mercredi 18 juillet 2018

Phase Deux

Bon, ayé, ça me pendait au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès rouillée attachée à l'éthique d'un député LREM, et fatalement ça m'est tombé dessus : mon éditeur (loué soit son nom, tout ça tout ça) m'a renvoyé une version relue de mon prochain bouquin. Alors j'avais déjà eu des versions relues, mais par des ami.e.s qui m'avaient déjà déblayé plein de trucs, et aux remarques desquel.le.s je pouvais opposer parfois toute la morgue et la certitude de l'auteur avec un grand H (oui, ceux qui m'ont déjà vu en vrai et debout peuvent goûter cette blague nulle et éculée), mais là, non. Ce sont les mecs qui décideront ou pas d'envoyer le machin se faire coucher sur papier à grands coups de rotatives offset. L'affaire est donc sérieuse.

Et oh putain y a cinquante correctifs par page (ce qui fait un paquet de correctifs au total). Dieu sait que le bouquin a pourtant été pas mal retravaillé depuis son tout premier jet, mais ça surtout permis de débusquer les problèmes évidents : les gros pains de structure dus à des chapitres que j'avais décidé de déplacer, les grosses répétitions, les horreurs stylistiques. Maintenant, il reste encore des gros machins, mais aussi plein de trucs plus subtils.

Alors, à l'usage, j'ai appris à ne pas traiter tout de la même façon. Il y a des propositions de l'éditeur qui relèvent du détail et du bon, sens, concernant la ponctuation, notamment. C'est ce que j'appelle, dans mon jargon fleuri, le "branlage de virgule". Ça, c'est rapide. On valide à peu près toutes les propositions, telles quelles. Plus les coquilles de base, lettres oubliées ou rajoutées, ou confusionnées. Des broutilles.

Une fois ça traité, la masse des corrections a réduit de la moitié, voire des deux tiers. Je suis abonné aux phrases trop longues, trop alambiquées, etc, et cette phase est essentielle pour fluidifier le texte. C'est après que les choses sérieuses commencent. Parce que parfois, l'éditeur pose des questions. Ou se pose des questions. Et là, il peut y avoir plusieurs cas de figure, et ça prend du temps à déterminer auquel on a affaire, et comment y remédier.

Parfois, on tente un effet subtil et astucieux, et l'éditeur passe complètement à côté. Et là, c'est chaud. Est-ce que l'éditeur était mal luné et n'a pas vu, est-ce que l'auteur s'est cru plus malin qu'il n'était et n'a pas maîtrisé son truc, est-ce qu'il y a juste besoin d'une goutte d'huile dans les rouages pour que ça marche ? Est-ce que l'éditeur est une buse de ne pas avoir pigé ? Figurez-vous que ce dernier cas est sans doute le plus rare. C'est quand même son taf, à l'éditeur, et si lui, qui est censé s'y connaitre, passe à côté du machin, alors le lecteur de base, qui me lira peut-être dans le bus ou aux chiottes ou au lit après une journée harassante, passera à coup sûr à côté. Mais est-ce que c'est l'effet qui est en cause ou sa mise en œuvre ? Ha ! Voilà une question qu'elle est bonne. Et qui peut être une sacrée cause de migraines, croyez-moi.

D'autres fois, il y a des suggestions. Et souvent, figurez-vous qu'elles sont bonnes. Tout le truc est d'arriver à les intégrer sans déclencher des cascades de conséquences dans le récit ou pire, en tenant compte de ces conséquences. Car parfois, le plan "et si machin était un traitre depuis le début", s'il peut relancer le récit avec une efficacité épatante, implique de repartir en arrière et de semer quand même un ou deux indices subtils pour pas que la solution ait l'air tirée d'un chapeau (alors qu'elle l'est) et d'ailler de l'avant pour ne pas laisser de scories de la version précédente dans la suite du récit. Bon, en fait, souvent les suggestions sont bien moins dramatiques, mais j'aime bien gonfler le truc et jouer les victimes.

Après, je connais l'objection contre les remarques et suggestions de l'éditeur, au nom du respect de l'œuvre telle que voulue par l'artiste, etc. Alors oui. Et non. Comme je vous disais, rien n'est simple. Il m'est arrivé de batailler contre des suggestions éditoriales (surtout en BD). Et à juste raisons. D'autres fois, de m'y plier à la volée, parce qu'elles étaient de bon sens et amélioraient le récit. Parfois, de batailler contre des trucs, et de m'apercevoir au moment de la publication, qu'il aurait fallu que je dise oui, parce que les lecteurs n'entravent rien à ma petite astuce narrative subtile que je trouve d'une folle élégance, mais qui à l'arrivée est imbitable. Ça apprend l'humilité, ce genre de conneries. Mais que se passe-t-il, quand on apprend l'humilité ? Ben c'est simple, du coup on se prend la tête sur chaque suggestion.

Et puis pire, il y a mes propres idées qui me viennent à cette phase-là, et qu'il faut que j'intègre avec les mêmes difficultés que les suggestions, en courant le risque que l'éditeur préfère la version précédente.

Je disais pas plus tard ce matin à un pote auteur qui vit l'écriture comme une souffrance que moi, je prends mon pied en écrivant. Pas tout le temps, bien sûr, mais y a souvent des moments de grâce où je m'éclate, quand les mots coulent tous seuls, que les belles idées fusent et se matérialisent en phrases définitives… Je vis pour ces moments d'orgasme mental, c'est une came très puissante.

Mais comme toute came, y a la phase de redescente. Pour les toxicos à l'écriture dans mon genre, c'est cette étape indispensable, mais atroce, où je me demande pourquoi je continue à m'infliger ça. Auteur, c'est un boulot de gros cyclothymique de merde.

jeudi 5 juillet 2018

La valeur des chiffes face aux avaleurs de chiffres, à moins que ce ne soit l'inverse

Je suis content, ma fille a compris d'un coup la notion de "propagande silencieuse". Oh, de nos jours, la propagande est partout. il suffit de voir les dialogues de sourds autour de la directive européenne (finalement rejetée) sur le droit d'auteur. Avec d'ailleurs, dans ce dernier cas, une construction bien faux-cul d'emblée : comme elle entremêlait quelques avancées positives au milieu de grosses saloperies, ses critiques sont accusés (y compris par des vieilles badernes séniles comme Cavada, qui est la démonstration vivante des dégâts qu'induit le report perpétuel de l'âge de la retraite) de faire le jeu des grands groupes que pénaliseraient vaguement ces avancées. Bon, le filtrage automatique de tous les contenus n'est pas encore à l'ordre du jour, mais les réactions outrées au rejet de la loi démontrent bien que nous sommes face à un totalitarisme en voie de constitution.

Mais la propagande plus insidieuse dont je lui ai fait prendre conscience se dissimulait dans un jeu télévisé. J'étais en train de faire la popote, quand ma fille a mis en route la télé. Elle est tombée sur une émission où des gens devaient estimer des objets ancien. La propriétaire de l'objet en retraçait l'histoire, le sens familial, ce qu'il représentait pour sa grand-mère, etc. Mais à l'arrivée, la valeur du truc devait se résumer à une estimation chiffrée, à une somme d'argent.

Vous connaissez tous, j'espère, la petite phrase d'Oscar Wilde sur les gens qui connaissent "le prix de toute chose, sans en connaître la valeur", et bien on est pile là-dedans. Passé au rabot de l'estimation prix et valeur intrinsèque sont réputés être fondamentalement la même chose. Alors que c'est faut. L'estimation n'est que le prix que quelqu'un est prêt à mettre dans la chose mise en vente, et occulte plein d'éléments pas toujours quantifiables qui en font la valeur propre. (c'est d'ailleurs la seule chose qui fait tenir le fantasme de la loi de l'offre et de la demande, cette asymétrie qui permet de nier la valeur réelle de quelque chose, que ce soit un objet, un service, votre travail, votre intégrité même) pour la réduire à ce qu'un tiers est prêt à payer pour.

Un jeu télévisé, par ailleurs, c'est un divertissement. C'est un truc auquel on n'accorde qu'une attention moyenne, bien calé dans son canapé en attendant que la graille ait fini de cuire. On est dans un état de détente, de réceptivité. Vous savez, le fameux "temps de cerveau disponible". Si on n'en questionne pas la philosophie sous-jacente, on est foutu. Et maintenant, c'est bien plus insidieux que dans le Maillon Faible ou dans Koh-Lanta, avec ces "stratégies" médiocres de Lords Littlefinger en carton. Ça passe tout seul, c'est une version plus policée de ce show américain avec ces brocanteurs incultes qui passent leur temps à arnaquer les pauvres types leur apportant des souvenirs de famille. On voit bien que la négo est biaisée dès les départ. Et semaine après semaine, on voit la valeur historique, sentimentale, esthétique, écrasée par un prix calculé au plus juste. Bradée. Ne croyez pas que ça puisse vous former à la négociation : dans le travail, si vous en cherchez, vous êtes dans la position du mec qui amène un meuble de papy, une lettre de vedette vieille de cent cinquante ans, une rareté quelconque, et qui se fait plumer.

Cette idéologie n'est pas nouvelle mais s'est cristallisée de nos jours sous la forme d'un avatar bien crado, à base de comptables à cravate qui trouvent tout trop cher, sauf la répression des gens qui gueulent parce qu'on les malmène : le macronisme. Et toutes ces émissions débiles où tout se résume, à la finale, à une mise en concurrence dans tous les domaines (y compris le mariage et l'hospitalité, vous avez remarqué ? même le partage doit devenir intéressé et concurrentiel) et surtout à un montant en numéraire, ne font que l'inscrire insidieusement dans les consciences, à en faire une nouvelle normalité.




Tiens, ça n'a strictement rien à voir (ça va de soi), mais on trouve sur Youtube l'excellent documentaire Hotel du Parc, des reconstitutions d'interviews de cadres de Vichy (montées à partir de déclarations des personnes en question),  montrant la façon dont la Révolution Nationale avait trouvé des relais dans tout un tas de milieux qui y trouvaient leur compte…

mercredi 4 juillet 2018

Quelques trads avant l'été

Ah, j'ai eu dans ma boite quelques bouquins que j'ai traduits.

La petite gâterie, en ce moment, c'est Jimmy's Bastards, la nouvelle série de Garth Ennis. Si vous avez aimé The Boys, ce truc est pour vous. C'est la version James Bond. Qui pose la question lancinante : à force de baiser puis d'abandonner toutes les femmes qu'il croise, le héros de film d'espionnage n'a-t-il pas créé toute une légion de mômes qui lui en veulent ? C'est trash et drôle, et comme souvent chez Ennis, beaucoup plus fin qu'il n'y paraît au premier abord. C'est chez Snorgleux, éditeur marseillais hyper sympa.

Lazarus, chez Glénat, arrive à son tome 6. Cette excellente série d'anticipation se permet un détour, un petit point sur la guerre commencée quelques pages auparavant, vue non pas par l'héroïne, le Lazare du titre, mais par les gens normaux, les journalistes, bidasses et parents de cet univers glauque qui nous pend au bout du nez si l'on n'y prend pas garde.

Chez Delcourt, deux rééditions de Star Wars, le Classics 8 avec des vieux comics Marvel très sympa, et surtout la compile des bandes quotidiennes signées Russ Manning, dont le dessin élégant est toujours un bonheur à regarder. Et le tome 16 de l'intégrale Spawn. On ne va pas tarder à boucler la boucle avec les épisodes de la Saga Infernale.

Le deuxième The Authority contient des épisodes que j'ai traduits, n'hésitez pas à essayer Bruce Wayne, meurtrier et fugitif qui met notre héros dans une drôle de posture, et si vous aviez raté les Batman de Morrison et les Batman & Robin de Tomasi et Gleason, une intégrale est en cours. Et tout ça c'est chez Urban.

Voilà pour les traductions. Et ma nouvelle dans le Novelliste sortira fin août, vu que la revue a un chouille de retard. Et sinon, j'ai deux articles dans le Geek le Mag de ce mois-ci (un sur les rapports entre science et fiction dans la SF, l'autre sur l'Atlantide avec de vrais morceaux de slip de Patrick Duffy dedans) et la Gazette des Etoiles n°12 ne devrait pas tarder à sortir, avec à nouveau d'authentiques articles d'époque réalisés avec mes petits doigts.

samedi 30 juin 2018

The hero we deserve

Il y a bien des lunes, j'avais créé un super-héros frenchie.

Il s'appelait Le Liseron, et c'était mon Spider-man à moi. Intoxiqué par un liseron radioactif, il avait hérité de tous les pouvoirs de cette plante et pouvait donc grimper aux murs  et les gens avaient du mal à s'en débarrasser (et il avait un evil counterpart, le Lierre). Ils savait aussi détecter les substances toxiques avec un liseron-sens d'alerte aux pesticides.

Je le trouvais rigolo, moi, le Liseron.

L'éditeur n'en a pas voulu.

Ces gens ne sont pas complaisants.

mercredi 27 juin 2018

Allan a bonne mine

J'avais dans mes étagères depuis un bail une poignée de Rider Haggard, récupérés pour certains dans un lot de Néo obtenu à vil prix, pour d'autres en bouquinerie pour compléter des séries pour le jour où j'en entreprendrais la lecture. Vous savez comment ça se passe, je n'ai jamais complété ni She, ni Alan Quatermain, mais j'en avais quelques uns, donc, qui prenaient la poussière.

L'an passé, à l'approche de l'été, je m'étais lu quelques Tarzan de E.R. Burroughs, en me prenant la série dans l'ordre (jusqu'alors, je n'en avais lu que deux ou trois, épars), dans la foulée de mon visionnage de tous les films avec Johnny Weissmüller (qui a quand même, je le maintiens, vachement des faux airs de Benjamin Biolay en slip) (j'ai récupéré cette année, dans une brocante, les Pellucidar. Je les lirai bientôt, je pense).


Cette année donc, j'ai enfin lu du Alan Quatermain, que je ne connaissais que par les films avec Richard Chamberlain et par la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ainsi que par plein de références croisées, bien sûr). Et c'est très surprenant. Bien sûr, c'est de la grande aventure africaine à l'ancienne (avec même le coup de l'éclipse pour se tirer d'un mauvais pas, si ça se trouve c'est la première occurence de ce trope bien usé depuis), mais plusieurs éléments m'ont cueilli.


Déjà, Quatermain lui-même. Loin du proto Indiana Jones que j'imaginais, ou d'un espèce de Richard Francis Burton fictif, on a dès le départ un type sur le retour, un peu désabusé, qui se présente lui-même comme un type pas courageux (et qui est jaloux du dentier d'un de ses camarades, apparemment de meilleur qualité que le sien). S'il est carré et réglo, il ne fait preuve d'aucune espèce de "noblesse d'aventurier" ni quoi que ce soit de ce genre. Il est même discrètement cynique à l'occasion. Le profil de héros, là-dedans, ce n'est pas lui, c'est son camarade Sir Henri. Mais le rôle de faire valoir est lui aussi joué par quelqu'un d'autre, le cocasse capitaine Good. Quatermain est surtout un narrateur, un narrateur dont la connaissance du pays et du terrain est précieuse autant pour le lecteur que pour ses compagnons. La version qu'en donne Moore dans la Ligue n'est donc pas si iconoclaste.

Deuxième surprise, c'est remarquablement documenté. On n'est pas dans une Afrique de bazar, un continent noir fantasmé à la Tarzan. J'ai vérifié, du coup, et Rider Haggard a en effet séjourné sur place, et… et ça se sent. Les détails sonnent vrai, et pas à la Jules Verne, il y a trop de petits trucs concrets qui ne sentent pas le réchauffé, la notule d'encyclopédie.

Et le plus étonnant, c'est que c'est incroyablement peu raciste. Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon date de 1885, et contrairement à pas mal de romans d'aventures de l'époque, il respecte les indigènes, y compris les ennemis. Certes, on y trouve souvent de bonnes bouffées de paternalisme, mais pas de jugements de valeur. Dans le deuxième tome de la série, le guerrier zoulou Umslopogaas, s'il a les caractéristiques du serviteur noir herculéen à la Lothar dans Mandrake… N'est certainement pas un serviteur. C'est un chef qui s'est attaché à Quatermain en raison de leur respect mutuel. Et s'il est à l'occasion incroyablement brutal, il demeure un guerrier noble, pas un bon sauvage, mais un être plus primitif dans ses manières que Quatermain sans lui être présenté comme inférieur. Ça aurait pu être un personnage à la Robert E. Howard, si justement Howard n'avait pas eu une teinte raciste.

Bref, une excellente surprise. Je sens que je vais compléter tout ça sous peu. Ça a été réédité y a pas si longtemps chez Terre de Brume, si le genre vous plaît, foncez.

samedi 23 juin 2018

Commentaire décomposé

Ah, je viens de découvrir avec horreur que les commentaires du blog ne me notifiaient plus quand vous en postiez…

Du coup, ça fait plus d'un mois qu'ils n'étaient pas publiés (c'est pas qu'il y ait beaucoup de spam, ça n'arrive qu'une fois de temps en temps, ça, mais par principe je contrôle avant publication). Je viens de les réinjecter d'un bloc, et il faut que je regarde ce qui merdoie dans les notifs (c'est peut-être le seul truc sur lequel j'activais les notifications, vu que ces machins me stressent à un degré terrible, je préfère passer à côté de certaines infos que de me faire spammer la tête h24 par des notifications à jet continu).



Bref, je ne vous oubliais pas, c'est juste google qui a encore changé son système sans prévenir. (et comme je ne suis toujours pas sur fèces-bouc, j'ai pas été habitué à la dure à ces changements de règle du jeu quatre fois en cours de partie).



Poste dans le scriptorium :
La notif par mail est activée. mais je n'ai rien reçu depuis un bail, et rien dans la boite à spam. Curiouser and curiouser…

Post post :
Et là, ça n'apparait plus quand je les publie, les commentaires… ça devient complètement foireux, cette histoire.

vendredi 22 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

Cure de mercure

C'est terrible, je n'ai même plus besoin de regarder la télé pour m'énerver après la télé. Je faisais la popote, et dans la pièce à côté, ma fille a mis les infos et est tombée sur la météo. Pas de quoi s'énerver, me direz-vous, et pourtant…

Et pourtant, la jeune femme qui présentait la météo s'est fendu d'un "le mercure montera jusqu'à". Je suis venu voir à l'écran à quoi elle ressemblait. Et c'était bien une jeune femme. Qui devait encore être à la maternelle quand on a arrêté définitivement les thermomètres à mercure.

Alors, vous me direz, le langage est plein de ces fossiles. Les gens qui emploient encore l'expression "peigner la girafe" ignorent sans doute qu'elle a près de trois siècles et qu'il y a vraiment existé un type dont le boulot était de peigner une girafe. La girafe et le bonhomme sont morts depuis un bail. Et y a plein d'expressions de ce genre. Mais le coup du mercure… Je sais pas, ça m'agace. On est dans le registre de la périphrase mécanique comme le journalisme à la française en produit par paquets de douze, genre aux "quatre coins de l'hexagone" et tout ça. Y en a des caisses. La plupart sont devenues de purs automatismes, qu'on balance sans plus y penser.

Ce qu'il y a de particulier, dans le cas présent, c'est que j'ai vécu le moment où l'expression a cessé d'avoir du sens, contrairement à des trucs comme "au diable vauvert" dont le sens d'origine s'est perdu y a un bail. Et la demoiselle qui présente la météo recycle le truc même pas par habitude à elle, mais par habitude de l'avoir entendu alors même qu'il était déjà obsolète. C'est pas grave, bien sûr, mais ça illustre bien le fait qu'on utilise le langage sans réfléchir.

Et c'est quand on utilise le langage sans jamais y réfléchir que les mots cessent d'avoir du sens.

vendredi 8 juin 2018

Vers l'infini, tout ça, tout ça

Je suis tombé sur le livestream d'un lancement Soyouz. Vous me connaissez, c'est le genre de trucs sur lesquels je suis capable de scotcher toute affaire cessante (pourtant, l'affaire en cours me tient à cœur : c'est la traduction des premiers comics que j'avais achetés en VO, y a un peu plus d'une trentaine d'années).

Je regardais donc le pas de tir en écoutant les commentaires, et puis y a eu un gros plan sur la fusée, et là, ça a été le drame. L'agence RosKosmos avait collé dessus une grosse affiche pour la coupe du monde de foot. Alors, je comprends la ferveur nationale et tout, mais ça m'ennuie qu'on vienne salir comme ça un des rares trucs encore à peu près beaux dans le monde, à savoir la conquête spatiale (bon, le pire de ce point de vue, c'est pas la pub footeuse, c'est Trump qui veut réactiver le programme Star Wars de papy Reagan) (Reagan avait l'excuse de l'Alzheimer. la citrouille humaine, là, c'est quoi son excuse, au juste ?). Et ça m'a rappelé fort opportunément que je ne vais pas tarder à entrer dans une période de diète médiatique, au cours de laquelle il faudra même éviter d'aller boire un café au bistro de peur qu'il y ait une télé au mur ou un fâcheux qui viendra me commenter le match de la veille, me demander ce que j'en pense et précommenter le match suivant. C'est un stress constant, les coupes du monde. Et même l'aspect marrant (la découverte de paris truqués, de dessous de tables et de crapoteries diverses), ça attendra forcément après, parce que les télés vont pas tuer la poule aux œufs d'or avant qu'elle ne soit fini (et du schproum après, y en aura) (parce que la FIFA ET les Russes ? quand ce sera fini, ça va être open bar sur les révélations crasseuses).

J'ai néanmoins préféré chasser de mon esprit ces considérations et me concentrer sur le lancement. Et puis mon regard est tombé sur les commentaires en live. Les commentaires en live, c'est comme les commentaires youtube ou les commentaires sous les articles du figaro.fr, j'y vais pas normalement. C'est l'apocalypse de la déchéance humaine, ces trucs là. Mais l'œil humain est ainsi fait qu'il est attiré par ce qui bouge. Et le défilement des mentions m'a piégé.

Cadeau : un timbre pour ces timbrés

Et donc, tous les vingts ou trente commentaires, il y avait une question intéressante de spectateur. Et, quand elle ne se perdait pas dans le flot, quelqu'un y répondait. Le problème, c'est le flot. Pas mal de gens qui semblaient s'être donnés le mot pour expliquer que ce lancement était une mise en scène, que ça ne pouvait pas exister parce que, et c'était scientifiquement prouvé, la terre était plate. Sauf que prouver que la terre n'est pas plate, c'est à la portée de n'importe qui sait localiser l'étoile polaire et voyage un peu vers le Nord ou vers le Sud (et on savait déjà le faire dans l'Antiquité, à une époque où non seulement on savait que la Terre était ronde, mais en plus on avait réussi à en mesurer la circonférence avec une marge d'erreur relativement faible). Je veux bien croire qu'une partie de ces types soient juste des trolls qui font les malins. On a les plaisirs qu'on mérite, mais pourquoi pas ? Le problème, c'est que d'autres y croient vraiment. Pour toutes sortes de raisons. Certains croient démontrer ainsi, semble-t-il leur intelligence "supérieure", dépassant l'endoctrinement scolaire, faisant surtout la démonstration qu'il n'ont pas écouté ni compris d'autres notions simples (de géométrie, notamment) qui fracassent leurs "démonstrations". D'autres croient défendre une vision religieuse du monde qui n'est même pas périmée : elle n'a tout simplement jamais réellement existé en Occident : si les docteurs de Salamanque se sont moqués de Colomb, ce n'est pas parce qu'ils croyaient la terre plate, mais qu'ils la savaient ronde, et avaient de plus de bien meilleurs chiffres que le navigateur. Avec les visions religieuses du "retour à la pureté", on est toujours sur des reconstructions orientées.

Mais du coup, j'essaie de piger ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui va délibérer aller sur une vidéo d'un évènement quand même assez anodin (des lancements Soyouz, y en a un paquet par an) pour poster mécaniquement toutes les 15 secondes "fake" "fake" "fake" comme un député LREM bavant des éléments de langage répétitifs et grotesques sur tous les plateaux de télé. On se sent fort, en faisant ça ? On a l'impression d'accomplir (à peu de frais) une mission sacrée ? Quel triste et misérable moyen d'exister, quand même.

Faut-il avoir l'âme racornie, quand même… C'est un peu comme ces élus qui se mettent à poster sur un fait divers dès qu'il y a possibilité qu'il ait été commis par quelqu'un issu de l'immigration (et doivent retirer le truc en catastrophe quand il s'avère que ce n'est pas le cas) (sauf ceux qui sont tellement dans leur bulle qu'ils ne voient pas passer la vérité, et laissent donc leur commentaire initial, c'est délicieux). Sauf que les platistes, aucun fait ne les dérange. Rien ne semble entamer leur certitude d'airain, c'est assez fascinant.

Au départ, on se dit que l'éducation a loupé quelque chose. Et puis dès qu'on y repense, on voit bien que c'est comme pour le créationnisme, l'homéopathie*, le récentisme ou la théorie du ruissèlement, ces inepties sont propagées par des gens qui y trouvent leur compte, qui en font un business ou le fondement idéologique de crapuleries, parfois les deux à la fois. Et même s'ils sont assez peu nombreux, en fait, ils font beaucoup de bruit. C'est épuisant. Lutter contre ça est indispensable, mais c'est épuisant.


*cas particulier, je le reconnais : ça avait du sens quand ça a été théorisé, au XVIIIe siècle, parce qu'on croyait encore aux esprits et qu'on n'avait aucune idée des échelles en jeu dans la structure fine de la matière. Bon, eux aussi, les tenants de l'homéopathie, ils ont du mal avec la notion de fait et de charge de preuve.

jeudi 7 juin 2018

Sueurs froides ? Non, Vertigo !!!!

Bon, ayé, c'est officiel : amis Bourguignons, je passerai à Dijon les 8 et 9 novembre 2018 pour participer à un colloque à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le campus dijonnais de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, à l'occasion des 25 ans du label Vertigo.

J'y donnerai la première communication, un rappel des origines du label, de la façon dont une certaine manière de faire du fantastique adulte s'est décanté dans les comics DC pendant vingt ans et plus avant que Karen Berger ne regroupe le tout.

Et en guest, y aura Frank Quitely !



Voilà, à vos agendas !

lundi 28 mai 2018

Sinistres ministres

J'ai vu passer des "bonnes feuilles" du bouquin d'une de nos ministres (ou secrétaire d'état, je ne sais plus et je m'en fous, en fait, vu la vacuité globale de ses interventions, elle pourrait aussi bien être présentatrice de talk show), qui le sort genre là. Et, alors qu'un mouvement social des auteurs commence à se structurer,  avec les #PayeTonAuteur et autres Etats Généraux du Livre, ce genre d'opération publicitaire d'un ministre pose question. Au pluriel, en fait. Ça pose questions, oui.

Déjà, où trouver le temps d'écrire, avec un emploi du temps de ministre ? La réponse est simple, on se fait négrer, la plupart du temps (y a des exceptions : Villepin, quels que soient ses défauts par ailleurs, essaie trop d'être Chateaubriand ou rien pour recourir à de tels expédients). Y a pas que les ministres, d'ailleurs : Hollande, qui a pourtant pas mal de temps libre, s'est fait négrer par un éditocrate usagé tout dernièrement. Du coup, la pensée de l'homme ou de la femme politique est quand même filtrée. Bon, c'est vrai aussi pour les discours, hein, ça fait un bail qu'ils ne les écrivent plus non plus, tous autant qu'ils sont. Mais c'est intéressant de savoir que ces esprits supposément brillants, l'élite de la nation, quand même, a recours à ce subterfuge littéraire qui est aussi celui des autobiographies de starlettes de téléréalité. C'est à se demander si ça se rejoint pas quelque part, tout ça, entre le paraître qui dispense de l'être, le néant et tout ce qui s'ensuit. Ne posons pas cette question-là, en fait, ce serait déjà y répondre.

Mais après tout, pourquoi pas ? Ils ont bien le droit, si ça leur chante, de commettre ou faire commettre ces ouvrages nuls mais hélas pas non avenus (oui, parce qu'à la lecture des bonnes feuilles, on voit que si ça volait encore un poil moins haut, ça faucherait les pissenlits par la racine) (ou alors c'est de la pensée complexe et j'ai vraiment pas le niveau). N'importe qui a le droit de faire un bouquin, dans notre pays, et c'est aussi la grandeur du système.

Le problème, c'est que sur ce genre d'opérations, les avances et les pourcentages ne sont pas les mêmes que pour les vrais auteurs. Les premières correspondent en général à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires (dont on SAIT qu'ils ne seront finalement pas écoulés) et les seconds sont généralement d'une fois et demie à deux fois ce qui est normalement pratiqué (voire plus : j'ai vu des chiffres de 20%, ce qui est plus de trois fois ceux d'une autrice jeunesse de base).

Bien entendu, le pognon mis dans ce genre d'opération, c'est autant de pas disponible pour les vrais auteurs qui font de vrais bouquins. D'autant que, quand on voit les chiffres des ventes à un an (donc après les retours d'invendus) on voit mal comment les éditeurs rentrent dans leurs frais sur ce genre de trucs (le bouquin de Fillon s'était bien planté, l'an passé, et il me semble que Boutin s'était assez copieusement ramassée aussi). Dans ce cas, les montants délirants des avances sur droit s'apparentent à de la donation politique. Mais même ça, après tout… Faudrait un jour calculer combien de centimes sur votre shampooing l'Oréal ou combien d'euros sur votre pneu Michelin terminent dans une poche d'élu, après tout. Le système des avances sur droit non justifiées a au moins le mérite d'être un peu plus transparent.

Le vrai problème, c'est que pour justifier tout ça, il faut que le bouquin atteigne les librairies. Et là apparait la pratique de l'office sauvage. C'est à dire livrer d'office de grandes quantités à des libraires qui n'ont rien demandé. Comme les libraires ne payent pas tout de suite, ils acceptent en général les cartons, et essaient de vendre des exemplaires, quitte à renvoyer les invendus dès l'expiration délai légal de trois mois pour pas se faire avoir au niveau trésorerie. Là où ça pose souci, c'est que ces masses considérables de papier vide et creux vont se retrouver en piles sur les étals, prenant la place de bouquins d'auteurs normaux, qui ont déjà du mal à exister par les temps qui courent. Et que cette manutention absurde, 90% du truc étant retourné à l'éditeur d'origine, ce sont autant de temps et d'efforts à fournir par le libraire au lieu de conseiller des choses intéressante et de faire vivre la littérature. Et croyez-moi, les libraires aimeraient mieux faire vivre leur boutique plutôt que de pelleter du fumier.

Alors j'en connais qui ont pris le pli : quand il y a ce genre d'opération, ils n'ouvrent même pas les cartons et les retournent tels quels dès qu'ils le peuvent. Mais quand on voit ce gaspillage organisé pour faire mousser des médiocrités, on se dit que les problématiques d'écologie, de décroissance, de responsabilité environnementale ou tout simplement de qualité de la parole ne seront pas défendues par le gouvernement cette année encore.

samedi 26 mai 2018

Annonce dans le micro

Je serai en dédicace le dimanche 10 juin au Lyon BD Festival, pour Howard P. Lovecraft celui qui écrivait dans les ténèbres.

Et normalement, ce sera un panel avec d'autres auteurs de chez 21g.