jeudi 23 mai 2019

Walt !!!!

Ayé, il est dans les bacs !
C'est aujourd'hui que sort Deux Frères à Hollywood, la BD que j'ai écrite sur la vie de Walt Disney, avec aux dessins l'excellent Felix Ruiz !


Et sinon, je serai ce week-end aux Imaginales, à Epinal, pour dédicacer Trois Coracles Cinglaient vers le Couchant. Si jamais vous êtes dans le coin…

mercredi 22 mai 2019

Auteur, compositeur, interprète, ah non, pas compositeur

Ah, hier soir, j'ai fait l'interprète pour une rencontre avec S.T. Joshi, auteur de la monumentale biographie Je Suis Providence consacrée à Howard P. Lovecraft (si vous avez aimé mon album sur le sujet, ce bouquin en deux tomes est l'occasion d'approfondir jusqu'au bout). étaient présents également Christophe Till, qui a dirigé les traducteurs du bouquin (dont moi) et Jérôme Vincent, l'éditeur de l'ouvrage, en tant que boss d'Actu-SF.






Assez peu de tentacules autour de la table, curieusement

Traducteur pro depuis vingt ans (en fait, dix-neuf ans et neuf mois, mais vous n'allez pas chipoter, hein ?) je suis habitué à travailler dans le secret de mon alcôve (mot élégant pour décrire l'exigu foutoir qui me tient lieu de bureau) face à mon écran et à mon rythme. Et face à un texte écrit, surtout. Faire l'interprète, c'est un exercice d'un tout autre ordre, que je n'avais pratiqué qu'une seule fois jusqu'ici. Je remercie d'ailleurs M. Joshi d'avoir parlé en phrases délibérément courtes, voire par demi-phrases. Ça m'a évité bien des nœuds au cerveau.

Mais pas de me viander sur des mots proches, comme "autistic" que j'ai entendu "artistic" avec les conséquences que vous imaginez.

En tout cas, M. Joshi a été absolument charmant, et très intéressant.

Si vous êtes à Epinal ce week-end, il y sera d'ailleurs. Et moi aussi.

dimanche 19 mai 2019

Mon chien est un fantôme

J'ai revu Ghost Dog, la voie du samouraï il n'y a pas plus tard que quelques temps de ça. Voilà un film à l'ambiance tout à fait étrange, et que j'aime beaucoup pour tout un tas de raisons. (tiens, j'ai envie de me revoir Smoke, aussi)

 
De toute façon, j'ai toujours apprécié Whitaker
(Bird, putain, quel film. je lui en pardonnerais presque Terre Champ de Bataille)

Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, ce film de Jim Jarmush, sorti il y a une vingtaine d'années, raconte le dernier baroud d'un tueur à gages joué par Forest Whitaker, qui opère dans une ville moyenne de la Côte Est des USA, peut-être une banlieue de New York, et qui vit selon les préceptes du Hagakure, un des manuels des samouraïs (on en connaît deux principaux. Le plus fondu est justement celui-ci, qui est franchement un bréviaire d'un fanatisme zen très bizarre. pour avoir une version moins psychotique, voir Le Traité des Cinq Anneaux (ou Roues, selon les traductions) écrit par Musashi et nettement plus pragmatique).

Quand Whitaker chanellise Samuel Jackson


J'ai toujours bien aimé ce film, et vraiment apprécié le parcours de ce personnage autodidacte qui parvient à se transcender via un texte reçu on ne sait trop comment. Malgré sa profession funeste, Ghost Dog est plutôt un bon gars, bienveillant, un peu renfermé et très sympathique, qui évolue au milieu de personnages parfois aussi étranges que lui : le marchand de glaces joué par Isaach de Bankolé, une petite fille grande lectrice, et surtout une brochette de mafieux en bout de course, qui posent aux parrains tout en étant parfaitement minables, sous louant pour leurs réunions l'arrière-boutique d'un restau chinois à deux doigts de les virer.

Ces pauvres types emploient Ghost Dog, mais après un contrat qui a dérapé, reçoivent l'ordre d'un gang plus puissant de faire disparaître l'assassin. S'estimant trahi, il commence à les éliminer méthodiquement.

La clé du film est le moment où l'un de ces mafieux sur le retour (joué par l'excellent Victor Argo) prend conscience du cadeau qu'il leur fait : "tu te rends compte ? Lui, il nous prend au sérieux. Il nous inflige une vendetta à l'ancienne." (je n'ai plus le dialogue exact en tête, mais il revient à ça) Le vieux en est reconnaissant, il se sent justifié par rapport à ce qu'il tentait d'être, validé. La conscience qu'il avait de son état de minable apparaît alors au spectateur.

 
Jarmush s'est fait plaisir, allant chercher de pures gueules du cinéma de mafia

Je me souviens de ma première vision du film, que j'avais beaucoup aimé mais avec une réserve. En voyant les scènes d'entrainement de Ghost Dog, je m'étais dit "bon sang, quel dommage qu'ils n'aient pas filé un maître d'armes à Whitaker, il ne sait vraiment pas se servir d'un sabre" et ça m'avait semblé être un défaut du film, un manque de rigueur par rapport au sujet.

C'est cette scène du vieux mafieux mourant qui m'a permis de comprendre le sens à donner à ce point : Ghost Dog est dans le même cas que les mafieux. Il vit sur une image. Il a appris la voie du samouraï dans un bouquin et s'est conformé à un cliché, en apprenant pas mal de trucs tout seul (il a été formé à son métier par le personnage joué par Argo, mais son trip samouraï lui appartient en propre). Il s'est conformé à un cliché, tout comme les mafieux de son quartier se conformaient à un cliché. La différence, c'est que lui est quand même parvenu à une grandeur intérieure, sublimant sa simplicité.

Son incapacité à manier son sabre dans les règles n'est pas une maladresse de la direction d'acteur. C'est un signe, l'indice que la posture de Ghost Dog est une construction mentale personnelle, une marotte qui lui a permis de se construire et qui domine sa vie, mais qui demeure cela : une marotte, comme collectionner les comics ou se donner à fond dans des compétitions locales de bowling (oui, c'est à vous que je pense, le Dude, Walter et Donnie). Une manière de se sentir exister.

 Sérieux, d'un bout à l'autre du métrage, il sait pas tenir son sabre

Forcément, je me reconnais pas mal dans ce film et ce personnage. Dans pas mal de domaines, je suis un autodidacte avec les défauts (et je l'espère, les qualités) que cela implique. Je sais pourquoi j'ai cette capacité de me plonger à corps perdu dans l'étude de tel ou tel sujet mineur. Mon entourage est fait pour une bonne partie de personnages étranges et pittoresques (peut-être certains d'entre vous, amis lecteurs de ce blog rentrez sans le savoir dans cette catégorie, mais sachez que c'est aussi pour ça que je vous aime, pour ces sommes de petites bizarreries qui empêchent ce monde de basculer dans un formatage stérile et le rendent donc vivable).

Je ne revois pas très souvent Ghost Dog, mais j'adore ce film. Quand je parle de cinéma dans ces colonnes, c'est souvent pour me moquer, et pas toujours gentiment. Ce n'est pas du tout le cas ici. Ghost Dog est un beau film. Tout simple dans son déroulé et ses moyens. Très simple dans ses enjeux. Ce n'est pas un exercice de virtuosité, pas un grand film d'action très malin. Juste une fable qui me fait du bien à l'âme. Et c'est en cela qu'il est grand.

mercredi 15 mai 2019

Exquis

Un exercice que j'aime bien, quand j'anime des ateliers BD, c'est le cadavre exquis. Le principe est simple : chaque participant dessine à son tour une case d'une BD collective, en rebondissant sur la case précédente.
Cet exercice a pas mal d'intérêts :

- Il permet de mettre les participants en mode "résolution de problème" plutôt qu'en mode création pure. En effet, quand ils récupèrent la page, ils ont déjà quelque chose sur quoi bâtir, plutôt que d'angoisser sur une page blanche. Ça délie les crayons, donc.

- Comme chacun a ses idées, sa sensibilité, ça se télescope, souvent jusqu'à l'absurde. Et cette absurdité du résultat est précieuse, elle permet de libérer de la créativité brute. Si l'on ne s'interdit rien, si aucune idée n'est considérée comme ridicule tant qu'elle permet de faire avancer le récit, alors on ne se bride plus. C'est souvent un problème au départ : un auteur n'est pas toujours le mieux placé pour juger de ses propres idées. Très souvent, on a tendance à s'auto-censurer. Mieux vaut lâcher les idées, les laisser reposer et faire le tri, au lieu de les écarter d'emblée avant de les coucher sur le papier. De ce point de vue, le cadavre exquis permet des choses fructueuses, de sortir des idées parfois foutraques et frappadingues, et du coup d'exercer des "muscles" créatifs qui sinon s'étioleraient.

Ce matin, ça a donné une histoire d'araignée géante attaquant un château fort, et que les défenseurs combattent à l'aide d'un spray géant. Mais une vache présente est touchée aussi, et fusionne avec l'araignée. Avant d'éternuer et d'abattre le château.

Un extrait (dans lequel j'ai vaguement chanellisé Guernica, je crois, pour la vache) :


Et du coup, un des élèves m'a demandé d'immortaliser le monstre que nous avions créé :

Ça aurait pu être pire, on aurait pu créer un Princeraignée
Dieu sait quels rejetons une telle créature aurait pu engendrer

dimanche 12 mai 2019

Trios, triades, tricycles et trimardeurs

Bon, c'est dimanche, alors bon dimanche, sous vos applaudissements tout ça tout ça comme dirait l'autre. Jour de repos, sauf que si certains d'entre vous traînent dans le 95 cet aprème, n'hésitez pas à passer au Grand Cercle d'Eragny, au centre commercial Art de Vivre (accès par l'A15 et la N184) pour venir vous faire signer mes bouquins, j'y serai pour y cochonner artistement des pages de garde.


Et puis comme c'est dimanche, c'est l'occasion de gratter un peu ces vieilles histoires mythologiques sur lesquelles j'accumule des notes en vrac depuis bien des lunes.

Aujourd'hui, j'ai envie de parler de triades divines.
Alors, pour nous autres dans un monde assez marqué par le christianisme, la triade de base est la Sainte Trinité, Père Fils et Saint Esprit, qui a un sens et une articulation précise, et dont je ne causerai pas plus avant aujourd'hui. C'est un cas particulier, qui mérite un article à lui tout seul, et en retracer l'archéologie pourrait s'avérer intéressant. Et là, peut-être qu'on reparlera de notions que je vous livre ce matin.
Bref, les triades.
En mythologie (et dans plein d'autres domaines, d'ailleurs), plein de trucs vont par trois. Et donc, on a des groupes de héros, des groupes de dieux, des choses comme ça, qui s'agrègent selon ce nombre précis. Quand il s'agit de dieux, on appelle ça une triade. C'est plus ou moins formalisé, plus ou moins implicite, mais je pense que la notion vous est à peu près familière.
Là où ça devient rigolo, c'est quand on commence à les classer, ces triades. Parce qu'il y en a plusieurs sortes.
Pour ma part, j'en relève trois. Une triade de modèles de triades.

Le premier type, c'est celui qu'a défini Dumézil, ce qu'il appelle la "triade fonctionnelle". Les dieux y représentent des fonctions sociales et leur réunion permet l'émergence d'une société complète.
Les trois fonctions sont la souveraineté ou le sacré (notions liées : l'existence dans mas mal de cultures d'un crime de lèse majesté démontre bien le caractère particulier du souverain), la force et la fécondité.
Chez les nordiques, ça donne Odin, Thor et Freyr. Les déesses du jugement de Pâris fonctionnent clairement selon ce principe, avec Héra, Athéna et Aphrodite (on en a déjà causé, Athéna est une déesse de la guerre avant toute chose). Dumézil dégage des brumes de la fondation de Rome une triade Jupiter, Mars, Quirinus qui lui semble exemplaire sous ce rapport.
Ce qui est intéressant, dans cette triade-ci, c'est qu'elle nous renvoie directement à la société humaine, aux contingences de la vie. En général, on a des dieux très incarnés, là-dedans.

Le deuxième modèle est un peu moins connu, mais j'ai l'impression qu'on le retrouve dans tout le Proche-Orient ancien. C'est une triade astrale, dont chaque terme renvoie au ciel. Curieusement, à Babylone et aux alentours, le Soleil n'y tient qu'une place assez subalterne. On y a Sîn, Ishtar et Samas, respectivement la Lune, Vénus et le Soleil. Avec la Lune au sommet. (y a des variantes, et de toute façon le grand sanctuaire de Sîn n'est pas Babylone, mais plutôt Ur). Ce qui est intéressant, c'est qu'en Anatolie, on retrouve une triade similaire, pas qui a été absorbée par les Grecs (alors je sais, les Hellénistes ne sont pas tous d'accord dans ce domaine, et un certain nombre d'entre eux tiennent au caractère purement grec d'Apollon, ce dont je ne suis pour ma part pas du tout convaincu, peut-être qu'on en reparlera un jour). Toujours est-il qu'on retrouve cette structure avec Artémis, Aphrodite et Apollon (le fait qu'il y ait allitération a peut-être du sens, ou pas). Notons le flottement : chez les peuples sémites, la Lune est masculine et le Soleil aussi. Il y a un certain nombre de peuples de la région où la Lune est Masculine et le Soleil féminin, et tout porte à croire que c'est la forme la plus archaïque. Et pour la petite histoire, la langue allemande contemporaine conserve le féminin pour soleil et le masculin pour lune).

La triade du troisième type, qui est généralement plus récente que les précédentes, correspondant dans certains cas à une réflexion théologique avancée, est de nature cosmique. Les trois divinités s'y partagent l'univers tout entier et y patronnent d'énormes blocs. En Grèce, c'est le groupe Zeus, Poseidon, Hadès, responsables respectivement du ciel, de la mer et du monde souterrain (la surface de la terre elle-même, au milieu de tout ça, étant le séjour de l'homme) et c'est peut-être (gros peut-être) une construction assez récente, la plupart des religions les plus anciennes mettant le dieu du ciel en retrait (c'est El chez les Cananéens, Ouranos chez les Titans grecs, et on a des équivalents en Egypte).
L'autre grande triade cosmique est celle de l'hindouisme, et pour le coup on sait qu'elle correspond à une synthèse tardive. C'est Brahma, Vishnu et Shiva, patronnant respectivement création, conservation et destruction. Là, d'une certaine façon, là où les Grecs spatialisent la répartition des compétences divines, on en revient ici à quelque chose d'apparemment fonctionnel, mais c'est en fait surtout temporel : la cosmologie hindoue est basée sur des cycles, sur la grande roue du karma, et la succession de ces trois fonctions s'intègre parfaitement à une construction de ce genre.

Y a-t-il d'autres sortes de triades ?
Si on regarde la triade héliopolitaine qui, si ses dieux sont anciens, correspond quand même semble-t-il à une réinterprétation plus tardive (mais peut-être que des spécialistes pourront préciser ça en commentaire), on a Osiris, Isis et Horus. D'une façon évidente, elle renvoie à une simple structure familiale (père, mère, fils). Mais plein d'éléments viennent parasiter cette évidence : Isis et Horus ressemblent fort aux composantes Vénus/Soleil des mythes du reste du Croissant Fertile. Mais par contre, les aspects lunaires d'Osiris sont nettement moins évidents. Par ailleurs, Osiris qui meurt et devient impuissant, ça renvoie à des motifs célestes très courants dans la région (je parlais d'El et d'Ouranos un peu plus haut). Et d'un autre côté, Isis a parfois été associée à la Lune, mais là aussi, c'est peut-être ultra tardifs.
Donc voilà… Aucune conclusion claire à tirer de tout ça, juste des pistes de réflexion. Ça dort dans mes tiroirs depuis un bail, autant que je vous en fasse profiter, pas vrai ?

jeudi 9 mai 2019

Sorties en rafale



Bon, déjà, demain je suis en dédicace à partir de 18h à la Dimension Fantastique (c'est en haut de la rue Lafayette, à Paris)

Et ensuite, j'arrête plus :

Dimanche 12 mai, je dédicace de 14 à 18h à la librairie Le Grand Cercle, centre commercial Art de Vivre à Eragny (95)

Mercredi 15 mai, Le Nuage Vert organise pour la sortie des 3 Coracles une soirée spéciale Roi Arthur, avec en guest de prestige Thomas Spok et William Blanc !

Le lendemain, jeudi 16 mai, je fais un saut à la librairie Mollat, à Bordeaux, à partir de 17h, pour y parler de Lovecraft et dédicacer les Coracles, avec Patrick Marcel en vedette américaine !

Le 21 (ou le 22) mai au soir, il devrait y avoir une soirée Lovecraft chez Gibert Jeune à Paris St Michel avec S.T. Joshi !!!!

Samedi 25 et dimanche 26 mai, j'irai trainer mes crayons pour dédicacer au festival Les Imaginales d'Epinal, avec les Moutons électriques.

Dimanche 9 juin, y a des chances que je sois à Lyon-Bd pour signer Deux Frères à Hollywood avec les éditions 21g.

samedi 4 mai 2019

Pause toujours

Ah, depuis deux trois jours je peux lever le pied sur le boulot (un peu).

Ça me permet d'aller déjeuner avec des amis, traîner chez des libraires, me poser pour regarder les mésanges tourner autour des buissons, sur le chemin de la gare. Les lézards qui prenaient le soleil y a quinze jours se sont par contre planqués. On les comprends. C'est vache-qui-pisseland, en ce moment.

Parmi les petits trucs faits ces derniers temps, j'ai bouclé des traductions de comics, une préface et un appareil critique pour une grosse réédition de SF, un peu comme je l'avais fait pour Thoan y a quelques temps de ça, bricolé des illustrations pour ma prochaine nouvelle (l'extension de ce texte-ci pour le numéro 4 de la revue Le Novelliste à paraître bientôt) (les illus en question sont d'odieux trucages élaborés à partir de vieilles gravures, j'ai honte), j'ai attaqué la Saison 5 de la Gazette des Etoiles, envoyé le découpage d'un nouvel album de BD…

Cette illus contient un spoiler


Ouais, ça fait du bien de regarder les mésanges, des fois. Et de surveiller les moineaux. En face de ma fenêtre, papa moineau tente d'apprendre à voler à fiston moineau. Fiston veut pas. Papa lui montre. Papa pousse fiston vers le vide. Fiston veut pas. Fiston s'accroche et tient bon. Le suspense est insoutenable. C'est rassurant de voir que les moineaux aussi ont des ados de mauvaise volonté chez eux.

vendredi 26 avril 2019

Sources

Tiens, j'ai de temps en temps des questions sur les sources auxquelles j'ai puisé en écrivant Trois Coracles.

C'est une bonne question, parce que ces sources sont très diverses, que c'est un peu un foutoir, à l'image de ma façon de travailler de toute éternité.

On pourrait croire que j'ai tapé dans l'arthurien classique, dans Mallory et Chrétien. Alors bien sûr que je les avais en tête, mais justement, ce sont les auteurs auxquels j'ai évité de me référer pendant tout le processus, pour ne pas me "polluer". Pour ce qui est des sources médiévales, j'ai essayer de me cantonner autant que possible au premier millénaire (même si du coup ma Calibourne est légèrement anachronique).

En sources "directes", j'ai tapé dans les chroniques saxonnes, qui donnent des détails divers (et contradictoires) sur Vortigern/Gordiern, Ambrosius, Uther et quelques autres. Tout a été écrit bien après les événements que je décris, mais ça permet de faire émerger le contexte, de récupérer des bouts de faits.

Dans le tas, notons particulièrement Bède le Vénérable et l'Historia Brittonum. J'ai un peu tapé aussi dans Geoffrey de Monmouth, beaucoup plus tardif, mais chez lequel il était possible de picorer des éléments. J'ai picoré aussi chez Gildas, en redressant sa chronologie qui me semblait toute pétée, ainsi que chez Nennius.

En ce qui concerne le voyage d'Uther, j'ai repris des éléments de celui de Saint Brendan, ainsi que de la ballade de Mael Duin (que je cite d'ailleurs nommément). Les clichés de l'île de glace et de l'île baleine viennent de Brendan, la lumière insoutenable sur l'île aussi (quoique je ne la traite pas de la même façon du tout). La dérive temporelle vient de Mael Duin.

En études sur Arthur et son mythe, j'ai gratté dans tout ce qui me tombait sous la main, mais le bouquin qui m'a été le plus utile est sans doute l'Arthuriana de Thomas Green qui fait une recension critique de tout plein de sources. Ça m'a beaucoup aidé dans me recherches.

Après, pour le contexte de l'Empire romain finissant, les livres de deux historien m'ont beaucoup aidé : ceux de Patrick Geary et ceux d'Alessandro Barbero. Si vous vous intéressez à cette époque, Naissance de la France et Quand les Nations Refont l'Histoire, du premier, sont assez épatants. Les Barbares et Le Jour des Barbares, du deuxième, permettent de remettre à plat bien des clichés convoqués un peu trop souvent de nos jours.

Après, des Histoires de l'Angleterre et des Histoires de l'Irlande m'ont pas mal aidé. Sur l'Irlande, notamment parce que je n'avais aucune idée précise de ce à quoi ça pouvait ressembler vers 450. Le roitelet qui reçoit Uther sort d'une liste dénichée sur Wikipedia, qui m'a permis de trouver un chef correspondant aux dates et au lieu qui m'intéressaient.

Les lecteurs de L'Ours, de Michel Pastoureau, auront peut-être levé le sourcil en lisant certains passages de mon roman. Ils auront eu raison.

Voilà, je crois que j'ai fait à peu près le tour. Je pense pas trahir le moindre secret de fabrication, et de toute façon, tout cela est assez facilement accessible. Et ça pourrait vous servir si d'aventure, vous aussi vous vouliez tenter d'écrire sur le sujet. Chacun accommode ses sources à sa sauce.

lundi 22 avril 2019

Se faire appeler Arthur

J'ai eu (j'ai peut-être encore) une assez longue séquence lovecraftienne, au cours de laquelle j'ai écrit sur le sujet (une nouvelle, un roman, des articles, une BD, peut-être un prochain bouquin), traduit sur le sujet (des comics, la grosse bio de Joshi, un volume de Clark Ashton Smith) et été appelé à m'exprimer régulièrement sur Cthulhu et consorts.

On peut en dater le début de 2013 et de ma traduction de Neonomicon, ou un peu plus tard de la rédaction d'Eschatôn. Bien entendu, les germes en remontent plus loin, mon article sur les rêves chez HPL en témoignait déjà du temps du vieux forum Superpouvoir. Depuis ma première lecture de l'Appel de Cthulhu vers 1987, je tourne autour du sujet.

Là, depuis deux ans, je suis entré de plain pied dans une séquence celtico-arthurienne. Mon roman Trois Coracles Cinglaient vers le Couchant en témoigne, bien entendu. Mais en termes de traductions de comics, j'ai eu à faire Unholy Grail, chez Snorgleux (une relecture dark de l'histoire d'Arthur) et plus récemment l'Epée Sacrée, chez Delcourt (une version SF, un peu à la Ulysse 31, ou à la Camelot 3000).

Là encore, j'ai dans mes cartons des scénars de BD non publiés (et non publiables, hein, on va pas se mentir, mais j'étais jeune et fou, y a prescription) qui témoignent d'une espèce d'obsession pour l'image d'Excalibur, et j'avais donné ma version de la légende du Roi Pêcheur dans un vieux pocket Semic il y a une petite vingtaine d'années. Même la bâtardise du héros, dans Central Zéro, a des origines arthuriennes : dans la version précédente du scénar, il avait d'ailleurs chez lui une épée cérémonielle ayant appartenu à son "père". Pour autant que je m'en souvienne, ma première sortie au cinéma, ça avait été pour voir Merlin l'Enchanteur de Disney, et je devais avoir quelque chose comme trois ans. Il y a des thèmes, comme ça, autour desquels je tourne sans trêve, et qui finissent par se cristalliser dans mon boulot. Autant que mes obsessions servent à quelque chose…

Mais comme je suis sur cette lancée, et que dans ce cas-là, les choses ont tendance à s'agréger d'elles-mêmes, on m'a commandé aussi une BD sur les Gaulois (je vous en reparle bientôt) et une participation à une anthologie celtique.

Donc j'ai pas fini de bouffer du celtique. Alors que je ne suis pas complètement sorti de ma séquence lovecraftienne. D'ici que ça vienne se télescoper, que je fasse un jour du Brennus contre Shub Niggurath…

**se frotte la barbe d'un air pensif**

dimanche 21 avril 2019

Promos

Bon, des fois, on parle de moi, des fois, je viens me montrer, bref, on va faire un petit point de ma présence ailleurs que dans ces colonnes :

Déjà deux critiques pour Trois Coracles :

Celle de Stéphanie Chaptal (dont le bouquin sur Takahata est en vente depuis début avril, foncez l'acheter)

Celle de Thomas Spok (dont vous pensez bien que le Uter Pandragon m'avait donné des sueurs froides à sa sortie l'an passé, alors que je finissais mon propre manuscrit)

Sinon, je suis passé la semaine passée dans la Salle 101, excellente émission de radio au demeurant, à l'occasion de la soirée au Nuage Vert. Le débat était consacré à Lovecraft, en présence d'une partie de l'équipe ayant œuvré à traduire Je Suis Providence, la monumentale biographie d'HPL.

Et sinon, mes comparses de Bruce Lit m'ont demandé de répondre à une question cruciale concernant Garth Ennis.

Voilà voilà, quand vous aurez lu et écouté tout ça, vous pourrez reprendre une activité normale.

vendredi 19 avril 2019

Gnaaaah !

Cette nuit, j'ai rêvé qu'une de mes histoires passait en feuilleton dans un grand quotidien.

Et que ce quotidien, c'était L'Equipe.

Ils avaient oublié de m'en envoyer un, je faisais tous les marchands de journaux du coin (de mon ancien coin, d'ailleurs, où je ne vis plus depuis plus d'un quart de siècle, c'est marrant comme les rêves vous renvoient dans le passé) pour voir s'il ne leur restait pas quelque part le numéro de la veille.

Je me sentais sale d'une force…

jeudi 11 avril 2019

Starmania

Dans mon rêve de cette nuit, on me demandait un coup de main. J'acceptais, par gentillesse, sans savoir en quoi ça allait consister.

On m'a collé sur une scène, devant une partition, en me demandant de chanter. J'ai bafouillé, rappelant que ça devait faire 30 ans que je n'avais pas tenté de déchiffrer un de ces machins, et qu'il n'en était pas question, mais les gens insistaient.

Je crois que ce qui me mettait le plus mal à l'aise, ce n'était pas la perspective de chanter en public (et pourtant, sur une échelle allant de zéro à une batterie de cuisine, je dois avoir le bouton sur 11), mais celle de participer à une comédie musicale avec Oliver Reed. Ça, ça me faisait vraiment flipper.

Je tentais de m'enfuir par divers moyens, mais vous savez ce que c'est, les salles de concert : les coulisses sont un terrible dédale.

Quand le réveil a sonné, j'étais en train d'asséner de violents coups de coude dans la tête d'un de mes poursuivants, que j'avais coincé dans un escalier.

Pendant une partie de la matinée, j'en ai eu le bras endolori.

Quand je vous dis que ces comédies musicales modernes, c'est le mal…





Et sinon, rappel : Je suis en dédicace demain, vendredi 12/04 au Gibert Jeune de la place Saint Michel à Paris !