mercredi 17 octobre 2018

Trois Coracles…




Bon, voilà que mon éditeur, les Moutons électriques, vient de m'envoyer la couve de mon prochain bouquin, qui s'intitule simplement Trois Coracles Cinglaient vers le Couchant. Ça sort au printemps, normalement. L'image est signée Melchior Ascaride, comme pour mes deux précédents romans, et je suis tout fou, là. J'adore.

Bon, du coup, je vous donne aussi le texte qu'il y aura au dos :

Trois coracles cinglaient vers le couchant.

À leur bord, Uther, un chef de guerre de l'île de Bretagne, et ses compagnons de toujours. Leur destination, une île au bout de la mer, là où dit-on vivent les fées et les morts glorieusement tombés au combat. Que va-t-il chercher si loin des terres habitées par les hommes ?

Alors que l'Empire romain n'en finit pas de mourir, et qu'un monde nouveau se refuse encore à naître, Uther sait-il seulement qu'il va enfanter d'une légende destinée à traverser les siècles ?



Et un extrait ici.

mardi 16 octobre 2018

Biodiversité de proximité

Un truc pour lequel je suis content d'habiter dans un patelin encore un peu vert et assez éloigné de Paris pour ne pas être sous le smog, ce sont les bestioles. L'autre jour, je suis tombé sur une mante religieuse, elle faisait genre 5 cm de long. Je savais même pas qu'on pouvait en trouver dans la région. à 400 mètres de chez moi, il y a un mur dans les anfractuosités duquel vivent au moins deux espèces de lézards, et qu'on voit se prélasser aux temps chauds (le truc est orienté plein Sud, ils ont adopté l'endroit). Près de la gare, le square abrite trois espèces de bourdons. J'ai chez moi des abeilles charpentières, d'énormes trucs bleus gros comme des scarabées. Il y a des lucanes. Des libellules certaines années. Des demoiselles, aussi (j'ai appris à les différencier des libellules il n'y a pas si longtemps). J'ai encore croisé une poule d'eau avant-hier, et il y a parfois des cormorans et des martins pécheurs. Bon, et j'ai croisé déjà deux fois des frelons asiatiques. Ça c'est plus emmerdant.

Je ne suis pas à la campagne, pourtant, mais la verdure alentour est suffisante pour abriter et favoriser ce foisonnement. J'aime bien me poser pour observer les sauterelles. Ça me fait tout drôle de croiser un renard ou une belette (ça m'est arrivé une fois ou deux) voire un faucon crécerelle. Peut-être d'ailleurs est-ce cet entre deux, le fait de n'être ni dans une grande ville, ni au milieu de champs pesticidés qui permet tout ça, je n'en sais rien. En tout cas, ça me fait du bien. Je profite des derniers beaux jours pour observer ces voisins de plus ou moins petit format.

lundi 8 octobre 2018

Le Niko près de chez vous

Bon, je reposte mon programme des prochaines semaines, parce qu'il est chargé et que ça évolue tout le temps :


Vendredi 12 octobre, dédicace au festival Quai des Bulles à St Malo, avec les éditions 21g.

Samedi 20 octobre à partir de 18h, rencontre et dédicace à la Brasserie de l'Être, à Paris, organisée par la librairie Dimension Fantastique. Avec de la bière et Sabrina Calvo, Gabriel Katz, Thomas Spock, Romain Delplancq,Rodolphe Casso, etc. Donc ça va être super. Alors attention, la brasserie est assez éloignée de la librairie, puisqu'elle est vers Crimée, rue Duvergier.

Dimanche 21 octobre, rencontre consacrée aux super-héroïnes à 14h30 au cinéma théâtre André Malraux de Chevilly la Rue (94), à l'occasion d'une projection d'Ant-Man and the Wasp.
Le programme ici.

Samedi 27 octobre, dédicace à la Fnac de Belfort, avec Jérôme Wicky en vedette américaine !

Vendredi 2 au dimanche 4 novembre, dédicace au Salon Fantastique avec les Indés de l'Imaginaire et les Moutons électriques.

Jeudi 8 et vendredi 9 novembre, colloque 25 ans du label Vertigo à l'université de Dijon, en présence de Frank Quitely. J'y assurerai la communication inaugurale, consacrée à l'archéologie du label.
Le programme ici.

Jeudi 15 et vendredi 16 novembre, colloque H.P. Lovecraft à l'université de Nancy, et j'y donnerai la réplique à Nicolas Fructus, Philippe Druillet et Jean-Michel Nicollet à l'occasion d'une table ronde.

dimanche 7 octobre 2018

Apophis prodigue


En décembre, je me retrouverai au sommaire du tome 4 de Dimension Super-héros, une anthologie consacrée aux vieux personnages publiés jadis par Lug dans les revues au format poche genre Mustang et Zembla. Ce sera chez Rivière Blanche (et donc ma troisième participation à une antho chez cet éditeur), et on y trouvera tout un tas de gens très bien. Là-dedans, je me fends d'un texte consacré à Ben Leonard, alias Râ, protecteur des immortels d'Héliopolis (et le reste du temps journaliste au Globe). La nouvelle s'intitule Le Retour d'Apophis, et j'y vais à fond dans le mythologique et l'apocalyptique, parce que bon, autant jouer sur mes propres points forts.

Et pour vous faire patienter, du coup, je vous en livre un pitit extrait :

La panique régnait dans la cité cachée et secrète d’Héliopolis quand Râ atterrit doucement devant les immenses pylônes du temple-palais. Une foule s’était massée entre les obélisques scintillantes et les sphinx de béryl. Râ se posa devant les statues à demi animales, irradiant une lumière chaude. Elle eut aveuglé tout autre que les présents. Ils l’accueillirent avec des exclamations craintives.
— Râ, tu es venu ! Toi aussi tu te réfugies en notre place forte pour attendre la terreur qui sans faute viendra nous anéantir ?
Râ leva les bras pour demander un silence qu’il n’obtint pas. C’est par-dessus le murmure inquiet de la foule qu’il dut parler lui-même.
— Comme vous le savez, je suis dépositaire d’une partie des souvenirs laissé derrière lui par votre frère Râ quand son Kâ fut arraché à son corps ! Mais j’ai beau fouiller sa mémoire, je n’y trouve aucune trace de ce que contenait ce temple secret et lointain. Seulement l’avertissement de ne jamais y pénétrer. Mais Atûm pourvoira à mes failles.
La foule se tut d’un coup, puis s’écarta pour le laisser accéder à l’étroit passage entre les deux pylônes de pierre. Il ressentit alors durement sa double nature. Quoique porteur de l’âme d’un immortel, du roi de la Cité, il n’était pas tout à fait des leurs. En tant que Ben Leonard, il demeurait humain, trop humain. Les préoccupations, désirs et peurs des habitants d’Héliopolis lui demeuraient globalement étrangers.

lundi 1 octobre 2018

Ludions

J'ai passé pas mal de temps le nez sur mon clavier en septembre. Beaucoup de grosses traductions, un scénario à écrire au pas de charge, un roman que je tiens à avancer de même, et un article à rendre pour une grosse anthologie, sans compter une conférence donnée dernièrement, et deux autres à préparer pour les semaines qui viennent.

Mon temps de lecture (autre que la doc pour le scénario à faire et l'article à écrire), de consommation de films et de séries (j'ai juste fini l'excellent Taboo, avec Tom Hardy et Jonathan Price) s'est réduit d'autant.

Mais ce week-end, je me suis autorisé deux sessions jeux.

J'ai testé l'autre soir Seven Wonders Duel et Lord of Hellas, deux jeux très différent, malgré leur référence commune à l'antiquité classique. Le premier a une mécanique très chouette, et des effets de seuil vicelards. J'ai bien aimé.

Le second m'a fait penser à Blood Rage : même complexité apparente au premier abord, gros monstres qui apparaissent à l'occasion et qu'on peut glorieusement dégommer, chouettes figurines. Mais si certains mécanismes sont communs, d'autres sont très originaux (pour ce que j'en vois, mais je ne suis pas un hardcore gamer) et rendent l'ensemble fluide et très agréable, avec des arbitrages intéressants à mener par les joueurs.

Et puis hier, on m'a offert Bandes Dessinées, le jeu des collectionneurs, un truc très rigolo. Alors en voyant la boîte, je dis "tiens, c'est normal qu'il y ait que des couvertures Delcourt et Soleil de représentées ?" ce à quoi on m'a répondu "ben, ils sponsorisent le trucs".

Le jeu lui-même est un système d'échanges assez simple, dans lequel les participants doivent choisir des séries à collectionner, qu'ils financent initialement en revendant certains des albums en leur possession, puis éventuellement en allant travailler pour un éditeur (ce qui permet au passage de déclencher la sortie de nouveaux albums). Mécanique très fluide pour des parties courtes et fun, dans lesquelles on peut perfidement obliger les adversaires à payer leurs albums nettement plus chers que ce qu'ils avaient prévu au départ. Très très marrant et tout à fait utilisable en famille (bon, moi, je me fais griller assez vite parce que les gens voient que je collectionne avant tout les albums des copains, donc ils m'amènent à les payer plus cher chaque fois qu'ils le peuvent). Si l'auteur veut une idée d'extension ou de spin-off, je pense qu'il y a un truc à faire avec les files de dédicaces à Angoulème.

jeudi 27 septembre 2018

Yeux ronds yeux ronds petit patapon

Dans les petites notes archivées de trucs qui ont probablement du sens, mais je ne sais pas encore tout à fait lequel, il y a ceci :

Les cyclopes de la mythologie grecque sont des êtres ambivalents. Il semble en exister plusieurs sortes : les assistants d'Héphaïstos, forgeant pour lui les armes des dieux, et les pâtres cannibales que rencontre Ulysse au fil de ses voyages. Et des déclinaisons, vu que les murailles cyclopéennes sont bâties, comme leur nom l'indique, par des cyclopes, et que dans la Théogonie, la foudre n'est pas une fabrication des cyclopes, mais les cyclopes eux-mêmes.

Qu'ils fabriquent des éclairs (ou les incarnent) ou élèvent des forteresse, les cyclopes se rangent dans une catégorie d'être apparentée aux tricksters, des personnages qui, comme le Loki nordique, sont utiles aux dieux, mais délicats à manier (Kronos se sert d'eux mais les craint et les enferme dès qu'il a fini de les employer). Le trickster est généralement un personnage intelligent et rusé. Il existe d'ailleurs une version de la naissance d'Athéna où elle se trouverait être la fille d'un cyclope lanceur d'éclairs, et non pas de Zeus.

Du coup, quel rapport avec la bande à Polyphème, ces brutes épaisses élevant des moutons dans les montagnes ? Fils de Poseidon, ils ne sont pas de la même famille que les précédents, et ne constituent donc pas la décadence d'une race semi-divine, mais celle d'un motif. Là où c'est intéressant, c'est que le Cyclope de l'Odyssée paye cher sa rencontre avec un trickster patenté, l'industrieux et rusé Ulysse.

Cyclope, c'est "l'œil rond", et dans le cas présent, cet œil unique et rond est un œil stupide. Et le peu de vision que cela donne à Polyphème lui est même ôté. "à celui qui a, on donnera, et à celui qui n'a pas, même le peu qu'il a lui sera pris", dit la parabole évangélique. On est dans ce cas-là avec le Cyclope à l'œil crevé.

Si l'on regarde ces tricksters primordiaux et ces brutes devenues aveugles, chaque itération du motif cyclopéen fait sens d'emblée. C'est la conjonction des deux versions qui pose question. Est-elle fortuite ? A-t-elle un sens caché plus profond ?

jeudi 20 septembre 2018

Reviendu

Bon, j'ai regagné mes pénates après ma petite expédition à Thouars.

Et je recommande l'endroit. Oh, au premier abord, les maisons années 50 sont tristounes, celles de n'importe quelle petite ville de province. Et puis on arrive dans le vieux centre ville, et là, paf,  y a de la vieille pierre, mais par packs de douze. J'aime bien les vieilles pierres, alors je me suis régalé. Mieux encore, j'étais invité par le service patrimoine, et c'est un de ses membres qui m'a fait la visite, donc j'ai eu droit au grand tour, et c'était génial. Franchement, y a de ma muraille, de la vieille maison, de l'église patinée, du château, de la venelle, tout ce que j'aime. Encore merci, c'était génial. (et l'expo Mythe & super-héros est d'autant plus chouette qu'elle me cite extensivement comme si j'étais une autorité en la matière, là faut vite que je prenne du Daflon, mes chevilles ont quadruplé de volume) (ça va déformer mon jean, ça va pas le faire).

Mais j'étais là pour bosser. Et donc, hier, j'ai enchaîné deux ateliers avec des mômes. Et vous savez quoi, le collège, à Thouars, ils l'ont mis là où ils avaient de la place. Donc dans l'ancien château des ducs. Je suis fou de jalousie, du coup : moi, mon collège, c'était béton et mosaïque bleue, et peinture jaune pipi dans les couloirs. Eux, ils ont… un château, quoi. Rien que le réfectoire, c'est de la voûte en pierre de taille, et le fond, une cheminée (condamnée) dans laquelle on devait pouvoir rôtir… je dirais trois bœufs, facile. quatre, peut-être, en tassant un peu. La salle d'arts plastique, c'est sous les combles. Avec des poutres phénoménales. Bref, c'est pas exactement Poudlard, parce que c'est quand même du goût français Grand Siècle, mais c'est monumental. J'étais scié.

Après ces deux ateliers, ça a été une petite séance de dédicaces à la librairie, puis causerie à la bibliothèque. Je vous en parlais l'autre jour, il ne faut PAS remanier une conf deux jours avant. Parce que du coup, les deux versions se télescopent dans la tête, et j'ai asséné au public un bout que j'avais supprimé, mais que j'ai sorti quand même (et qui était partiellement redondant avec l'état de la conf tel que refaite). Je me serais foutu des baffes, tiens. Mais bon, le public a été super.

Bref, après une journée pareille, je suis flappi. Mais je reste très impressionné par le lieu, et absolument ravi de l'accueil : tout le monde a été d'une immense gentillesse. Merci à tous les Thouardais ? Thouartais ? **consulte fébrilement wikipedia** Thouarsais, donc. C'était super !

Franchement, si vous passez dans le coin, allez y faire un tour.

lundi 17 septembre 2018

Conférons

Mercredi soir, je donne une conférence (Figures et mythes des super-héros, 20h30 à la médiathèque de Thouars, pour ceux qui seraient dans le coin). C'est pas du tout la première fois que ça m'arrive, je commence à être rodé. Mieux encore, c'est la reprise d'une conférence que j'ai déjà faite il y a quatre ans. Donc un truc déjà tout près, qu'il me suffit juste de réviser un peu pour être paré. Le rêve, quoi.

Sauf que je suis moi. Et donc, en révisant le truc, je me dis des trucs du genre "ah, cette image est en trop, ça n'apporte rien, je peux la virer" ou "tiens, là ce serait bien de rajouter telle image, qui permettra de marquer tel point". Puis "ah, c'est vrai que mon ancien système de classement des images générait parfois des désordres selon les ordinateurs qui servaient à les projeter, je vais tout renommer pour éviter ce genre de désagréments". Et en renommant tout, forcément "cette partie là, en fait, ce serait mieux qu'elle soit plutôt à tel endroit, non, ce serait plus fluide".

Réviser une conférence, c'est l'affaire de deux heures, histoire de se la remettre en tête. Là, ça fait deux jours que je suis dessus et c'est un foutu champ de ruines. Et je suis le premier à dire que remanier en profondeur une conférence deux jours avant de la prononcer, c'est le meilleur moyen de se prendre les pieds dans le tapis.

Je me foutrais des baffes, tiens.

mardi 28 août 2018

Rentrée

Bon, c'est bientôt la rentrée, et je vais avoir un automne un peu chargé en interventions. Je vous donné déjà les trucs bordés :

le mercredi 19 septembre, je donnerai un conférence "Figures et mythes des super-héros" à 20h30 la bibliothèque de Thouars (c'est juste en-dessous de Saumur), et il y aura à 18h une séance de dédicace à la librairie Brin de Lecture.

Le jeudi 4 octobre, je dois participer à une table ronde à Paris, je vous en dis plus dès que les choses se précisent.

Vendredi 12 octobre, je dédicace à Quai des Bulles à St Malo, avec les éditions 21g.

Le dimanche 21 octobre, je donne une conférence débat sur les super-héroïnes à 14h30 au cinéma théâtre André Malraux de Chevilly la Rue, dans le 94, à l'occasion d'une projection d'Ant-Man and the Wasp.

Du vendredi 2 au dimanche 4 novembre, je serai en dédicace au Salon Fantastique, porte de Champerret, sur le stand des Indés de l'Imaginaire, avec les Moutons électriques.

Les jeudi 8 et vendredi 9 novembre, je participerai à un colloque sur le label Vertigo à l'université de Dijon.

Et si tout va bien, les jeudi 15 et vendredi 16 novembre, je devrais participer à un colloque consacré à H.P. Lovecraft à l'université de Nancy. (il reste de des détails à régler, mais c'est en bonne voie)

Voilà pour l'instant. à vos agendas !!!!

jeudi 23 août 2018

Prochainement dans les bacs


J'en avais déjà causé, mais je suis au sommaire du Novelliste n°2, qui sort tout bientôt. Je vous mets la 4 de couve, histoire de vous montrer qu'il y a plein de gens bien dedans.



Et du coup, histoire de vous allécher, je vous mets les premières lignes de mon texte :
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Une douce fraîcheur retombait sur la petite cour. C'était ce moment béni entre tous où la touffeur de la journée fait place à une brise légère, à ce dernier souffle du jour que les Hébreux, dans la Genèse, semblaient associer à la Présence divine dans le jardin originel. C'était l'heure où l'homme dépose le fardeau de ses travaux et peut s'accorder un moment pour réveiller son âme, en secouer la poussière avant d'aller s'installer autour du grand plat, avec les autres, pour remplir son ventre.
Hakem ibn Wathik al Musafir écoutait le doux bruissement des jets d'eau, les yeux mi-clos. Le vieil homme s'émerveillait du luxe que pouvaient représenter de telles fontaines au cœur du désert. Il ignorait quelle force les alimentait, et à quelle source secrète et souterraine elles allaient puiser. Arrivé la veille, il n'avait pas encore posé la question.

mercredi 22 août 2018

Bradbury Day (sur l'air de Oh happy day)

Aujourd'hui c'est le Bradbury Day, et en hommage au vieux Ray qui aurait eu 98 ans aujourd'hui, plein d'auteurs diffusent gratuitement une nouvelle. Voilà la mienne. C'est une vieillerie, qui a un peu plus d'une vingtaine d'années et est grevée de grosses scories de style, et des éléments qui datent le texte. Idéalement, ce serait à retravailler en profondeur, mais ça représenterait un énorme boulot (vu que ce texte est le premier d'une série qui en compte une demi-douzaine) (mais qui demeure inachevée à ce jour). Peut-être que je vous passerai le suivants à l'occasion, si ça vous plait.

L'illus est de Jim Lainé
je l'avais colorisée à l'époque, sous 'Toshop 2,5 ou 3, je ne sais plus



Quelque part au bout de la nuit

Le Bateleur se mit à rire, de ce rire moqueur mais désabusé qui était sa marque personnelle. Il porta le verre de bière à ses lèvres, en aspira une gorgée, puis le reposa sur un carré de carton à l’effigie d’un quelconque footballeur brésilien.

- Qu’est-ce que ça a de drôle ? Vous ne me croyez pas, c’est ça ? Vous vous moquez de moi comme les autres !

Haussant les épaules, le Bateleur essuya une goutte de mousse au coin de ses lèvres, puis il passa la main dans ses longs cheveux bouclés pour les remettre en ordre.

- Non, très cher. Pas comme les autres. Je me moque de vous, c’est vrai, mais précisément parce que je vous crois. Je me moque de vous parce que vous êtes tombé dans le plus vieux des pièges.

Le jeune homme regarda son interlocuteur sans comprendre.

- Que voulez-vous dire ?

- Juste ce que j’ai dit. Vous avez été manipulé. Vous avez vu et cru ce qu’on vous a montré. Rentrez chez vous et laissez-moi faire.

Le jeune homme fit mine de se retourner mais le Bateleur l’arrêta d’un geste.

- Ah, d’abord vous payez les bières. Ensuite vous rentrez chez vous. Je prendrai contact en temps utile.

Une fois qu’il fut parti, le Bateleur finit sa bière à petites gorgées et sortit à son tour. Il se sentait d’étrangement bonne humeur et décida de passer par Beaubourg avant d’aller jeter un coup d’œil à ce qui préoccupait tant le jeune homme.

Depuis le début des travaux, une grande partie des artistes de rue avait émigré vers la fontaine des innocents, ce qui avait donné lieu à d’âpres luttes pour la conquête du territoire. Le Bateleur avait refusé de s’en mêler. Il avait ses habitudes au pied de l’horloge de l’an 2000, à présent démontée. Il avait trouvé amusant de se livrer au métier médiéval de jongleur devant ce symbole de la foi progressiste.

Il lança les quilles les unes après les autres, les faisant tournoyer dans l’air au-dessus de lui. Deux ou trois badauds s’assemblèrent, des étrangers sans doute. Il décida de les épater un peu. Les quilles se mirent à briller au fur et à mesure qu’il murmurait d’anciennes paroles. Un japonais prit une photo. Il sera déçu, pensa le Bateleur. L’extrémité des quilles prit feu, et le japonais mitrailla de plus belle. Gâchis de pellicule, vraiment. Il est plus facile de faire croire des choses à une foule qu’à un objectif.

À l’issue du numéro, les pièces se mirent à pleuvoir dans la soucoupe d’étain. Les touristes se dispersèrent et bientôt il ne resta plus qu’un grand type dont le costume était à peu près le même que celui du Bateleur : pantalon de cuir, Doc Maertens et t-shirt, avec par-dessus un blouson de cuir râpé de la même couleur noire un peu passée que le reste.

- Il faudra un jour que tu m’expliques comment tu fais ça, et pourquoi tu ne le fais pas à chaque fois. Tu serais le jongleur le plus riche sur la place, si seulement tu étais plus constant…

- Un bon magicien n’explique jamais comment il réalise un tour, Kevin. Et devenir le plus riche des jongleurs ne m’intéresse pas.

L’autre haussa les épaules.

- Tu viens boire un verre ?

- Non. J’ai à faire ce soir. Je n’ai jonglé que pour me mettre en forme, me détendre un peu avant le vrai travail.

- À ta guise, répondit Kevin en haussant les épaules.

Remballant ses quilles, le Bateleur adressa aux passants un sourire entendu, puis il leur tourna le dos. Il laissa le centre culturel et ses tuyauteries derrière lui pour s’enfoncer dans le Marais. Les rares réverbères s’allumèrent d’un coup, tentant sans succès de remplacer la lumière d’un jour finissant.

Le porche n’avait l’air de rien, un recoin à deux pas d’une librairie anarchiste, un renfoncement obscur et anonyme donnant sans doute sur une courette intérieure. Le Bateleur entra. Un grand type à l’accent yougoslave l’arrêta d’un geste.

- Soirée privée, mec. Dégage de là.

Le Bateleur plongea ses regards dans l’œil droit du videur et commença à faire le ménage dans son esprit. Il ressentit comme une secousse quand l’autre céda. L’épais gardien se tint raide, vaguement absent. Le Bateleur lui passa la main devant les yeux et, n’obtenant aucune réaction, s’estima satisfait. Il pénétra plus avant dans le couloir obscur.

Un escalier voûté, puis les caves de l’immeuble. L’éclairage tamisé rendait la scène un peu indistincte, mais les nombreux reflets indiquaient sans ambiguïté l’omniprésence du cuir : cuir des sofas, cuir des vêtements, cuir des masques et des cravaches, le tout noyé dans une épaisse fumée.

- Qui voilà ! Jadran t’a laissé passer ?

- Je l’ai eu au charme.

Le patron de l’établissement esquissa un sourire et rajusta une lanière sur son épaule.

- Bien entendu. Ton charme est légendaire. Tu cherches quelque chose de particulier ?

- Une femme.

- Cuir, chaînes, ou les deux ? Une dominatrice, peut-être, ça te changera.

Sans relever le sarcasme, le Bateleur posa son sac dans un coin puis s’assit sur un canapé, à côté d’un ex-ministre trop occupé pour remarquer son intrusion.

- Pas une habituée. Elle n’a dû venir que trois ou quatre fois, et récemment. Charismatique, mais pas forcément jolie.

- Ton genre, quoi. Tu as enfin trouvé l’âme sœur ?

- T’occupe. Elle était là il y a deux nuits. Tu l’as vue, oui ou non ?

- Oui.

Le Bateleur se cala plus profondément dans le fauteuil.

- Quoi d’autre ?

- Qu’as-tu à m’offrir ?

- Que veux-tu ?

Le patron se pencha en avant et sa voix se fit murmure.

- Le nouveau préfet de police… Il était aux mœurs, avant. Et il ne me veut pas de bien. Comment s’en débarrasser ?

Pas de réponse. Le Bateleur regardait dans le vide, visiblement soucieux.

- Je sais que tu ne fais pas ce genre de choses, mec, continua le patron. Mais je sais aussi que tu connais des gens qui les font, et les font bien.

Toujours pas de réponse. Puis le Bateleur tira un paquet de cigarettes de sa poche, en arracha une languette de carton, puis y inscrivit un nom et une adresse.

- Voilà. Maintenant je veux mes réponses.

Le patron lut les deux lignes de texte, plia le carton et le glissa dans sa botte cloutée.

- Elle n’est venue que deux fois, commença-t-il, et à la deuxième elle était accompagnée par un type blond…

- Pas bien grand, l’air un peu perdu. Mais genre fils de bonne famille.

- C’est exactement ça, mec. Si tu connais les réponses, je ne vois pas pourquoi tu poses les questions. En tout cas, il avait le genre un poil drogué, mais qui n’a pas encore l’habitude. Jamais vu ce gars avant.

- Mais elle, d’où elle venait ?

- Elle avait une recommandation du Baron. Alors je n’ai pas osé me rancarder davantage. Mais son gigolo l’a appelé Beth… Je crois que c’était ça : Beth.

Le Bateleur se leva et reprit son sac ; il n’avait pas besoin de rester plus longtemps, ayant eu toutes les informations et toutes les confirmations que pouvait lui donner le patron de l’établissement. À côté de lui, l’ancien ministre se mit à gémir doucement. À grands pas, suivi par le patron, le jongleur se dirigea vers la sortie.

- Quand tu iras voir Christine, tu lui diras que tu viens de ma part. Elle saura ne pas te faire payer trop cher ses services.

- J’ai de l’argent, vieux. Je sais ce que ça coûte de se débarrasser d’un mec, surtout d’un officiel.

- Ce n’est pas de l’argent qu’elle te réclamera. Et en un sens, j’imagine que ça te plaira. Mais ça te coûtera cher de toute façon.

Puis il sortit. Dans le couloir, le videur était à genoux et vomissait abondamment.

- Salut Jadran, et bonne descente.

La rue était presque déserte, hormis deux pakistanais au noir qui déchargeaient un camion devant une boutique de confection. Le Bateleur les ignora, perdu dans ses pensées.

Le Baron n’était pas en ville, ce qui était plutôt une chance. Le Bateleur aurait le temps de couvrir ses traces avant qu’il ne revienne. Pour bien faire, il aurait fallu attendre qu’il fasse jour pour visiter l’appartement du vieil homme mais le Bateleur n’était pas sûr de pouvoir patienter jusqu’au lendemain. C’était le genre d’affaire à régler le plus vite possible, avant que la proie ne s’aperçoive qu’elle est traquée.

Vingt minutes plus tard, le Bateleur était au pied de l’immeuble du Baron, dans une petite rue donnant sur l’avenue de la Grande Armée. La porte à code ne lui résista pas longtemps et il monta quatre à quatre les grandes marches de marbre jusqu’au deuxième étage. Il n’avait pas allumé la lumière pour ne pas alerter le voisinage, et de toute façon l’obscurité ne le gênait pas outre mesure.

Il frappa à la porte, deux coups secs, et attendit une réponse qui ne vint pas. Sortant alors de son sac deux fines tiges d’acier, il entreprit de besogner la serrure, qui céda après un quart d’heure d’efforts. Où qu’il soit pour le moment, le Baron saurait qu’on était en train de pénétrer son saint des saints, mais le Bateleur n’en avait cure.

Sur la pointe des pieds, il entra dans le vestibule, évitant le regard sévère des ancêtres accrochés au mur. Il y avait quatre toiles, représentant chacune un homme entre deux âges, richement vêtu. La plus ancienne avait été peinte en Hollande, quatre siècles plus tôt. À elle seule, elle valait autant que l’appartement tout entier.

C’est dans un petit secrétaire empire qu’il trouva ce qu’il cherchait : le carnet d’adresses du Baron. Un coup d’œil à une des pendulettes lui démontra qu’il avait largement le temps d’en recopier l’essentiel. Il y avait là les coordonnées personnelles de quelques politiciens éminents, celles de deux actrices et les adresses de quelques pointures de l’occulte : un sataniste, deux sorcières dont la réputation avait franchi les frontières, le leader d’une petite secte thaumaturgique qui se réclamait de la Golden Dawn… Et dans le tas, le numéro de téléphone d’une Erzebeth.

- Banco. À nous deux, Beth…

Il n’avait plus de raison de s’attarder. Reprenant son sac, il laissa les lieux en l’état, ne prenant qu’un stylet d’acier, objet ancien aux armes d’une grande famille de la Russie Impériale. Le Baron le retrouverait bien un jour et suivrait une fausse piste qui le mènerait tout droit à un kabbaliste de Prague, ce qui aurait pour effet direct de blanchir le Bateleur. Un bon moyen de ne pas attirer l’attention sur soi. Et de la détourner à mesure…

Il ne lui fallut que quelques instants pour se perdre dans la foule qui se pressait aux sorties des cinémas, sur les Champs. Descendant l’avenue, il se retrouva bientôt sur les bords de la Seine qu’il remonta jusqu’à la passerelle des Arts. Les projecteurs des bateaux-mouches illuminaient le fleuve, donnant à l’eau un aspect féerique, lumineux et propre, difficilement compatible avec la grisaille affichée de jour. Le Bateleur traversa, s’enfonça dans le dédale des ruelles du sixième arrondissement, puis arriva devant l’école de médecine.

Le studio n’était pas très reluisant. L’unique fenêtre donnait sur une des galeries latérales de l’Odéon, les murs étaient couverts d’affiches révolutionnaires déchirées, dont un Che garanti d’époque. Mais il y avait un coin de la pièce qui tranchait avec le reste : trois ordinateurs récents, dont un que le grand public ne verrait jamais, un fouillis de câbles et de périphériques bourdonnant en cadence, et au milieu de tout ça un improbable personnage, moitié étudiant attardé, moitié savant fou à la conquête du monde.

- Monsieur Wire, tu aurais deux minutes pour me trouver à qui appartient ce numéro de téléphone ?

- Il y a des annuaires inversés, pour ça.

- C’est probablement une liste rouge.

Le maître des lieux haussa le sourcil et prit un air intéressé.

- Un officiel ?

- Ce numéro-là, non. Mais l’affaire devrait permettre de faire tomber le préfet de police.

- Pas mal. Donne-moi ce numéro.

Tout en tapant quelques codes sur un des claviers, l’informaticien continua la conversation comme si de rien n’était.

- Mais au fait, bonhomme, je croyais que tu restais en dehors des affaires politiques… Tu viens de rallier la cause ?

- C’est juste… un effet secondaire d’un travail que je suis en train d’accomplir.

- Je comprends mieux. Dis donc, tu frappes fort… C’est un numéro réservé.

- Et c’est quoi, ça ?

- Numéro sans abonné, mais pas libre non plus… C’est encore mieux que la liste rouge : il n’existe pas.

Le Bateleur se pencha vers l’écran. L’histoire commençait à l’inquiéter.

- C’est bidon ? Le numéro est faux ?

- Non. Réservé. Ça veut dire qu’on les garde pour des services spéciaux, des concubines de présidents, des transfuges à haut risque… C’est un peu plus compliqué à obtenir. Reviens dans une heure.

Une heure à tuer, une heure de perdue. La nuit ne serait probablement pas éternelle, et il fallait conclure vite. Le Bateleur jeta un coup d’œil à un horodateur. Une heure et demie du matin. Il valait peut-être mieux mettre l’intermède à profit pour retourner voir le jeune homme et lui demander des précisions.

Il ne lui fallut pas longtemps pour arriver au Panthéon. Il pénétra dans un des immeubles cossus de la place et monta jusqu’à l’appartement où vivait son client. Il frappa par acquit de conscience, mais soit le jeune homme dormait, soit il n’était pas là. Le Bateleur força la serrure, bien plus facile à domestiquer que celle du Baron.

Personne dans l’appartement. Luxueux, mais un poil trop tape à l’œil. Le Bateleur sourit en constatant qu’une sérigraphie de Klee avait été posée à l’envers. Il y avait une reproduction d’un Bacon, aussi, un genre de crucifixion sanguinolente. Curieusement, le Bateleur se dit que ça faisait sens. Il passa en revue les quelques pièces. Le lit était défait, impossible de savoir depuis quand. Inutile de s’attarder. Le Bateleur sortit, ferma la porte et retourna chez Monsieur Wire.

L’informaticien était occupé à sortir un listing d’adresses secrètes du ministère de la Défense.

- J’ai ce que tu m’as demandé. Tu ne me dois rien, à propos. J’en ai profité pour récupérer quelques trucs utiles.

- Je n’en doute pas, Wire. Où vit-elle ?

- Elle ? C’est une fille ? Marrant, l’adresse correspond à une société d’export… Une nana, dis-tu… Dis-moi, le jongleur, tu ne serais pas en train de t’encanailler ?

- Encanaille-toi toi-même, Wire. Tu en a plus besoin que moi. Ça fait combien de temps que tu n’es pas sorti de ton antre ?

- Depuis hier matin, pour aller chercher des surgelés.

- Soit c’est une coïncidence, soit tu es en progrès. Allez, merci.

De retour dans la rue, le Bateleur regarda l’adresse. Un appartement en bas de la rue Saint Martin. À trente mètres à peine de l’endroit où il jonglait d’habitude. La coïncidence lui arracha un sourire : il était passé devant en début de soirée, avant même de commencer ses recherches.

L’entrée de l’immeuble n’était pas fermée. Il s’arrêta devant les boîtes aux lettres, mais ne trouva aucune indication de nom pouvant correspondre à Beth ou à une société d’export. Il ressortit. Vu de la rue, il n’y avait aucune fenêtre éclairée. Vu de la cour, juste une lueur mouvante, perçant entre deux rideaux au troisième. Le Bateleur hésita un instant : si près de son territoire, il ne voulait pas courir le risque de se tromper.

Il grimpa l’escalier à pas de loup et s’arrêta devant la porte. Collant son œil au judas, il n’arriva à percevoir qu’un point de lumière jaunâtre, de l’autre côté. En désespoir de cause, il se pencha pour écouter à la serrure.

La vie des animaux, la bande son assourdie d’un documentaire sur les mœurs d’une antilope du Kenya. Pas le genre de bruits auxquels il s’attendait. Le Bateleur s’écarta de la porte et s’accouda à la rampe de bois usé pour chercher une autre approche.

Il redescendit étudier les boîtes aux lettres. À la lueur de son briquet, il en repéra deux qui ne portaient pas d’étiquette. Une d’elles correspondait à une chambre de bonne sous les combles et l’autre à l’appartement du quatrième gauche. Pas de courrier ni dans l’une ni dans l’autre, pas plus que de prospectus. La chambre de bonne ne cadrait pas. L’appartement, par contre…

La porte ne payait pas de mine, avait besoin d’une couche de peinture et n’était pas fermée. Il entra en silence. Personne dans le salon, ni dans la cuisine. Un gémissement étouffé se fit entendre, venant de la chambre à coucher. Le Bateleur entrouvrit la porte. Elle était là, léchant -non- buvant l’intérieur de la cuisse du jeune homme. Lui geignait doucement, en cadence avec les bruits de succion de la femme, le regard vide. Le Bateleur posa son sac, en sortit une baïonnette et s’approcha de celle qui ne pouvait être que Beth.

Elle l’entendit, mais trop tard : il l’attrapa par les cheveux, la tira en arrière et lui trancha la gorge. Le jeune homme sortit de sa torpeur et se mit à hurler. Le Bateleur finit de couper la tête de la femme et la posa par terre, devant le lit. Puis il lui planta la baïonnette dans le cœur. Le jeune homme eut un haut-le-coeur, se rua vers la salle de bain mais vomit avant de l’atteindre et il finit par s’écrouler, perdant abondamment son sang par sa blessure de la cuisse. Artère fémorale tranchée : la blessure qui tue les matadors dans l’arène, pensa le Bateleur. Portant le corps de la femme, il enjamba le jeune homme et entra dans la salle de bains. Un lavabo luxueux, pas mal de produits de beauté, mais pas de miroir.

Le Bateleur posa le corps dans la baignoire et l’aspergea de tout ce qu’il put trouver de combustible : eau de Cologne, lotion capillaire, parfum, essence à briquet, puis il y mit le feu. Pendant que Beth brûlait, il partit chercher un sac en plastique dans la cuisine et emballa soigneusement la tête. Puis il s’occupa du jeune homme, pansa sa plaie, l’habilla et le réveilla en le giflant.

- C’est fini. Elle est morte.

Le jeune homme eut un nouveau haut-le-coeur, mais il n’avait rien à vomir et il tomba à genoux en se contorsionnant.

- Je sais, c’est comme un éternuement qui refuse de partir, lui glissa le Bateleur. Je vais vous apporter un verre d’eau, ça vous fera du bien. Après, il faudra nous en aller.

D’une main tremblante, le jeune homme accepta le verre d’eau et il se mit à boire à petites gorgées. Le Bateleur attendit patiemment qu’il ait fini puis il essuya soigneusement le verre et retourna le porter dans la cuisine. Ensuite, il alla récupérer sa baïonnette dans les restes fumants qui jonchaient le fond de la baignoire. Le feu avait parfaitement nettoyé la lame.

Dix minutes plus tard, les deux hommes traversaient la Seine. Au milieu du pont, le Bateleur tendit au jeune homme le sac en plastique contenant la tête.

- Tenez. C’est à vous qu’il revient de finir ce qui a été commencé.

Le jeune homme hésita, se décida enfin à prendre le sac et le jeta dans le fleuve. Les remous s’effacèrent au moment où l’aube commençait à poindre. Le jeune homme regardait l’eau sans mot dire, tête basse.

Le Bateleur le laissa là et repartit vers Beaubourg. Les quilles s’agitaient dans son sac, semblant réclamer une heure ou deux de jonglerie.

mardi 21 août 2018

Rule Britannia

J'en parlais hier, mais tenez, c'est l'occasion de vous montrer à quoi ressemblera mon Uther :
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Uther était jeune enfant encore, lorsque la nouvelle du sac de Rome par les Goths parvint en Bretagne. Pour certains, et même pour la plupart de ses compatriotes, la Ville n’était qu’un maître lointain, surtout pourvoyeur d’impôts et de corvées. Pour d’autres par contre, Rome représentait la présence vivante d’une grandeur touchant au cosmique, une source jaillissante de civilisation qui soudain s’était tarie.

Dans les vertes campagnes de l’île, bien entendu, cela ne changea rien de prime abord à la vie quotidienne, ou si peu. Certes, les quelques légions s’en étaient allées sur le continent défendre ce qu’il restait de la cité impériale, mais l’alternance des saisons ne s’en trouvait pas perturbée pour autant, pas plus que les moissons. Dans les villes, les vieilles familles tentaient de grappiller le pouvoir abandonné par ceux qui gouvernaient jusqu’alors au nom des distants et faibles césars, et elles et se livraient à d' insidieuses luttes d'influence.

Depuis des générations, dans tout l’Empire mais particulièrement sur l’île de Bretagne, les descendants de légionnaires se fondaient dans la population et portaient leur loyauté vers la terre qui les avait vu naître plutôt que vers la ville de leurs ancêtres, dont les ordres mettaient des semaines à leur parvenir et ne se manifestait guère que pour exiger des impôts toujours plus accablants. Ces descendants de colons armés n’étaient plus romains que de nom. D'ailleurs, si leur langage restait nominalement celui de la ville-monde, Cicéron et Virgile n’auraient pas reconnu leur parler abâtardi. Et puis ces terres bretonnes s’étendant aux marches de l’Empire n’intéressaient plus guère leurs maîtres lointains. Elles constituaient un avant-poste sans importance, au contact de régions barbares et mal connues de l’occupant, avec lesquelles l’on commerçait vaguement. Nul ne s’était soucié de soumettre leurs habitants, les Gaels, les Scots d’Iwerddon - cette île que les Romains appelaient Hibernie et ses habitants Eirinn. Pas plus qu’au Nord de la Bretagne, l’on avait tenté de mettre au pas les Pictes de Calédonie. Tous ces peuples avaient depuis longtemps été jugés trop sauvages et arriérés pour apporter à l’Empire quoi que ce fut qui vaille de se lancer dans une campagne coûteuse pour les intégrer à la Pax Romana. Quelques murs et camps avancés avaient suffi pendant plusieurs siècles à tenir en respect leurs guerriers peinturlurés et à demi nus.

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Voilà voilà…