmonaute. J'ai un peu du mal à croire que dans cet univers, il n'y ait pas déjà eu des accidents graves et médiatisés lors de débarquements, mais passons. Mais que tous les autres l'imitent dans la minute, y compris des toubibs et des spécialistes de la sécurité, c'est au-delà de la vaste blague. Il existe forcément une procédure et un timing pour ce genre de choses. Une quarantaine quelconque. Tous ces scientifiques sont censés être la crème des cadors chacun dans son domaine. Et le seul mouftage, c'est "hé, t'es fou, trop ça se fait pas ! Ah bon, tu respires bien quand même, alors je tombe le casque aussi, si c'est ça. Faites comme moi les copains."

- le type qui lance les drones cartographiques trouve le moyen de se perdre. Alors qu'il a accès aux cartes. C'est pire qu'un pain de scénario, c'est vraiment prendre les spectateurs pour des abrutis.

- les biologistes prennent pour argent comptant le fait que l'ordinateur dise (pas de contaminants), et analysent un bout de bidoche dont ils savent qu'il est plus que compatible avec leur propre biochimie (donc potentiellement contaminant et toxique en lui-même), et quand le bout de barbaque s'avère encore vivant, là, seulement ils réagissent en le remettant en quarantaine. Je rappelle qu'un organisme vivant de type humain est blindé de microbes en tout genre. Selon les estimations les plus basses, plus de 10% de notre masse à tous est constituée de microbes divers. Donc potentiellement contaminants quoi qu'en dise l'ordinateur. Et puis merde, c'est pas comme si on n'avait pas eu vingt ans de films d'autopsies extraterrestres en tenue NBC.

Le port du casque obligatoire, bande de connards,
vous avez jamais entendu parler, non ?


Je veux bien qu'il y ait un suspension of disbelief dans ce genre de film. Dans Star Trek ou Star Wars, les mecs qui débarquent sur des planètes n'en ont rien à carrer des contaminations biologiques. Mais là, on est dans un film qui prétend à une certaine profondeur, et brandit des explications biologiques et génétiques (oui, l'ADN qui noircit avant de se briser, ça m'a fait rire aussi). Mais bon. Dans Blade Runner, les explications de Tyrell étaient bidons, mais c'était du technobabble, un habillage circonstanciel et assez court destiné justement à marquer une incapacité à communiquer et à trouver un terrain d'entente entre la créature et son créateur. Là, les explications données dans Prometheus torpillent d'emblée tout aspect de ce genre, puisqu'elles posent l'identité génétique parfaite entre créateurs et créatures (ce qui est d'une bêtise à tellement de niveaux que je ne sais même pas par où commencer : s'il s'agissait de recréer de la vie à l'identique, il était quand même plus simple de tout bêtement coloniser la planète plutôt que de recourir à un grand-guignolesque sacrifice initial, qui n'aurait de sens que dans une perspective religieuse et mystique, et le film n'a pas l'air parti pour explorer les conceptions des ingénieurs en la matière).

Du coup, j'ai été voir une interview du scénariste de ce machin, et on est bien dans le trip Mission to Mars, entre le besoin maladif de créer une identification entre le spectateur et les créatures (alors qu'on a déjà les cosmonautes terriens pour s'identifier) et l'espèce de honte de faire du grand blockbuster spatial qui conduit à y injecter artificiellement des grandes interrogations philosophiques traitées avec l'élégance, la clarté et la maitrise des concepts d'un élève de Première Technologique (et encore, il y a gros à parier que l'élève de Première Technologique aurait été un peu moins tocard sur les aspects scientifiques du scénar). Je n'ai rien contre les films dégoulinants de connerie, entendons-nous bien. Au contraire. Mais les films dégoulinants de connerie qui se croient intelligent, c'est au-dessus de mes forces. C'est un peu comme si Jean-Marc Morandini se prétendait journaliste, pour situer, ou Mickaël Vendetta politologue.

Je sens qu'il va falloir que je me force à regarder la suite, juste pour voir si c'est aussi con après (et j'ai dans l'idée que oui).

Edit : en fait, oui.