jeudi 30 novembre 2017

Inspiration, conspiration

Encore une rediff, un papier qui date d'une douzaine d'années, avant d'ailleurs que je me mette à faire commerce de complots divers dans mes BD et que je devienne même consultant en sectes apocalyptiques pour des copains auteurs.

Il est assez marrant de voir comment fonctionnent les conspirations planétaires dans les comics. Prenons, par exemple, complètement au hasard, le Club des Damnés dans les X Men (en fait, pas du tout au hasard : je viens de me relire une palanquée d'épisodes des X Men de la grande époque Claremont/Byrne).

Vu de l'extérieur, le Club des Damnés est une version un peu olé-olé du Lion's Club ou du Rotary, un truc de riches qui se retrouvent entre eux et soulagent leur conscience par des bonnes oeuvres. Mais dès qu'on gratte le vernis, on s'aperçoit qu'au centre du bidule il y a un Cercle Intérieur qui s'apparente aux Illuminati, un complot visant au contrôle du monde par des pervers assoiffés de pouvoir. Et l'élite qui se presse dans ses salons n'en a aucune conscience. Et pourtant, dans le tas des innocents gogos qui financent le truc, il y a des gens comme Warren Worthington (Angel) et Tony Stark (Iron Man), des super héros dont on se demande où est passé leur flair. D'autant que le Club dispose de mercenaires très chers pour assurer la sécurité de ses petits secrets.

Mais quels secrets, d'ailleurs ? D'accord, le Cercle Intérieur est un ramassis de cyborgs et autres mutants. D'accord, ils sont en route pour la conquête du monde, dont ils contrôlent déjà certains rouages économiques, et donc ils tentent de former les cadres via l'école tenue par Ms Frost. Mais bon, ça doit représenter un certain budget, ça, quelques lignes comptables qu'il doit être difficile de camoufler face à des cadors de la finance. (bon, okay, comme cador de la finance, Stark qui se fait racheter par Stane comme le premier minable venu, il se pose là, on mettra ça sur le compte d'une faiblesse passagère, de l'alcoolisme, etc...). Toujours est-il que de tels secrets seraient mieux gardés par une armée d'attachées de presse chargées d'allumer des contre feux, une technique toujours efficace (vous croyez que Bill Gates est un éditeur de logiciel, ha ha, pauvres naïfs).

On se référera au passage avec profit au petit ouvrage de Thomas de Quincey consacré aux sociétés secrètes, et en particulier à la Franc Maçonnerie, ouvrage qui met le doigt sur la clé du truc : le grand secret, qu'ils sont prêts à mourir pour défendre, c'est qu'en fait, il n'y a pas de secret, et que tout ce bazar, c'est un moyen de se donner de l'importance à peu de frais. Certes, des groupes comme le Club des Damnés n'en sont quand même pas là. En plus, ils ajoutent à leur conspiration un goût des jarretelles et de la guépière qui les rend quand même plus sympathiques que des types en tablier de cuir qui se carressent le poignet du doigt en se serrant la pogne.

Mais en fait, le thême de la conspiration, c'est ingérable à long terme Les auteurs de l'Enigme Sacrée, le bouquin qui a largement inspiré le Da Vinci Code, l'ont prouvé à l'insu de leur plein gré : si, au bout de mille ans de complots et plus, les conspirateurs n'ont pas réussi à prendre le contrôle du monde, c'est que ce sont des bras cassés, façon les terroristes de BD en mode "caramba, encore râté" et qu'ils ne constituent pas une menace crédible. Pour bien faire, une conspiration doit être limitée dans le temps, et doit évoluer quand elle atteint ses objectifs (comme les Partis Communistes clandestins qui se transformaient en appareils de gouvernement au début de la Guerre Froide).

Bien entendu, dans les comics, c'est difficilement gérable : soit la conspiration réussit, et elle remet par trop en cause le statu-quo, soit elle rate, mais il se trouve toujours un scénariste en mal d'imagination pour remettre ses membres sur le devant de la scène quelques dizaines d'épisodes plus tard comme s'il ne s'était rien passé. Mais si Claremont et ses successeurs ont su à peu près gérer le Club en tablant sur les luttes internes, les prises de contrôle plus ou moins réussies, voire le massacre de la structure et son remplacement par une version modernisée (les Parvenus), autant d'autres organisations du même genre n'ont pas eu cette chance. Hydra et l'AIM, par exemple, marquent le pas. On a perdu le compte des retours du baron Strucker et, malgré des tentatives bien vues (l'éclatement de l'Hydra en factions qui s'entre-déchirent), on en revient généralement à un commandement centralisé qui se prend des piles face au Shield. C'est à se demander comment des groupes qui ont perdu toutes leurs guerres réussissent encore à embrigader des sbires fanatisés par tombereaux entiers. Ou alors elles ont des façades sectaires façon Scientologie ou Aum pour assurer le recrutement de leurs troupes, mais ça aucun scénariste n'a été le creuser en profondeur...

mercredi 29 novembre 2017

Pika-pika !

La petite avait mis un dessin animé qu'elle affectionne, Winx, un truc produit en Italie avec des sorcières/fées un poil vulgos qui balancent des super-pouvoirs dans tous les sens tout en essayant de régler leurs peines de cœur. Elle kiffe ce truc, et je soupçonne sa grande sœur (qui kiffait la même série lors de sa première diffusion, y a un paquet d'années) de lui avoir transmis le virus.

Quand on le regarde de près, le truc semble une réinvention européenne du concept japonais de Magical Girls, c'est à dire des super-héroïnes en jupettes, avec des problèmes de jeunes filles normales quand elles sont en civil, et qui sauvent le monde quand elles sont en uniforme. Graphiquement, c'est beaucoup trop anguleux pour évoquer l'original, hormis quand on voit les grands yeux brillants des donzelles. Pour le reste, ce démarquage crée son propre langage graphique et sa propre dynamique.

Mais chassez le naturel…

Il y a un motif à l'origine très japonais qui ressurgit dans cette série. Car à un moment, les filles sont confrontées à un monstre fait d'ombre, qui absorbe tous les pouvoirs qu'elles parviennent à lui balancer. Pour le balayer, l'une d'entre elle invoque la lumière pure, espérant faire disparaitre l'ombre. Et là…

Elle génère une boule de lumière qui grandit à partir de sa baguette magique, l'englobe avec ses amis, puis grossit, envahit le cadre et dégage une luminosité qui finit par dissoudre la créature faite de nuit, projetant ses morceaux de façon centrifuge.

Et la façon dont c'est fait, elle renvoie à l'image du "pika-don", au traumatisme d'Hiroshima. Depuis des dizaines d'années, cette représentation en boule de lumière, héritée des frappes puis des essais nucléaires (qui ont permis de filmer le phénomène), code dans les mangas et animés la puissance absolue (et il peut être détourné : dans Akira, c'est une boule en négatif, une boule noire qui s'étend sur Néo Tokyo). Le motif a depuis été récupéré par les comics. Et donc par des dessins animés italiens destinés aux petites filles qui, s'ils peuvent employer ce codage visuel, démontrent donc que le motif est passé dans la boite à outil globale, sans plus faire immédiatement référence aux frappes d'Août 1945.

lundi 20 novembre 2017

El programmo

Alors, je passe vite fait vous mettre au courant de mes prochaines frasques.

Samedi prochain, le 25 novembre, donc, j'irai trainer de la semelle et du stylo aux Rencontres de l'Imaginaire à Sèvres. Un petit salon très sympa consacré à la SF, au fantastique et à la fantasy, avec tout un tas d'auteurs parfaitement estimables. Amoureux des belles choses, sachez qu'en plus l'invité d'honneur sera le grand Nicollet, dont les peintures au style si caractéristiques ornent un grand nombre de bouquins rien que sur mes étagères, et un encore plus grand nombre j'espère sur les vôtres (ne serait-ce que parce que vous êtes plus nombreux que moi).



Outre le petit stand où j'aurai le plaisir d'abondamment cochonner les pages de garde des ouvrages frappés de mon blaze que vous voudrez bien me tendre je participerai entre 14 et 15 heures à une table ronde intitulée « L’influence de Lovecraft, 80 ans après », avec les excellents Christophe Thill, Gilles Ménégaldo, et François Baranger. Elle sera animée animée par le non moins excellent Francis Saint-Martin.

Par ailleurs, et puisqu'on parle de Lovecraft, ma bio illustrée du bonhomme part chez l'imprimeur cette semaine, avec une préface rédigée tout spécialement par David Camus (traducteur des Contrées du Rêve et des Montagnes Hallucinées pour les éditions Mnemos). Elle sortira en février prochaine chez les éditions 21g, en même temps qu'une bio de Philip K. Dick signée Laurent Queyssi. On essaiera d'en avoir un peu en avance pour Angoulème, d'ailleurs.


jeudi 16 novembre 2017

La Tour

Ça aura été vite plié, cette rénovation.

L'espèce de vieux donjon médiéval qui surplombe mon patelin a donc été rafistolé. Rien de bien violletledesque, ceci dit. Pas d'outrances dans la reconstitution. Le lieu ne s'y prêtait de toute façon guère. Ce n'est, après tout, qu'un édifice de base carrée un peu plus haut que large, quatre murs percés de meurtrières, de portes et de fenêtres entourant du… du rien. Les étages se sont effondrés il y a des siècles, avec le reste de la forteresse.

Ce donjon a près de mille ans (900 et des nèfles, pour être précis). Il a été bâti, me semble-t-il, pendant les 40 années au cours desquelles cet endroit constituait la frontière entre la Francie et la Normandie (et puis la frontière a reculé et repris sa place initiale sur l'Epte).

Il a vaguement, passée la frénésie de la Guerre de Cent ans, servi de péage fluvial par la suite, puis globalement à rien. Et s'effondrait gentiment depuis.

Vu que le risque de se prendre un moellon sur la cabèche augmentait à chaque hiver, la municipalité a fini par casser la tirelire. Et donc, comme je le disais, ça a été vite plié. Des gusses ont monté des échafaudages, ils sont monté dessus, on recimenté quelques trous (pas sûr que ce soit du ciment, d'ailleurs : plus probablement une tambouille à base de chaux) et surtout refait le faitage. Du coup, le haut du mur, qui avait un aspect légèrement irrégulier, est devenu droit, crac, comme tiré à coup de règle. Seules les mouettes qui s'y posent viennent en rompre la rectitude.

Chais pas pourquoi, mais ça m'a chiffonné. Je l'aimais bien, moi, l'aspect croulant du machin, j'associais l'irrégularité de la ligne à son ancienneté, à une forme de patine. Bon, c'est vrai que des cailloux s'en détachaient, donc il fallait le faire, hein. Je suis jamais content.

lundi 13 novembre 2017

AaaAAAM BATMAN ! (avec la voix rauque qui va bien)

Je vous en avais déjà causé, me voici consultant en Batman.

Crayonné d'une illustration de David Finch réalisée dans ce cadre

En effet, l'éditeur Monolith, déjà créateur de Mythic Battles et d'un jeu Conan, développe en ce moment-même un jeu de plateau avec figurines qui vous permettra de simuler les pires bastons des bas-fonds de Gotham City dans la quiétude feutrée de votre salon : Batman the Board Game.

Avec des figs signées Arnaud Boudoiron

Le système est une version améliorée de celui de Conan, basé sur un concept très malin d'allocation d'énergie pour chaque action, et de récupération d'énergie à chaque tour. Comme on n'en récupère pas des tonnes, cela revient à dire que le personnage peut se fatiguer à la longue et devoir reprendre son souffle. En termes de tension croissante au fil de la partie, c'est très chouette.

Un coup d'œil sur la matos de jeu :

Robin

Oracle (un de mes persos préférés de tous les temps chez DC)

Une station de métro abandonnée

Et bien sûr, Apex Chemicals et ses cuves de produits toxiques

S'il y a des parisiens parmi vous, sachez d'ailleurs que le jeu sera en démonstration vendredi soir (soit le 17 novembre) de 18 à 22 heures au Meisia, 84 rue René Boulanger, Paris 10e. J'y serai présent avec les concepteurs du jeu, et l'autre consultant en comics affecté au projet, l'estimable Xavier Fournier. N'hésitez pas à passer !

(et si vous n'êtes pas à Paris, d'autres démonstrations auront lieu ailleurs, ne vous en faites pas)

dimanche 12 novembre 2017

Débarquement

Vous l'aurez peut-être remarqué, j'ai à nouveau violemment négligé ces pages depuis quinze jours. Faute d'inspiration, peut-être. Faute de m'alimenter les méninges, sans doute aussi (pas de grosse phase de documentation en cours). Faute surtout de temps et d'énergie (plein de boulot).

En attendant, du coup, je vous remet une petite nouvelle de SF, une vieillerie qui a plus de quinze ans.

Et j'aurai une ou deux annonces à vous faire dans la semaine.


Débarquement
Première publication dans Yuma 1, aux éditions Semic

Un coup au but !

L’hovertank bascule sur le côté, compense de l’autre puis se redresse. Dans l’intervalle, les analyseurs tactiques ont remonté la trajectoire du missile et déclenché une riposte. L’hovertank tangue encore quand il lâche les deux traceurs, puis il se stabilise et reprend sa route.

Le secteur a complètement été ravagé par les frappes orbitales. Les écrans montrent des bâtiments calcinés et des pylônes tordus. Pas un coin sympa où s’attarder. Et de toute façon mes ordres mentionnent que je ne dois pas traîner. Mon objectif, c’est la côte 359.

Alors allons-y.

Un message dans l’interface m’indique qu’un des traceurs a atteint son but, une position d’artillerie à trente kilomètres. Quelques Drazyls de moins, un peu de tranquillité en plus. Je remonte en régime, et l’hovertank accélère sur la route défoncée, tous capteurs déployés.

Plus rien dans le quartier. Les Drazyls qui ont survécu aux frappes ont préféré filer avant le débarquement des marines. On ne peut pas leur donner tort, ils se souviennent d’Eridan… Et du coup, ma mission confine à la ballade de santé.

Je ne m’en plains pas.

Une alarme clignote au coin de l’interface, m’indiquant une source infrarouge à onze heures. Je ne prends pas de risques et je lance un sol-sol tactique, juste par précaution.

Un flash brutal, et puis la zone refroidit.

Je sors de la ville en ruine et je commence ma traversée d’une campagne en feu. Il reste encore quelques bosquets de ces machins qui passent pour des arbres, dans le coin. J’atomise tous ceux qui passent à ma portée, pour ne pas donner à l’ennemi de position où embusquer des snipbots. Les marines ne vont pas tarder à arriver et alors le commandement fera un bilan de ma mission. Un officier m’a signalé que j’avais intérêt à être nickel si je voulais ma promo.

Quelques curseurs bleus s’affichent, les péniches de débarquement qui commencent leur descente. Il faut que j’arrive à la côte 359 rapidement pour pouvoir les couvrir.

Je ralentis à la hauteur d’un transport éventré. Aucun signal, c’est un Drazyl qui s’est mangé de plein fouet le souffle de la première frappe. Je le flambe pour le principe mais je ne m’attarde pas pour le regarder brûler : les péniches sont dans l’ionosphère, il ne leur faudra pas plus d’une demi-heure pour atterrir. Je remonte en régime puis je lance la post-combustion, et l’hovertank s’élance dans un nuage de poussière. J’arrive sur mon objectif dans moins de dix minutes et après ce sera peinard.

Une zone industrielle défile sur ma droite. J’ai préféré la contourner, car les concentrations métalliques brouillent mes capteurs. C’est ce qui me fait perdre quatre microsecondes de réaction : je n’ai pas vu venir les deux roquettes et j’y perd un capteur. Le blindage actif encaisse le coup, mais le tank tangue et braque et se cabre…

Tournoyant sans parvenir à corriger mon assiette, je heurte un pylône de soixante mètres qui me retombe dessus. Encore deux roquettes que je ne peux pas éviter sans me dégager rapidement des décombres. Encore deux coups au but. Encore quelques fenêtres qui se ferment dans l’interface. Les redondances du système tardent à prendre le relais.

L’ordinateur tactique parvient enfin à mettre au point une riposte et j’arrose les secteur : trois obus incendiaires pour un explosif. Dans le même temps, je parviens à m’extraire des débris du pylône, et j’avance en crabe pour dissimuler mon flanc droit mis à mal. Le moteur de l’hovertank me fait connaître son mécontentement par des à-coups violents.

Deux roquettes à nouveau. J’en évite une, mais je perds à nouveau quelques fenêtres d’interface. Je suis quasiment borgne à présent, et franchement boiteux. J’envoie le signal de détresse standard et un rapport de situation, demandant une frappe tactique sur la zone dès que j’aurais mis les voiles.

Mine ! Avec mes capteurs en rideau je ne l’ai pas vue venir. Tout le blindage inférieur explose en même temps, me faisant faire une embardée qui me projette contre un mur. Encore deux salves de deux roquettes qui me frappent sur le flanc droit, là où le blindage actif est mort.

Le pire, c’est que ce sont probablement des défenses automatiques.

Je n’aurai même pas vu un seul Drazyl.