jeudi 16 novembre 2017

La Tour

Ça aura été vite plié, cette rénovation.

L'espèce de vieux donjon médiéval qui surplombe mon patelin a donc été rafistolé. Rien de bien violletledesque, ceci dit. Pas d'outrances dans la reconstitution. Le lieu ne s'y prêtait de toute façon guère. Ce n'est, après tout, qu'un édifice de base carrée un peu plus haut que large, quatre murs percés de meurtrières, de portes et de fenêtres entourant du… du rien. Les étages se sont effondrés il y a des siècles, avec le reste de la forteresse.

Ce donjon a près de mille ans (900 et des nèfles, pour être précis). Il a été bâti, me semble-t-il, pendant les 40 années au cours desquelles cet endroit constituait la frontière entre la Francie et la Normandie (et puis la frontière a reculé et repris sa place initiale sur l'Epte).

Il a vaguement, passée la frénésie de la Guerre de Cent ans, servi de péage fluvial par la suite, puis globalement à rien. Et s'effondrait gentiment depuis.

Vu que le risque de se prendre un moellon sur la cabèche augmentait à chaque hiver, la municipalité a fini par casser la tirelire. Et donc, comme je le disais, ça a été vite plié. Des gusses ont monté des échafaudages, ils sont monté dessus, on recimenté quelques trous (pas sûr que ce soit du ciment, d'ailleurs : plus probablement une tambouille à base de chaux) et surtout refait le faitage. Du coup, le haut du mur, qui avait un aspect légèrement irrégulier, est devenu droit, crac, comme tiré à coup de règle. Seules les mouettes qui s'y posent viennent en rompre la rectitude.

Chais pas pour quoi, ça m'a chiffonné. Je l'aimais bien, moi, l'aspect croulant du machin, j'associais l'irrégularité de la ligne à son ancienneté, à une forme de patine. Bon, c'est vrai que des cailloux s'en détachaient, donc il fallait le faire, hein. Je suis jamais content.

lundi 13 novembre 2017

AaaAAAM BATMAN ! (avec la voix rauque qui va bien)

Je vous en avais déjà causé, me voici consultant en Batman.

Crayonné d'une illustration de David Finch réalisée dans ce cadre

En effet, l'éditeur Monolith, déjà créateur de Mythic Battles et d'un jeu Conan, développe en ce moment-même un jeu de plateau avec figurines qui vous permettra de simuler les pires bastons des bas-fonds de Gotham City dans la quiétude feutrée de votre salon : Batman the Board Game.

Avec des figs signées Arnaud Boudoiron

Le système est une version améliorée de celui de Conan, basé sur un concept très malin d'allocation d'énergie pour chaque action, et de récupération d'énergie à chaque tour. Comme on n'en récupère pas des tonnes, cela revient à dire que le personnage peut se fatiguer à la longue et devoir reprendre son souffle. En termes de tension croissante au fil de la partie, c'est très chouette.

Un coup d'œil sur la matos de jeu :

Robin

Oracle (un de mes persos préférés de tous les temps chez DC)

Une station de métro abandonnée

Et bien sûr, Apex Chemicals et ses cuves de produits toxiques

S'il y a des parisiens parmi vous, sachez d'ailleurs que le jeu sera en démonstration vendredi soir (soit le 17 novembre) de 18 à 22 heures au Meisia, 84 rue René Boulanger, Paris 10e. J'y serai présent avec les concepteurs du jeu, et l'autre consultant en comics affecté au projet, l'estimable Xavier Fournier. N'hésitez pas à passer !

(et si vous n'êtes pas à Paris, d'autres démonstrations auront lieu ailleurs, ne vous en faites pas)

dimanche 12 novembre 2017

Débarquement

Vous l'aurez peut-être remarqué, j'ai à nouveau violemment négligé ces pages depuis quinze jours. Faute d'inspiration, peut-être. Faute de m'alimenter les méninges, sans doute aussi (pas de grosse phase de documentation en cours). Faute surtout de temps et d'énergie (plein de boulot).

En attendant, du coup, je vous remet une petite nouvelle de SF, une vieillerie qui a plus de quinze ans.

Et j'aurai une ou deux annonces à vous faire dans la semaine.


Débarquement
Première publication dans Yuma 1, aux éditions Semic

Un coup au but !

L’hovertank bascule sur le côté, compense de l’autre puis se redresse. Dans l’intervalle, les analyseurs tactiques ont remonté la trajectoire du missile et déclenché une riposte. L’hovertank tangue encore quand il lâche les deux traceurs, puis il se stabilise et reprend sa route.

Le secteur a complètement été ravagé par les frappes orbitales. Les écrans montrent des bâtiments calcinés et des pylônes tordus. Pas un coin sympa où s’attarder. Et de toute façon mes ordres mentionnent que je ne dois pas traîner. Mon objectif, c’est la côte 359.

Alors allons-y.

Un message dans l’interface m’indique qu’un des traceurs a atteint son but, une position d’artillerie à trente kilomètres. Quelques Drazyls de moins, un peu de tranquillité en plus. Je remonte en régime, et l’hovertank accélère sur la route défoncée, tous capteurs déployés.

Plus rien dans le quartier. Les Drazyls qui ont survécu aux frappes ont préféré filer avant le débarquement des marines. On ne peut pas leur donner tort, ils se souviennent d’Eridan… Et du coup, ma mission confine à la ballade de santé.

Je ne m’en plains pas.

Une alarme clignote au coin de l’interface, m’indiquant une source infrarouge à onze heures. Je ne prends pas de risques et je lance un sol-sol tactique, juste par précaution.

Un flash brutal, et puis la zone refroidit.

Je sors de la ville en ruine et je commence ma traversée d’une campagne en feu. Il reste encore quelques bosquets de ces machins qui passent pour des arbres, dans le coin. J’atomise tous ceux qui passent à ma portée, pour ne pas donner à l’ennemi de position où embusquer des snipbots. Les marines ne vont pas tarder à arriver et alors le commandement fera un bilan de ma mission. Un officier m’a signalé que j’avais intérêt à être nickel si je voulais ma promo.

Quelques curseurs bleus s’affichent, les péniches de débarquement qui commencent leur descente. Il faut que j’arrive à la côte 359 rapidement pour pouvoir les couvrir.

Je ralentis à la hauteur d’un transport éventré. Aucun signal, c’est un Drazyl qui s’est mangé de plein fouet le souffle de la première frappe. Je le flambe pour le principe mais je ne m’attarde pas pour le regarder brûler : les péniches sont dans l’ionosphère, il ne leur faudra pas plus d’une demi-heure pour atterrir. Je remonte en régime puis je lance la post-combustion, et l’hovertank s’élance dans un nuage de poussière. J’arrive sur mon objectif dans moins de dix minutes et après ce sera peinard.

Une zone industrielle défile sur ma droite. J’ai préféré la contourner, car les concentrations métalliques brouillent mes capteurs. C’est ce qui me fait perdre quatre microsecondes de réaction : je n’ai pas vu venir les deux roquettes et j’y perd un capteur. Le blindage actif encaisse le coup, mais le tank tangue et braque et se cabre…

Tournoyant sans parvenir à corriger mon assiette, je heurte un pylône de soixante mètres qui me retombe dessus. Encore deux roquettes que je ne peux pas éviter sans me dégager rapidement des décombres. Encore deux coups au but. Encore quelques fenêtres qui se ferment dans l’interface. Les redondances du système tardent à prendre le relais.

L’ordinateur tactique parvient enfin à mettre au point une riposte et j’arrose les secteur : trois obus incendiaires pour un explosif. Dans le même temps, je parviens à m’extraire des débris du pylône, et j’avance en crabe pour dissimuler mon flanc droit mis à mal. Le moteur de l’hovertank me fait connaître son mécontentement par des à-coups violents.

Deux roquettes à nouveau. J’en évite une, mais je perds à nouveau quelques fenêtres d’interface. Je suis quasiment borgne à présent, et franchement boiteux. J’envoie le signal de détresse standard et un rapport de situation, demandant une frappe tactique sur la zone dès que j’aurais mis les voiles.

Mine ! Avec mes capteurs en rideau je ne l’ai pas vue venir. Tout le blindage inférieur explose en même temps, me faisant faire une embardée qui me projette contre un mur. Encore deux salves de deux roquettes qui me frappent sur le flanc droit, là où le blindage actif est mort.

Le pire, c’est que ce sont probablement des défenses automatiques.

Je n’aurai même pas vu un seul Drazyl.

samedi 28 octobre 2017

Vert paradoxe

Je suis donc allé causer de Hulk, la série télé au Comic Con pas plus tard qu'hier.



Et je me dis qu'il fallait que vous fasse profiter de quelques paradoxes à ce sujet, que j'ai en partie évoqués vite fait pendant la table ronde.

Le producteur de la série, Kenneth Johnson, tenait à s'éloigner autant que possible du comic book pour toucher un plus large public (à l'époque, ça avait d'ailleurs du sens tellement les comics avaient mauvaise presse). C'est d'ailleurs la raison officielle pour laquelle Bruce Banner devient David Banner dans la série : éviter les allitérations popularisées par Stan Lee (mais plus anciennes que lui, vu qu'elles remontent au moins aux vieux Superman, avec Lois Lane, Lex Luthor, Lana Lang, etc.)

Son inspiration, du coup (outre des séries formulatives comme Le Fugitif ou Kung-Fu, voire le film Un Homme est Passé), ce furent les Misérables de notre Totor national. La dynamique du Valjean, colosse sympathique injustement pourchassé par Javert lui semblait riche de possibilités dramatiques.

Premier paradoxe : en voulant s'éloigner des comics, Johnson se vautre dans le roman populaire du XIXe, une des matrices qui ont largement donné leur cadre aux comic books de super-héros. Et donc, il duplique exactement la démarche de Bill Finger et Jerry Robinson quand ils ont recyclé l'Homme Qui Rit pour en faire le Joker*.

Le deuxième paradoxe vient de l'acteur choisi pour incarner Hulk. Si Richard Kiel (connu à l'époque pour être un super-vilain très comic book de la saga James Bond) avait été embauché, puis remercié, c'est Arnold Schwarzennator qui fut contacté ensuite. Comme il était occupé à autre chose, il proposa un de ses vieux copains de salle de muscu, le jeune Lou Ferrigno, qui se du coup trouva associé pour l'éternité à l'image du titan vert.

Et comment Lou Ferrigno était-il devenu cette montagne de muscle ? En se mettant au culturisme pour compenser un terrible handicap (il est sourd depuis sa petite enfance), ce qui est un parcours complètement marvellien de héros façon Stan Lee !

Chassez le comic book par le petit écran, il revient par la lucarne !





Plus d'infos sur la série sur le site de David Lit.

*Et si le super-héros nait déjà dans le roman populaire avec Edmond Dantès et le Prince Rodolphe, le super-vilain naît avec le retcon du Cardinal de Richelieu par Alexandre Dumas, avec Vautrin, Javert et Némo, justement. Mais ça, Umberto Eco vous en parlera mieux que moi.

mercredi 25 octobre 2017

Les admirables secrets du Grand Albert (l'autre)

L'autre jour, donc, on a parlé un peu de Relativité dans le cadre de la conf sur le voyage interstellaire.

Et en y repensant, je trouve assez marrant de voir qu'en termes de "théories du complot scientifique", à côté de la Terre Plate et des Vaccins, la Relativité tient une si bonne place.

Alors, depuis un siècle ou à peu près, la Relativité Générale d'Einstein a changé notre perception du monde, réinterprétant de façon radicale ce que nous pensons savoir de la gravitation. Depuis, un certain nombre de ses prédictions ont été testées avec succès (encore dernièrement avec les ondes gravitationnelles). Elle est considérée par les spécialistes comme un ensemble "fortement corroboré". Ce qui signifie qu'elle s'approche autant de la vérité que possible dans les circonstances présentes et avec les moyens dont nous disposons. Ce qui ne signifie pas qu'elle soit "vraie", la science ne prétend jamais détenir la vérité absolue, mais qu'on peut faire comme si elle était vraie jusqu'à plus ample informé. Ce qui n'est pas exactement la même chose, mais cette nuance de taille échappe généralement au grand public. Comme le disait fort justement le professeur Jones, "Si c'est la vérité que vous cherchez, la classe de philosophie du professeur Tyree est au bout du couloir."

Alors cela fait déjà un certain temps que, justement, on sait que la Relativité Générale (pas la Relativité Restreinte, qui s'occupe d'autres problématiques, et qui a indirectement mené au développement de l'énergie nucléaire) ne fonctionne pas dans certaines conditions. Les astrophysiciens et cosmologistes le disent tous : à l'approche d'une singularité, les équations d'Einstein donnent des résultats mathématiquement justes, mais physiquement faux. En ce sens qu'ils produisent des quantités infinies, et que c'est toujours l'indice d'un problème quelque part. L'approximation du réel proposée par la théorie bute donc, dans certaines conditions extrêmes, sur une limite. C'est une limite de ce genre qui avait conduit Max Planck à calculer sa célèbre constante qui donna en son temps (et au corps défendant de son découvreur) le coup d'envoi d'une nouvelle physique.

Du fait de ces limites, la science cherche depuis longtemps à dépasser Einstein. Ou à le compléter. Sans y parvenir à ce stade. Il y a des tentatives prometteuses, mais qui n'ont pas atteint le niveau de corroboration expérimentale de la Relativité. Or, pour invalider ou remplacer une théorie de ce type, il faut justement expliquer tout ce qu'elle expliquait déjà, le démontrer expérimentalement, et proposer des solutions aux problèmes qui demeuraient. Ça fait beaucoup. D'ailleurs, la corroboration expérimentale de la Relativité a pris du temps. En attendant, ces pistes sont considérées comme "spéculatives" par la communauté scientifique.

Ce qui est rigolo, c'est qu'Einstein a acquis une aura de grand méchant pour une frange grandissante de fondus. Les platistes, déjà, mais aussi les adeptes de "l'univers électrique", pour lesquels ce sont des forces magnétiques qui font tenir ensemble les planètes (je n'ai pas bien compris quel serait l'intérêt de le cacher si c'était vrai, d'ailleurs).

Alors, au premier degré de ces théories, on trouve la vieille méfiance envers la "science juive" qu'on professé certains en leur temps, dont les idées ressurgissent de façon sporadique (c'est d'autant plus amusant qu'en France, après la Première Guerre Mondiale, on a vu des papiers qui dénigraient Einstein en le qualifiant de "savant allemand" pour déconsidérer son travail) (c'est là aussi qu'on peut balayer les critiques concernant sa vie privée, ou l'apport de sa première femme, qui servent à tenter de déconsidérer son travail : quels que soient ses défauts humains par ailleurs, je ne vois pas en quoi ils pourraient conduire à infirmer ses résultats scientifiques).

On convoque aussi Tesla assez souvent comme figure d'un anti Einstein. Mais vu son domaine d'activité, le vieux Nikola critiquait plutôt la physique quantique quand il s'agissait de discuter des polémiques de son temps. C'était l'appareil mathématique complètement abstrait, et en apparence décorrélé du réel, d'une ontologie, qui le gênait. Mais Tesla est de toute façon un petit chouchou des théoriciens du complot, entre autre à cause de l'ambiguité que permet l'anglais autour de "free" dans la notion de "free energy".

Mais surtout, je crois que ce qui fait d'Einstein un grand méchant commode, c'est son déterminisme. Car la Relativité Générale, en faisant du temps une dimension presque comme une autre, le fige d'une certaine façon. Il devient un élément de géométrie pure qui contraint les trajectoires de la totalité de ce qu'il contient. On pourrait croire que cela ravirait les plus gros fournisseurs de théories du complot après les néo-Nazis, à savoir les Calvinistes américains et les Wahhabites et assimilés, qui se retrouvent pas mal sur l'idée de prédestination, et donc une vision totalement prédéterminée de l'univers (vision qui émerge de toute façon de toute théologie qui postule un Dieu omniscient) (l'omniscience, encore un infini sur lequel vient buter la pensée, qui met lui-même en lumière les contradictions de la théorie qui le propose). Le problème, c'est que même si Einstein était théiste à titre personnel, sa vision d'un univers dans lequel "Dieu ne joue pas aux dés" produit une représentation théorique qui évoque celle de Laplace avant lui, dans laquelle Dieu est "cette hypothèse [qui] ne m'était pas nécessaire".

C'est peut-être cet élément-là, ce déterminisme qui se substitue à un autre et le fracasse, qui explique la haine que vouent certains bondieusards à Papy Einstein, tout comme ils haïssent Darwin pour son déterminisme biologique apparent, et Freud pour ses déterminismes psychologiques.

C'est aussi, curieusement, l'inverse de la critique envers la sociologie, qui essaie de repérer des déterminismes, quand la théorie économique affecte de croire au libre arbitre des agents du réel (mais propose des courbes de projection du futur). Le combat philosophique et épistémologique n'est donc pas entre déterminisme et libre arbitre, mais entre diverses formes de déterminismes et diverses visions du libre arbitre.


mardi 24 octobre 2017

Aller plus haut, aller plus hauuuuut

J'ai souvent de la demande pour mettre en ligne mes conférences. Le problème, c'est que pour qu'elles soient plus vivantes, je n'arrive qu'avec l'iconographie et une page de notes qui n'est en fait qu'un plan schématique avec quelques mots-clés et les dates et chiffres sur lesquels j'ai la trouille de me planter. Du coup, il n'existe pas de "texte de la conférence" que je puisse balancer tel quel. Parfois, la conférence est enregistrée, du coup on peut mettre en ligne le fichier audio, voire la vidéo. Ou alors transcrire l'enregistrement. Ce qui est un processus long et fastidieux (j'ai une telle transcription à faire pour certain faquin de ma connaissance) (oui, je pense à toi, mec) et franchement, je ne me lance là-dedans que le couteau sous la gorge (ou contre la promesse de bonnes bouteilles, des fois).

Et puis des fois, ma conférence se fonde sur des boulots précédents, notules ou articles que j'ai publiés ici et là, et à défaut de filer une transcription complète aux amateurs, cela me permet de leur donner quand même un peu de biscuits.

Pour la conférence de dimanche dernier sur le voyage interstellaire (elle a été enregistrée, mais reste à monter le fichier proprement, je vous tiendrai au courant quand ce sera posté), je peux déjà vous donner des trucs.

La première partie, sur la taille de l'univers, développait les calculs présentés ici.

Les sondes Breaktrough Starshot sont évoquées là. Tout au plus ai-je ajouté, au cours de la conférence, des considérations sur le fait que, si les capteurs sont désormais ultra compacts et légers, il va falloir quand même de grosses antennes et de l'énergie pour les alimenter si l'on veut qu'ils transmettent leur signal jusqu'à nous.



La partie sur les motorisations spatiales elles-mêmes reprenait pour partie le dernier chapitre de mon bouquin Cosmonautes ! Les conquérants de l'espace, publié il y a déjà quelques temps chez les Moutons électriques et toujours disponible (y compris en numérique).



Et j'ai également traité plus avant le sujet de l'hyperespace dans ma rubrique "Les mains dans le cambouis, la tête dans les étoiles", publié dans le n°19 de Fiction, publié à l'été 1994. (j'y utilisais hélas une formulation malheureuse à propos de l'écoulement du temps)




lundi 23 octobre 2017

Le Syndrome du Dinosaure

Bon, me voilà revenu d'Auxerre, un peu fracassé comme de juste, mais bien content d'avoir revu de vieux copains et d'avoir copieusement cochonné les pages de garde de quelques livres publiés sous mon blaze.

Mais juste avant de partir, une discussion en ligne à propos du nouveau Wolfenstein m'a rappelé un vieux papier rédigé en son temps pour l'ancien forum de Superpouvoir, et causant (entre autres) de l'utilisation du nazi comme gros méchant à tout faire :


Vous n'aimeriez sans doute pas rencontrer un dinosaure le soir au coin d'un bois. Et pourtant, vous appréciez sans doute comme tout un chacun de voir ces immenses reptiles (je dis reptile par commodité. les progrès récents de la taxinomie et de la phylogénie ont plus ou moins remis en cause ce statut et cette étiquette, au moins pour certains d'entre eux, mais tel n'est pas notre propos du jour*) dans vos BDs favorites, vos jeux vidéos ou vos films. Un gros dinosaure, bien dessiné ou bien modélisé, c'est cool. D'où le succès planétaire des Godzillas, Jurassic Parks et autres dinosaurades offertes à nos mirettes par d'industrieux industriels du spectacle.

Mais pourquoi ce succès récurrent des grosses bébêtes à écailles ? Pourquoi sont-elles cool par principe ? De nombreux psychologues (ouais, bon, j'en ai vu qu'un pour l'instant, dans un vieux magazine, et c'était il y a longtemps) (ou bien j'ai oublié) (et c'est vrai que ça doit pas sentir la rose, un dinosaure) supposent que c'est dû à la conjonction de leur aspect assez terrifiant, dédramatisé par le fait qu'ils aient tous disparu il y a fort longtemps.

Car, si physiquement le dinosaure conjugue deux facteurs qui marchent bien (le côté écailleux, donc étranger, et le côté gigantesque), il a en plus le mérite de ne plus exister. C'est pour ça que Nicolas Sarkozy** ne sera pas cool avant longtemps : il est nettement moins gros qu'un dinosaure, et il a le défaut rédhibitoire de ne pas être encore une espèces éteinte, ni même en voie de disparition (les gens aiment ça aussi, les espèces en voie de disparition, c'est pour ça que les gens aiment bien les pandas, qui sinon n'aurait aucune espèce d'intérêt : c'est gros et pas très malin, un panda, et ça ne mange même pas les gens***). Alors que les Nazis sont un méchant de choix dans les films (même sans uniforme, rappelez-vous Hans Grüber, qui joue à fond sur l'amalgame "accent un peu rugueux = Nazi"). Les Nazis sont très méchants, et ils sont éteints****. Les généraux soviétiques, c'est pareil. Les empereurs romains décadents aussi. Mais pas les terroristes islamistes, qui ne sont pas encore assez disparus : il ne viendrait à personne de les utiliser pour faire un thriller générique avec un méchant "cool".

Un méchant trop existant, trop réel, il fait trop peur pour que le mécanisme de catharsis joue à fond. L'identification est trop directe. On peut encore, du jour au lendemain, être victime d'un Sarkozy ou d'un islamiste. Alors que d'un Nazi ou d'un dinosaure, c'est déjà moins courant.

Avec un Nazi ou un dinosaure, on peut jouer à se faire peur pour de faux. Avec un Terminator aussi, parce qu'à défaut de ne plus exister, le Terminator n'existe pas encore (notons que le fait de n'exister pas encore n'est pas conceptuellement de nature à arrêter un Terminator digne de ce nom, mais passons). Ça marche d'ailleurs avec les hordes d'orcs, qui n'ont existé que dans un passé de toute façon mythique, ce qui représente une double sécurité (Un Elève Doué avait prouvé qu'on peut encore exceptionnellement tomber sur un méchant nazi dans la banlieue la plus tranquille. Avec un orc, y'a carrément moins de risque).

Pour éviter de tomber dans le cliché, néanmoins, il peut s'avérer utile de creuser d'autres menaces éteintes. Soyons créatifs. Ressortons de la naphtaline les gardes du Cardinal. L'Inquisition Espagnole. Voire même les Huns, Vandales et autres Alamans. On évitera par contre les Hygiénistes du XIXe siècle ou Jean Lecanuet. Je ne vois pas encore de moyen de les rendre cools, eux.



*en fait, c'est avant tout un problème de cladistique.

**comme je vous disais, le papier date un peu.

***et le panda a l'avantage d'être mignon. une étude a prouvé que les gens n'avaient rien à carrer des espèces en voie de disparition quand elles étaient moches.

****pareil, c'est là qu'on s'aperçoit que cet article est anciens et date d'avant la présidence Trump

vendredi 20 octobre 2017

Galactique !



Je serai aux Galactic Days dimanche, de 10 à 18 heures, au complexe sportif des hauts d’Auxerre, boulevard de Verdun. J'y dédicacerai l'île de Peter et les Dieux de Kirby, et sans doute d'autres choses en fonction de ce qu'aura prévu le libraire, et à 11 heures je donnerai une conférence sur le voyage interstellaire. Il devrait y avoir aussi une table ronde sur les littératures de l'imaginaire, et je passerai sur le stand Monolith pour participer aux présentations du futur jeu Batman.

jeudi 19 octobre 2017

Je serai Chateaubriand ou sinon ça va chier des bulles, motherfucker

Peut-être est-ce le fait de veiller tard pour finir un boulot urgent dans les temps, mais il m'est venu une idée dérangeante.

Pas forcément aussi dérangeante qu'un panty shot de R2D2, mais pas loin


Quand on examine l'œuvre de George Lucas, son côté ultraréférentiel apparait vite. Star Wars est un patchwork post-moderne qui mêle films de Kurosawa, pulps, serials de Flash Gordon, esthétique de Valérian et comics de Jack Kirby. American Graffiti est un hommage aux films des années 50 (et l'Episode One revient à cette esthétique avec ses vaisseaux spatiaux à la Raymond Loewy ou à la René Leduc). Quant à Indiana Jones, quoique réalisé par Spielberg, il porte en maints endroits la patte de Lucas, et les Aventuriers cite plus qu'à son tour le Secret des Incas avec Charlton Heston. Lucas, c'est la revanche des je cite.

Et en fait, je crois que George Lucas, il voulait être Quentin Tarantino à la place de Quentin Tarantino. Mais que comme Quentin Tarantino n'existait pas encore, du coup il n'a pas pu.

dimanche 15 octobre 2017

Débris

Non, par ce titre, je ne voulais pas parler de nos sénateurs qui prévariquent comme des gorets, mais tout simplement poursuivre, comme promis, ce que j'ai commencé cet été dans ce post : publier de vieilles nouvelles qui dormaient dans mes tiroirs. Celle-ci a vingt ans et est totalement inédite. J'y repensais dernièrement, parce qu'une expression tapée dans mon prochain bouquin faisait vaguement écho à certains trucs que je développais dans ce texte. Oh, à la relecture, il me semble maladroit, et la symbolique un peu assénée avec des moufles. J'ai résisté à la tentation de l'amender, et je vous le livre tel quel.



Débris

“Il y eut tempête d’épées et nourriture de corbeaux.”
Saga de Grettir


La neige était souillée de sang.

Deux corbeaux tournoyaient au dessus de la plaine. Les yeux mi-clos, Eghill contemplait leurs évolutions complexes. Qui connaît les tours et les détours de la pensée, et ceux de la mémoire ? Car tels étaient leurs noms, Huggin et Munnin, les yeux d’Odin parcourant le monde… L’un d’entre eux - Munnin ? - se posa à ses pieds.

Eghill tenta de se redresser mais n’y parvint pas. La lance qui l’avait transpercé lui avait ôté l’usage des jambes. Il ne ressentait aucune douleur, pourtant. Pas même de gène. Il regardait le corbeau, tentait de le comprendre. Mais le regard noir de l’oiseau n’offrait pas de prise à ses interrogations. Munnin picorait ici et là, gobant un oeil ou arrachant un lambeau de chair.

Suivant les corbeaux, des pillards se glissaient entre les corps, achevant les blessés pour leur prendre leurs armes ou leurs ceintures ouvragées. Il y avait là des Saxons autant que des Sanois, réconciliés dans leur sinistre besogne, parfois se disputant un casque ou une fibule d’acier. Eghill savait que l’un d’eux viendrait s’emparer du médaillon et se préparait à se défendre, à mériter sa place dans les halles d’Odin. Mais son bras était désormais trop faible pour brandir le glaive ; Eghill perdait trop de sang. Peut-être le pillard n’aurait-il même pas à le tuer…

- Je te salue, Eghill Skaldaspillirson.

Eghill leva péniblement la tête vers l’arrivant. Il avait parlé en Danois, mais portait le costume fourré des Saxons d’Angleterre. L’homme s’accroupit au pieds du blessé et commença à l’examiner.

- Je n’y survivrai pas, je le sais.

- C’est ce qu’il me semble, mon frère. Et tu as quelque chose qui dès lors me revient.

Eghill frémit. Ainsi, le médaillon resterait dans la famille, à défaut de rester dans le clan.

- Pourquoi le veux-tu, banni ? Quelle valeur saurait-il avoir pour un homme chassé de ses terres, déchu de son nom ?

- Déchu de son sang, c’est cela que tu veux dire, Eghill ?

- Je ne le crois pas. Même combattant sous la livrée des Saxons honnis tu demeure mon frère, Brodir.

Une clameur retentit au loin. Brodir se redressa et jeta un coup d’oeil derrière lui, puis se tourna à nouveau vers son frère.

- Sache que c’est ton camp qui a gagné, Eghill. Les saxons sont en déroute.

Eghill tenta à grand peine d’esquisser un sourire.

- Mais c’est toi, le vaincu, qui te tiens debout malgré la défaite honteuse. Moi, je soupe ce soir chez Odin.

Sa poigne se desserra et il laissa tomber son épée. Le corbeau vint se poser sur la garde et le regarda d’un œil critique. Brodir tenta de le chasser du revers de la main, mais l’oiseau resta là, impassible.

Un cavalier passa au loin, brandissant un étendard à tête de dragon. Un Franc, peut-être, sans qu’on sache ce qu’il pouvait venir faire là, ou un Danois exhibant une prise de guerre. Brodir passa la main sur le front brûlant de son frère.

- Il est triste que ce soir nous ayons combattu dans des camps ennemis. La guerre est un jeu martial tant que le frère ne se dresse pas contre le frère. Là, elle se fait sombre et porteuse de mauvais présages.

- Les frères ressentaient-ils de la haine en combattant, Brodir ?

- Non. Je prie Odin que non.

- Alors elle n’est que jeu, comme l’étaient nos batailles dans le fjord. Qui l’a emporté, cette fois ?

- Je te l’ai dit… Ton camp… Non, pardonne-moi.

- Tu m’as compris. Le médaillon de Skaldaspillir, qu’il tenait de Skirnir, reviendra au dernier de ses fils.

- Un fils qui l’a renié.

- Le médaillon reviendra à son meurtrier. Peut-être vaut-il mieux qu’il en soit ainsi, finalement… Brodir. Mon frère.

Eghill ferma les yeux et se détendit. Son frère le veilla quelques instants, puis prit le médaillon. Il se releva et s’éloigna à pas lents. Le corbeau le suivit à peu de distance. On aurait cru qu’il se lasserait vite, mais quand Brodir atteignit les collines l’oiseau était toujours là.


vendredi 13 octobre 2017

Du haut de ces murs vénérables, le Cardinal vous contemple

Bon, reviendu de ma petite intervention à la Sorbonne, aux côtés de ces forts estimables camarades que sont Jean Depelley, Alain Delaplace et Mickael Géreaume pour causer de Jack Kirby, le ze king de les comics. Merci d'ailleurs à Guillaume Prevost pour cette opportunité de causer d'un sujet qui nous tenait à cœur à tous dans cette institution prestigieuse.

Bref, nous nous sommes retrouvés sous le regard sévère du Cardinal de Richelieu (le premier vrai super-vilain de l'histoire de la littérature, grâce à Monsieur Alexandre D. de Villers-Cotterêts, ce qui nous a semblé curieusement approprié) pour la première conférence consacrée par la vénérable institution à un auteur de comics. Que de chemin parcouru depuis le premier mémoire de maîtrise consacré à ces sujets il y a 25 ans (si jeune Mabuse, il était signé par un certain Jean-Marc Lainé, qui a continué à sévir dans ce domaine par la suite) (son bouquin sur Stan Lee est en vente dans toutes les librairies) et du coup nous étions tous un peu émus et tendus.

Plutôt que de résumer mon intervention (à base de fins du monde, de batailles eschatologiques originelles et de comparaisons avec Tolkien), je vais vous faire part d'une astuce de vieux briscard pour ce genre de colloque où l'on arrive en mode terrorisé. Garder sa contenance est primordial. Et il suffit d'un rien pour la perdre. Genre partir dans une boucle à répéter un argument déjà donné trois minutes avant, se décaler par rapport à son iconographie, louper un enchaînement, etc.

L'astuce, et les assistants hier (et à d'autres confs) l'auront peut-être remarqué, c'est quand on bugge, de se racler la gorge, éructer un "scusez-moi", prendre le temps de se servir un verre d'eau et de la boire. Les cinq à huit secondes permettent de se remettre dans le fil, ou de balancer un "par ailleurs" qui permet d'enchaîner sur tout à fait autre chose sans que ça ait l'air random.

Bon, c'était cool, et le public était super avec plein de questions intéressantes. Merci à tout le monde !

mardi 10 octobre 2017

Végétations

L'ami Sébastien Célimon causait tout dernièrement de Vegeta sur son blog pop culturel. Il s'interrogeait sur la popularité durable de ce personnage pourtant conçu pour être antipathique. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Vegeta est un personnage de Dragonball Z, apparu au départ comme méchant, puis rejoignant les héros sans pour autant se départir d'une morgue et d'un mauvais caractère à rendre jaloux un Alan Rickman des grands jours.

C'est lui, pour faire simple.

Moi, de mon côté, j'ai toujours eu comme un menu souci avec ce super-saiyan (pour en savoir plus long sur les super-saiyans, n'hésitez pas à consulter ce petit article que j'avais commis il y a quelque temps), dès que je l'ai découvert à l'occasion d'une diffusion de Dragon Ball Z à la télé. Quand son nom a été prononcé, j'ai éclaté direct d'un rire tonitruant. Parce que pour moi, "Vegeta" ça renvoyait à un truc très précis et beaucoup moins bad-ass qu'un super-saiyan. Vegeta, pour moi, il a forcément la tête de ce cuisinier rigolard dont la toque ornait les boites en fer de cette épice bonne à tout (soupe, sauce, rôtis, rails à la sauvette après une cuite au rakija) que toutes les cuisinières yougoslaves connaissaient bien. Maintenant, signe des temps, le bazar est vendu dans des sachets mous, bof, et le cuistot a des joues plus roses avec un dégradé photoshop moche, mais en vrai, Vegeta, pour moi, c'est ça. Forcément, j'ai du mal à prendre le guerrier au sérieux.

bon, lui, je l'imagine pas avec la voix d'Eric Legrand