mardi 21 août 2018

Rule Britannia

J'en parlais hier, mais tenez, c'est l'occasion de vous montrer à quoi ressemblera mon Uther :
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Uther était jeune enfant encore, lorsque la nouvelle du sac de Rome par les Goths parvint en Bretagne. Pour certains, et même pour la plupart de ses compatriotes, la Ville n’était qu’un maître lointain, surtout pourvoyeur d’impôts et de corvées. Pour d’autres par contre, Rome représentait la présence vivante d’une grandeur touchant au cosmique, une source jaillissante de civilisation qui soudain s’était tarie.

Dans les vertes campagnes de l’île, bien entendu, cela ne changea rien de prime abord à la vie quotidienne, ou si peu. Certes, les quelques légions s’en étaient allées sur le continent défendre ce qu’il restait de la cité impériale, mais l’alternance des saisons ne s’en trouvait pas perturbée pour autant, pas plus que les moissons. Dans les villes, les vieilles familles tentaient de grappiller le pouvoir abandonné par ceux qui gouvernaient jusqu’alors au nom des distants et faibles césars, et elles et se livraient à d' insidieuses luttes d'influence.

Depuis des générations, dans tout l’Empire mais particulièrement sur l’île de Bretagne, les descendants de légionnaires se fondaient dans la population et portaient leur loyauté vers la terre qui les avait vu naître plutôt que vers la ville de leurs ancêtres, dont les ordres mettaient des semaines à leur parvenir et ne se manifestait guère que pour exiger des impôts toujours plus accablants. Ces descendants de colons armés n’étaient plus romains que de nom. D'ailleurs, si leur langage restait nominalement celui de la ville-monde, Cicéron et Virgile n’auraient pas reconnu leur parler abâtardi. Et puis ces terres bretonnes s’étendant aux marches de l’Empire n’intéressaient plus guère leurs maîtres lointains. Elles constituaient un avant-poste sans importance, au contact de régions barbares et mal connues de l’occupant, avec lesquelles l’on commerçait vaguement. Nul ne s’était soucié de soumettre leurs habitants, les Gaels, les Scots d’Iwerddon - cette île que les Romains appelaient Hibernie et ses habitants Eirinn. Pas plus qu’au Nord de la Bretagne, l’on avait tenté de mettre au pas les Pictes de Calédonie. Tous ces peuples avaient depuis longtemps été jugés trop sauvages et arriérés pour apporter à l’Empire quoi que ce fut qui vaille de se lancer dans une campagne coûteuse pour les intégrer à la Pax Romana. Quelques murs et camps avancés avaient suffi pendant plusieurs siècles à tenir en respect leurs guerriers peinturlurés et à demi nus.

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Voilà voilà…

lundi 20 août 2018

Tentacules et épées magiques

L'article du jour commence par un petit erratum : dans mon album sur HP Lovecraft, page 70, HPL débarque chez une Madame Miniter, habitant à la campagne. Je savais qu'ils étaient correspondants, mais j'ai commis une erreur : au moment où à lieu cette scène, ils se sont déjà rencontrés au moins deux fois, alors que je l'écris comme s'ils ne s'étaient jamais vus en vrai.

(Je viens de m'apercevoir de ma bévue en lisant un chapitre de I am Providence, la biographie d'HPL par Joshi, à la traduction de laquelle je participe sous la direction de Christophe Thill pour le compte des éditions Actu SF) (j'ai bossé à partir de bouquins de Joshi, notamment son encyclopédie Lovecraft, mais pas de la bio elle-même)

Sinon, et je vous parlais de ce bouquin ici même, une de mes lectures de vacances, ça a été Uter Pandragon, de Thomas Spok, aux éditions Les Forces de Vulcain. Je vous en avais causé parce que mon prochain roman est justement sur le même sujet, et que du coup j'avais la trouille. Et en fait, les deux bouquins supporteront très bien une lecture croisée, je pense. En partant pour partie des mêmes sources (pour partie seulement, parce que le romancier a sur l'historien le privilège exorbitant de pouvoir sélectionner arbitrairement ses sources), et avec un même goût du mot ancien et oublié, on peut obtenir des résultats très différents. Son Uter est plus légendaire que mon Uther, son Pandragon n'est certainement pas mon Pendraig, son Vortigern est très différent de mon Gordiern (j'utilise une forme celtique de son nom, d'ailleurs, pour éviter la forme saxonne), je ne nomme pas Hengist (il est pourtant là) et je n'utilise pas Merlin : le personnage historique lui ayant servi de base étant postérieur à l'époque où est censé avoir vécu Uther.
Ce qui m'amène au cœur de nos différences de démarche : je tente de reconstituer historiquement la Bretagne du Ve siècle et d'inscrire mon Uther dans cette époque troublée, quitte à y injecter quand même de la magie. Spok est beaucoup plus dans la fable, dans une vision toute autre, et soyons clairs, tout aussi légitime dès qu'on parle d'épopée arthurienne.
Du coup, j'ai pu apprécier pleinement ce bouquin, sans que la comparaison au mien s'impose à moi pendant la lecture. Ce n'est pas le même propos, pas le même arc narratif du tout, et c'est une démonstration du fait que des icônes de ce genre supportent des lectures très différentes.
Et j'en profite pour le recommander au passage (ça vous dispensera pas de lire le mien quand il sortira, je vous vois venir, tas de galapiats !). Y a de superbes fulgurances, une scène d'ouverture très chouette, une relecture tout à fait étonnante du personnage (tout comme moi, Spok se refuse à réduire Uther Pendragon à la brute épaisse que nous présentent les légendes) et une écriture que j'aime beaucoup. Le rythme, par contre, pourra désarçonner un peu, ainsi que quelques twists manquant légèrement de clarté. Rien de grave (et c'est d'autant plus pardonnable que c'est un premier roman) ni de rédhibitoire. Franchement, allez y, ça dépoussière bien le mythe.

(Mon autre lecture de vacances, c'était le Berrouka, Celle qui n'a pas peur de Cthulhu, et c'est absolument super, ça aussi ça dépoussière bien le mythe, mais à la Berrouka, donc de façon bien plus trollesque)

mercredi 15 août 2018

El ritorno del Niko

Bon, reviendu de vacances. Ce qui m'a permis de souffler un peu, de me poser à droite à gauche pour griffonner sur des carnets de croquis, d'avancer la relecture de mon prochain roman, de boucler une novella promise pour une revue (ça reprend, affine et termine le bout de roman feuilleton que j'avais posté ici même), gratter un projet collectif de comics. Bref, j'ai rien foutu ou presque.

Faut dire que j'étais secoué : un problème de tuyauterie a provoqué une inondation dans mon bureau bibliothèque deux jours avant mon départ. Plein de bouquins ont pris la flotte, et j'ai réussi à en sauver l'essentiel, mais ça m'a usé et déprimé. Là ça va mieux, mais dans la pièce flotte encore une méchante odeur de cave.

Bref, la reprise va être compliquée.

mardi 31 juillet 2018

Sous quels soleils exactement ?

Ce soir, c'était la conjonction avec Mars. De notre vivant, le moment où nous serons au plus proche de la planète rouge. Bon, ça fait quand même un bon paquet de millions de kilomètres, donc on ne la voit que comme une assez grosse étoile, mais ça valait le coup d'aller y regarder (bon, on restera très proches encore quelques jours, hein, vous pouvez essayer demain, il fera beau).

Du coup, j'ai pris mes jumelles et je suis allé dans un coin de mon patelin d'où on a une belle vue, et d'où l'on tourne le dos à la majeure partie de la pollution lumineuse. Et j'ai pris bien soin d'étudier une carte du ciel avant de partir.

Résultat des courses, ce sont quatre planètes que j'ai pu observer ce soir. D'Est en Ouest, Mars, Saturne, Jupiter et Vénus. C'est d'ailleurs la première fois que j'ai réussi à repérer Saturne à coup sur dans le ciel, j'étais content. Et j'ai peut-être vu (mais peut-être était-ce en fait un artefact dû à mon matériel pas forcément très puissant) un satellite de Jupiter.

Du coup je suis content. Je suis pas hyper fortiche pour nommer les étoiles, d'autant que les constellations sont pas mal bouffées par la pollution lumineuse, par chez moi, mais ce soir, j'ai repéré Arcturus sans coup férir et je commence à me débrouiller en planètes.

samedi 28 juillet 2018

Trop peur de la torpeur

Et voilà que l'on s'enfonce doucement dans l'été. Enfin, doucement… souvent les températures sont tout sauf douces. Mon bureau est devenu une étuve à faire suer un Finlandais.

Mais quand je sors dehors, c'est pire. Et je suis souvent déçu. Le moment où j'aurais voulu du beau temps, genre hier soir, pour monter l'éclipse à mes mômes, on a eu les seuls nuages de la semaine. Bien joué.

Je sors acheter des bières à la supérette, le type devant moi est un parfait sosie de Charles Bukowski, coupe de cheveux et joues grêlées incluses.

Et puis y a les moments où, pris d'un coup de folie ou victime d'obligations diverses, je dois m'infliger un voyage en train. Et donc être exposé à l'affichage en gare. Non, je ne veux pas parler des horaires incohérents, mais, une fois encore, de la publicité. Là, à l'arrêt en gare, j'ai vu une affiche dehors qui m'a estomaqué. Elle vantait fièrement un sirop contenant "85% de fruits". Or, il se trouve que dans une autre vie (quand on était jeunes, Jeff, tout ça tout ça), j'en ai fabriqué, des sirops. Et vous savez quoi ? Votre sirop de base, il contient à une vache près 66% de sucre, 33% d'eau et le reste en principe actif ou arôme, selon que c'est un sirop récréatif pour faire les cocktails ou un truc antitoux. Bien sûr, ça s'ajuste selon les cas, tout ça, mais la proportion de base est bien celle-ci, 2/3 - 1/3 et matériellement, les arômes, additifs et autres ne peuvent donc dépasser 10 à 15 % du total. 85% d'un sirop, c'est donc le sucre et la flotte, c'est ça le principe d'un sirop. Et c'est pourtant ce taux qui s'affichait en gros et en couleurs sur l'affiche, et hélas j'étais trop loin pour déchiffrer les petits caractères, en bas de l'affiche, qui m'auraient peut-être éclairé sur l'astuce trouvée par le fabriquant pour justifier ce chiffre fantaisiste. Et reste la question de la forme que prennent ces fruits. En général, c'est un concentré.

Une gare plus loin (voilà ce qui arrive, quand j'oublie de glisser un bouquin dans ma poche), mon attention est attirée par une autre publicité, se vantant cette fois d'avoir supprimé les additifs de ses jus de fruits. Là encore, ça vaudrait le coup de regarder les étiquettes, mais gageons que tout repose sur une définition bien restrictive du terme "additif". Car jamais on ne met industriellement un jus de fruit dans une bouteille sans s'assurer de sa conservation, et d'une couleur cohérente (et soutenue, pour un jus d'orange) d'un lot à l'autre. Donc, on est forcé d'y ajouter au moins un antioxydant et un peu de couleur. Parfois, c'est assez naturel, avec de la vitamine C pour le premier et du beta-carotène (provitamine A) dans le second, mais de toute façon, on ajoute toujours quelque chose. Et tout ce qu'on ajoute est, par définition, un additif (quelque chose qu'on additionne, comme son nom l'indique).

Bref, faut plus que je sorte de chez moi, en fait. Tout m'énerve, dehors.

vendredi 20 juillet 2018

Bishop takes queen

On pourrait croire (j'aurais pu le croire moi-même) qu'après avoir bouclé Howard P. Lovecraft, Celui qui écrivait dans les ténèbres (toujours en vente en librairie, dispo le 2 septembre en version anglaise aux USA), je n'en pourrais plus de l'œuvre tentaculaire d'HPL. Mais les circonstances veulent que je continue d'en bouffer, vu que je participe à la traduction du Je suis Providence de S.T. Joshi. Et puis, en rangeant la doc et l'étagère Cthulhu, je me suis avisé que je n'avais jamais fini le recueil L'horreur dans le cimetière, qui reprend une partie des collaborations d'HPL avec d'autres écrivains. Je m'étais arrêté juste après "La chevelure de Méduse", co-écrit avec l'autrice Zealia Bishop. J'ai donc attaqué celui des trois Bishop que je n'avais pas lu, "Le tertre", qui a bonne réputation auprès des amateurs. Et dans la foulée, j'ai relu les deux autres, "Méduse", bien sûr, mais aussi "La malédiction de Yig". La traduction de chez Pocket n'est pas extraordinaire, mais hormis sur des points de détails, passe pas mal.

"Méduse" est assez rigolo, très classique, et joue astucieusement sur le fait que le titre spoile déjà une partie de l'histoire. Par ailleurs, c'est une démonstration spectaculaire, s'il en était besoin, du racisme de Lovecraft qu'il tartine ici à grands traits.

De leur côté, "Yig" et "Le tertre", chose rare chez HPL (mais on peut y voir l'univers de l'autrice qu'il assiste), forment un diptyque, partageant un contexte (les territoires de l'Oklahoma) et même un personnage secondaire (la vieille mémé Compton). Le fond, ce sont de vieux mythes indiens complètement inventés par Lovecraft, même s'il les raccroche en cours de route à Quetzalcoatl et qu'ils pourraient évoquer aussi les hommes reptiles qu'affronte Kull, chez Robert E. Howard (même si les deux Howard ne commencent à correspondre que deux ans après la rédaction de "Yig"). Mais ce contexte change de façon sympa de la Nouvelle-Angleterre.

Le résultat n'est pas du très grand Lovecraft, mais reste très lisible (le twist de "Yig" est très bien, et il y a quelques fulgurances dedans), et au passage s'inscrit complètement dans le "mythe de Cthulhu", vu que la créature y est citée à plusieurs reprises sous la graphie "Ctulu". C'est intéressant, parce que Cthulhu n'est pas la cheville ouvrière de ce mythe, à la base, ce rôle revenant plutôt à Yog-Sothoth, mais HPL le réinjecte dans des textes qui ne sont pas publiés sous sa signature (il n'en est officiellement que le "réviseur") confortant son univers dans l'esprit des lecteurs avec cette astuce canulardesque.

Bref, j'ai complété ma culture dans ce domaine, et j'ai passé un bon moment, si vous avez l'occasion, je recommande.




Et sinon, j'ai profité de quelques TPBs récupérés à vil prix pour me relire tout le run de Carey sur Hellblazer, que je n'avais pas en entier jusqu'alors. Gros plaisir, avec Constantine qui s'en prend plein la tête (normal) et ses proches qui prennent encore plus cher que lui (habituel dans cette série). Plein de belles idées et de trucs bien malsains. Je vais peut-être me relire les Azzarello dans la foulée, tiens (oui, du coup c'est pas dans l'ordre, je sais).

mercredi 18 juillet 2018

Phase Deux

Bon, ayé, ça me pendait au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès rouillée attachée à l'éthique d'un député LREM, et fatalement ça m'est tombé dessus : mon éditeur (loué soit son nom, tout ça tout ça) m'a renvoyé une version relue de mon prochain bouquin. Alors j'avais déjà eu des versions relues, mais par des ami.e.s qui m'avaient déjà déblayé plein de trucs, et aux remarques desquel.le.s je pouvais opposer parfois toute la morgue et la certitude de l'auteur avec un grand H (oui, ceux qui m'ont déjà vu en vrai et debout peuvent goûter cette blague nulle et éculée), mais là, non. Ce sont les mecs qui décideront ou pas d'envoyer le machin se faire coucher sur papier à grands coups de rotatives offset. L'affaire est donc sérieuse.

Et oh putain y a cinquante correctifs par page (ce qui fait un paquet de correctifs au total). Dieu sait que le bouquin a pourtant été pas mal retravaillé depuis son tout premier jet, mais ça surtout permis de débusquer les problèmes évidents : les gros pains de structure dus à des chapitres que j'avais décidé de déplacer, les grosses répétitions, les horreurs stylistiques. Maintenant, il reste encore des gros machins, mais aussi plein de trucs plus subtils.

Alors, à l'usage, j'ai appris à ne pas traiter tout de la même façon. Il y a des propositions de l'éditeur qui relèvent du détail et du bon, sens, concernant la ponctuation, notamment. C'est ce que j'appelle, dans mon jargon fleuri, le "branlage de virgule". Ça, c'est rapide. On valide à peu près toutes les propositions, telles quelles. Plus les coquilles de base, lettres oubliées ou rajoutées, ou confusionnées. Des broutilles.

Une fois ça traité, la masse des corrections a réduit de la moitié, voire des deux tiers. Je suis abonné aux phrases trop longues, trop alambiquées, etc, et cette phase est essentielle pour fluidifier le texte. C'est après que les choses sérieuses commencent. Parce que parfois, l'éditeur pose des questions. Ou se pose des questions. Et là, il peut y avoir plusieurs cas de figure, et ça prend du temps à déterminer auquel on a affaire, et comment y remédier.

Parfois, on tente un effet subtil et astucieux, et l'éditeur passe complètement à côté. Et là, c'est chaud. Est-ce que l'éditeur était mal luné et n'a pas vu, est-ce que l'auteur s'est cru plus malin qu'il n'était et n'a pas maîtrisé son truc, est-ce qu'il y a juste besoin d'une goutte d'huile dans les rouages pour que ça marche ? Est-ce que l'éditeur est une buse de ne pas avoir pigé ? Figurez-vous que ce dernier cas est sans doute le plus rare. C'est quand même son taf, à l'éditeur, et si lui, qui est censé s'y connaitre, passe à côté du machin, alors le lecteur de base, qui me lira peut-être dans le bus ou aux chiottes ou au lit après une journée harassante, passera à coup sûr à côté. Mais est-ce que c'est l'effet qui est en cause ou sa mise en œuvre ? Ha ! Voilà une question qu'elle est bonne. Et qui peut être une sacrée cause de migraines, croyez-moi.

D'autres fois, il y a des suggestions. Et souvent, figurez-vous qu'elles sont bonnes. Tout le truc est d'arriver à les intégrer sans déclencher des cascades de conséquences dans le récit ou pire, en tenant compte de ces conséquences. Car parfois, le plan "et si machin était un traitre depuis le début", s'il peut relancer le récit avec une efficacité épatante, implique de repartir en arrière et de semer quand même un ou deux indices subtils pour pas que la solution ait l'air tirée d'un chapeau (alors qu'elle l'est) et d'ailler de l'avant pour ne pas laisser de scories de la version précédente dans la suite du récit. Bon, en fait, souvent les suggestions sont bien moins dramatiques, mais j'aime bien gonfler le truc et jouer les victimes.

Après, je connais l'objection contre les remarques et suggestions de l'éditeur, au nom du respect de l'œuvre telle que voulue par l'artiste, etc. Alors oui. Et non. Comme je vous disais, rien n'est simple. Il m'est arrivé de batailler contre des suggestions éditoriales (surtout en BD). Et à juste raisons. D'autres fois, de m'y plier à la volée, parce qu'elles étaient de bon sens et amélioraient le récit. Parfois, de batailler contre des trucs, et de m'apercevoir au moment de la publication, qu'il aurait fallu que je dise oui, parce que les lecteurs n'entravent rien à ma petite astuce narrative subtile que je trouve d'une folle élégance, mais qui à l'arrivée est imbitable. Ça apprend l'humilité, ce genre de conneries. Mais que se passe-t-il, quand on apprend l'humilité ? Ben c'est simple, du coup on se prend la tête sur chaque suggestion.

Et puis pire, il y a mes propres idées qui me viennent à cette phase-là, et qu'il faut que j'intègre avec les mêmes difficultés que les suggestions, en courant le risque que l'éditeur préfère la version précédente.

Je disais pas plus tard ce matin à un pote auteur qui vit l'écriture comme une souffrance que moi, je prends mon pied en écrivant. Pas tout le temps, bien sûr, mais y a souvent des moments de grâce où je m'éclate, quand les mots coulent tous seuls, que les belles idées fusent et se matérialisent en phrases définitives… Je vis pour ces moments d'orgasme mental, c'est une came très puissante.

Mais comme toute came, y a la phase de redescente. Pour les toxicos à l'écriture dans mon genre, c'est cette étape indispensable, mais atroce, où je me demande pourquoi je continue à m'infliger ça. Auteur, c'est un boulot de gros cyclothymique de merde.

jeudi 5 juillet 2018

La valeur des chiffes face aux avaleurs de chiffres, à moins que ce ne soit l'inverse

Je suis content, ma fille a compris d'un coup la notion de "propagande silencieuse". Oh, de nos jours, la propagande est partout. il suffit de voir les dialogues de sourds autour de la directive européenne (finalement rejetée) sur le droit d'auteur. Avec d'ailleurs, dans ce dernier cas, une construction bien faux-cul d'emblée : comme elle entremêlait quelques avancées positives au milieu de grosses saloperies, ses critiques sont accusés (y compris par des vieilles badernes séniles comme Cavada, qui est la démonstration vivante des dégâts qu'induit le report perpétuel de l'âge de la retraite) de faire le jeu des grands groupes que pénaliseraient vaguement ces avancées. Bon, le filtrage automatique de tous les contenus n'est pas encore à l'ordre du jour, mais les réactions outrées au rejet de la loi démontrent bien que nous sommes face à un totalitarisme en voie de constitution.

Mais la propagande plus insidieuse dont je lui ai fait prendre conscience se dissimulait dans un jeu télévisé. J'étais en train de faire la popote, quand ma fille a mis en route la télé. Elle est tombée sur une émission où des gens devaient estimer des objets ancien. La propriétaire de l'objet en retraçait l'histoire, le sens familial, ce qu'il représentait pour sa grand-mère, etc. Mais à l'arrivée, la valeur du truc devait se résumer à une estimation chiffrée, à une somme d'argent.

Vous connaissez tous, j'espère, la petite phrase d'Oscar Wilde sur les gens qui connaissent "le prix de toute chose, sans en connaître la valeur", et bien on est pile là-dedans. Passé au rabot de l'estimation prix et valeur intrinsèque sont réputés être fondamentalement la même chose. Alors que c'est faux. L'estimation n'est que le prix que quelqu'un est prêt à mettre dans la chose mise en vente, et occulte plein d'éléments pas toujours quantifiables qui en font la valeur propre. (c'est d'ailleurs la seule chose qui fait tenir le fantasme de la loi de l'offre et de la demande, cette asymétrie qui permet de nier la valeur réelle de quelque chose, que ce soit un objet, un service, votre travail, votre intégrité même) pour la réduire à ce qu'un tiers est prêt à payer pour.

Un jeu télévisé, par ailleurs, c'est un divertissement. C'est un truc auquel on n'accorde qu'une attention moyenne, bien calé dans son canapé en attendant que la graille ait fini de cuire. On est dans un état de détente, de réceptivité. Vous savez, le fameux "temps de cerveau disponible". Si on n'en questionne pas la philosophie sous-jacente, on est foutu. Et maintenant, c'est bien plus insidieux que dans le Maillon Faible ou dans Koh-Lanta, avec ces "stratégies" médiocres de Lords Littlefinger en carton. Ça passe tout seul, c'est une version plus policée de ce show américain avec ces brocanteurs incultes qui passent leur temps à arnaquer les pauvres types leur apportant des souvenirs de famille. On voit bien que la négo est biaisée dès les départ. Et semaine après semaine, on voit la valeur historique, sentimentale, esthétique, écrasée par un prix calculé au plus juste. Bradée. Ne croyez pas que ça puisse vous former à la négociation : dans le travail, si vous en cherchez, vous êtes dans la position du mec qui amène un meuble de papy, une lettre de vedette vieille de cent cinquante ans, une rareté quelconque, et qui se fait plumer.

Cette idéologie n'est pas nouvelle mais s'est cristallisée de nos jours sous la forme d'un avatar bien crado, à base de comptables à cravate qui trouvent tout trop cher, sauf la répression des gens qui gueulent parce qu'on les malmène : le macronisme. Et toutes ces émissions débiles où tout se résume, à la finale, à une mise en concurrence dans tous les domaines (y compris le mariage et l'hospitalité, vous avez remarqué ? même le partage doit devenir intéressé et concurrentiel) et surtout à un montant en numéraire, ne font que l'inscrire insidieusement dans les consciences, à en faire une nouvelle normalité.




Tiens, ça n'a strictement rien à voir (ça va de soi), mais on trouve sur Youtube l'excellent documentaire Hotel du Parc, des reconstitutions d'interviews de cadres de Vichy (montées à partir de déclarations des personnes en question),  montrant la façon dont la Révolution Nationale avait trouvé des relais dans tout un tas de milieux qui y trouvaient leur compte…

mercredi 4 juillet 2018

Quelques trads avant l'été

Ah, j'ai eu dans ma boite quelques bouquins que j'ai traduits.

La petite gâterie, en ce moment, c'est Jimmy's Bastards, la nouvelle série de Garth Ennis. Si vous avez aimé The Boys, ce truc est pour vous. C'est la version James Bond. Qui pose la question lancinante : à force de baiser puis d'abandonner toutes les femmes qu'il croise, le héros de film d'espionnage n'a-t-il pas créé toute une légion de mômes qui lui en veulent ? C'est trash et drôle, et comme souvent chez Ennis, beaucoup plus fin qu'il n'y paraît au premier abord. C'est chez Snorgleux, éditeur marseillais hyper sympa.

Lazarus, chez Glénat, arrive à son tome 6. Cette excellente série d'anticipation se permet un détour, un petit point sur la guerre commencée quelques pages auparavant, vue non pas par l'héroïne, le Lazare du titre, mais par les gens normaux, les journalistes, bidasses et parents de cet univers glauque qui nous pend au bout du nez si l'on n'y prend pas garde.

Chez Delcourt, deux rééditions de Star Wars, le Classics 8 avec des vieux comics Marvel très sympa, et surtout la compile des bandes quotidiennes signées Russ Manning, dont le dessin élégant est toujours un bonheur à regarder. Et le tome 16 de l'intégrale Spawn. On ne va pas tarder à boucler la boucle avec les épisodes de la Saga Infernale.

Le deuxième The Authority contient des épisodes que j'ai traduits, n'hésitez pas à essayer Bruce Wayne, meurtrier et fugitif qui met notre héros dans une drôle de posture, et si vous aviez raté les Batman de Morrison et les Batman & Robin de Tomasi et Gleason, une intégrale est en cours. Et tout ça c'est chez Urban.

Chez 21g (maison où je suis également auteur), j'ai traduit la bio du Dalaï Lama, en tout cas un bouquin qui retrace sa jeunesse jusqu'à son exil. Sans doute un peu trop hagiographique (et ça glisse pudiquement sur deux trois événements de l'histoire tibétaine qui montrent que la situation est un peu plus complexe qu'annoncé) mais ça permet de resituer un peu tout ça.

Voilà pour les traductions. Et ma nouvelle dans le Novelliste sortira fin août, vu que la revue a un chouille de retard. Et sinon, j'ai deux articles dans le Geek le Mag de ce mois-ci (un sur les rapports entre science et fiction dans la SF, l'autre sur l'Atlantide avec de vrais morceaux de slip de Patrick Duffy dedans) et la Gazette des Etoiles n°12 ne devrait pas tarder à sortir, avec à nouveau d'authentiques articles d'époque réalisés avec mes petits doigts.

samedi 30 juin 2018

The hero we deserve

Il y a bien des lunes, j'avais créé un super-héros frenchie.

Il s'appelait Le Liseron, et c'était mon Spider-man à moi. Intoxiqué par un liseron radioactif, il avait hérité de tous les pouvoirs de cette plante et pouvait donc grimper aux murs  et les gens avaient du mal à s'en débarrasser (et il avait un evil counterpart, le Lierre). Ils savait aussi détecter les substances toxiques avec un liseron-sens d'alerte aux pesticides.

Je le trouvais rigolo, moi, le Liseron.

L'éditeur n'en a pas voulu.

Ces gens ne sont pas complaisants.

mercredi 27 juin 2018

Allan a bonne mine

J'avais dans mes étagères depuis un bail une poignée de Rider Haggard, récupérés pour certains dans un lot de Néo obtenu à vil prix, pour d'autres en bouquinerie pour compléter des séries pour le jour où j'en entreprendrais la lecture. Vous savez comment ça se passe, je n'ai jamais complété ni She, ni Alan Quatermain, mais j'en avais quelques uns, donc, qui prenaient la poussière.

L'an passé, à l'approche de l'été, je m'étais lu quelques Tarzan de E.R. Burroughs, en me prenant la série dans l'ordre (jusqu'alors, je n'en avais lu que deux ou trois, épars), dans la foulée de mon visionnage de tous les films avec Johnny Weissmüller (qui a quand même, je le maintiens, vachement des faux airs de Benjamin Biolay en slip) (j'ai récupéré cette année, dans une brocante, les Pellucidar. Je les lirai bientôt, je pense).


Cette année donc, j'ai enfin lu du Alan Quatermain, que je ne connaissais que par les films avec Richard Chamberlain et par la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ainsi que par plein de références croisées, bien sûr). Et c'est très surprenant. Bien sûr, c'est de la grande aventure africaine à l'ancienne (avec même le coup de l'éclipse pour se tirer d'un mauvais pas, si ça se trouve c'est la première occurence de ce trope bien usé depuis), mais plusieurs éléments m'ont cueilli.


Déjà, Quatermain lui-même. Loin du proto Indiana Jones que j'imaginais, ou d'un espèce de Richard Francis Burton fictif, on a dès le départ un type sur le retour, un peu désabusé, qui se présente lui-même comme un type pas courageux (et qui est jaloux du dentier d'un de ses camarades, apparemment de meilleur qualité que le sien). S'il est carré et réglo, il ne fait preuve d'aucune espèce de "noblesse d'aventurier" ni quoi que ce soit de ce genre. Il est même discrètement cynique à l'occasion. Le profil de héros, là-dedans, ce n'est pas lui, c'est son camarade Sir Henri. Mais le rôle de faire valoir est lui aussi joué par quelqu'un d'autre, le cocasse capitaine Good. Quatermain est surtout un narrateur, un narrateur dont la connaissance du pays et du terrain est précieuse autant pour le lecteur que pour ses compagnons. La version qu'en donne Moore dans la Ligue n'est donc pas si iconoclaste.

Deuxième surprise, c'est remarquablement documenté. On n'est pas dans une Afrique de bazar, un continent noir fantasmé à la Tarzan. J'ai vérifié, du coup, et Rider Haggard a en effet séjourné sur place, et… et ça se sent. Les détails sonnent vrai, et pas à la Jules Verne, il y a trop de petits trucs concrets qui ne sentent pas le réchauffé, la notule d'encyclopédie.

Et le plus étonnant, c'est que c'est incroyablement peu raciste. Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon date de 1885, et contrairement à pas mal de romans d'aventures de l'époque, il respecte les indigènes, y compris les ennemis. Certes, on y trouve souvent de bonnes bouffées de paternalisme, mais pas de jugements de valeur. Dans le deuxième tome de la série, le guerrier zoulou Umslopogaas, s'il a les caractéristiques du serviteur noir herculéen à la Lothar dans Mandrake… N'est certainement pas un serviteur. C'est un chef qui s'est attaché à Quatermain en raison de leur respect mutuel. Et s'il est à l'occasion incroyablement brutal, il demeure un guerrier noble, pas un bon sauvage, mais un être plus primitif dans ses manières que Quatermain sans lui être présenté comme inférieur. Ça aurait pu être un personnage à la Robert E. Howard, si justement Howard n'avait pas eu une teinte raciste.

Bref, une excellente surprise. Je sens que je vais compléter tout ça sous peu. Ça a été réédité y a pas si longtemps chez Terre de Brume, si le genre vous plaît, foncez.

samedi 23 juin 2018

Commentaire décomposé

Ah, je viens de découvrir avec horreur que les commentaires du blog ne me notifiaient plus quand vous en postiez…

Du coup, ça fait plus d'un mois qu'ils n'étaient pas publiés (c'est pas qu'il y ait beaucoup de spam, ça n'arrive qu'une fois de temps en temps, ça, mais par principe je contrôle avant publication). Je viens de les réinjecter d'un bloc, et il faut que je regarde ce qui merdoie dans les notifs (c'est peut-être le seul truc sur lequel j'activais les notifications, vu que ces machins me stressent à un degré terrible, je préfère passer à côté de certaines infos que de me faire spammer la tête h24 par des notifications à jet continu).



Bref, je ne vous oubliais pas, c'est juste google qui a encore changé son système sans prévenir. (et comme je ne suis toujours pas sur fèces-bouc, j'ai pas été habitué à la dure à ces changements de règle du jeu quatre fois en cours de partie).



Poste dans le scriptorium :
La notif par mail est activée. mais je n'ai rien reçu depuis un bail, et rien dans la boite à spam. Curiouser and curiouser…

Post post :
Et là, ça n'apparait plus quand je les publie, les commentaires… ça devient complètement foireux, cette histoire.

Et Post equitem timeo Danaos :
Ah, la modération par mail est rétablie, et apparemment, j'ai dans l'idée que c'est lié aux nouvelles règles de vie privée : il fallait que je reçoive un mail et que je clique dedans pour accepter de recevoir des mails. simple.