mardi 23 octobre 2012

Toute la vérité, rien que la vérité

On m'a souvent demandé quelle était la part de vérité historique dans Crusades (cette fabuleuse série que j'ai co-signée aux Humanos). Il faut dire qu'on a pris un malin plaisir à entremêler le vrai et le faux, l'historique et le complètement farfelu, le fantasme et le fait avéré. C'est, il faut le dire, dans la nature de l'exercice. Autant, sur un truc comme Burton, même si je peux broder ou mixer des événements, je dois quand même coller au plus près de la réalité, autant sur Crusades, il y avait de la marge (on m'a signalé néanmoins qu'un lecteur avait écrit aux Humanos pour dire que l'entrevue avec le Pape, au tome 1, était impossible : cette semaine-là, le Souverain Pontife était en déplacement ailleurs, et pas à ce palais lyonnais).


On va faire le tour des personnages, du coup.

Guillaume de Sonnac a réellement existé, il a vraiment été grand-maitre de l'ordre du Temple, et a bien été tué à Mansourah. Par contre, rien ne prouve qu'il ait été agent de l'Empereur, et la Commission des Mires n'a jamais existé.

Gautier de Sonnac aussi, a existé, et moi-même je ne l'ai appris que par hasard. On avait créé un frère à Guillaume, qui s'appelait Arnaud. C'est trois semaines avant le bouclage que je suis tombé sur une référence obscure à un Gautier de Sonnac, qui avait accompagné son frère aux croisades. Point, on n'en sait pas plus sur lui. Du coup, on a fait un "rechercher/remplacer" dans l'album, Arnaud s'appelait désormais Gautier, et la biographie du vrai était tellement inexistante qu'on a pu raconter ce qu'on voulait sur lui : qu'il était alchimiste, qu'il avait été marié, qu'il avait fait le tour de l'Europe, etc. Bien malin celui qui pourra prouver le contraire (ou alors, peut-être que des chroniques du temps jamais rééditées nous en apprendraient plus, mais je n'ai rien trouvé à ce stade).

Pour ce qu'on en sait, l'archi-méchant Pélage est bien mort à Monte Cassino. Et rien ne prouve que ses échecs à Damiette aient été dus à un plan tordu de sa part. Tout porte à penser que sur le plan stratégique, il était juste nul, et sur le plan diplomatique assez lamentable. Son sbire Thibault est une pure invention.

Clotilde, Giancarlo, Robert, Marc et Ulric sont de pures inventions. Tout comme le Pugnus Templi en tant que milice secrète du Temple. Et tout comme Jéhu le psychopathe. J'avais des plans pour ce pauvre Jéhu, d'ailleurs, comme pour Giancarlo, mais le fait qu'on ait dû boucler en trois tomes au lieu de cinq nous a obligé un peu à réduire la voilure à ce sujet. D'où d'ailleurs le retournement de veste de Jéhu.

Hülegü est bien réel, c'est même le petit fils de Gengis Khan. C'est lui qui a dirigé les opérations entre l'Egypte et l'Iran, et qui a mis fin au règne de terreur des Assassins. Historiquement, c'est aussi lui qui était entré en pourparlers avec Saint Louis. Mais il y a assez de trous dans sa biographie pour qu'on puisse y glisser quelques aventures (même si je me demande si on ne s'est pas très légèrement loupés sur sa chronologie).

Ali Musafir n'a peut-être pas voyagé autant que j'ai pu le dire (il s'appelait dans les fait Muzaffar, et pas Musafir, ce qui signifie "voyageur" et j'ai du coup un peu confusionné). Son animosité pour Hülegü est par contre tout à fait historique : ils ont été en guerre par la suite, une guerre brutale et sans merci.

J'ai peut-être chargé la mule sur Saint Louis, ne le peignant que sous les traits du fanatique religieux sûr de son fait, ce qu'il a d'ailleurs aussi été. Et je n'ai sans doute pas rendu justice à son compagnon d'armes Joinville en en faisant un simple sycophante. Et la haine inextinguible que le roi voue à sa sœur naturelle Clotilde ne repose sur rien, vu que Clotilde est inventée. J'avais aussi dans l'idée que les événements surnaturels dont Louis a été témoin le conduisent à organiser un genre de vengeance dynastique à l'encontre des Templiers, culminant sous son petit fils, Philippe le Bel. On n'a pas eu la place non plus.

Le temple juif de Léontopolis a bien existé, mais à l'époque des Croisades il n'en restait probablement plus rien. Le bouillonnement intellectuel, ésotérique et alchimique d'Alexandrie est un fait. Ce qui l'a provoqué, on n'en sait fichtre rien, mais si la Bibliothèque y est pour quelque chose, et que le nom d'Hermès revient souvent dès qu'il est question d'alchimie alexandrine (au point qu'il ait laissé son nom aux arts hermétiques), j'ai dans l'idée que le Hermès en question ne ressemblait guère à celui qui est un tout petit peu montré au tome 3, et dont le tombeau est découvert au tome 2.

Voilà. Vous en savez peut-être un peu plus sur tout ça, du coup.

dimanche 21 octobre 2012

La chicha, la chicha, je te veux si tu veux de moi

J'ai appris qu'un bar à chicha (à narguilé, quoi), venait de fermer après une plainte d'une association de non-fumeurs qui tenait à faire respecter la loi concernant la fumée dans les lieux publics.

Alors oui, la loi est du côté de cette association, c'est indiscutable. Mais force est de reconnaître que la loi est mal faite, puisqu'elle n'interdit pas spécifiquement les bars à chicha et les associations de fumeurs qui s'y retrouvent. Parce que l'esprit de la loi (esprit de Montesquieu, descends sur nous. d'ailleurs, la loi avait en son temps interdit ton ouvrage qui démontait le fonctionnement des lois), c'est de protéger les non-fumeurs. Or, je ne vois pas pour quelle raison obscure un non-fumeur irait traîner dans un bar à chicha qui n'est pas, comme son nom l'indique, un bar, mais précisément un fumoir convivial et collectif.

L'attaque de l'association de non-fumeurs a donc un côté mesquin à la base, c'est une ingérence délibérée dans les menus plaisirs des autres, une volonté de nuire sous le prétexte hypocrite de sauver. Ça sentirait presque la procédure lancée uniquement pour justifier l'existence de l'association elle-même (car de fait, depuis que la loi est de leur côté et interdit de fumer à peu près partout, ces associations n'ont plus de raison d'être : elles ont déjà gagné la guerre). Il serait intéressant de voir comment est financée une telle association, avec quelles subventions, et l'usage qui est fait de son budget. Je suis persuadé que ce serait croquignolet.

Tant pis pour eux, ils auront que dalle pour Noël, alors

Mais l'affaire pose une question nettement plus large : si la loi n'interdit pas de fumer (que ce soit la cigarette, la pipe ou la chicha), elle interdit de le faire dans les lieux publics fermés (et même dans certains lieux publics non fermés, comme les gares). D'accord, on a compris. Mais comme personne en haut lieu n'a l'intention d'interdire de fumer tout court, tant les taxes sur le tabac sont une manne financière, et que la loi prévoit des espaces dédiés, des fumoirs, comment se fait-il que les bars à chicha, dont la fumée est la seule raison d'être, n'y soit pas assimilés ?

Il y a là une hypocrisie patente, et moralement un abus de procédure manifeste, un glissement totalitaire, une volonté d'aller emmerder les gens, de marquer des points dans un match qui n'a plus d'enjeu puisqu'il est déjà terminé. Et c'est le symptôme d'un fonctionnement de la société de plus en plus normatif et procédurier. Personnellement, ça m'inquiète terriblement.

vendredi 19 octobre 2012

Le châtiment !!!!! (encore lui)

Le messager de l'Apocalypse avait le visage noir comme la suie. Faut dire que je crois qu'il était Sénégalais, ça aide. Il est venu toquer à ma porte à l'improviste, porteur de deux paquets qu'il me tendit avec le sourire.

J'identifiai sans peine le premier : l'exemplaire d'une édition luxe de The League of Extraordinary Gentlemen, par Moore et O'Neill, que j'avais commandée à vil prix chez un libraire en ligne. Je l'ouvris avec délice, en me disant qu'il faudrait que je trouve un pote à qui refiler mes vieux fascicules de la série.

L'autre carton était plus lourd. Plus gros. Plus scotché de partout, comme si on avait peur que son contenu s'en échappe pour répandre terreur et désolation à l'entour*. Prenant mon courage à deux mains et une paire de ciseau de la troisième (y a que Fukushima qui m'aille), j'ouvris l'étrange parallélépipède de carton. Son contenu était pire que terrifiant : il était apocalyptique.

Mais une image vaut mieux qu'on long discours. Ce qui était tapi dans la boite, ce n'était pas un diable à ressort ou les tourments de Pandore. C'était ça :



Et en plusieurs exemplaires. Ce qui veut dire que dans tout juste deux semaines, vous pourrez vous aussi vous procurer le vôtre. Plus qu'un guide dévoilant les moyens de trouver sa voie en une époque qui se cherche, Apocalypses une brève histoire de la fin des temps est un remède souverain à l'apophénie (mais en vertu du principe selon lequel il faut soigner le mal par le mal), un moyen simple de briller en société si vous êtes invité à dîner un 21 décembre, un décryptage habile de la tendance et de la mode en matière de fin du monde. Bref, un indispensable cette saison.

Voilà voilà.

Bon, par contre, j'ai croisé en me promenant un type en pantalon de jogging et T-shirt frappé du logo Calvin Klein Jeans. Et ça m'a fait des nœuds au cerveau.

Primo, j'ignorais que Calvin Klein faisait des jeans. J'en étais resté au slips et aux eaux de toilette. 

Deuzio, je trouve un peu idiot de mettre une marque de pantalon en travers d'un T-shirt, pour une simple raison de cohérence mentale.

Troizio, porter un tel T-shirt sans porter le jean qui va avec me semble un contre-sens : on porte un logo sur son t-shirt pour monter qu'on aime la chose dont on porte le logo. En général, les gens qui portent un t-shirt Iron Maiden écoutent la musique d'Iron Maiden. Les gens qui portent un t-shirt à croix gammée aiment bien l'oeuvre du petit Adolf H., de Braunau. Et si on aime vraiment les jeans CK, on en porte, au lieu de mettre un pantalon de jogging (en plus, je fais partie de ce courant de pensée qui considère que l'inventeur du pantalon de jogging mérite la damnation éternelle). 

Quatrzio, il peut arriver qu'on porte un T-shirt par goût de la subtile ironie, par exemple un biker barbu à bracelet clouté portant un T-shirt Mon Petit Poney** ou un boulanger viennois mettant des croissants en vitrine après une invasion turque ratée***. Mais le style avachi et à caquette + casque Doctor Dre du type me portait à penser que l'ironie subtile et la notion de terrorisme mémétique lui échappaient à peu près complètement.

Ilvasortirleptitoizio, peut-être que je suis juste fatigué et que je cherche du sens où il n'y en a pas, mais bon, si je porte des t-shirts sans logo (hormis un T-shirt Fulchibar pour les grandes occasions), c'est justement que je crois que porter un logo est un acte chargé, censé avoir du sens. Mais bon, le sens, dans ce monde, c'est sans doute une denrée qui se raréfie.


* Oui, j'aime bien les orthographes un peu désuètes, en ce moment. J'ai des petites crises de coquetterie sémantique, comme ça.

** Oui. Tout comme je dis encore Serval à la place de Wolverine, et Raider à la place de Twix, j'emploie encore l'ancienne dénomination en ce qui concerne Mon Petit Poney. Gardarem lo Petit Poney.

*** Rigolez pas, c'est arrivé. C'est même exactement comme ça que les croissants ont été inventés, pour commémorer la victoire des viennois sur les troupes turques, dont l'étendard était frappé du croissant.

jeudi 18 octobre 2012

Pour le salut de nos âmes

Un message envoyé directement par Ben Sixtine, qui s'inquiète semble-t-il de nos facéties.


Mais pax vomiscum* à tous quand même.





* Oui, un informateur me souffle dans l'oreillette que la saison des gastros a commencé.

mercredi 17 octobre 2012

La citation du mercredi

Je viens de relever ceci, sur le site du Monde, à propos de la détresse des utilisateurs de Blackberry.

"Une Mme Crosby, commerciale à Los Angeles, dit avoir cessé de sortir son téléphone Blackberry en public lorsqu'elle se rend dans une soirée cocktail ou à une conférence. Elle le cache sous son iPad en rendez-vous d'affaires, de peur que ses clients ne voient l'objet et "ne la jugent"."

Outre le côté collégienne qui a honte de son jean décoré façon clous et paillettes datant de l'an passé, la chose est, pour peu qu'on gratte un peu sur le fond, révélatrice de certains des travers les plus grotesques de notre société, et surtout de ses élites.

Dans toute une catégorie de population, le téléphone portable semble être devenu une sorte de marqueur social, qu'on exhibe fièrement à des cocktails (où l'on est censé parler avec les gens présent, par exemple des absents, et pas avec les absents pour casser du sucre sur les présents) au mépris de toutes les convenances, ou lors de conférences, nonobstant le fait que c'est quand même remarquablement insultant pour le conférencier.

En rendez-vous d'affaires, c'est le truc qu'on pose sur la table pour bien montrer qu'on est quelqu'un de très occupé, qu'il FAUT qu'on soit joignable à tout moment, même et surtout pour se contenter de dire "je suis très occupé, je te rappelle". Et le Blackberry était un appareil cher et sérieux, c'était le top, le truc qui montrait qu'on avait les moyens et le sérieux nécessaire, qu'on était à la pointe, voire que l'entreprise avait une stratégie de télécoms solide.


"Téléphone en bonne fonte hauts fourneaux Novossibirsk
pas seulement plus solide : aussi jamais ringard parce que jamais top de la mode.
Juste se porter de préférence avec salopette parce que
nécessiter grande poche."

Sauf que dans notre société d'obsolescence programmée (j'en reparlais pas plus tard que l'autre jour), on s'aperçoit que le culte des apparences et de l'immédiateté nous renvoie directement aux pratiques du passé, précisément à la Cour à l'époque des Bourbons*, ça tourne quand même au grotesque. Les mêmes gens qui exhibaient fièrement leur appareil "sécurisé" (l'affaire DSK et plusieurs saisines dans des pays où le gouvernement veut mettre le nez dans les communications des gens ont montré à quel point cette sécurité pouvait être un leurre) en ont à présent honte, tant il a été remplacé par des appareils vus comme plus "cool" (et même pas forcément meilleurs technologiquement, c'est ça qui est magnifique).

Cet appareil qui était un gage de sérieux leur semble peu de temps après frappé au coin de la ringardise. Mais tellement prisonniers de leurs habitudes et de leurs cadres de représentation, il ne leur vient pas à l'idée d'adopter un comportement de pur bon sens : le téléphone portable, quand on bosse, on le garde dans la poche, et en mode silencieux, voir éteint (surtout en conférence, connasse). Ça évite bien des nuisances. Alors que quand on adopte un comportement d'exhibitionniste montrant compulsivement son machin, c'est pas étonnant qu'on ait fugacement l'impression d'être un vieux pervers.



*tiens, j'ai vu que ça bataillait judiciairement au sujet des semelles rouges de Christian Louboutin, qui se prétend indûment propriétaire d'un concept dont il ne saurait se prévaloir d'être l'inventeur, puisqu'il remonte à Monsieur, alias Philippe d'Orléans, suite à une nouba de Carême dans un abattoir, restée célèbre.

lundi 15 octobre 2012

Burton, la bande annonce


Burton T1 - La Bande annonce par GLENATBD

C'est génial, je suis toujours le dernier averti quand on fait des trucs comme ça à propos de mes albums. Mais donc, voilà une bande annonce pour Burton, vers les sources du Nil*. Histoire de vous donner envie si vous ne vous l'êtes pas encore procurés.


Tiens, et je viens de tomber aussi sur l'interview où Christian Clot présente la collection.


Interview de l'explorateur Christian Clot par GLENATBD



*Par Alex Nikolavitch et Dim-D, aux éditions Glénat

Techno prisonners

Tiens, en faisant du tri, je suis retombé sur des bouts de mails où j'expliquais mes conceptions en termes de nouvelles technologies :


Donc tu vois, le problème n'est pas la technologie, mais ce qu'on nous vend comme étant LA technologie.
Après, je suis une peu de formation pays de l'Est, en matière de technologie :


 "Tant que marcher, pourquoi remplacer ?"


"Matériaux qui brillent tout juste bons pour branleur à lunettes imitation écaille hipster 'créatif'. Pas solide, alors moi préférer bonne fonte hauts fourneaux Novossibirsk. Téléphone peser plus lourd, mais pas casser quand tomber."


"Ordinateur Mir tout le temps tomber en panne, mais réparable avec tablette chewing-gum et bout trombonne tordu en trois minutes. Alors que quand ordinateur Navette bourgeoise tomber en panne, vraiment niqué pour longtemps, programme à l'arrêt pendant six mois"


"Quoi, Nespresso What Else ? Moi faire café avec entonnoir fer blanc, bout de coton et cône papier journal Pravda, prix revient 3 roubles aux vingt litres."


C'est une autre culture, en termes de technologie, et du coup, l'obsolescence programmée devient un spectacle de pantomime assez distrayant.


Et il y avait aussi ça :


T'as déjà tenté une réunion avec des accros au téléphone portable ?  
"faut que je prenne" "où on en était ?", et tu réexpliques pour la quatrième fois, télétubby style, ce que t'as déjà expliqué la veille. Et quand  t'envoie le boulot, le mec te fait "mais, c'était ça qu'était convenu ?" Le attention deficit disorder à l'échelle du monde.

Voilà voilà.... Je pense que ça explicite bien le pourquoi de certaines de mes prises de position en la matière.



samedi 13 octobre 2012

Pour cent bricks, t'as plus rien

Ce soir, rapido, j'ai fait des bricks à l'œuf et au thon. Vous savez, ces espèces de crêpes orientales fourrées, c'est hyper bon, on peut faire ça à la fortune du pot, ça fonctionne toujours. Pratique quand le frigo est un peu vide et qu'on a la flemme de sortir chercher un truc chez le Chinois du coin.

Sauf que j'avais mal calculé ma quantité de préparation pour mon nombre de feuilles à bricks. Une fois mon saladier de tambouille complètement vide, il me restait quelques feuilles dont je ne savais que faire.

Et comme les placards étaient quasiment vides eux aussi parce que j'ai pas été faire de courses ces derniers jours, il a fallu improviser avec ce qu'il restait dans un placard à conserves qui mériterait que j'aille faire un ravitaillement aussi.

Ça a été bricks aux fraises au sirop (liée avec un mélange yaourt-œuf, faute de mascarpone. bien entendu, là c'est de la préparation que j'avais en trop en bout de course et ça s'est donc fini en milkshake) et c'était une tuerie.

jeudi 11 octobre 2012

Faire du vieux avec des nouveaux dieux

Les lecteurs attentifs auront remarqué les convergences et ressemblances que présentent deux œuvres des années 70 : le Fourth World de Jack Kirby, un ensemble de séries de comic books cosmico épiques, et la trilogie Star Wars de George Lucas, qui a durablement redéfini le cinéma de science-fiction.

Le Fourth World (et particulièrement la série New Gods, où les correspondances sont les plus criantes) étant antérieur à Star Wars de plusieurs années, et George Lucas étant notoirement un lecteur de comics, la thèse de l'emprunt marqué a de nombreux adeptes. Mais les avocats de la Warner (propriétaire de l'éditeur DC Comics, chez qui furent développées les histoires du Fourth World), n'a pas été tirer tout de suite les oreilles du réalisateur de cinéma, et après, il était trop tard. Mais on sait que le script de Star Wars a circulé pendant quelques temps chez les grands studios, y compris la Warner. Il y avait donc une fenêtre de tir pour réagir, mais hélas les producteurs de cinéma ne s'intéressaient visiblement pas assez à ce que faisait la branche bandes dessinées du groupe. Si ça avait été le cas...

...

Un producteur éclate de rire au nez de Lucas. Celui-ci, habitué aux rebuffades, tourne les talons. Mais un des gorilles du studio l'oblige à regagner son siège. Le producteur jubile en expliquant le problème au jeune homme barbu venu lui présenter son projet : "si ce film se fait de cette manière, la Warner attaquera en plagiat et contrefaçon et vous finirez en slip. Star Wars ne verra jamais le jour, je vous le garantis."

Lucas pique du nez comme un gamin surpris le doigt dans le bocal de confiture. Le sourire du producteur s'élargit. "Quand vous êtes allé voir United Artists, vous leur avez promis monts et merveilles en matières d'effets spéciaux. Des trucs jamais vus. C'est sérieux, ou c'est aussi tocard que votre scénar, mon garçon ?" Lucas retrouve sa combativité : "on avait de quoi faire fonctionner ce script, en mettre plein la vue. Ça représenterait un gros investissement de départ, mais on peut créer un truc énorme, épique, et que les gens y croient."

Le producteur sort un crayon rouge. Il parcourt le scénar, et commence à en biffer des passages et des noms. "Autant que le masque tombe, alors", dit-il au cinéaste tremblant. Il lui rend les pages dactylographiées. Le nom Darth Vader a été rayé. Et remplacé par Darkseid. La Force est redevenue Astro-Force. Luke s'appelle à présent Orion. Ce que Lucas a dans les mains, ce n'est plus Star Wars, c'est New Gods, the Motion Picture.

"Vous voyez, mon cher George… Vous permettez que je vous appelle George, au fait ? C'est bien ce que je pensais. Bref. Votre maquillage était trop transparent. Donc autant s'en passer, pas vrai ? Si vous êtes capables de tenir ce que vous promettez, alors New Gods sera une date dans l'histoire du cinéma, je vous le garantis."

Le soir venu, une fois rentré dans sa garçonnière de Modesto, Lucas appelle son complice Gary Kurtz.

"On est grillés", lui fait-il. "Ils ont reconnu cette BD sous nos couches de réécriture."

"Et merde, qu'est-ce qu'on fait ?"

"On fait le film. Sauf que ce sera l'adaptation officielle de la BD. Et qu'on a le budget qui nous manquait."

La suite, c'est de l'histoire. Marlon Brando pour faire le maléfique Darkseid (doublé en post prod par James Earl Jones, parce qu'il n'arrivait pas à parler dans le micro de sa minerve de Von Stroheim cosmique) . Peter Cushing en malfaisant DeSaad, son âme damnée. Mark Hammil en Orion, Alec Guinness en Highfather, Harrison Ford en Scot Free, Carie Fisher en Lil'Barda, Peter Mayhew en Big Bear ou Kenny Baker en Oberon. De grosses différences avec la BD, néanmoins, mais les effets spéciaux promis sont au rendez-vous. New Gods Episode IV : a New Pact est un carton intergalactique immédiat. Lucas se voit propulsé grand manitou à Hollywood, mais se retrouve rapidement en conflit avec Warner, qui ne veut rien lâcher sur les droits dérivés.

Une suite est rapidement mise en chantier, appelée Apokolips Strikes Back (sans Brando, devenu trop cher : il sera remplacé par le jeune Ron Perlman, dont le créateur des maquillages, Phil Tippet dira : "c'est génial, avec lui j'ai presque rien à faire, juste à lui coller une minerve de l'espace") pendant que DC Comics veut capitaliser sur ce succès en lançant un film Superman et en fouillant son catalogue à la recherche de licences exploitables.

Steven Spielberg héritera ainsi des Challengers of the Unknown, un vieux titre d'aventures qu'il a carte blanche pour réinventer. Ce sera chose faite avec Challengers of the Lost Ark, haletant film d'action co-écrit avec Lucas, dans lequel Harrison Ford, John Rhys Davies, Jacques Dutronc (remplacé au pied levé par Tom Selleck après une brouille) et Karen Allen (un des personnages masculins de la BD ayant été remplacé par un personnage féminin) explorent au mépris du danger les secrets et mystères du monde. Nouveau carton au box office, qui remet Lucas en selle. S'il n'avait pas la main sur Apokolips Strikes Back, confié à un réalisateur moins ambitieux, le voilà mur pour produire Return of the Genesis, qui clôt la trilogie dans un déluge pyrotechnique et un combat d'anthologie entre le primitif Peuple Insecte et les hordes mécanisées de Darkseid.

La suite sera moins glorieuse pour lui. Si Challengers and the Temple of Doom confirme le succès  des risque-tout menés par Harrison Ford, Captain Carot est un échec aussi bien artistique que commercial. C'est une éclipse qui commence pour Lucas, écarté des centres de décision et de grosses licences comme Batman. S'il parvient encore à se greffer sur Challengers and the Last Crusade, il reste essentiellement replié sur ses terres, au Orion Ranch, à bouder en développant de nouvelles techniques en image de synthèse qui lui permettront "de me passer de tous ces connards".

Puis, en 1994, Jack Kirby meurt. Kirby avait créé les New Gods et le Fourth World. Si les droits étaient détenus par la Warner, les fans voyaient en lui l'autorité morale sur le sujet. Cette aura se reporta alors sur Lucas, qui saisit sa chance. Il retourne voir Warner, et propose une réfection de la trilogie, pour la mettre à niveau en termes d'effets spéciaux avec les productions de l'époque, comme les War that Time forgot de son copain Spielberg, avec leurs dinosaures terrifiants de réalisme, ou le Days of Future Past 2 de James Cameron, avec Arnold Schwarzenneger dans le rôle du mutant temporel Cable, et Robert Patrick dans celui de son ennemi métamorphe Mister Sinister.

L'Edition Spéciale des New Gods fut diversement reçue par les fans. Si les effets spéciaux étaient effectivement de haut niveau, des tripatouillages, comme une scène où Mister Miracle ne frappe plus le premier, font froncer le nez. Qu'importe à Lucas, qui s'est remis en position pour lancer une Prélogie racontant l'échange des héros, la façon dont Mister Miracle et Orion ont été échangés à la naissance pour garantir le statu-quo. Les fans attendaient ça depuis vingt ans.

The Phantom Pact décevra terriblement. Si la synthèse est omniprésente, la magie de Kirby semble s'être enfuie. Lucas s'est approprié cet univers et même les designs n'ont plus la patte du mâchonneur de cigares de Brooklyn. Attack of the Parademons rectifiera un peu le tir. Mais un peu seulement. John Byrne en directeur artistique, c'est bien, mais il s'avère au moins aussi révisionniste que George Lucas lui-même. Le personnage d'Uxas, futur Darkseid, peine à convaincre. Revenge of the Source permet de reboucler les choses et de ramener un peu de Kirby's touch, et des séries de dessins animés sont chargées de boucler les trous de l'intrigue.

Lucas s'est bien reconstruit un empire, mais c'est un empire étouffant et monstrueux, un empire qui a fait de lui son Darkseid...

mercredi 10 octobre 2012

mardi 9 octobre 2012

Checklist BD

Tiens, je vais faire ici même, sous vos yeux ébahis et, je l'espère, sous un tonnerre d'applaudissements (oui, je suis un incorrigible optimiste), un petit inventaire rapide de mes albums. Parce que bon. C'est bien gentil de faire le pitre tous les quatre matins pour vous amuser à coups de saillies drolatiques et de points de vue légèrement déviants, mais il faut aussi bouffer. Et donc, vous rappeler que je suis un type qui fait des livres. Sait-on jamais, ça pourra peut-être intéresser certains d'entre vous, ou montrer aux plus acharnés qu'ils ont peut-être loupé des trucs.

Bref.

On va se la faire chronologique, tiens.


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Ça tabasse, tout ça

Alcheringa, ça a été mon tout premier album publié. J'avais précédemment commis quelques petites choses dans des fanzines comme Le Mélèze, Beurk, Nagual ou Le Goinfre, mais là, c'était ma première publication en album à mon nom, fut-ce un petit format. L'histoire avait été écrite quelques années auparavant, et était partie d'un exercice de style, d'une tentative de faire du Gaiman. Aux dessins, le très estimable Fred Grivaud.

Central Zero, ça aura été un crève-cœur, un album maudit. Bel album, pourtant, dessiné par un petit génie du crayon, Toni Fejzula, dans lequel j'avais pu mettre plein d'idées, bâtir un univers parano comme j'aime, explorer des trucs. Pour plein de raisons, ça n'a pas marché commercialement, et ça a accumulé les galères. Et chaque fois que j'ai tenté de relancer la série, ça m'a sauté à la figure.


Spawn : Simonie, ça aura été une super chouette expérience. L'occasion de retravailler avec Aleksi (on avait fait des récits courts ensemble dans les revues au format pocket de chez Semic), l'occasion de me faire les dents sur un perso connu (et sur une idée de Jeff Porcherot), et de m'amuser avec certains codes du polar, du fantastique et du super-héros. Ça reste, même des années après, une belle carte de visite à l'international, en plus.

La dernière cigarette, ma première incursion officielle dans le genre où j'ai le plus officié : l'historique. Plein de choses très personnelles, là-dedans, magnifiquement mises en images par Marc Botta (et je vous jure que notre prochain album ensemble, on va bientôt le sortir).

Tengu-Do, DiscipleRonin, et Maître. Une incursion dans le style manga, sous le très élégant crayon d'Andrea Rossetto. Et puisque j'arrivais aux Humanos, le petit plaisir de faire mon Jodo tout en dynamitant Jodo : vrai-faux parcours initiatique avec mutilations, paradoxe temporel, confrontation aux failles du moi, tous les thèmes des BD de Jodo, mais à chaque fois détournés à ma sauce, biaisés, retournés. En plus, mon paradoxe temporel à moi, il tient parfaitement la route.

L'Escouade des ombres, Tome 1 : Sanction, c'était une tentative de dépasser mes limites d'écriture : je n'étais pas hyper à l'aise avec les scènes d'action pure, et j'avais passé six albums à tricher par tous les bouts à ce sujet. Donc j'ai pris le taureau par les cornes et j'ai fait un actioneer bourrin, avec Shong, venu du jeu vidéo et qui a parfaitement joué le jeu. Est-ce que j'ai tout à fait réussi mon coup ? Faut croire que non, vu que l'éditeur n'a pas sorti la suite (pourtant prête). Un de ces quatre, faudra qu'on relance l'histoire de ces commandos de l'espace pataugeant dans une merde cosmique.

Kade: Shiva's Sun, c'était ma deuxième incursion dans le comics ricain, en co-écriture avec Sean O'Reilly. Ça s'est tellement bien passé que je ne suis même plus crédité sur la réimpression. Ça tombe bien, le dessinateur prévu, Stjepan Sejic, qui aurait pu faire un super boulot, a été remplacé à la dernière minute par un pas très bon dont je n'ai pas retenu le nom. J'ai glissé de bonnes idées dans ce truc, mais force est de convenir que le résultat est globalement plutôt raté.

Crusades, Le spectre aux yeux d'argentLa porte d'HermèsLa bataille de Mansourah, et L'Intégrale, pour le coup, c'est une coécriture qui a drôlement bien fonctionné, avec Izu, et un dessinateur de tuerie, Zhang Xiaoyu. Là, le mix de compétences a fonctionné à plein, Izu se chargeant de l'aspect spectaculaire, et moi traitant plutôt le côté thriller conspirationniste. Dommage qu'on ait dû plier l'intrigue en trois tomes au lieu des cinq initialement prévus, mais à l'arrivée, ça fait une belle série.

Burton : Vers les sources du Nil, c'est l'arrivée chez un très gros éditeur, avec une logique de collection et les contraintes d'écriture qui vont avec. Mais c'est aussi l'occasion de me confronter à un personnage que j'ai toujours admiré. Et les dessins de Dim-D donnent magnifiquement corps à tout ça, et l'expérience va se poursuivre.

Voilà. C'étaient mes albums. Une prochaine fois, je listerai mes récits courts dans les pockets et ailleurs.

lundi 8 octobre 2012

Pis que le traître : le cancre

Je lis pas mal la presse en ligne. Aussi bien le Monde que Libé, Courrier International ou le Figaro, par souci de pluralisme. Et l'affichage en temps réel des dépêches, sur le site du Figaro, a un côté pratique (qui évite de passer par le RSS, parce que sous Chrome, le RSS c'est pas ça).

Et donc, dans une dépêche du Figaro, je suis tombé là-dessus :


Au moins sept personnes ont succombé à une méningite aux Etats-Unis et 91 autres ont contracté cette maladie suite à des injections de stéroïdes contaminés, selon un nouveau bilan publié dimanche montrant une aggravation de l'épidémie.

Des cas de méningite ont été diagnostiqués dans neuf Etats, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). L'Etat le plus touché est le Tennessee (sud), où 32 personnes ont contracté la méningite fongique et trois y ont succombé. Les autres cas ont été détectés dans le Michigan (nord-est), en Floride (sud-est), dans le Maryland (est) et le Minnesota (centre-nord).
 
Le CDC a appelé les médecins à contacter tous les patients ayant reçu des doses de ces stéroïdes contaminés, généralement utilisés pour traiter le mal de dos, depuis le 21 mai dernier dans plus d'une vingtaine d'Etats.

Et là, ben ça me fout un peu en rogne quand même. Soit les toubibs américains sont complètement partis en vrille depuis l'affaire Lance Armstrong et dopent ces pauvres gens affligés de lombalgies pour les remettre au boulot... Soit le traducteur de la dépêche (probablement à l'AFP, c'est une dépêche AFP) ne sait pas que "steroids", dans ce contexte-là, c'est ce qu'on appelle en Français des "cortico-stéroïdes", une catégorie tout à fait à part que, pour éviter de la confondre, on appelle généralement "corticoïdes" ou tout bêtement "cortisone".

Ça doit être le même mec qui avait confondu il y a quelques années hydrocarbures et hydrates de carbone (en VO, ça devait être "carbohydrates", je pense) et nous avait donc révélé que les océans de Titan, ce célèbre satellite de Saturne, étaient en sucre.

samedi 6 octobre 2012

Compte à rebours avant Apocalypses : 31 jours


Hop, je viens d'avoir la date officielle pour la sortie d'Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps, mon prochain bouquin à paraître chez les Moutons électriques. C'est pour le 6 novembre prochain.

Du coup, je vous en rebalance un petit extrait :


Ce qu’on appelait l’esprit "fin de siècle" dans années 1990, en le considérant comme un mal transitoire, se retrouve à perdurer sous une forme plus appuyée encore : l’approche de l’an 2000 avait remis sur le devant de la scène le discours millénariste et commencé à le banaliser, l’automne 2001 lui donne un impact dans un monde séculier qui chercher à se déséculariser, à reprendre une place cosmique dans un plan divin.

Les groupes de pression fondamentalistes de toutes obédiences ont trouvé des caisses de résonnance dans la société. Si le phénomène n’est pas nouveau, il prend ces dernières années une ampleur assez inédite.

En France, des organisations catholiques comme l’Institut Civitas mènent la charge contre toutes les expositions, pièces de théâtre ou publicités qui offensent leurs conceptions, dénonçant la christianophobie dont ils seraient victimes. Les coalitions gouvernementales israéliennes sont à la merci de partis religieux ultra-minoritaires, qui imposent d’ailleurs leur loi dans certains quartiers. Les partis islamistes accèdent au pouvoir dans une grande partie du monde musulman, et même les plus modérés sont pris en tenaille, obligés de donner des gages aux salafistes. Partout, la notion de laïcité est battue en brèche. Et au nom de la liberté de culte, on voit paradoxalement s’éroder peu à peu la liberté de non-culte.

Le débat sur la mention éventuelle des "racines chrétiennes de l’Europe" dans la constitution européenne a montré l’importance des clivages dans ce domaine, mais aussi le poids croissant du religieux dans la politique. L’ouverture à l’Est, amenant des pays sortis du communisme et se cherchant de nouveaux ciments, a déséquilibré le débat. Les catholiques polonais ont relevé la tête et tiennent à le faire savoir. Pour les agnostiques et les athées, l’avenir risque bien de s’avérer, en effet, apocalyptique.

Ce retour du religieux refoulé impacte forcément la culture. L’autocensure progresse d’un côté, les grands médias sont de plus en plus prudents. L’affaire des caricatures de Mahomet et celle de Golgotha Picnic ont montré que les symboles étaient réinvestis, que les groupes de pression se les réapproprient et veulent s’en réserver l’exclusivité, en faire une marque déposée.

Tout ceci reste néanmoins assez marginal : l’agitation provoquée par les groupes de pression religieux est généralement inversement proportionnelle à leur importance numérique réelle dans la société. La voix qui crie dans le désert crie d’autant plus fort quand elle est en ville.

Par ailleurs l’imagerie religieuse réussit à s’imposer à nouveau au premier degré, de façon conforme au dogme. Si un auteur de comic books comme Todd McFarlane joue encore avec la rapture et l’armageddon sur un ton critique et caustique dans Spawn, confiant d’ailleurs "Le jour où des curés recommandent la lecture de Spawn, je ferme boutique", un film comme le Dogma de Kevin Smith, comédie tournant en dérision l’obsession millénariste, ne semble plus guère possible dix ans plus tard.

Car le protestantisme à l’américaine s’est enfin doté d’un imaginaire exploitable dans la culture de masse, et a l’air bien décidé à la réinvestir. La Rapture fantasy devient un genre en soi, avec des phénomènes éditoriaux* comme Les Survivants de l’Apocalypse (Left Behind) de Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins, racontant la vie des réprouvés restés sur Terre après que Dieu ait rappelé à Lui les justes (justes selon les critères du fondamentalisme protestant, bien entendu).



* En tout cas aux États-Unis. Dans le reste du monde, les conceptions théologiques très américaines de la série ont laissé dubitatif.

vendredi 5 octobre 2012

Pour Nixon, le glas

Dans mon rêve de cette nuit, Richard Nixon me demandait de l'aider à planquer un wagon de chemin de fer. C'était un genre de voiture Pullman peinte en bleu, et le contenu en avait l'air très important. D'après la version officielle, glissée sur le ton de la lourde confidence par Tricky Dick, le wagon contenait des trucs qu'il valait mieux que Madame First Lady Nixon ne découvre jamais.   Des trucs un peu olé olé, quoi, des collections de revues, des photos de ses maitresses, voire ses maitresses elles-même, dûment lyophilisées pour une meilleure conservation. Sauf que connaissant ce vieux briscard, je me disais bien que le contenu du wagon était plus important que ça. Des plans de bombes atomiques, les cadavres de Woodward et Bernstein, les preuves d'un complot extraterrestre, la recette des escalopes de dinde au Fluff, l'Arche Perdue ou tout ça à la fois. Ou alors un truc encore plus indicible, non euclidien et gibbeux qu'il avait contemplé en face, mais qui rendrait fou tout humain normal.

Je faisais semblant de croire à ses explications, et nous essayions d'affecter au wagon un itinéraire compliqué, selon lequel il s'accrochait à tel train, pour s'en détacher et suivre tel autre, et ainsi de suite. Selon Nixon, il était impératif que le wagon passe par l'Ohio, pour des raisons qui semblaient aussi fumeuses qu'ésotériques. Je comptais le planquer au terminus de la Ligne Est, dans la gigantesque gare de triage à étages du New Jersey, où l'on pouvait jouer au bonneteau avec les plaques tournantes pendant des années (c'était là qu'était planqué Jimmy Hoffa, poursuivant sa cavale dans une draisine que la police ne rattrapait jamais) (Nixon sous entendait que Jimmy Hoffa n'était plus capable que de hurler "bib-bip"), mais Nixon refusait d'en entendre parler.

La carte géante de la War Room avait été convertie pour l'occasion en maquette de train électrique, sur laquelle nous faisions des simulations d'itinéraires, en présence de l'homme de confiance de Nixon : le caissier latino du McDo du coin de l'avenue, chez lequel il allait se ravitailler en douce en alimentation graisseuse que son médecin et madame lui avaient interdite. Connaissant les plus inavouables secrets, il était admis dans ce cénacle où même Kissinger ne pénétrait plus. Mais il ne participait pas aux débats, il ne proposait rien. Tout au plus opinait-il de sa calotte en papier jetable quand quelqu'un proposait le nom d'un patelin paumé au fin fond du New Arkansas ou du Nebrashire.

J'en venais à me demander si l'itinéraire bizarrement contourné du wagon bleu n'était pas un genre de pentacle maléfique. Je fus pris d'une étrange nausée. Pris de panique, je quittais en courant la War Room, bousculant les Men in Black du Secret Service, déboulant sur l'avenue, et me réfugiant dans la première boutique venue pour échapper aux regards.

Ce n'était pas l'œil dans la tombe qui regardait Caïn, mais le caissier latino, l'âme damnée, l'homme de confiance de Nixon qui, entre sa caisse enregistreuse et une gigantesque pile de cheeseburgers, me fixait fixement, avec une ironie déplaisante. Je me retournai, et tout le personnel du McDo n'était constitué que de sosies de cet homme, dont le regard collectif était braqué sur moi.

Puis je me suis réveillé.




Tiens, longtemps que je ne me suis pas fait spammer la War Zone. Et là où c'est bien drôle (et où ça prouve que les spammeurs sont des cons), c'est que c'était un spam pour une assurance auto bidon, envoyé justement parce qu'il y avait le mot "assurance auto" dans un de mes posts. Où j'expliquais justement que je n'avais aucun besoin d'une assurance auto, puisque je n'avais pas de bagnole.

mercredi 3 octobre 2012

Le style crust, c'est has-been. Je préfère le rust

Ce soir, c'est juste une petite giclée de post industriel bien crado pour que vous puissiez faire de beaux rêves. Me remerciez pas, tout le plaisir est pour moi.







mardi 2 octobre 2012

Debout, les damnés de la bière !!!!

Voilà qu'ils envisagent de taxer la bière. C'est horrible. J'ai des amis qui se sont d'ores et déjà rabattus sur le whisky, du coup.

Merde, c'est un coup dur, quand même ! La bière est le propre de l'homme, après tout.

Alors je sais, oui, le consommateur de bière, à partir de maintenant, sera un pilier du redressement national. Chaque canette avalée, chaque demi commandé au comptoir, c'est de l'argent qui permettra de renflouer l'état. Renflouer en vidant des canettes, c'est quand même beau sur le principe ! Après le patriotisme économique, voici venu le temps du patriotisme éthylique !

Ou alors picoler en italien...
C'est peut-être pas con, tiens.

Mais derrière, il y a un choix de société qui m'inquiète. Un choix de société qui heurte de plein fouet mes convictions les plus solidement ancrées. On fait baisser le prix de l'essence, et on augmente celui de la bière. Dans "boire ou conduire, il faut choisir", l'état tente de faire pencher la balance vers conduire. C'est atroce ! Moi, j'avais fait le choix inverse ! Je ricanais quand mes contemporains pleuraient qu'ils devaient prendre des crédits non plus pour payer la bagnole, mais pour foutre de l'essence dedans ! Je pouffais quand on installait des radars automatiques ! Je me gaussais quand un démarcheur m'appelait pour me vendre une assurance auto à bas prix, et que je lui expliquais que même à ce prix-là, elle n'était pas avantageuse pour moi, vu que je n'en avais nul besoin, et qu'en m'appelant, il dépensait le prix d'une communication téléphonique que je m'ingéniais à faire durer car je savais qu'elle finirait par se répercuter sur les primes d'assurances de ses clients (oui, je suis terroriste comme ça, moi) ! J'étais l'homme qui n'était jamais capitaine de soirée, tout en gardant la conscience nette de l'agneau qui vient de naître (bon, le foie, j'admets,  c'est une autre chanson) !

Et là, blam, tout est remis en cause. L'automobiliste était une victime facile, un bouc émissaire commode, un cocu perpétuel, comme aurait dit George F. Mais là, je sais que ma taxe supplémentaire sur la bière, elle va mécaniquement servir à financer la baisse des taxes sur l'essence. Je trouve ça immoral.

Je suis tenté de boire pour oublier. Mais dans les circonstances actuelles, j'ai peur que ce ne soit contre-productif.

lundi 1 octobre 2012

Détective d'un nouveau genre

Ce qui est génial avec les brocantes et les vide-greniers, c’est qu’on peut parfois reconstituer le parcours d’un bouquin :

J’ai chopé le Faërie, de Tolkien, en parfait état. Ou très précisément l'état d'un bouquin qui a été ouvert une fois et une seule, puis refermé, et oublié dans un carton, puis mis en broc. En voyant l'allure générale et le stand des gens à qui je l’ai acheté, j’ai pu faire mon Sherlock instantané :

Après la sortie du film Seigneur des Anneaux, quelqu’un dans la famille (probablement le fiston, pas présent sur place, mais visible par une partie du bazar présenté sur le stand, donc je sais qu'il existe et à peu près quel âge il a) a adoré.

Il a acheté les bouquins, et les a lus : j'ai noté la présence d’une trilogie Seigneur des Anneaux avec signes d’usage, les bouquins ont été lus d'une couverture à l'autre, et peut-être deux ou trois fois.

Pour lui faire plaisir, quelqu’un lui a offert un autre Tolkien : Faërie ou il se l'est acheté, mais tout porte à penser qu'il l'aurait feuilleté avant s'il se l'était acheté lui-même. Je penche du coup pour un cadeau de Maman ou de Mamie.

Le gamin s'est alors aperçu avec horreur qu’au lieu d’un roman d’aventures avec des types qui trouvent ou jettent des bagouzes et des mecs qui trucident des monstres par paquets de douze, avec princesses elfettes évaporées en option, il a affaire à une étude érudite sur la mécanique des contes de fées. Il a donc refermé une bonne fois le bouquin et l’a oublié aussi sec.

Quand le fiston a grandi et est parti parce qu’il a trouvé du travail (ou une femelle à sa mesure), ses cartons de vieilleries ont été mis en brocante : on note aussi la présence d’une demi-douzaine de bouquins correspondant aux listes de lecture du collège, utilisés le temps du cours, puis mis à l’encan.

C’est fou comme on peut profiler les gens en examinant un carton de leurs bouquins.


Et puis ce genre de bouquins de référence à 50 centimes d'Euro, ça ne se refuse pas. (trouvé aussi, sur d'autres stands, un Joseph Conrad que j'avais pas, quelques BD dont un Chaykin, et un jeu pour DS dont j'avais écrit une partie avec Jean-Marc Lainé il y a quelques années, mais que je n'avais jamais reçu par la suite) (bonne pioche, quoi).