lundi 4 février 2013

Fear and loathing at the FIBD

Gné ?

Ah oui... Je voulais vous raconter mon festival d'Angoulème. Non que ce soit particulièrement passionnant en soi, hein, ça reste un festival, avec ses passages obligés, ses galères classiques, ses tranches de rigolades et ses beuveries. Mais bon, les gens ont le droit de savoir, parait-il.

Donc...

Jeudi :
Pris le train dans l'après-midi. Emporté un peu de lecture et un film à regarder en chemin, Game Change avec Ed Harris et Julianne Moore, un truc assez épatant sur la campagne McCain / Palin de 2008. Julianne Moore est incroyable de vérité, et cette chronique d'un désastre annoncé est assez croustillante, les conseillers politiques ayant sélectionné le gouverneur de l'Alaska ne comprenant que graduellement ce qu'ils viennent de lâcher dans la nature.

Arrivé sur place juste à l'heure de la fermeture de la bulle New York, et il a fallu que je négocie ferme pour pouvoir entrer récupérer mon badge. Mais un agent de sécurité un peu habitué a dû décider qu'un type fagoté comme un clodo, insistant, mais parlant comme une personne raisonnablement éduquée était probablement un auteur de BD, donc j'ai pu entrer, et récupérer le précieux pass des mains de Philippe Marcel, mon éditeur chez la Cafetière.

Puis apéros divers, dîner, after au bar de l'hôtel Mercure (j'ai manqué de m'éborgner deux fois avec le petit bâton radioactif qu'ils foutent dans leur cocktail), et retour à une heure indue avec un collègue déchiqueté (mais qui contrairement à moi connaissait le chemin de notre logement), et qui tenait absolument à aller se cogner avec les beaufs devant la boite de nuit, juste pour le plaisir de la chose. J'ai réussi à l'embarquer et à le dissuader. En arrivant au logement (un plan avec le studio Makma), j'avais le choix entre partager une chambre avec lui, et une chambre avec un pote ronflant comme un moteur de C130 Hercules. J'ai choisi le C130 Hercules.

Vendredi :
Après le petit dèj et quelques dédicaces sur le stand, débat Spider-man, avec Xavier Lancel, de Scarce, Monsieur Lainé, toujours dans les bons coups, et Olivier Delcroix, qui avait dit grand bien d'une de mes traductions dans les pages du Figaro. Cordial et sympa, ce débat. Suivi d'un déjeuner cordial et détendu (merci encore pour une invitation qui m'a fait grand plaisir). Puis je suis descendu au Champ de Mars, pour voir un peu comment ça se passait chez les gros éditeurs, faire un tour chez Urban, serrer quelques mains, faire quelques bises, en évitant ainsi la foule du samedi.

Journée assez speed, en fait, à part l'intermède du déjeuner. Le dîner est cool, puis on file au Mercure, pensant que ce serait l'after. Sur place, je m'enquiers d'un dessinateur de mes amis, que je n'ai pas encore vu, mais on me répond qu'il est à New York. "ah bon, il y avait quelque chose du côté de la bulle New York, ce soir ?" "Non, New York, la ville." Bon. Je le verrai une autre fois, alors. La soirée se passe en coups à boire, en discussions diverses, en rendez-vous pris pour le lendemain. Et puis un passage à la backro... Non, ce n'est pas le terme... La pièce réservée par un autre de mes éditeurs, pour prendre une coupe de champagne et causer un peu. On en est déjà, à ce stade, à l'after de l'after, alors je me dis qu'après, il sera temps de rentrer.

Sauf que je n'ai fait qu'une fois le trajet, qu'il est compliqué, que je suis vanné et que j'ai peur de me perdre. Alors il faut que je localise un membre du studio Makma pour qu'on fasse la route ensemble. Et Mat, celui qui était dans le coin au moment où j'ai filé à l'after de l'after a disparu. Heureusement que je connais une ancienne collègue à lui (les anciens stagiaires des Humanos, c'est comme ceux qui ont connu les tranchées, ou les camps, ou un naufrage, ça rapproche) qui a son téléphone. Il est en fait à une autre after au gzzztchiiikchhhgzzzt. Bon, un raisonnement dans l'abstrait me donne à penser que "gzzztchiiikchhhgzzzt" c'est le Kennedy, un pub à l'autre bout de la ville. En fait, on finit par découvrir que c'est le bar d'un autre hôtel, moins loin, mais dans la direction exactement opposée. Et donc, nous filons à l'after de l'after de l'after où il faut bien boire un coup avec les copains qui y sont, forcément.

Puis retour au logement, et là, c'est le drame. Je papote encore avec quelques copains encore debout (et un déjà levé parce qu'il a un train très tôt), puis je vais me coucher, parce qu'il va falloir dormir : je donne une conférence dans la journée de samedi. Et dans le lit, je perçois la présence obsédante du trac, lové sous les couvertures, qui attend que je m'allonge pour me sauter dessus et me faire subir des actes réprouvés par la morale et Télérama. Je retourne donc papoter avec les copains, pour chasser cette angoisse sourde. Et du coup, je fais nuit blanche, passant la dernière demi-heure avant le petit dèj à réviser ma conférence.

Samedi :
Debout tôt, et pour cause. Je passe au stand, je dédicace tranquillement du Dernière Cigarette, du Apocalypses, des choses bien, quoi. Puis vient l'heure de la conférence, et le trac se réveille subitement. à ce stade, ça ne m'inquiète encore pas trop, j'ai toujours un peu le trac avant ce genre d'exercice, et j'ai quelques techniques pour le contrer. Le passage aux toilettes, par exemple : un coup de flotte sur la figure avant la conférence, ça donne du pep's. La bouteille d'eau sur la table aussi. Néanmoins, je sens des sueurs froides me dégouliner le long du dos. Et je m'avise alors que j'ai fait une erreur tactique : par bêtise ou par coquetterie, j'ai structuré ma conférence d'une façon un peu alambiquée, j'ai prévu des retours, des mises en miroir, et c'est en adéquation totale avec le fond de mon sujet. Sauf qu'après une nuit blanche et un mois plein de surmenage intensif (750 pages de trad, des pages de scénario, des dépannage divers, tout en essayant d'avoir une vie de famille et de sortir parfois de mon bunker pour voir si le monde existe toujours, dehors), un plan inutilement subtil est un moyen très sûr de se planter.

Je sens que la situation m'échappe et je commence à transpirer à grosses gouttes. Se servir un verre d'eau et le boire doucement pour reprendre le fil ne suffit plus : je m'enfile deux bouteilles en moins de cinq minutes. Ma dernière astuce, c'est de faire une pause dans le développement, et de m'arrêter sur un point de l'iconographie, projetée derrière moi, de focaliser dessus une minute en improvisant autour de l'image, et de reprendre le fil. Sauf qu'en me retournant, je m'aperçois que c'est pas la bonne image, je me suis planté quelque part dans le défilement. Et là, je cale, je bafouille, je transpire comme un bourricot et je commence à trembler comme une feuille. En d'autres termes, à me chier dessus devant 80 personnes qui se sont déplacées pour m'écouter. L'horreur absolue.

Je bafouille une excuse et je sors dans le couloir pour reprendre mon souffle. Il est plus simple de laisser la crise de panique et d'angoisse suivre son cours quand on est seul, roulé en boule par terre dans un coin, parce qu'on ne cherche plus à garder la moindre dignité. Ça permet du coup à la tension de retomber un peu. Dès que j'ai repris un peu contenance, j'y retourne. Jean-Paul Jennequin, l'organisateur, a réussi à tenir le public, à le faire attendre. Il vient d'assumer le rôle peu enviable du Monsieur Loyal qui meuble en attendant qu'on évacue le cadavre déchiqueté du dompteur mangé par ses propres tigres, et annonce le numéro des trapézistes.

Et de fait, la suite s'apparente à du trapèze volant sans filet : comprenant que mon plan ne suffira qu'à m'embrouiller un peu plus à chaque coup d'œil, je le plie et je l'empoche. Je finirai en impro, en me fondant pour l'essentiel sur le reste de l'iconographie. C'est pas optimal, mais au moins, ça me permet d'arriver au bout. Les manques et les flous de la conférence peuvent encore être compensés et comblés au moment des questions du public.

Sauf que le public a été formidable, compréhensif, compatissant. Il m'a vu m'effondrer et revenir quand même pour finir mon exposé. Alors par charité, il se refuse à prolonger mon supplice. C'est tout à son honneur, mais une conf bancale sans questions du public derrière, ce sera bien la démonstration sans appel de la catastrophe. Heureusement, Monsieur Lainé était dans l'assistance (on a toujours besoin d'un comparse dans le public, en fait) et a ouvert le feu histoire d'amorcer la pompe (je me demande si je ne me mélange pas dans mes métaphores, là), et à l'arrivée ça n'aura pas été trop piteux. Mais quand même, l'alerte est sérieuse : mon côté angoissé à la Woody Allen (ou "angoisses de midinette de merde", dans mon jargon personnel), n'attend qu'une occasion pour s'exprimer, et là il s'était emparé du mégaphone. Il va falloir que j'apprenne à gérer mon stress. Et surtout, ça m'apprendra à faire le malin et à foutre des coquetteries de structure dans un plan de conférence sur un sujet difficile. La prochaine fois, je reviens aux grosses parties thématiques, quitte à broder dessus en cours de route si je me sens en verve.

Après la conf, deux amis tentent de me trainer à déjeuner, mais mon estomac fait plus de nœuds qu'une convention de boy-scouts. De toute façon, à cette heure, tout est blindé, plein, refuse du monde. "Sauf un truc, là, regarde ! Il reste une table là-dedans !" On fonce, mais je m'arrête net devant le panneau affichant le menu : le Mont d'Or chaud sur lit de salade et le confit de canard, ça ne me semble pas exactement être ce dont j'ai besoin.

Du coup, je retourne au stand et je dédicace un peu, ça me permet de me remettre sur les bons rails avant mes rendez-vous de l'après-midi, pris la veille au soir. Une session de travail avec Christian Clot pour boucler Burton 2 (l'album a pris du retard, on ne sortira pas en Mars contrairement à ce qui était prévu (Plus d'infos ici-même en temps utile). En théorie, je ne devrais pas être en état de subir une réunion de ce genre, faite de propositions, contre propositions, prises de notes, écriture de bouts de dialogues et découpage divers ne sont pas faciles et demandent d'avoir l'esprit vif et disponible. Après une nuit blanche et un tel coup de calgon, je devrais être par terre, mais non, j'ai trouvé un second souffle , et même un troisième (réunion dans la foulée avec un autre scénariste sur un projet en co-écriture, dont je vous reparle d'ici cet été).

Et ensuite, restau, after au Mercure, mais pas question d'after d'after, après plus d'une quarantaine d'heures dans dormir. Il était urgent que je m'effondre comme un gros étron fumant dans mon lit, et que je récupère.

Dimanche :
En comparaison, la journée n'a pas connu d'incident notable. Un peu de dédicace, un peu de discussions boulot et de discussions amicales, puis aller manger un bout, puis sauter dans le train, retour à la maison, bisous à la famille, pâte à dents, et dodo.

4 commentaires:

soyouz a dit…

L’Apocalypse selon Nikolavitch, ça a de la gueule quand même. Enfin, c'est toi-même qui t'aies envoyé la (enfin les) bombe ! ;)

Mathieu Doublet a dit…

Hé bé, toujours aussi rock'n'roll !

Si jamais je te vois en conférence, je penserai à te poser une question, même si elle n'a aucun rapport avec le sujet. :)

Ancienne stagiaire des Humanos a dit…

Hé hé ! C'est encore plus drôle à lire quand on a soi-même assisté ou entendu parler en détail des événements. Le FIBD, chaque année, ça sent la poudre (à canon) et le houblon !

Mamie a dit…

C'est bon à savoir, ça, que les crises de panique en public ça arrive également aux grands messieurs. Et je note aussi le coup du plan alambiqué à éviter.