vendredi 18 mai 2018

Vrac et morceaux variés

J'ai découvert avec horreur que mon antispam, qui laissent passer des invitations à des stages de reiki ou des offres de crédit que j'ai déjà passé huit fois en "indésirable" a par contre foutu à la corbeille quantité de mails de boulot. Des relances d'un éditeur pour un boulot urgent, des questions d'un dessinateur pour un futur projet (dont voici un extrait en avant-première mondiale)


des mails de membres de ma famille, etc. Mon opérateur a vraiment chié dans la colle, mais genre bien fort. Le problème c'est que j'ai tardivement pris conscience de ce souci, et que si des trucs sont passés à l'as en avril, je n'en ai pas trace. Du coup, si jamais vous avez tenté de m'écrire et que vous avez reçu un message d'erreur, ou bien que je n'ai jamais répondu, envoyez-moi un mot en commentaire, ou renvoyez un mail. Je regarde la boite à spam tous les jours, en ce moment. Et je passe pas mal d'adresses en greenlist. Sans être certain que ça suffise.

Sinon, j'étais le week end dernier au festival Le Rayon Vert à Thionville, et c'était super. Je recommande le lieu et la manifestation. Merci encore aux organisateurs.

Et je me suis payé un gros coup de blues cette semaine : un atelier à animé m'a amené à quelques centaines de mètres de la maison où j'ai passé mon adolescence. J'en ai profité pour arriver en avance dans le coin, et pour flâner en repartant. Mon ancienne rue n'a quasiment pas bougé depuis la dernière fois où j'y suis passé. Hormis la petite bibliothèque municipale qui semble avoir été déplacée, ce qui m'a fait un petit pincement au cœur. J'ai vraiment aimé cet endroit, où j'ai découvert Andreas, Philip K. Dick, Frazetta, Moebius ou Frank Herbert. Où j'ai commencé à parler vraiment BD avec un autre habitué qui bricolait dans son coin les nouvelles aventures de Jean Gabin. Voir ce lieu converti en habitation, ça m'a fait bizarre. Je crois l'avoir su, parce que la fermeture est ancienne, et l'avoir déjà constaté, mais mon esprit avait miséricordieusement occulté la chose. Une bibliothèque ou une bonne librairie qui ferme, ça me fait toujours un peu mal.

Mais le gros coup, ça a été quand je suis descendu sur l'avenue, en bas de la ville. Il y en a un segment où je n'ai pas refoutu les pieds depuis un bon quart de siècle, au bas mot. Et là, ça m'a secoué. Tout une rangée de vieux bâtiments a été abattue et remplacée par des immeubles modernes. Des endroits où j'ai eu des amis, ou j'ai vécu des choses, des fous rires, des bonnes bouffes, des engueulades, des découvertes, des moments partagés pour le meilleur et le pire… Tout a disparu d'un bloc. En tout cas à mes yeux, puisque je prends conscience des changements cumulés d'un seul coup. La papèterie où j'achetais du matériel de dessin n'existe plus, et apparemment l'immeuble où elle se trouvait non plus. Du bar où j'allais boire des coups avec des copains, plus la moindre trace. Alors que 300 mètres plus loin, dans la ville d'à côté, l'avenue est totalement conforme à mon souvenir. J'ai un rapport conflictuel à la nostalgie, un sentiment qui m'affecte généralement peu. Mais là, je m'en suis pris un gros fix bien chargé à bloc. De la pure.

Je me suis arrêté chez un vieux brocanteur que je n'avais jamais vu dans cette rue (mais peut-être est-ce celui des arcades qui s'est déplacé de 200 mètres) et je lui ai acheté une jolie édition de Lord Byron. Je n'ai jamais lu de Lord Byron auparavant, seulement un peu de Shelley. C'est l'occasion de combler une lacune de ma culture. J'ai attaqué le Pélerinage de Childe-Harold dans le train du retour, et c'est un texte curieux, qu'on croirait situé au Moyen-Âge au départ, mais qui multiplie les considérations sur la situation de l'époque napoléonienne parce qu'il est plus ou moins autobiographique. Je l'ai pris par le mauvais bout.

Dans la série je-suis-très-emmerdé, il m'arrive le même coup que l'an passé : mon Île de Peter était sortie à peu de distance du roman Moi, Peter Pan, qui chassait en partie sur les mêmes terres. Dieu merci, cet excellent bouquin part dans de toutes autres directions et donne une lecture du personnage qui, si elle recoupe parfois la mienne, le prend par un tout autre bout. Et du coup, les deux romans ne font pas doublon. Eh bien je viens de voir sortir un Uter Pendragon qui s'attache à ce personnage important mais peu développé du mythe arthurien. Et mon prochain bouquin est justement une réinterprétation d'Uther. Apparemment, ce roman-ci part sur la version purement médiévale de la légende, donc ça doit être très différent de ce que j'ai essayé de faire. On verra bien.

Bref… Sur ces entrefaites, pipi, pâte à dents, livre en papier puis dodo.

lundi 7 mai 2018

Et j'ai crié, criéééhé Alien pour qu'elle revienne

Vous m'avez déjà entendu, ici et là, gueuler sur la "duologie" (oui, il paraît que c'est comme ça qu'on dit, maintenant. "quadrilogie" n'était que le début de la barbaritude en ce domaine. de mon temps, par contre, on disait "diptyque" et "tétralogie" mais ce sont sans doute des mots qui sonnent trop savant pour les commerciaux qui vendent des coffrets DVD) de Ridley Scott consacrée au massacre général de la licence Alien crée par Dan O'Bannon et Ronald Shusett (de l'archiduchesse).

Liste de mes vaticinations sur le sujet :
Prometheus, première partie
Prometheus, deuxième partie
Covenant
et un papier plus général sur les théories d'intelligent design en SF dont Prometheus est une illustration assez pataude

Les plus acharnés d'entre vous pourront également aller voir ce que je disais des Aliens versus Predator, mais ça nous éloigne de notre sujet. (même si Prometheus est, en fait, un mauvais remake du premier AvP, quand on y pense)

Pourquoi reviens-je retourner le couteau rouillé dans cette plaie purulente, me direz-vous ? Tout simplement parce qu'à la suite d'un de ces échanges de bouquins que je pratique avec des collègues, j'ai récupéré le comic book Alien Apocalypse, the Destroying Angels, de Mark Schultz (Cadillacs et Dinosaures) et Doug Wheatley (qui a signé une palanquée de comics Star Wars). Cette toute petite centaine de pages a été publiée il y a une vingtaine d'années chez Dark Horse, éditeur qui a pas mal écrémé les grosses licences cinématographiques de ce genre, avec parfois des pépites (le Alien Salvation de Mignola, le Robocop vs Terminator de Miller et Simonson, etc) et parfois des trucs qui relèvent du tout venant.

Et à la lecture du machin, outre le hibou qui pourrait presque être un clin d'œil à Blade Runner, force est de constater que Scott, qui a fait profession dans Prometheus et Covenant de chier à jet continu sur tout ce qui avait été fait après lui autour de l'Alien, a pillé comme un goret. Ou alors il n'a pas fait exprès, mais dans ce cas c'est pire, il démontre son manque complet d'originalité, surtout quand il se croit malin.

Alors ça raconte, quoi, au juste, ce comic book ? Tout simplement qu'un groupe de mercenaires spécialisé dans les opérations de sauvetage doit aller récupéré un scientifique parti étudier des vestiges étranges. En fait, ce scientifique avait fouillé des dossiers de la Weyland-Yutani concernant l'incident du premier film Alien, et avait cherché une autre épave du même genre. Et a commencé des expériences sur ce qu'il y a trouvé.

Comparatif avec le duoptyque… dilog… les deux films de Scott ? Un androïde qui infecte délibérément un collègue ? Check. L'éradication complète de la race des space jockeys/ingénieurs par les aliens ? Check. Le fait que la terre ait été visité dès l'origine ? Check. Un personnage qui accueille les protagonistes, mais les plante en jouant à Dieu et projetant une mystique démente sur les xénomorphes ? Check. Un androïde auquel on rattache la tête au passage ? Check.

Je déconne pas, tout y est. Mais le plus intéressant, à la limite, ce sont les différences. Car si l'espèce de cosmogonie/eschatologie toute pétée de Ridley Scott n'a convaincu personne, celle de Schultz, pourtant jouée sur un mode plus mineur, est très sympa. Mieux encore, elle est présentée comme la théorie d'un semi-dément, et le lecteur (et les protagonistes avec lui) est libre de la prendre au sérieux ou pas, ou de l'amender à volonté.

Car pour lui la vie est apparue très tôt sur Terre, il y a 3,2 milliards d'années (en fait, son chiffre est pas mauvais, ont montré des découvertes, sauf que cette vie ancienne n'a pas dépassé le stade unicellulaire procaryote pendant encore 2 milliards d'années). Elle a fleuri et donné des formes complexes, avant d'être brutalement éradiquée, puis de renaitre péniblement. Les Ingénieurs ont été éradiqués aussi, un peu plus tard, il y a un milliard d'années, juste après que la vie ait refleuri chez nous et ce retour de la vie sur terre est peut-être de leur fait. Et les traces retrouvées, dans chaque cas, pointent vers une infestation des Aliens. Ces monstres seraient peut-être alors l'expression d'un univers hostile à la vie consciente, qui l'élimine dès qu'elle parvient à quitter les limites de son propre monde. Plein de choses sont laissées dans l'ombre, mais cette histoire esquissée à grands traits est plus cohérente avec la symbolique de l'Alien que tout ce qu'en a fait Scott. Mieux, elle n'est pas prescriptive, libre au lecteur de l'accepter ou pas dans le cadre de cet univers fictionnel, quand Covenant nous martèle un "réel" qui contredit tout ce que nous savions du monstre.

Le problème de Scott n'est dès lors pas qu'il se la raconte, et qu'il raconte mal, mais surtout qu'il soit totalitaire et révisionniste dans sa façon de raconter…

dimanche 6 mai 2018

Billy Black, dans les pays de l'est, on l'appelle Tcherno-Bill

Changement d'ambiance pour mon prochain bouquin. Alors que mon roman arthurien est en cours de relecture chez l'éditeur, j'ai attaqué un nouveau roman, destiné au tout nouveau label Les Saisons de l'Etrange (qui faisait hier soir un petit happening à l'excellente librairie le Nuage Vert, rue Monge). Le concept, c'est de faire de l'aventure pulp, du mystère, du un peu perché, aussi. Du coup, sans vous en dévoiler plus mais pour que vous puissiez juger de la différence de décor, je vous en balance un extrait tout frais :


« Tu as un GPS qui capte à cette profondeur ? »
Branko étouffa un rire.
« Je pourrais te faire marcher en te disant oui, mais en fait… Non. »
Il lui tendit le téléphone qu’elle examina, curieuse. L’écran affichait un plan des rues, mais pas à la façon dynamique d’une application GPS. Un pointillé rouge clignotant marquait leur progression. Dans un coin de l’écran, huit triangles formaient une sorte de rose des vents simpliste.
« Ne le secoue pas, Marie-Jo. Ça déréglerait le truc.
— Explique…
— C’est une appli qu’un copain m’a bricolée à partir du podomètre utilisé pour le jogging. Tu uploades une carte à la bonne échelle de la zone où tu te promènes, et l’appareil compte tes pas. Et quand tu tournes, tu consultes une bonne vieille boussole low-tech avant d’indiquer la nouvelle direction sur les flèches, pour que l’appli puisse suivre. »
Elle lui rendit le téléphone.
« Tu l’as fait faire exprès pour moi ?, lui demanda-t-elle.
— Tu rigoles ? Non, elle a été conçue pour mon groupe d’UrbEx. Comme on pénètre parfois dans des sites interdits, on retire la puce de nos téléphones pour ne pas être repérés, et on s'oriente hors-ligne.
— T’es vraiment un fondu, Branko. C’était où, ta dernière expédition ?
— Tu n’as pas envie de savoir.
— Allez, dis-moi !
— Pripyat.
— À Tchernobyl ? Mais c’était il y a deux ans !
— On y est retournés depuis. »
Secouant la tête, elle lui adressa un regard navré.

vendredi 4 mai 2018

Go East

La semaine prochaine, et plus précisément le dimanche 13 mai, je serai au festival Le Rayon Vert de Thionville-Volkrange  pour y dédicacer mon album Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres. Je ne préviens que maintenant parce que, du fait des grèves de train, on n'était pas bien sûrs de la logistique. Des solutions ayant été trouvées, je pourrai sauf imprévu m'y rendre. Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas à passer me voir !

mercredi 2 mai 2018

Pastiche 51

Sonnez tambour résonnez trompettes, c'est le mois prochain que devraient débouler sur vos étals les nouvelles aventures de Séraphin Dulac, héros du Château des Etoiles écrit et dessiné par l'estimable Alex Alice. Ce premier chapitre du tome 4 sera prépublié dans le 10e numéro de la Gazette des Etoiles, revue à laquelle j'ai l'immense honneur de collaborer en tant que rédacteur de la partie journal, dans laquelle je tente de pasticher le style d'époque.
.
Et donc, histoire de vous donner envie, voici un tout petit extrait de la partie en question :


lundi 30 avril 2018

samedi 28 avril 2018

Frontière de l'Infini (air connu)

Je ne sais pas si beaucoup d'entre vous ont mis le nez dans mon bouquin sur les Cosmonautes, sorti il y a quelques années chez les Moutons électriques (si le sujet vous intéresse, foncez, je ne crois pas qu'il en reste énormément en stock) (vous voyez comme je suis subtil dans ma communication et ma pub, moi ?), mais la lecture de ce blog vous aura peut-être convaincu que la conquête de l'espace est un sujet qui m'intéresse depuis un bail.

Et donc, j'ai aujourd'hui tapé les premières pages d'un projet de BD qui va taper pile dans ce thème. Et ça me donne l'impression de revenir à la maison, d'une certaine façon…

vendredi 27 avril 2018

The Game

Ah, j'avais pas fait gaffe, mais l'interview que j'ai donnée sur Game One pour la sortie de H.P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres est passée le mois dernier. Je vous la livre ici :



mardi 24 avril 2018

La petite souris va sortir

Bon, ma BD sur Lovecraft vit sa vie, et comme de juste il est temps de passer à autre chose. Curieusement, cette autre chose dont je voulais vous parler aujourd'hui a été finie, de mon point de vue, bien avant le Lovecraft. J'ai bouclé le scénario de Disney & Disney, Deux frères à Hollywood un an au moins avant de terminer le gros de l'écriture de Howard P. Lovecraft, Celui qui Ecrivait dans les Ténèbres. Mais les aléas de la production font que l'album a mis plus longtemps à se faire, et ne sortira donc qu'à la fin de l'année (on avait pensé à la Rentrée, à un moment, mais d'autres facteurs encore sont intervenus).

Son thème ? La façon dont Walt et Roy Disney, partis de rien, ont fondé un empire du divertissement qui demeure quasi hégémonique, un demi-siècle après leur disparition. Une autre ambiance que Lovecraft, donc, mais néanmoins un recouvrement de période et le fait que, malgré tous leurs défauts, Oncle Walt et H.P. Lolo ont tous deux été de grands créateurs qui influent encore sur notre imaginaire.


lundi 23 avril 2018

Dédales

Ça fait un bail que je ne vous ai pas posté une nouvelle. Celle-ci n'est pas inédite, elle a été publiée dans le premier numéro de Fiction quand Les Moutons électriques ont relancé la revue, il y a de ça un bail.


Dédales
Alex Nikolavitch

- Attendez-moi ici.
L’arpenteur partit en pataugeant dans l’eau boueuse et disparut à l’angle des tunnels. Son client resta là, grelottant dans le vent humide qui soufflait à cet endroit, provenant d’on ne savait où dans ces interminables catacombes. Il savait qu’il ne fallait pas discuter la volonté de l’arpenteur, alors il se décida à attendre en comptant les rats, les pieds dans la boue.
Pris d’une inspiration subite, il sortit son couteau, cherchant des yeux une surface dégagée pour y inscrire son nom. Un détail attira son regard, un réseau de fines rainures gravées sur la paroi dégoulinante. L’érosion avait mis l’inscription à mal, mais on y lisait encore un nom, on devinait une date ancienne.
L’homme sursauta soudain. L’arpenteur était revenu et lui faisait signe de le suivre. Alors il rangea sa lame et obéit. Ils s’engagèrent dans un boyau étroit et sinueux, aux murs glaiseux et irréguliers, un conduit qui avait plus l’apparence d’une faille naturelle que d’un passage creusé par l’homme. Les deux hommes cheminèrent en silence pendant une petite heure. De loin en loin, à mesure que le tunnel s’élargissait, le client remarquait des ouvertures, parfois des échelles métalliques semblant conduire à l’extérieur, au-dessus du dense réseau de tunnels. Mais son guide n’y prêtait visiblement pas attention.
Finalement, le client se décida à lancer quelques mots, des considérations sans doute banales sur l’étendue des catacombes. L’arpenteur sourit.
- Oh, fit-il. Ça va aussi loin que l’imagination peut le concevoir. Plus loin, même.
- Tant que ça me conduit là où je veux aller…
- Là où l’on trouve des émaux ciselés, du vin à la cannelle et où la lune n’est pleine qu’une fois tous les trente trois jours…
- Je n’aurais pas dit mieux moi-même. Vous connaissez l’endroit ?
- Non, mais il est décrit dans mes tablettes. Dès lors je peux vous y conduire.
Le client fronça le sourcil.
- Vous n’y êtes jamais allé ? Vous n’y avez jamais emmené personne ?
- Non, jamais. Mais de toute façon je laisse les gens en bas de l’échelle. Je ne remonte pas, je ne sors pas avec eux. Ce qui se passe en haut ne me concerne pas.
Cela coupait court à toute autre question sur le sujet. En silence, les deux hommes continuèrent de longer un mur de briques rouges marqué ici et là de motifs en fer forgé à demi rouillés. L’arpenteur obliqua sans hésiter dans un couloir taillé à même un grès dans lequel on devinait des veinures dorées.
Les couloirs s’élargissaient, et l’ensemble s’asséchait. Les deux hommes pataugeaient moins dans les eaux d’écoulement. La lampe de l’arpenteur éclairait des frises de calcaire rongées représentant des scènes mythologiques, sans qu’il soit possible de déterminer précisément de quelle mythologie il était question.
- C’est encore loin ?
- Assez. Nous ne sommes pas à la moitié du chemin. Si vous ressortiez ici, vous tomberiez sur ce lieu où les hommes sont plus grands qu’ailleurs, où l’on ne connaît pas le travail du métal, mais où les massues de bois sont délicatement ouvragées.
- Je n’en ai jamais entendu parler.
- Peu de gens y vont. L’endroit n’a que peu d'intérêt et il est dangereux.
Après qu’ils aient longé sur quelques kilomètres le rivage d’un lac souterrain, l’arpenteur décida d’une pause. Ils s’assirent sur un banc de pierre et déballèrent leur repas. La viande avait l’apparence du lapin, mais le client n’osa pas se poser trop de questions à son sujet. Les champignons étaient excellents, ainsi que la trouble liqueur que l’arpenteur lui proposa en guise de digestif.
Quand ils reprirent la route, ce fut pour descendre le long du gouffre où se jetait le lac. Ils suivirent longuement un étroit sentier de mulet, puis l’arpenteur avisa une faille dans la paroi et il s’y glissa prestement. Son client le suivit, trébuchant sur les blocs schisteux qui encombraient le chemin. Le souffle d’air provenant de l’autre extrémité lui irritait les yeux.
Les deux hommes arrivèrent enfin dans une grande caverne au plafond hérissé de stalactites. Le sol était fangeux, mais l’arpenteur n’avait pas l’air d’y prendre garde. D’un coup de fronde, il abattit un petit serpent qui descendait vers eux en spiralant autour d’une des pointes minérales.
- Il se nourrit habituellement de rats, mais son venin est foudroyant. Surveillez la voûte, car il y en a d’autres.
Ils empruntèrent un escalier taillé à même la roche pour sortir de l’endroit. Le client scrutait les ombres, craignant d’y voir apparaître des formes sinueuses et menaçantes. Quand il débouchèrent dans un couloir dallé, signe tangible de civilisation, il respira plus librement.
Le granit était érodé, mais on reconnaissait des motifs taillés dans la roche, une procession de rois aux costumes sophistiqués. Puis la procession était interrompue par une fissure béante et reprenait après, avec d’autres costumes, différents des précédents. Le client s’était arrêté pour examiner ce travail dont on discernait encore la finesse et la précision, mais l’arpenteur lui fit signe de venir et il dut s’arracher à la contemplation des sculptures.
Les échelles conduisant à l’extérieur étaient elles aussi d’un travail différent, d’une couleur rappelant le bronze patiné. Çà et là, les parois étaient rayées d’éclats, comme si on s’était battu à cet endroit. Le client buta sur une aspérité du sol. C’était le squelette calcifié d’un homme encore crispé sur sa hache. Quelque chose dans la forme des mains -ou était-ce l’implantation des dents?- le mit mal à l’aise. Il accéléra le pas pour rattraper son guide.
- Que c’est-il passé, ici ?
- Un peuple qui vivait à cette sortie, là-bas -le guide désigna une échelle corrodée au fond d’un couloir latéral- a voulu s’emparer des richesses d’un endroit situé en haut de l’échelle que vous venez de dépasser. On s’est battu en surface, mais aussi dans les catacombes. Finalement, la région agressée a appelé d’autres peuples à son secours et la situation en est restée là depuis.
- C’était il y a combien de temps ?
- Je l’ignore. Longtemps, sans doute.
L’humidité recommençait à imprégner le sol. Il y avait des écoulements le long de certains murs, formant de véritables ruisseaux qui allaient se perdre dans les fissures du sol. Le couloir descendait en pente douce, s’étrécissant à mesure.
C’est au bord d’un puits à la margelle de grès rose que le guide fit signe à son client de s’arrêter.
- Vous voyez cette échelle, là-bas ?
- Oui.
- Eh bien, c’est en haut que vous trouverez l’endroit que vous cherchez.
Le client s’approcha de l’échelle et examina les montants métalliques corrodés. Il tira dessus, pour en éprouver la solidité et, satisfait, monta les premiers barreaux.
Puis il redescendit et tendit une petite bourse de cuir à son guide.
- Merci pour tout. J’imagine que, pour le retour, la procédure est à peu près la même partout ?
- À peu de choses près, oui. Trouvez le gardien Généralement cela suffit.
- Merci.
L’homme grimpa à l’échelle et disparut dans l’ombre du conduit vertical. Le guide s’assit au bord du puits pour souffler un peu, puis reprit le chemin du retour.
Il savait qu’il ne reverrait probablement jamais son client.


samedi 14 avril 2018

Point d'étape

Bon, mon prochain roman est terminé, en tout cas son premier jet. Parce que la deuxième phase, celle de la relecture et des corrections, elle ne fait que commencer. Alors on émonde, on taille, on rajoute, on réécrit. Et on remercie les ami.e.s qui se prêtent au jeu de la chasse à la coquille et à la phrase bancale, qui me commentent la structure, qui me disent si les buildups/payoffs marchent ou pas, etc.

Du gros boulot. Et en parallèle, bien sûr, j'ai attaqué le bouquin suivant, qui est prévu pour le nouveau label Les Saisons de l'Etrange. Ça va être une histoire d'enquêteur paranormal, avec un twist rigolo, je ne vous en dis pas plus.

Mais all work and no play make Niko a dull boy, c'est bien connu. Et donc, la semaine passée, j'ai passé le week-end à tester des jeux de société. Le Conan de chez Monolith, que je n'avais pas eu l'occasion d'essayer jusqu'alors, mais qui fut facile à maîtriser puisqu'il utilise le même système que leur Batman (dont le financement est bouclé). Mais j'ai aussi pu tester divers autres trucs, dont Blood Rage, dont le mécanisme m'avait semblé imbitable au départ, et qui en fait est assez génial. Le concept : des vikings envahissent une île magique dans le but de se couvrir de gloire, et les manières de récupérer de la gloire sont variées, y compris en perdant glorieusement des batailles. Retournements de situation garantis, encore plus brutaux que dans Game of Thrones. Je me suis fait défoncer, mais on s'est bien marrés. Je recommande le bazar.

Et un autre jeu qui m'a épaté, c'est La Flamme Rouge, un jeu de courses cyclistes, avec un mécanisme hyper simple, mais qui autorise de grandes subtilités tactiques. Vraiment une très belle surprise. Le système gère brillamment la fatigue graduelle des coureurs, les montées et les descentes, les effets de peloton, les échappées, mais de façon très fluide, et il est très équilibré. Pareil, je recommande vivement.

edit (emarcel) : passé l'après-midi de dimanche à jouer à Conan avec mes mômes. on s'est éclatés.

vendredi 6 avril 2018

Nocturnes

Héliocentrisme.

Un mot compliqué qui signifie simplement que nous tournons autour du soleil. Qu'il est le centre de notre petit monde.

Ce que cela signifie, aussi, c'est que quand il fait nuit, nous lui tournons le dos. La nuit n'est pas quelque chose qui se "fait", en fait. C'est une posture passive de notre moitié du monde. Elle est reposante : faire face au soleil nous aveugle. Elle porte aussi une potentialité morbide : si la terre s'arrêtait de tourner quand il fait nuit, alors ceux pour qui c'est la nuit gèleraient. Car le soleil est aussi au centre de notre univers à ce titre-là, il nous fournit l'énergie vitale qui nous alimente (bon, en cas de cessation de le rotation terrestre, ceux de la face jour crameraient. choisis ton type de camarde, camarade). Avec la réduction des éclairages ici et là, le citadin que je suis retrouve plus facilement le vrai goût de la nuit. On la sent quand, sur la route reliant les deux villes, désormais dépourvue de lampadaire, on croise un camion réduit à des alignements de loupiotes perçant l'obscurité et définissant une forme abstraite. Cette noirceur dans toutes les directions, seulement brisée ici et là par une lumière lointaine, a quelque chose d'à la fois pesant et libérateur.

La Nuit a toujours fait peur à l'Homme. Mais envisagée sous cet angle, cette peur a quelque chose de l'effroi pascalien : quand nous tournons le dos au soleil, nous faisons face au reste de l'univers.

mardi 3 avril 2018

Va, les forges

Une mode, en ce moment, ce sont les vidéos de relaxation, des trucs où une voix douce, susurante et hypnotique est censée vous détendre. Inutile de dire que ces trucs directifs me stressent et me foutent dans des états d'angoisse pas possible (j'ai essayé le yoga, aussi, et j'ai vite arrêté, ça me donnait envie de taper sur le prof en lui gueulant "mais tu vas pas la taire, ta gueule ?").

Et en fait, dans le genre, ce qui me détend à tout coup, ce sont ces vidéos de forgerons ou de types qui font de la restauration d'objets en métal, et qui ne blablatent pas dessus. On les voit couper, refondre, poncer, gratter, polir, redresser… Et ça me fait un bien fou, c'est absolument incroyable.

Je dois pas être tout à fait normal, en fait.

Ou alors c'est tous les autres qui sont dingues.

Pour ma tranquillité personnelle, je m'en tiendrai à cette seconde interprétation.

lundi 2 avril 2018

Suite des épisodes précédents

Et donc, le premier jet du roman est fini, et a été envoyé à mes relecteurs pour une première passe de corrections avant envoi à l'éditeur (les toujours estimables Moutons électriques). Sachant que j'ai déjà fait une relecture intégrale pour virer les coquilles les plus évidentes et les pains de continuité qui m'auraient échappé (j'ai encore fait le coup du personnage qui continue à faire des trucs alors qu'il est mort cinq pages plus tôt).

Et comme j'avais déjà fait un premier envoi des 3/4 du manuscrit, certains relecteurs m'ont déjà rendu des notes.

Vous vous rappelez de ce que je disais l'autre jour à propos des scènes indispensables, mais pénibles à faire ? C'est rigolo de les voir ressurgir dans ces occasions. Car on les reconnaît facilement, ce sont celles sur lesquelles le plus de choses se retrouvent biffées, annotées, amendées. Et donc, me voilà repartir pour chacune de ces scènes sur une deuxième tranche de galère. J'aurais envie de dire "merci les relecteurs", et je le dirai, mais au premier degré : retravailler ces séquences me semble en effet indispensable.

Et si le premier jet, sur un roman un peu complexe par sa structure et la documentation qu'il demande, n'est déjà pas simple, le retravail est encore un autre défi.

En attendant, je vous en balance un petit extrait :


Quand les feux et les rires commencèrent à s'éteindre, et qu'une servante fut allée coucher Ambrosius, Uther se pencha vers son hôte.
« J'ai été absent fort longtemps, je le sais. Et si loin de terres familières que j'ignore ce qu'il a pu survenir en mon absence. Raconte-moi les années écoulées.
— Ici, elles furent égales à toute autre, Uther. Parfois nous avons repoussé des pillards, et parfois nous avons commercé avec la côte. Parfois, les champs ont donné, et parfois ils nous ont laissés le ventre creux.
— Mais à l'Est, sur les terres de mon clan ? En as-tu eu des nouvelles ? »
Le vieillard jeta à Uther un regard lourd. Il ne souhaitait pas blesser un ami de son village en se faisant porteur de tristes histoires. Il fit signe à une femme de leur rapporter un cruchon d'épaisse cervoise noire, qu'elle leur servit dans des gobelets d'étain. Uther la laissa verser le breuvage, sans montrer le moindre signe de l'impatience qui le rongeait.
« Tu ne reconnaîtrais pas ton pays, Uther. Ton clan, sous le conduite de ton jeune frère, le défend pied à pied, et Camulodunum tient bon. La ville a même, me suis-je laissé dire, grandi. Elle attire à elle tous ceux qui fuient les Saxons. Son étendard à l'effigie d'un dragon est devenu un fanal, une lueur d'espoir pour tous, quand bien d'autres villes sont tombées.
— D'un dragon ? Mais pourquoi un dragon ?
— Tes ennemis ont déformé ton surnom de Pendraig t'ont appelé Pen-Drache, le dragon. Et ainsi, l'image leur rappelle que tu fus défenseur de ces terres et fléau de leurs frères. »
Uther s'aperçut alors qu'il avait posé la main sur la garde de son épée tandis que le vieillard parlait. Il en sentait la douce chaleur affluer en lui, réveillant le chef de guerre, et la bête, assoupis dans ses tripes. Il vida son gobelet d'un trait et le tendit à nouveau à la servante qui le remplit une fois encore. Un jeune homme passa devant la table, celui qui les avait accueillis à la porte, lui sembla-t-il, sans qu'il en soit sûr dans l'obscurité grandissante. Ce garçon respirait la vitalité, l’insouciance de son âge qui en faisait toute la force. Il était l’avenir. Et ne se souciait pas du passé, renvoyé à des récits de coin du feu. Uther eut soudain peur de voir tous ses combats, tous ses engagements, tous ses déboires et toutes ses souffrances se réduire à cela, une mention floue dans des histoires contées par des vieillards pour passer le temps, pendant les soirées d’hiver, jusqu’à ce que d’autres histoires prennent leur place, et que les anciennes soient graduellement déformées, puis oubliées.

dimanche 1 avril 2018

Dernière ligne droite

Alors même qu'une station chinoise va peut-être nous tomber sur la tête (enfin, peut-être sur la vôtre, mais pas la mienne : j'ai vérifié, je ne suis pas sur le trajet du bidule), je sue sang et eau sur mon prochain bouquin.

En fait, il est pour ainsi dire fini. J'ai attaqué depuis quelques semaines une phase intensive de relectures, avec l'assistance de quelques ami.e.s qui me font la grâce de me transmettre leurs annotations, ce qui me permet de débusquer fautes, imprécisions, tournures foireuses, moments où je me suis regardé écrire, et de traquer sans pitié les menues incohérences qui se sont glissées dedans.

Mais mon premier jet n'est pas pour autant terminé. Oh, à l'heure beaucoup trop tardive où j'écris ces lignes, il m'en reste une grosse quinzaine à injecter dans mon manuscrit. Une scène de dialogue explicatif, paumée dans un chapitre de transition, importante pour la cohérence générale du truc (dont la fin est par contre écrite depuis un bail).

Et c'est emmerdant comme tout, ces scènes d'explications. Parce que si elles sont souvent essentielles, elles ne doivent pas devenir lourdes et pesantes. Si je m'emmerde en écrivant la scène, y a de bonnes chances que le lecteur décroche aussi. Et donc je me retrouve à galérer comme un rat pour synthétiser le truc et le réduire au maximum, et le compléter proprement pour que ça s'intègre bien. C'est l'aspect assez technique du boulot, loin du mythe romantique de l'inspiration.

dimanche 18 mars 2018

Les fossiles qui rendent marteau

Dans mon rêve de cette nuit, on exhumait pas loin de chez moi des fossiles bizarroïdes, plus ou moins polypeux, assez gros. Et en fait, il s'avérait qu'au contact d'êtres vivants, ces machins se réveillaient, et crachaient des spores qui s'infiltraient partout, se collaient partout, infectaient tout. Et en fait, ces gros fossiles 'étaient les têtes d'une sorte de ténia géant. Et du coup, on comprenait en cours de route que quand les spores prendraient vie, on se ferait bouffer de l'intérieur.

Au réveil, avant même d'aller pisser et même de mettre mes binocles, j'ai été me frotter les mains jusqu'au coude avec du gel hydroalcoolique de qualité industrielle. On sait jamais. J'avais touché ces fossiles à la con, moi aussi.

Va vraiment falloir que j'arrête, avec Lovecraft, ça commence à m'esquinter.

samedi 17 mars 2018

L'H.P. près de chez vous



Le Vendredi 23 Mars à 18h, avec Karim Berrouka (Le Club des Punks contre l'Apocalypse Zombie, lecture fortement recommandée, et plus récemment Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu) et Christophe Thill (qui prépare l'édition française du Je Suis Providence de T.S. Joshi) je participerai à une rencontre et dédicace autour de Lovecraft à la librairie le Nuage Vert. Ça vient d'ouvrir et c'est 41 rue Monge, Paris 5e.

Venez nombreux.

jeudi 15 mars 2018

Bat-fiches

J'en ai déjà causé à plusieurs reprises par ici, je suis consultant en Batman pour le jeu de plateau Batman : Gotham City Chronicles édité par Monolith et qui sort l'an prochain (et fait l'objet d'un kickstarter qui approche des 3 millions de dollars, là).



En quoi ça consiste, au juste ? Eh bien à plus ou moins valider le matos de jeu (mais il y a assez de fans de comics dans l'équipe pour que cette partie là soit assez pépère) et à produire les fiches concernant les personnages jouables.

Et là, ça pose plusieurs problèmes intéressants, et c'est précisément de ça que je comptais vous causer aujourd'hui. Car si tout le monde connaît à peu près Batman ou le Joker, et qu'à la limite on pourrait se passer de fiches les concernant, il est déjà plus délicat de s'y retrouver dans les nombreux Robin et Batgirl, par exemple. Et donc, on est amené à faire une fiche pour Cassandra Cain, Barbara Gordon ou Damian Wayne afin d'expliquer d'où ils sortent, ce dont ils sont capables et qui ils sont dans le fond. Pour quelqu'un qui traduit du DC Comics depuis 18 ans ou presque, et en lit depuis… pfouuu… une quarantaine d'années… ça ne présente pas de difficulté particulière, bien sûr.

Mais… Mais l'univers DC est difficile en soi. Si le jeu ne présente pas de version "pré Crisis" des personnages (et Batman n'a pas été aussi impacté par l'événement de 86 que ne l'ont été Superman et Wonder Woman), il y a un certain nombre de figurines qui relèvent de l'avant "Flashpoint" ou du "New 52". Vous avez l'impression de patauger, d'un coup ? C'est normal. Car DC Comics a rebooté son univers il y a quelques années, et modernisé plein de personnages. Le Sphinx de maintenant n'a plus grand-chose à voir avec celui d'il y a dix ou vingt ans.

Alors si le personnage dispose de deux figurines, c'est simple : on fait deux fiches.

D'autres personnages ont évolué notablement, mais sans changer particulièrement d'apparence. C'est le cas par exemple du Commissaire Gordon. Il n'a qu'une figurine. Rédiger sa fiche, c'est donc jongler avec les deux versions, en ne mettant en avant que les éléments communs aux deux, ou ceux qui sont suffisamment passés sous silence dans une des versions pour qu'on puisse les évoquer sans se heurter à une contradiction frontale. Ça, c'est un peu plus délicat à travailler, donc. Surtout pour des personnages qui en plus sont bien connus du public via les versions ciné ou dessin animé, version qui peuvent elles aussi présenter des points de divergence avec les comics. Alors comme les droits auxquels se raccroche le jeu sont ceux des BD, je ne suis pas censé avoir à me préoccuper des versions sur écran, mais je dois partir du principe qu'une portion conséquente des joueurs ne connait que celles-là, et autant ne pas les heurter quand je peux l'éviter.

Dernier point, il s'agit de fiches dans un manuel de règles du jeu. Règles qui, pour pouvoir parer à toute situation, sont parties pour être conséquentes (les mécanismes du jeu sont relativement simples, mais peuvent générer des configurations qui le sont moins). Infliger au joueur des tartines sur des personnages parfois obscurs, ce serait contre-productif. Mes fiches se doivent donc d'être le plus synthétiques possible. Une dizaine de lignes tout au plus, permettant de faire connaissance avec le personnage. Au pire, pour ceux qui voudraient approfondir, des BD comme Silence ou Long Halloween sont disponibles, et mettent en scène une partie conséquente de l'immense galerie de personnages secondaires accumulée par Batman au fil des décennies. (Silence fait d'ailleurs partie des références visuelles assumées des sculpteurs des figurines, avec le run de Snyder et Capulo).

Voilà, c'était mon mini making of, me permettant d'expliciter un peu ma philosophie quand j'aborde ce genre de boulots.

mardi 13 mars 2018

Cap ou pas Cap ?

Ça fait quelques années que je ne lis plus qu'épisodiquement du Marvel. Il y a des auteurs ou des personnages auxquels je m'intéresse encore, mais les convulsions de l'univers Marvel lui-même, les grands événements qui changent tout, ça m'indiffère assez depuis un bout de temps.

Forcément, ça me conduit à louper des trucs pas mal, alors je me fais régulièrement des sessions de rattrapage. J'ai récupéré il y a pas longtemps les Hulk de Mark Waid, par exemple, que j'ai trouvé plus plaisants que ce qu'on avait pu m'en dire. J'avance dans les Thor de Jason Aaron, bien fichus.

Et puis on m'a prêté dernièrement les Captain America de Nick Spencer. Ceux qui suivent tout ça se souviendront peut-être qu'ils avaient fait scandale y a une paire d'années quand il avait été révélé que Captain America était un agent d'Hydra DEPUIS LE DEBUT !


L'épisode dont la case ci-dessus constituait la dernière page n'était même pas encore sorti que cela s'offusquait d'une telle trahison par les auteurs de ce qui constituait l'essence même du personnage, de la volonté de ses créateurs, du lectorat, etc, etc.

Et comme dans beaucoup de scandales de ce genre, je remarque que les plus bruyants sont les moins concernés.

Parce qu'on peut démontrer que ceux qui ont inondé internet de vociférations ne lisaient pas la série.

Cette case est extraite de Steve Rogers Captain America n°1,  écrit par Nick Spencer. Un premier numéro, c'est l'occasion de faire bouger les lignes, d'accrocher de nouveaux lecteurs. Mais Marvel étant ce qu'elle est en ce moment, c'était loin d'être le premier numéro que Spencer consacrait au personnage. En fait, quand il arrive à cette révélation, ça fait près de deux ans qu'il anime un titre appelé Sam Wilson, Captain America. Et qu'en fait, si on lit cette série précédente, on voit bien que cette révélation scandaleuse était préparée de longue date et ne saurait constituer une surprise… que pour ceux qui ne l'ont pas lue.

Car une bonne partie de la fin de SWCA tourne autour de manipulations du SHIELD avec un Cube Cosmique, un objet dont, depuis de vieux épisodes de Kirby consacrés au Captain, on sait qu'il permet de réécrire le réel. Or, lors d'un de ces épisodes, Steve Rogers se trouver ainsi "réécrit". Oh, la modification qu'il subit est positive (il retrouve sa jeunesse et ses pouvoirs) mais il n'empêche. D'autant que dans les mêmes épisodes, le Cube a surtout servi à réécrire des méchants pour en faire de bons citoyens (ce qui pose de très intéressants problèmes éthiques que la série tente de développer).

Dès lors, pour le lecteur familier des épisodes précédents, l'hypothèse d'une manipulation grâce au Cube tombait sous le sens. Et le n°2 de SRCA confirmait de toute façon cette piste. Fermez le ban, on a là une histoire certes construite sur un coup de théâtre un peu facile et conçu dans une idée de shock value, mais certainement pas de quoi se scandaliser. Pour l'ouvrir comme certains l'ont fait, il fallait n'avoir lu que la case incriminée et le résumé de l'épisode. Et accessoirement ne rien connaître aux mécaniques feuilletonnesques des comics, qui nous ont livré ce genre de retournements par paquets de douze depuis 80 ans que les super-héros existent.

Cela a été mis sur le compte d'un fandom de plus en plus toxique (comme précédemment le Gamergate et les Sad Puppies), mais c'est aussi un indice du fonctionnement (ou non fonctionnement, d'ailleurs) du débat, de nos jours. Les esprits s'enflamment à toute allure, et l'on remarque là aussi des déclarations très agressives de gens qui sont soit non concernés, soit se greffent sur des discussions pour verser de l'huile sur le feu. On l'a vu dans l'affaire de la gamine voilée dans The Voice, dans l'affaire de ce bouquin maladroit sur l'adolescence où le débat a tout simplement été confisqué par des pétitionnaires voulant le faire interdire (c'est très malin : la vraie discussion de fond sur le sexisme s'est éteinte d'un coup, pour céder la place à un débat biaisé et piégé sur la censure) (le même débat que nous ressortent les cadres du FN et autres supplétifs de l'extrême droite genre Zemmour qui pleurnichent qu'on les empêchent de s'exprimer, mais viennent l'exprimer à la télé, à la radio et dans la presse).

Il y a là une méthode qu'on voit appliquée de plus en plus souvent dans plein de domaine. Confiscation de débats légitimes par des agités qui le rendent impossible. C'est même devenu une méthode de gouvernement (il suffit de voir les déclarations de Collomb sur les associations d'aide aux migrants) et le problème n'est même plus celui d'une droitisation de la société (ou en tout cas de l'expression publique, et là aussi il y a une nuance à ne pas oublier) (et le problème, c'est qu'à gauche-gauche, on a de plus en plus recours à ce genre de méthodes aussi).

N'oubliez pas que c'est précisément ce genre de biais du débat qui a permis l'émergence de Trump… Nous ne sommes pas à l'abri. Et avec les nullités, mis en examen et autres échappés d'école de commerce qui sont au gouvernement, on a peut-être déjà perdu la guerre.

C'est fou comme, de nos jours, la simple lecture d'un comic book de consommation courante donne à réfléchir sur l'état du monde…

vendredi 9 mars 2018

Quand y en a plus…

On pourrait croire que le boulot du scénariste s'achève quand il tape le mot "fin" en bas de son texte et l'envoie au dessinateur et à l'éditeur.

Et bien entendu, une telle conception serait totalement éloignée de la réalité. Prenons par exemple le cas de mon dernier album (HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres, en vente dans toutes les bonnes librairies, commandable sur internet, si vous ne l'avez pas encore, c'est le moment de vous décider comment ça je profite des parenthèses interminable pour faire ma pub?), un exemple tout à fait choisi au hasard, ça va de soi.


Le gros du scénario (hors corrections, relectures, amendements et modifications de dernière minute) est bouclé depuis plus d'un an. Et entre le moment où j'ai bouclé le scénar et celui de la sortie du bouquin le mois dernier, il y a eu toute une phase de ping-pong entre moi, l'éditeur et les dessinateurs, histoire de se mettre d'accord sur plein de trucs, d'en corriger d'autres, de remanier… Tout un suivi, en somme.

Mais une fois que les pages sont validées, envoyées chez l'imprimeur, livrées au libraire, c'est fini, non ?

Ha ha.

Non, en effet.

Il y a tout le service après vente, comme chez Darty. Outre les dédicaces (j'ai calculé que j'ai signé un peu plus d'1% du premier tirage, déjà), il y a les interviews. J'en ai donné déjà quelques unes mais ça continue, puisque rien que cette semaine, j'étais dans les locaux de la chaîne de télé Game One pour en enregistrer une autre, et au téléphone avec la station Graph'it de Compiègne (qui doit répercuter la chose à d'autres stations locales) (pour la petite histoire, j'étais déjà passé chez eux il y a une dizaine d'années de ça, et j'en garde un excellent souvenir) pour causer du bouquin. Je vous dirais quand c'est diffusé et podcasté.

Et puis il y a l'édition de luxe. On a lancé un financement participatif avec l'éditeur et ça a bien marché : il n'en reste qu'un exemplaire à cette heure, et sinon on peut encore participer pour avoir l'édition normale et diverses contreparties.

Et justement, l'une de ces contreparties est un cahier making of. Alors vous qui lisez ce blog un peu régulièrement, vous vous doutez bien qu'une partie du boulot est déjà fait : j'ai assez parlé d'HPL dans ces colonnes pour avoir de quoi remplir une partie du fascicule. Reste l'autre partie, et je m'y suis employé avec entrain. Et le truc une fois rempli, faut le relire, le corriger, etc. C'est ce que j'ai fait ce matin.

Donc voilà… Moi qui croyais faire un métier de fainéant (on m'a toujours dit que c'en était un, et comme un con j'y ai cru, le piège quoi), j'arrête pas de bosser.

jeudi 8 mars 2018

Ja, Gut

La récente polémique allemande au sujet du Projet Gutenberg est peut-être l'occasion de revenir sur cet outil qui m'a toujours été précieux. Pour ceux qui ne connaitraient pas, il s'agit d'une ressource en ligne avec plein de bouquins libres de droits, aux formats html, pdf, ebook, etc. Très pratique, donc. L'ebook pour lire sur tablette, par exemple, et l'html pour pouvoir faire des citations.

En plus, c'est nettement mieux foutu que Gallica et moins le foutoir qu'Archive.org, donc c'est mon premier choix dès que je cherche quelque chose de précis. C'est là-bas que j'avais récupéré par exemple l'intégralité du rapport d'expédition de Burton à la Mecque qui m'avait été très utile pour un de mes albums de BD. Y a pas tout, chez Gutenberg, mais y a déjà plein, plein de trucs.

Le problème soulevé récemment, c'est la présence d'œuvres entre autres de Thomas Mann, alors que les délais de tombée dans le domaine public ne sont pas les mêmes aux USA (où est hébergé le Projet) et en Allemagne. Des ayants droits ont donc attaqué le Projet, qui s'est contenté de couper l'accès aux allemands (ce qui est toujours contournable, mais bon).

Notons que comme toujours, cela a dû donner lieu à des manœuvres d'avocats (grassement payés, j'imagine), et il y a eu beaucoup d'énergie de dépensée dans l'affaire. Et à notre époque qui place l'efficience et l'utilitarisme au rang des vertus cardinales, c'est pas mal d'auditer l'affaire maintenant que la poussière retombe, pas vrai ?

Et donc, allons voir les livres les plus téléchargés. Jane Austen est en tête, en VO, avec près de 40.000 téléchargements. Et derrière, ça dégringole très vite. Le premier auteur de langue allemande, c'est Kafka, mais en version anglaise, à 15.000 (9ème position au moment où j'écris), le premier français Dumas, en 30ème position (7500 ex), et en anglais aussi. Le premier bouquin pas en anglais, c'est au delà de la 70ème position, et il est… en tagalog, à 4000 ex. Les deux premiers bouquins en allemand, dans les 80-90èmes places (et entre 3 et 4000 ex) et ce sont Marx et Wittgenstein. Sur les bouquins suivants en allemand ou en français, l'ordre de grandeur, c'est 1000 ex. Le premier Thomas Mann culmine précisément à 1900 exemplaires au moment où j'écris ces lignes.

Donc c'est pour une poignée de droits d'auteur, nettement inférieure de toute façon à 5000 euros au total (si j'additionne tout ce qui a été téléchargé en Thomas Mann et que je calcule à la louche les droits correspondants par rapport mettons à une édition de poche) qu'on a sorti la grosse artillerie des avocats et fermé le robinet de TOUT le projet aux lecteurs allemands. En terme de pognon, je suis certains qu'il y a eu plus de frais que ces 5000 balles virtuels.

En termes de réaction, si je comprends tout à fait la réaction du Projet (c'est un truc non lucratif d'intérêt public, les mecs veulent pas être emmerdés ni mettre en péril TOUT leur site au niveau mondial pour une poignée de téléchargements), elle pose quelques questions.

Qui est pénalisé ? Le lecteur. Le lecteur allemand. Mais combien de lecteurs ? Et c'est là le plus triste : si le site fonctionne bien en anglais, les langues étrangères, pourtant très bien représentées (c'est là que je me fournis en Alexandre Dumas pas forcément trouvables autrement pour mes lectures d'été, par exemple) sont globalement boudées par les lecteurs non anglophones.

Alors que c'est simple d'emploi, légal, gratuit. Et c'est mis en péril pour des arguties juridiques dans lesquelles on dépense plus de pognon que le manque à gagner dont on s'offusque. Bravo.

jeudi 1 mars 2018

Pause pub

J'étais plutôt sceptique, au départ, face au système du financement participatif, que je voyais comme un moyen de tendre piteusement la patte.

Le temps a passé depuis… Et j'ai contribué à divers petits trucs, et participé à divers projets financés de la sorte. Et je constate la puissance du mécanisme. Et la liberté qu'il donne à ceux qui y ont recours.

Là, ces derniers temps, ce sont plusieurs lancements qui ont cartonné, chacun à son échelle. Deux dans lesquels je suis personnellement impliqué, et un autre qui m'intéresse bien (vous comprendrez pourquoi quand je vous dirai ce que c'est).

Et puis y en a un autre qui décolle en douceur, et que je vous enjoins à aller voir.

Vous avez vu cet art consommé du teasing ?

Bon, ce dans quoi je suis impliqué, d'abord :

Le tirage de tête de mon album HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres est quasi épuisé. Il en reste un, adossé à la collection complète des biographies chez 21g. Un peu cher, donc, mais y a de jolies choses là-dedans (notamment la bio de Philip K. Dick par mon estimable confrère Laurent Q. Ueyssi). Du coup, on a rajouté des bonifications en cours de route, dont un mini making of, constitué notamment de reprises et de remaniements d'articles postés sur le sujet sur ce blog.

Je vous avais parlé du jeu de plateau Batman sur lequel je suis consultant. Ils ont pété la barre des 2 millions de dollar en 24 heures. Je crois que ça bat le record de leur jeu Conan financé de la même façon y a deux ans. Du coup ça débloque plein de chouettes figurines en plus, si je comprends tout bien. Et c'est un super jeu, dont les mécanismes sont chouettes, l'univers riche (allez voir la liste des figs prévues, c'est balaise) et sur un thème chouette.

Ce que je suis de près, dans lequel je ne suis pas impliqué personnellement, et qui pète les stats aussi (50.000 euros en moins de 24 heures !) : une intégrale des fictions de Lovecraft, traduite par David Camus. Même niveau d'édition que le coffret Clark Ashton Smith auquel j'avais participé comme contributeur puis traducteur.

Le dernier projet dont je voulais vous causer, c'est le Young Romance de Jack Kirby, lancé par les gars qui avaient fait Kirby and Me l'an passé. Il manque encore quelques contributeurs pour le lancer. Dont moi (j'attends des sous de divers éditeurs, dès que ça tombe, je contribue). Pourquoi j'en parle ? Parce que j'adore Kirby, d'abord, et que ce Young Romance est l'occasion de montrer qu'il n'était pas qu'un inventeur génial de super-héros, mais qu'il a fait plein d'autres trucs avec le même talent (j'aimerais voir passer une réédition de ses westerns, par exemple).

Voilà. Pourquoi j'en parle, du coup ? Parce que ce système, mine de rien, permet de financer de beaux projets, et de s'affranchir au moins pour partie de systèmes de distribution dont tout montre, ces temps-ci (entre la crise prévisible du dinosaure cacochyme Prestalis qui va condamner tout un pan de la petite édition presse, les problèmes des agriculteurs, des auteurs, des couturiers bengladais et assembleurs chinois et globalement de tous les producteur primaires) l'obésité morbide. Comme pour les salades ou les œufs fermiers, le financement participatif permet de mettre en place des circuits courts. Ce n'est pas la panacée, ce n'est pas approprié pour tout, mais c'est une alternative parfaite pour des projets… alternatifs.

mardi 27 février 2018

Garder l'alien fraîche

Vous vous souvenez peut-être de mes diatribes enflammées* à propos de Prometheus, film magnifiquement loupé qui démontrait par l'exemple à quel point l'obsession d'Hollywood pour les prélogies, origines secrètes et autres au commencement était problématique. Certes, ça peut donner des trucs chouettes, mais la moitié du temps, ça répond de travers aux questions qu'on se posait, et ça prend le temps de répondre à côté de la plaque à des questions qu'on ne se posait même pas.

Et Prometheus prend valeur d'exemple (et il prend pour les autres, aussi : le Hannibal au Commencement m'intéressait tellement pas que je n'ai pas été y voir) parce que ce trop plein d'informations finit par abîmer la saga sur laquelle il se branche.



à force de réinteprétations, on peut dire qu'il en a bavé


Et ça ne s'arrange pas avec sa suite, Alien Covenant. Vous allez me dire que je pouvais m'estimer prévenu avec Prometheus, et en effet, j'ai résisté et freiné des quatre fers. Et puis j'ai fini par m'infliger le machin. Pour savoir.

Et je crois que le constat est sans appel : la mythologie Alien est toute pétée, maintenant.

Alors c'était quoi, sur le fond, la mythologie Alien ? Ça se résumait à un schéma simple : l'homme civilisé tombe au fin fond de l'univers sur une créature irréductible, avec laquelle il lui est impossible de communiquer, et qui va le détruire ou en tout cas le mettre à l'épreuve. C'est le pendant dark de 2001 et de Solaris, en un sens. L'alien prend la place des grands monstres des mythologies anciennes, celle des cyclopes, hydres et autres géants du gel, c'est une force de la nature, devant laquelle l'homme ne peut que fuir ou s'incliner. Chaque fois qu'il tente d'en nier la force, ou de la dompter, cela lui saute à la figure. Le côté mystérieux de la bête lui donne une aura quasi divine, celle de la foudre de Zeus qui s'abat sur l'hubris des hommes. Et surtout, elle échappait à tout manichéisme, elle avait un caractère viscéral. La créature n'était pas malveillante en soi, elle se nourrissait, défendait son territoire, parasitait aussi, mais ce n'était qu'un processus fondamentalement naturel. Elle était mythologique comme nous avons mythologisé le requin blanc, le lion ou le grand méchant loup. Elle se comportait comme un révélateur, un symbole de notre petitesse, qui faisait parfois de surcroît ressortir notre mesquinerie humaine ou, au contraire, notre héroïsme.

Avec Prometheus, Scott tentait d'élargir le cadre, de donner un mythe de création à sa mythologie. Le problème, c'est que ce mythe de création était tout moisi et se vaudrait dans un créationnisme SF pas très original ni très bien mené. Et résoudre le mystère de l'alien pour en faire une sorte d'arme biologique, même si l'idée pouvait sembler séduisante à la base, c'était anéantir l'argument des films d'origine : une bonne partie des ennuis rencontrés par les hommes viennent du fait qu'il s'aventurent sur le territoire de la créature (ou qu'ils l'invitent sur le leur) dans le but justement d'en faire une ressource militarisable. Et c'est là que se tient précisément leur péché : cette force naturelle est trop grande pour eux, elle leur échappe fatalement et les détruit. Si l'alien est une arme à la base, cette considération tombe d'elle-même, et de prométhéens, ces frankenstein deviennent juste des manches, exactement comme les scientifiques de l'expédition Prometheus, d'ailleurs.

Dans Covenant, Scott tente autre chose. Il tente d'introduire un diable dans sa mythologie. David l'androïde est porteur de tout un tas de notions intéressantes, il se retourne contre les créateurs de ses créateurs et tente de se faire créateur lui-même. Dans une perspective gnostique, ça pourrait être complètement fascinant (ces cascades de puissances gigognes évoquent les constructions les plus alambiquées de la gnose valentinienne) sauf que… Que rien n'est creusé.

Vous reprendrez bien un peu de rate de cosmonaute marinée ?


Et même si, sans aller jusqu'à des interprétations gnostiques, on a une figure purement satanique avec David… Eh bien ça ne marche pas très bien. Oui, il est le serpent en Eden, il corrompt l'œuvre des créateurs, mais… Mais c'est laborieux. Oui, il est tentateur (et la scène "I'll do the fingering" avec son double Walter est… on ne sait pas si c'est de l'humour involontaire, en fait). Et les symboles sont à deux balles.

Symbole, David cite Byron (non, Shelley) en déchaînant l'apocalypse. Mais ce qui amène à la scène est renvoyé à un court-métrage promotionnel, lui ôtant la moitié de son impact.

Symbole, David se coupe les cheveux (pas de blague sur Jean-Louis, résister… résister… argh, trop tard), sauf que c'est l'autre androïde, Walter, qui cicatrise et pourrait avoir du coup les cheveux qui poussent. Mais là, ça n'a pas de sens, et le fait que Walter cicatrise ne sert qu'à en fait qu'à une chose : donner un indice du twist final, le fait qu'il faille soigner l'androïde remonté à bord, ce qui montre donc que c'est David, mais cette jolie astuce est sabotée par le côté très démonstratif de la scène au-dessus de l'hibernacle.

Et ainsi de suite. Le fait que le capitaine soit croyant n'est jamais exploité (alors que face à une figure d'ange rebelle, ça aurait pu donner un truc), les deuils respectifs des personnages ne vont pas au-delà du cliché et ne devienne pas une force de motivation derrière face à une image de la Mort que pourrait dès lors représenter l'alien. Mais cette piste symbolique-là n'est pas explorée, et la bête n'est plus qu'une bestiole dont on se débarrasse en deux coups de cuiller à pot.

Les tensions sexuelles nées de la biologie de l'alien et exploitées tout au long de la saga sont ici réduites à une scène de douche qui du coup semble vulgaire et convenue.

Film pas déplaisant visuellement, Covenant échoue à poser ce que son titre suggère : un nouveau pacte entre l'artiste et ses spectateurs. Avec ce film dont tous les rebondissement sont prévisibles, il casse toutes les bonnes raisons qui pouvaient créer chez le public un besoin d'aller voir le film, sans pour autant créer de passerelles cohérentes entre les deux pans de la saga, la tétralogie initiale et ces préquelles inutiles. En voulant développer la mythologie, il l'a perdue de vue. En créant un diable, fut-ce plus innocent, par delà le bien et le mal, que franchement malveillant, il en détruisait l'économie fondamentale. Le résultat est faisandé.

Après, l'aspect spatial est tout pourri, la technologie du truc n'a aucun sens, l'atterrissage forcé est débile, les aspects technologiques servent de rustines de scénar, etc. Mais bon, on n'est limite plus à ça près. Dommage, le vaisseau avait de la gueule.

Mais ce diptyque est révélateur d'un mal autre et plus profond. Alien n'a pas été créé par Ridley Scott, mais par Dan O'Bannon. à la limite, ça aurait été à ce dernier de nous donner les clés de son univers s'il avait été besoin de les donner (bon, le pauvre est mort il y a une dizaine d'années). Que Scott s'approprie un univers dont il n'a fait que poser la première pierre que sur le plan visuel (et encore, en récupérant la dream team de designers réunie par Jodo pour son Dune avorté) (je trolle un peu, là : je sais qu'à l'époque, Scott est un immense réalisateur visionnaire, qui sort du formidable Duellistes et va bientôt accoucher de Blade Runner). Mais autant George Lucas peut avoir une légitimité à sagouiner son propre univers, autant Alien n'est pas l'univers de Scott. Il n'en était qu'un exécutant à la base, comme Moebius, Giger, Foss et Cobb à l'époque, puis Cameron et Fincher par la suite. Une sage femme, en un sens. Le voir s'improviser démiurge, même si c'est raccord thématiquement avec Covenant, c'est problématique. On est pile dans la dérive du réalisateur vu comme seul auteur du film, ce qui en écrase l'aspect purement collaboratif. Quand en plus ce réalisateur se mêle de scénario alors que ça n'a jamais été son point fort, et est peut-être rincé créativement parlant, ça finit par faire de gros dégâts.




* et

mardi 20 février 2018

Voyages, voyages

Les choses arrivent parfois en rafale : c'est une deuxième nouvelle qui est sélectionnée pour publication, cette fois-ci dans Le Novelliste, une nouvelle revue, qui devrait m'accueillir dans son deuxième numéro.

Autre ambiance pour ce texte-ci, Le Second Voyage de Hakem, l'errance d'un Andalou déraciné après 1492, et qui essaie de se reconstruire un rapport au monde :


Le lendemain, Hakem était parti. Il avait échangé un ancien manuscrit relié de cuir d'onagre contre une paire de dromadaires et des vivres pour plusieurs semaines, et s'était enfoncé dans le désert profond. Il n'avait finalement pas demandé à son hôte le secret de l'enchanteresse fontaine, décidant finalement que toute la magie venait de sa propre ignorance et qu'il tenait à la conserver intacte dans les replis de sa mémoire, comme un pur don de Dieu à destination du voyageur écrasé par le soleil du Sud. Imaginer un ingénieur calculant, un architecte dessinant ou un terrassier suant pour trouver la source lui semblait d'une certaine façon amoindrir la chose, quand bien même il n'était pas dupe de ses propres préventions à ce sujet.

mercredi 14 février 2018

Ville de lumière

Ayé, c'est officialisé, j'ai une nouvelle dans l'anthologie Dimension Paris, à sortir en avril chez Rivière Blanche et compilée par Oliver Deparis (ça m'aurait de toute façon fait bizarre si l'anthologiste s'était appelé Marcel Derouen ou Aristide DeStrasbourg). Ce que j'ai découvert, c'est que j'y étais publié notamment aux côtés de Pierre Stolze et Christian Léourier, deux auteurs dont j'adore le boulot depuis longtemps.

Le thème, si le titre n'était pas encore assez explicite, c'est Paris, et chacun des auteurs a eu à utiliser deux lieux emblématiques de la capitale. En ce qui me concerne, j'ai eu la Tour Saint-Jacques et le Louvre, et j'ai choisi pour les traiter de tenter le genre épistolaire, auquel je n'avais pas encore touché, dans un style XIXe siècle qui plaira à ceux qui suivent déjà mes vaticinations apocryphes dans la Gazette des Etoiles. Hop, en attendant, un petit extrait :


Le Caire, 1832, le 30 août.
Mon vieil ami,
Je constate que vous n’avez guère changé en mon absence et que toujours et encore vous professez ces croyances et tocades dont, je l’espère, vous m’excuserez que je m’amusasse. Certes, les anciens détenaient des secrets d’ingénierie de nature à laisser pantois, et je m’en trouve être le témoin oculaire et ébahi. Que je regrette que vous n’ayez pu m’accompagner, cela me prive du plaisir de vous voir vous en abasourdir à votre tour. J’arrangerai pour vous une visite de la collection que nous ramènerons, destinée à alimenter le musée Charles X au Louvre. Il y aura là de quoi, je le subodore, satisfaire votre dévorante curiosité et susciter chez vous un émerveillement sans bornes.
Qui ne sera rien, d’ailleurs, à côté de la pièce maîtresse, bien trop grande pour être installée dans le vénérable palais des rois de France. Mais je n’en dirai pas un mot de plus, de peur de gâcher la surprise considérable qu’elle représentera. Sa Majesté Louis-Philippe semble désirer en faire un des joyaux de la capitale. Ce chargement nous ralentit néanmoins, et le vapeur qui me ramène à Paris mettra plusieurs mois à effectuer le voyage. Quand vous saurez pourquoi, vous comprendrez.
Bien à vous,

Apollinaire Lebas

samedi 10 février 2018

Préfaces

Ce mois-ci, je suis concerné par trois préfaces :

La très gentille intro que David Camus a signée pour ma BD sur Lovecraft, la préface que j'ai écrite pour l'intégrale du Cycle des Hommes-dieux de Philip José Farmer, et celle de Manhattan Projects, un comic book de Hickman. Ce n'est pas la première fois qu'on me demande une préface, mais par contre c'est la première fois qu'on préface un de mes bouquins, et ça me fait un peu bizarre. Un livre qui sort, il échappe toujours un peu à son auteur, il prend une vie propre. Mais avec une préface, le phénomène est avancé, il arrive beaucoup plus tôt. C'est vraiment étrange, comme sensation.

Du coup, c'est peut-être l'occasion de vous lister mes propres préfaces (c'est comme les Pokemon, gotta catch'em all, tout ça, heureusement il y en a moins).

La première (non signée, d'ailleurs) avait été rédigée pour la VF du premier tome de Sleeper, de Brubaker et Phillips, une série d'espionnage parano vachement bien, que je recommande vivement (il y a deux ans, je m'étais offert pour mon anniversaire le gros omnibus VO sorti chez Vertigo). Vu que le bouquin n'est plus dispo, j'avais repris le texte ici-même.

Plus récemment, et l'ombre de Lovecraft flotte dessus, j'ai écrit celle de Batman : la Malédiction qui s'abattit sur Gotham,  un album très amusant écrit par Mike Mignola, mixant habilement la mythologie de Batman à celle de Cthulhu et consorts. J'explorai dans mon texte les aspects ludiques de l'exercice, et recontextualisait HPL par rapport aux cultures pulp et comics.

Recontextualiser, c'est aussi ce que j'ai fait au début du tome 2 d'Authority, les Années Stormwatch. Les innovations proposées à l'époque par Warren Ellis ont été tellement bien digérées par le medium que ça a banalisé cette série pourtant épatante, comme quasiment tout ce qui sortait chez Wildstorm à l'époque, entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000.

Pour Manhattan Projects, série foutraque s'il en est, j'ai joué le jeu, et livré un texte sur le même ton, conspi-taré convoquant un clone cyborg de Clausewitz, un complot des peupliers pour éradiquer l'homme, et la responsabilité de Monsieur Spock -ou de quelqu'un qui lui ressemble beaucoup- dans la Course aux Armements.

Le ton est bien sûr plus sérieux avec la Saga des Hommes-dieux. Les mythologies émergentes et les mythologies contemporaines étant, vous le savez, un truc qui me passionne, cette série mêlant gnosticisme, William Blake et Edgar Rice Burroughs ne pouvait que tenir une place éminente dans mon panthéon personnel. Merci encore aux éditions Mnémos de m'avoir permis d'en causer sur quelques pages…

Exercice rigolo que celui de la préface. Il faut éviter de spoiler ce qui suit, tout en proposant une grille d'analyses (voire plusieurs). C'est sympa à faire, en tout cas…

vendredi 9 février 2018

Réincarnations

Il y a un truc plus étrange, pour un auteur, que de tuer un personnage. Parce qu'on peut le réincarner. Voire le réincarner de son vivant. Car tel est le pouvoir démiurgique de l'auteur, il est quasi illimité.

Là, par exemple, dans le cadre de mon prochain roman, je mélangeais allègrement personnages a priori historiques, personnages à demi légendaires et personnages complètement inventés pour les besoins de l'intrigue.

Et l'un de mes personnages inventés, Aelius le Romain, avait quelques caractéristiques communes avec un personnage qu'on considère généralement comme historique, le général Ambrosius Aurelianus. Je comptais me servir de ce dernier vers la fin du roman, mais à l'usage, il s'avérait que mon Aelius attirait à lui, de façon quasi mécanique, par ses origines, sa pratique particulière de la romanité et sa nécessaire évolution personnelle au fil du récit de plus en plus d'éléments qui auraient dû appartenir à Ambrosius. Du coup, la confrontation que j'avais artistement mis en place entre les deux personnages tombait complètement à plat. Elle ne servait qu'à donner un coup de pouce final à l'évolution de ma création, sans rendre particulièrement intéressant le personnage historique.

Après deux semaines de tergiversations, je viens de reprendre mon texte et de le corriger en profondeur. Exit Aelius. Mon Romain sera dès le début du récit Ambrosius Aurelianus, celui qui est resté dans l'histoire. Sa biographie est assez floue pour tolérer les éléments que j'avais inventés pour Aelius, ce qui achève la fusion des deux personnages qui de toute façon partageaient trop de choses.

Aelius est donc mort, et une mort rétroactive, il n'a jamais existé. Seul demeure Ambrosius, porteur des restes de l'âme de mon personnage.

Il m'est arrivé d'importer des personnages d'une histoire à une autre. De prendre un personnage et de le découper pour en faire deux.

Là, j'ai écrasé Aelius sous Ambrosius, mais il survit en lui.

Imaginez, si les dieux faisaient de même avec nos propres réincarnations…

mardi 6 février 2018

Fhtagn runner

Bon, les premiers articles sur HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres sont plutôt élogieux. Ça fait plaisir. D'autant que sur un projet de ce genre, je me doutais que les cultistes m'attendaient au tournant.

Et le financement participatif du tirage de tête avance bien. Du coup, on réfléchit à des contreparties supplémentaires, y aura une annonce à ce sujet jeudi, normalement.



Et puis, ce ouiquende, j'ai gagné des places pour la soirée Blade Runner 2049 au Grand Rex (avec d'ailleurs les trois courts-métrages diffusés précédemment sur internet, dont le chouette anime de Watanabe). Ça m'a permis de revoir le film dans de bonnes conditions, et de confirmer ma bonne impression de l'ensemble. J'avais déjà causé d'Arrival, du même réalisateur, film que j'avais trouvé d'une grande finesse, et qui m'avait rassuré quant à mes craintes pour la suite de Blade Runner.

Faire une suite tardive à un chef d'œuvre est toujours un exercice ultra casse-gueule. Mettre Ridley Scott dans le loop de quoi que ce soit, de nos jours, est toujours inquiétant. Y avait de quoi obtenir une vraie bouzasse. Et force est de reconnaître que Villeneuve a évité tout un tas d'écueils de l'exercice. Ce type a un vrai tact, une vraie finesse. Du coup, les inévitable effets de rappel au premier film sont traités sous l'angle du contrepoint.

Un exemple frappant, c'est la scène d'amour du milieu du film. La séquence, dans le Blade Runner original, était une scène dérangeante, assez violente, avec une prise de contrôle brutale, une objectivation rendue logique par la nature artificielle de Rachael, et qui appuyait dès lors les questions que posait le film quant à la différence de nature entre répliquants et humains. S'ils sont fondamentalement inhumains, le sexe avec eux a dès lors un côté masturbatoire et pervers, et l'échelle des rapports demande à être précisée. S'ils sont proches de l'humain, alors il faut les traiter comme tels et non plus comme des objets. Deckard, en se comportant comme il le fait dans le film, montre son côté obscur, et en creux le côté obscur de la fabrication de réplicantes désirables.

Dans BR2049, la séquence est empreinte de tendresse et de maladresse, le côté dérangeant se situe à un autre niveau, dans ce brouillage des limites entre deux formes d'artificialités très différentes, et dans la question lancinante qui se pose du libre arbitre de Joy, l'IA, dans l'affaire. Elle est peut-être le personnage le plus riche du film, par les interrogations qu'elle représente. Quel est son degré d'autonomie ? Le spectateur lui-même se laisse facilement prendre à ses routines de séduction tranquille, et l'on comprend que K, émotionnellement immature, soit complètement sous le charme. On a envie de croire à la sincérité de Joy, bien sûr, mais le film nous renvoie à plusieurs reprises à sa nature de produit, à laquelle, contrairement aux réplicants, elle ne semble pas chercher à échapper.

Luv, de son côté, est coincée dans son rapport avec son créateur : s'il l'appelle "mon ange" chaque fois qu'il le peut, il la renvoie systématiquement à sa condition d'outil docile, d'objet, et ce double jeu la détruit intérieurement, et teinte sa loyauté montée en usine d'une quête personnelle du sens.

Et ainsi de suite. Si certains parti-pris sont déstabilisants (chez Villeneuve, l'évolution de cet univers tend vers le dépouillement, et ne recherche jamais ce grouillement du cadre qui était si caractéristique du premier film) et si le scénario présente quelques imprécisions dommageables, je trouve le pari néanmoins gagné.

mercredi 31 janvier 2018

L'édition collector

Alors, une fois n'est pas coutume, je vais poster ici plusieurs vidéos. Elles me servent à annoncer une future (futur très, très proche, stay tuned) souscription pour un tirage de tête de ma BD HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres. Ça passera par un crowdfunding sur Ulule, et y aura de petits goodies (et on prévoit même un gros goodie si jamais on pétait les stats, mais on n'en est pas encore là).
Je vous tiens au courant très vite.









Et juste parce que puisque j'y suis, autant parler des copains, Laurent Queyssi a sorti chez le même éditeur une BD sur la vie de Philip K. Dick, et je ne résiste pas du coup à l'envie de vous en partager des extraits.


dimanche 28 janvier 2018

Back from the return

Bon, comme tous les ans, me voilà bien entamé par mon séjour à Angoulème…

Dans le détail, ça a donné ça :

Vendredi :
Ça pique un peu au réveil. Debout à 6 heures, alors que j'ai bossé sur des trucs à finir et remanié des choses dans ma conf (grave erreur d'ailleurs, du coup je n'étais plus bien synchro sur mes images) (pas très grave, mais bon, ces modifs de dernière minute, ce n'est jamais une bonne idée, en fait, et en plus je le sais).

RER, métro puis TGV, en compagnie de l'ami Xavier Fournier, mon complice sur Batman le jeu, ce qui nous permet entre autres de parler boutique. Depuis les travaux, le TGV ne met plus que 2 heures et ça c'est chouette. Arrivé sur place, je monte rapido Bulle New York récupérer mon badge. Rapido ou presque : on croise tellement de gens en route, avec lesquels on prend cinq minutes pour prendre des nouvelles et parler, qu'il faut à chaque fois plus d'une heure pour faire le trajet.

Petit tour pour aller manger avec des copains et serrer quelques mains sous les bulles des grands éditeurs, et je remonte. On a reçu un carton d'albums HP Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres, et il y a de la demande pour de la dédicace. J'en signe tout l'après-midi. Puis conférence de presse chez un de mes éditeurs, apéro avec un autre, et restau.

Je rentre me coucher, et chez mon logeur, un des camarades s'est mis une mine incroyable. Il est en vrac et les conneries qu'il parvient à faire sont de l'ordre de l'apocalyptique. Quand la situation se tasse enfin, c'est dodo. Mais il est très tard. Lourd bilan : du verre cassé, des dignités évaporées, sans doute une flaque de vomi cachée quelque part, un ordinateur perdu et une batterie de cuisine qui se déchaîne. Le tout à une heure absolument indue.

Samedi :
Pas assez dormi. Et la journée va être longue. D'abord, je file au Musée pour me faire deux expos : Tezuka (monumental, avec un matériel fou, des planches incroyables du maître du Manga) et Venise, avec de très belles toiles et des dessins sympa, dont une encre de Griffo qui me scotche sur place. Tortueuse, magnifiquement composée, qui saisit parfaitement l'essence de la Venise que j'aime.

Ensuite, je pars à l'espace Polar SNCF pour y faire le traducteur simultané, quasi au pied levé. L'invité est Marcos Martin, et c'est super, même si l'exercice est nouveau et épuisant pour moi. Merci encore pour l'accueil top des membres de l'espace Polar, vous êtes super !

Ensuite, remonter à la bulle, et signer, signer, signer. à 16 heures on arrive au bout des Lovecraft. De toute façon, j'ai conférence à 17h30. Je vais me prendre un café, souffler un peu, je tiens à arriver un peu en avance… Sauf que je croise un pote qui s'est fait refouler. Une fois encore, on refuse du monde au Conservatoire faute de place dans les salles, et le Festival refuse les solutions qu'on lui propose… et j'apprends avec horreur qu'en fait, mon horaire était… à 17 heures ! J'y vais ventre à terre et je commence à 17h11. Et je parviens à faire ma conf sans encombres, hormis quelques lapsus et des imprécisions d'enchaînements dues à mes modifications de l'avant-veille.


Ensuite, retourner au stand, me faire signer quelques bricoles en chemin, puis apéro, restau, after, et dodo, dans une ambiance plus feutrée que la veille.

Dimanche :
Je loupe l'heure du réveil, du coup j'arrive 1/2 heure en retard à un rendez-vous… où l'autre larron n'est pas là, il ne s'est pas réveillé non plus. Je parviens quand même à gérer l'affaire : faire signer par Wendy Pini une vieillerie top collector que j'ai depuis 30 ans. Elle et son mari sont super agréables, d'une gentillesse formidable. Puis je remonte à mon stand, quelques signatures encore, puis un croque vite expédié avec un collègue, retour à Paris sans décoller de la voiture bar, et enfin… Dodo pour de bon, bordel !!!!!

mercredi 24 janvier 2018

Aucun débordement ne sera toléré

Bon, c'est reparti non comme en 40, mais comme en 2016. La Seine vient de déborder devant chez moi. Aucune inquiétude, je consulte régulièrement le site de vigicrues qui permet de suivre l'état du fleuve et de ses affluents, et même de faire des prévisions à la louche. Je sais déjà que ce n'est pas encore cette fois que j'aurai à évacuer mes livres du rez-de-chaussée.

Ce que je note, c'est que depuis un bail que j'habite ici, ce n'est que ma deuxième inondation. Mais qu'elles sont survenues à un intervalle assez rapproché. Faut-il s'en soucier ? Ce n'est peut-être qu'une fluctuation aléatoire. Ou le signe d'autre chose. On nous annonce que les aléas climatiques pourraient s'intensifier à l'avenir, et gagner en fréquence. En sommes-nous déjà là ? Impossible à dire, bien sûr… Mais c'est quand même un rappel que la nature ne nous obéit pas. Et qu'elle n'est pas là pour ça.

dimanche 21 janvier 2018

Within cells interlinked

Deux liens vite fait :

Le site d'Actu SF, qui me demandait mes projets pour l'année (bon, le prochain album, la biographie mystère que j'annonçais en juin, il sort en fait fin août, on a revu le planning cette semaine avec l'éditeur).

Et SF Mag, qui ont visiblement beaucoup aimé Howard P. Lovecraft, Celui qui écrivait dans les ténèbres. Accessoirement, ils ont bien aimé aussi le Phil, une vie de Philip K. Dick signé par mon estimable confrère Laurent Queyssi. Et en effet, c'est très bien.

Et donc, cette semaine, c'est Angoulème. Vous pourrez m'y retrouver du vendredi au dimanche, et samedi  17h30 je donnerai au Conservatoire une conférence intitulée Les Sources Mythiques de Superman.


samedi 20 janvier 2018

Faire du neuf avec des dieux

Ah, je vois que l'info est enfin officielle : les éditions Mnémos ressortent très prochainement une intégrale du cycle de Thoan, ou Saga des Hommes-dieux, par Philip José Farmer.



Pourquoi je vous en parle ?

Parce qu'en dehors du fait que Farmer, c'est bien (et que Mnémos a entrepris une série d'intégrales qui lui sont consacrées, avec déjà Le Fleuve et Opar) je me suis retrouvé associé sur le projet comme préfacier et comme chargé de dépoussiérer la traduction d'époque, un peu erratique, de la version française. Pas des gros travaux, hein, mais une remise en cohérence des termes de cet univers, chaque fois que c'était possible. Si vous ne connaissez pas ce cycle, sachez que c'est du pur roman d'aventures à l'ancienne, très pulp, mais avec un univers épatant, basé sur de gros concepts, avec de purs moment de sense of wonder.

Du coup, je vous gratifie d'un petit extrait de la préface :

Si globalement, donc, la bibliographie de Farmer démontre que Tarzan est pour lui une obsession durable, et que le personnage de Kickaha (alias Paul Janus Finnegan, soit « PJF », comme Philip José Farmer) affiche beaucoup de caractéristiques d’un tarzanide, il renvoie également pour une très large part à une autre grande création de Burroughs, John Carter, un Terrien civilisé perdu sur des mondes barbares. Carter s’adapte très vite à son nouvel environnement pour en faire son terrain de chasse et d’aventures, et c’est précisément ce que fait Kickaha dans les « mondes superposés ».

Autre référence qui imprègne tout particulièrement ce cycle, le poète et peintre William Blake (1757-1827). Au fil de cette partie de son œuvre que l’on qualifie de prophétique, Blake développe une mythologie et une cosmogonie étranges, centrées sur des quatuors de divinités, émanations successives d’un être primordial, ainsi que d’un quatuor d’esprits rebelles. L’une de ces divinités, Urizen, est la version que Blake donne d’un Satan, être retors et mauvais, et joue le rôle d’une figure paternelle pour une grand partie des personnages du cycle. Orc, un autre antagoniste récurrent, est une figure de rébellion.