samedi 28 octobre 2017

Vert paradoxe

Je suis donc allé causer de Hulk, la série télé au Comic Con pas plus tard qu'hier.



Et je me dis qu'il fallait que vous fasse profiter de quelques paradoxes à ce sujet, que j'ai en partie évoqués vite fait pendant la table ronde.

Le producteur de la série, Kenneth Johnson, tenait à s'éloigner autant que possible du comic book pour toucher un plus large public (à l'époque, ça avait d'ailleurs du sens tellement les comics avaient mauvaise presse). C'est d'ailleurs la raison officielle pour laquelle Bruce Banner devient David Banner dans la série : éviter les allitérations popularisées par Stan Lee (mais plus anciennes que lui, vu qu'elles remontent au moins aux vieux Superman, avec Lois Lane, Lex Luthor, Lana Lang, etc.)

Son inspiration, du coup (outre des séries formulatives comme Le Fugitif ou Kung-Fu, voire le film Un Homme est Passé), ce furent les Misérables de notre Totor national. La dynamique du Valjean, colosse sympathique injustement pourchassé par Javert lui semblait riche de possibilités dramatiques.

Premier paradoxe : en voulant s'éloigner des comics, Johnson se vautre dans le roman populaire du XIXe, une des matrices qui ont largement donné leur cadre aux comic books de super-héros. Et donc, il duplique exactement la démarche de Bill Finger et Jerry Robinson quand ils ont recyclé l'Homme Qui Rit pour en faire le Joker*.

Le deuxième paradoxe vient de l'acteur choisi pour incarner Hulk. Si Richard Kiel (connu à l'époque pour être un super-vilain très comic book de la saga James Bond) avait été embauché, puis remercié, c'est Arnold Schwarzennator qui fut contacté ensuite. Comme il était occupé à autre chose, il proposa un de ses vieux copains de salle de muscu, le jeune Lou Ferrigno, qui se du coup trouva associé pour l'éternité à l'image du titan vert.

Et comment Lou Ferrigno était-il devenu cette montagne de muscle ? En se mettant au culturisme pour compenser un terrible handicap (il est sourd depuis sa petite enfance), ce qui est un parcours complètement marvellien de héros façon Stan Lee !

Chassez le comic book par le petit écran, il revient par la lucarne !





Plus d'infos sur la série sur le site de David Lit.

*Et si le super-héros nait déjà dans le roman populaire avec Edmond Dantès et le Prince Rodolphe, le super-vilain naît avec le retcon du Cardinal de Richelieu par Alexandre Dumas, avec Vautrin, Javert et Némo, justement. Mais ça, Umberto Eco vous en parlera mieux que moi.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Umberto Eco ? De sa tombe ?? À notre tombe ?

Anonyme a dit…

P.s : d'outre-tombe ?

Alex Nikolavitch a dit…

Dans De Superman au Surhomme, qui laboure bien son sujet et est passionnant de bout en bout (surtout quand, avec dix ans d'avance, il tire leçon de l'affaiblissement du concept de héros pour prédire la téléréalité)

JayWicky a dit…

En revanche, Umberto Eco n'avait pas su prédire les questions idiotes dans les sections à commentaire des blogs, mais nul n'est parfait.