samedi 31 août 2013

un peu de rigueur !

Dans mon rêve de cette nuit, j'allais faire un tour au sauna. C'était un endroit assez moderne, avec piscine, bains à bulles, centre de remise en forme, bains de vapeur et buvette. C'était propre, familial, sympa. Seule particularité notable, le service était assuré par des zombies. D'authentique morts-vivants plus ou moins esquintés. Très courtois et professionnels, hein, tendant la serviette ou la savonnette sans qu'on leur demande et tout. Mais zombies néanmoins.

L'un d'entre eux avait mis mes affaires au casier et rapporté une clé. Après une douche et un bain de vapeur, j'étais revenu chercher un truc resté dans ma poche (je ne me souviens plus de ce que c'était, juste que c'était légèrement absurde à avoir avec soi au bain de vapeur, genre bouquin, ordinateur, cornet de glace, sandwich thon mayonnaise ou que sais-je encore). Manque de chance, le préposé zombie n'était pas présent (moi qui croyait que ces gens-là n'avaient pas besoin de prendre de pause, je suis assez déçu, pour le coup), je passe de l'autre côté du comptoir et j'avise la grande rangée de casiers.

Tous fermés à clé, avec l'affluence du jour. Je regarde ma propre clé, pour voir s'il y a un numéro de casier, et il n'y en a pas, juste des initiales. Et je m'avise alors que les casiers n'ont pas de numéros, mais des noms. Et tous des noms de serial killers en série, réels ou imaginaires. Je commence à chercher le mien, facile parce qu'en plus il y a une photo sur chaque casier à côté du nom (utile, parce que l'ordre alphabétique, les zombies, ils connaissent pas) (sans doute suite à un trauma : quand on fait l'appel par ordre alphabétique, le zombie est toujours appelé en dernier, même le zazou lui passe devant).

Finalement, je trouve mon casier (je sais plus qui c'était, un type déguisé en clown, John Wayne Gacy, Ça ou DSK avec un nez rouge, je me souviens plus), je l'ouvre, et mes affaires me tombent sur la gueule. C'était normalement le casier dont on ne se sert pas pour les clients, mais comme il y avait affluence, c'est moi qui en ait écopé. Le reste du temps, il servait à ranger les produits d'entretien, et le préposé avait tassé mon barda dans l'espace restant.

Pas les produits d'entretien de la piscine, hein. Les produits d'entretien pour zombie.

Parce que c'est ça ma grande découverte de cette nuit, les enfants. Le casier était rempli à ras-bord de trucs bizarres et jamais vus : un désodorisant contre l'odeur de décomposition. Du produit à tuer les asticots. Et surtout une embrocation contre la rigor mortis, plusieurs grosses bouteilles d'un produit (sentant assez mauvais, pour le coup) (putain, je rêve pas souvent en odorama, et c'est toujours pour dénicher des trucs qui puent) dont se tartinaient les zombies tous les matins pour éviter d'être trop raides. C'est vrai que pour un kiné ou un maitre nageur, ça ferait désordre.

Alors j'ai pris mon paquetage, je me suis rhabillé, et je me suis réveillé en vitesse.

jeudi 22 août 2013

Hoc signo vinces

Il peut arriver parfois que, sous l'influence par exemple de lectures édifiantes, je puisse être tenté de raccrocher les éperons de mon agnosticisme viscéral à la patère d'un regard plus théiste sur les choses, que je puisse avoir des envies de grâce divine, de retour à la croyance et à la foi, une sorte de besoin impérieux d'élévation vers le sacré comme d'autres ont des pulsions les conduisant à se flinguer un pot de Nutella à la cuiller à soupe.

Là, par exemple, ayant finit sur un banc public délicieusement ombragé la lecture (la relecture, d'ailleurs) de L'Anneau du pêcheur*, très beau roman de Jean Raspail j'étais, en repartant, frappé d'une sorte de pulsion franciscaine d'amour du très haut et du prochain, et j'avançais sur un nuage et dans la rue vers un rendez-vous de boulot. (J'avais un peu d'avance du fait des horaires d'été du RER, c'est pour ça que j'avais profité d'un instant pour aller me poser sur un banc)

J'en étais à cette sorte d'exaltation mystique, quand j'ai croisé un homme, un peu plus jeune que moi, la tignasse au vent avec ce mouvement très travaillé visant à faire croire qu'on est décoiffé tout en montrant que non, une barbe de deux jours entretenue pour garder des semaines durant cette allure de deux jours, des lunettes type Rayban, la chemise blanche ouverte sur le torse velu, le pantalon serré. Et sur le torse velu en question, un gros crucifix en or accroché à une chaine à grosses mailles du même métal, d'un assez insigne mauvais goût.

Ça m'a fait retomber direct dans ma personnalité habituelle de janséniste punk, en guerre contre le monde et considérant que si la beauté du monde doit servir de preuve de l'existence de Dieu, un examen attentif du dit monde est surtout une preuve que Dieu boit sérieusement. Cette rencontre (dont la durée totale n'a pas excédé les trois secondes qu'il faut à deux individus marchant en sens inverse pour se croiser sur le large trottoir d'une avenue) m'a permis de reprendre mes esprits, de constater que l'allais faire fausse route en faisant mon acte de contrition et ma soumission aux forces spirituelles.

C'est un signe du ciel ou je ne m'y connais pas.

*C'est un roman de théologie fiction qui postule qu'à l'issue du Grand Schisme d'Occident, la lignée des papes avignonnais s'est poursuivie dans le plus grand secret. Dit comme ça, ça a l'air aride, mais c'est absolument passionnant à l'arrivée, et d'une grande finesse.

vendredi 16 août 2013

C'est un dur labeur que celui du traducteur

Après quelques jours de repos plus que mérité, j'ai remis l'ouvrage sur le métier. Au menu, de la vieillerie, et par coïncidence, deux vieilleries que j'avais lues en mon jeune temps, quand j'étais plus petit, avec plus de cheveux et moins de poil. Et donc, deux histoires qu'on me demande de retraduire à présent.

La première, c'est Mickey et l'Atombrella, un classique avec Iga Biva et un chapeau aussi ridicule qu'antinucléaire, dont je garde un excellent souvenir d'une lecture par épisodes, un été lointain sur les bords de la Loire, dans le Journal de Mickey. Le méchant qui tente de s'emparer du chapeau est le Rhyming Man, un espion qui parle en rimes*. En VF d'époque, il s'appelait Alex Handrin. Dès lors, ma conscience professionnelle me confronte à un délicat problème : si j'ai l'habitude de traduire des personnages rimeurs (je me suis frotté par exemple à plusieurs reprises à la versification d'Etrigan le Démon), je me dis qu'un personnage s'appelant Alex Handrin devrait parler... En Alexandrins, forcément. Ce qui rajoute, vous vous en doutez, un niveau de difficulté au problème de la rime. Problème face auquel je biaise en distribuant les rimes, au besoin, sur plusieurs bulles, voire sur plusieurs strips (alors qu'en VO, les rimes sont toujours à l'intérieur d'une même bulle). C'est le genre de boulots qui a vite fait de vous rendre dingue.

Du coup, pour éviter de caler, j'alterne les trads. Le matin, je fais Mickey, l'après-midi, un autre truc.

Et l'autre, c'est Le Maitre d'Armes, un vieux récit de Star Wars lu dans un recueil au format poche. J'avais traduit il y a quelques temps un autre extrait de ce recueil, Le Lendemain de l'Etoile Noire, et ça avait été une sacrée madeleine. Mais le Maitre d'Armes, ça envoyait sérieusement du bois aussi. Du Infantino en grande forme, une histoire assez poignante, et en plus, là, les pages sont dans leur état d'origine, pas remontées pour le format poche. Autant dire que je kiffe sérieusement.

C'est une belle coïncidence que je me retrouve à traduire en même temps deux histoires que j'avais autant aimées, auxquelles s'attachent autant de souvenirs, et précisément à cette période de l'année. Ça me replonge dans l'ambiance ces lointains mois d'Août où je ne passais pas mon temps à bosser, où j'avais le temps de glander et où je ne m'en privais pas, entre deux balades à vélo avec mon grand-père, une partie de pétanque avec un frangin ou un cousin, et la lecture de bouquins et d'illustrés divers.

Alors que là, je bosse.

Putain, c'est déprimant quand même, la nostalgie.

* Ce qui apporte accessoirement la preuve que, dans l'épisode de Jojo et Michou spécial Halloween écrit il y a quelques années par Jay Wicky dans le journal de Mickey, le personnage déguisé en citrouille n'est pas forcément Etrigan, mais pourrait très bien être le fantôme d'Alex Handrin !

mardi 13 août 2013

In ze méleboxe

Tiens, je viens de recevoir le numéro 17 de la revue Fiction, deuxième représentant de la nouvelle formule, plus compact (et légèrement plus austère dans sa maquette). Bel objet (j'apprécie particulièrement la texture de la couverture, on sent qu'on s'amuse beaucoup avec ce genre de choses, chez les Moutons, voir la très dérangeante sensation que couverture de la réimpression de Zombies, qui colle parfaitement au thème, pour le coup.

Pour la petite histoire, la revue comprend un petit texte signé de ma pomme expliquant ma perception et mon interprétation de la SF, et de sa pertinence en tant que genre. C'est pas forcément très original, mais pour un numéro fêtant les 60 ans de la revue, c'était le genre de truc qui faisait sens (et c'est là que je m'aperçois avec horreur que ma précédente participation à Fiction remonte à 2005, ce qui ne rajeunit personne).

C'est le numéro d'automne, alors je ne sais pas exactement quand il sera mis en vente. Stay tuned.

dimanche 11 août 2013

Power of the Potemkine !

Le fiston matait la cérémonie d'ouverture, ou de clôture, ou de milieu, ou de je ne sais quoi d'un quelconque raout athlétistique qui avait lieu en Russie ces temps-ci. Et comme souvent dans ces cas-là, les organisateurs essayaient de convoquer de grands classiques de la culture locale. D'où extraits du Cuirassé Potemkine, le célébrissime film d'Eisenstein (si vous ne l'avez jamais vu, c'est libre de droits et dispo sur Youtube et Internet Archive) sur une musique de Prokofiev. Rien de bien surprenant. Et il y avait aussi des chorégraphies.

Et là, j'ignore si les organisateurs de ce genre de cérémonies ont le sens de l'ironie, surtout en Russie. Je vais donc supposer que l'ironie profonde de ce que j'ai vu était parfaitement involontaire. Parce que nos braves danseurs ont pénétré sur le stade en portant sur leurs épaules un énorme cuirassé Potemkine gonflable. Un Potemkine bidon. Un Potemkine Potemkine, un Potemkine au carré, en quelque sorte.

L'hommage à l'oeuvre du Maréchal Potemkine et à son sens du décor en carton pâte était magnifique. Fabuleux. Grandiose. Et probablement pas voulu du tout.

C'est beau, la Russie de Poutine, quand elle essaie de magnifier son passé Soviétique, et parvient en même temps à reprendre les bonnes vieilles habitudes du temps des Tsars et des Tsarines.

Na zdrovié et tout ce qui s'ensuit.

jeudi 8 août 2013

Alimentaire, mon cher Watson

Parfois, pour raconter une histoire à la petite, le soir, quand on n'est pas inspiré, on tape dans les vieux cartons de bouquins et on y ramasse un vieux recueil d'historiettes estampillées Disney datant de pfou... Genre du temps où c'était nous, le petit.

Et on pioche une histoire au pif, genre Mickey et Dingo cow-boys, et on commence à la lire en faisant des bruitages, des effets de voix et tout ce qui rend le truc rigolo. Et puis pouf, le traducteur se réveille et cale sur un machin idiot. Il finit certes de lire le récit de quelques pages, mais sur un ton un peu plus monocorde, tant la lecture est renvoyée en tache de fond pendant que le reste du cerveau est monopolisé par l'analyse du phénomène.

Car dans l'histoire, Mickey et Dingo ont mis la main sur une cargaison de "blé turc". Et ils se débarrassent de bandits en jetant au feu un sac de la céréale en question, parce que du coup ça crépite au point de faire un bruit de fusillade.

Le bouquin en question est donc une traduction de matériel Disney créé sous licence du côté de Milan, et cette conclusion est d'autant plus irréfutable qu'elle est tout à fait exacte.

Notons que pour en arriver à cette conclusion, je n'avais même pas besoin de la scène de fusillade. La notion de "blé turc" suffisait à deviner que l'histoire avait été écrite à l'origine en Italien. Parce que si l'expression "blé de Turquie" a existé en Français à une époque où l'on ne coupait pas encore la tête des rois sous nos latitudes, l'expression "grano turco" a perduré beaucoup plus longtemps de l'autre côté des Alpes pour désigner le bête maïs, qui peut en effet faire "pan pan" au moment où l'on en fait du pop-corn. L'Italie étant par ailleurs un gros producteur de matériel Disney, pas difficile donc de deviner la provenance de l'historiette. dommage que le traducteur ne soit pas crédité, par contre, parce que ça m'aurait permis de me payer à peu de frais la fiole de ce collègue de jadis.

Mais c'est là que je m'aperçois qu'il me faut des vacances. Je reste en mode "traduction aware" 24 heures sur 24, à présent, et c'est quand même mauvais signe.