mercredi 18 janvier 2017

Ne me laissez jamais la télécommande

On discutait avec les collègues de ces émissions à la con que les chaînes de la TNT achètent par palettes entières comme bouche-trous pas trop chers de leurs programmes. Ces machins avec des brocanteurs et des garagistes qui essaient de faire la culbute en retapant des vieilleries et en les revendant très cher. La plupart du temps, ces restaurations sont en plus d'un mauvais goût somptueux, et on y parle beaucoup de pognon, histoire d'être bien crades. Ajoutez en plus la mise en scène des délais impossibles que les mecs arrivent toujours à tenir, et l'ensemble devient du coup assez mystérieux : y a vraiment des gens pour suivre ça sur la longueur ? C'est encore plus répétitif que le catch ou les campagnes des primaires !

Enfin bref. On en causait pour casser du sucre dessus, et d'un coup ça a fait chboum dans ma tête.

J'ai un super concept d'émission de télé.

"Jay Traduit Tout."

Ça raconte les aventures d'un traducteur de comics, qu'on va arbitrairement appeler "Jay", et qui doit tenir des délais impossibles malgré sa conscience professionnelle qui le pousse à dénicher les docs les plus improbables dont il a besoin pour son travail.

Extrait des dialogues :

"Ouais, alors pour Jonah Hex j'avais un délai de merde, mais pour pouvoir m'y mettre, il a fallu que je retrouve une VHS de Django Défonce Ta Mère avec le doublage d'époque, celui où c'est François Chaumette qui fait la voix du chef indien joué par Geraldo Mancini, l'ancienne star du porno sicilien reconverti suite à un étrange accident de capote. Parce que la trad y est nettement meilleure que sur la version DVD au doublage refait, et je veux m'immerger dedans. Alors ouais, j'ai trouvé la K7 en NTSC Zone 1 du Canada, mais c'est bien la bonne VF et ça m'a coûté une blinde sur Tondu.Com et donc ça pète un peu mon budget, mais fallait ça pour que je donne une feeling authentique au truc."

"La semaine prochaine, Jay doit traduire un tie-in tout pourri d'un crossover nioufiftitou reborn, et découvre les joies d'un site de scans hongkongais qui détient l'épisode jamais publié de Flash vs Newsboy Legion auquel la page 18 fait référence."



dimanche 15 janvier 2017

On me laisse sortir, des fois

Bon, mon emploi du temps des prochains mois ce précise en ce qui concerne conférences, dédicaces et tables rondes.

Je serai donc au festival d'Angoulème, du 26 au 29 janvier. Comme d'habitude, j'y dédicacerai au stand des éditions La Cafetière / Le Motif. Je devrais avoir des exemplaires des Dieux de Kirby pour ceux qui en voudraient.

J'y donnerai également deux conférences le samedi 28 janvier au Conservatoire George Brassens

"40 ans de Judge Dredd" de 12h30 à 14h
"HP Lovecraft, des Pulps à la BD" à 17 h

Le dimanche 26 février, je devrais faire un saut à Tours pour un salon, et j'y dédicacerai Eschatôn.

Je dédicacerai également Eschatôn au Salon du Livre de Paris, les vendredi 24 et dimanche 26 mars.

Le dimanche 30 avril, je participe au Colloque du Héros à Lyon (ça y est, après le report de l'an passé, on a vraiment une date). J'y ferai une intervention centrée sur le "voyage du héros" et ses dévoiements.

Le dimanche 7 mai, je serai au Salon Fantastique à Paris.

Le dimanche 21 mai je devrais passer aux Imaginales d'Epinal, et normalement j'aurai les premiers exemplaires de L'île de Peter.

Voilà pour l'instant…

vendredi 6 janvier 2017

Rejets de l'île…

J'en parlais hier, je suis sur la toute dernière ligne droite de l'île de Peter, qui sort normalement en mai prochain.
C'est vraiment curieux cette façon qu'on les bouquins de vous piéger. On a des idées, on les couche sur le papier, et puis plus on avance, plus on se retrouve prisonnier d'idées qui étaient chouettes, mais qui finissent par parasiter le récit. Depuis le début de la semaine, j'ai taillé l'équivalent d'un chapitre et force est de constater que ça fonctionne mieux. De même, réattribuer certains actes à d'autres personnages qu'à ceux qui devaient au départ les accomplir permet de donner une meilleure tenue à la fin. C'est très mystérieux, tout ça, quand même…
Bon, du coup, un petit bout qui lui devrait rester dans le final cut :

Pris en chasse un beau matin par un cotre de la marine de Sa Majesté, notre petit navire ne dut son salut qu'à une bordée de couleuvrines qui, le Diable seul sait pourquoi, suffit à couler nos adversaires. Mais nous étions trop proches des côtes ; quelques marins survécurent et purent raconter leur histoire. Il n'était plus question pour nous de continuer nos petites affaires entre la Manche et la Mer d'Irlande. À pile ou face, il fut décidé de partir vers l'Ouest et c'est ainsi qu'après une traversée éprouvante et sordide, notre coque de noix n'ayant jamais été conçue pour une telle aventure, je découvris la Jamaïque, île baignée de soleil, aux indigènes accueillants. On dit de Port-Royal que c'était la plus immorale des villes du monde, mais ceux qui profèrent de telles absurdités confondent immoralité et perversité, et si la nuance échappait aux protestants, en ce qui me concerne elle me dérangeait passablement.

Car cette perversité foncière rendait la ville encore trop anglaise pour mon goût et j'y abandonnais mes compagnons pour tenter ma chance sur le continent : les colonies y avaient été fondées par des Puritains, et donc des non-conformistes en délicatesse avec les choix religieux de la Couronne anglaise. Je découvris avec tristesse que si l'on n'élevait pas de bûchers dans cette partie du Nouveau Monde, l'on y pendait allègrement tous ceux déplaisaient aux sévères patriarches tout de noir vêtus et affublés de noms ostensiblement bibliques qui devaient déjà être ridicules du temps des anciens Hébreux, tous ces Jedadiah Smith et autres Zorobabel Whateley camouflant leur avidité crasse sous des dehors de pieuse austérité. Traînant mon désarroi dans les ports de Nouvelle-Angleterre, un peu moins gangrenés de puritanisme que des villes de l'intérieur comme Salem, je finis par retomber sur l'un de mes camarades marins du brigantin, coque de noix dont je ressentais déjà la nostalgie et dont j'appris qu'elle s'était entretemps offerte de vrais canons et lancée dans la franche piraterie.

jeudi 5 janvier 2017

Seventeen seconds

Bon, ben bonne année à tous, hein ! On va voir ce que celle-ci nous réserve, et si d'ici cet été on aura bien une guerre nucléaire localisée, une présidence Fillon, de nouvelles démonstrations cinglantes qu'il n'y a "pas de failles" ou une nouvelle tentative ratée de Ridley Scott de prouver qu'il était bien un cinéaste génial il y a longtemps.

Mauvais présage, le radiateur du salon vient de me lâcher et du coup il fait un froid de gueux dans tout le rez-de-chaussée.

Mauvais présage aussi : si un de mes proches a eu un gros souci de santé en fin d'année, je découvre peu à peu qu'il n'a pas été le seul et que que pas mal de gens que je connais sont à l'hôpital pour diverses raisons. Peut-être est-ce que je vieillis et que tout mon entourage avec, mais c'est la première fois que ça tombe aussi dru en si peu de temps. Je commence à paranoïer comme un Howard Hughes de calibre moyen, moi…

Bref. Mais il faut pourtant parfois que je sorte de mon bunker. Tiens, pour me faire interviewer, par exemple. Vous saviez qu'Audrey Pulvar avait une émission consacrée à la pop culture ? Moi non plus. Je l'ai découvert quand on m'a demandé d'expliquer Batman pour la télé. Donc j'ai expliqué Batman. Si j'ai tout bien compris, et que vous tenez vraiment à voir ma trogne dans le poste, je crois que c'est le samedi 14 à 11 heures, sur Direct 8 D8 C8. Je vous tiens au courant, de toute façon.

Ah, et sinon, je suis dans la dernière ligne droite de L'île de Peter, mon prochain bouquin que je dois impérativement renvoyer à mon éditeur (les toujours enthousiastes Moutons électriques). C'est ce stade très étrange où, au lieu d'ajouter des trucs pour combler des manques, on commence à élaguer, à tailler, à virer des trucs. Ça me fait penser à du ponçage sur un meuble, passer un petit coup sur les arrêtes, arrondir les angles, faire en sorte que la ligne soit fluide et flatte l'œil. Y arriverai-je ? Vaste question.


samedi 31 décembre 2016

Die, 2016, die !

Bon, vu le nombre de gens que 2016 a enterrés (dans le tas, des gens dont je me fichais un peu, mais aussi pas mal de gens que j'admirais beaucoup), il est peut-être temps d'enterrer 2016 à notre tour. Bon, tout n'a pas été négatif (à mon petit niveau, entre une petite nièce toute neuve, un premier roman, de belles rencontres, j'ai pas à me plaindre) mais même de mon petit point de vue y a eu des coups de grisou (des soucis de santé chez des très proches).

Bref, il est temps d'effacer l'ardoise et de passer à autre chose. Même si les perspective ne sont pas mirobolantes et qu'elles évoquent même un trip encore plus de la même chose.

Enfin, bon réveillon à tous et à l'an prochain !

jeudi 29 décembre 2016

Mes nuits sont plus belles que vos futurs

Ce qu'il y a de bien, avec l'insomnie (faut que ça ait un côté positif, hein, sinon ce serait déprimant), c'est que la cervelle y fonctionne à plein régime sans rien pour la déranger. Parce qu'à deux heures du mat', pas de téléphone qui sonne, pas de ménage ni de vaisselle à faire (le lave-vaisselle programmé s'en charge précisément à cette heure, et passer l'aspi c'est un coup à se faire démonter la tronche à coup de tabouret ikéa par les autres habitants de la maison ligués), et donc, quand on est trop éclaté pour lire, on coupe la lumière et on laisse les neurones divaguer.

Le problème du procédé, c'est que le lendemain, en général, on a globalement tout oublié de ce à quoi on a pensé. Ou une fois bien réveillé, quand on n'a pas oublié, on a vite fait de se rendre compte que la machine à tourné à vide et n'a produit que du fumier.

Et puis des fois, on se souvient, et le truc est pas mal. Et là, au lieu de se remettre au boulot (au choix, cinq trads pour le mois prochain, des relectures diverses, compiler de vieux textes pour un éditeur qui veut en utiliser des extraits dans une antho, ou finir L'Île de Peter dont j'ai promis le manuscrit pour dans… oh putain, douze jours) on noircit des pages de notes.

Là, en deux heures, j'ai brossé tout un contexte d'univers de SF et un personnage principal qui me semble vachement original et intéressant. J'ai pas la moindre idée à ce stade de l'histoire qui pourra aller avec, mais y a déjà suffisamment de matériel pour pouvoir remonter le récit comme un petit singe à ressort qui joue des cymbales, le lancer et voir dans quelle direction il m'emmène, sans doute un roman à la John Varley.

Bon, faut vraiment pas que je fasse ça trop souvent, par contre : un fichier de notes de ce genre, après, c'est un an de taf pour l'exploiter correctement, donc pas la peine d'enchaîner les nuits blanches, j'aurai jamais assez de toute ma vie pour produire les bouquins qui iraient avec, et en plus j'ai une petite mine, ce matin. J'ai sans doute trop creusé…

mercredi 21 décembre 2016

Le livre des rêves

C'est quand je suis tendu (quelqu'un a eu des soucis de santé assez lourds dans la famille, donc là ouais, j'ai été grave tendu) que je fais le plus de rêves idiots, quand j'arrive à dormir. Mais quand je parle de rêves idiots alors là c'est du  complètement con, d'une absurdité foncière qui me confond au réveil, des choses auxquelles je n'arrive même pas à trouver un sens aux détails les plus triviaux.

Là, par exemple, j'ai rêvé d''une ancienne collègue avec laquelle j'ai bossé y a des années, et à qui je n'avais pas repensé depuis bien longtemps. C'était quelqu'un que j'appréciais, un peu fofolle, une personne rigolote avec laquelle j'ai eu plaisir à travailler.

Dans mon rêve, je découvrais qu'en fait, quand elle n'était pas au boulot, elle écrivait des bouquins. Et que c'était elle, Preston Child. C'est là que ça devient absurde. Dans la réalité, je crois que j'ai jamais lu de ma vie un bouquin de Preston Child. Dans mon rêve, j'avais l'air de connaître, de savoir que c'était du polar. Le rêve se déroulait dans mon ancien quartier, celui où je n'habite plus depuis trente ans, qui a énormément changé depuis, mais qui là était conforme à ce qu'il était quand j'étais môme. On s'est posés dans ce bar qui n'existe plus, on a causé bouquins, je me suis réveillé.

Et le rêve m'a poursuivi, en fait. Je me triturais les méninges. Je ne voyais pas la collègue en question écrire quoi que ce soit, et surtout pas du polar. J'ai été vérifier d'ailleurs si ce Preston Child écrivait bien du polar, du coup. Pour découvrir qu'en fait c'étaient deux mecs, comme Boileau et Narcejac. J'ai jamais lu leurs bouquins. Je crois même n'en avoir jamais tenu entre les pattes. Alors pourquoi est-ce que je rêve de leur travail ? Ça n'a aucun putain de sens !

Y a des gens ici qui lisent ça ? C'est bien, ça vaut le coup ? C'est mon inconscient qui essaie de me dire que je passe à côté d'un truc, ou bien ma cervelle pédale complètement dans la choucroute moisie, là ?

jeudi 15 décembre 2016

Le complot (ou quand le sot montre la Lune, le sage regarde dans les tuyaux)

C'est assez épatant, le nombre de théories du complot qui visent la conquête spatiale, et plus particulièrement la Nasa. Entre les tenants de la Terre Plate, ceux de l'Univers Electrique dans lequel la gravité n'existe pas, la vieille histoire selon laquelle Neil Armstrong ne serait jamais allé sur la Lune, les dissimulations de preuves extraterrestres orbitale, lunaires ou martiennes, on se demande pourquoi cette déjà vénérable institution s'en prend autant dans la gueule.

Et puis, fort heureusement, Donald Trump nous donne la réponse avec l'absence de subtilité qui le caractérise. Merci, Donald.

Car il a annoncé à la Nasa qu'elle avait mieux à faire que de perdre du temps avec des recherches sur le climat. C'est astucieux, hein ? On conteste les résultats des recherches et ensuite, sous prétexte que c'est contesté, on essaie d'empêcher la recherche d'obtenir des résultats. (Notons que la mère Pécresse essaie de nous faire la même sur les recherches sur le genre, sous prétexte de Manif pour Tous, mais en fait parce que les statistiques genrées mettent au jour tout un tas de turpitudes de notre société en matière de violences réelles et symboliques faites aux femmes)

Eh ouais, la Nasa a accès au ciel, et elle est donc la mieux placée pour obtenir des mesures précises du réchauffement de l'atmosphère, des océans et de la fonde de la banquise. Donc renvoyons la Nasa à ses chères études, mais de préférence à d'autres. Et nommons des pétroliers à tous les postes clés.

En une époque où tout le monde se revendique "antisystème", c'est assez rigolo de noter que "pétrole" n'est jamais cité dans le système à combattre. La plupart de nos "antisystème" roulent en belles bagnoles et prennent souvent l'avion. Le système circulatoire de leur univers charrie un flot noir d'hydrocarbures. On nous enfume avec des histoires d'or et d'argent, mais le vrai sujet, c'est depuis un siècle l'or noir. Et c'est un système en bout de course, qui se convulse et crève en essayant d'entraîner tout le monde avec lui.

Et la Nasa, qui est à la pointe des recherches sur le réchauffement (et qui en plus à le front de faire voler l'essentiel de ses machins à l'hydrogènes et plus généralement avec des carburants autres que les dérivés de pétrole, ce qui ajoute la blessure à l'insulte), doit donc être décrédibilisée au max.

Or qui sont les plus gros propagateurs de théories du complot, de nos jours ? En dehors des catho-droitistes obsédés de la quéquette des autres, il y a l'extrême droite viriliste, amatrices de gros flingues et de grosses bagnoles comme symbole de "liberté", et le monde arabo-musulman (et irano-musulman) qui produit le pétrole,  et se retrouve empêtré dans des crises à répétition.

Décrédibiliser tous ceux qui menace de leur enlever leurs joujoux ou leur seul outil de poids géopolitique devient donc urgent. Et donc, on répand les pires âneries sur la Nasa. (dernier avatar en date de la pression pétrolière, les gens qui ont tenté de nous faire croire que le pic de pollution à Paris était dû aux centrales à charbon allemandes, et ont tenté de balayer d'un revers de main les photos et mesures par satellite qui démontraient le contraire).

Posez-vous donc la question en faisant le plein : en dehors des taxes qui alimentent les caisses de l'état, qui financez-vous ?

mardi 13 décembre 2016

Trou Defective (saison 2)

Ayant passé pas mal de temps dans le train depuis une dizaine de jours, j'ai eu l'occasion, comme j'en parlais dernièrement, de regarder la série True Detective*, produite et écrite par Nic Pizzolatto, un auteur de polar dont j'ai un des bouquins sur ma pile depuis des mois.

Tout le monde m'avait dit que la saison un était super. Et que la saison deux était pourrie.

Je viens de m'enfiler les deux (huit épisodes chaque), et j'ai été enthousiasmé par la saison un. Scénario, acteurs, photographie, cadrage, tout y était épatant. Une enquête bien poisseuse sur un tueur en série jouissant au moins de complicités haut placées, le tout dans l'ambiance moite des bayous de Louisiane. Avec une charge malsaine qui la faisait flirter avec le fantastique, sans jamais franchir la ligne. Exercice brillant, donc. Auquel il était difficile de livrer une suite sans se planter.

Sauf que la saison 2 n'est pas une suite, et emprunte complètement d'autres chemins, justement pour éviter cet écueil. Ce que m'évoque la seconde, c'est un remake contemporain de L.A. Confidential. Des flics esquintés par la vie et borderline se retrouvent pour des raisons diverses à enquêter sur un fait divers en apparence anodin mais qui, dans une ville aussi corrompue que l'est Vinci en Californie, a des ramifications dans tous les sens. Toute la hiérarchie municipale a des intérêts dans l'affaire, tout comme le crime organisé local. Turpitudes et grosses magouilles remontent à la surface, que certains sont prêts à tout pour étouffer.

Nouveau cadre, nouvelle manière de filmer, d'éclairer et de cadrer. S'il y a de très beaux plans, ils ne m'ont pas impressionné comme certains de la saison précédente. Les acteurs sont bien. Les personnages aussi. Torturés très différemment, quand on les compare aux deux protagonistes de la première enquête, construits sur d'autres archétypes. La différence majeure, c'est qu'ils sont plus nombreux. Là où on avait deux personnages principaux travaillant en tandem, ici il y en a quatre, dont certains ne se croisent quasiment jamais, ce qui modifie très profondément la narration. Elle devient forcément plus classique.

Les correspondances, du coup, sont plus discrètes. Les très belles vues aériennes semblent à première vue un peu gratuites. Mais pourtant, elles créent une sorte de lien, les échangeurs d'autoroute devenant comme des glyphes occultes et contournés renvoyant aux sculptures de branches omniprésentes dans la saison un, mais suffisamment différentes par nature pour appuyer le fait que les forces souterraines à l'œuvre dans la région de Los Angeles ne sont pas les mêmes que celles qu'on devinait sur la côte de Louisiane. L'image de l'écheveau aux énigmatiques connexions demeure.

Si les ouragans destructeurs étaient l'arrière-plan de la première enquête, leur souvenir rythmant les recherches d'archives disparues et de lieux jamais reconstruits, les émeutes raciales sont l'évènement eschatologique fondateur de la seconde.

Le rapport au sexe, à la paternité et à la maternité y sont explorés selon des modalités différentes aussi. Les transmissions générationnelles n'y sont pas du même ordre. Mais là aussi, on voit un schéma subtil se détacher, celui de relations conflictuelles, de pertes de divers ordres, d'incapacités à communiquer sur ce qui est le plus important.

Et dans les deux saisons, on a les gens qui rament en bas de l'échelle qui commencent à s'interroger sur les petites saletés et les petits crimes entre amis d'aristocraties locales décadentes. Sur le fond, les deux saisons se répondent, et sur la forme elles cultivent leurs différences. Les scènes de fusillades de la seconde sont bien plus spectaculaires, Los Angeles oblige. L'enquête de la première entraîne ses protagonistes dans des régions plus philosophiques et plus cérébrales. La corruption n'est pas du même ordre, ni au même niveau. Et les portes de sortie, quand elles existent, ne sont pas les mêmes.

Alors oui, la première saison m'aura beaucoup plus impressionné. Mais ce n'est pas une raison pour savater la seconde comme elle a été savatée. Je la trouve d'autant plus intéressante qu'elle est très différente. C'est cette différence qui aura désarçonné ses spectateurs, je pense. Il aurait fallu qu'ils la prennent comme un objet séparé. En tant que telle, elle fonctionne très bien. En tant qu'élément d'une séquence, elle fonctionne différemment. Mais pas moins bien. La série explore des liens occultes, il est dommage que ceux qui existaient entre les deux saisons n'aient pas été remarqués.




*Oui, je suis souvent retardataire sur ce genre de trucs, ça n'a rien de neuf

jeudi 8 décembre 2016

Trou defective

Bon, mon passage sur Bordeaux fut bref, mais intense.

Seule ombre à la journée : on m'avait filé un billet de première classe, et je me suis retrouvé avec un vieux qui lisait l'Equipe en poussant de gros soupirs. Je ne sais pas si vous savez, mais les gens qui lisent l'Equipe dès le matin, ça me fait flipper grave. C'est pas naturel. Ça a un côté vraiment malsain, je trouve. Même pas le matin, d'ailleurs. C'est un peu comme un mec de Daesh, un buveur de Red Bull ou un type qui se taillade la bite au rasoir, on peut pas avoir de valeurs communes avec des gens comme ça. Du coup, j'ai fini le voyage à la voiture bar, c'était plus prudent, pour le repos de mon âme.

Le reste de la journée fut très sympathique, et merci encore à la Zone du Dehors d'avoir accueilli mes vaticinations.

J'ai profité du voyage de retour pour rattraper (un peu) mon retard en séries TV en avançant dans True Detective. Très impressionné par le travail du cadre et des lumières, d'ailleurs (les acteurs, je savais d'avance qu'ils seraient bons).