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Trop peur de la torpeur

Et voilà que l'on s'enfonce doucement dans l'été. Enfin, doucement… souvent les températures sont tout sauf douces. Mon bureau est devenu une étuve à faire suer un Finlandais.

Mais quand je sors dehors, c'est pire. Et je suis souvent déçu. Le moment où j'aurais voulu du beau temps, genre hier soir, pour monter l'éclipse à mes mômes, on a eu les seuls nuages de la semaine. Bien joué.

Je sors acheter des bières à la supérette, le type devant moi est un parfait sosie de Charles Bukowski, coupe de cheveux et joues grêlées incluses.

Et puis y a les moments où, pris d'un coup de folie ou victime d'obligations diverses, je dois m'infliger un voyage en train. Et donc être exposé à l'affichage en gare. Non, je ne veux pas parler des horaires incohérents, mais, une fois encore, de la publicité. Là, à l'arrêt en gare, j'ai vu une affiche dehors qui m'a estomaqué. Elle vantait fièrement un sirop contenant "85% de fruits". Or, il se trouve que dans une autre vie (quand on était jeunes, Jeff, tout ça tout ça), j'en ai fabriqué, des sirops. Et vous savez quoi ? Votre sirop de base, il contient à une vache près 66% de sucre, 33% d'eau et le reste en principe actif ou arôme, selon que c'est un sirop récréatif pour faire les cocktails ou un truc antitoux. Bien sûr, ça s'ajuste selon les cas, tout ça, mais la proportion de base est bien celle-ci, 2/3 - 1/3 et matériellement, les arômes, additifs et autres ne peuvent donc dépasser 10 à 15 % du total. 85% d'un sirop, c'est donc le sucre et la flotte, c'est ça le principe d'un sirop. Et c'est pourtant ce taux qui s'affichait en gros et en couleurs sur l'affiche, et hélas j'étais trop loin pour déchiffrer les petits caractères, en bas de l'affiche, qui m'auraient peut-être éclairé sur l'astuce trouvée par le fabriquant pour justifier ce chiffre fantaisiste. Et reste la question de la forme que prennent ces fruits. En général, c'est un concentré.

Une gare plus loin (voilà ce qui arrive, quand j'oublie de glisser un bouquin dans ma poche), mon attention est attirée par une autre publicité, se vantant cette fois d'avoir supprimé les additifs de ses jus de fruits. Là encore, ça vaudrait le coup de regarder les étiquettes, mais gageons que tout repose sur une définition bien restrictive du terme "additif". Car jamais on ne met industriellement un jus de fruit dans une bouteille sans s'assurer de sa conservation, et d'une couleur cohérente (et soutenue, pour un jus d'orange) d'un lot à l'autre. Donc, on est forcé d'y ajouter au moins un antioxydant et un peu de couleur. Parfois, c'est assez naturel, avec de la vitamine C pour le premier et du beta-carotène (provitamine A) dans le second, mais de toute façon, on ajoute toujours quelque chose. Et tout ce qu'on ajoute est, par définition, un additif (quelque chose qu'on additionne, comme son nom l'indique).

Bref, faut plus que je sorte de chez moi, en fait. Tout m'énerve, dehors.

Commentaires

Unknown a dit…
Trappeur de l'attrappe-heure :
c'est pour ça que, à défaut de voir des étoiles (*), et éviter les en-gourde hissements, tu, à tes risques et périls, as tenté d'être dans la lune... et attendu en vain... mais... il te reste le web et ses images de lune, ses clips...
solution nettement sol-hubble...

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