mercredi 17 octobre 2018

Trois Coracles…




Bon, voilà que mon éditeur, les Moutons électriques, vient de m'envoyer la couve de mon prochain bouquin, qui s'intitule simplement Trois Coracles Cinglaient vers le Couchant. Ça sort au printemps, normalement. L'image est signée Melchior Ascaride, comme pour mes deux précédents romans, et je suis tout fou, là. J'adore.

Bon, du coup, je vous donne aussi le texte qu'il y aura au dos :

Trois coracles cinglaient vers le couchant.

À leur bord, Uther, un chef de guerre de l'île de Bretagne, et ses compagnons de toujours. Leur destination, une île au bout de la mer, là où dit-on vivent les fées et les morts glorieusement tombés au combat. Que va-t-il chercher si loin des terres habitées par les hommes ?

Alors que l'Empire romain n'en finit pas de mourir, et qu'un monde nouveau se refuse encore à naître, Uther sait-il seulement qu'il va enfanter d'une légende destinée à traverser les siècles ?



Et un extrait ici.

mardi 16 octobre 2018

Biodiversité de proximité

Un truc pour lequel je suis content d'habiter dans un patelin encore un peu vert et assez éloigné de Paris pour ne pas être sous le smog, ce sont les bestioles. L'autre jour, je suis tombé sur une mante religieuse, elle faisait genre 5 cm de long. Je savais même pas qu'on pouvait en trouver dans la région. à 400 mètres de chez moi, il y a un mur dans les anfractuosités duquel vivent au moins deux espèces de lézards, et qu'on voit se prélasser aux temps chauds (le truc est orienté plein Sud, ils ont adopté l'endroit). Près de la gare, le square abrite trois espèces de bourdons. J'ai chez moi des abeilles charpentières, d'énormes trucs bleus gros comme des scarabées. Il y a des lucanes. Des libellules certaines années. Des demoiselles, aussi (j'ai appris à les différencier des libellules il n'y a pas si longtemps). J'ai encore croisé une poule d'eau avant-hier, et il y a parfois des cormorans et des martins pécheurs. Bon, et j'ai croisé déjà deux fois des frelons asiatiques. Ça c'est plus emmerdant.

Je ne suis pas à la campagne, pourtant, mais la verdure alentour est suffisante pour abriter et favoriser ce foisonnement. J'aime bien me poser pour observer les sauterelles. Ça me fait tout drôle de croiser un renard ou une belette (ça m'est arrivé une fois ou deux) voire un faucon crécerelle. Peut-être d'ailleurs est-ce cet entre deux, le fait de n'être ni dans une grande ville, ni au milieu de champs pesticidés qui permet tout ça, je n'en sais rien. En tout cas, ça me fait du bien. Je profite des derniers beaux jours pour observer ces voisins de plus ou moins petit format.

lundi 8 octobre 2018

Le Niko près de chez vous

Bon, je reposte mon programme des prochaines semaines, parce qu'il est chargé et que ça évolue tout le temps :


Vendredi 12 octobre, dédicace au festival Quai des Bulles à St Malo, avec les éditions 21g.

Samedi 20 octobre à partir de 18h, rencontre et dédicace à la Brasserie de l'Être, à Paris, organisée par la librairie Dimension Fantastique. Avec de la bière et Sabrina Calvo, Gabriel Katz, Thomas Spock, Romain Delplancq,Rodolphe Casso, etc. Donc ça va être super. Alors attention, la brasserie est assez éloignée de la librairie, puisqu'elle est vers Crimée, rue Duvergier.

Dimanche 21 octobre, rencontre consacrée aux super-héroïnes à 14h30 au cinéma théâtre André Malraux de Chevilly la Rue (94), à l'occasion d'une projection d'Ant-Man and the Wasp.
Le programme ici.

Samedi 27 octobre, dédicace à la Fnac de Belfort, avec Jérôme Wicky en vedette américaine !

Vendredi 2 au dimanche 4 novembre, dédicace au Salon Fantastique avec les Indés de l'Imaginaire et les Moutons électriques.

Jeudi 8 et vendredi 9 novembre, colloque 25 ans du label Vertigo à l'université de Dijon, en présence de Frank Quitely. J'y assurerai la communication inaugurale, consacrée à l'archéologie du label.
Le programme ici.

Jeudi 15 et vendredi 16 novembre, colloque H.P. Lovecraft à l'université de Nancy, et j'y donnerai la réplique à Nicolas Fructus, Philippe Druillet et Jean-Michel Nicollet à l'occasion d'une table ronde.

dimanche 7 octobre 2018

Apophis prodigue


En décembre, je me retrouverai au sommaire du tome 4 de Dimension Super-héros, une anthologie consacrée aux vieux personnages publiés jadis par Lug dans les revues au format poche genre Mustang et Zembla. Ce sera chez Rivière Blanche (et donc ma troisième participation à une antho chez cet éditeur), et on y trouvera tout un tas de gens très bien. Là-dedans, je me fends d'un texte consacré à Ben Leonard, alias Râ, protecteur des immortels d'Héliopolis (et le reste du temps journaliste au Globe). La nouvelle s'intitule Le Retour d'Apophis, et j'y vais à fond dans le mythologique et l'apocalyptique, parce que bon, autant jouer sur mes propres points forts.

Et pour vous faire patienter, du coup, je vous en livre un pitit extrait :

La panique régnait dans la cité cachée et secrète d’Héliopolis quand Râ atterrit doucement devant les immenses pylônes du temple-palais. Une foule s’était massée entre les obélisques scintillantes et les sphinx de béryl. Râ se posa devant les statues à demi animales, irradiant une lumière chaude. Elle eut aveuglé tout autre que les présents. Ils l’accueillirent avec des exclamations craintives.
— Râ, tu es venu ! Toi aussi tu te réfugies en notre place forte pour attendre la terreur qui sans faute viendra nous anéantir ?
Râ leva les bras pour demander un silence qu’il n’obtint pas. C’est par-dessus le murmure inquiet de la foule qu’il dut parler lui-même.
— Comme vous le savez, je suis dépositaire d’une partie des souvenirs laissé derrière lui par votre frère Râ quand son Kâ fut arraché à son corps ! Mais j’ai beau fouiller sa mémoire, je n’y trouve aucune trace de ce que contenait ce temple secret et lointain. Seulement l’avertissement de ne jamais y pénétrer. Mais Atûm pourvoira à mes failles.
La foule se tut d’un coup, puis s’écarta pour le laisser accéder à l’étroit passage entre les deux pylônes de pierre. Il ressentit alors durement sa double nature. Quoique porteur de l’âme d’un immortel, du roi de la Cité, il n’était pas tout à fait des leurs. En tant que Ben Leonard, il demeurait humain, trop humain. Les préoccupations, désirs et peurs des habitants d’Héliopolis lui demeuraient globalement étrangers.

lundi 1 octobre 2018

Ludions

J'ai passé pas mal de temps le nez sur mon clavier en septembre. Beaucoup de grosses traductions, un scénario à écrire au pas de charge, un roman que je tiens à avancer de même, et un article à rendre pour une grosse anthologie, sans compter une conférence donnée dernièrement, et deux autres à préparer pour les semaines qui viennent.

Mon temps de lecture (autre que la doc pour le scénario à faire et l'article à écrire), de consommation de films et de séries (j'ai juste fini l'excellent Taboo, avec Tom Hardy et Jonathan Price) s'est réduit d'autant.

Mais ce week-end, je me suis autorisé deux sessions jeux.

J'ai testé l'autre soir Seven Wonders Duel et Lord of Hellas, deux jeux très différent, malgré leur référence commune à l'antiquité classique. Le premier a une mécanique très chouette, et des effets de seuil vicelards. J'ai bien aimé.

Le second m'a fait penser à Blood Rage : même complexité apparente au premier abord, gros monstres qui apparaissent à l'occasion et qu'on peut glorieusement dégommer, chouettes figurines. Mais si certains mécanismes sont communs, d'autres sont très originaux (pour ce que j'en vois, mais je ne suis pas un hardcore gamer) et rendent l'ensemble fluide et très agréable, avec des arbitrages intéressants à mener par les joueurs.

Et puis hier, on m'a offert Bandes Dessinées, le jeu des collectionneurs, un truc très rigolo. Alors en voyant la boîte, je dis "tiens, c'est normal qu'il y ait que des couvertures Delcourt et Soleil de représentées ?" ce à quoi on m'a répondu "ben, ils sponsorisent le trucs".

Le jeu lui-même est un système d'échanges assez simple, dans lequel les participants doivent choisir des séries à collectionner, qu'ils financent initialement en revendant certains des albums en leur possession, puis éventuellement en allant travailler pour un éditeur (ce qui permet au passage de déclencher la sortie de nouveaux albums). Mécanique très fluide pour des parties courtes et fun, dans lesquelles on peut perfidement obliger les adversaires à payer leurs albums nettement plus chers que ce qu'ils avaient prévu au départ. Très très marrant et tout à fait utilisable en famille (bon, moi, je me fais griller assez vite parce que les gens voient que je collectionne avant tout les albums des copains, donc ils m'amènent à les payer plus cher chaque fois qu'ils le peuvent). Si l'auteur veut une idée d'extension ou de spin-off, je pense qu'il y a un truc à faire avec les files de dédicaces à Angoulème.

jeudi 27 septembre 2018

Yeux ronds yeux ronds petit patapon

Dans les petites notes archivées de trucs qui ont probablement du sens, mais je ne sais pas encore tout à fait lequel, il y a ceci :

Les cyclopes de la mythologie grecque sont des êtres ambivalents. Il semble en exister plusieurs sortes : les assistants d'Héphaïstos, forgeant pour lui les armes des dieux, et les pâtres cannibales que rencontre Ulysse au fil de ses voyages. Et des déclinaisons, vu que les murailles cyclopéennes sont bâties, comme leur nom l'indique, par des cyclopes, et que dans la Théogonie, la foudre n'est pas une fabrication des cyclopes, mais les cyclopes eux-mêmes.

Qu'ils fabriquent des éclairs (ou les incarnent) ou élèvent des forteresse, les cyclopes se rangent dans une catégorie d'être apparentée aux tricksters, des personnages qui, comme le Loki nordique, sont utiles aux dieux, mais délicats à manier (Kronos se sert d'eux mais les craint et les enferme dès qu'il a fini de les employer). Le trickster est généralement un personnage intelligent et rusé. Il existe d'ailleurs une version de la naissance d'Athéna où elle se trouverait être la fille d'un cyclope lanceur d'éclairs, et non pas de Zeus.

Du coup, quel rapport avec la bande à Polyphème, ces brutes épaisses élevant des moutons dans les montagnes ? Fils de Poseidon, ils ne sont pas de la même famille que les précédents, et ne constituent donc pas la décadence d'une race semi-divine, mais celle d'un motif. Là où c'est intéressant, c'est que le Cyclope de l'Odyssée paye cher sa rencontre avec un trickster patenté, l'industrieux et rusé Ulysse.

Cyclope, c'est "l'œil rond", et dans le cas présent, cet œil unique et rond est un œil stupide. Et le peu de vision que cela donne à Polyphème lui est même ôté. "à celui qui a, on donnera, et à celui qui n'a pas, même le peu qu'il a lui sera pris", dit la parabole évangélique. On est dans ce cas-là avec le Cyclope à l'œil crevé.

Si l'on regarde ces tricksters primordiaux et ces brutes devenues aveugles, chaque itération du motif cyclopéen fait sens d'emblée. C'est la conjonction des deux versions qui pose question. Est-elle fortuite ? A-t-elle un sens caché plus profond ?

jeudi 20 septembre 2018

Reviendu

Bon, j'ai regagné mes pénates après ma petite expédition à Thouars.

Et je recommande l'endroit. Oh, au premier abord, les maisons années 50 sont tristounes, celles de n'importe quelle petite ville de province. Et puis on arrive dans le vieux centre ville, et là, paf,  y a de la vieille pierre, mais par packs de douze. J'aime bien les vieilles pierres, alors je me suis régalé. Mieux encore, j'étais invité par le service patrimoine, et c'est un de ses membres qui m'a fait la visite, donc j'ai eu droit au grand tour, et c'était génial. Franchement, y a de ma muraille, de la vieille maison, de l'église patinée, du château, de la venelle, tout ce que j'aime. Encore merci, c'était génial. (et l'expo Mythe & super-héros est d'autant plus chouette qu'elle me cite extensivement comme si j'étais une autorité en la matière, là faut vite que je prenne du Daflon, mes chevilles ont quadruplé de volume) (ça va déformer mon jean, ça va pas le faire).

Mais j'étais là pour bosser. Et donc, hier, j'ai enchaîné deux ateliers avec des mômes. Et vous savez quoi, le collège, à Thouars, ils l'ont mis là où ils avaient de la place. Donc dans l'ancien château des ducs. Je suis fou de jalousie, du coup : moi, mon collège, c'était béton et mosaïque bleue, et peinture jaune pipi dans les couloirs. Eux, ils ont… un château, quoi. Rien que le réfectoire, c'est de la voûte en pierre de taille, et le fond, une cheminée (condamnée) dans laquelle on devait pouvoir rôtir… je dirais trois bœufs, facile. quatre, peut-être, en tassant un peu. La salle d'arts plastique, c'est sous les combles. Avec des poutres phénoménales. Bref, c'est pas exactement Poudlard, parce que c'est quand même du goût français Grand Siècle, mais c'est monumental. J'étais scié.

Après ces deux ateliers, ça a été une petite séance de dédicaces à la librairie, puis causerie à la bibliothèque. Je vous en parlais l'autre jour, il ne faut PAS remanier une conf deux jours avant. Parce que du coup, les deux versions se télescopent dans la tête, et j'ai asséné au public un bout que j'avais supprimé, mais que j'ai sorti quand même (et qui était partiellement redondant avec l'état de la conf tel que refaite). Je me serais foutu des baffes, tiens. Mais bon, le public a été super.

Bref, après une journée pareille, je suis flappi. Mais je reste très impressionné par le lieu, et absolument ravi de l'accueil : tout le monde a été d'une immense gentillesse. Merci à tous les Thouardais ? Thouartais ? **consulte fébrilement wikipedia** Thouarsais, donc. C'était super !

Franchement, si vous passez dans le coin, allez y faire un tour.

lundi 17 septembre 2018

Conférons

Mercredi soir, je donne une conférence (Figures et mythes des super-héros, 20h30 à la médiathèque de Thouars, pour ceux qui seraient dans le coin). C'est pas du tout la première fois que ça m'arrive, je commence à être rodé. Mieux encore, c'est la reprise d'une conférence que j'ai déjà faite il y a quatre ans. Donc un truc déjà tout près, qu'il me suffit juste de réviser un peu pour être paré. Le rêve, quoi.

Sauf que je suis moi. Et donc, en révisant le truc, je me dis des trucs du genre "ah, cette image est en trop, ça n'apporte rien, je peux la virer" ou "tiens, là ce serait bien de rajouter telle image, qui permettra de marquer tel point". Puis "ah, c'est vrai que mon ancien système de classement des images générait parfois des désordres selon les ordinateurs qui servaient à les projeter, je vais tout renommer pour éviter ce genre de désagréments". Et en renommant tout, forcément "cette partie là, en fait, ce serait mieux qu'elle soit plutôt à tel endroit, non, ce serait plus fluide".

Réviser une conférence, c'est l'affaire de deux heures, histoire de se la remettre en tête. Là, ça fait deux jours que je suis dessus et c'est un foutu champ de ruines. Et je suis le premier à dire que remanier en profondeur une conférence deux jours avant de la prononcer, c'est le meilleur moyen de se prendre les pieds dans le tapis.

Je me foutrais des baffes, tiens.

mardi 28 août 2018

Rentrée

Bon, c'est bientôt la rentrée, et je vais avoir un automne un peu chargé en interventions. Je vous donné déjà les trucs bordés :

le mercredi 19 septembre, je donnerai un conférence "Figures et mythes des super-héros" à 20h30 la bibliothèque de Thouars (c'est juste en-dessous de Saumur), et il y aura à 18h une séance de dédicace à la librairie Brin de Lecture.

Le jeudi 4 octobre, je dois participer à une table ronde à Paris, je vous en dis plus dès que les choses se précisent.

Vendredi 12 octobre, je dédicace à Quai des Bulles à St Malo, avec les éditions 21g.

Le dimanche 21 octobre, je donne une conférence débat sur les super-héroïnes à 14h30 au cinéma théâtre André Malraux de Chevilly la Rue, dans le 94, à l'occasion d'une projection d'Ant-Man and the Wasp.

Du vendredi 2 au dimanche 4 novembre, je serai en dédicace au Salon Fantastique, porte de Champerret, sur le stand des Indés de l'Imaginaire, avec les Moutons électriques.

Les jeudi 8 et vendredi 9 novembre, je participerai à un colloque sur le label Vertigo à l'université de Dijon.

Et si tout va bien, les jeudi 15 et vendredi 16 novembre, je devrais participer à un colloque consacré à H.P. Lovecraft à l'université de Nancy. (il reste de des détails à régler, mais c'est en bonne voie)

Voilà pour l'instant. à vos agendas !!!!

jeudi 23 août 2018

Prochainement dans les bacs


J'en avais déjà causé, mais je suis au sommaire du Novelliste n°2, qui sort tout bientôt. Je vous mets la 4 de couve, histoire de vous montrer qu'il y a plein de gens bien dedans.



Et du coup, histoire de vous allécher, je vous mets les premières lignes de mon texte :
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Une douce fraîcheur retombait sur la petite cour. C'était ce moment béni entre tous où la touffeur de la journée fait place à une brise légère, à ce dernier souffle du jour que les Hébreux, dans la Genèse, semblaient associer à la Présence divine dans le jardin originel. C'était l'heure où l'homme dépose le fardeau de ses travaux et peut s'accorder un moment pour réveiller son âme, en secouer la poussière avant d'aller s'installer autour du grand plat, avec les autres, pour remplir son ventre.
Hakem ibn Wathik al Musafir écoutait le doux bruissement des jets d'eau, les yeux mi-clos. Le vieil homme s'émerveillait du luxe que pouvaient représenter de telles fontaines au cœur du désert. Il ignorait quelle force les alimentait, et à quelle source secrète et souterraine elles allaient puiser. Arrivé la veille, il n'avait pas encore posé la question.

mercredi 22 août 2018

Bradbury Day (sur l'air de Oh happy day)

Aujourd'hui c'est le Bradbury Day, et en hommage au vieux Ray qui aurait eu 98 ans aujourd'hui, plein d'auteurs diffusent gratuitement une nouvelle. Voilà la mienne. C'est une vieillerie, qui a un peu plus d'une vingtaine d'années et est grevée de grosses scories de style, et des éléments qui datent le texte. Idéalement, ce serait à retravailler en profondeur, mais ça représenterait un énorme boulot (vu que ce texte est le premier d'une série qui en compte une demi-douzaine) (mais qui demeure inachevée à ce jour). Peut-être que je vous passerai le suivants à l'occasion, si ça vous plait.

L'illus est de Jim Lainé
je l'avais colorisée à l'époque, sous 'Toshop 2,5 ou 3, je ne sais plus



Quelque part au bout de la nuit

Le Bateleur se mit à rire, de ce rire moqueur mais désabusé qui était sa marque personnelle. Il porta le verre de bière à ses lèvres, en aspira une gorgée, puis le reposa sur un carré de carton à l’effigie d’un quelconque footballeur brésilien.

- Qu’est-ce que ça a de drôle ? Vous ne me croyez pas, c’est ça ? Vous vous moquez de moi comme les autres !

Haussant les épaules, le Bateleur essuya une goutte de mousse au coin de ses lèvres, puis il passa la main dans ses longs cheveux bouclés pour les remettre en ordre.

- Non, très cher. Pas comme les autres. Je me moque de vous, c’est vrai, mais précisément parce que je vous crois. Je me moque de vous parce que vous êtes tombé dans le plus vieux des pièges.

Le jeune homme regarda son interlocuteur sans comprendre.

- Que voulez-vous dire ?

- Juste ce que j’ai dit. Vous avez été manipulé. Vous avez vu et cru ce qu’on vous a montré. Rentrez chez vous et laissez-moi faire.

Le jeune homme fit mine de se retourner mais le Bateleur l’arrêta d’un geste.

- Ah, d’abord vous payez les bières. Ensuite vous rentrez chez vous. Je prendrai contact en temps utile.

Une fois qu’il fut parti, le Bateleur finit sa bière à petites gorgées et sortit à son tour. Il se sentait d’étrangement bonne humeur et décida de passer par Beaubourg avant d’aller jeter un coup d’œil à ce qui préoccupait tant le jeune homme.

Depuis le début des travaux, une grande partie des artistes de rue avait émigré vers la fontaine des innocents, ce qui avait donné lieu à d’âpres luttes pour la conquête du territoire. Le Bateleur avait refusé de s’en mêler. Il avait ses habitudes au pied de l’horloge de l’an 2000, à présent démontée. Il avait trouvé amusant de se livrer au métier médiéval de jongleur devant ce symbole de la foi progressiste.

Il lança les quilles les unes après les autres, les faisant tournoyer dans l’air au-dessus de lui. Deux ou trois badauds s’assemblèrent, des étrangers sans doute. Il décida de les épater un peu. Les quilles se mirent à briller au fur et à mesure qu’il murmurait d’anciennes paroles. Un japonais prit une photo. Il sera déçu, pensa le Bateleur. L’extrémité des quilles prit feu, et le japonais mitrailla de plus belle. Gâchis de pellicule, vraiment. Il est plus facile de faire croire des choses à une foule qu’à un objectif.

À l’issue du numéro, les pièces se mirent à pleuvoir dans la soucoupe d’étain. Les touristes se dispersèrent et bientôt il ne resta plus qu’un grand type dont le costume était à peu près le même que celui du Bateleur : pantalon de cuir, Doc Maertens et t-shirt, avec par-dessus un blouson de cuir râpé de la même couleur noire un peu passée que le reste.

- Il faudra un jour que tu m’expliques comment tu fais ça, et pourquoi tu ne le fais pas à chaque fois. Tu serais le jongleur le plus riche sur la place, si seulement tu étais plus constant…

- Un bon magicien n’explique jamais comment il réalise un tour, Kevin. Et devenir le plus riche des jongleurs ne m’intéresse pas.

L’autre haussa les épaules.

- Tu viens boire un verre ?

- Non. J’ai à faire ce soir. Je n’ai jonglé que pour me mettre en forme, me détendre un peu avant le vrai travail.

- À ta guise, répondit Kevin en haussant les épaules.

Remballant ses quilles, le Bateleur adressa aux passants un sourire entendu, puis il leur tourna le dos. Il laissa le centre culturel et ses tuyauteries derrière lui pour s’enfoncer dans le Marais. Les rares réverbères s’allumèrent d’un coup, tentant sans succès de remplacer la lumière d’un jour finissant.

Le porche n’avait l’air de rien, un recoin à deux pas d’une librairie anarchiste, un renfoncement obscur et anonyme donnant sans doute sur une courette intérieure. Le Bateleur entra. Un grand type à l’accent yougoslave l’arrêta d’un geste.

- Soirée privée, mec. Dégage de là.

Le Bateleur plongea ses regards dans l’œil droit du videur et commença à faire le ménage dans son esprit. Il ressentit comme une secousse quand l’autre céda. L’épais gardien se tint raide, vaguement absent. Le Bateleur lui passa la main devant les yeux et, n’obtenant aucune réaction, s’estima satisfait. Il pénétra plus avant dans le couloir obscur.

Un escalier voûté, puis les caves de l’immeuble. L’éclairage tamisé rendait la scène un peu indistincte, mais les nombreux reflets indiquaient sans ambiguïté l’omniprésence du cuir : cuir des sofas, cuir des vêtements, cuir des masques et des cravaches, le tout noyé dans une épaisse fumée.

- Qui voilà ! Jadran t’a laissé passer ?

- Je l’ai eu au charme.

Le patron de l’établissement esquissa un sourire et rajusta une lanière sur son épaule.

- Bien entendu. Ton charme est légendaire. Tu cherches quelque chose de particulier ?

- Une femme.

- Cuir, chaînes, ou les deux ? Une dominatrice, peut-être, ça te changera.

Sans relever le sarcasme, le Bateleur posa son sac dans un coin puis s’assit sur un canapé, à côté d’un ex-ministre trop occupé pour remarquer son intrusion.

- Pas une habituée. Elle n’a dû venir que trois ou quatre fois, et récemment. Charismatique, mais pas forcément jolie.

- Ton genre, quoi. Tu as enfin trouvé l’âme sœur ?

- T’occupe. Elle était là il y a deux nuits. Tu l’as vue, oui ou non ?

- Oui.

Le Bateleur se cala plus profondément dans le fauteuil.

- Quoi d’autre ?

- Qu’as-tu à m’offrir ?

- Que veux-tu ?

Le patron se pencha en avant et sa voix se fit murmure.

- Le nouveau préfet de police… Il était aux mœurs, avant. Et il ne me veut pas de bien. Comment s’en débarrasser ?

Pas de réponse. Le Bateleur regardait dans le vide, visiblement soucieux.

- Je sais que tu ne fais pas ce genre de choses, mec, continua le patron. Mais je sais aussi que tu connais des gens qui les font, et les font bien.

Toujours pas de réponse. Puis le Bateleur tira un paquet de cigarettes de sa poche, en arracha une languette de carton, puis y inscrivit un nom et une adresse.

- Voilà. Maintenant je veux mes réponses.

Le patron lut les deux lignes de texte, plia le carton et le glissa dans sa botte cloutée.

- Elle n’est venue que deux fois, commença-t-il, et à la deuxième elle était accompagnée par un type blond…

- Pas bien grand, l’air un peu perdu. Mais genre fils de bonne famille.

- C’est exactement ça, mec. Si tu connais les réponses, je ne vois pas pourquoi tu poses les questions. En tout cas, il avait le genre un poil drogué, mais qui n’a pas encore l’habitude. Jamais vu ce gars avant.

- Mais elle, d’où elle venait ?

- Elle avait une recommandation du Baron. Alors je n’ai pas osé me rancarder davantage. Mais son gigolo l’a appelé Beth… Je crois que c’était ça : Beth.

Le Bateleur se leva et reprit son sac ; il n’avait pas besoin de rester plus longtemps, ayant eu toutes les informations et toutes les confirmations que pouvait lui donner le patron de l’établissement. À côté de lui, l’ancien ministre se mit à gémir doucement. À grands pas, suivi par le patron, le jongleur se dirigea vers la sortie.

- Quand tu iras voir Christine, tu lui diras que tu viens de ma part. Elle saura ne pas te faire payer trop cher ses services.

- J’ai de l’argent, vieux. Je sais ce que ça coûte de se débarrasser d’un mec, surtout d’un officiel.

- Ce n’est pas de l’argent qu’elle te réclamera. Et en un sens, j’imagine que ça te plaira. Mais ça te coûtera cher de toute façon.

Puis il sortit. Dans le couloir, le videur était à genoux et vomissait abondamment.

- Salut Jadran, et bonne descente.

La rue était presque déserte, hormis deux pakistanais au noir qui déchargeaient un camion devant une boutique de confection. Le Bateleur les ignora, perdu dans ses pensées.

Le Baron n’était pas en ville, ce qui était plutôt une chance. Le Bateleur aurait le temps de couvrir ses traces avant qu’il ne revienne. Pour bien faire, il aurait fallu attendre qu’il fasse jour pour visiter l’appartement du vieil homme mais le Bateleur n’était pas sûr de pouvoir patienter jusqu’au lendemain. C’était le genre d’affaire à régler le plus vite possible, avant que la proie ne s’aperçoive qu’elle est traquée.

Vingt minutes plus tard, le Bateleur était au pied de l’immeuble du Baron, dans une petite rue donnant sur l’avenue de la Grande Armée. La porte à code ne lui résista pas longtemps et il monta quatre à quatre les grandes marches de marbre jusqu’au deuxième étage. Il n’avait pas allumé la lumière pour ne pas alerter le voisinage, et de toute façon l’obscurité ne le gênait pas outre mesure.

Il frappa à la porte, deux coups secs, et attendit une réponse qui ne vint pas. Sortant alors de son sac deux fines tiges d’acier, il entreprit de besogner la serrure, qui céda après un quart d’heure d’efforts. Où qu’il soit pour le moment, le Baron saurait qu’on était en train de pénétrer son saint des saints, mais le Bateleur n’en avait cure.

Sur la pointe des pieds, il entra dans le vestibule, évitant le regard sévère des ancêtres accrochés au mur. Il y avait quatre toiles, représentant chacune un homme entre deux âges, richement vêtu. La plus ancienne avait été peinte en Hollande, quatre siècles plus tôt. À elle seule, elle valait autant que l’appartement tout entier.

C’est dans un petit secrétaire empire qu’il trouva ce qu’il cherchait : le carnet d’adresses du Baron. Un coup d’œil à une des pendulettes lui démontra qu’il avait largement le temps d’en recopier l’essentiel. Il y avait là les coordonnées personnelles de quelques politiciens éminents, celles de deux actrices et les adresses de quelques pointures de l’occulte : un sataniste, deux sorcières dont la réputation avait franchi les frontières, le leader d’une petite secte thaumaturgique qui se réclamait de la Golden Dawn… Et dans le tas, le numéro de téléphone d’une Erzebeth.

- Banco. À nous deux, Beth…

Il n’avait plus de raison de s’attarder. Reprenant son sac, il laissa les lieux en l’état, ne prenant qu’un stylet d’acier, objet ancien aux armes d’une grande famille de la Russie Impériale. Le Baron le retrouverait bien un jour et suivrait une fausse piste qui le mènerait tout droit à un kabbaliste de Prague, ce qui aurait pour effet direct de blanchir le Bateleur. Un bon moyen de ne pas attirer l’attention sur soi. Et de la détourner à mesure…

Il ne lui fallut que quelques instants pour se perdre dans la foule qui se pressait aux sorties des cinémas, sur les Champs. Descendant l’avenue, il se retrouva bientôt sur les bords de la Seine qu’il remonta jusqu’à la passerelle des Arts. Les projecteurs des bateaux-mouches illuminaient le fleuve, donnant à l’eau un aspect féerique, lumineux et propre, difficilement compatible avec la grisaille affichée de jour. Le Bateleur traversa, s’enfonça dans le dédale des ruelles du sixième arrondissement, puis arriva devant l’école de médecine.

Le studio n’était pas très reluisant. L’unique fenêtre donnait sur une des galeries latérales de l’Odéon, les murs étaient couverts d’affiches révolutionnaires déchirées, dont un Che garanti d’époque. Mais il y avait un coin de la pièce qui tranchait avec le reste : trois ordinateurs récents, dont un que le grand public ne verrait jamais, un fouillis de câbles et de périphériques bourdonnant en cadence, et au milieu de tout ça un improbable personnage, moitié étudiant attardé, moitié savant fou à la conquête du monde.

- Monsieur Wire, tu aurais deux minutes pour me trouver à qui appartient ce numéro de téléphone ?

- Il y a des annuaires inversés, pour ça.

- C’est probablement une liste rouge.

Le maître des lieux haussa le sourcil et prit un air intéressé.

- Un officiel ?

- Ce numéro-là, non. Mais l’affaire devrait permettre de faire tomber le préfet de police.

- Pas mal. Donne-moi ce numéro.

Tout en tapant quelques codes sur un des claviers, l’informaticien continua la conversation comme si de rien n’était.

- Mais au fait, bonhomme, je croyais que tu restais en dehors des affaires politiques… Tu viens de rallier la cause ?

- C’est juste… un effet secondaire d’un travail que je suis en train d’accomplir.

- Je comprends mieux. Dis donc, tu frappes fort… C’est un numéro réservé.

- Et c’est quoi, ça ?

- Numéro sans abonné, mais pas libre non plus… C’est encore mieux que la liste rouge : il n’existe pas.

Le Bateleur se pencha vers l’écran. L’histoire commençait à l’inquiéter.

- C’est bidon ? Le numéro est faux ?

- Non. Réservé. Ça veut dire qu’on les garde pour des services spéciaux, des concubines de présidents, des transfuges à haut risque… C’est un peu plus compliqué à obtenir. Reviens dans une heure.

Une heure à tuer, une heure de perdue. La nuit ne serait probablement pas éternelle, et il fallait conclure vite. Le Bateleur jeta un coup d’œil à un horodateur. Une heure et demie du matin. Il valait peut-être mieux mettre l’intermède à profit pour retourner voir le jeune homme et lui demander des précisions.

Il ne lui fallut pas longtemps pour arriver au Panthéon. Il pénétra dans un des immeubles cossus de la place et monta jusqu’à l’appartement où vivait son client. Il frappa par acquit de conscience, mais soit le jeune homme dormait, soit il n’était pas là. Le Bateleur força la serrure, bien plus facile à domestiquer que celle du Baron.

Personne dans l’appartement. Luxueux, mais un poil trop tape à l’œil. Le Bateleur sourit en constatant qu’une sérigraphie de Klee avait été posée à l’envers. Il y avait une reproduction d’un Bacon, aussi, un genre de crucifixion sanguinolente. Curieusement, le Bateleur se dit que ça faisait sens. Il passa en revue les quelques pièces. Le lit était défait, impossible de savoir depuis quand. Inutile de s’attarder. Le Bateleur sortit, ferma la porte et retourna chez Monsieur Wire.

L’informaticien était occupé à sortir un listing d’adresses secrètes du ministère de la Défense.

- J’ai ce que tu m’as demandé. Tu ne me dois rien, à propos. J’en ai profité pour récupérer quelques trucs utiles.

- Je n’en doute pas, Wire. Où vit-elle ?

- Elle ? C’est une fille ? Marrant, l’adresse correspond à une société d’export… Une nana, dis-tu… Dis-moi, le jongleur, tu ne serais pas en train de t’encanailler ?

- Encanaille-toi toi-même, Wire. Tu en a plus besoin que moi. Ça fait combien de temps que tu n’es pas sorti de ton antre ?

- Depuis hier matin, pour aller chercher des surgelés.

- Soit c’est une coïncidence, soit tu es en progrès. Allez, merci.

De retour dans la rue, le Bateleur regarda l’adresse. Un appartement en bas de la rue Saint Martin. À trente mètres à peine de l’endroit où il jonglait d’habitude. La coïncidence lui arracha un sourire : il était passé devant en début de soirée, avant même de commencer ses recherches.

L’entrée de l’immeuble n’était pas fermée. Il s’arrêta devant les boîtes aux lettres, mais ne trouva aucune indication de nom pouvant correspondre à Beth ou à une société d’export. Il ressortit. Vu de la rue, il n’y avait aucune fenêtre éclairée. Vu de la cour, juste une lueur mouvante, perçant entre deux rideaux au troisième. Le Bateleur hésita un instant : si près de son territoire, il ne voulait pas courir le risque de se tromper.

Il grimpa l’escalier à pas de loup et s’arrêta devant la porte. Collant son œil au judas, il n’arriva à percevoir qu’un point de lumière jaunâtre, de l’autre côté. En désespoir de cause, il se pencha pour écouter à la serrure.

La vie des animaux, la bande son assourdie d’un documentaire sur les mœurs d’une antilope du Kenya. Pas le genre de bruits auxquels il s’attendait. Le Bateleur s’écarta de la porte et s’accouda à la rampe de bois usé pour chercher une autre approche.

Il redescendit étudier les boîtes aux lettres. À la lueur de son briquet, il en repéra deux qui ne portaient pas d’étiquette. Une d’elles correspondait à une chambre de bonne sous les combles et l’autre à l’appartement du quatrième gauche. Pas de courrier ni dans l’une ni dans l’autre, pas plus que de prospectus. La chambre de bonne ne cadrait pas. L’appartement, par contre…

La porte ne payait pas de mine, avait besoin d’une couche de peinture et n’était pas fermée. Il entra en silence. Personne dans le salon, ni dans la cuisine. Un gémissement étouffé se fit entendre, venant de la chambre à coucher. Le Bateleur entrouvrit la porte. Elle était là, léchant -non- buvant l’intérieur de la cuisse du jeune homme. Lui geignait doucement, en cadence avec les bruits de succion de la femme, le regard vide. Le Bateleur posa son sac, en sortit une baïonnette et s’approcha de celle qui ne pouvait être que Beth.

Elle l’entendit, mais trop tard : il l’attrapa par les cheveux, la tira en arrière et lui trancha la gorge. Le jeune homme sortit de sa torpeur et se mit à hurler. Le Bateleur finit de couper la tête de la femme et la posa par terre, devant le lit. Puis il lui planta la baïonnette dans le cœur. Le jeune homme eut un haut-le-coeur, se rua vers la salle de bain mais vomit avant de l’atteindre et il finit par s’écrouler, perdant abondamment son sang par sa blessure de la cuisse. Artère fémorale tranchée : la blessure qui tue les matadors dans l’arène, pensa le Bateleur. Portant le corps de la femme, il enjamba le jeune homme et entra dans la salle de bains. Un lavabo luxueux, pas mal de produits de beauté, mais pas de miroir.

Le Bateleur posa le corps dans la baignoire et l’aspergea de tout ce qu’il put trouver de combustible : eau de Cologne, lotion capillaire, parfum, essence à briquet, puis il y mit le feu. Pendant que Beth brûlait, il partit chercher un sac en plastique dans la cuisine et emballa soigneusement la tête. Puis il s’occupa du jeune homme, pansa sa plaie, l’habilla et le réveilla en le giflant.

- C’est fini. Elle est morte.

Le jeune homme eut un nouveau haut-le-coeur, mais il n’avait rien à vomir et il tomba à genoux en se contorsionnant.

- Je sais, c’est comme un éternuement qui refuse de partir, lui glissa le Bateleur. Je vais vous apporter un verre d’eau, ça vous fera du bien. Après, il faudra nous en aller.

D’une main tremblante, le jeune homme accepta le verre d’eau et il se mit à boire à petites gorgées. Le Bateleur attendit patiemment qu’il ait fini puis il essuya soigneusement le verre et retourna le porter dans la cuisine. Ensuite, il alla récupérer sa baïonnette dans les restes fumants qui jonchaient le fond de la baignoire. Le feu avait parfaitement nettoyé la lame.

Dix minutes plus tard, les deux hommes traversaient la Seine. Au milieu du pont, le Bateleur tendit au jeune homme le sac en plastique contenant la tête.

- Tenez. C’est à vous qu’il revient de finir ce qui a été commencé.

Le jeune homme hésita, se décida enfin à prendre le sac et le jeta dans le fleuve. Les remous s’effacèrent au moment où l’aube commençait à poindre. Le jeune homme regardait l’eau sans mot dire, tête basse.

Le Bateleur le laissa là et repartit vers Beaubourg. Les quilles s’agitaient dans son sac, semblant réclamer une heure ou deux de jonglerie.

mardi 21 août 2018

Rule Britannia

J'en parlais hier, mais tenez, c'est l'occasion de vous montrer à quoi ressemblera mon Uther :
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Uther était jeune enfant encore, lorsque la nouvelle du sac de Rome par les Goths parvint en Bretagne. Pour certains, et même pour la plupart de ses compatriotes, la Ville n’était qu’un maître lointain, surtout pourvoyeur d’impôts et de corvées. Pour d’autres par contre, Rome représentait la présence vivante d’une grandeur touchant au cosmique, une source jaillissante de civilisation qui soudain s’était tarie.

Dans les vertes campagnes de l’île, bien entendu, cela ne changea rien de prime abord à la vie quotidienne, ou si peu. Certes, les quelques légions s’en étaient allées sur le continent défendre ce qu’il restait de la cité impériale, mais l’alternance des saisons ne s’en trouvait pas perturbée pour autant, pas plus que les moissons. Dans les villes, les vieilles familles tentaient de grappiller le pouvoir abandonné par ceux qui gouvernaient jusqu’alors au nom des distants et faibles césars, et elles et se livraient à d' insidieuses luttes d'influence.

Depuis des générations, dans tout l’Empire mais particulièrement sur l’île de Bretagne, les descendants de légionnaires se fondaient dans la population et portaient leur loyauté vers la terre qui les avait vu naître plutôt que vers la ville de leurs ancêtres, dont les ordres mettaient des semaines à leur parvenir et ne se manifestait guère que pour exiger des impôts toujours plus accablants. Ces descendants de colons armés n’étaient plus romains que de nom. D'ailleurs, si leur langage restait nominalement celui de la ville-monde, Cicéron et Virgile n’auraient pas reconnu leur parler abâtardi. Et puis ces terres bretonnes s’étendant aux marches de l’Empire n’intéressaient plus guère leurs maîtres lointains. Elles constituaient un avant-poste sans importance, au contact de régions barbares et mal connues de l’occupant, avec lesquelles l’on commerçait vaguement. Nul ne s’était soucié de soumettre leurs habitants, les Gaels, les Scots d’Iwerddon - cette île que les Romains appelaient Hibernie et ses habitants Eirinn. Pas plus qu’au Nord de la Bretagne, l’on avait tenté de mettre au pas les Pictes de Calédonie. Tous ces peuples avaient depuis longtemps été jugés trop sauvages et arriérés pour apporter à l’Empire quoi que ce fut qui vaille de se lancer dans une campagne coûteuse pour les intégrer à la Pax Romana. Quelques murs et camps avancés avaient suffi pendant plusieurs siècles à tenir en respect leurs guerriers peinturlurés et à demi nus.

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Voilà voilà…

lundi 20 août 2018

Tentacules et épées magiques

L'article du jour commence par un petit erratum : dans mon album sur HP Lovecraft, page 70, HPL débarque chez une Madame Miniter, habitant à la campagne. Je savais qu'ils étaient correspondants, mais j'ai commis une erreur : au moment où à lieu cette scène, ils se sont déjà rencontrés au moins deux fois, alors que je l'écris comme s'ils ne s'étaient jamais vus en vrai.

(Je viens de m'apercevoir de ma bévue en lisant un chapitre de I am Providence, la biographie d'HPL par Joshi, à la traduction de laquelle je participe sous la direction de Christophe Thill pour le compte des éditions Actu SF) (j'ai bossé à partir de bouquins de Joshi, notamment son encyclopédie Lovecraft, mais pas de la bio elle-même)

Sinon, et je vous parlais de ce bouquin ici même, une de mes lectures de vacances, ça a été Uter Pandragon, de Thomas Spok, aux éditions Les Forces de Vulcain. Je vous en avais causé parce que mon prochain roman est justement sur le même sujet, et que du coup j'avais la trouille. Et en fait, les deux bouquins supporteront très bien une lecture croisée, je pense. En partant pour partie des mêmes sources (pour partie seulement, parce que le romancier a sur l'historien le privilège exorbitant de pouvoir sélectionner arbitrairement ses sources), et avec un même goût du mot ancien et oublié, on peut obtenir des résultats très différents. Son Uter est plus légendaire que mon Uther, son Pandragon n'est certainement pas mon Pendraig, son Vortigern est très différent de mon Gordiern (j'utilise une forme celtique de son nom, d'ailleurs, pour éviter la forme saxonne), je ne nomme pas Hengist (il est pourtant là) et je n'utilise pas Merlin : le personnage historique lui ayant servi de base étant postérieur à l'époque où est censé avoir vécu Uther.
Ce qui m'amène au cœur de nos différences de démarche : je tente de reconstituer historiquement la Bretagne du Ve siècle et d'inscrire mon Uther dans cette époque troublée, quitte à y injecter quand même de la magie. Spok est beaucoup plus dans la fable, dans une vision toute autre, et soyons clairs, tout aussi légitime dès qu'on parle d'épopée arthurienne.
Du coup, j'ai pu apprécier pleinement ce bouquin, sans que la comparaison au mien s'impose à moi pendant la lecture. Ce n'est pas le même propos, pas le même arc narratif du tout, et c'est une démonstration du fait que des icônes de ce genre supportent des lectures très différentes.
Et j'en profite pour le recommander au passage (ça vous dispensera pas de lire le mien quand il sortira, je vous vois venir, tas de galapiats !). Y a de superbes fulgurances, une scène d'ouverture très chouette, une relecture tout à fait étonnante du personnage (tout comme moi, Spok se refuse à réduire Uther Pendragon à la brute épaisse que nous présentent les légendes) et une écriture que j'aime beaucoup. Le rythme, par contre, pourra désarçonner un peu, ainsi que quelques twists manquant légèrement de clarté. Rien de grave (et c'est d'autant plus pardonnable que c'est un premier roman) ni de rédhibitoire. Franchement, allez y, ça dépoussière bien le mythe.

(Mon autre lecture de vacances, c'était le Berrouka, Celle qui n'a pas peur de Cthulhu, et c'est absolument super, ça aussi ça dépoussière bien le mythe, mais à la Berrouka, donc de façon bien plus trollesque)

mercredi 15 août 2018

El ritorno del Niko

Bon, reviendu de vacances. Ce qui m'a permis de souffler un peu, de me poser à droite à gauche pour griffonner sur des carnets de croquis, d'avancer la relecture de mon prochain roman, de boucler une novella promise pour une revue (ça reprend, affine et termine le bout de roman feuilleton que j'avais posté ici même), gratter un projet collectif de comics. Bref, j'ai rien foutu ou presque.

Faut dire que j'étais secoué : un problème de tuyauterie a provoqué une inondation dans mon bureau bibliothèque deux jours avant mon départ. Plein de bouquins ont pris la flotte, et j'ai réussi à en sauver l'essentiel, mais ça m'a usé et déprimé. Là ça va mieux, mais dans la pièce flotte encore une méchante odeur de cave.

Bref, la reprise va être compliquée.

mardi 31 juillet 2018

Sous quels soleils exactement ?

Ce soir, c'était la conjonction avec Mars. De notre vivant, le moment où nous serons au plus proche de la planète rouge. Bon, ça fait quand même un bon paquet de millions de kilomètres, donc on ne la voit que comme une assez grosse étoile, mais ça valait le coup d'aller y regarder (bon, on restera très proches encore quelques jours, hein, vous pouvez essayer demain, il fera beau).

Du coup, j'ai pris mes jumelles et je suis allé dans un coin de mon patelin d'où on a une belle vue, et d'où l'on tourne le dos à la majeure partie de la pollution lumineuse. Et j'ai pris bien soin d'étudier une carte du ciel avant de partir.

Résultat des courses, ce sont quatre planètes que j'ai pu observer ce soir. D'Est en Ouest, Mars, Saturne, Jupiter et Vénus. C'est d'ailleurs la première fois que j'ai réussi à repérer Saturne à coup sur dans le ciel, j'étais content. Et j'ai peut-être vu (mais peut-être était-ce en fait un artefact dû à mon matériel pas forcément très puissant) un satellite de Jupiter.

Du coup je suis content. Je suis pas hyper fortiche pour nommer les étoiles, d'autant que les constellations sont pas mal bouffées par la pollution lumineuse, par chez moi, mais ce soir, j'ai repéré Arcturus sans coup férir et je commence à me débrouiller en planètes.

samedi 28 juillet 2018

Trop peur de la torpeur

Et voilà que l'on s'enfonce doucement dans l'été. Enfin, doucement… souvent les températures sont tout sauf douces. Mon bureau est devenu une étuve à faire suer un Finlandais.

Mais quand je sors dehors, c'est pire. Et je suis souvent déçu. Le moment où j'aurais voulu du beau temps, genre hier soir, pour monter l'éclipse à mes mômes, on a eu les seuls nuages de la semaine. Bien joué.

Je sors acheter des bières à la supérette, le type devant moi est un parfait sosie de Charles Bukowski, coupe de cheveux et joues grêlées incluses.

Et puis y a les moments où, pris d'un coup de folie ou victime d'obligations diverses, je dois m'infliger un voyage en train. Et donc être exposé à l'affichage en gare. Non, je ne veux pas parler des horaires incohérents, mais, une fois encore, de la publicité. Là, à l'arrêt en gare, j'ai vu une affiche dehors qui m'a estomaqué. Elle vantait fièrement un sirop contenant "85% de fruits". Or, il se trouve que dans une autre vie (quand on était jeunes, Jeff, tout ça tout ça), j'en ai fabriqué, des sirops. Et vous savez quoi ? Votre sirop de base, il contient à une vache près 66% de sucre, 33% d'eau et le reste en principe actif ou arôme, selon que c'est un sirop récréatif pour faire les cocktails ou un truc antitoux. Bien sûr, ça s'ajuste selon les cas, tout ça, mais la proportion de base est bien celle-ci, 2/3 - 1/3 et matériellement, les arômes, additifs et autres ne peuvent donc dépasser 10 à 15 % du total. 85% d'un sirop, c'est donc le sucre et la flotte, c'est ça le principe d'un sirop. Et c'est pourtant ce taux qui s'affichait en gros et en couleurs sur l'affiche, et hélas j'étais trop loin pour déchiffrer les petits caractères, en bas de l'affiche, qui m'auraient peut-être éclairé sur l'astuce trouvée par le fabriquant pour justifier ce chiffre fantaisiste. Et reste la question de la forme que prennent ces fruits. En général, c'est un concentré.

Une gare plus loin (voilà ce qui arrive, quand j'oublie de glisser un bouquin dans ma poche), mon attention est attirée par une autre publicité, se vantant cette fois d'avoir supprimé les additifs de ses jus de fruits. Là encore, ça vaudrait le coup de regarder les étiquettes, mais gageons que tout repose sur une définition bien restrictive du terme "additif". Car jamais on ne met industriellement un jus de fruit dans une bouteille sans s'assurer de sa conservation, et d'une couleur cohérente (et soutenue, pour un jus d'orange) d'un lot à l'autre. Donc, on est forcé d'y ajouter au moins un antioxydant et un peu de couleur. Parfois, c'est assez naturel, avec de la vitamine C pour le premier et du beta-carotène (provitamine A) dans le second, mais de toute façon, on ajoute toujours quelque chose. Et tout ce qu'on ajoute est, par définition, un additif (quelque chose qu'on additionne, comme son nom l'indique).

Bref, faut plus que je sorte de chez moi, en fait. Tout m'énerve, dehors.

vendredi 20 juillet 2018

Bishop takes queen

On pourrait croire (j'aurais pu le croire moi-même) qu'après avoir bouclé Howard P. Lovecraft, Celui qui écrivait dans les ténèbres (toujours en vente en librairie, dispo le 2 septembre en version anglaise aux USA), je n'en pourrais plus de l'œuvre tentaculaire d'HPL. Mais les circonstances veulent que je continue d'en bouffer, vu que je participe à la traduction du Je suis Providence de S.T. Joshi. Et puis, en rangeant la doc et l'étagère Cthulhu, je me suis avisé que je n'avais jamais fini le recueil L'horreur dans le cimetière, qui reprend une partie des collaborations d'HPL avec d'autres écrivains. Je m'étais arrêté juste après "La chevelure de Méduse", co-écrit avec l'autrice Zealia Bishop. J'ai donc attaqué celui des trois Bishop que je n'avais pas lu, "Le tertre", qui a bonne réputation auprès des amateurs. Et dans la foulée, j'ai relu les deux autres, "Méduse", bien sûr, mais aussi "La malédiction de Yig". La traduction de chez Pocket n'est pas extraordinaire, mais hormis sur des points de détails, passe pas mal.

"Méduse" est assez rigolo, très classique, et joue astucieusement sur le fait que le titre spoile déjà une partie de l'histoire. Par ailleurs, c'est une démonstration spectaculaire, s'il en était besoin, du racisme de Lovecraft qu'il tartine ici à grands traits.

De leur côté, "Yig" et "Le tertre", chose rare chez HPL (mais on peut y voir l'univers de l'autrice qu'il assiste), forment un diptyque, partageant un contexte (les territoires de l'Oklahoma) et même un personnage secondaire (la vieille mémé Compton). Le fond, ce sont de vieux mythes indiens complètement inventés par Lovecraft, même s'il les raccroche en cours de route à Quetzalcoatl et qu'ils pourraient évoquer aussi les hommes reptiles qu'affronte Kull, chez Robert E. Howard (même si les deux Howard ne commencent à correspondre que deux ans après la rédaction de "Yig"). Mais ce contexte change de façon sympa de la Nouvelle-Angleterre.

Le résultat n'est pas du très grand Lovecraft, mais reste très lisible (le twist de "Yig" est très bien, et il y a quelques fulgurances dedans), et au passage s'inscrit complètement dans le "mythe de Cthulhu", vu que la créature y est citée à plusieurs reprises sous la graphie "Ctulu". C'est intéressant, parce que Cthulhu n'est pas la cheville ouvrière de ce mythe, à la base, ce rôle revenant plutôt à Yog-Sothoth, mais HPL le réinjecte dans des textes qui ne sont pas publiés sous sa signature (il n'en est officiellement que le "réviseur") confortant son univers dans l'esprit des lecteurs avec cette astuce canulardesque.

Bref, j'ai complété ma culture dans ce domaine, et j'ai passé un bon moment, si vous avez l'occasion, je recommande.




Et sinon, j'ai profité de quelques TPBs récupérés à vil prix pour me relire tout le run de Carey sur Hellblazer, que je n'avais pas en entier jusqu'alors. Gros plaisir, avec Constantine qui s'en prend plein la tête (normal) et ses proches qui prennent encore plus cher que lui (habituel dans cette série). Plein de belles idées et de trucs bien malsains. Je vais peut-être me relire les Azzarello dans la foulée, tiens (oui, du coup c'est pas dans l'ordre, je sais).

mercredi 18 juillet 2018

Phase Deux

Bon, ayé, ça me pendait au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès rouillée attachée à l'éthique d'un député LREM, et fatalement ça m'est tombé dessus : mon éditeur (loué soit son nom, tout ça tout ça) m'a renvoyé une version relue de mon prochain bouquin. Alors j'avais déjà eu des versions relues, mais par des ami.e.s qui m'avaient déjà déblayé plein de trucs, et aux remarques desquel.le.s je pouvais opposer parfois toute la morgue et la certitude de l'auteur avec un grand H (oui, ceux qui m'ont déjà vu en vrai et debout peuvent goûter cette blague nulle et éculée), mais là, non. Ce sont les mecs qui décideront ou pas d'envoyer le machin se faire coucher sur papier à grands coups de rotatives offset. L'affaire est donc sérieuse.

Et oh putain y a cinquante correctifs par page (ce qui fait un paquet de correctifs au total). Dieu sait que le bouquin a pourtant été pas mal retravaillé depuis son tout premier jet, mais ça surtout permis de débusquer les problèmes évidents : les gros pains de structure dus à des chapitres que j'avais décidé de déplacer, les grosses répétitions, les horreurs stylistiques. Maintenant, il reste encore des gros machins, mais aussi plein de trucs plus subtils.

Alors, à l'usage, j'ai appris à ne pas traiter tout de la même façon. Il y a des propositions de l'éditeur qui relèvent du détail et du bon, sens, concernant la ponctuation, notamment. C'est ce que j'appelle, dans mon jargon fleuri, le "branlage de virgule". Ça, c'est rapide. On valide à peu près toutes les propositions, telles quelles. Plus les coquilles de base, lettres oubliées ou rajoutées, ou confusionnées. Des broutilles.

Une fois ça traité, la masse des corrections a réduit de la moitié, voire des deux tiers. Je suis abonné aux phrases trop longues, trop alambiquées, etc, et cette phase est essentielle pour fluidifier le texte. C'est après que les choses sérieuses commencent. Parce que parfois, l'éditeur pose des questions. Ou se pose des questions. Et là, il peut y avoir plusieurs cas de figure, et ça prend du temps à déterminer auquel on a affaire, et comment y remédier.

Parfois, on tente un effet subtil et astucieux, et l'éditeur passe complètement à côté. Et là, c'est chaud. Est-ce que l'éditeur était mal luné et n'a pas vu, est-ce que l'auteur s'est cru plus malin qu'il n'était et n'a pas maîtrisé son truc, est-ce qu'il y a juste besoin d'une goutte d'huile dans les rouages pour que ça marche ? Est-ce que l'éditeur est une buse de ne pas avoir pigé ? Figurez-vous que ce dernier cas est sans doute le plus rare. C'est quand même son taf, à l'éditeur, et si lui, qui est censé s'y connaitre, passe à côté du machin, alors le lecteur de base, qui me lira peut-être dans le bus ou aux chiottes ou au lit après une journée harassante, passera à coup sûr à côté. Mais est-ce que c'est l'effet qui est en cause ou sa mise en œuvre ? Ha ! Voilà une question qu'elle est bonne. Et qui peut être une sacrée cause de migraines, croyez-moi.

D'autres fois, il y a des suggestions. Et souvent, figurez-vous qu'elles sont bonnes. Tout le truc est d'arriver à les intégrer sans déclencher des cascades de conséquences dans le récit ou pire, en tenant compte de ces conséquences. Car parfois, le plan "et si machin était un traitre depuis le début", s'il peut relancer le récit avec une efficacité épatante, implique de repartir en arrière et de semer quand même un ou deux indices subtils pour pas que la solution ait l'air tirée d'un chapeau (alors qu'elle l'est) et d'ailler de l'avant pour ne pas laisser de scories de la version précédente dans la suite du récit. Bon, en fait, souvent les suggestions sont bien moins dramatiques, mais j'aime bien gonfler le truc et jouer les victimes.

Après, je connais l'objection contre les remarques et suggestions de l'éditeur, au nom du respect de l'œuvre telle que voulue par l'artiste, etc. Alors oui. Et non. Comme je vous disais, rien n'est simple. Il m'est arrivé de batailler contre des suggestions éditoriales (surtout en BD). Et à juste raisons. D'autres fois, de m'y plier à la volée, parce qu'elles étaient de bon sens et amélioraient le récit. Parfois, de batailler contre des trucs, et de m'apercevoir au moment de la publication, qu'il aurait fallu que je dise oui, parce que les lecteurs n'entravent rien à ma petite astuce narrative subtile que je trouve d'une folle élégance, mais qui à l'arrivée est imbitable. Ça apprend l'humilité, ce genre de conneries. Mais que se passe-t-il, quand on apprend l'humilité ? Ben c'est simple, du coup on se prend la tête sur chaque suggestion.

Et puis pire, il y a mes propres idées qui me viennent à cette phase-là, et qu'il faut que j'intègre avec les mêmes difficultés que les suggestions, en courant le risque que l'éditeur préfère la version précédente.

Je disais pas plus tard ce matin à un pote auteur qui vit l'écriture comme une souffrance que moi, je prends mon pied en écrivant. Pas tout le temps, bien sûr, mais y a souvent des moments de grâce où je m'éclate, quand les mots coulent tous seuls, que les belles idées fusent et se matérialisent en phrases définitives… Je vis pour ces moments d'orgasme mental, c'est une came très puissante.

Mais comme toute came, y a la phase de redescente. Pour les toxicos à l'écriture dans mon genre, c'est cette étape indispensable, mais atroce, où je me demande pourquoi je continue à m'infliger ça. Auteur, c'est un boulot de gros cyclothymique de merde.

jeudi 5 juillet 2018

La valeur des chiffes face aux avaleurs de chiffres, à moins que ce ne soit l'inverse

Je suis content, ma fille a compris d'un coup la notion de "propagande silencieuse". Oh, de nos jours, la propagande est partout. il suffit de voir les dialogues de sourds autour de la directive européenne (finalement rejetée) sur le droit d'auteur. Avec d'ailleurs, dans ce dernier cas, une construction bien faux-cul d'emblée : comme elle entremêlait quelques avancées positives au milieu de grosses saloperies, ses critiques sont accusés (y compris par des vieilles badernes séniles comme Cavada, qui est la démonstration vivante des dégâts qu'induit le report perpétuel de l'âge de la retraite) de faire le jeu des grands groupes que pénaliseraient vaguement ces avancées. Bon, le filtrage automatique de tous les contenus n'est pas encore à l'ordre du jour, mais les réactions outrées au rejet de la loi démontrent bien que nous sommes face à un totalitarisme en voie de constitution.

Mais la propagande plus insidieuse dont je lui ai fait prendre conscience se dissimulait dans un jeu télévisé. J'étais en train de faire la popote, quand ma fille a mis en route la télé. Elle est tombée sur une émission où des gens devaient estimer des objets ancien. La propriétaire de l'objet en retraçait l'histoire, le sens familial, ce qu'il représentait pour sa grand-mère, etc. Mais à l'arrivée, la valeur du truc devait se résumer à une estimation chiffrée, à une somme d'argent.

Vous connaissez tous, j'espère, la petite phrase d'Oscar Wilde sur les gens qui connaissent "le prix de toute chose, sans en connaître la valeur", et bien on est pile là-dedans. Passé au rabot de l'estimation prix et valeur intrinsèque sont réputés être fondamentalement la même chose. Alors que c'est faux. L'estimation n'est que le prix que quelqu'un est prêt à mettre dans la chose mise en vente, et occulte plein d'éléments pas toujours quantifiables qui en font la valeur propre. (c'est d'ailleurs la seule chose qui fait tenir le fantasme de la loi de l'offre et de la demande, cette asymétrie qui permet de nier la valeur réelle de quelque chose, que ce soit un objet, un service, votre travail, votre intégrité même) pour la réduire à ce qu'un tiers est prêt à payer pour.

Un jeu télévisé, par ailleurs, c'est un divertissement. C'est un truc auquel on n'accorde qu'une attention moyenne, bien calé dans son canapé en attendant que la graille ait fini de cuire. On est dans un état de détente, de réceptivité. Vous savez, le fameux "temps de cerveau disponible". Si on n'en questionne pas la philosophie sous-jacente, on est foutu. Et maintenant, c'est bien plus insidieux que dans le Maillon Faible ou dans Koh-Lanta, avec ces "stratégies" médiocres de Lords Littlefinger en carton. Ça passe tout seul, c'est une version plus policée de ce show américain avec ces brocanteurs incultes qui passent leur temps à arnaquer les pauvres types leur apportant des souvenirs de famille. On voit bien que la négo est biaisée dès les départ. Et semaine après semaine, on voit la valeur historique, sentimentale, esthétique, écrasée par un prix calculé au plus juste. Bradée. Ne croyez pas que ça puisse vous former à la négociation : dans le travail, si vous en cherchez, vous êtes dans la position du mec qui amène un meuble de papy, une lettre de vedette vieille de cent cinquante ans, une rareté quelconque, et qui se fait plumer.

Cette idéologie n'est pas nouvelle mais s'est cristallisée de nos jours sous la forme d'un avatar bien crado, à base de comptables à cravate qui trouvent tout trop cher, sauf la répression des gens qui gueulent parce qu'on les malmène : le macronisme. Et toutes ces émissions débiles où tout se résume, à la finale, à une mise en concurrence dans tous les domaines (y compris le mariage et l'hospitalité, vous avez remarqué ? même le partage doit devenir intéressé et concurrentiel) et surtout à un montant en numéraire, ne font que l'inscrire insidieusement dans les consciences, à en faire une nouvelle normalité.




Tiens, ça n'a strictement rien à voir (ça va de soi), mais on trouve sur Youtube l'excellent documentaire Hotel du Parc, des reconstitutions d'interviews de cadres de Vichy (montées à partir de déclarations des personnes en question),  montrant la façon dont la Révolution Nationale avait trouvé des relais dans tout un tas de milieux qui y trouvaient leur compte…

mercredi 4 juillet 2018

Quelques trads avant l'été

Ah, j'ai eu dans ma boite quelques bouquins que j'ai traduits.

La petite gâterie, en ce moment, c'est Jimmy's Bastards, la nouvelle série de Garth Ennis. Si vous avez aimé The Boys, ce truc est pour vous. C'est la version James Bond. Qui pose la question lancinante : à force de baiser puis d'abandonner toutes les femmes qu'il croise, le héros de film d'espionnage n'a-t-il pas créé toute une légion de mômes qui lui en veulent ? C'est trash et drôle, et comme souvent chez Ennis, beaucoup plus fin qu'il n'y paraît au premier abord. C'est chez Snorgleux, éditeur marseillais hyper sympa.

Lazarus, chez Glénat, arrive à son tome 6. Cette excellente série d'anticipation se permet un détour, un petit point sur la guerre commencée quelques pages auparavant, vue non pas par l'héroïne, le Lazare du titre, mais par les gens normaux, les journalistes, bidasses et parents de cet univers glauque qui nous pend au bout du nez si l'on n'y prend pas garde.

Chez Delcourt, deux rééditions de Star Wars, le Classics 8 avec des vieux comics Marvel très sympa, et surtout la compile des bandes quotidiennes signées Russ Manning, dont le dessin élégant est toujours un bonheur à regarder. Et le tome 16 de l'intégrale Spawn. On ne va pas tarder à boucler la boucle avec les épisodes de la Saga Infernale.

Le deuxième The Authority contient des épisodes que j'ai traduits, n'hésitez pas à essayer Bruce Wayne, meurtrier et fugitif qui met notre héros dans une drôle de posture, et si vous aviez raté les Batman de Morrison et les Batman & Robin de Tomasi et Gleason, une intégrale est en cours. Et tout ça c'est chez Urban.

Chez 21g (maison où je suis également auteur), j'ai traduit la bio du Dalaï Lama, en tout cas un bouquin qui retrace sa jeunesse jusqu'à son exil. Sans doute un peu trop hagiographique (et ça glisse pudiquement sur deux trois événements de l'histoire tibétaine qui montrent que la situation est un peu plus complexe qu'annoncé) mais ça permet de resituer un peu tout ça.

Voilà pour les traductions. Et ma nouvelle dans le Novelliste sortira fin août, vu que la revue a un chouille de retard. Et sinon, j'ai deux articles dans le Geek le Mag de ce mois-ci (un sur les rapports entre science et fiction dans la SF, l'autre sur l'Atlantide avec de vrais morceaux de slip de Patrick Duffy dedans) et la Gazette des Etoiles n°12 ne devrait pas tarder à sortir, avec à nouveau d'authentiques articles d'époque réalisés avec mes petits doigts.

samedi 30 juin 2018

The hero we deserve

Il y a bien des lunes, j'avais créé un super-héros frenchie.

Il s'appelait Le Liseron, et c'était mon Spider-man à moi. Intoxiqué par un liseron radioactif, il avait hérité de tous les pouvoirs de cette plante et pouvait donc grimper aux murs  et les gens avaient du mal à s'en débarrasser (et il avait un evil counterpart, le Lierre). Ils savait aussi détecter les substances toxiques avec un liseron-sens d'alerte aux pesticides.

Je le trouvais rigolo, moi, le Liseron.

L'éditeur n'en a pas voulu.

Ces gens ne sont pas complaisants.

mercredi 27 juin 2018

Allan a bonne mine

J'avais dans mes étagères depuis un bail une poignée de Rider Haggard, récupérés pour certains dans un lot de Néo obtenu à vil prix, pour d'autres en bouquinerie pour compléter des séries pour le jour où j'en entreprendrais la lecture. Vous savez comment ça se passe, je n'ai jamais complété ni She, ni Alan Quatermain, mais j'en avais quelques uns, donc, qui prenaient la poussière.

L'an passé, à l'approche de l'été, je m'étais lu quelques Tarzan de E.R. Burroughs, en me prenant la série dans l'ordre (jusqu'alors, je n'en avais lu que deux ou trois, épars), dans la foulée de mon visionnage de tous les films avec Johnny Weissmüller (qui a quand même, je le maintiens, vachement des faux airs de Benjamin Biolay en slip) (j'ai récupéré cette année, dans une brocante, les Pellucidar. Je les lirai bientôt, je pense).


Cette année donc, j'ai enfin lu du Alan Quatermain, que je ne connaissais que par les films avec Richard Chamberlain et par la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ainsi que par plein de références croisées, bien sûr). Et c'est très surprenant. Bien sûr, c'est de la grande aventure africaine à l'ancienne (avec même le coup de l'éclipse pour se tirer d'un mauvais pas, si ça se trouve c'est la première occurence de ce trope bien usé depuis), mais plusieurs éléments m'ont cueilli.


Déjà, Quatermain lui-même. Loin du proto Indiana Jones que j'imaginais, ou d'un espèce de Richard Francis Burton fictif, on a dès le départ un type sur le retour, un peu désabusé, qui se présente lui-même comme un type pas courageux (et qui est jaloux du dentier d'un de ses camarades, apparemment de meilleur qualité que le sien). S'il est carré et réglo, il ne fait preuve d'aucune espèce de "noblesse d'aventurier" ni quoi que ce soit de ce genre. Il est même discrètement cynique à l'occasion. Le profil de héros, là-dedans, ce n'est pas lui, c'est son camarade Sir Henri. Mais le rôle de faire valoir est lui aussi joué par quelqu'un d'autre, le cocasse capitaine Good. Quatermain est surtout un narrateur, un narrateur dont la connaissance du pays et du terrain est précieuse autant pour le lecteur que pour ses compagnons. La version qu'en donne Moore dans la Ligue n'est donc pas si iconoclaste.

Deuxième surprise, c'est remarquablement documenté. On n'est pas dans une Afrique de bazar, un continent noir fantasmé à la Tarzan. J'ai vérifié, du coup, et Rider Haggard a en effet séjourné sur place, et… et ça se sent. Les détails sonnent vrai, et pas à la Jules Verne, il y a trop de petits trucs concrets qui ne sentent pas le réchauffé, la notule d'encyclopédie.

Et le plus étonnant, c'est que c'est incroyablement peu raciste. Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon date de 1885, et contrairement à pas mal de romans d'aventures de l'époque, il respecte les indigènes, y compris les ennemis. Certes, on y trouve souvent de bonnes bouffées de paternalisme, mais pas de jugements de valeur. Dans le deuxième tome de la série, le guerrier zoulou Umslopogaas, s'il a les caractéristiques du serviteur noir herculéen à la Lothar dans Mandrake… N'est certainement pas un serviteur. C'est un chef qui s'est attaché à Quatermain en raison de leur respect mutuel. Et s'il est à l'occasion incroyablement brutal, il demeure un guerrier noble, pas un bon sauvage, mais un être plus primitif dans ses manières que Quatermain sans lui être présenté comme inférieur. Ça aurait pu être un personnage à la Robert E. Howard, si justement Howard n'avait pas eu une teinte raciste.

Bref, une excellente surprise. Je sens que je vais compléter tout ça sous peu. Ça a été réédité y a pas si longtemps chez Terre de Brume, si le genre vous plaît, foncez.

samedi 23 juin 2018

Commentaire décomposé

Ah, je viens de découvrir avec horreur que les commentaires du blog ne me notifiaient plus quand vous en postiez…

Du coup, ça fait plus d'un mois qu'ils n'étaient pas publiés (c'est pas qu'il y ait beaucoup de spam, ça n'arrive qu'une fois de temps en temps, ça, mais par principe je contrôle avant publication). Je viens de les réinjecter d'un bloc, et il faut que je regarde ce qui merdoie dans les notifs (c'est peut-être le seul truc sur lequel j'activais les notifications, vu que ces machins me stressent à un degré terrible, je préfère passer à côté de certaines infos que de me faire spammer la tête h24 par des notifications à jet continu).



Bref, je ne vous oubliais pas, c'est juste google qui a encore changé son système sans prévenir. (et comme je ne suis toujours pas sur fèces-bouc, j'ai pas été habitué à la dure à ces changements de règle du jeu quatre fois en cours de partie).



Poste dans le scriptorium :
La notif par mail est activée. mais je n'ai rien reçu depuis un bail, et rien dans la boite à spam. Curiouser and curiouser…

Post post :
Et là, ça n'apparait plus quand je les publie, les commentaires… ça devient complètement foireux, cette histoire.

Et Post equitem timeo Danaos :
Ah, la modération par mail est rétablie, et apparemment, j'ai dans l'idée que c'est lié aux nouvelles règles de vie privée : il fallait que je reçoive un mail et que je clique dedans pour accepter de recevoir des mails. simple.

vendredi 22 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

Cure de mercure

C'est terrible, je n'ai même plus besoin de regarder la télé pour m'énerver après la télé. Je faisais la popote, et dans la pièce à côté, ma fille a mis les infos et est tombée sur la météo. Pas de quoi s'énerver, me direz-vous, et pourtant…

Et pourtant, la jeune femme qui présentait la météo s'est fendu d'un "le mercure montera jusqu'à". Je suis venu voir à l'écran à quoi elle ressemblait. Et c'était bien une jeune femme. Qui devait encore être à la maternelle quand on a arrêté définitivement les thermomètres à mercure.

Alors, vous me direz, le langage est plein de ces fossiles. Les gens qui emploient encore l'expression "peigner la girafe" ignorent sans doute qu'elle a près de trois siècles et qu'il y a vraiment existé un type dont le boulot était de peigner une girafe. La girafe et le bonhomme sont morts depuis un bail. Et y a plein d'expressions de ce genre. Mais le coup du mercure… Je sais pas, ça m'agace. On est dans le registre de la périphrase mécanique comme le journalisme à la française en produit par paquets de douze, genre aux "quatre coins de l'hexagone" et tout ça. Y en a des caisses. La plupart sont devenues de purs automatismes, qu'on balance sans plus y penser.

Ce qu'il y a de particulier, dans le cas présent, c'est que j'ai vécu le moment où l'expression a cessé d'avoir du sens, contrairement à des trucs comme "au diable vauvert" dont le sens d'origine s'est perdu y a un bail. Et la demoiselle qui présente la météo recycle le truc même pas par habitude à elle, mais par habitude de l'avoir entendu alors même qu'il était déjà obsolète. C'est pas grave, bien sûr, mais ça illustre bien le fait qu'on utilise le langage sans réfléchir.

Et c'est quand on utilise le langage sans jamais y réfléchir que les mots cessent d'avoir du sens.

vendredi 8 juin 2018

Vers l'infini, tout ça, tout ça

Je suis tombé sur le livestream d'un lancement Soyouz. Vous me connaissez, c'est le genre de trucs sur lesquels je suis capable de scotcher toute affaire cessante (pourtant, l'affaire en cours me tient à cœur : c'est la traduction des premiers comics que j'avais achetés en VO, y a un peu plus d'une trentaine d'années).

Je regardais donc le pas de tir en écoutant les commentaires, et puis y a eu un gros plan sur la fusée, et là, ça a été le drame. L'agence RosKosmos avait collé dessus une grosse affiche pour la coupe du monde de foot. Alors, je comprends la ferveur nationale et tout, mais ça m'ennuie qu'on vienne salir comme ça un des rares trucs encore à peu près beaux dans le monde, à savoir la conquête spatiale (bon, le pire de ce point de vue, c'est pas la pub footeuse, c'est Trump qui veut réactiver le programme Star Wars de papy Reagan) (Reagan avait l'excuse de l'Alzheimer. la citrouille humaine, là, c'est quoi son excuse, au juste ?). Et ça m'a rappelé fort opportunément que je ne vais pas tarder à entrer dans une période de diète médiatique, au cours de laquelle il faudra même éviter d'aller boire un café au bistro de peur qu'il y ait une télé au mur ou un fâcheux qui viendra me commenter le match de la veille, me demander ce que j'en pense et précommenter le match suivant. C'est un stress constant, les coupes du monde. Et même l'aspect marrant (la découverte de paris truqués, de dessous de tables et de crapoteries diverses), ça attendra forcément après, parce que les télés vont pas tuer la poule aux œufs d'or avant qu'elle ne soit fini (et du schproum après, y en aura) (parce que la FIFA ET les Russes ? quand ce sera fini, ça va être open bar sur les révélations crasseuses).

J'ai néanmoins préféré chasser de mon esprit ces considérations et me concentrer sur le lancement. Et puis mon regard est tombé sur les commentaires en live. Les commentaires en live, c'est comme les commentaires youtube ou les commentaires sous les articles du figaro.fr, j'y vais pas normalement. C'est l'apocalypse de la déchéance humaine, ces trucs là. Mais l'œil humain est ainsi fait qu'il est attiré par ce qui bouge. Et le défilement des mentions m'a piégé.

Cadeau : un timbre pour ces timbrés

Et donc, tous les vingts ou trente commentaires, il y avait une question intéressante de spectateur. Et, quand elle ne se perdait pas dans le flot, quelqu'un y répondait. Le problème, c'est le flot. Pas mal de gens qui semblaient s'être donnés le mot pour expliquer que ce lancement était une mise en scène, que ça ne pouvait pas exister parce que, et c'était scientifiquement prouvé, la terre était plate. Sauf que prouver que la terre n'est pas plate, c'est à la portée de n'importe qui sait localiser l'étoile polaire et voyage un peu vers le Nord ou vers le Sud (et on savait déjà le faire dans l'Antiquité, à une époque où non seulement on savait que la Terre était ronde, mais en plus on avait réussi à en mesurer la circonférence avec une marge d'erreur relativement faible). Je veux bien croire qu'une partie de ces types soient juste des trolls qui font les malins. On a les plaisirs qu'on mérite, mais pourquoi pas ? Le problème, c'est que d'autres y croient vraiment. Pour toutes sortes de raisons. Certains croient démontrer ainsi, semble-t-il leur intelligence "supérieure", dépassant l'endoctrinement scolaire, faisant surtout la démonstration qu'il n'ont pas écouté ni compris d'autres notions simples (de géométrie, notamment) qui fracassent leurs "démonstrations". D'autres croient défendre une vision religieuse du monde qui n'est même pas périmée : elle n'a tout simplement jamais réellement existé en Occident : si les docteurs de Salamanque se sont moqués de Colomb, ce n'est pas parce qu'ils croyaient la terre plate, mais qu'ils la savaient ronde, et avaient de plus de bien meilleurs chiffres que le navigateur. Avec les visions religieuses du "retour à la pureté", on est toujours sur des reconstructions orientées.

Mais du coup, j'essaie de piger ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui va délibérer aller sur une vidéo d'un évènement quand même assez anodin (des lancements Soyouz, y en a un paquet par an) pour poster mécaniquement toutes les 15 secondes "fake" "fake" "fake" comme un député LREM bavant des éléments de langage répétitifs et grotesques sur tous les plateaux de télé. On se sent fort, en faisant ça ? On a l'impression d'accomplir (à peu de frais) une mission sacrée ? Quel triste et misérable moyen d'exister, quand même.

Faut-il avoir l'âme racornie, quand même… C'est un peu comme ces élus qui se mettent à poster sur un fait divers dès qu'il y a possibilité qu'il ait été commis par quelqu'un issu de l'immigration (et doivent retirer le truc en catastrophe quand il s'avère que ce n'est pas le cas) (sauf ceux qui sont tellement dans leur bulle qu'ils ne voient pas passer la vérité, et laissent donc leur commentaire initial, c'est délicieux). Sauf que les platistes, aucun fait ne les dérange. Rien ne semble entamer leur certitude d'airain, c'est assez fascinant.

Au départ, on se dit que l'éducation a loupé quelque chose. Et puis dès qu'on y repense, on voit bien que c'est comme pour le créationnisme, l'homéopathie*, le récentisme ou la théorie du ruissèlement, ces inepties sont propagées par des gens qui y trouvent leur compte, qui en font un business ou le fondement idéologique de crapuleries, parfois les deux à la fois. Et même s'ils sont assez peu nombreux, en fait, ils font beaucoup de bruit. C'est épuisant. Lutter contre ça est indispensable, mais c'est épuisant.


*cas particulier, je le reconnais : ça avait du sens quand ça a été théorisé, au XVIIIe siècle, parce qu'on croyait encore aux esprits et qu'on n'avait aucune idée des échelles en jeu dans la structure fine de la matière. Bon, eux aussi, les tenants de l'homéopathie, ils ont du mal avec la notion de fait et de charge de preuve.

jeudi 7 juin 2018

Sueurs froides ? Non, Vertigo !!!!

Bon, ayé, c'est officiel : amis Bourguignons, je passerai à Dijon les 8 et 9 novembre 2018 pour participer à un colloque à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le campus dijonnais de l’Université de Bourgogne Franche-Comté, à l'occasion des 25 ans du label Vertigo.

J'y donnerai la première communication, un rappel des origines du label, de la façon dont une certaine manière de faire du fantastique adulte s'est décanté dans les comics DC pendant vingt ans et plus avant que Karen Berger ne regroupe le tout.

Et en guest, y aura Frank Quitely !



Voilà, à vos agendas !

lundi 28 mai 2018

Sinistres ministres

J'ai vu passer des "bonnes feuilles" du bouquin d'une de nos ministres (ou secrétaire d'état, je ne sais plus et je m'en fous, en fait, vu la vacuité globale de ses interventions, elle pourrait aussi bien être présentatrice de talk show), qui le sort genre là. Et, alors qu'un mouvement social des auteurs commence à se structurer,  avec les #PayeTonAuteur et autres Etats Généraux du Livre, ce genre d'opération publicitaire d'un ministre pose question. Au pluriel, en fait. Ça pose questions, oui.

Déjà, où trouver le temps d'écrire, avec un emploi du temps de ministre ? La réponse est simple, on se fait négrer, la plupart du temps (y a des exceptions : Villepin, quels que soient ses défauts par ailleurs, essaie trop d'être Chateaubriand ou rien pour recourir à de tels expédients). Y a pas que les ministres, d'ailleurs : Hollande, qui a pourtant pas mal de temps libre, s'est fait négrer par un éditocrate usagé tout dernièrement. Du coup, la pensée de l'homme ou de la femme politique est quand même filtrée. Bon, c'est vrai aussi pour les discours, hein, ça fait un bail qu'ils ne les écrivent plus non plus, tous autant qu'ils sont. Mais c'est intéressant de savoir que ces esprits supposément brillants, l'élite de la nation, quand même, a recours à ce subterfuge littéraire qui est aussi celui des autobiographies de starlettes de téléréalité. C'est à se demander si ça se rejoint pas quelque part, tout ça, entre le paraître qui dispense de l'être, le néant et tout ce qui s'ensuit. Ne posons pas cette question-là, en fait, ce serait déjà y répondre.

Mais après tout, pourquoi pas ? Ils ont bien le droit, si ça leur chante, de commettre ou faire commettre ces ouvrages nuls mais hélas pas non avenus (oui, parce qu'à la lecture des bonnes feuilles, on voit que si ça volait encore un poil moins haut, ça faucherait les pissenlits par la racine) (ou alors c'est de la pensée complexe et j'ai vraiment pas le niveau). N'importe qui a le droit de faire un bouquin, dans notre pays, et c'est aussi la grandeur du système.

Le problème, c'est que sur ce genre d'opérations, les avances et les pourcentages ne sont pas les mêmes que pour les vrais auteurs. Les premières correspondent en général à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires (dont on SAIT qu'ils ne seront finalement pas écoulés) et les seconds sont généralement d'une fois et demie à deux fois ce qui est normalement pratiqué (voire plus : j'ai vu des chiffres de 20%, ce qui est plus de trois fois ceux d'une autrice jeunesse de base).

Bien entendu, le pognon mis dans ce genre d'opération, c'est autant de pas disponible pour les vrais auteurs qui font de vrais bouquins. D'autant que, quand on voit les chiffres des ventes à un an (donc après les retours d'invendus) on voit mal comment les éditeurs rentrent dans leurs frais sur ce genre de trucs (le bouquin de Fillon s'était bien planté, l'an passé, et il me semble que Boutin s'était assez copieusement ramassée aussi). Dans ce cas, les montants délirants des avances sur droit s'apparentent à de la donation politique. Mais même ça, après tout… Faudrait un jour calculer combien de centimes sur votre shampooing l'Oréal ou combien d'euros sur votre pneu Michelin terminent dans une poche d'élu, après tout. Le système des avances sur droit non justifiées a au moins le mérite d'être un peu plus transparent.

Le vrai problème, c'est que pour justifier tout ça, il faut que le bouquin atteigne les librairies. Et là apparait la pratique de l'office sauvage. C'est à dire livrer d'office de grandes quantités à des libraires qui n'ont rien demandé. Comme les libraires ne payent pas tout de suite, ils acceptent en général les cartons, et essaient de vendre des exemplaires, quitte à renvoyer les invendus dès l'expiration délai légal de trois mois pour pas se faire avoir au niveau trésorerie. Là où ça pose souci, c'est que ces masses considérables de papier vide et creux vont se retrouver en piles sur les étals, prenant la place de bouquins d'auteurs normaux, qui ont déjà du mal à exister par les temps qui courent. Et que cette manutention absurde, 90% du truc étant retourné à l'éditeur d'origine, ce sont autant de temps et d'efforts à fournir par le libraire au lieu de conseiller des choses intéressantes et de faire vivre la littérature. Et croyez-moi, les libraires aimeraient mieux faire vivre leur boutique plutôt que de pelleter du fumier.

Alors j'en connais qui ont pris le pli : quand il y a ce genre d'opération, ils n'ouvrent même pas les cartons et les retournent tels quels dès qu'ils le peuvent. Mais quand on voit ce gaspillage organisé pour faire mousser des médiocrités, on se dit que les problématiques d'écologie, de décroissance, de responsabilité environnementale ou tout simplement de qualité de la parole ne seront pas défendues par le gouvernement cette année encore.

samedi 26 mai 2018

Annonce dans le micro

Je serai en dédicace le dimanche 10 juin au Lyon BD Festival, pour Howard P. Lovecraft celui qui écrivait dans les ténèbres.

Et normalement, ce sera un panel avec d'autres auteurs de chez 21g.

vendredi 18 mai 2018

Vrac et morceaux variés

J'ai découvert avec horreur que mon antispam, qui laisse passer des invitations à des stages de reiki ou des offres de crédit que j'ai déjà passé huit fois en "indésirable" a par contre foutu à la corbeille quantité de mails de boulot. Des relances d'un éditeur pour un boulot urgent, des questions d'un dessinateur pour un futur projet (dont voici un extrait en avant-première mondiale)


des mails de membres de ma famille, etc. Mon opérateur a vraiment chié dans la colle, mais genre bien fort. Le problème c'est que j'ai tardivement pris conscience de ce souci, et que si des trucs sont passés à l'as en avril, je n'en ai pas trace. Du coup, si jamais vous avez tenté de m'écrire et que vous avez reçu un message d'erreur, ou bien que je n'ai jamais répondu, envoyez-moi un mot en commentaire, ou renvoyez un mail. Je regarde la boite à spam tous les jours, en ce moment. Et je passe pas mal d'adresses en greenlist. Sans être certain que ça suffise.

Sinon, j'étais le week end dernier au festival Le Rayon Vert à Thionville, et c'était super. Je recommande le lieu et la manifestation. Merci encore aux organisateurs.

Et je me suis payé un gros coup de blues cette semaine : un atelier à animer m'a amené à quelques centaines de mètres de la maison où j'ai passé mon adolescence. J'en ai profité pour arriver en avance dans le coin, et pour flâner en repartant. Mon ancienne rue n'a quasiment pas bougé depuis la dernière fois où j'y suis passé. Hormis la petite bibliothèque municipale qui semble avoir été déplacée, ce qui m'a fait un petit pincement au cœur. J'ai vraiment aimé cet endroit, où j'ai découvert Andreas, Philip K. Dick, Frazetta, Moebius ou Frank Herbert. Où j'ai commencé à parler vraiment BD avec un autre habitué qui bricolait dans son coin les nouvelles aventures de Jean Gabin. Voir ce lieu converti en habitation, ça m'a fait bizarre. Je crois l'avoir su, parce que la fermeture est ancienne, et l'avoir déjà constaté, mais mon esprit avait miséricordieusement occulté la chose. Une bibliothèque ou une bonne librairie qui ferme, ça me fait toujours un peu mal.

Mais le gros coup, ça a été quand je suis descendu sur l'avenue, en bas de la ville. Il y en a un segment où je n'ai pas refoutu les pieds depuis un bon quart de siècle, au bas mot. Et là, ça m'a secoué. Tout une rangée de vieux bâtiments a été abattue et remplacée par des immeubles modernes. Des endroits où j'ai eu des amis, ou j'ai vécu des choses, des fous rires, des bonnes bouffes, des engueulades, des découvertes, des moments partagés pour le meilleur et le pire… Tout a disparu d'un bloc. En tout cas à mes yeux, puisque je prends conscience des changements cumulés d'un seul coup. La papèterie où j'achetais du matériel de dessin n'existe plus, et apparemment l'immeuble où elle se trouvait non plus. Du bar où j'allais boire des coups avec des copains, plus la moindre trace. Alors que 300 mètres plus loin, dans la ville d'à côté, l'avenue est totalement conforme à mon souvenir. J'ai un rapport conflictuel à la nostalgie, un sentiment qui m'affecte généralement peu. Mais là, je m'en suis pris un gros fix bien chargé à bloc. De la pure.

Je me suis arrêté chez un vieux brocanteur que je n'avais jamais vu dans cette rue (mais peut-être est-ce celui des arcades qui s'est déplacé de 200 mètres) et je lui ai acheté une jolie édition de Lord Byron. Je n'ai jamais lu de Lord Byron auparavant, seulement un peu de Shelley. C'est l'occasion de combler une lacune de ma culture. J'ai attaqué le Pélerinage de Childe-Harold dans le train du retour, et c'est un texte curieux, qu'on croirait situé au Moyen-Âge au départ, mais qui multiplie les considérations sur la situation de l'époque napoléonienne parce qu'il est plus ou moins autobiographique. Je l'ai pris par le mauvais bout.

Dans la série je-suis-très-emmerdé, il m'arrive le même coup que l'an passé : mon Île de Peter était sortie à peu de distance du roman Moi, Peter Pan, qui chassait en partie sur les mêmes terres. Dieu merci, cet excellent bouquin part dans de toutes autres directions et donne une lecture du personnage qui, si elle recoupe parfois la mienne, le prend par un tout autre bout. Et du coup, les deux romans ne font pas doublon. Eh bien je viens de voir sortir un Uter Pendragon qui s'attache à ce personnage important mais peu développé du mythe arthurien. Et mon prochain bouquin est justement une réinterprétation d'Uther. Apparemment, ce roman-ci part sur la version purement médiévale de la légende, donc ça doit être très différent de ce que j'ai essayé de faire. On verra bien.

Bref… Sur ces entrefaites, pipi, pâte à dents, livre en papier puis dodo.

lundi 7 mai 2018

Et j'ai crié, criéééhé Alien pour qu'elle revienne

Vous m'avez déjà entendu, ici et là, gueuler sur la "duologie" (oui, il paraît que c'est comme ça qu'on dit, maintenant. "quadrilogie" n'était que le début de la barbaritude en ce domaine. de mon temps, par contre, on disait "diptyque" et "tétralogie" mais ce sont sans doute des mots qui sonnent trop savant pour les commerciaux qui vendent des coffrets DVD) de Ridley Scott consacrée au massacre général de la licence Alien crée par Dan O'Bannon et Ronald Shusett (de l'archiduchesse).

Liste de mes vaticinations sur le sujet :
Prometheus, première partie
Prometheus, deuxième partie
Covenant
et un papier plus général sur les théories d'intelligent design en SF dont Prometheus est une illustration assez pataude

Les plus acharnés d'entre vous pourront également aller voir ce que je disais des Aliens versus Predator, mais ça nous éloigne de notre sujet. (même si Prometheus est, en fait, un mauvais remake du premier AvP, quand on y pense)

Pourquoi reviens-je retourner le couteau rouillé dans cette plaie purulente, me direz-vous ? Tout simplement parce qu'à la suite d'un de ces échanges de bouquins que je pratique avec des collègues, j'ai récupéré le comic book Alien Apocalypse, the Destroying Angels, de Mark Schultz (Cadillacs et Dinosaures) et Doug Wheatley (qui a signé une palanquée de comics Star Wars). Cette toute petite centaine de pages a été publiée il y a une vingtaine d'années chez Dark Horse, éditeur qui a pas mal écrémé les grosses licences cinématographiques de ce genre, avec parfois des pépites (le Alien Salvation de Mignola, le Robocop vs Terminator de Miller et Simonson, etc) et parfois des trucs qui relèvent du tout venant.

Et à la lecture du machin, outre le hibou qui pourrait presque être un clin d'œil à Blade Runner, force est de constater que Scott, qui a fait profession dans Prometheus et Covenant de chier à jet continu sur tout ce qui avait été fait après lui autour de l'Alien, a pillé comme un goret. Ou alors il n'a pas fait exprès, mais dans ce cas c'est pire, il démontre son manque complet d'originalité, surtout quand il se croit malin.

Alors ça raconte, quoi, au juste, ce comic book ? Tout simplement qu'un groupe de mercenaires spécialisé dans les opérations de sauvetage doit récupérer un scientifique parti étudier des vestiges étranges. En fait, ce scientifique avait fouillé des dossiers de la Weyland-Yutani concernant l'incident du premier film Alien, et avait cherché une autre épave du même genre. Et a commencé des expériences sur ce qu'il y a trouvé.

Comparatif avec le duoptyque… dilog… les deux films de Scott ? Un androïde qui infecte délibérément un collègue ? Check. L'éradication complète de la race des space jockeys/ingénieurs par les aliens ? Check. Le fait que la terre ait été visité dès l'origine ? Check. Un personnage qui accueille les protagonistes, mais les plante en jouant à Dieu et projetant une mystique démente sur les xénomorphes ? Check. Un androïde auquel on rattache la tête au passage ? Check.

Je déconne pas, tout y est. Mais le plus intéressant, à la limite, ce sont les différences. Car si l'espèce de cosmogonie/eschatologie toute pétée de Ridley Scott n'a convaincu personne, celle de Schultz, pourtant jouée sur un mode plus mineur, est très sympa. Mieux encore, elle est présentée comme la théorie d'un semi-dément, et le lecteur (et les protagonistes avec lui) est libre de la prendre au sérieux ou pas, ou de l'amender à volonté.

Car pour lui la vie est apparue très tôt sur Terre, il y a 3,2 milliards d'années (en fait, son chiffre est pas mauvais, ont montré des découvertes, sauf que cette vie ancienne n'a pas dépassé le stade unicellulaire procaryote pendant encore 2 milliards d'années). Elle a fleuri et donné des formes complexes, avant d'être brutalement éradiquée, puis de renaitre péniblement. Les Ingénieurs ont été éradiqués aussi, un peu plus tard, il y a un milliard d'années, juste après que la vie ait refleuri chez nous et ce retour de la vie sur terre est peut-être de leur fait. Et les traces retrouvées, dans chaque cas, pointent vers une infestation des Aliens. Ces monstres seraient peut-être alors l'expression d'un univers hostile à la vie consciente, qui l'élimine dès qu'elle parvient à quitter les limites de son propre monde. Plein de choses sont laissées dans l'ombre, mais cette histoire esquissée à grands traits est plus cohérente avec la symbolique de l'Alien que tout ce qu'en a fait Scott. Mieux, elle n'est pas prescriptive, libre au lecteur de l'accepter ou pas dans le cadre de cet univers fictionnel, quand Covenant nous martèle un "réel" qui contredit tout ce que nous savions du monstre.

Le problème de Scott n'est dès lors pas qu'il se la raconte, et qu'il raconte mal, mais surtout qu'il soit totalitaire et révisionniste dans sa façon de raconter…