mardi 20 février 2018

Voyages, voyages

Les choses arrivent parfois en rafale : c'est une deuxième nouvelle qui est sélectionnée pour publication, cette fois-ci dans Le Novelliste, une nouvelle revue, qui devrait m'accueillir dans son deuxième numéro.

Autre ambiance pour ce texte-ci, Le Second Voyage de Hakem, l'errance d'un Andalou déraciné après 1492, et qui essaie de se reconstruire un rapport au monde :


Le lendemain, Hakem était parti. Il avait échangé un ancien manuscrit relié de cuir d'onagre contre une paire de dromadaires et des vivres pour plusieurs semaines, et s'était enfoncé dans le désert profond. Il n'avait finalement pas demandé à son hôte le secret de l'enchanteresse fontaine, décidant finalement que toute la magie venait de sa propre ignorance et qu'il tenait à la conserver intacte dans les replis de sa mémoire, comme un pur don de Dieu à destination du voyageur écrasé par le soleil du Sud. Imaginer un ingénieur calculant, un architecte dessinant ou un terrassier suant pour trouver la source lui semblait d'une certaine façon amoindrir la chose, quand bien même il n'était pas dupe de ses propres préventions à ce sujet.

mercredi 14 février 2018

Ville de lumière

Ayé, c'est officialisé, j'ai une nouvelle dans l'anthologie Dimension Paris, à sortir en avril chez Rivière Blanche et compilée par Oliver Deparis (ça m'aurait de toute façon fait bizarre si l'anthologiste s'était appelé Marcel Derouen ou Aristide DeStrasbourg). Ce que j'ai découvert, c'est que j'y étais publié notamment aux côtés de Pierre Stolze et Christian Léourier, deux auteurs dont j'adore le boulot depuis longtemps.

Le thème, si le titre n'était pas encore assez explicite, c'est Paris, et chacun des auteurs a eu à utiliser deux lieux emblématiques de la capitale. En ce qui me concerne, j'ai eu la Tour Saint-Jacques et le Louvre, et j'ai choisi pour les traiter de tenter le genre épistolaire, auquel je n'avais pas encore touché, dans un style XIXe siècle qui plaira à ceux qui suivent déjà mes vaticinations apocryphes dans la Gazette des Etoiles. Hop, en attendant, un petit extrait :


Le Caire, 1832, le 30 août.
Mon vieil ami,
Je constate que vous n’avez guère changé en mon absence et que toujours et encore vous professez ces croyances et tocades dont, je l’espère, vous m’excuserez que je m’amusasse. Certes, les anciens détenaient des secrets d’ingénierie de nature à laisser pantois, et je m’en trouve être le témoin oculaire et ébahi. Que je regrette que vous n’ayez pu m’accompagner, cela me prive du plaisir de vous voir vous en abasourdir à votre tour. J’arrangerai pour vous une visite de la collection que nous ramènerons, destinée à alimenter le musée Charles X au Louvre. Il y aura là de quoi, je le subodore, satisfaire votre dévorante curiosité et susciter chez vous un émerveillement sans bornes.
Qui ne sera rien, d’ailleurs, à côté de la pièce maîtresse, bien trop grande pour être installée dans le vénérable palais des rois de France. Mais je n’en dirai pas un mot de plus, de peur de gâcher la surprise considérable qu’elle représentera. Sa Majesté Louis-Philippe semble désirer en faire un des joyaux de la capitale. Ce chargement nous ralentit néanmoins, et le vapeur qui me ramène à Paris mettra plusieurs mois à effectuer le voyage. Quand vous saurez pourquoi, vous comprendrez.
Bien à vous,

Apollinaire Lebas

samedi 10 février 2018

Préfaces

Ce mois-ci, je suis concerné par trois préfaces :

La très gentille intro que David Camus a signée pour ma BD sur Lovecraft, la préface que j'ai écrite pour l'intégrale du Cycle des Hommes-dieux de Philip José Farmer, et celle de Manhattan Projects, un comic book de Hickman. Ce n'est pas la première fois qu'on me demande une préface, mais par contre c'est la première fois qu'on préface un de mes bouquins, et ça me fait un peu bizarre. Un livre qui sort, il échappe toujours un peu à son auteur, il prend une vie propre. Mais avec une préface, le phénomène est avancé, il arrive beaucoup plus tôt. C'est vraiment étrange, comme sensation.

Du coup, c'est peut-être l'occasion de vous lister mes propres préfaces (c'est comme les Pokemon, gotta catch'em all, tout ça, heureusement il y en a moins).

La première (non signée, d'ailleurs) avait été rédigée pour la VF du premier tome de Sleeper, de Brubaker et Phillips, une série d'espionnage parano vachement bien, que je recommande vivement (il y a deux ans, je m'étais offert pour mon anniversaire le gros omnibus VO sorti chez Vertigo). Vu que le bouquin n'est plus dispo, j'avais repris le texte ici-même.

Plus récemment, et l'ombre de Lovecraft flotte dessus, j'ai écrit celle de Batman : la Malédiction qui s'abattit sur Gotham,  un album très amusant écrit par Mike Mignola, mixant habilement la mythologie de Batman à celle de Cthulhu et consorts. J'explorai dans mon texte les aspects ludiques de l'exercice, et recontextualisait HPL par rapport aux cultures pulp et comics.

Recontextualiser, c'est aussi ce que j'ai fait au début du tome 2 d'Authority, les Années Stormwatch. Les innovations proposées à l'époque par Warren Ellis ont été tellement bien digérées par le medium que ça a banalisé cette série pourtant épatante, comme quasiment tout ce qui sortait chez Wildstorm à l'époque, entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000.

Pour Manhattan Projects, série foutraque s'il en est, j'ai joué le jeu, et livré un texte sur le même ton, conspi-taré convoquant un clone cyborg de Clausewitz, un complot des peupliers pour éradiquer l'homme, et la responsabilité de Monsieur Spock -ou de quelqu'un qui lui ressemble beaucoup- dans la Course aux Armements.

Le ton est bien sûr plus sérieux avec la Saga des Hommes-dieux. Les mythologies émergentes et les mythologies contemporaines étant, vous le savez, un truc qui me passionne, cette série mêlant gnosticisme, William Blake et Edgar Rice Burroughs ne pouvait que tenir une place éminente dans mon panthéon personnel. Merci encore aux éditions Mnémos de m'avoir permis d'en causer sur quelques pages…

Exercice rigolo que celui de la préface. Il faut éviter de spoiler ce qui suit, tout en proposant une grille d'analyses (voire plusieurs). C'est sympa à faire, en tout cas…

vendredi 9 février 2018

Réincarnations

Il y a un truc plus étrange, pour un auteur, que de tuer un personnage. Parce qu'on peut le réincarner. Voire le réincarner de son vivant. Car tel est le pouvoir démiurgique de l'auteur, il est quasi illimité.

Là, par exemple, dans le cadre de mon prochain roman, je mélangeais allègrement personnages a priori historiques, personnages à demi légendaires et personnages complètement inventés pour les besoins de l'intrigue.

Et l'un de mes personnages inventés, Aelius le Romain, avait quelques caractéristiques communes avec un personnage qu'on considère généralement comme historique, le général Ambrosius Aurelianus. Je comptais me servir de ce dernier vers la fin du roman, mais à l'usage, il s'avérait que mon Aelius attirait à lui, de façon quasi mécanique, par ses origines, sa pratique particulière de la romanité et sa nécessaire évolution personnelle au fil du récit de plus en plus d'éléments qui auraient dû appartenir à Ambrosius. Du coup, la confrontation que j'avais artistement mis en place entre les deux personnages tombait complètement à plat. Elle ne servait qu'à donner un coup de pouce final à l'évolution de ma création, sans rendre particulièrement intéressant le personnage historique.

Après deux semaines de tergiversations, je viens de reprendre mon texte et de le corriger en profondeur. Exit Aelius. Mon Romain sera dès le début du récit Ambrosius Aurelianus, celui qui est resté dans l'histoire. Sa biographie est assez floue pour tolérer les éléments que j'avais inventés pour Aelius, ce qui achève la fusion des deux personnages qui de toute façon partageaient trop de choses.

Aelius est donc mort, et une mort rétroactive, il n'a jamais existé. Seul demeure Ambrosius, porteur des restes de l'âme de mon personnage.

Il m'est arrivé d'importer des personnages d'une histoire à une autre. De prendre un personnage et de le découper pour en faire deux.

Là, j'ai écrasé Aelius sous Ambrosius, mais il survit en lui.

Imaginez, si les dieux faisaient de même avec nos propres réincarnations…

mardi 6 février 2018

Fhtagn runner

Bon, les premiers articles sur HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres sont plutôt élogieux. Ça fait plaisir. D'autant que sur un projet de ce genre, je me doutais que les cultistes m'attendaient au tournant.

Et le financement participatif du tirage de tête avance bien. Du coup, on réfléchit à des contreparties supplémentaires, y aura une annonce à ce sujet jeudi, normalement.



Et puis, ce ouiquende, j'ai gagné des places pour la soirée Blade Runner 2049 au Grand Rex (avec d'ailleurs les trois courts-métrages diffusés précédemment sur internet, dont le chouette anime de Watanabe). Ça m'a permis de revoir le film dans de bonnes conditions, et de confirmer ma bonne impression de l'ensemble. J'avais déjà causé d'Arrival, du même réalisateur, film que j'avais trouvé d'une grande finesse, et qui m'avait rassuré quant à mes craintes pour la suite de Blade Runner.

Faire une suite tardive à un chef d'œuvre est toujours un exercice ultra casse-gueule. Mettre Ridley Scott dans le loop de quoi que ce soit, de nos jours, est toujours inquiétant. Y avait de quoi obtenir une vraie bouzasse. Et force est de reconnaître que Villeneuve a évité tout un tas d'écueils de l'exercice. Ce type a un vrai tact, une vraie finesse. Du coup, les inévitable effets de rappel au premier film sont traités sous l'angle du contrepoint.

Un exemple frappant, c'est la scène d'amour du milieu du film. La séquence, dans le Blade Runner original, était une scène dérangeante, assez violente, avec une prise de contrôle brutale, une objectivation rendue logique par la nature artificielle de Rachael, et qui appuyait dès lors les questions que posait le film quant à la différence de nature entre répliquants et humains. S'ils sont fondamentalement inhumains, le sexe avec eux a dès lors un côté masturbatoire et pervers, et l'échelle des rapports demande à être précisée. S'ils sont proches de l'humain, alors il faut les traiter comme tels et non plus comme des objets. Deckard, en se comportant comme il le fait dans le film, montre son côté obscur, et en creux le côté obscur de la fabrication de réplicantes désirables.

Dans BR2049, la séquence est empreinte de tendresse et de maladresse, le côté dérangeant se situe à un autre niveau, dans ce brouillage des limites entre deux formes d'artificialités très différentes, et dans la question lancinante qui se pose du libre arbitre de Joy, l'IA, dans l'affaire. Elle est peut-être le personnage le plus riche du film, par les interrogations qu'elle représente. Quel est son degré d'autonomie ? Le spectateur lui-même se laisse facilement prendre à ses routines de séduction tranquille, et l'on comprend que K, émotionnellement immature, soit complètement sous le charme. On a envie de croire à la sincérité de Joy, bien sûr, mais le film nous renvoie à plusieurs reprises à sa nature de produit, à laquelle, contrairement aux réplicants, elle ne semble pas chercher à échapper.

Luv, de son côté, est coincée dans son rapport avec son créateur : s'il l'appelle "mon ange" chaque fois qu'il le peut, il la renvoie systématiquement à sa condition d'outil docile, d'objet, et ce double jeu la détruit intérieurement, et teinte sa loyauté montée en usine d'une quête personnelle du sens.

Et ainsi de suite. Si certains parti-pris sont déstabilisants (chez Villeneuve, l'évolution de cet univers tend vers le dépouillement, et ne recherche jamais ce grouillement du cadre qui était si caractéristique du premier film) et si le scénario présente quelques imprécisions dommageables, je trouve le pari néanmoins gagné.

mercredi 31 janvier 2018

L'édition collector

Alors, une fois n'est pas coutume, je vais poster ici plusieurs vidéos. Elles me servent à annoncer une future (futur très, très proche, stay tuned) souscription pour un tirage de tête de ma BD HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres. Ça passera par un crowdfunding sur Ulule, et y aura de petits goodies (et on prévoit même un gros goodie si jamais on pétait les stats, mais on n'en est pas encore là).
Je vous tiens au courant très vite.









Et juste parce que puisque j'y suis, autant parler des copains, Laurent Queyssi a sorti chez le même éditeur une BD sur la vie de Philip K. Dick, et je ne résiste pas du coup à l'envie de vous en partager des extraits.


dimanche 28 janvier 2018

Back from the return

Bon, comme tous les ans, me voilà bien entamé par mon séjour à Angoulème…

Dans le détail, ça a donné ça :

Vendredi :
Ça pique un peu au réveil. Debout à 6 heures, alors que j'ai bossé sur des trucs à finir et remanié des choses dans ma conf (grave erreur d'ailleurs, du coup je n'étais plus bien synchro sur mes images) (pas très grave, mais bon, ces modifs de dernière minute, ce n'est jamais une bonne idée, en fait, et en plus je le sais).

RER, métro puis TGV, en compagnie de l'ami Xavier Fournier, mon complice sur Batman le jeu, ce qui nous permet entre autres de parler boutique. Depuis les travaux, le TGV ne met plus que 2 heures et ça c'est chouette. Arrivé sur place, je monte rapido Bulle New York récupérer mon badge. Rapido ou presque : on croise tellement de gens en route, avec lesquels on prend cinq minutes pour prendre des nouvelles et parler, qu'il faut à chaque fois plus d'une heure pour faire le trajet.

Petit tour pour aller manger avec des copains et serrer quelques mains sous les bulles des grands éditeurs, et je remonte. On a reçu un carton d'albums HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres, et il y a de la demande pour de la dédicace. J'en signe tout l'après-midi. Puis conférence de presse chez un de mes éditeurs, apéro avec un autre, et restau.

Je rentre me coucher, et chez mon logeur, un des camarades s'est mis une mine incroyable. Il est en vrac et les conneries qu'il parvient à faire sont de l'ordre de l'apocalyptique. Quand la situation se tasse enfin, c'est dodo. Mais il est très tard. Lourd bilan : du verre cassé, des dignités évaporées, sans doute une flaque de vomi cachée quelque part, un ordinateur perdu et une batterie de cuisine qui se déchaîne. Le tout à une heure absolument indue.

Samedi :
Pas assez dormi. Et la journée va être longue. D'abord, je file au Musée pour me faire deux expos : Tezuka (monumental, avec un matériel fou, des planches incroyables du maître du Manga) et Venise, avec de très belles toiles et des dessins sympa, dont une encre de Griffo qui me scotche sur place. Tortueuse, magnifiquement composée, qui saisit parfaitement l'essence de la Venise que j'aime.

Ensuite, je pars à l'espace Polar SNCF pour y faire le traducteur simultané, quasi au pied levé. L'invité est Marcos Martin, et c'est super, même si l'exercice est nouveau et épuisant pour moi. Merci encore pour l'accueil top des membres de l'espace Polar, vous êtes super !

Ensuite, remonter à la bulle, et signer, signer, signer. à 16 heures on arrive au bout des Lovecraft. De toute façon, j'ai conférence à 17h30. Je vais me prendre un café, souffler un peu, je tiens à arriver un peu en avance… Sauf que je croise un pote qui s'est fait refouler. Une fois encore, on refuse du monde au Conservatoire faute de place dans les salles, et le Festival refuse les solutions qu'on lui propose… et j'apprends avec horreur qu'en fait, mon horaire était… à 17 heures ! J'y vais ventre à terre et je commence à 17h11. Et je parviens à faire ma conf sans encombres, hormis quelques lapsus et des imprécisions d'enchaînements dues à mes modifications de l'avant-veille.


Ensuite, retourner au stand, me faire signer quelques bricoles en chemin, puis apéro, restau, after, et dodo, dans une ambiance plus feutrée que la veille.

Dimanche :
Je loupe l'heure du réveil, du coup j'arrive 1/2 heure en retard à un rendez-vous… où l'autre larron n'est pas là, il ne s'est pas réveillé non plus. Je parviens quand même à gérer l'affaire : faire signer par Wendy Pini une vieillerie top collector que j'ai depuis 30 ans. Elle et son mari sont super agréables, d'une gentillesse formidable. Puis je remonte à mon stand, quelques signatures encore, puis un croque vite expédié avec un collègue, retour à Paris sans décoller de la voiture bar, et enfin… Dodo pour de bon, bordel !!!!!

mercredi 24 janvier 2018

Aucun débordement ne sera toléré

Bon, c'est reparti non comme en 40, mais comme en 2016. La Seine vient de déborder devant chez moi. Aucune inquiétude, je consulte régulièrement le site de vigicrues qui permet de suivre l'état du fleuve et de ses affluents, et même de faire des prévisions à la louche. Je sais déjà que ce n'est pas encore cette fois que j'aurai à évacuer mes livres du rez-de-chaussée.

Ce que je note, c'est que depuis un bail que j'habite ici, ce n'est que ma deuxième inondation. Mais qu'elles sont survenues à un intervalle assez rapproché. Faut-il s'en soucier ? Ce n'est peut-être qu'une fluctuation aléatoire. Ou le signe d'autre chose. On nous annonce que les aléas climatiques pourraient s'intensifier à l'avenir, et gagner en fréquence. En sommes-nous déjà là ? Impossible à dire, bien sûr… Mais c'est quand même un rappel que la nature ne nous obéit pas. Et qu'elle n'est pas là pour ça.

dimanche 21 janvier 2018

Within cells interlinked

Deux liens vite fait :

Le site d'Actu SF, qui me demandait mes projets pour l'année (bon, le prochain album, la biographie mystère que j'annonçais en juin, il sort en fait fin août, on a revu le planning cette semaine avec l'éditeur).

Et SF Mag, qui ont visiblement beaucoup aimé Howard P. Lovecraft, Celui qui écrivait dans les ténèbres. Accessoirement, ils ont bien aimé aussi le Phil, une vie de Philip K. Dick signé par mon estimable confrère Laurent Queyssi. Et en effet, c'est très bien.

Et donc, cette semaine, c'est Angoulème. Vous pourrez m'y retrouver du vendredi au dimanche, et samedi  17h30 je donnerai au Conservatoire une conférence intitulée Les Sources Mythiques de Superman.


samedi 20 janvier 2018

Faire du neuf avec des dieux

Ah, je vois que l'info est enfin officielle : les éditions Mnémos ressortent très prochainement une intégrale du cycle de Thoan, ou Saga des Hommes-dieux, par Philip José Farmer.



Pourquoi je vous en parle ?

Parce qu'en dehors du fait que Farmer, c'est bien (et que Mnémos a entrepris une série d'intégrales qui lui sont consacrées, avec déjà Le Fleuve et Opar) je me suis retrouvé associé sur le projet comme préfacier et comme chargé de dépoussiérer la traduction d'époque, un peu erratique, de la version française. Pas des gros travaux, hein, mais une remise en cohérence des termes de cet univers, chaque fois que c'était possible. Si vous ne connaissez pas ce cycle, sachez que c'est du pur roman d'aventures à l'ancienne, très pulp, mais avec un univers épatant, basé sur de gros concepts, avec de purs moment de sense of wonder.

Du coup, je vous gratifie d'un petit extrait de la préface :

Si globalement, donc, la bibliographie de Farmer démontre que Tarzan est pour lui une obsession durable, et que le personnage de Kickaha (alias Paul Janus Finnegan, soit « PJF », comme Philip José Farmer) affiche beaucoup de caractéristiques d’un tarzanide, il renvoie également pour une très large part à une autre grande création de Burroughs, John Carter, un Terrien civilisé perdu sur des mondes barbares. Carter s’adapte très vite à son nouvel environnement pour en faire son terrain de chasse et d’aventures, et c’est précisément ce que fait Kickaha dans les « mondes superposés ».

Autre référence qui imprègne tout particulièrement ce cycle, le poète et peintre William Blake (1757-1827). Au fil de cette partie de son œuvre que l’on qualifie de prophétique, Blake développe une mythologie et une cosmogonie étranges, centrées sur des quatuors de divinités, émanations successives d’un être primordial, ainsi que d’un quatuor d’esprits rebelles. L’une de ces divinités, Urizen, est la version que Blake donne d’un Satan, être retors et mauvais, et joue le rôle d’une figure paternelle pour une grand partie des personnages du cycle. Orc, un autre antagoniste récurrent, est une figure de rébellion.

vendredi 19 janvier 2018

Don't cry for me Yog-sothoth, et Gotham City non plus

Ah, ce matin au courrier, un petit colis en provenance d'Argentine. Les bonifications à signer pour le tirage de tête de mon album sur Lovecraft. De très jolies choses, je vous en reparlerai bientôt. (bon, signer une centaine de cartes, c'est un coup à se faire mal au poignet, je m'en rends à nouveau compte).

Et sinon, si vous êtes sur la région de Cergy, la médiathèque de Conflans organise une démo du jeu Batman, et c'est ce soir !


jeudi 18 janvier 2018

Aux sources de Cthulhu

On m'a déjà demandé deux ou trois fois à quelles biographies de Lovecraft je m'étais abreuvé pour écrire mon album Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres, qui sort le 8 février prochain en librairie (et qui sera en avant-première à Angoulème et à Paris Manga Sci-fi Show).



Et la réponse est simple : à aucune.

Une biographie, c'est pas nature une sélection d'événements piochés dans une vie, tendant à l'éclairer. En me fiant à une biographie quelconque (fusse-t-elle celle, monumentale, de Joshi dont la version française sortira dans quelques temps chez Actu-SF). Parce que chacune d'entre elles présente sa propre sélection de faits, son propre éclairage (notamment celle de Houellebecq, lue il y a bien des lunes, qui nous renseigne plus à l'arrivée sur la vision du monde de Houellebecq que sur celle de HPL). C'est la même logique qui m'empêcha de revoir Hook pendant que je travaillais sur L'île de Peter, par exemple. Il s'agit de rester sur ma vision, sans la laisser gauchir par l'effet inévitable de la confronter à la vision de quelqu'un d'autre.

Du coup, comment est-ce que je travaille ?

J'ai quand même été piocher dans des sources secondaires, comme la chronologie de la vie d'HPL par Francis Lacassin, me permettant de dégrossir certaines grandes dates, et toutes les chronologies bibliographiques indiquant à la fois les dates de rédaction et de publication des textes du corpus lovecraftien.

De Joshi, j'ai consulté avec profit sa Lovecraft Encyclopaedia, qui range par ordre alphabétique notamment tous ses correspondants, amis, membres de la famille et coauteurs, avec la date et les circonstances de leurs rencontre éventuelle, etc. Un outil dense et précieux, donc.

J'ai lu un certain nombre d'essais de Lovecraft lui-même, pour saisir sa pensée sur un certain nombre de sujets.

Les annotations du New Annotated H.P. Lovecraft, un énorme et très beau volume relié, m'ont également été précieuses.

Le gros morceau, ce furent les correspondances de Lovecraft, dont j'avais un volume en VF, chez Christian Bourgois, et dont j'ai récupéré d'autres volumes en VO. Quoique forcément incomplètes, ces compilations permettent de préciser les chronologies, et abondent de détails quand aux événements de la vie quotidienne de l'auteur.

Le Commonplace Book, édité par François Bon, fut aussi un document utile, tout comme le site internet où il évoque les résultats de ses recherches.

En dernier lieu, divers échanges avec David Camus et Patrice Louinet m'ont permis de préciser plusieurs points importants. Par ailleurs, ils m'ont gracieusement permis d'utiliser des extraits de leurs traductions des récits d'HPL pour le premier, et de sa correspondance avec Robert E. Howard pour le second, sans lesquels mon bouquin aurait été bien moins complet. David m'a également gratifié d'une préface tellement gentille et laudative que j'en rougis encore. Qu'ils en soient une fois encore remerciés.


samedi 13 janvier 2018

Le planning

Bon, pas mal de trucs approchent, et donc autant que je vous fasse un topo détaillé, pour les courageux qui voudraient me voir cochonner avec application les pages de gardes de bouquin publiés sous mon nom. Du coup, voilà mon programme des prochaines semaines :

Mercredi 17 janvier à 14h, atelier BD au Pôle Numérique, rue Saint Simon à Versailles.

Vendredi 19 janvier, démonstration du jeu Batman the Boardgame à la médiathèque Blaise Cendrars de Conflans Ste Honorine (78), de 18h30 à 21h30.

Mercredi 24 janvier, atelier BD à la Médiathèque de Maurecourt (78)

Le gros morceau, ce sera bien entendu le Festival d'Angoulème, où je serai présent du 26 au 28 janvier.

Je dédicacerai au stand des Editions La Cafetière, Bulle New York/Nouveaux Mondes
Vendredi : 16 – 19 h
Samedi : 14 – 17 h
Dimanche : 11 – 13 h
Et je donnerai au conservatoire, le samedi à 17h30, une conférence sur les Sources Mythiques de Superman.
Il y aura du stock de ma bd sur Lovecraft en avant-première mondiale.

Et le dimanche 4 février, je ferai un topo sur Batman the Boardgame à Paris Manga, et j'y dédicacerai aussi des exemplaires de mon Lovecraft.

samedi 6 janvier 2018

Lovecraft, spécial origines

Peut-être avez-vous lu un jour ce texte de Borges sur les précurseurs de Kafka, qui note avec un certain amusement ironique que Hawtorne ou Melville sont parfois plus kafkaïens que certains textes de Kafka lui-même. Mais il note également que, sans Kafka, il nous serait impossible de repérer ces qualités kafkaïennes chez des auteurs antérieurs et de les rapprocher l'un de l'autre. Notre vision est forcément rétroactive. Tout se passe comme si Kafka créait quelque chose de nouveau, mais qui lui préexistait. En ce cas, il fonctionne surtout comme révélateur.

Il en va de même, d'une certaine façon, avec son contemporain Lovecraft. L'adjectif "lovecraftien" convoque des associations d'idées aussi précises que "kafkaïen". On crédite l'auteur de Providence de l'invention de l'horreur cosmique, d'un sens du tentaculaire, avec au-dessous une crainte sourde de la folie, de l'étranger, de la perte de contrôle. Lovecraft cristallise tout ça d'un coup, en quelques années et une poignée de nouvelles. Et, comme chez Kafka, on pourra noter avec étonnement que Polaris est nettement moins lovecraftien que des textes de Hodgson comme La Maison au Bord du Monde ou Les Canots du Glenn Carrig. Et que, par contre, on y sent planer l'influence de Lord Dunsany.

On ne saurait réduire Hodgson à un simple rôle de précurseur, bien sûr, et certains de ses textes sont aux antipodes de Lovecraft, par exemple le cycle consacré au chasseur de fantômes Carnaky. Pourtant, l'horreur maritime telle qu'il peut la pratiquer, ce sens du visqueux et du vaseux, nous rappelle directement ce qu'en fera plus tard HPL, dès Dagon. Et La Maison, avec sa plongée fantasmatique dans un avenir apocalyptique, renvoie directement aux grands textes de Lovecraft comme Dans l'Abîme du Temps.

Le Grand Dieu Pan, d'Arthur Machen, est souvent cité lui aussi dans la liste des textes précurseurs. Et de fait, ce réveil d'un dieu ancien qui conduit à la folie ceux qui le voient, c'est un motif auquel nous associons assez spontanément l'adjectif lovecraftien. Mais le rôle de la femme, dans ce court roman, échappe totalement aux canons de l'œuvre d'HPL.

Mais les précurseurs d'HPL ne se trouvent pas que dans le domaine anglo-saxon. Le Horla montre une métaphorisation de la folie et de sa peur assez typique de Lovecraft, dans un contexte rural. Quant à l'horreur tentaculaire, la scène du calmar géant "Ah, l'abominable bête" dans 20.000 Lieues sous les Mers a un côté clairement précurseur, tout comme celle des Travailleurs de la Mer, dans laquelle Victor Hugo oppose un pêcheur à l'horreur de la pieuvre (c'est d'ailleurs, je crois, la première occurence de ce mot normand dans la littérature française).

Ce ne sont là que quelques exemples en vrac (on pourrait en trouver encore d'autres), et on notera qu'il faut Lovecraft, qui leur est postérieur, pour rapprocher Hugo et Hodgson, ou Jules Verne et Arthur Machen qui sinon, ne se croiseraient pas…