jeudi 27 septembre 2018

Yeux ronds yeux ronds petit patapon

Dans les petites notes archivées de trucs qui ont probablement du sens, mais je ne sais pas encore tout à fait lequel, il y a ceci :

Les cyclopes de la mythologie grecque sont des êtres ambivalents. Il semble en exister plusieurs sortes : les assistants d'Héphaïstos, forgeant pour lui les armes des dieux, et les pâtres cannibales que rencontre Ulysse au fil de ses voyages. Et des déclinaisons, vu que les murailles cyclopéennes sont bâties, comme leur nom l'indique, par des cyclopes, et que dans la Théogonie, la foudre n'est pas une fabrication des cyclopes, mais les cyclopes eux-mêmes.

Qu'ils fabriquent des éclairs (ou les incarnent) ou élèvent des forteresse, les cyclopes se rangent dans une catégorie d'être apparentée aux tricksters, des personnages qui, comme le Loki nordique, sont utiles aux dieux, mais délicats à manier (Kronos se sert d'eux mais les craint et les enferme dès qu'il a fini de les employer). Le trickster est généralement un personnage intelligent et rusé. Il existe d'ailleurs une version de la naissance d'Athéna où elle se trouverait être la fille d'un cyclope lanceur d'éclairs, et non pas de Zeus.

Du coup, quel rapport avec la bande à Polyphème, ces brutes épaisses élevant des moutons dans les montagnes ? Fils de Poseidon, ils ne sont pas de la même famille que les précédents, et ne constituent donc pas la décadence d'une race semi-divine, mais celle d'un motif. Là où c'est intéressant, c'est que le Cyclope de l'Odyssée paye cher sa rencontre avec un trickster patenté, l'industrieux et rusé Ulysse.

Cyclope, c'est "l'œil rond", et dans le cas présent, cet œil unique et rond est un œil stupide. Et le peu de vision que cela donne à Polyphème lui est même ôté. "à celui qui a, on donnera, et à celui qui n'a pas, même le peu qu'il a lui sera pris", dit la parabole évangélique. On est dans ce cas-là avec le Cyclope à l'œil crevé.

Si l'on regarde ces tricksters primordiaux et ces brutes devenues aveugles, chaque itération du motif cyclopéen fait sens d'emblée. C'est la conjonction des deux versions qui pose question. Est-elle fortuite ? A-t-elle un sens caché plus profond ?

jeudi 20 septembre 2018

Reviendu

Bon, j'ai regagné mes pénates après ma petite expédition à Thouars.

Et je recommande l'endroit. Oh, au premier abord, les maisons années 50 sont tristounes, celles de n'importe quelle petite ville de province. Et puis on arrive dans le vieux centre ville, et là, paf,  y a de la vieille pierre, mais par packs de douze. J'aime bien les vieilles pierres, alors je me suis régalé. Mieux encore, j'étais invité par le service patrimoine, et c'est un de ses membres qui m'a fait la visite, donc j'ai eu droit au grand tour, et c'était génial. Franchement, y a de la muraille, de la vieille maison, de l'église patinée, du château, de la venelle, tout ce que j'aime. Encore merci, c'était génial. (et l'expo Mythe & super-héros est d'autant plus chouette qu'elle me cite extensivement comme si j'étais une autorité en la matière, là faut vite que je prenne du Daflon, mes chevilles ont quadruplé de volume) (ça va déformer mon jean, ça va pas le faire).

Mais j'étais là pour bosser. Et donc, hier, j'ai enchaîné deux ateliers avec des mômes. Et vous savez quoi, le collège, à Thouars, ils l'ont mis là où ils avaient de la place. Donc dans l'ancien château des ducs. Je suis fou de jalousie, du coup : moi, mon collège, c'était béton et mosaïque bleue, et peinture jaune pipi dans les couloirs. Eux, ils ont… un château, quoi. Rien que le réfectoire, c'est de la voûte en pierre de taille, et le fond, une cheminée (condamnée) dans laquelle on devait pouvoir rôtir… je dirais trois bœufs, facile. quatre, peut-être, en tassant un peu. La salle d'arts plastique, c'est sous les combles. Avec des poutres phénoménales. Bref, c'est pas exactement Poudlard, parce que c'est quand même du goût français Grand Siècle, mais c'est monumental. J'étais scié.

Après ces deux ateliers, ça a été une petite séance de dédicaces à la librairie, puis causerie à la bibliothèque. Je vous en parlais l'autre jour, il ne faut PAS remanier une conf deux jours avant. Parce que du coup, les deux versions se télescopent dans la tête, et j'ai asséné au public un bout que j'avais supprimé, mais que j'ai sorti quand même (et qui était partiellement redondant avec l'état de la conf tel que refaite). Je me serais foutu des baffes, tiens. Mais bon, le public a été super.

Bref, après une journée pareille, je suis flappi. Mais je reste très impressionné par le lieu, et absolument ravi de l'accueil : tout le monde a été d'une immense gentillesse. Merci à tous les Thouardais ? Thouartais ? **consulte fébrilement wikipedia** Thouarsais, donc. C'était super !

Franchement, si vous passez dans le coin, allez y faire un tour.

lundi 17 septembre 2018

Conférons

Mercredi soir, je donne une conférence (Figures et mythes des super-héros, 20h30 à la médiathèque de Thouars, pour ceux qui seraient dans le coin). C'est pas du tout la première fois que ça m'arrive, je commence à être rodé. Mieux encore, c'est la reprise d'une conférence que j'ai déjà faite il y a quatre ans. Donc un truc déjà tout près, qu'il me suffit juste de réviser un peu pour être paré. Le rêve, quoi.

Sauf que je suis moi. Et donc, en révisant le truc, je me dis des trucs du genre "ah, cette image est en trop, ça n'apporte rien, je peux la virer" ou "tiens, là ce serait bien de rajouter telle image, qui permettra de marquer tel point". Puis "ah, c'est vrai que mon ancien système de classement des images générait parfois des désordres selon les ordinateurs qui servaient à les projeter, je vais tout renommer pour éviter ce genre de désagréments". Et en renommant tout, forcément "cette partie là, en fait, ce serait mieux qu'elle soit plutôt à tel endroit, non, ce serait plus fluide".

Réviser une conférence, c'est l'affaire de deux heures, histoire de se la remettre en tête. Là, ça fait deux jours que je suis dessus et c'est un foutu champ de ruines. Et je suis le premier à dire que remanier en profondeur une conférence deux jours avant de la prononcer, c'est le meilleur moyen de se prendre les pieds dans le tapis.

Je me foutrais des baffes, tiens.