mardi 31 mai 2016

Eschatôn week & Eschatôn on tour !

Bon, c'est à la fin de la semaine que sort Eschatôn, mon premier roman, chez les Moutons électriques.


Ça va ressembler à ça :

Ça parle de ça :

Et en voilà un bout.






Je viendrai le dédicacer le 11 juin chez Gibert Jeune (Place Saint Michel) avec André François Ruaud, mais aussi le 2 juillet à la librairie La Dimension Fantastique (106 rue Lafayette, Paris 10) avec Stéphane Przybylski, le 3 juillet au Grand Cercle d'Eragny (95), et semble-t-il à la Fête de l'Huma en septembre.

Par ailleurs, je participe lundi 6 juin à 18h30 à un débat sur le thème du Héros, à l'auditorium du Grand Palais à Paris.




lundi 30 mai 2016

Ce lointain havre du crépuscule

Parmi les lieux qui reviennent de temps à autres dans mes rêves et dont la géographie semble stable ou à peu près stabilisée, il en est un que je ne vois pas souvent mais que j'affectionne particulièrement : une petite ville sur la côte. Le soir y est perpétuel, les ombres s'allongeant vers la mer ce qui me donne à penser qu'elle est orientée à l'Est. C'est une ville en pente, à flanc d'un coteau arrondi en baie, descendant vers l'eau. Elle est bâtie, du coup, en amphithéâtre centré autour d'une rade un peu décrépite où sont amarrés quelques bateaux de pêche en bois, et d'où partent en étoile des rues sinueuses. L'architecture est globalement méditerranéenne,  hormis pour une zone, à gauche de la rade, où l'on trouve de grands et profonds bassins de brique qui servaient à radouber de plus gros navires, mais qui ne semblent plus être utilisés. On devine au-delà, plus loin sur la côte, une ancienne zone industrielle zébrée de canaux, que j'ai rarement explorée. C'était là l'ultime port d'attache du Dernier Bateau-Carnaval, mais ce dernier a disparu depuis longtemps et l'endroit est devenu sinistre. Je lui préfère la ville elle-même.

La lumière du soir nimbe la pierre et la chaux des maisons de teintes orangées, très chaudes, et l'endroit est quasi invariablement paisible. Il y fait bon déambuler, s'y poser sur un banc de calcaire usé et poli depuis des siècle. Dans les cours intérieures, les gens mangent, boivent et chantent, en tout cas dans les hauteurs de la ville. Je n'ose me mêler à eux, préférant rester sur mon banc à jouir de loin de ces moments de paix joyeuse, un verre de rouge à la main.

Plus l'on descend, néanmoins, plus la ville est sombre et silencieuse. Quand on arrive au bord de l'eau, la nuit est presque tombée et les vagues sont noires, ballotant les petits bateaux de pêche qui n'ont pas encore allumé leurs lanternes pour leurs sorties nocturnes.

L'avenue principale descend de façon assez raide, et je l'emprunte rarement, lui préférant ses petites sœurs au tracé plus contourné, à la pente plus douce. On y croise parfois un vieillard promenant son âne, ou un âne promenant son vieillard, je ne sais jamais trop.

Souvent, je me réveille de mes excursions là-bas avec un sentiment de grande perte, car je sais que je n'y retournerai pas de sitôt.

Mes rêves ne m'y emmènent pas assez souvent.

mercredi 25 mai 2016

La télé, qui produit de la bêtise même quand elle diffuse du savoir

Ayé, ils m'ont encore énervé.

En consultant les programmes TV, je suis tombé sur l'annonce d'un documentaire qui doit passer sur France 5, et parlant de découvertes paléontologiques en Chine, celles concernant les "hommes du cerf rouge", peut-être un rameau inconnu de l'espèce humaine.

Ce type-là. Il a pas l'air commode, en effet.


Je trouve très bien qu'à une heure de grande écoute, une chaîne publique diffuse des sujets à la pointe de la recherche.

Ce qui me fout hors de moi, c'est la présentation sensationaliste du machin : "L'enquête est alors lancée pour découvrir s'il y a présence d'une nouvelle espèce et remettre en question les théories actuelles de l'évolution de la lignée humaine", "une découverte qui remet en cause tout ce que nous savons sur l'évolution", etc.


L'objet de mon ire vengeresse
(edit : tiens, le truc foutait un autoplay
j'ai désactivé cette saloperie)

Putain, mais merde ! Qui rédige ces conneries ? Et ça me fait d'autant plus chier que c'est sur une chaîne de service public, pas sur des étrons TNTesques comme Numéro 23, Direct 8 ou NRJ12.

Parce que ça ne bouleverse rien du tout. En plus, c'est tellement nouveau que les premières découvertes datent de 1979, et les analyses plus spectaculaires de 2007. Déjà, ça devrait inciter les faiseurs de slogans à plus de modération.

Attention, hein, il est clair que ce genre de fossile pose toujours question, et conduit à modifier les théories pour les intégrer. Mais "remettre en question" (ce qui n'est pas la même chose que "poser question" ? "remettre en cause tout ce que nous savons" ? Les mecs qui disent des trucs pareils ne savent rien. Et surtout pas comment fonctionnent les théories en question.

La théorie, justement, sait parfaitement intégrer ce genre de découvertes, elles ne sortent pas du tout de son cadre conceptuel. Depuis qu'on a à peu près compris les rapports (complexes) qu'entretient notre espèce et ses cousines Neandertal et Denisova (Flores pose d'autres problèmes qu'on est en train de résoudre), et le foisonnement des diverses branches d'Homo et d'Australopithecus, on sait que l'évolution de l'homme ne ressemble pas à une pochette de Supertramp.

Ça, c'est aussi simpliste et réducteur
qu'un tweet de Nadine Morano


Au contraire, les scientifiques mettent en garde contre ces représentations rétrospectives* qui donnent l'impression d'une marche fluide et ininterrompue. Et si c'est ce genre d'image qu'on a en tête, tout embranchement du coup remet tout en cause. Ces visions ne permettent pas de prendre en compte cousinages, métissages, foisonnements… Si Homo Sapiens est tout ce qu'il en reste à présent, les découvertes de rameaux autres ne remettent rien en cause. Elles ne font qu'ajouter à ce que l'on sait, et affiner le modèle.

Car il reste à affiner. Sur l'homme au cours du dernier demi-million d'années, il y a encore plein de choses que nous ne savons pas. Beaucoup d'autres qui sont l'objet de débats parmi les spécialistes, débats que l'on tranche petit à petit (Neandertal pouvait-il parler ? S'est-il mélangé à nous ? Jusqu'à quand ? Denisova est-il une espèce différente ou ou une sous-espèce ? etc.). Et justement, pour faire avancer ces débats, il faut toujours plus de découvertes, même surprenantes. Surtout surprenantes.

Car la biologie de l'évolution n'a pas un caractère prédictif aussi fort que, mettons, la physique des particules. La vie emprunte tellement de chemins qu'on ne peut tous les deviner à l'avance par le raisonnement et calcul (contrairement à ce qui se passe généralement pour les particules).

Et d'ailleurs, c'est la deuxième chose qui m'énerve dans cette présentation.

Dire des conneries est bien sûr un droit constitutionnel (sinon, de toute façon, notre classe politique et Jacques Séguéla auraient été passés par les armes depuis longtemps). Mais "une découverte qui remet en cause tout ce que nous savons sur l'évolution" ? Ben non, arrêtez, quoi. En admettant qu'une découverte d'hominidé remette en cause des choses, ça ne remettra en cause que ce que nous savons de l'évolution de l'homme. En ce qui concerne les dinosaures, les anomalocarides, les archées, ça ne change rien. Que dalle. Nib.

Et ces déclarations à l'emporte-pièce ont le gros défaut de brouiller la connaissance véritable qu'on a de ces mécanismes, de ces processus. Et en brouillant la connaissance, en empêchant la compréhension des modalités de la production de la connaissance, on ne fait que favoriser les obscurantismes, les Daech, les Trump, les Boutin et autres. Voilà la lourde responsabilités que portent les imbéciles fabricants de slogans.






*En histoire, on a le même problème. Quand on parle du VIe siècle, les livres d'histoire se concentreront sur le Royaume des Francs, parce qu'il a donné celui de France. Et renvoient en note en bas de page les royaumes des Burgondes et des Wisigoths, qui ont contribué, malgré leur disparition, à l'identité du pays. Ce qu'on gagne en linéarité, on le perd en précision et en exactitude, voire en réalité.


mardi 24 mai 2016

Sonnac parle avec les mains

Tiens, en plus de mon carton d'Eschatôn, je viens de recevoir ce matin un objet (deux objets, en fait) assez rigolo : l'édition italienne en album de Crusades, intitulée outre-Alpes Le Crociate.

C'est un petit format quasi pocket, comme ils en font là-bas, en noir et blanc. Petit regret, ils ont converti la couleur en niveaux de gris, alors que le trait de Zhang Xiaoyu était très chouette et aurait bien supporté un noir et blanc pur. Pour la petite histoire, c'est la deuxième édition italienne de la série (elle a été publiée en magazine, dans deux magazines différents, d'ailleurs, si je ne me trompe) et donc la voilà en volume, avec ce qui me semble être une autre traduction.

En tout cas, c'est un objet sympa, j'aime bien ce format populaire, qui était aussi celui des pockets où j'ai officié en mon temps.



samedi 21 mai 2016

Tomate, j'écris ton nom

Récemment, je suis tombé plusieurs fois (ou on m'a fait tourner plusieurs fois) sur un petit texte expliquant pourquoi manger de la tomate, c'était mal. Ce texte avait ceci de particulier qu'outre des considérations tout à fait défendables (au point d'en être assez banales) sur les tomates hors saison et hors sol qui n'ont plus de goût, revenait sur un fait connu, mais en en tirant des conclusions qui me semblent discutables.

Le fait, c'est que la tomate est un comestible arrivé récemment en Europe (récemment à l'échelle historique, bien sûr), puisque ce fruit était cultivé à la base par les Aztèques et autres peuples de Mésoamérique (qui l'appelaient Tomatl). Le texte expliquait que cette importation faisait qu'il était grotesque pour des Européens de consommer autant de tomates que nous le faisons de nos jours (et c'est vrai qu'entre le bloody mary, le ketchup, la bolognaise et la pizza, c'est une part appréciable de mon régime alimentaire qui est constituée de cette solanacée) et que nos organismes, en quatre siècles, n'avaient pas eu le temps de s'y adapter. La tomate n'est pas naturelle pour nous autres du Vieux Monde.

Il est vrai que "solanacée", ça désigne toute une famille de plantes dont la plupart sont toxiques (belladone, jusquiame, datura, etc.) ou intoxicantes (tabac). C'est le cas aussi du plant de tomate : tige et racines, notamment, et de sa cousine la pomme de terre, elle aussi venue du Nouveau Monde, et dont il me semble qu'on ne la mange pas crue justement à cause de ça.

Et donc, la tomate est une étrangère à notre culture et à notre agriculture. Rien que ça.

Et voilà un argument qui me gêne beaucoup, pour plusieurs raisons. Parce quelle est sa profondeur temporelle, déjà ? Si l'on se réfère à ce que mangeaient nos ancêtres les gaulois, le haricot sous toutes ses formes devrait être banni de nos tables : ils ne le connaissaient pas. Le café et le thé, terminé. Le citron et autres agrumes ? Amenés par les Romains qui les avaient trouvés en Orient. La vigne et l'olive étaient un apport des Grecs. En ce qui concerne les céréales, faut voir si les Gaulois cultivaient le même blé que nous, ou n'en étaient pas restés à l'engrain, l'orge et l'épeautre.

Si on fixe comme limite l'introduction de la tomate (mais encore faudrait-il expliquer pourquoi quatre siècles, c'est non, et que vingt, ça passe), ce sont aussi la pomme de terre, le chocolat, la dinde et le maïs qui sautent. Le quinoa aussi, d'ailleurs. Ça en fait, de la bouffe qui coince. Le riz passe entre les gouttes, mais de justesse : il est arrivé en France sous les Valois.

Et je ne vous parle même pas des lichees, kiwis, bananes et noix de coco. Et les cacahuètes (et là, vous imaginez un apéro sans cacahuètes ? un Elvis sans orgies de beurre de cacahuète ?).

Donc d'un point de vue purement historique, l'argument "plante étrangère" pose plus de problème qu'il n'en résout. Je ne suis pas certain que ceux qui le brandissent se rendent tout à fait compte de son ampleur et sont tout à fait prêts à l'appliquer de façon cohérente.

Nous vivons une époque de croisades alimentaires. Le régime sans gluten est devenu un truc à la mode (nonobstant le fait que les problèmes d'intolérance au gluten sont beaucoup moins répandus qu'on ne voudrait nous le faire croire), on entend des diététiciens partir en guerre contre les laitages (et si l'intolérance au lactose est bien plus répandue que celle au gluten, ses effets sont beaucoup moins violents) ou proposer des régimes basés sur des exclusions sélectives dont la complexité leur permet de vendre des bouquins par palettes entières. J'en ai déjà parlé ici même et ailleurs, mais on arrive à un niveau quasiment religieux de la prescription, un point où ça se croise avec les interdits alimentaires des divers cultes : ça devient une sorte de marqueur identitaire, un outil de ségrégation croisée (et je dis "ça devient", mais tout porte à croire que c'était déjà l'idée, à l'origine).

C'est intéressant, d'ailleurs, de comparer ces anathèmes sécularisés à ceux, plus anciens, de la tradition : en vitupérant contre tel ou tel aliment, ces pourfendeurs s'arrogent ce qui était un rôle divin, celui qui consiste à édicter des interdits alimentaires. Dans le genre orgueil satanique, on peut difficilement faire pire, à moins d'être homme politique.

Et puis il y a cet espèce "d'argument de nature", toujours délicat à manier, cette façon de décréter que quelque chose est "naturel" ou "contre nature". Lui aussi, il pue un peu. C'est celui qui a toujours été opposé à tout progrès et à toute déviation par rapport à la norme. Généralement il repose sur des "évidences" qu'il n'est pas besoin de discuter, c'est l'argument d'autorité ultime. Qui dans la plupart des cas est employé par des gens qui n'ont pas la moindre idée de ce qui est naturel ou pas.

Quelques exemples ? Nos pourfendeurs des produits laitiers le brandissent. Il n'est pas naturel de se nourrir de lait après avoir été sevré. C'est tellement peu naturel que pas mal de peuples ouralo-altaïques et les Mongols, dont la société repose sur l'élevage et la consommation de pas mal de choses à base de lait ont des gênes leur permettant de digérer le lactose jusqu'à l'âge adulte.

Et le crime contre nature entre tous, cette homosexualité qui révulse Boutin et ses amis de la Manif pour Tous est présente dans la nature chez un paquet d'espèces (y compris des poissons, ai-je cru comprendre).

Et ces gens qui vous balancent l'argument de nature, demandez-leur la marque de leur bagnole, aussi. J'ai du mal à voir en quoi c'est naturel, ces trucs en fer à roulettes. Ils vous reprocheront tout de suite de tout mélanger.

Donc voilà, toute cette longue vaticination pour dire que, pour une large part, je suis assez d'accord avec les auteurs de ce petit tract que j'ai vu passer : la tomate hydroponique hors saison, c'est dégueulasse, ça n'a pas de goût, ça n'a pas d'intérêt. Mais ils feraient bien de se souvenir qu'aucune cause, si juste puisse-t-elle être, ne mérite qu'on la défende avec des arguments merdiques : à terme, cela ne peut que lui nuire.

mercredi 18 mai 2016

Ils ont des drapeaux noirs en berne sur l'espoir

Bon, la poussière retombe doucement sur la lamentable affaire Black M. Donc c'est le moment d'y regarder de plus près et de tenter de mettre en évidence les points aveugles de tout ce bordel.

Rappelons les faits : dans le cadre des commémorations de la boucherie de Verdun*, quelqu'un avait eu l'idée d'organiser pour les jeunes un concert du rappeur Black M. Scandale général, qui semble largement déborder des rangs du FN et des extrêmes, que l'on crédite néanmoins de l'annulation subséquente.

Le pauvre garçon a eu beau rappeler que son grand-père tirailleur sénégalais, c'était trop tard, il s'est retrouvé précisément dans le rôle du noir à pantalon rouge fauché par la mitraille dans les trois premières secondes de l'engagement. Au moins, de ce point de vue là, vous me direz que c'est raccord.

Ce que je pige pas, c'est que les décideurs n'aient pas anticipé le truc. Parce que sans même parler de scandale, il y avait quand même là une faute de goût caractérisée. Alors, je suis peut-être de parti pris, parce que je n'aime pas particulièrement le rap (à quelques exceptions près, comme certains truc des mecs d'IAM, par exemple, ou le Real Slim Shady d'Eminem, mais ça c'est surtout à cause de la référence évidente à Hunter S. Thompson), donc le truc me semble absurde de base. Mais ça aurait été aussi idiot d'organiser un concert de Mike Brant, de Plastic Bertrand ou du petit Jordy. Qui n'auraient peut-être pourtant pas déchaîné les mêmes passions. Ce n'est donc pas seulement une question de bon goût. D'autant que le bon goût n'étouffe pas notre pays, voir ces défilés militaires organisés systématiquement le jour anniversaire de la mort de Léo Ferré, et que je trouve du coup assez insultants pour la mémoire du bonhomme.

Le fait que l'homme par qui le scandale est arrivé soit jeune, rappeur et semble-t-il prompt à des déclarations provocantes a beaucoup joué. Faut dire qu'il y en avait des gratinées**.

Et là, faut peut-être revenir en arrière sur l'histoire des contre-cultures. Parce que c'est précisément de ça qu'il s'agit. C'est à intervalle réguliers qu'émergent des mouvements, notamment dans le domaine musical, qui se construisent sur la dénonciation d'une culture vue comme dominante. Il y a eu dans le genre le jazz, le rock, le punk, etc. Qu'il y ait eu des parts de fabrication commerciale là-dedans (Sex Pistols, anyone ?) n'enlève rien au fait qu'à chaque fois, un groupe social s'est reconnu dedans et en a fait l'étendard et le moyen d'expression de ses révoltes. En jouant à chaque fois sur les tabous de la culture qu'il attaquait : il n'y a pas de différence fondamentale entre l'utilisation du mot "kouffar" par un rappeur d'aujourd'hui et celle de la croix gammée par les punks d'il y a quarante ans. Des gamins trouvent des moyens de choquer le bourgeois et, quelque part, ils sont dans leur rôle (et le bourgeois qui gueule est dans le sien). Après, il suffit de rapprocher le discours dominant sur ces musiques à diverses périodes : les autodafeurs de disques rock des années 50***, les contempteurs du rock psychédélique des années 70, les inquiets de l'association grunge/carabine des années 90 ou les dénonciateurs du rap actuel emploient globalement les mêmes arguments et les articulent de la même façon. Sur un siècle et demi, vous trouvez le même processus et le même glissement avec le roman, le roman populaire, les comics et la BD puis les jeux vidéo.

Ça génère aussi les mêmes théories du complot moisies à base de "musique du diable", par des gens qui semblent s'étonner que les maisons de disque voient à chaque fois dans l'émergence d'une contre-culture un moyen de faire du pognon, ce qui conduit à chaque fois à une édulcoration et à des mises en scène ridicules : de la même façon que les arguments des antis se répètent, on voit émerger des clashs plus ou moins fabriqués du genre Beatles/Stones, Oasis/Blur, Booba/Rohff et ainsi de suite. La polarisation aide à créer de l'identité et un sentiment d'appartenance, et génère artificiellement de la loyauté envers l'un ou l'autre protagoniste, et donc de la vente de disques et de places de concert.

Ce qui nous amène au point de bascule de toute contre-culture : le moment où elle est à peu près complètement absorbée dans la culture dominante parce qu'elle a été désamorcée, parce que la première génération a vieilli, et que les suivantes finissent par en créer une autre. L'aura contestataire devient un moyen de s'encanailler à peu de frais****, on distribue des prix mainstream, et la messe est dite. La Défai… Pardon… La Victoire de la Musique attribuée à Maître Gims ou le fait qu'on pense à Black M pour chanter à Verdun sont le signe qu'on en est arrivé là pour le rap. Si elle était particulière par son ampleur et son résultat, la levée de boucliers contre le concert n'est qu'un combat d'arrière garde. Ce qui est quand même pas la vocation d'un tirailleur sénégalais.

Bon, et pour illustrer mon propos, je m'en vais récupérer une chanson de Black M, tiens :

Ce son est une dédicace à monsieur Romejko 
Vous vous souvenez ? Çui d'la météo 

Oui, monsieur Romejko, non 
J'suis presqu'en maison d'retraite ou à l'hosto', non 
J'ferai des AVC,  monsieur Romejko 
Là où les vieilles dames te kiffent, monsieur Romejko 
Oui, oui, oui, oui, oui,  monsieur Romejko 
Je regarde les chiffres et les lettres monsieur Romejko 
C'est pour mes gars sous Stilnox monsieur Romejko
Si vous voulez, on s'tweete,  monsieur Romejko 

Et ainsi de suite.

Bon, je vais me remettre un Bauhaus ou un Joy Division pour me nettoyer les oreilles, moi.


*Celle qui avait permis à Philippe Pétain de se tailler un costard de héros, rappelez-vous.

**Comme celle où il parlait de faire "payer au triple" et où il parlait probablement du prix des attrapes touristes sur Jemaa El-Fna, à tous les coups.

***Et essayez de lire l'article du jeune Philippe Bouvard sur ce concert rock à Nation qui l'horrifiait. C'est beaucoup plus drôle que quarante saisons des Grosses Têtes. Sauf que ça ne le fait pas exprès.

****Ce qui est intéressant, c'est de voir comment l'oligarchie bourgeoise tente de se réapproprier ce qu'elle perçoit comme des contres cultures en voie de massification : c'est Chirac avec la petite culotte de Madonna, c'est la petite Marion Maréchal-Nous-Voilà qui disait il y a quelques années "Il y a un rappeur que j'aime bien, même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit sur le fond, mais je trouve qu'il a un talent d'écriture, c'est Youssoupha. J'aime beaucoup Sexion d'Assaut et Maître Gims aussi".

vendredi 13 mai 2016

Les macheupes du vendredi

Alone in the Dark Vador : jeu vidéo horrifique dans lequel on est paumé dans l'Etoile de la Mort.

Sid Meyer Lansky : créateur du meilleur jeu de simulation de mafia de tous les temps, dont la version VI sort bientôt. Ce qui nous amène à :

Super Mario Puzo : jeu vidéo où l'on incarne un nettoyeur de la mafia qui doit sauver la fille du parrain et carbure aux champignons mexicains.

Brett Easton Ellis Peters : auteur d'Anglican Psycho, les aventures du moine médiéval qui est aussi un serial killer et qui est très à cheval sur la qualité de la bure et des sandales.

Louis Ferdinand Céline Dion : auteur de la célèbre chanson Le Cœur... Ça va aller... à propos du Titanic.

George R.R. Martin Circus : groupe de hippies qui se déguisent en moyenâgeux pour faire la chanson "je m'éclate à Dorne".

Halliday on Ice : spectacle démesuré et ringard de patinage au Stade de France. Qui s'arrête au moment où on allume le feu, parce que la glace fond.

Supermanpower : agence d'intérim pour super-héros. Il existe une filiale, Batmanpower, qui fournit des jeunes garçons en short à des vieux saligauds.

AC/DC Comics : éditeur de hard BD en culottes courtes.

Alain D&CO : historien de la décoration d'intérieur.

Dirty Harry Potter : justicier magique, auteur de la célèbre réplique "je sais à quoi tu penses, moldu, c'est six sorts qu'il a lancé, ou c'est cinq seulement ? à vrai dire, dans tout ce poudlard, j'ai pas vraiment compté non plus"

Philip K. Dick Rivers : auteur de SF dans un style rétro, le punkobilly.

Rock-a-Billy : étagère à disques vendue dans une chaîne de magasins suédois.

Thomas Jefferson Airplane : président américain qui planait vachement.

Martin Stephen King Jr. : militant des droits des auteurs d'horreur, célèbre pour son discours "I had a nightmare".

Thor-tue Ninja : célèbre licence de comics, dessins animés et jouets inspirée de dieux nordiques vivant dans les égouts et s'entraînant à la japonaise.

Freddie Mercury Seven : les premières bêtes de scène à moustache envoyées dans l'espace.


C'est décidé, j'arrête de boire*.



*promesse d'ivrogne.

lundi 9 mai 2016

Bouquins again

Tiens, puisque je renvoyais dernièrement à la liste de mes albums, autant que je refile aussi la liste des essais que j'ai publiés jusqu'ici :



Mythe & Super-héros est sorti il y a déjà 5 ans et m'a donné un mal de chien. C'était la première fois que je m'attaquais à un pareil exercice, qui me terrorisait (c'est une chose de se fendre d'articles de 12 ou 15.000 signes pour analyser tel ou tel aspect d'un sujet de pop culture, c'en est une autre de faire une synthèse de 300.000 signes). Bon, le bouquin a bien marché et a l'air de me valoir à présent une réputation d'expert en super-slips. Tant mieux, hein. Et puis ça a été le début d'une collaboration fructueuse avec les Moutons électriques, un super éditeur (okay, j'avais publié une nouvelle chez eux en 2005, mais avec M&SH, on est vraiment passé à la vitesse supérieure).



Apocalypses ! une brève histoire de la fin des temps avait été conçu pour profiter de la fin du monde de 2012. Mais dans mon cas, il me permettait de mettre à plat tout un tas de notes accumulées sur plein de sujets, et en même temps de régler quelques comptes, donc c'était un plaisir à faire.



Cosmonautes ! les conquérants de l'espace a un plan et une forme assez proche, au final, de celui d'Apocalypses, malgré un sujet très différent en apparence. Mais sur le fond, c'est également une histoire naturelle d'une idée, de son impact et de ses développements. Et là encore, l'occasion d'aborder tous pleins de sujets qui me tiennent à cœur.



Et le petit dernier, c'est Les dieux de Kirby, né d'une conférence fleuve à Angoulème, mais qui constitue par bien des aspects un approfondissement de certains chapitres de Mythe & Super-héros. C'est aussi mon premier bouquin chez les éditions Confidentiel, et il y en aura bientôt un autre.

vendredi 6 mai 2016

Born to be a livre (en live)

Bon, la sortie d'Eschatôn approche à grands pas. Il va y avoir des séances de décicaces. Déjà le 11 juin chez Gibert Jeune (Place Saint Michel), mais aussi probablement le 3 juillet au Grand Cercle d'Eragny.

Vous êtes libraire, vous avez un rayon SF et Fantasy ? N'hésitez pas à me contacter via les commentaires, pour organiser un truc du genre. Je ne mords pas (et quand d'aventure ça arrive, je ne suis pas vecteur de maladies incurables). Et j'ai plein d'autres bouquins chouettes que je peux signer au passage.

dimanche 1 mai 2016

Faites du travail ?

Vous le savez, je reste complètement fasciné par ce concept de "fête du travail" qui n'a, dès qu'on le regarde de près, à peu près aucun sens. Quand le travail est une fête, alors il perd mécaniquement une partie de son côté "travail". Sinon, les gens n'iraient pas faire la fête à Répu pour combattre la loi travail, pas vrai ? Et ils ne se feraient accessoirement pas taper dessus par des gens dont c'est paraît-il le travail. Bref, le travail, c'est une saloperie, n'y touchez pas.