samedi 30 juin 2018

The hero we deserve

Il y a bien des lunes, j'avais créé un super-héros frenchie.

Il s'appelait Le Liseron, et c'était mon Spider-man à moi. Intoxiqué par un liseron radioactif, il avait hérité de tous les pouvoirs de cette plante et pouvait donc grimper aux murs  et les gens avaient du mal à s'en débarrasser (et il avait un evil counterpart, le Lierre). Ils savait aussi détecter les substances toxiques avec un liseron-sens d'alerte aux pesticides.

Je le trouvais rigolo, moi, le Liseron.

L'éditeur n'en a pas voulu.

Ces gens ne sont pas complaisants.

mercredi 27 juin 2018

Allan a bonne mine

J'avais dans mes étagères depuis un bail une poignée de Rider Haggard, récupérés pour certains dans un lot de Néo obtenu à vil prix, pour d'autres en bouquinerie pour compléter des séries pour le jour où j'en entreprendrais la lecture. Vous savez comment ça se passe, je n'ai jamais complété ni She, ni Alan Quatermain, mais j'en avais quelques uns, donc, qui prenaient la poussière.

L'an passé, à l'approche de l'été, je m'étais lu quelques Tarzan de E.R. Burroughs, en me prenant la série dans l'ordre (jusqu'alors, je n'en avais lu que deux ou trois, épars), dans la foulée de mon visionnage de tous les films avec Johnny Weissmüller (qui a quand même, je le maintiens, vachement des faux airs de Benjamin Biolay en slip) (j'ai récupéré cette année, dans une brocante, les Pellucidar. Je les lirai bientôt, je pense).


Cette année donc, j'ai enfin lu du Alan Quatermain, que je ne connaissais que par les films avec Richard Chamberlain et par la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ainsi que par plein de références croisées, bien sûr). Et c'est très surprenant. Bien sûr, c'est de la grande aventure africaine à l'ancienne (avec même le coup de l'éclipse pour se tirer d'un mauvais pas, si ça se trouve c'est la première occurence de ce trope bien usé depuis), mais plusieurs éléments m'ont cueilli.


Déjà, Quatermain lui-même. Loin du proto Indiana Jones que j'imaginais, ou d'un espèce de Richard Francis Burton fictif, on a dès le départ un type sur le retour, un peu désabusé, qui se présente lui-même comme un type pas courageux (et qui est jaloux du dentier d'un de ses camarades, apparemment de meilleur qualité que le sien). S'il est carré et réglo, il ne fait preuve d'aucune espèce de "noblesse d'aventurier" ni quoi que ce soit de ce genre. Il est même discrètement cynique à l'occasion. Le profil de héros, là-dedans, ce n'est pas lui, c'est son camarade Sir Henri. Mais le rôle de faire valoir est lui aussi joué par quelqu'un d'autre, le cocasse capitaine Good. Quatermain est surtout un narrateur, un narrateur dont la connaissance du pays et du terrain est précieuse autant pour le lecteur que pour ses compagnons. La version qu'en donne Moore dans la Ligue n'est donc pas si iconoclaste.

Deuxième surprise, c'est remarquablement documenté. On n'est pas dans une Afrique de bazar, un continent noir fantasmé à la Tarzan. J'ai vérifié, du coup, et Rider Haggard a en effet séjourné sur place, et… et ça se sent. Les détails sonnent vrai, et pas à la Jules Verne, il y a trop de petits trucs concrets qui ne sentent pas le réchauffé, la notule d'encyclopédie.

Et le plus étonnant, c'est que c'est incroyablement peu raciste. Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon date de 1885, et contrairement à pas mal de romans d'aventures de l'époque, il respecte les indigènes, y compris les ennemis. Certes, on y trouve souvent de bonnes bouffées de paternalisme, mais pas de jugements de valeur. Dans le deuxième tome de la série, le guerrier zoulou Umslopogaas, s'il a les caractéristiques du serviteur noir herculéen à la Lothar dans Mandrake… N'est certainement pas un serviteur. C'est un chef qui s'est attaché à Quatermain en raison de leur respect mutuel. Et s'il est à l'occasion incroyablement brutal, il demeure un guerrier noble, pas un bon sauvage, mais un être plus primitif dans ses manières que Quatermain sans lui être présenté comme inférieur. Ça aurait pu être un personnage à la Robert E. Howard, si justement Howard n'avait pas eu une teinte raciste.

Bref, une excellente surprise. Je sens que je vais compléter tout ça sous peu. Ça a été réédité y a pas si longtemps chez Terre de Brume, si le genre vous plaît, foncez.

samedi 23 juin 2018

Commentaire décomposé

Ah, je viens de découvrir avec horreur que les commentaires du blog ne me notifiaient plus quand vous en postiez…

Du coup, ça fait plus d'un mois qu'ils n'étaient pas publiés (c'est pas qu'il y ait beaucoup de spam, ça n'arrive qu'une fois de temps en temps, ça, mais par principe je contrôle avant publication). Je viens de les réinjecter d'un bloc, et il faut que je regarde ce qui merdoie dans les notifs (c'est peut-être le seul truc sur lequel j'activais les notifications, vu que ces machins me stressent à un degré terrible, je préfère passer à côté de certaines infos que de me faire spammer la tête h24 par des notifications à jet continu).



Bref, je ne vous oubliais pas, c'est juste google qui a encore changé son système sans prévenir. (et comme je ne suis toujours pas sur fèces-bouc, j'ai pas été habitué à la dure à ces changements de règle du jeu quatre fois en cours de partie).



Poste dans le scriptorium :
La notif par mail est activée. mais je n'ai rien reçu depuis un bail, et rien dans la boite à spam. Curiouser and curiouser…

Post post :
Et là, ça n'apparait plus quand je les publie, les commentaires… ça devient complètement foireux, cette histoire.

Et Post equitem timeo Danaos :
Ah, la modération par mail est rétablie, et apparemment, j'ai dans l'idée que c'est lié aux nouvelles règles de vie privée : il fallait que je reçoive un mail et que je clique dedans pour accepter de recevoir des mails. simple.

vendredi 22 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

Cure de mercure

C'est terrible, je n'ai même plus besoin de regarder la télé pour m'énerver après la télé. Je faisais la popote, et dans la pièce à côté, ma fille a mis les infos et est tombée sur la météo. Pas de quoi s'énerver, me direz-vous, et pourtant…

Et pourtant, la jeune femme qui présentait la météo s'est fendu d'un "le mercure montera jusqu'à". Je suis venu voir à l'écran à quoi elle ressemblait. Et c'était bien une jeune femme. Qui devait encore être à la maternelle quand on a arrêté définitivement les thermomètres à mercure.

Alors, vous me direz, le langage est plein de ces fossiles. Les gens qui emploient encore l'expression "peigner la girafe" ignorent sans doute qu'elle a près de trois siècles et qu'il y a vraiment existé un type dont le boulot était de peigner une girafe. La girafe et le bonhomme sont morts depuis un bail. Et y a plein d'expressions de ce genre. Mais le coup du mercure… Je sais pas, ça m'agace. On est dans le registre de la périphrase mécanique comme le journalisme à la française en produit par paquets de douze, genre aux "quatre coins de l'hexagone" et tout ça. Y en a des caisses. La plupart sont devenues de purs automatismes, qu'on balance sans plus y penser.

Ce qu'il y a de particulier, dans le cas présent, c'est que j'ai vécu le moment où l'expression a cessé d'avoir du sens, contrairement à des trucs comme "au diable vauvert" dont le sens d'origine s'est perdu y a un bail. Et la demoiselle qui présente la météo recycle le truc même pas par habitude à elle, mais par habitude de l'avoir entendu alors même qu'il était déjà obsolète. C'est pas grave, bien sûr, mais ça illustre bien le fait qu'on utilise le langage sans réfléchir.

Et c'est quand on utilise le langage sans jamais y réfléchir que les mots cessent d'avoir du sens.

vendredi 8 juin 2018

Vers l'infini, tout ça, tout ça

Je suis tombé sur le livestream d'un lancement Soyouz. Vous me connaissez, c'est le genre de trucs sur lesquels je suis capable de scotcher toute affaire cessante (pourtant, l'affaire en cours me tient à cœur : c'est la traduction des premiers comics que j'avais achetés en VO, y a un peu plus d'une trentaine d'années).

Je regardais donc le pas de tir en écoutant les commentaires, et puis y a eu un gros plan sur la fusée, et là, ça a été le drame. L'agence RosKosmos avait collé dessus une grosse affiche pour la coupe du monde de foot. Alors, je comprends la ferveur nationale et tout, mais ça m'ennuie qu'on vienne salir comme ça un des rares trucs encore à peu près beaux dans le monde, à savoir la conquête spatiale (bon, le pire de ce point de vue, c'est pas la pub footeuse, c'est Trump qui veut réactiver le programme Star Wars de papy Reagan) (Reagan avait l'excuse de l'Alzheimer. la citrouille humaine, là, c'est quoi son excuse, au juste ?). Et ça m'a rappelé fort opportunément que je ne vais pas tarder à entrer dans une période de diète médiatique, au cours de laquelle il faudra même éviter d'aller boire un café au bistro de peur qu'il y ait une télé au mur ou un fâcheux qui viendra me commenter le match de la veille, me demander ce que j'en pense et précommenter le match suivant. C'est un stress constant, les coupes du monde. Et même l'aspect marrant (la découverte de paris truqués, de dessous de tables et de crapoteries diverses), ça attendra forcément après, parce que les télés vont pas tuer la poule aux œufs d'or avant qu'elle ne soit fini (et du schproum après, y en aura) (parce que la FIFA ET les Russes ? quand ce sera fini, ça va être open bar sur les révélations crasseuses).

J'ai néanmoins préféré chasser de mon esprit ces considérations et me concentrer sur le lancement. Et puis mon regard est tombé sur les commentaires en live. Les commentaires en live, c'est comme les commentaires youtube ou les commentaires sous les articles du figaro.fr, j'y vais pas normalement. C'est l'apocalypse de la déchéance humaine, ces trucs là. Mais l'œil humain est ainsi fait qu'il est attiré par ce qui bouge. Et le défilement des mentions m'a piégé.

Cadeau : un timbre pour ces timbrés

Et donc, tous les vingts ou trente commentaires, il y avait une question intéressante de spectateur. Et, quand elle ne se perdait pas dans le flot, quelqu'un y répondait. Le problème, c'est le flot. Pas mal de gens qui semblaient s'être donnés le mot pour expliquer que ce lancement était une mise en scène, que ça ne pouvait pas exister parce que, et c'était scientifiquement prouvé, la terre était plate. Sauf que prouver que la terre n'est pas plate, c'est à la portée de n'importe qui sait localiser l'étoile polaire et voyage un peu vers le Nord ou vers le Sud (et on savait déjà le faire dans l'Antiquité, à une époque où non seulement on savait que la Terre était ronde, mais en plus on avait réussi à en mesurer la circonférence avec une marge d'erreur relativement faible). Je veux bien croire qu'une partie de ces types soient juste des trolls qui font les malins. On a les plaisirs qu'on mérite, mais pourquoi pas ? Le problème, c'est que d'autres y croient vraiment. Pour toutes sortes de raisons. Certains croient démontrer ainsi, semble-t-il leur intelligence "supérieure", dépassant l'endoctrinement scolaire, faisant surtout la démonstration qu'il n'ont pas écouté ni compris d'autres notions simples (de géométrie, notamment) qui fracassent leurs "démonstrations". D'autres croient défendre une vision religieuse du monde qui n'est même pas périmée : elle n'a tout simplement jamais réellement existé en Occident : si les docteurs de Salamanque se sont moqués de Colomb, ce n'est pas parce qu'ils croyaient la terre plate, mais qu'ils la savaient ronde, et avaient de plus de bien meilleurs chiffres que le navigateur. Avec les visions religieuses du "retour à la pureté", on est toujours sur des reconstructions orientées.

Mais du coup, j'essaie de piger ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui va délibérer aller sur une vidéo d'un évènement quand même assez anodin (des lancements Soyouz, y en a un paquet par an) pour poster mécaniquement toutes les 15 secondes "fake" "fake" "fake" comme un député LREM bavant des éléments de langage répétitifs et grotesques sur tous les plateaux de télé. On se sent fort, en faisant ça ? On a l'impression d'accomplir (à peu de frais) une mission sacrée ? Quel triste et misérable moyen d'exister, quand même.

Faut-il avoir l'âme racornie, quand même… C'est un peu comme ces élus qui se mettent à poster sur un fait divers dès qu'il y a possibilité qu'il ait été commis par quelqu'un issu de l'immigration (et doivent retirer le truc en catastrophe quand il s'avère que ce n'est pas le cas) (sauf ceux qui sont tellement dans leur bulle qu'ils ne voient pas passer la vérité, et laissent donc leur commentaire initial, c'est délicieux). Sauf que les platistes, aucun fait ne les dérange. Rien ne semble entamer leur certitude d'airain, c'est assez fascinant.

Au départ, on se dit que l'éducation a loupé quelque chose. Et puis dès qu'on y repense, on voit bien que c'est comme pour le créationnisme, l'homéopathie*, le récentisme ou la théorie du ruissèlement, ces inepties sont propagées par des gens qui y trouvent leur compte, qui en font un business ou le fondement idéologique de crapuleries, parfois les deux à la fois. Et même s'ils sont assez peu nombreux, en fait, ils font beaucoup de bruit. C'est épuisant. Lutter contre ça est indispensable, mais c'est épuisant.


*cas particulier, je le reconnais : ça avait du sens quand ça a été théorisé, au XVIIIe siècle, parce qu'on croyait encore aux esprits et qu'on n'avait aucune idée des échelles en jeu dans la structure fine de la matière. Bon, eux aussi, les tenants de l'homéopathie, ils ont du mal avec la notion de fait et de charge de preuve.

jeudi 7 juin 2018

Sueurs froides ? Non, Vertigo !!!!

Bon, ayé, c'est officiel : amis Bourguignons, je passerai à Dijon les 8 et 9 novembre 2018 pour participer à un colloque à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le campus dijonnais de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, à l'occasion des 25 ans du label Vertigo.

J'y donnerai la première communication, un rappel des origines du label, de la façon dont une certaine manière de faire du fantastique adulte s'est décanté dans les comics DC pendant vingt ans et plus avant que Karen Berger ne regroupe le tout.

Et en guest, y aura Frank Quitely !



Voilà, à vos agendas !