vendredi 26 mai 2017

Where next ?

Hop, un petit rappel de mes prochaines sorties :

Jeudi 15 juin à 18 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est organisé par un libraire d'e-books qui m'a interviouvé au passage, mais si vous voulez amener des exemplaires papier pour avoir un grigris dessus, vous pouvez !




Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris.

Et en octobre, une table ronde sur Kirby à la Sorbonne, je vous tiendrai au courant d'ici-là.

mardi 16 mai 2017

Déesse 19

Je reviens vite fait sur cette question, lors du colloque de Lyon, qui nous avait entraîné si loin.

Le colloque portait sur les figures du Héros, et mon intervention sur l'us et abus du schéma campbellien de voyage initiatique (ce qu'on appelle aussi, dans notre jargon, le cycle de Skywalker, vu que le petit Luke en est l'exemple paradigmatique).

La question posée en fin de conférence portait sur ce schéma omniprésent, justement. Elle était formulée approximativement ainsi : "mais tout ça, c'est une initiation masculine. pourquoi n'y a-t-il pas un équivalent féminin ?"

L'explication elle-même est assez simple : les messieurs ont le machin tourné vers l'extérieur et les dames vers l'intérieur, et les schémas initiatiques correspondants suivent ça. Pour devenir un homme, le jeune guerrier quitte le village pour aller tuer un bison/ours/ennemi, pour devenir une femme, la jeune fille s'enferme dans la hutte des femmes et apprend les secrets de la vie. Et, assez souvent, ce qui est appris entre femmes l'est dans une langue particulière que les hommes ne savent pas parler.

Cette différence a deux effets.

Le récit héroïque colle mieux à une initiation de type masculin (même si le héros peut être une fille), parce qu'il est tout simplement plus spectaculaire. Le voyage effectué dans la hutte est intérieur, et demanderait du coup beaucoup plus de brio à un auteur qui voudrait l'exploiter dans le cadre d'un récit.

L'ethnologie a très rarement eu accès aux récits des femmes. Et quand il y a eu christianisation ou sécularisation, nombre d'entre eux ont tout simplement été perdus, quand les récits masculins survivant souvent au moins sous forme de contes populaires.

On ne s'en rend pas forcément compte de nos jours, mais beaucoup, beaucoup de mythes ont été perdus, y compris dans des ensembles que nous croyons bien connus. Il ne reste presque plus rien des mythes spécifiquement romains, et ils ont du coup importé ceux des Grecs pour combler le vide qui s'était creusé. Mais même chez les Grecs, nous n'avons plus accès qu'à des transcriptions tardives, qui ne rendent pas comptent de la richesse des variantes, et occultent certaines figures. Ne parlons même pas des mythes celtes et nordiques, dont il ne nous reste que des sources datant de l'époque chrétienne, ou des mythes slaves dont il ne reste presque rien, hormis des mentions cryptiques de missionnaires.

Et quand on remonte plus loin encore, c'est le Mystère pur. On sait qu'il a existé au paléolithique deux grandes figures divines ou sacralisées, une mère aux formes plus que généreuses, et un sorcier portant des bois de cerf (qui a peut-être laissé des traces en Cernunnos et quelques autres). Au néolithique le plus ancien, en Anatolie, émerge une figure divine nouvelle, féminine, dont voici l'image :


Elle est à l'évidence l'héritière des "Vénus" de temps plus anciens, mais, et c'est nouveau, la voilà flanquée de deux lions (ou lionnes) (difficile à dire : les lions du Proche-Orient et des Balkans n'avaient pas de crinière). Cette déesse aux deux bêtes se retrouvent ailleurs, ce sont parfois deux loups ou deux chiens, dans d'anciennes traditions, parfois deux ourses, ou plus curieusement, en Crête, deux serpents. Qui est-elle ? Faute de sources écrites, nous n'en savons pas grand-chose. Mais la présence des deux bêtes dangereuses indique peut-être un motif initiatique, une confrontation à la mort. C'est ça qui est nouveau, dans ce personnage, par rapport à ces ancêtres de la pierre taillée. L'association entre la fertilité, et donc la vie, et le danger, le risque de mort. Qu'est-ce que cela peut signifier, du point de vue de nos voyages initiatiques ? Sans doute pas mal de choses. Mais lesquelles ?

dimanche 14 mai 2017

Dans la jungle, terrible jungle

Il existe au fin fond de la jungle amazonienne un bras mort non pas du fleuve, mais de l'affluent d'un affluent, voire peut-être même de l'affluent d'un affluent d'un affluent. Bref. N'importe où ailleurs, on le qualifierait de « bayou ». Sauf qu'ici, il n'y a plus personne pour se soucier de lui donner un nom. Ou peut-être la tribu jivaroïde qui s'était installée brièvement dans les parages et en était repartie peu après avec armes et bagages en appelant l'endroit « ah-také-na-baga-no-taka », ce qu'on pourrait approximativement traduire par « putain-restons-pas-là-ça-craint », mais ça sonne mieux en Jivaro, surtout qu'ils mettent l'accent tonique sur la troisième syllabe, eux.

Quand on dit qu'il n'y a personne pour se soucier de lui donner un nom, ça ne veut pas dire qu'il y ait personne-personne. Juste personne pour s'en soucier, ce qui est tout à fait différent.

En effet, le bayou ah-také-na-baga-no-taka se trouve actuellement occupé par un caboteur aventurier pris au piège de son niveau fluctuant, et qui se fout bien de lui donner un nom autre que « quel merdier à la con » (ce qui en Jivaro pourrait se dire « noké-ta-bako », avec l'accent tonique sur la deuxième syllabe, pour le coup, si vous ne voulez pas passer pour un plouc). Il attend à présent la saison des pluies qui suivra, ou pas, la saison des brumes, pour que le niveau remonte, dégage son bateau et lui permette de repartir.

Dans l'intervalle, la moiteur humide du lieu le défrise. Ou au contraire, le fait friser.

Le problème de cette moiteur, c'est qu'elle a tendance à pourrir les cartouches de fusil. Et que quand on n'a plus de conserves à bord, qu'on attend la saison des pluies dont on ne sait pas quand elle viendra, et qu'on en a marre du piranha sous la cendre, il ne reste qu'une solution. Chasser le pécari à la matraque, ce qui demande une grande concentration, une rapidité exceptionnelle et un mental en acier nickelé, qui résiste mieux au climat.







Oui, ce texte peut sembler complètement random. Je viens de le retrouver dans une vieille archive, je l'avais même oublié. C'était le début de… Le début d'un truc dont j'ai jamais fait la fin. Donc je pose ça là, comme ça, ça ne sera pas perdu.

mardi 9 mai 2017

Gna

Me voilà bien fracassé, avec plus de voix et un bon coup de fatigue.

Faut dire que j'ai enchaîné deux jours de dédicaces au Salon Fantastique (Peter a l'air de bien intriguer les gens, c'est cool) qui est un nid à courants d'air, et que ce matin, c'était intervention dans une bibliothèque pour expliquer mon métier à des lycéens. Tout ça, c'est toujours très sympa, mais en fait c'est crevant. Me voilà par terre. Bon, encore une conférence jeudi et ça va se tasser un peu après, tout ça. Et puis il serait temps de me remettre au boulot, en plus.

Pour la peine, je vous remets un extrait de L'île de Peter, rien que pour vous donner envie :

L’équipage affichait un air inquiet et cela, pour le coup, combla effectivement d’aise son capitaine. Il aimait à régner par la terreur. Il se demanda si, finalement, il n’avait pas fait exécuter le professeur de clavecin. Il ne parvenait pas à s’en souvenir. Cela n’avait de toute façon aucune importance, il avait depuis bien longtemps perdu le compte des supplices capitaux.

« Messieurs, comme vous le savez, le Jolly Roger doit aujourd’hui faire face à la plus infâme et la plus déplorable des trahisons ».

On aurait entendu une mouche voler si le ressac n’avait pas couvert tous ces menus sons. Le bruit des vagues. Voilà qui ajoutait encore à la bonne humeur de Crochet. Plus que vivant, il se sentait marin, pirate, capitaine. Lui-même, en somme.


Voilà. Bon, mangeaille et dodo. Demain, j'ai du boulot.

vendredi 5 mai 2017

El Cid is back !

Passé en coup de vent sur Paris. J'avais un rendez-vous chez un de mes éditeurs pour relancer un vieux projet.

En sortant, je suis passé voir l'expo d'un pote dans une galerie… qui avait, aussi, dans un dossier, des originaux de Palacios, auteur espagnol que j'affectionne (je parlais pas plus tard que ce week-end encore de son formidable Roland à Roncevaux qui est une tuerie à tous les niveaux). Et donc, je me suis pris en pleine face ces planches étonnamment petites (j'aurais cru qu'il travaillait en plus grand, vu à quel point son dessin est gratté) de McCoy et du Cid. Pour découvrir qu'il sortait ces jours-ci une intégrale du Cid par Palacios.



Il me la faut. J'ai plus une thune, là, mais il va falloir que je craque les 32 balles très bientôt. Et je vous encourage à faire pareil.

Toute l'actu

Bon, L'Île de Peter est dans les bacs depuis hier (mais quelques apifiou s'en sont fait signer à Lyon dimanche dernier) et les parisiens pourront venir se le faire dédicacer dimanche et lundi au Salon Fantastique (au Paris Event Center de La Villette, sur le stand des Indés de l'Imaginaire).

J'en profite pour faire le point sur mes prochains déplacements. Plusieurs trucs ont sauté depuis le dernier point, et d'autres sont venus se greffer. Cette liste, selon l'expression consacrée, annule et remplace les précédentes :

Donc dimanche 7 et lundi 8, vous avez déjà noté.

Jeudi 11 mai à 18h30 conférence sur le Roman de Renart et son époque, à la bibliothèque de Commeny (95), c'est dans le Vexin, vers Chars, Magny, etc.

Dimanche 21 mai toute la journée, aux Imaginales d'Epinal, avec les Indés de l'Imaginaire.

Jeudi 15 juin à 18 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est une espèce de speed dating auteur-lecteurs, organisé par un libraire d'e-books, j'ai pas la moindre idée de ce que ça peut donner. Mais ça a toute les raisons d'être sympa, le lieu est cool et en plus y aura de la bière.

Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris

jeudi 4 mai 2017

Au bord de l'eau, sur le fleuve du souvenir

Je m'aperçois que ça m'a pas fait pas de mal, l'autre jour, de causer d'iris et de poules d'eau, en fait. Ce sont des sujets qui me touchent plus que les Macron, Lepen et autres Francis Heaulme qui trustent l'actu.

En repassant devant ces iris dont je causais, je repensais à cette histoire évangélique des "lys des champs qui ne tissent ni ne filent" et aux "oiseaux du ciel dont pas un ne tombe sans que le big boss barbu ne soit au courant" (je paraphrase).

Ça m'a renvoyé à un vieux souvenir. Quand j'étais môme, on allait faire de grandes balades à vélo avec mon grand-père. Fils d'un champion cycliste qui avait fait plusieurs fois le Tour à l'époque héroïque, il utilisait encore pour tailler la route les bicyclettes paternelles. Du coup, j'ai abattu des centaines de kilomètres sur des clous qui avaient fait la grande boucle juste avant et après la grande guerre. Rien à voir avec les machins en fibre de carbone de maintenant, c'était du bon cadre d'acier bien lourd et absolument increvable, et plutôt que d'aller faire la course, on allait faire nos courses chez les petits producteurs de crottin de Chavignol et autres bienfaiteurs des papilles gustatives de l'humanité. Bon, sachant que la côte de Chavignol à vélo, c'est une horreur absolue, hein. Dans mes meilleurs moments, j'arrivais à en monter le quart (un tout petit quart) avant de déclarer forfait et de poser pied à terre, pendant que Papy, pourtant retraité depuis une paye, continuait vaillamment.

Au fil de ces longues promenades, on faisait la tournée des petits patelins avec leurs vieilles églises pittoresques, leurs granges médiévales retapées, leurs vieux moulins et manoirs. Dans un petit patelin, un "Saint Martin" quelconque (y en avait une tripotée, que je confondais tous plus ou moins), nous nous sommes arrêtés devant une très ancienne halle de marché transformée en salle des fêtes. Il y avait une expo de peintres locaux que mon grand-père saisissait l'occasion de visiter.

En entrant, nous sommes accueillis par une petite dame dans tous ses états.

"Il est arrivé un malheur", nous dit-elle.

Et elle nous montre, au centre de la pièce, le corps d'un petit oiseau, qui s'était laissé enfermer l'avant-veille au soir dans la halle, et a vainement cherché la sortie toute la nuit et la journée suivante, alors que la halle était fermée. Le pauvre piaf était finalement tombé d'inanition, et venait d'être découvert à l'ouverture par la dame qui avait fermé la porte une quarantaine d'heures auparavant et se sentait, du coup, coupable.

Pourquoi est-ce que je repense à cette dame et à cet oiseau, tout d'un coup, tant de décennies plus tard ? Comme je le disais, je repensais à ces quelques textes de l'évangile parlant des oiseaux du ciel qui ne se préoccupent pas du lendemain, mais dont pas un ne tombe sans que ne le sache le Père (ou sans que ce ne soit la volonté du Père, d'ailleurs).

Cela s'est croisé, dans ma tête, avec cette vieille notion selon laquelle l'on n'est pas vraiment mort tant qu'il existe quelqu'un pour se souvenir de vous. C'est réconfortant pour Gilgamesh, qui croyait avoir échoué dans sa quête d'immortalité, mais dont le souvenir ne s'est pas encore totalement perdu. Pour cet oiseau et cette pauvre petite dame toute secouée par ce qui s'était passé (qui, depuis le temps, doit être aussi morte que lui), peut-on pourtant dire que je m'en souvienne réellement ? Je serais bien incapable de retrouver ce lieu. Si je peux encore convoquer l'image de cet oiseau, le visage de cette dame, dont j'ai toujours ignoré le nom, est irrémédiablement perdu. En couchant ce souvenir si parcellaire sur le papier, je contribue à leur conférer une sorte d'immortalité. Mais de quel ordre ? En était réduits à une anecdote, à un instant déconnecté de ce qu'ils ont pu être par ailleurs, est-ce que je ne leur donne pas plutôt une vie larvaire, celle du Schéol des anciens, où ce qui a vécu est réduit à un spectre vague ?

mercredi 3 mai 2017

Le chaos final

Une fois encore, j'ai du mal à venir m'épancher sur la War Zone. Parce qu'une fois encore, c'est le souk par ici. Entre divers trucs de boulot que je dois concilier, encore un de mes proches qui vient de passer une petite semaine à l'hosto (pour un truc pas grave, mais qui a dérapé), une cavalcade à Lyon qui m'a accessoirement permis de prendre le petit dèj avec deux auteurs que j'apprécie fort, à savoir Thomas Day et Norman Spinrad (en fait, Spinrad était à la table d'à côté, on n'a échangé que quelques phrases, mais ça m'a fait quelque chose) (c'est Spinrad, quoi) (bon, à présent, l'écrivain le plus punk de sa génération est devenu un vieux monsieur, c'est très étrange) (et j'ai pu me faire signer son dernier bouquin sorti) (qui m'a agacé, parce qu'il reprend une idée que j'ai échoué à développer en BD y a quelques années) (mais tant qu'à voir ses idées trouvées par quelqu'un d'autre, autant que ce soit par un type dont on aime le travail) (j'avais pas dit, y a quelques années, que j'arrêtais ces chaînages de parenthèses, moi ?) (si, je l'ai dit, mais là, je suis crevé) (donc je m'arroge le droit à chaîner les parenthèses comme un goret) (au fait, si vous ne savez pas qui est Spinrad, je ne vous parle plus. Allez lire d'urgence Jack Baron et l'Eternité, ou Les Miroirs de l'Esprit, ou n'importe quel autre de ses livres qui m'ont mis des claques)

La conférence à Lyon s'est bien passée, mais a débordé sur la fin, au moment des questions du public, de son sujet initial (le schéma campbellien de narration épique) à une digression sur un sujet passionnant qu'il faudra que j'évoque plus longuement à l'occasion (les grandes déesses proche-orientales du néolithique). Merci à toute l'organisation, au passage, et notamment à un certain Vil Faquin de ma connaissance.

Allez, je me remets au boulot. Fhtagn à tous !









PS : en rangeant mes rayonnages, je viens de découvrir que j'ai prêté Rêve de Fer, En Direct et Les Miroirs de l'Esprit. Et jamais récupérés. Bigre, faut que j'en reprenne des exemplaires.