mercredi 15 août 2018

El ritorno del Niko

Bon, reviendu de vacances. Ce qui m'a permis de souffler un peu, de me poser à droite à gauche pour griffonner sur des carnets de croquis, d'avancer la relecture de mon prochain roman, de boucler une novella promise pour une revue (ça reprend, affine et termine le bout de roman feuilleton que j'avais posté ici même), gratter un projet collectif de comics. Bref, j'ai rien foutu ou presque.

Faut dire que j'étais secoué : un problème de tuyauterie a provoqué une inondation dans mon bureau bibliothèque deux jours avant mon départ. Plein de bouquins ont pris la flotte, et j'ai réussi à en sauver l'essentiel, mais ça m'a usé et déprimé. Là ça va mieux, mais dans la pièce flotte encore une méchante odeur de cave.

Bref, la reprise va être compliquée.

mardi 31 juillet 2018

Sous quels soleils exactement ?

Ce soir, c'était la conjonction avec Mars. De notre vivant, le moment où nous serons au plus proche de la planète rouge. Bon, ça fait quand même un bon paquet de millions de kilomètres, donc on ne la voit que comme une assez grosse étoile, mais ça valait le coup d'aller y regarder (bon, on restera très proches encore quelques jours, hein, vous pouvez essayer demain, il fera beau).

Du coup, j'ai pris mes jumelles et je suis allé dans un coin de mon patelin d'où on a une belle vue, et d'où l'on tourne le dos à la majeure partie de la pollution lumineuse. Et j'ai pris bien soin d'étudier une carte du ciel avant de partir.

Résultat des courses, ce sont quatre planètes que j'ai pu observer ce soir. D'Est en Ouest, Mars, Saturne, Jupiter et Vénus. C'est d'ailleurs la première fois que j'ai réussi à repérer Saturne à coup sur dans le ciel, j'étais content. Et j'ai peut-être vu (mais peut-être était-ce en fait un artefact dû à mon matériel pas forcément très puissant) un satellite de Jupiter.

Du coup je suis content. Je suis pas hyper fortiche pour nommer les étoiles, d'autant que les constellations sont pas mal bouffées par la pollution lumineuse, par chez moi, mais ce soir, j'ai repéré Arcturus sans coup férir et je commence à me débrouiller en planètes.

samedi 28 juillet 2018

Trop peur de la torpeur

Et voilà que l'on s'enfonce doucement dans l'été. Enfin, doucement… souvent les températures sont tout sauf douces. Mon bureau est devenu une étuve à faire suer un Finlandais.

Mais quand je sors dehors, c'est pire. Et je suis souvent déçu. Le moment où j'aurais voulu du beau temps, genre hier soir, pour monter l'éclipse à mes mômes, on a eu les seuls nuages de la semaine. Bien joué.

Je sors acheter des bières à la supérette, le type devant moi est un parfait sosie de Charles Bukowski, coupe de cheveux et joues grêlées incluses.

Et puis y a les moments où, pris d'un coup de folie ou victime d'obligations diverses, je dois m'infliger un voyage en train. Et donc être exposé à l'affichage en gare. Non, je ne veux pas parler des horaires incohérents, mais, une fois encore, de la publicité. Là, à l'arrêt en gare, j'ai vu une affiche dehors qui m'a estomaqué. Elle vantait fièrement un sirop contenant "85% de fruits". Or, il se trouve que dans une autre vie (quand on était jeunes, Jeff, tout ça tout ça), j'en ai fabriqué, des sirops. Et vous savez quoi ? Votre sirop de base, il contient à une vache près 66% de sucre, 33% d'eau et le reste en principe actif ou arôme, selon que c'est un sirop récréatif pour faire les cocktails ou un truc antitoux. Bien sûr, ça s'ajuste selon les cas, tout ça, mais la proportion de base est bien celle-ci, 2/3 - 1/3 et matériellement, les arômes, additifs et autres ne peuvent donc dépasser 10 à 15 % du total. 85% d'un sirop, c'est donc le sucre et la flotte, c'est ça le principe d'un sirop. Et c'est pourtant ce taux qui s'affichait en gros et en couleurs sur l'affiche, et hélas j'étais trop loin pour déchiffrer les petits caractères, en bas de l'affiche, qui m'auraient peut-être éclairé sur l'astuce trouvée par le fabriquant pour justifier ce chiffre fantaisiste. Et reste la question de la forme que prennent ces fruits. En général, c'est un concentré.

Une gare plus loin (voilà ce qui arrive, quand j'oublie de glisser un bouquin dans ma poche), mon attention est attirée par une autre publicité, se vantant cette fois d'avoir supprimé les additifs de ses jus de fruits. Là encore, ça vaudrait le coup de regarder les étiquettes, mais gageons que tout repose sur une définition bien restrictive du terme "additif". Car jamais on ne met industriellement un jus de fruit dans une bouteille sans s'assurer de sa conservation, et d'une couleur cohérente (et soutenue, pour un jus d'orange) d'un lot à l'autre. Donc, on est forcé d'y ajouter au moins un antioxydant et un peu de couleur. Parfois, c'est assez naturel, avec de la vitamine C pour le premier et du beta-carotène (provitamine A) dans le second, mais de toute façon, on ajoute toujours quelque chose. Et tout ce qu'on ajoute est, par définition, un additif (quelque chose qu'on additionne, comme son nom l'indique).

Bref, faut plus que je sorte de chez moi, en fait. Tout m'énerve, dehors.

vendredi 20 juillet 2018

Bishop takes queen

On pourrait croire (j'aurais pu le croire moi-même) qu'après avoir bouclé Howard P. Lovecraft, Celui qui écrivait dans les ténèbres (toujours en vente en librairie, dispo le 2 septembre en version anglaise aux USA), je n'en pourrais plus de l'œuvre tentaculaire d'HPL. Mais les circonstances veulent que je continue d'en bouffer, vu que je participe à la traduction du Je suis Providence de S.T. Joshi. Et puis, en rangeant la doc et l'étagère Cthulhu, je me suis avisé que je n'avais jamais fini le recueil L'horreur dans le cimetière, qui reprend une partie des collaborations d'HPL avec d'autres écrivains. Je m'étais arrêté juste après "La chevelure de Méduse", co-écrit avec l'autrice Zealia Bishop. J'ai donc attaqué celui des trois Bishop que je n'avais pas lu, "Le tertre", qui a bonne réputation auprès des amateurs. Et dans la foulée, j'ai relu les deux autres, "Méduse", bien sûr, mais aussi "La malédiction de Yig". La traduction de chez Pocket n'est pas extraordinaire, mais hormis sur des points de détails, passe pas mal.

"Méduse" est assez rigolo, très classique, et joue astucieusement sur le fait que le titre spoile déjà une partie de l'histoire. Par ailleurs, c'est une démonstration spectaculaire, s'il en était besoin, du racisme de Lovecraft qu'il tartine ici à grands traits.

De leur côté, "Yig" et "Le tertre", chose rare chez HPL (mais on peut y voir l'univers de l'autrice qu'il assiste), forment un diptyque, partageant un contexte (les territoires de l'Oklahoma) et même un personnage secondaire (la vieille mémé Compton). Le fond, ce sont de vieux mythes indiens complètement inventés par Lovecraft, même s'il les raccroche en cours de route à Quetzalcoatl et qu'ils pourraient évoquer aussi les hommes reptiles qu'affronte Kull, chez Robert E. Howard (même si les deux Howard ne commencent à correspondre que deux ans après la rédaction de "Yig"). Mais ce contexte change de façon sympa de la Nouvelle-Angleterre.

Le résultat n'est pas du très grand Lovecraft, mais reste très lisible (le twist de "Yig" est très bien, et il y a quelques fulgurances dedans), et au passage s'inscrit complètement dans le "mythe de Cthulhu", vu que la créature y est citée à plusieurs reprises sous la graphie "Ctulu". C'est intéressant, parce que Cthulhu n'est pas la cheville ouvrière de ce mythe, à la base, ce rôle revenant plutôt à Yog-Sothoth, mais HPL le réinjecte dans des textes qui ne sont pas publiés sous sa signature (il n'en est officiellement que le "réviseur") confortant son univers dans l'esprit des lecteurs avec cette astuce canulardesque.

Bref, j'ai complété ma culture dans ce domaine, et j'ai passé un bon moment, si vous avez l'occasion, je recommande.




Et sinon, j'ai profité de quelques TPBs récupérés à vil prix pour me relire tout le run de Carey sur Hellblazer, que je n'avais pas en entier jusqu'alors. Gros plaisir, avec Constantine qui s'en prend plein la tête (normal) et ses proches qui prennent encore plus cher que lui (habituel dans cette série). Plein de belles idées et de trucs bien malsains. Je vais peut-être me relire les Azzarello dans la foulée, tiens (oui, du coup c'est pas dans l'ordre, je sais).

mercredi 18 juillet 2018

Phase Deux

Bon, ayé, ça me pendait au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès rouillée attachée à l'éthique d'un député LREM, et fatalement ça m'est tombé dessus : mon éditeur (loué soit son nom, tout ça tout ça) m'a renvoyé une version relue de mon prochain bouquin. Alors j'avais déjà eu des versions relues, mais par des ami.e.s qui m'avaient déjà déblayé plein de trucs, et aux remarques desquel.le.s je pouvais opposer parfois toute la morgue et la certitude de l'auteur avec un grand H (oui, ceux qui m'ont déjà vu en vrai et debout peuvent goûter cette blague nulle et éculée), mais là, non. Ce sont les mecs qui décideront ou pas d'envoyer le machin se faire coucher sur papier à grands coups de rotatives offset. L'affaire est donc sérieuse.

Et oh putain y a cinquante correctifs par page (ce qui fait un paquet de correctifs au total). Dieu sait que le bouquin a pourtant été pas mal retravaillé depuis son tout premier jet, mais ça surtout permis de débusquer les problèmes évidents : les gros pains de structure dus à des chapitres que j'avais décidé de déplacer, les grosses répétitions, les horreurs stylistiques. Maintenant, il reste encore des gros machins, mais aussi plein de trucs plus subtils.

Alors, à l'usage, j'ai appris à ne pas traiter tout de la même façon. Il y a des propositions de l'éditeur qui relèvent du détail et du bon, sens, concernant la ponctuation, notamment. C'est ce que j'appelle, dans mon jargon fleuri, le "branlage de virgule". Ça, c'est rapide. On valide à peu près toutes les propositions, telles quelles. Plus les coquilles de base, lettres oubliées ou rajoutées, ou confusionnées. Des broutilles.

Une fois ça traité, la masse des corrections a réduit de la moitié, voire des deux tiers. Je suis abonné aux phrases trop longues, trop alambiquées, etc, et cette phase est essentielle pour fluidifier le texte. C'est après que les choses sérieuses commencent. Parce que parfois, l'éditeur pose des questions. Ou se pose des questions. Et là, il peut y avoir plusieurs cas de figure, et ça prend du temps à déterminer auquel on a affaire, et comment y remédier.

Parfois, on tente un effet subtil et astucieux, et l'éditeur passe complètement à côté. Et là, c'est chaud. Est-ce que l'éditeur était mal luné et n'a pas vu, est-ce que l'auteur s'est cru plus malin qu'il n'était et n'a pas maîtrisé son truc, est-ce qu'il y a juste besoin d'une goutte d'huile dans les rouages pour que ça marche ? Est-ce que l'éditeur est une buse de ne pas avoir pigé ? Figurez-vous que ce dernier cas est sans doute le plus rare. C'est quand même son taf, à l'éditeur, et si lui, qui est censé s'y connaitre, passe à côté du machin, alors le lecteur de base, qui me lira peut-être dans le bus ou aux chiottes ou au lit après une journée harassante, passera à coup sûr à côté. Mais est-ce que c'est l'effet qui est en cause ou sa mise en œuvre ? Ha ! Voilà une question qu'elle est bonne. Et qui peut être une sacrée cause de migraines, croyez-moi.

D'autres fois, il y a des suggestions. Et souvent, figurez-vous qu'elles sont bonnes. Tout le truc est d'arriver à les intégrer sans déclencher des cascades de conséquences dans le récit ou pire, en tenant compte de ces conséquences. Car parfois, le plan "et si machin était un traitre depuis le début", s'il peut relancer le récit avec une efficacité épatante, implique de repartir en arrière et de semer quand même un ou deux indices subtils pour pas que la solution ait l'air tirée d'un chapeau (alors qu'elle l'est) et d'ailler de l'avant pour ne pas laisser de scories de la version précédente dans la suite du récit. Bon, en fait, souvent les suggestions sont bien moins dramatiques, mais j'aime bien gonfler le truc et jouer les victimes.

Après, je connais l'objection contre les remarques et suggestions de l'éditeur, au nom du respect de l'œuvre telle que voulue par l'artiste, etc. Alors oui. Et non. Comme je vous disais, rien n'est simple. Il m'est arrivé de batailler contre des suggestions éditoriales (surtout en BD). Et à juste raisons. D'autres fois, de m'y plier à la volée, parce qu'elles étaient de bon sens et amélioraient le récit. Parfois, de batailler contre des trucs, et de m'apercevoir au moment de la publication, qu'il aurait fallu que je dise oui, parce que les lecteurs n'entravent rien à ma petite astuce narrative subtile que je trouve d'une folle élégance, mais qui à l'arrivée est imbitable. Ça apprend l'humilité, ce genre de conneries. Mais que se passe-t-il, quand on apprend l'humilité ? Ben c'est simple, du coup on se prend la tête sur chaque suggestion.

Et puis pire, il y a mes propres idées qui me viennent à cette phase-là, et qu'il faut que j'intègre avec les mêmes difficultés que les suggestions, en courant le risque que l'éditeur préfère la version précédente.

Je disais pas plus tard ce matin à un pote auteur qui vit l'écriture comme une souffrance que moi, je prends mon pied en écrivant. Pas tout le temps, bien sûr, mais y a souvent des moments de grâce où je m'éclate, quand les mots coulent tous seuls, que les belles idées fusent et se matérialisent en phrases définitives… Je vis pour ces moments d'orgasme mental, c'est une came très puissante.

Mais comme toute came, y a la phase de redescente. Pour les toxicos à l'écriture dans mon genre, c'est cette étape indispensable, mais atroce, où je me demande pourquoi je continue à m'infliger ça. Auteur, c'est un boulot de gros cyclothymique de merde.

jeudi 5 juillet 2018

La valeur des chiffes face aux avaleurs de chiffres, à moins que ce ne soit l'inverse

Je suis content, ma fille a compris d'un coup la notion de "propagande silencieuse". Oh, de nos jours, la propagande est partout. il suffit de voir les dialogues de sourds autour de la directive européenne (finalement rejetée) sur le droit d'auteur. Avec d'ailleurs, dans ce dernier cas, une construction bien faux-cul d'emblée : comme elle entremêlait quelques avancées positives au milieu de grosses saloperies, ses critiques sont accusés (y compris par des vieilles badernes séniles comme Cavada, qui est la démonstration vivante des dégâts qu'induit le report perpétuel de l'âge de la retraite) de faire le jeu des grands groupes que pénaliseraient vaguement ces avancées. Bon, le filtrage automatique de tous les contenus n'est pas encore à l'ordre du jour, mais les réactions outrées au rejet de la loi démontrent bien que nous sommes face à un totalitarisme en voie de constitution.

Mais la propagande plus insidieuse dont je lui ai fait prendre conscience se dissimulait dans un jeu télévisé. J'étais en train de faire la popote, quand ma fille a mis en route la télé. Elle est tombée sur une émission où des gens devaient estimer des objets ancien. La propriétaire de l'objet en retraçait l'histoire, le sens familial, ce qu'il représentait pour sa grand-mère, etc. Mais à l'arrivée, la valeur du truc devait se résumer à une estimation chiffrée, à une somme d'argent.

Vous connaissez tous, j'espère, la petite phrase d'Oscar Wilde sur les gens qui connaissent "le prix de toute chose, sans en connaître la valeur", et bien on est pile là-dedans. Passé au rabot de l'estimation prix et valeur intrinsèque sont réputés être fondamentalement la même chose. Alors que c'est faut. L'estimation n'est que le prix que quelqu'un est prêt à mettre dans la chose mise en vente, et occulte plein d'éléments pas toujours quantifiables qui en font la valeur propre. (c'est d'ailleurs la seule chose qui fait tenir le fantasme de la loi de l'offre et de la demande, cette asymétrie qui permet de nier la valeur réelle de quelque chose, que ce soit un objet, un service, votre travail, votre intégrité même) pour la réduire à ce qu'un tiers est prêt à payer pour.

Un jeu télévisé, par ailleurs, c'est un divertissement. C'est un truc auquel on n'accorde qu'une attention moyenne, bien calé dans son canapé en attendant que la graille ait fini de cuire. On est dans un état de détente, de réceptivité. Vous savez, le fameux "temps de cerveau disponible". Si on n'en questionne pas la philosophie sous-jacente, on est foutu. Et maintenant, c'est bien plus insidieux que dans le Maillon Faible ou dans Koh-Lanta, avec ces "stratégies" médiocres de Lords Littlefinger en carton. Ça passe tout seul, c'est une version plus policée de ce show américain avec ces brocanteurs incultes qui passent leur temps à arnaquer les pauvres types leur apportant des souvenirs de famille. On voit bien que la négo est biaisée dès les départ. Et semaine après semaine, on voit la valeur historique, sentimentale, esthétique, écrasée par un prix calculé au plus juste. Bradée. Ne croyez pas que ça puisse vous former à la négociation : dans le travail, si vous en cherchez, vous êtes dans la position du mec qui amène un meuble de papy, une lettre de vedette vieille de cent cinquante ans, une rareté quelconque, et qui se fait plumer.

Cette idéologie n'est pas nouvelle mais s'est cristallisée de nos jours sous la forme d'un avatar bien crado, à base de comptables à cravate qui trouvent tout trop cher, sauf la répression des gens qui gueulent parce qu'on les malmène : le macronisme. Et toutes ces émissions débiles où tout se résume, à la finale, à une mise en concurrence dans tous les domaines (y compris le mariage et l'hospitalité, vous avez remarqué ? même le partage doit devenir intéressé et concurrentiel) et surtout à un montant en numéraire, ne font que l'inscrire insidieusement dans les consciences, à en faire une nouvelle normalité.




Tiens, ça n'a strictement rien à voir (ça va de soi), mais on trouve sur Youtube l'excellent documentaire Hotel du Parc, des reconstitutions d'interviews de cadres de Vichy (montées à partir de déclarations des personnes en question),  montrant la façon dont la Révolution Nationale avait trouvé des relais dans tout un tas de milieux qui y trouvaient leur compte…

mercredi 4 juillet 2018

Quelques trads avant l'été

Ah, j'ai eu dans ma boite quelques bouquins que j'ai traduits.

La petite gâterie, en ce moment, c'est Jimmy's Bastards, la nouvelle série de Garth Ennis. Si vous avez aimé The Boys, ce truc est pour vous. C'est la version James Bond. Qui pose la question lancinante : à force de baiser puis d'abandonner toutes les femmes qu'il croise, le héros de film d'espionnage n'a-t-il pas créé toute une légion de mômes qui lui en veulent ? C'est trash et drôle, et comme souvent chez Ennis, beaucoup plus fin qu'il n'y paraît au premier abord. C'est chez Snorgleux, éditeur marseillais hyper sympa.

Lazarus, chez Glénat, arrive à son tome 6. Cette excellente série d'anticipation se permet un détour, un petit point sur la guerre commencée quelques pages auparavant, vue non pas par l'héroïne, le Lazare du titre, mais par les gens normaux, les journalistes, bidasses et parents de cet univers glauque qui nous pend au bout du nez si l'on n'y prend pas garde.

Chez Delcourt, deux rééditions de Star Wars, le Classics 8 avec des vieux comics Marvel très sympa, et surtout la compile des bandes quotidiennes signées Russ Manning, dont le dessin élégant est toujours un bonheur à regarder. Et le tome 16 de l'intégrale Spawn. On ne va pas tarder à boucler la boucle avec les épisodes de la Saga Infernale.

Le deuxième The Authority contient des épisodes que j'ai traduits, n'hésitez pas à essayer Bruce Wayne, meurtrier et fugitif qui met notre héros dans une drôle de posture, et si vous aviez raté les Batman de Morrison et les Batman & Robin de Tomasi et Gleason, une intégrale est en cours. Et tout ça c'est chez Urban.

Voilà pour les traductions. Et ma nouvelle dans le Novelliste sortira fin août, vu que la revue a un chouille de retard. Et sinon, j'ai deux articles dans le Geek le Mag de ce mois-ci (un sur les rapports entre science et fiction dans la SF, l'autre sur l'Atlantide avec de vrais morceaux de slip de Patrick Duffy dedans) et la Gazette des Etoiles n°12 ne devrait pas tarder à sortir, avec à nouveau d'authentiques articles d'époque réalisés avec mes petits doigts.

samedi 30 juin 2018

The hero we deserve

Il y a bien des lunes, j'avais créé un super-héros frenchie.

Il s'appelait Le Liseron, et c'était mon Spider-man à moi. Intoxiqué par un liseron radioactif, il avait hérité de tous les pouvoirs de cette plante et pouvait donc grimper aux murs  et les gens avaient du mal à s'en débarrasser (et il avait un evil counterpart, le Lierre). Ils savait aussi détecter les substances toxiques avec un liseron-sens d'alerte aux pesticides.

Je le trouvais rigolo, moi, le Liseron.

L'éditeur n'en a pas voulu.

Ces gens ne sont pas complaisants.

mercredi 27 juin 2018

Allan a bonne mine

J'avais dans mes étagères depuis un bail une poignée de Rider Haggard, récupérés pour certains dans un lot de Néo obtenu à vil prix, pour d'autres en bouquinerie pour compléter des séries pour le jour où j'en entreprendrais la lecture. Vous savez comment ça se passe, je n'ai jamais complété ni She, ni Alan Quatermain, mais j'en avais quelques uns, donc, qui prenaient la poussière.

L'an passé, à l'approche de l'été, je m'étais lu quelques Tarzan de E.R. Burroughs, en me prenant la série dans l'ordre (jusqu'alors, je n'en avais lu que deux ou trois, épars), dans la foulée de mon visionnage de tous les films avec Johnny Weissmüller (qui a quand même, je le maintiens, vachement des faux airs de Benjamin Biolay en slip) (j'ai récupéré cette année, dans une brocante, les Pellucidar. Je les lirai bientôt, je pense).


Cette année donc, j'ai enfin lu du Alan Quatermain, que je ne connaissais que par les films avec Richard Chamberlain et par la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ainsi que par plein de références croisées, bien sûr). Et c'est très surprenant. Bien sûr, c'est de la grande aventure africaine à l'ancienne (avec même le coup de l'éclipse pour se tirer d'un mauvais pas, si ça se trouve c'est la première occurence de ce trope bien usé depuis), mais plusieurs éléments m'ont cueilli.


Déjà, Quatermain lui-même. Loin du proto Indiana Jones que j'imaginais, ou d'un espèce de Richard Francis Burton fictif, on a dès le départ un type sur le retour, un peu désabusé, qui se présente lui-même comme un type pas courageux (et qui est jaloux du dentier d'un de ses camarades, apparemment de meilleur qualité que le sien). S'il est carré et réglo, il ne fait preuve d'aucune espèce de "noblesse d'aventurier" ni quoi que ce soit de ce genre. Il est même discrètement cynique à l'occasion. Le profil de héros, là-dedans, ce n'est pas lui, c'est son camarade Sir Henri. Mais le rôle de faire valoir est lui aussi joué par quelqu'un d'autre, le cocasse capitaine Good. Quatermain est surtout un narrateur, un narrateur dont la connaissance du pays et du terrain est précieuse autant pour le lecteur que pour ses compagnons. La version qu'en donne Moore dans la Ligue n'est donc pas si iconoclaste.

Deuxième surprise, c'est remarquablement documenté. On n'est pas dans une Afrique de bazar, un continent noir fantasmé à la Tarzan. J'ai vérifié, du coup, et Rider Haggard a en effet séjourné sur place, et… et ça se sent. Les détails sonnent vrai, et pas à la Jules Verne, il y a trop de petits trucs concrets qui ne sentent pas le réchauffé, la notule d'encyclopédie.

Et le plus étonnant, c'est que c'est incroyablement peu raciste. Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon date de 1885, et contrairement à pas mal de romans d'aventures de l'époque, il respecte les indigènes, y compris les ennemis. Certes, on y trouve souvent de bonnes bouffées de paternalisme, mais pas de jugements de valeur. Dans le deuxième tome de la série, le guerrier zoulou Umslopogaas, s'il a les caractéristiques du serviteur noir herculéen à la Lothar dans Mandrake… N'est certainement pas un serviteur. C'est un chef qui s'est attaché à Quatermain en raison de leur respect mutuel. Et s'il est à l'occasion incroyablement brutal, il demeure un guerrier noble, pas un bon sauvage, mais un être plus primitif dans ses manières que Quatermain sans lui être présenté comme inférieur. Ça aurait pu être un personnage à la Robert E. Howard, si justement Howard n'avait pas eu une teinte raciste.

Bref, une excellente surprise. Je sens que je vais compléter tout ça sous peu. Ça a été réédité y a pas si longtemps chez Terre de Brume, si le genre vous plaît, foncez.

samedi 23 juin 2018

Commentaire décomposé

Ah, je viens de découvrir avec horreur que les commentaires du blog ne me notifiaient plus quand vous en postiez…

Du coup, ça fait plus d'un mois qu'ils n'étaient pas publiés (c'est pas qu'il y ait beaucoup de spam, ça n'arrive qu'une fois de temps en temps, ça, mais par principe je contrôle avant publication). Je viens de les réinjecter d'un bloc, et il faut que je regarde ce qui merdoie dans les notifs (c'est peut-être le seul truc sur lequel j'activais les notifications, vu que ces machins me stressent à un degré terrible, je préfère passer à côté de certaines infos que de me faire spammer la tête h24 par des notifications à jet continu).



Bref, je ne vous oubliais pas, c'est juste google qui a encore changé son système sans prévenir. (et comme je ne suis toujours pas sur fèces-bouc, j'ai pas été habitué à la dure à ces changements de règle du jeu quatre fois en cours de partie).



Poste dans le scriptorium :
La notif par mail est activée. mais je n'ai rien reçu depuis un bail, et rien dans la boite à spam. Curiouser and curiouser…

Post post :
Et là, ça n'apparait plus quand je les publie, les commentaires… ça devient complètement foireux, cette histoire.

vendredi 22 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

Cure de mercure

C'est terrible, je n'ai même plus besoin de regarder la télé pour m'énerver après la télé. Je faisais la popote, et dans la pièce à côté, ma fille a mis les infos et est tombée sur la météo. Pas de quoi s'énerver, me direz-vous, et pourtant…

Et pourtant, la jeune femme qui présentait la météo s'est fendu d'un "le mercure montera jusqu'à". Je suis venu voir à l'écran à quoi elle ressemblait. Et c'était bien une jeune femme. Qui devait encore être à la maternelle quand on a arrêté définitivement les thermomètres à mercure.

Alors, vous me direz, le langage est plein de ces fossiles. Les gens qui emploient encore l'expression "peigner la girafe" ignorent sans doute qu'elle a près de trois siècles et qu'il y a vraiment existé un type dont le boulot était de peigner une girafe. La girafe et le bonhomme sont morts depuis un bail. Et y a plein d'expressions de ce genre. Mais le coup du mercure… Je sais pas, ça m'agace. On est dans le registre de la périphrase mécanique comme le journalisme à la française en produit par paquets de douze, genre aux "quatre coins de l'hexagone" et tout ça. Y en a des caisses. La plupart sont devenues de purs automatismes, qu'on balance sans plus y penser.

Ce qu'il y a de particulier, dans le cas présent, c'est que j'ai vécu le moment où l'expression a cessé d'avoir du sens, contrairement à des trucs comme "au diable vauvert" dont le sens d'origine s'est perdu y a un bail. Et la demoiselle qui présente la météo recycle le truc même pas par habitude à elle, mais par habitude de l'avoir entendu alors même qu'il était déjà obsolète. C'est pas grave, bien sûr, mais ça illustre bien le fait qu'on utilise le langage sans réfléchir.

Et c'est quand on utilise le langage sans jamais y réfléchir que les mots cessent d'avoir du sens.

vendredi 8 juin 2018

Vers l'infini, tout ça, tout ça

Je suis tombé sur le livestream d'un lancement Soyouz. Vous me connaissez, c'est le genre de trucs sur lesquels je suis capable de scotcher toute affaire cessante (pourtant, l'affaire en cours me tient à cœur : c'est la traduction des premiers comics que j'avais achetés en VO, y a un peu plus d'une trentaine d'années).

Je regardais donc le pas de tir en écoutant les commentaires, et puis y a eu un gros plan sur la fusée, et là, ça a été le drame. L'agence RosKosmos avait collé dessus une grosse affiche pour la coupe du monde de foot. Alors, je comprends la ferveur nationale et tout, mais ça m'ennuie qu'on vienne salir comme ça un des rares trucs encore à peu près beaux dans le monde, à savoir la conquête spatiale (bon, le pire de ce point de vue, c'est pas la pub footeuse, c'est Trump qui veut réactiver le programme Star Wars de papy Reagan) (Reagan avait l'excuse de l'Alzheimer. la citrouille humaine, là, c'est quoi son excuse, au juste ?). Et ça m'a rappelé fort opportunément que je ne vais pas tarder à entrer dans une période de diète médiatique, au cours de laquelle il faudra même éviter d'aller boire un café au bistro de peur qu'il y ait une télé au mur ou un fâcheux qui viendra me commenter le match de la veille, me demander ce que j'en pense et précommenter le match suivant. C'est un stress constant, les coupes du monde. Et même l'aspect marrant (la découverte de paris truqués, de dessous de tables et de crapoteries diverses), ça attendra forcément après, parce que les télés vont pas tuer la poule aux œufs d'or avant qu'elle ne soit fini (et du schproum après, y en aura) (parce que la FIFA ET les Russes ? quand ce sera fini, ça va être open bar sur les révélations crasseuses).

J'ai néanmoins préféré chasser de mon esprit ces considérations et me concentrer sur le lancement. Et puis mon regard est tombé sur les commentaires en live. Les commentaires en live, c'est comme les commentaires youtube ou les commentaires sous les articles du figaro.fr, j'y vais pas normalement. C'est l'apocalypse de la déchéance humaine, ces trucs là. Mais l'œil humain est ainsi fait qu'il est attiré par ce qui bouge. Et le défilement des mentions m'a piégé.

Cadeau : un timbre pour ces timbrés

Et donc, tous les vingts ou trente commentaires, il y avait une question intéressante de spectateur. Et, quand elle ne se perdait pas dans le flot, quelqu'un y répondait. Le problème, c'est le flot. Pas mal de gens qui semblaient s'être donnés le mot pour expliquer que ce lancement était une mise en scène, que ça ne pouvait pas exister parce que, et c'était scientifiquement prouvé, la terre était plate. Sauf que prouver que la terre n'est pas plate, c'est à la portée de n'importe qui sait localiser l'étoile polaire et voyage un peu vers le Nord ou vers le Sud (et on savait déjà le faire dans l'Antiquité, à une époque où non seulement on savait que la Terre était ronde, mais en plus on avait réussi à en mesurer la circonférence avec une marge d'erreur relativement faible). Je veux bien croire qu'une partie de ces types soient juste des trolls qui font les malins. On a les plaisirs qu'on mérite, mais pourquoi pas ? Le problème, c'est que d'autres y croient vraiment. Pour toutes sortes de raisons. Certains croient démontrer ainsi, semble-t-il leur intelligence "supérieure", dépassant l'endoctrinement scolaire, faisant surtout la démonstration qu'il n'ont pas écouté ni compris d'autres notions simples (de géométrie, notamment) qui fracassent leurs "démonstrations". D'autres croient défendre une vision religieuse du monde qui n'est même pas périmée : elle n'a tout simplement jamais réellement existé en Occident : si les docteurs de Salamanque se sont moqués de Colomb, ce n'est pas parce qu'ils croyaient la terre plate, mais qu'ils la savaient ronde, et avaient de plus de bien meilleurs chiffres que le navigateur. Avec les visions religieuses du "retour à la pureté", on est toujours sur des reconstructions orientées.

Mais du coup, j'essaie de piger ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui va délibérer aller sur une vidéo d'un évènement quand même assez anodin (des lancements Soyouz, y en a un paquet par an) pour poster mécaniquement toutes les 15 secondes "fake" "fake" "fake" comme un député LREM bavant des éléments de langage répétitifs et grotesques sur tous les plateaux de télé. On se sent fort, en faisant ça ? On a l'impression d'accomplir (à peu de frais) une mission sacrée ? Quel triste et misérable moyen d'exister, quand même.

Faut-il avoir l'âme racornie, quand même… C'est un peu comme ces élus qui se mettent à poster sur un fait divers dès qu'il y a possibilité qu'il ait été commis par quelqu'un issu de l'immigration (et doivent retirer le truc en catastrophe quand il s'avère que ce n'est pas le cas) (sauf ceux qui sont tellement dans leur bulle qu'ils ne voient pas passer la vérité, et laissent donc leur commentaire initial, c'est délicieux). Sauf que les platistes, aucun fait ne les dérange. Rien ne semble entamer leur certitude d'airain, c'est assez fascinant.

Au départ, on se dit que l'éducation a loupé quelque chose. Et puis dès qu'on y repense, on voit bien que c'est comme pour le créationnisme, l'homéopathie*, le récentisme ou la théorie du ruissèlement, ces inepties sont propagées par des gens qui y trouvent leur compte, qui en font un business ou le fondement idéologique de crapuleries, parfois les deux à la fois. Et même s'ils sont assez peu nombreux, en fait, ils font beaucoup de bruit. C'est épuisant. Lutter contre ça est indispensable, mais c'est épuisant.


*cas particulier, je le reconnais : ça avait du sens quand ça a été théorisé, au XVIIIe siècle, parce qu'on croyait encore aux esprits et qu'on n'avait aucune idée des échelles en jeu dans la structure fine de la matière. Bon, eux aussi, les tenants de l'homéopathie, ils ont du mal avec la notion de fait et de charge de preuve.

jeudi 7 juin 2018

Sueurs froides ? Non, Vertigo !!!!

Bon, ayé, c'est officiel : amis Bourguignons, je passerai à Dijon les 8 et 9 novembre 2018 pour participer à un colloque à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le campus dijonnais de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, à l'occasion des 25 ans du label Vertigo.

J'y donnerai la première communication, un rappel des origines du label, de la façon dont une certaine manière de faire du fantastique adulte s'est décanté dans les comics DC pendant vingt ans et plus avant que Karen Berger ne regroupe le tout.

Et en guest, y aura Frank Quitely !



Voilà, à vos agendas !

lundi 28 mai 2018

Sinistres ministres

J'ai vu passer des "bonnes feuilles" du bouquin d'une de nos ministres (ou secrétaire d'état, je ne sais plus et je m'en fous, en fait, vu la vacuité globale de ses interventions, elle pourrait aussi bien être présentatrice de talk show), qui le sort genre là. Et, alors qu'un mouvement social des auteurs commence à se structurer,  avec les #PayeTonAuteur et autres Etats Généraux du Livre, ce genre d'opération publicitaire d'un ministre pose question. Au pluriel, en fait. Ça pose questions, oui.

Déjà, où trouver le temps d'écrire, avec un emploi du temps de ministre ? La réponse est simple, on se fait négrer, la plupart du temps (y a des exceptions : Villepin, quels que soient ses défauts par ailleurs, essaie trop d'être Chateaubriand ou rien pour recourir à de tels expédients). Y a pas que les ministres, d'ailleurs : Hollande, qui a pourtant pas mal de temps libre, s'est fait négrer par un éditocrate usagé tout dernièrement. Du coup, la pensée de l'homme ou de la femme politique est quand même filtrée. Bon, c'est vrai aussi pour les discours, hein, ça fait un bail qu'ils ne les écrivent plus non plus, tous autant qu'ils sont. Mais c'est intéressant de savoir que ces esprits supposément brillants, l'élite de la nation, quand même, a recours à ce subterfuge littéraire qui est aussi celui des autobiographies de starlettes de téléréalité. C'est à se demander si ça se rejoint pas quelque part, tout ça, entre le paraître qui dispense de l'être, le néant et tout ce qui s'ensuit. Ne posons pas cette question-là, en fait, ce serait déjà y répondre.

Mais après tout, pourquoi pas ? Ils ont bien le droit, si ça leur chante, de commettre ou faire commettre ces ouvrages nuls mais hélas pas non avenus (oui, parce qu'à la lecture des bonnes feuilles, on voit que si ça volait encore un poil moins haut, ça faucherait les pissenlits par la racine) (ou alors c'est de la pensée complexe et j'ai vraiment pas le niveau). N'importe qui a le droit de faire un bouquin, dans notre pays, et c'est aussi la grandeur du système.

Le problème, c'est que sur ce genre d'opérations, les avances et les pourcentages ne sont pas les mêmes que pour les vrais auteurs. Les premières correspondent en général à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires (dont on SAIT qu'ils ne seront finalement pas écoulés) et les seconds sont généralement d'une fois et demie à deux fois ce qui est normalement pratiqué (voire plus : j'ai vu des chiffres de 20%, ce qui est plus de trois fois ceux d'une autrice jeunesse de base).

Bien entendu, le pognon mis dans ce genre d'opération, c'est autant de pas disponible pour les vrais auteurs qui font de vrais bouquins. D'autant que, quand on voit les chiffres des ventes à un an (donc après les retours d'invendus) on voit mal comment les éditeurs rentrent dans leurs frais sur ce genre de trucs (le bouquin de Fillon s'était bien planté, l'an passé, et il me semble que Boutin s'était assez copieusement ramassée aussi). Dans ce cas, les montants délirants des avances sur droit s'apparentent à de la donation politique. Mais même ça, après tout… Faudrait un jour calculer combien de centimes sur votre shampooing l'Oréal ou combien d'euros sur votre pneu Michelin terminent dans une poche d'élu, après tout. Le système des avances sur droit non justifiées a au moins le mérite d'être un peu plus transparent.

Le vrai problème, c'est que pour justifier tout ça, il faut que le bouquin atteigne les librairies. Et là apparait la pratique de l'office sauvage. C'est à dire livrer d'office de grandes quantités à des libraires qui n'ont rien demandé. Comme les libraires ne payent pas tout de suite, ils acceptent en général les cartons, et essaient de vendre des exemplaires, quitte à renvoyer les invendus dès l'expiration délai légal de trois mois pour pas se faire avoir au niveau trésorerie. Là où ça pose souci, c'est que ces masses considérables de papier vide et creux vont se retrouver en piles sur les étals, prenant la place de bouquins d'auteurs normaux, qui ont déjà du mal à exister par les temps qui courent. Et que cette manutention absurde, 90% du truc étant retourné à l'éditeur d'origine, ce sont autant de temps et d'efforts à fournir par le libraire au lieu de conseiller des choses intéressante et de faire vivre la littérature. Et croyez-moi, les libraires aimeraient mieux faire vivre leur boutique plutôt que de pelleter du fumier.

Alors j'en connais qui ont pris le pli : quand il y a ce genre d'opération, ils n'ouvrent même pas les cartons et les retournent tels quels dès qu'ils le peuvent. Mais quand on voit ce gaspillage organisé pour faire mousser des médiocrités, on se dit que les problématiques d'écologie, de décroissance, de responsabilité environnementale ou tout simplement de qualité de la parole ne seront pas défendues par le gouvernement cette année encore.

samedi 26 mai 2018

Annonce dans le micro

Je serai en dédicace le dimanche 10 juin au Lyon BD Festival, pour Howard P. Lovecraft celui qui écrivait dans les ténèbres.

Et normalement, ce sera un panel avec d'autres auteurs de chez 21g.

vendredi 18 mai 2018

Vrac et morceaux variés

J'ai découvert avec horreur que mon antispam, qui laisse passer des invitations à des stages de reiki ou des offres de crédit que j'ai déjà passé huit fois en "indésirable" a par contre foutu à la corbeille quantité de mails de boulot. Des relances d'un éditeur pour un boulot urgent, des questions d'un dessinateur pour un futur projet (dont voici un extrait en avant-première mondiale)


des mails de membres de ma famille, etc. Mon opérateur a vraiment chié dans la colle, mais genre bien fort. Le problème c'est que j'ai tardivement pris conscience de ce souci, et que si des trucs sont passés à l'as en avril, je n'en ai pas trace. Du coup, si jamais vous avez tenté de m'écrire et que vous avez reçu un message d'erreur, ou bien que je n'ai jamais répondu, envoyez-moi un mot en commentaire, ou renvoyez un mail. Je regarde la boite à spam tous les jours, en ce moment. Et je passe pas mal d'adresses en greenlist. Sans être certain que ça suffise.

Sinon, j'étais le week end dernier au festival Le Rayon Vert à Thionville, et c'était super. Je recommande le lieu et la manifestation. Merci encore aux organisateurs.

Et je me suis payé un gros coup de blues cette semaine : un atelier à animer m'a amené à quelques centaines de mètres de la maison où j'ai passé mon adolescence. J'en ai profité pour arriver en avance dans le coin, et pour flâner en repartant. Mon ancienne rue n'a quasiment pas bougé depuis la dernière fois où j'y suis passé. Hormis la petite bibliothèque municipale qui semble avoir été déplacée, ce qui m'a fait un petit pincement au cœur. J'ai vraiment aimé cet endroit, où j'ai découvert Andreas, Philip K. Dick, Frazetta, Moebius ou Frank Herbert. Où j'ai commencé à parler vraiment BD avec un autre habitué qui bricolait dans son coin les nouvelles aventures de Jean Gabin. Voir ce lieu converti en habitation, ça m'a fait bizarre. Je crois l'avoir su, parce que la fermeture est ancienne, et l'avoir déjà constaté, mais mon esprit avait miséricordieusement occulté la chose. Une bibliothèque ou une bonne librairie qui ferme, ça me fait toujours un peu mal.

Mais le gros coup, ça a été quand je suis descendu sur l'avenue, en bas de la ville. Il y en a un segment où je n'ai pas refoutu les pieds depuis un bon quart de siècle, au bas mot. Et là, ça m'a secoué. Tout une rangée de vieux bâtiments a été abattue et remplacée par des immeubles modernes. Des endroits où j'ai eu des amis, ou j'ai vécu des choses, des fous rires, des bonnes bouffes, des engueulades, des découvertes, des moments partagés pour le meilleur et le pire… Tout a disparu d'un bloc. En tout cas à mes yeux, puisque je prends conscience des changements cumulés d'un seul coup. La papèterie où j'achetais du matériel de dessin n'existe plus, et apparemment l'immeuble où elle se trouvait non plus. Du bar où j'allais boire des coups avec des copains, plus la moindre trace. Alors que 300 mètres plus loin, dans la ville d'à côté, l'avenue est totalement conforme à mon souvenir. J'ai un rapport conflictuel à la nostalgie, un sentiment qui m'affecte généralement peu. Mais là, je m'en suis pris un gros fix bien chargé à bloc. De la pure.

Je me suis arrêté chez un vieux brocanteur que je n'avais jamais vu dans cette rue (mais peut-être est-ce celui des arcades qui s'est déplacé de 200 mètres) et je lui ai acheté une jolie édition de Lord Byron. Je n'ai jamais lu de Lord Byron auparavant, seulement un peu de Shelley. C'est l'occasion de combler une lacune de ma culture. J'ai attaqué le Pélerinage de Childe-Harold dans le train du retour, et c'est un texte curieux, qu'on croirait situé au Moyen-Âge au départ, mais qui multiplie les considérations sur la situation de l'époque napoléonienne parce qu'il est plus ou moins autobiographique. Je l'ai pris par le mauvais bout.

Dans la série je-suis-très-emmerdé, il m'arrive le même coup que l'an passé : mon Île de Peter était sortie à peu de distance du roman Moi, Peter Pan, qui chassait en partie sur les mêmes terres. Dieu merci, cet excellent bouquin part dans de toutes autres directions et donne une lecture du personnage qui, si elle recoupe parfois la mienne, le prend par un tout autre bout. Et du coup, les deux romans ne font pas doublon. Eh bien je viens de voir sortir un Uter Pendragon qui s'attache à ce personnage important mais peu développé du mythe arthurien. Et mon prochain bouquin est justement une réinterprétation d'Uther. Apparemment, ce roman-ci part sur la version purement médiévale de la légende, donc ça doit être très différent de ce que j'ai essayé de faire. On verra bien.

Bref… Sur ces entrefaites, pipi, pâte à dents, livre en papier puis dodo.

lundi 7 mai 2018

Et j'ai crié, criéééhé Alien pour qu'elle revienne

Vous m'avez déjà entendu, ici et là, gueuler sur la "duologie" (oui, il paraît que c'est comme ça qu'on dit, maintenant. "quadrilogie" n'était que le début de la barbaritude en ce domaine. de mon temps, par contre, on disait "diptyque" et "tétralogie" mais ce sont sans doute des mots qui sonnent trop savant pour les commerciaux qui vendent des coffrets DVD) de Ridley Scott consacrée au massacre général de la licence Alien crée par Dan O'Bannon et Ronald Shusett (de l'archiduchesse).

Liste de mes vaticinations sur le sujet :
Prometheus, première partie
Prometheus, deuxième partie
Covenant
et un papier plus général sur les théories d'intelligent design en SF dont Prometheus est une illustration assez pataude

Les plus acharnés d'entre vous pourront également aller voir ce que je disais des Aliens versus Predator, mais ça nous éloigne de notre sujet. (même si Prometheus est, en fait, un mauvais remake du premier AvP, quand on y pense)

Pourquoi reviens-je retourner le couteau rouillé dans cette plaie purulente, me direz-vous ? Tout simplement parce qu'à la suite d'un de ces échanges de bouquins que je pratique avec des collègues, j'ai récupéré le comic book Alien Apocalypse, the Destroying Angels, de Mark Schultz (Cadillacs et Dinosaures) et Doug Wheatley (qui a signé une palanquée de comics Star Wars). Cette toute petite centaine de pages a été publiée il y a une vingtaine d'années chez Dark Horse, éditeur qui a pas mal écrémé les grosses licences cinématographiques de ce genre, avec parfois des pépites (le Alien Salvation de Mignola, le Robocop vs Terminator de Miller et Simonson, etc) et parfois des trucs qui relèvent du tout venant.

Et à la lecture du machin, outre le hibou qui pourrait presque être un clin d'œil à Blade Runner, force est de constater que Scott, qui a fait profession dans Prometheus et Covenant de chier à jet continu sur tout ce qui avait été fait après lui autour de l'Alien, a pillé comme un goret. Ou alors il n'a pas fait exprès, mais dans ce cas c'est pire, il démontre son manque complet d'originalité, surtout quand il se croit malin.

Alors ça raconte, quoi, au juste, ce comic book ? Tout simplement qu'un groupe de mercenaires spécialisé dans les opérations de sauvetage doit récupérer un scientifique parti étudier des vestiges étranges. En fait, ce scientifique avait fouillé des dossiers de la Weyland-Yutani concernant l'incident du premier film Alien, et avait cherché une autre épave du même genre. Et a commencé des expériences sur ce qu'il y a trouvé.

Comparatif avec le duoptyque… dilog… les deux films de Scott ? Un androïde qui infecte délibérément un collègue ? Check. L'éradication complète de la race des space jockeys/ingénieurs par les aliens ? Check. Le fait que la terre ait été visité dès l'origine ? Check. Un personnage qui accueille les protagonistes, mais les plante en jouant à Dieu et projetant une mystique démente sur les xénomorphes ? Check. Un androïde auquel on rattache la tête au passage ? Check.

Je déconne pas, tout y est. Mais le plus intéressant, à la limite, ce sont les différences. Car si l'espèce de cosmogonie/eschatologie toute pétée de Ridley Scott n'a convaincu personne, celle de Schultz, pourtant jouée sur un mode plus mineur, est très sympa. Mieux encore, elle est présentée comme la théorie d'un semi-dément, et le lecteur (et les protagonistes avec lui) est libre de la prendre au sérieux ou pas, ou de l'amender à volonté.

Car pour lui la vie est apparue très tôt sur Terre, il y a 3,2 milliards d'années (en fait, son chiffre est pas mauvais, ont montré des découvertes, sauf que cette vie ancienne n'a pas dépassé le stade unicellulaire procaryote pendant encore 2 milliards d'années). Elle a fleuri et donné des formes complexes, avant d'être brutalement éradiquée, puis de renaitre péniblement. Les Ingénieurs ont été éradiqués aussi, un peu plus tard, il y a un milliard d'années, juste après que la vie ait refleuri chez nous et ce retour de la vie sur terre est peut-être de leur fait. Et les traces retrouvées, dans chaque cas, pointent vers une infestation des Aliens. Ces monstres seraient peut-être alors l'expression d'un univers hostile à la vie consciente, qui l'élimine dès qu'elle parvient à quitter les limites de son propre monde. Plein de choses sont laissées dans l'ombre, mais cette histoire esquissée à grands traits est plus cohérente avec la symbolique de l'Alien que tout ce qu'en a fait Scott. Mieux, elle n'est pas prescriptive, libre au lecteur de l'accepter ou pas dans le cadre de cet univers fictionnel, quand Covenant nous martèle un "réel" qui contredit tout ce que nous savions du monstre.

Le problème de Scott n'est dès lors pas qu'il se la raconte, et qu'il raconte mal, mais surtout qu'il soit totalitaire et révisionniste dans sa façon de raconter…

dimanche 6 mai 2018

Billy Black, dans les pays de l'est, on l'appelle Tcherno-Bill

Changement d'ambiance pour mon prochain bouquin. Alors que mon roman arthurien est en cours de relecture chez l'éditeur, j'ai attaqué un nouveau roman, destiné au tout nouveau label Les Saisons de l'Etrange (qui faisait hier soir un petit happening à l'excellente librairie le Nuage Vert, rue Monge). Le concept, c'est de faire de l'aventure pulp, du mystère, du un peu perché, aussi. Du coup, sans vous en dévoiler plus mais pour que vous puissiez juger de la différence de décor, je vous en balance un extrait tout frais :


« Tu as un GPS qui capte à cette profondeur ? »
Branko étouffa un rire.
« Je pourrais te faire marcher en te disant oui, mais en fait… Non. »
Il lui tendit le téléphone qu’elle examina, curieuse. L’écran affichait un plan des rues, mais pas à la façon dynamique d’une application GPS. Un pointillé rouge clignotant marquait leur progression. Dans un coin de l’écran, huit triangles formaient une sorte de rose des vents simpliste.
« Ne le secoue pas, Marie-Jo. Ça déréglerait le truc.
— Explique…
— C’est une appli qu’un copain m’a bricolée à partir du podomètre utilisé pour le jogging. Tu uploades une carte à la bonne échelle de la zone où tu te promènes, et l’appareil compte tes pas. Et quand tu tournes, tu consultes une bonne vieille boussole low-tech avant d’indiquer la nouvelle direction sur les flèches, pour que l’appli puisse suivre. »
Elle lui rendit le téléphone.
« Tu l’as fait faire exprès pour moi ?, lui demanda-t-elle.
— Tu rigoles ? Non, elle a été conçue pour mon groupe d’UrbEx. Comme on pénètre parfois dans des sites interdits, on retire la puce de nos téléphones pour ne pas être repérés, et on s'oriente hors-ligne.
— T’es vraiment un fondu, Branko. C’était où, ta dernière expédition ?
— Tu n’as pas envie de savoir.
— Allez, dis-moi !
— Pripyat.
— À Tchernobyl ? Mais c’était il y a deux ans !
— On y est retournés depuis. »
Secouant la tête, elle lui adressa un regard navré.

vendredi 4 mai 2018

Go East

La semaine prochaine, et plus précisément le dimanche 13 mai, je serai au festival Le Rayon Vert de Thionville-Volkrange  pour y dédicacer mon album Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres. Je ne préviens que maintenant parce que, du fait des grèves de train, on n'était pas bien sûrs de la logistique. Des solutions ayant été trouvées, je pourrai sauf imprévu m'y rendre. Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas à passer me voir !

mercredi 2 mai 2018

Pastiche 51

Sonnez tambour résonnez trompettes, c'est le mois prochain que devraient débouler sur vos étals les nouvelles aventures de Séraphin Dulac, héros du Château des Etoiles écrit et dessiné par l'estimable Alex Alice. Ce premier chapitre du tome 4 sera prépublié dans le 10e numéro de la Gazette des Etoiles, revue à laquelle j'ai l'immense honneur de collaborer en tant que rédacteur de la partie journal, dans laquelle je tente de pasticher le style d'époque.
.
Et donc, histoire de vous donner envie, voici un tout petit extrait de la partie en question :


lundi 30 avril 2018

samedi 28 avril 2018

Frontière de l'Infini (air connu)

Je ne sais pas si beaucoup d'entre vous ont mis le nez dans mon bouquin sur les Cosmonautes, sorti il y a quelques années chez les Moutons électriques (si le sujet vous intéresse, foncez, je ne crois pas qu'il en reste énormément en stock) (vous voyez comme je suis subtil dans ma communication et ma pub, moi ?), mais la lecture de ce blog vous aura peut-être convaincu que la conquête de l'espace est un sujet qui m'intéresse depuis un bail.

Et donc, j'ai aujourd'hui tapé les premières pages d'un projet de BD qui va taper pile dans ce thème. Et ça me donne l'impression de revenir à la maison, d'une certaine façon…

vendredi 27 avril 2018

The Game

Ah, j'avais pas fait gaffe, mais l'interview que j'ai donnée sur Game One pour la sortie de H.P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres est passée le mois dernier. Je vous la livre ici :



mardi 24 avril 2018

La petite souris va sortir

Bon, ma BD sur Lovecraft vit sa vie, et comme de juste il est temps de passer à autre chose. Curieusement, cette autre chose dont je voulais vous parler aujourd'hui a été finie, de mon point de vue, bien avant le Lovecraft. J'ai bouclé le scénario de Disney & Disney, Deux frères à Hollywood un an au moins avant de terminer le gros de l'écriture de Howard P. Lovecraft, Celui qui Ecrivait dans les Ténèbres. Mais les aléas de la production font que l'album a mis plus longtemps à se faire, et ne sortira donc qu'à la fin de l'année (on avait pensé à la Rentrée, à un moment, mais d'autres facteurs encore sont intervenus).

Son thème ? La façon dont Walt et Roy Disney, partis de rien, ont fondé un empire du divertissement qui demeure quasi hégémonique, un demi-siècle après leur disparition. Une autre ambiance que Lovecraft, donc, mais néanmoins un recouvrement de période et le fait que, malgré tous leurs défauts, Oncle Walt et H.P. Lolo ont tous deux été de grands créateurs qui influent encore sur notre imaginaire.


lundi 23 avril 2018

Dédales

Ça fait un bail que je ne vous ai pas posté une nouvelle. Celle-ci n'est pas inédite, elle a été publiée dans le premier numéro de Fiction quand Les Moutons électriques ont relancé la revue, il y a de ça un bail.


Dédales
Alex Nikolavitch

- Attendez-moi ici.
L’arpenteur partit en pataugeant dans l’eau boueuse et disparut à l’angle des tunnels. Son client resta là, grelottant dans le vent humide qui soufflait à cet endroit, provenant d’on ne savait où dans ces interminables catacombes. Il savait qu’il ne fallait pas discuter la volonté de l’arpenteur, alors il se décida à attendre en comptant les rats, les pieds dans la boue.
Pris d’une inspiration subite, il sortit son couteau, cherchant des yeux une surface dégagée pour y inscrire son nom. Un détail attira son regard, un réseau de fines rainures gravées sur la paroi dégoulinante. L’érosion avait mis l’inscription à mal, mais on y lisait encore un nom, on devinait une date ancienne.
L’homme sursauta soudain. L’arpenteur était revenu et lui faisait signe de le suivre. Alors il rangea sa lame et obéit. Ils s’engagèrent dans un boyau étroit et sinueux, aux murs glaiseux et irréguliers, un conduit qui avait plus l’apparence d’une faille naturelle que d’un passage creusé par l’homme. Les deux hommes cheminèrent en silence pendant une petite heure. De loin en loin, à mesure que le tunnel s’élargissait, le client remarquait des ouvertures, parfois des échelles métalliques semblant conduire à l’extérieur, au-dessus du dense réseau de tunnels. Mais son guide n’y prêtait visiblement pas attention.
Finalement, le client se décida à lancer quelques mots, des considérations sans doute banales sur l’étendue des catacombes. L’arpenteur sourit.
- Oh, fit-il. Ça va aussi loin que l’imagination peut le concevoir. Plus loin, même.
- Tant que ça me conduit là où je veux aller…
- Là où l’on trouve des émaux ciselés, du vin à la cannelle et où la lune n’est pleine qu’une fois tous les trente trois jours…
- Je n’aurais pas dit mieux moi-même. Vous connaissez l’endroit ?
- Non, mais il est décrit dans mes tablettes. Dès lors je peux vous y conduire.
Le client fronça le sourcil.
- Vous n’y êtes jamais allé ? Vous n’y avez jamais emmené personne ?
- Non, jamais. Mais de toute façon je laisse les gens en bas de l’échelle. Je ne remonte pas, je ne sors pas avec eux. Ce qui se passe en haut ne me concerne pas.
Cela coupait court à toute autre question sur le sujet. En silence, les deux hommes continuèrent de longer un mur de briques rouges marqué ici et là de motifs en fer forgé à demi rouillés. L’arpenteur obliqua sans hésiter dans un couloir taillé à même un grès dans lequel on devinait des veinures dorées.
Les couloirs s’élargissaient, et l’ensemble s’asséchait. Les deux hommes pataugeaient moins dans les eaux d’écoulement. La lampe de l’arpenteur éclairait des frises de calcaire rongées représentant des scènes mythologiques, sans qu’il soit possible de déterminer précisément de quelle mythologie il était question.
- C’est encore loin ?
- Assez. Nous ne sommes pas à la moitié du chemin. Si vous ressortiez ici, vous tomberiez sur ce lieu où les hommes sont plus grands qu’ailleurs, où l’on ne connaît pas le travail du métal, mais où les massues de bois sont délicatement ouvragées.
- Je n’en ai jamais entendu parler.
- Peu de gens y vont. L’endroit n’a que peu d'intérêt et il est dangereux.
Après qu’ils aient longé sur quelques kilomètres le rivage d’un lac souterrain, l’arpenteur décida d’une pause. Ils s’assirent sur un banc de pierre et déballèrent leur repas. La viande avait l’apparence du lapin, mais le client n’osa pas se poser trop de questions à son sujet. Les champignons étaient excellents, ainsi que la trouble liqueur que l’arpenteur lui proposa en guise de digestif.
Quand ils reprirent la route, ce fut pour descendre le long du gouffre où se jetait le lac. Ils suivirent longuement un étroit sentier de mulet, puis l’arpenteur avisa une faille dans la paroi et il s’y glissa prestement. Son client le suivit, trébuchant sur les blocs schisteux qui encombraient le chemin. Le souffle d’air provenant de l’autre extrémité lui irritait les yeux.
Les deux hommes arrivèrent enfin dans une grande caverne au plafond hérissé de stalactites. Le sol était fangeux, mais l’arpenteur n’avait pas l’air d’y prendre garde. D’un coup de fronde, il abattit un petit serpent qui descendait vers eux en spiralant autour d’une des pointes minérales.
- Il se nourrit habituellement de rats, mais son venin est foudroyant. Surveillez la voûte, car il y en a d’autres.
Ils empruntèrent un escalier taillé à même la roche pour sortir de l’endroit. Le client scrutait les ombres, craignant d’y voir apparaître des formes sinueuses et menaçantes. Quand il débouchèrent dans un couloir dallé, signe tangible de civilisation, il respira plus librement.
Le granit était érodé, mais on reconnaissait des motifs taillés dans la roche, une procession de rois aux costumes sophistiqués. Puis la procession était interrompue par une fissure béante et reprenait après, avec d’autres costumes, différents des précédents. Le client s’était arrêté pour examiner ce travail dont on discernait encore la finesse et la précision, mais l’arpenteur lui fit signe de venir et il dut s’arracher à la contemplation des sculptures.
Les échelles conduisant à l’extérieur étaient elles aussi d’un travail différent, d’une couleur rappelant le bronze patiné. Çà et là, les parois étaient rayées d’éclats, comme si on s’était battu à cet endroit. Le client buta sur une aspérité du sol. C’était le squelette calcifié d’un homme encore crispé sur sa hache. Quelque chose dans la forme des mains -ou était-ce l’implantation des dents?- le mit mal à l’aise. Il accéléra le pas pour rattraper son guide.
- Que c’est-il passé, ici ?
- Un peuple qui vivait à cette sortie, là-bas -le guide désigna une échelle corrodée au fond d’un couloir latéral- a voulu s’emparer des richesses d’un endroit situé en haut de l’échelle que vous venez de dépasser. On s’est battu en surface, mais aussi dans les catacombes. Finalement, la région agressée a appelé d’autres peuples à son secours et la situation en est restée là depuis.
- C’était il y a combien de temps ?
- Je l’ignore. Longtemps, sans doute.
L’humidité recommençait à imprégner le sol. Il y avait des écoulements le long de certains murs, formant de véritables ruisseaux qui allaient se perdre dans les fissures du sol. Le couloir descendait en pente douce, s’étrécissant à mesure.
C’est au bord d’un puits à la margelle de grès rose que le guide fit signe à son client de s’arrêter.
- Vous voyez cette échelle, là-bas ?
- Oui.
- Eh bien, c’est en haut que vous trouverez l’endroit que vous cherchez.
Le client s’approcha de l’échelle et examina les montants métalliques corrodés. Il tira dessus, pour en éprouver la solidité et, satisfait, monta les premiers barreaux.
Puis il redescendit et tendit une petite bourse de cuir à son guide.
- Merci pour tout. J’imagine que, pour le retour, la procédure est à peu près la même partout ?
- À peu de choses près, oui. Trouvez le gardien Généralement cela suffit.
- Merci.
L’homme grimpa à l’échelle et disparut dans l’ombre du conduit vertical. Le guide s’assit au bord du puits pour souffler un peu, puis reprit le chemin du retour.
Il savait qu’il ne reverrait probablement jamais son client.


samedi 14 avril 2018

Point d'étape

Bon, mon prochain roman est terminé, en tout cas son premier jet. Parce que la deuxième phase, celle de la relecture et des corrections, elle ne fait que commencer. Alors on émonde, on taille, on rajoute, on réécrit. Et on remercie les ami.e.s qui se prêtent au jeu de la chasse à la coquille et à la phrase bancale, qui me commentent la structure, qui me disent si les buildups/payoffs marchent ou pas, etc.

Du gros boulot. Et en parallèle, bien sûr, j'ai attaqué le bouquin suivant, qui est prévu pour le nouveau label Les Saisons de l'Etrange. Ça va être une histoire d'enquêteur paranormal, avec un twist rigolo, je ne vous en dis pas plus.

Mais all work and no play make Niko a dull boy, c'est bien connu. Et donc, la semaine passée, j'ai passé le week-end à tester des jeux de société. Le Conan de chez Monolith, que je n'avais pas eu l'occasion d'essayer jusqu'alors, mais qui fut facile à maîtriser puisqu'il utilise le même système que leur Batman (dont le financement est bouclé). Mais j'ai aussi pu tester divers autres trucs, dont Blood Rage, dont le mécanisme m'avait semblé imbitable au départ, et qui en fait est assez génial. Le concept : des vikings envahissent une île magique dans le but de se couvrir de gloire, et les manières de récupérer de la gloire sont variées, y compris en perdant glorieusement des batailles. Retournements de situation garantis, encore plus brutaux que dans Game of Thrones. Je me suis fait défoncer, mais on s'est bien marrés. Je recommande le bazar.

Et un autre jeu qui m'a épaté, c'est La Flamme Rouge, un jeu de courses cyclistes, avec un mécanisme hyper simple, mais qui autorise de grandes subtilités tactiques. Vraiment une très belle surprise. Le système gère brillamment la fatigue graduelle des coureurs, les montées et les descentes, les effets de peloton, les échappées, mais de façon très fluide, et il est très équilibré. Pareil, je recommande vivement.

edit (emarcel) : passé l'après-midi de dimanche à jouer à Conan avec mes mômes. on s'est éclatés.

vendredi 6 avril 2018

Nocturnes

Héliocentrisme.

Un mot compliqué qui signifie simplement que nous tournons autour du soleil. Qu'il est le centre de notre petit monde.

Ce que cela signifie, aussi, c'est que quand il fait nuit, nous lui tournons le dos. La nuit n'est pas quelque chose qui se "fait", en fait. C'est une posture passive de notre moitié du monde. Elle est reposante : faire face au soleil nous aveugle. Elle porte aussi une potentialité morbide : si la terre s'arrêtait de tourner quand il fait nuit, alors ceux pour qui c'est la nuit gèleraient. Car le soleil est aussi au centre de notre univers à ce titre-là, il nous fournit l'énergie vitale qui nous alimente (bon, en cas de cessation de le rotation terrestre, ceux de la face jour crameraient. choisis ton type de camarde, camarade). Avec la réduction des éclairages ici et là, le citadin que je suis retrouve plus facilement le vrai goût de la nuit. On la sent quand, sur la route reliant les deux villes, désormais dépourvue de lampadaire, on croise un camion réduit à des alignements de loupiotes perçant l'obscurité et définissant une forme abstraite. Cette noirceur dans toutes les directions, seulement brisée ici et là par une lumière lointaine, a quelque chose d'à la fois pesant et libérateur.

La Nuit a toujours fait peur à l'Homme. Mais envisagée sous cet angle, cette peur a quelque chose de l'effroi pascalien : quand nous tournons le dos au soleil, nous faisons face au reste de l'univers.

mardi 3 avril 2018

Va, les forges

Une mode, en ce moment, ce sont les vidéos de relaxation, des trucs où une voix douce, susurante et hypnotique est censée vous détendre. Inutile de dire que ces trucs directifs me stressent et me foutent dans des états d'angoisse pas possible (j'ai essayé le yoga, aussi, et j'ai vite arrêté, ça me donnait envie de taper sur le prof en lui gueulant "mais tu vas pas la taire, ta gueule ?").

Et en fait, dans le genre, ce qui me détend à tout coup, ce sont ces vidéos de forgerons ou de types qui font de la restauration d'objets en métal, et qui ne blablatent pas dessus. On les voit couper, refondre, poncer, gratter, polir, redresser… Et ça me fait un bien fou, c'est absolument incroyable.

Je dois pas être tout à fait normal, en fait.

Ou alors c'est tous les autres qui sont dingues.

Pour ma tranquillité personnelle, je m'en tiendrai à cette seconde interprétation.

lundi 2 avril 2018

Suite des épisodes précédents

Et donc, le premier jet du roman est fini, et a été envoyé à mes relecteurs pour une première passe de corrections avant envoi à l'éditeur (les toujours estimables Moutons électriques). Sachant que j'ai déjà fait une relecture intégrale pour virer les coquilles les plus évidentes et les pains de continuité qui m'auraient échappé (j'ai encore fait le coup du personnage qui continue à faire des trucs alors qu'il est mort cinq pages plus tôt).

Et comme j'avais déjà fait un premier envoi des 3/4 du manuscrit, certains relecteurs m'ont déjà rendu des notes.

Vous vous rappelez de ce que je disais l'autre jour à propos des scènes indispensables, mais pénibles à faire ? C'est rigolo de les voir ressurgir dans ces occasions. Car on les reconnaît facilement, ce sont celles sur lesquelles le plus de choses se retrouvent biffées, annotées, amendées. Et donc, me voilà repartir pour chacune de ces scènes sur une deuxième tranche de galère. J'aurais envie de dire "merci les relecteurs", et je le dirai, mais au premier degré : retravailler ces séquences me semble en effet indispensable.

Et si le premier jet, sur un roman un peu complexe par sa structure et la documentation qu'il demande, n'est déjà pas simple, le retravail est encore un autre défi.

En attendant, je vous en balance un petit extrait :


Quand les feux et les rires commencèrent à s'éteindre, et qu'une servante fut allée coucher Ambrosius, Uther se pencha vers son hôte.
« J'ai été absent fort longtemps, je le sais. Et si loin de terres familières que j'ignore ce qu'il a pu survenir en mon absence. Raconte-moi les années écoulées.
— Ici, elles furent égales à toute autre, Uther. Parfois nous avons repoussé des pillards, et parfois nous avons commercé avec la côte. Parfois, les champs ont donné, et parfois ils nous ont laissés le ventre creux.
— Mais à l'Est, sur les terres de mon clan ? En as-tu eu des nouvelles ? »
Le vieillard jeta à Uther un regard lourd. Il ne souhaitait pas blesser un ami de son village en se faisant porteur de tristes histoires. Il fit signe à une femme de leur rapporter un cruchon d'épaisse cervoise noire, qu'elle leur servit dans des gobelets d'étain. Uther la laissa verser le breuvage, sans montrer le moindre signe de l'impatience qui le rongeait.
« Tu ne reconnaîtrais pas ton pays, Uther. Ton clan, sous le conduite de ton jeune frère, le défend pied à pied, et Camulodunum tient bon. La ville a même, me suis-je laissé dire, grandi. Elle attire à elle tous ceux qui fuient les Saxons. Son étendard à l'effigie d'un dragon est devenu un fanal, une lueur d'espoir pour tous, quand bien d'autres villes sont tombées.
— D'un dragon ? Mais pourquoi un dragon ?
— Tes ennemis ont déformé ton surnom de Pendraig t'ont appelé Pen-Drache, le dragon. Et ainsi, l'image leur rappelle que tu fus défenseur de ces terres et fléau de leurs frères. »
Uther s'aperçut alors qu'il avait posé la main sur la garde de son épée tandis que le vieillard parlait. Il en sentait la douce chaleur affluer en lui, réveillant le chef de guerre, et la bête, assoupis dans ses tripes. Il vida son gobelet d'un trait et le tendit à nouveau à la servante qui le remplit une fois encore. Un jeune homme passa devant la table, celui qui les avait accueillis à la porte, lui sembla-t-il, sans qu'il en soit sûr dans l'obscurité grandissante. Ce garçon respirait la vitalité, l’insouciance de son âge qui en faisait toute la force. Il était l’avenir. Et ne se souciait pas du passé, renvoyé à des récits de coin du feu. Uther eut soudain peur de voir tous ses combats, tous ses engagements, tous ses déboires et toutes ses souffrances se réduire à cela, une mention floue dans des histoires contées par des vieillards pour passer le temps, pendant les soirées d’hiver, jusqu’à ce que d’autres histoires prennent leur place, et que les anciennes soient graduellement déformées, puis oubliées.

dimanche 1 avril 2018

Dernière ligne droite

Alors même qu'une station chinoise va peut-être nous tomber sur la tête (enfin, peut-être sur la vôtre, mais pas la mienne : j'ai vérifié, je ne suis pas sur le trajet du bidule), je sue sang et eau sur mon prochain bouquin.

En fait, il est pour ainsi dire fini. J'ai attaqué depuis quelques semaines une phase intensive de relectures, avec l'assistance de quelques ami.e.s qui me font la grâce de me transmettre leurs annotations, ce qui me permet de débusquer fautes, imprécisions, tournures foireuses, moments où je me suis regardé écrire, et de traquer sans pitié les menues incohérences qui se sont glissées dedans.

Mais mon premier jet n'est pas pour autant terminé. Oh, à l'heure beaucoup trop tardive où j'écris ces lignes, il m'en reste une grosse quinzaine à injecter dans mon manuscrit. Une scène de dialogue explicatif, paumée dans un chapitre de transition, importante pour la cohérence générale du truc (dont la fin est par contre écrite depuis un bail).

Et c'est emmerdant comme tout, ces scènes d'explications. Parce que si elles sont souvent essentielles, elles ne doivent pas devenir lourdes et pesantes. Si je m'emmerde en écrivant la scène, y a de bonnes chances que le lecteur décroche aussi. Et donc je me retrouve à galérer comme un rat pour synthétiser le truc et le réduire au maximum, et le compléter proprement pour que ça s'intègre bien. C'est l'aspect assez technique du boulot, loin du mythe romantique de l'inspiration.

dimanche 18 mars 2018

Les fossiles qui rendent marteau

Dans mon rêve de cette nuit, on exhumait pas loin de chez moi des fossiles bizarroïdes, plus ou moins polypeux, assez gros. Et en fait, il s'avérait qu'au contact d'êtres vivants, ces machins se réveillaient, et crachaient des spores qui s'infiltraient partout, se collaient partout, infectaient tout. Et en fait, ces gros fossiles 'étaient les têtes d'une sorte de ténia géant. Et du coup, on comprenait en cours de route que quand les spores prendraient vie, on se ferait bouffer de l'intérieur.

Au réveil, avant même d'aller pisser et même de mettre mes binocles, j'ai été me frotter les mains jusqu'au coude avec du gel hydroalcoolique de qualité industrielle. On sait jamais. J'avais touché ces fossiles à la con, moi aussi.

Va vraiment falloir que j'arrête, avec Lovecraft, ça commence à m'esquinter.

samedi 17 mars 2018

L'H.P. près de chez vous



Le Vendredi 23 Mars à 18h, avec Karim Berrouka (Le Club des Punks contre l'Apocalypse Zombie, lecture fortement recommandée, et plus récemment Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu) et Christophe Thill (qui prépare l'édition française du Je Suis Providence de T.S. Joshi) je participerai à une rencontre et dédicace autour de Lovecraft à la librairie le Nuage Vert. Ça vient d'ouvrir et c'est 41 rue Monge, Paris 5e.

Venez nombreux.

jeudi 15 mars 2018

Bat-fiches

J'en ai déjà causé à plusieurs reprises par ici, je suis consultant en Batman pour le jeu de plateau Batman : Gotham City Chronicles édité par Monolith et qui sort l'an prochain (et fait l'objet d'un kickstarter qui approche des 3 millions de dollars, là).



En quoi ça consiste, au juste ? Eh bien à plus ou moins valider le matos de jeu (mais il y a assez de fans de comics dans l'équipe pour que cette partie là soit assez pépère) et à produire les fiches concernant les personnages jouables.

Et là, ça pose plusieurs problèmes intéressants, et c'est précisément de ça que je comptais vous causer aujourd'hui. Car si tout le monde connaît à peu près Batman ou le Joker, et qu'à la limite on pourrait se passer de fiches les concernant, il est déjà plus délicat de s'y retrouver dans les nombreux Robin et Batgirl, par exemple. Et donc, on est amené à faire une fiche pour Cassandra Cain, Barbara Gordon ou Damian Wayne afin d'expliquer d'où ils sortent, ce dont ils sont capables et qui ils sont dans le fond. Pour quelqu'un qui traduit du DC Comics depuis 18 ans ou presque, et en lit depuis… pfouuu… une quarantaine d'années… ça ne présente pas de difficulté particulière, bien sûr.

Mais… Mais l'univers DC est difficile en soi. Si le jeu ne présente pas de version "pré Crisis" des personnages (et Batman n'a pas été aussi impacté par l'événement de 86 que ne l'ont été Superman et Wonder Woman), il y a un certain nombre de figurines qui relèvent de l'avant "Flashpoint" ou du "New 52". Vous avez l'impression de patauger, d'un coup ? C'est normal. Car DC Comics a rebooté son univers il y a quelques années, et modernisé plein de personnages. Le Sphinx de maintenant n'a plus grand-chose à voir avec celui d'il y a dix ou vingt ans.

Alors si le personnage dispose de deux figurines, c'est simple : on fait deux fiches.

D'autres personnages ont évolué notablement, mais sans changer particulièrement d'apparence. C'est le cas par exemple du Commissaire Gordon. Il n'a qu'une figurine. Rédiger sa fiche, c'est donc jongler avec les deux versions, en ne mettant en avant que les éléments communs aux deux, ou ceux qui sont suffisamment passés sous silence dans une des versions pour qu'on puisse les évoquer sans se heurter à une contradiction frontale. Ça, c'est un peu plus délicat à travailler, donc. Surtout pour des personnages qui en plus sont bien connus du public via les versions ciné ou dessin animé, version qui peuvent elles aussi présenter des points de divergence avec les comics. Alors comme les droits auxquels se raccroche le jeu sont ceux des BD, je ne suis pas censé avoir à me préoccuper des versions sur écran, mais je dois partir du principe qu'une portion conséquente des joueurs ne connait que celles-là, et autant ne pas les heurter quand je peux l'éviter.

Dernier point, il s'agit de fiches dans un manuel de règles du jeu. Règles qui, pour pouvoir parer à toute situation, sont parties pour être conséquentes (les mécanismes du jeu sont relativement simples, mais peuvent générer des configurations qui le sont moins). Infliger au joueur des tartines sur des personnages parfois obscurs, ce serait contre-productif. Mes fiches se doivent donc d'être le plus synthétiques possible. Une dizaine de lignes tout au plus, permettant de faire connaissance avec le personnage. Au pire, pour ceux qui voudraient approfondir, des BD comme Silence ou Long Halloween sont disponibles, et mettent en scène une partie conséquente de l'immense galerie de personnages secondaires accumulée par Batman au fil des décennies. (Silence fait d'ailleurs partie des références visuelles assumées des sculpteurs des figurines, avec le run de Snyder et Capulo).

Voilà, c'était mon mini making of, me permettant d'expliciter un peu ma philosophie quand j'aborde ce genre de boulots.

mardi 13 mars 2018

Cap ou pas Cap ?

Ça fait quelques années que je ne lis plus qu'épisodiquement du Marvel. Il y a des auteurs ou des personnages auxquels je m'intéresse encore, mais les convulsions de l'univers Marvel lui-même, les grands événements qui changent tout, ça m'indiffère assez depuis un bout de temps.

Forcément, ça me conduit à louper des trucs pas mal, alors je me fais régulièrement des sessions de rattrapage. J'ai récupéré il y a pas longtemps les Hulk de Mark Waid, par exemple, que j'ai trouvé plus plaisants que ce qu'on avait pu m'en dire. J'avance dans les Thor de Jason Aaron, bien fichus.

Et puis on m'a prêté dernièrement les Captain America de Nick Spencer. Ceux qui suivent tout ça se souviendront peut-être qu'ils avaient fait scandale y a une paire d'années quand il avait été révélé que Captain America était un agent d'Hydra DEPUIS LE DEBUT !


L'épisode dont la case ci-dessus constituait la dernière page n'était même pas encore sorti que cela s'offusquait d'une telle trahison par les auteurs de ce qui constituait l'essence même du personnage, de la volonté de ses créateurs, du lectorat, etc, etc.

Et comme dans beaucoup de scandales de ce genre, je remarque que les plus bruyants sont les moins concernés.

Parce qu'on peut démontrer que ceux qui ont inondé internet de vociférations ne lisaient pas la série.

Cette case est extraite de Steve Rogers Captain America n°1,  écrit par Nick Spencer. Un premier numéro, c'est l'occasion de faire bouger les lignes, d'accrocher de nouveaux lecteurs. Mais Marvel étant ce qu'elle est en ce moment, c'était loin d'être le premier numéro que Spencer consacrait au personnage. En fait, quand il arrive à cette révélation, ça fait près de deux ans qu'il anime un titre appelé Sam Wilson, Captain America. Et qu'en fait, si on lit cette série précédente, on voit bien que cette révélation scandaleuse était préparée de longue date et ne saurait constituer une surprise… que pour ceux qui ne l'ont pas lue.

Car une bonne partie de la fin de SWCA tourne autour de manipulations du SHIELD avec un Cube Cosmique, un objet dont, depuis de vieux épisodes de Kirby consacrés au Captain, on sait qu'il permet de réécrire le réel. Or, lors d'un de ces épisodes, Steve Rogers se trouver ainsi "réécrit". Oh, la modification qu'il subit est positive (il retrouve sa jeunesse et ses pouvoirs) mais il n'empêche. D'autant que dans les mêmes épisodes, le Cube a surtout servi à réécrire des méchants pour en faire de bons citoyens (ce qui pose de très intéressants problèmes éthiques que la série tente de développer).

Dès lors, pour le lecteur familier des épisodes précédents, l'hypothèse d'une manipulation grâce au Cube tombait sous le sens. Et le n°2 de SRCA confirmait de toute façon cette piste. Fermez le ban, on a là une histoire certes construite sur un coup de théâtre un peu facile et conçu dans une idée de shock value, mais certainement pas de quoi se scandaliser. Pour l'ouvrir comme certains l'ont fait, il fallait n'avoir lu que la case incriminée et le résumé de l'épisode. Et accessoirement ne rien connaître aux mécaniques feuilletonnesques des comics, qui nous ont livré ce genre de retournements par paquets de douze depuis 80 ans que les super-héros existent.

Cela a été mis sur le compte d'un fandom de plus en plus toxique (comme précédemment le Gamergate et les Sad Puppies), mais c'est aussi un indice du fonctionnement (ou non fonctionnement, d'ailleurs) du débat, de nos jours. Les esprits s'enflamment à toute allure, et l'on remarque là aussi des déclarations très agressives de gens qui sont soit non concernés, soit se greffent sur des discussions pour verser de l'huile sur le feu. On l'a vu dans l'affaire de la gamine voilée dans The Voice, dans l'affaire de ce bouquin maladroit sur l'adolescence où le débat a tout simplement été confisqué par des pétitionnaires voulant le faire interdire (c'est très malin : la vraie discussion de fond sur le sexisme s'est éteinte d'un coup, pour céder la place à un débat biaisé et piégé sur la censure) (le même débat que nous ressortent les cadres du FN et autres supplétifs de l'extrême droite genre Zemmour qui pleurnichent qu'on les empêchent de s'exprimer, mais viennent l'exprimer à la télé, à la radio et dans la presse).

Il y a là une méthode qu'on voit appliquée de plus en plus souvent dans plein de domaine. Confiscation de débats légitimes par des agités qui le rendent impossible. C'est même devenu une méthode de gouvernement (il suffit de voir les déclarations de Collomb sur les associations d'aide aux migrants) et le problème n'est même plus celui d'une droitisation de la société (ou en tout cas de l'expression publique, et là aussi il y a une nuance à ne pas oublier) (et le problème, c'est qu'à gauche-gauche, on a de plus en plus recours à ce genre de méthodes aussi).

N'oubliez pas que c'est précisément ce genre de biais du débat qui a permis l'émergence de Trump… Nous ne sommes pas à l'abri. Et avec les nullités, mis en examen et autres échappés d'école de commerce qui sont au gouvernement, on a peut-être déjà perdu la guerre.

C'est fou comme, de nos jours, la simple lecture d'un comic book de consommation courante donne à réfléchir sur l'état du monde…

vendredi 9 mars 2018

Quand y en a plus…

On pourrait croire que le boulot du scénariste s'achève quand il tape le mot "fin" en bas de son texte et l'envoie au dessinateur et à l'éditeur.

Et bien entendu, une telle conception serait totalement éloignée de la réalité. Prenons par exemple le cas de mon dernier album (HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres, en vente dans toutes les bonnes librairies, commandable sur internet, si vous ne l'avez pas encore, c'est le moment de vous décider comment ça je profite des parenthèses interminable pour faire ma pub?), un exemple tout à fait choisi au hasard, ça va de soi.


Le gros du scénario (hors corrections, relectures, amendements et modifications de dernière minute) est bouclé depuis plus d'un an. Et entre le moment où j'ai bouclé le scénar et celui de la sortie du bouquin le mois dernier, il y a eu toute une phase de ping-pong entre moi, l'éditeur et les dessinateurs, histoire de se mettre d'accord sur plein de trucs, d'en corriger d'autres, de remanier… Tout un suivi, en somme.

Mais une fois que les pages sont validées, envoyées chez l'imprimeur, livrées au libraire, c'est fini, non ?

Ha ha.

Non, en effet.

Il y a tout le service après vente, comme chez Darty. Outre les dédicaces (j'ai calculé que j'ai signé un peu plus d'1% du premier tirage, déjà), il y a les interviews. J'en ai donné déjà quelques unes mais ça continue, puisque rien que cette semaine, j'étais dans les locaux de la chaîne de télé Game One pour en enregistrer une autre, et au téléphone avec la station Graph'it de Compiègne (qui doit répercuter la chose à d'autres stations locales) (pour la petite histoire, j'étais déjà passé chez eux il y a une dizaine d'années de ça, et j'en garde un excellent souvenir) pour causer du bouquin. Je vous dirais quand c'est diffusé et podcasté.

Et puis il y a l'édition de luxe. On a lancé un financement participatif avec l'éditeur et ça a bien marché : il n'en reste qu'un exemplaire à cette heure, et sinon on peut encore participer pour avoir l'édition normale et diverses contreparties.

Et justement, l'une de ces contreparties est un cahier making of. Alors vous qui lisez ce blog un peu régulièrement, vous vous doutez bien qu'une partie du boulot est déjà fait : j'ai assez parlé d'HPL dans ces colonnes pour avoir de quoi remplir une partie du fascicule. Reste l'autre partie, et je m'y suis employé avec entrain. Et le truc une fois rempli, faut le relire, le corriger, etc. C'est ce que j'ai fait ce matin.

Donc voilà… Moi qui croyais faire un métier de fainéant (on m'a toujours dit que c'en était un, et comme un con j'y ai cru, le piège quoi), j'arrête pas de bosser.