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Mise à l'amende

C'est beau. On condamne enfin Jérôme Kerviel à rembourser tout l'argent que ses positions hasardeuses ont fait perdre (enfin non, pardon, que la crise de panique de ses collègues a fait perdre) à son employeur, la Société Générale. 4 milliards d'euros et des nèfles (un bon paquet de nèfles). La morale et le kapital sont sauf. On peut applaudir et passer à autre chose.

Notons que le principe sur lequel il est condamné et la SG exonérée de toute responsabilité est diamétralement opposé à celui qui fonde l'action Hadopi. Kerviel est condamné pour avoir contourné les sécurités inexistantes de la banque. En Hadopi, ce n'est pas le téléchargement qui est condamnable, mais le fait que quelqu'un puisse se servir d'une connexion insuffisamment sécurisée pour télécharger, auquel cas c'est le titulaire de la connexion qui est tenu pour responsable. Les poids et les mesures, c'est comme les Sith, toujours ils vont par deux.

Ce qui est bien, en tout cas, c'est que ça pose un beau et sain principe : faire payer le lampiste désigné coupable d'une gabegie jusqu'au dernier centime. Nous pouvons donc maintenant trainer un quelconque directeur de cabinet de Roseline Bachelot devant les tribunaux pour qu'elle rembourse les vaccins non utilisés de l'épidémie bidon de grippe de l'année dernière. Nous pouvons jeter au pieds du juge un contremaitre d'AZF pour qu'il rembourse jusqu'à la dernière vitre brisée de Toulouse. Nous pouvons trouver un quelconque cadre de chez Total pour lui faire payer la facture de l'Erika à lui tout seul. Nous pouvons faire rendre gorge à tous les édiles qui ont signé des permis de construire en Vendée. Et je suis certain qu'on doit pouvoir trouver un ministre sur le départ à qui faire endosser le déficit. Un téléchargeur illégal à qui faire payer les frais de mise en corrélation des adresses IP, ceux-là même que l'Hadopi refuse de rembourser aux opérateurs internet. Un concessionnaire auto pour à qui faire régler la note des inondations liées au réchauffement climatique. Un vigneron pour les morts sur les routes.

C'est marrant, cette façon de faire porter la responsabilité sur quelqu'un, en organisant par là-même l'irresponsabilité collective, à la façon de ces sociétés plus primitives et barbares qui sacrifiaient un quelconque, un sans grade, pour écarter de la communauté la colère des dieux. Ça augure d'un XXIe siècle encore plus rigolo que le précédent, qui au moins tentait d'ancrer sa barbarie, sa stupidité et son aveuglement dans un certain modernisme.

Commentaires

El a dit…
"Aucune des gouttes de pluie ne se croit responsable du déluge".

Je ne sais plus qui a dit ça.
Alex Nikolavitch a dit…
ça résume assez Hannah Arendt, non ?

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