lundi 29 février 2016

Mars en retard

J'en avait déjà parlé ici il y a quatre ans, mais je milite pour faire du 29 février un jour spécial, une sorte de journée magique consacrée à l'étonnement et à la réflexion sur l'inanité du monde. Et ce n'est pas comme si le monde ne nous fournissait pas, cette année encore, de quoi nous gratter la tête.

Ça nous permettra d'oublier Valls qui fait du Adolphe Thiers en essayant de nous faire croire que ce sont les autres qui sont restés scotchés au XIXe siècle.

jeudi 25 février 2016

"Now the time is here/for Iron Man to spread fear/Vengeance from the grave/Kills the people he once saved"

Je lis plein de trucs, en ce moment. Des trucs de certain éditeur électrovin que je me trouve fréquenter, comme Wastburg de Cédric Ferrand (une sorte de Fafhrd 2.0 avec une narration kaléidoscopique, je recommande vivement) ou Dévoreur, de Stefan Platteau (un conte où il est question d'ogre et d'influences astrales, avec de magnifiques pages d'ambiances nocturnes et de lumières d'étoiles qui éclairent le monde), des bouquins sur les symboliques médiévales et égyptiennes (traitées séparément, hein), la BD Mon ami Dahmer sortie chez Ça et Là (absolument super), un Strougaski que j'avais commencé à l'occasion d'un voyage en train et jamais terminé (la Troïka, parodie à la Stanislas Lem des délires bureaucratiques) bref, j'ai de quoi m'occuper les neurones.

Et puis des fois, il faut bien les détendre, les neurones, et se lire un bon vieux truc bien premier degré et bas du front. Genre des vieux Iron Man par tante Micheline. Pardon, par David Michelinie. Ça tombe bien, j'en ai récupéré deux albums à vil prix, dernièrement, tournant autour de ce qu'on a appelé la Guerre des Armures, soit la seconde période de Michelinie sur le titre. Je les avais lus dans Strange (ou dans Nova, peut-être, d'ailleurs, quand j'y pense), à l'époque, ces trucs-là, et j'en avais gardé un bon souvenir. Mais j'ai profité de l'occase que représentaient ces deux albums, primo parce qu'il me manquait des épisodes, deuzio parce que j'avais lu ça dans le désordre (à mesure que je complétais ce qui me manquait en bouquinerie), tertio parce que même si Lug faisait du bien meilleur boulot qu'Aredit ou Sagédition à la même époque, ces traductions taillaient souvent dans le vif.

Donc, petit plaisir régressif façon madeleine de Proust. Faut dire que certains de ces épisodes m'avaient marqué, comme celui où Stark et Jim Rhodes s'échappent de justesse de la station orbitale contaminée et l'armure de Jim, pas conçue pour le vol spatial, le cuit à l'étouffée pendant la rentrée dans l'atmosphère. Bon, dessiné par Mark Bright, c'est pas aussi spectaculaire que si ça avait été un des cadors de l'époque, mais ça fait quand même le job. Et puis la période se termine par l'épisode de Barry Smith, qui pour le coup est très beau graphiquement (j'ai toujours le fascicule VO que je m'étais acheté à l'époque, tiens) (bel épisode, vraiment).

C'est assez con, quand même, à la relecture. Ça vient après la période écrite par O'Neil et qui était quand même d'une meilleure tenue, et on sent un peu la marche. Même les très bonnes idées (Stark tente de limiter la prolifération de sa technologie, ce qui le conduit à se fâcher avec le gouvernement qui est l'un des utilisateurs) sont traitées de façon Pif-Paf. C'est lisible, hein, mais ça tient pas la comparaison avec ce qu'a pu faire Warren Ellis sur le personnage, ou même Matt Fraction et Kieron Gillen sur ce thème. Bon, c'était une autre époque.

Et justement, à propos d'autre époque, c'était la fin des années 80, moins Colombine qu'Arlequin, sachant pianoter sur la gamme qui va du grand sourire aux larmes, si je puis dire*. Une époque où sans déchoir, Tony Stark pouvait passer se faire frisotter chez le coiffeur pour qu'on lui touche le tralala, et faire son jogging sur la plage déguisé en Véronique et Davina.

La preuve en images
un document accablant

Bon, je suis débordé de taf, faut vraiment que j'aie besoin de me relaxer la cervelle. Mais point trop n'en faut peut-être, je ne sais pas... Tony Stark en short de jogging et marcel nombril apparent, c'est quand même dur. Allez, je retourne bosser, tiens.





*Oui, passer de Black Sabbath à Michel Sardou à quelques lignes d'intervalle, c'est toute la magie de la War Zone. Et encore, j'ai failli parler de Gunther... Euh... Voilà que ça me donne une idée, tiens.

mercredi 24 février 2016

Je ne parle pas des héros (faut pas croire ce que disent les journaux)

Tiens, visiblement c'est officiel alors je viens vous en parler ici :



De vils faquins organisent à Lyon un colloque sur la figure du Héros telle qu'on la pratique de nos jours. Du coup, le samedi 16 avril, je vais me retrouver à intervenir sur le thème "Les Héros épiques contemporains : us et abus du voyage initiatique." Ceux qui connaissent mon boulot savent que j'en ai sous le coude, sur un sujet pareil. Il y sera question, donc, de Campbell et de la façon dont il est mis à toutes les sauces pour faire de la soupe épique.


Et puis il y aura des tas de gens bien et intéressants, et normalement je devrais dédicacer quelques bouquins dans une librairie des alentours.

Par ailleurs, le même week-end, je devrais être à Paris Comics Expo pour dédicacer les Dieux de Kirby sur le stand des éditions Confidentiel. Pas le samedi, du coup, vous vous en doutez, mais le vendredi et le dimanche. Et normalement, il y aura aussi une conférence à la clé, mais ça je vous en reparle dès que tous les détails seront réglés.

lundi 22 février 2016

Traducs

Il est peut-être temps de refaire un point traductions, non ?

Parce qu'il y a pas mal de trucs qui doivent sortir. Tenez, la semaine prochaine, rien que chez Urban, il y a un Batman et Robin (réédition de ce qui sortait dans Batman Saga), Superman : c'est un oiseau (réédition d'un très chouette album que j'avais traduit pour Panini) et le tome 2 de Batman : Terre Un.

Et le mois prochain, toujours chez Urban, vous pourrez trouver le Lex Luthor d'Azzarello et Bermejo et un truc qui s'appelle C.O.W.L. et qui cause de luttes sociales et de compromissions politiques, donc un machin complètement de saison.

Le mois prochain, il y aura aussi le gros bouquin de Grant Morrison, Supergods. Ce sera chez Huggin & Munnin. Bouquin étrange et fascinant dans lequel Momo se livre aussi bien à des analyses mythologiques drôlement intéressantes, voire de très haute volée, qu'à une auto-analyse bizarre et à un chapelet de vacheries de mauvaise foi sur Alan Moore. C'est à recommander à tous les fans de l'écossais frappadingue, en tout cas.

Chez Delcourt, il va y avoir Spawn Renaissance, avec le retour d'Al Simmons en chair et en… Euh, en chair putréfiée et en crânes grimaçants. Spawn, quoi. Et ensuite le tome 14 de l'intégrale.

Chez Glénat Comics, il me semble que le deuxième Drifter est sorti.

Voilà, je crois que j'ai fait le tour !

mercredi 17 février 2016

La fin d'un bouquin, c'est quand même pas la fin du monde, si ?

Je suis en plein dans les relectures finales d'Eschatôn.

Mais si, vous savez, ce truc-là



C'est une phase compliquée, la relecture finale. C'est la dernière où l'on puisse vraiment modifier des trucs en profondeur, et j'hésite à le faire. Je rajoute des bouts de phrases, des bouts de paragraphes qui fluidifient la lecture ou précisent un point. Parfois, je m'aperçois (grâce aux annotations d'un relecteur des Moutons) que tel ou tel paragraphe qui me semblait parfaitement à sa place s'est retrouvé, au fil des réécritures successives, un peu isolé de son contexte et mérite dès lors d'être réemballé, explicité, raccroché aux autres wagons. C'est aussi une conséquence de mon mode d'écriture assez désordonné, hérité de ma pratique du scénario de BD : dès lors que j'ai un plan m'indiquant approximativement où je vais, je me mets à écrire dans le plus grand désordre, au fil de l'inspiration, des scènes qui vont se mettre en place sur ce plan en laissant entre elles de grandes plages vides, qui se comblent graduellement au fur et à mesure que je continue à travailler. Et parfois, ça laisse des coutures un peu visibles, ça a un côté un peu frankensteinesque qu'il s'agit de gommer.

Et puis il y a des coquilles, des coquilles et encore des coquilles. Y compris sur des portions que je sais avoir relues plusieurs fois. C'est quand même un exercice aussi fastidieux que terrifiant, le bouclage d'un bouquin. Je ne sais pas pourquoi je m'inflige ça à intervalles réguliers, tiens.

dimanche 14 février 2016

Méditations dominicales permettant de jouer les désoeuvrés alors que j'ai encore trois tonnes de taf à boucler pour demain

La soirée de vendredi a été très chouette. Et y a pas que moi qui le dis : Bruce et sa joyeuse bande disent tout pareil. Il aura dont été question de comics, de leurs origines et de leur sens profond. Et encore merci à la bibliothèque d'avoir si bien accueilli nos grandes envolées lyriques.

"Mais voyons, Monsieur Bruce, vous ne pouvez pas traiter Batman de Nazi"
"non, j'ai juste dit gros facho, pas Nazi. c'est pas Manuel Valls, quoi, quand même."*

La soirée a eu un gros avantage (outre le fait de discuter gentiment, de boire des coups en bonne compagnie, d'expliquer pourquoi From Hell c'est génial et de me faire passer pour plus brillant que je ne suis en glissant des mots comme "déconstruction" ou "icônisation" à des moments stratégiques) celui de me permettre d'échapper à un signe avant-coureur de la fin de la civilisation : Maitre Gims a en effet eu une Victoire de la Musique. C'est moche, quand même. Ça veut dire que bientôt, Guillaume Musso sera éligible au Nobel de Littérature. Et qu'on aura un ministre de la Culture avec le même nom que le boss d'AB Production.

Euh... Attendez, je revérifie dans mes fiches, là....

Oh…

Pu…

Tain…

Je vais peut-être me remettre au boulot, là, ça m'évitera de trop réfléchir au monde dans lequel je vis.




*Reproduction du dialogue non contractuelle. Il peut exister des différences notables entre ce que montre l'emballage et le contenu réel. Pas d'utilisation prolongée de l'humour sans une dispense écrite des ministères de la Santé, de l'Intérieur et des Anciens Combattants.

vendredi 12 février 2016

Rappel !

L'apéro comics à la médiathèque Blaise Cendrars de Conflans (juste à côté du théâtre), c'est ce soir à 18h30, avec Bruce Tringal et moi-même ! Venez nombreux discuter de nos illustrés préférés !


jeudi 11 février 2016

Blog à part

En faisant mes courses, je suis tombé sur un truc navrant dans un bac à soldes. Je regarde toujours les bacs à soldes de bouquins quand je passe devant, parce qu'il y a parfois des trucs sympas dedans,  des BDs qui n'ont pas marché parce que le public a des goûts de chiottes, de bons romans à la couverture un peu défraîchie, de la doc un peu pointue qui a échoué là sans qu'on sache pourquoi. Bon, assez souvent, y a surtout du fumier : des BDs qui n'ont pas marché parce que le public n'est pas si con, de mauvais romans à la couverture en très bon état, et des recueils de fadaises de politiciens oubliés ou sur le point de l'être. On ne sait jamais avant d'avoir mis les mains dedans.

Et puis là, y avait un bouquin sur les "50 blogs indispensables". Alors si vous traînez de la souris dans ces colonnes, vous devez savoir que je n'ai rien contre les blogs, à la base (quoique : le fait que je fasse un blog ne veut pas forcément dire que j'aime ça. je fais de la paperasse, des fois, par exemple, et j'en ai pourtant une sainte haine). Mais le blog est un support numérique, et par définition mouvant et susceptible de disparaître corps et bien du jour au lendemain, sur un caprice de son animateur. En faire une recension sur papier, sur un support censé être plus durable, c'est problématique. Et surtout, essayer de le vendre quelques années plus tard, dans un bac à soldes, c'est courir le risque que les données contenues dedans soient totalement périmées. Le bouquin devient dès lors l'instantané d'une époque et d'un monde révolus, disparus, et l'injonction d'aller voir les blogs en questions tombera forcément à plat, voire sur une erreur 404.

Il y a une certaine poésie, là-dedans, je trouve. Involontaire et mélancolique. Ce livre dans son bac, attendant un acheteur qui ne viendra jamais, était une épave sur la plage, un vieux journal de petites annonces d'il y a dix ans retrouvé sous une étagère chez le buraliste, un yaourt de l'an passé trouvé au fond d'un frigo mal rangé...

Du coup, je me suis acheté des rillettes et des saucisses. Oui, ça n'a rien à voir, et j'en ai rien à foutre, c'est mon blog et c'est moi qui commande ici. Je…

Le mien, il n'était pas dans les 50 indispensables...




**S'en va en sanglotant dans son coin**

mercredi 10 février 2016

Les aventuriers du professeur perdu


C'est en cherchant complètement autre chose que je suis tombé sur des dessins animés de Profesor Baltazar, une vieille série yougoslave des années 60-70. Je me ne souviens pas avoir vu d'épisodes de ce kartunovic (ça aurait été russe, j'aurais dit kartounski), mais j'ai pourtant une certaine tendresse pour le personnage de cet aimable professeur, dont j'ignorais jusqu'à ce matin que c'était une vedette de la télé.

Car si je n'ai pas, à ce que je sache, suivi ses aventures sur écran, je les lisais sous forme de petites BDs offertes avec des chewing-gums, des cigarettes en gomme rose dont on achetait un paquet pour quelques dizaines de Paras quand j'étais minot. L'équivalent exact, et je m'en étais fait la remarque à l'époque, des aventures de Malabar sous nos latitudes, jusqu'au principe des quatre ou cinq cases muettes dans lesquelles le héros battait un méchant ou résolvait un quelconque problème grâce à un chewing-gum, McGyver style. D'ailleurs, les cigarettes Baltazar avaient exactement le même goût.

(Alors oui, il fut un temps où je mangeais du chewing-gum. J'ai passé l'âge genre vers 13 ou 14 ans. Sans doute à l'époque où j'ai compris que ne pas avaler, c'était quand même absurde, on fait les choses, ou on ne les fait pas.)

mardi 9 février 2016

Publicité mensongère

Un petit peu dubitatif face à la mode des "hoverboards" que l'on voit de plus en plus dans nos rues. Outre le fait que ce ne soit qu'une version compacte du Segway, un véhicule que j'ai toujours trouvé du plus haut ridicule, l'utilité du machin ne me semble pas établie : un véhicule personnel qui vous fait avancer à la même vitesse que la marche à pied ne présente pas d'intérêt en soi. On a la lenteur de la marche sans ses bénéfices physiques.

Que, sur le plan purement technique, le machin soit un petit chef-d'œuvre d'ingénierie, ça me semble évident, je suis le premier à le reconnaître. Pour le reste, c'est du "cool" artificiel, de la satisfaction d'un besoin qui n'existait pas, une caricature de toutes les dérives de la hype high-tech.


Et puis merde, quoi. Un hoverboard normalement, c'est ça :

Et certainement pas ce truc ridicule :


Ne vous laissez donc pas avoir par ces dénominations mensongères. Sinon vous finirez par croire que Starbucks sert du café ou que Manuel est de gauche.

Donc la prochaine fois que vous croisez un "hoverboard", par simple mesure d'hygiène intellectuelle, montrez-le du doigt en riant.

lundi 8 février 2016

Considérations en vrac

Un général de la Légion a été arrêté l'autre jour dans une manif anti-immigrés menée à l'appel de Pegida, une officine d'extrême droite allemande. Bien entendu, tous les copains du général montent au créneau, dénonçant une arrestation arbitraire et politique. Rappelons néanmoins que les "partis de l'ordre" soutiennent souvent les factieux. Et qu'ils demanderaient directement la tête d'un militaire sortant de son devoir de réserve pour participer à des manifestations violentes et illégales à la demande d'un parti étranger, s'il n'était pas des leurs. Juste pour dire, hein, histoire que tout le monde joue selon les mêmes règles.

Bernard Arnaud a perdu une occasion de se taire en qualifiant les fonctionnaires de "faux emplois". Outre le fait qu'il doit être bien content d'avoir des policiers et des pompiers pour maintenir un peu sa sécurité (et celles des autres citoyens), des médecins et des infirmiers à l'hôpital (mais peut-être ne se mélange-t-il pas à la populace et va-t-il dans ces cliniques pour riches), rappelons qu'il a fait fortune dans l'industrie du luxe, et qu'il faudra alors qu'il m'explique, si pompiers, policiers et infirmiers ne participent pas selon lui à la richesse de la collectivité, à quoi servent les emplois qu'il génère lui. C'est vrai, quoi : à quoi servent concrètement Louis Vuitton, Berlutti ou les parfums Guerlain, si l'on va par là* ? Et la Samaritaine, qu'il a rachetée ? Ça a créé des emplois ? Je vois plus beaucoup de vendeuses dans la boutique, depuis quelques années. Pardon, dans cet espace vide et moche dont plus personne ne fait rien et dont je me demande s'il n'a pas tenté de le refourguer à des Qataris ou des gens comme ça. Et lui, du coup, à quoi sert-il ? La prime au connard se porte toujours aussi bien.

Et à ce propos, d'ailleurs, on annonce un chiffre de 70.000 bouquins vendus pour le dernier roman de Sarkozy. C'est pas mal. C'est 0,1 Marc Lévy, mais faut bien commencer quelque part (et puis je serais bien mal placé pour me moquer des tirages de qui que ce soit, en plus). Je dis roman, parce qu'il y a quand même pas mal de fiction dans le truc, pour ce que j'en ai lu. Ça me fait penser à ces bouquins de bobos qui font de l'autofiction et expliquent à quel point ils sont malheureux et incompris dans leurs intentions. Fais gaffe, mon Nico, tu files un mauvais coton, tu te boboïses à toute allure.

Bref, ça va comme un lundi.





*Je mets un peu à part son activité dans les cognacs. Faut bien qu'il fasse quelque chose de correct, des fois. C'est pas Bolloré non plus, ce type. M'sieur Bernard a au moins une qualité et pour le coup je participe occasionnellement à son chiffre d'affaires.

samedi 6 février 2016

Zeu dé aftaire

Bon, ça aura été bien sympathique cette soirée cinoche, malgré les menus incidents techniques qui l'ont émaillée (et pour m'être penché, plus tôt dans la semaine, sur le fonctionnement de ces gros projos numériques qui équipent à présent les salles de cinéma, j'ai l'impression que ces gros systèmes propriétaires "sécurisés" sont une épouvantable usine à gaz que ce soit au niveau du système d'exploitation, des formats de fichiers et même du câblage, et il est même surprenant qu'il n'y ait pas plus de soucis avec). Le film était chouette (mais a peut-être surpris une partie du public qui s'attendait visiblement à plus de krakapoum et pas à cette métaphorisation intimiste et métatextuelle qu'est Birdman) mais le débat qui a suivit était très sympathique et bon enfant. Merci à Brice pour ne pas s'être départi de son calme et avoir relancé la machine, et à Xavier pour sa présence affable et érudite.


Bon, la suite du programme, c'est un nouveau débat, vendredi prochain à 18 heures 30, et cette fois-ci à la médiathèque. Qu'on se le dise !


jeudi 4 février 2016

Soirée super-héros au Ciné-Ville de Conflans Sainte Honorine

Hop, un nouveau rappel : c'est demain qu'a lieu la soirée super-héros du Ciné-Ville (c'est rue Crapotte, à Conflans, juste derrière la mairie et pas loin de la gare de Ste Honorine) avec projection de Birdman à 20h30, suivie d'une animation débat genre dossiers de l'écran avec Xavier Fournier (la revue Comic Box, mais aussi Super-héros, une histoire française), Claude Forest (exploitant de la salle et auteur de Du héros au super-héros) et moi-même. Ce sera suivi d'une petite dédicace.


lundi 1 février 2016

Zeu riteurne

Bon, comme de juste et comme chaque année, un petit compte-rendu circonstancié de mon week-end angoumoisin :

Jeudi :
Mon paquetage est prêt, mais je continue à bricoler l'icono pour la rencontre avec Jeff Lemire. Faut que je fasse très gaffe à pas oublier la clé usb dans l'ordi. puis je file à la gare.

Aucun copain à Montparnasse ni aucun dans le TGV. C'est une première, ça. Faut dire que j'ai pris mes billets au dernier moment.

Fin du voyage à la voiture bar pendant que des hollandais descendent des Carlsberg avec une régularité qui force l'admiration. Le volume sonore augmente en proportion, à chaque bière bue. Fascinating, dirait Monsieur Spock.

Une fois arrivé, je vais récupérer mon badge bulle New York. Mauvaise surprise : tous les petits raccourcis connus des habitués pour naviguer autour de la Mairie et de la bulle sont bloqués par Vigipirate. Obligé de faire un détour. Inconvénient : je perds du temps. Avantage : je croise Jac, un quasi voisin (il habite à l'autre bout de mon patelin) que je vois essentiellement en festival, tant nous sommes occupés tous les deux, et Fabrice, le très sympathique organisateur du festival BD Artias dont je vous ai dit tant de bien l'an passé.

Une fois dans la bulle, déception : les hollandais qui vendaient des comics à prix cassé ne sont pas à leur emplacement habituel. Et je mets près d'une heure à parcourir les 200 mètres qui séparent mon stand de l'emplacement du leur. Parce que tous les trois mètres, y a un copain, un lecteur, un journaliste ou autre avec lequel je discute un brin. C'est ça, un festival.

Discussion avec Jean Depelley à propos de mon bouquin sur Kirby. Il a des remarques à me faire, et je l'écoute religieusement. S'il y a un spécialiste de Kirby dans ce pays, c'est lui, sans contestation possible. Il est le King des exégètes du King, et il mérite sa couronne (jetez un œil à sa somme en deux tomes sur le sujet pour vous en convaincre).

Puis apéro, restau, passage qui se voulait éclair au bar du Mercure. Je le dis à Fef et Phil S. (j'ai présenté ces deux grands malades l'un à l'autre, et ça se termine en duel de celui qui ferait écouter à la cantonade le plus bruyant morceau de grindcore) que "je reste une demi-heure, trois quarts d'heures au plus, et je me barre", mais dans les fait, je n'arrive à m'extraire de ce vortex que trois heures plus tard, fin cuit.

J'arrive chez mon logeur, je découvre que je partage mon lit avec l'ami Denis Lapierre. C'est un parfait gentleman, le restant de la nuit se passe donc très bien.

Vendredi :

En m'habillant, je constate avec une horreur mêlée de stupéfaction que j'ai oublié mes chaussettes de rechange à la maison. Heureusement que je porte des chaussures montantes : les gens ne se seront donc pas aperçus que je puais des pieds pendant quatre jours.

Petit dèj avec quelques habitués au Mars (ex Mars Attacks), puis je vais récupérer Jeff Lemire pour l'emmener au Conservatoire où je suis censé l'interroger. Il est d'un abord très agréable, et une fois sur place, joue le jeu avec décontraction et esprit. Moi qui angoissais comme une pucelle avant confesse, je suis soulagé, et l'entretien se passe merveilleusement bien, nous permettant, après quelques considérations d'usage, d'aller un peu au fond des choses. Très chouette.

Après-midi passé à dédicacer à La Cafetière. C'est sur le stand qu'Odrade me demande un service : jouer les amis prenant des nouvelles pour la télé suisse. C'est la magie de la télé : les nouvelles, je les lui avais demandé la veille à l'apéro. Mais je me prête au jeu, et le reporter est de toute façon adorable. Gilles, t'assures.

Parce que ça n'en a pas l'air, mais la séquence aura demandé dix-huit prises. J'ai dans l'idée que je suis un acteur médiocre. Ou que je suis trop prompt au fou rire.



Puis conférence de presse des éditions Rue de Sèvres au théâtre. De bien belles choses en perspective chez eux. J'y croise Stéphane, ami journaliste, qui me traîne ensuite au Off, dans un très chouette local. Nous arrivons tôt, et pouvons donc squatter d'excellents fauteuils dans les étages, dans la salle où est installé un hommage à feu Coyote. Nous avons levé notre verre à ta mémoire, l'ami. J'espère qu'il y a des grosses cylindrées où que tu sois.

C'est à cette occasion que nous avons visiblement fasciné un malheureux qui venait se reposer sur ces mêmes fauteuils. Il ne s'attendait probablement pas à se retrouver face à deux grands malades discutant de sujets assez ésotériques, kabbalistiques, gnostiques et politiques, surtout de la façon dont nous le faisions. Puis du monde arrive, la musique monte d'un cran, et nous décidons d'aller nous en griller une dans la cour.

Un type raide défoncé à qui j'ai donné du feu entreprend de m'apprendre à marcher comme Klaus Kinski. D'un coup, je suis en bad vibes. Je file au Mercure, et là je ne reste effectivement que vingt minutes. Je file me coucher et à minuit et demie je suis au lit. Un record en festival.

Je disais hier que Denis est un parfait gentleman, mais nous occupons une chambre de 4. Deux traducteurs sont à l'autre bout de la pièce. Je découvre à cinq heures du matin avec horreur que l'un d'eux pète au lit en dormant. Et avec étonnement qu'il est possible d'interpréter une fugue de Bach de cette manière. Par délicatesse, je ne donnerai pas le nom du collègue en question, mais Ben, sache que je te hais.

Samedi :

La grosse journée, comme toujours. Petit dèj au Mars, dédicace de l'ami Munaro, calage avec Xavier Fournier de l'intervention de vendredi prochain, puis je file au conservatoire pour ma conférence sur la BD et la conquête de l'espace. J'y brasse des notions un peu philosophiques, un peu poétiques, et d'un coup, la magie opère. On arrive en fin de course à un moment où je fais voyager mon public, je le sens. Il y a trois sortes d'applaudissements, dans une conférence : les applaudissements polis de gens qui savent qu'on fait clap-clap quand c'est fini, les applaudissements ravis de gens qui ont vraiment aimé... Et puis une troisième catégorie, plus rare, où l'on sent qu'il s'est passé quelque chose. Je crois que cette fois-ci, c'était le cas. Ou alors, grisé par ma propre voix, je me fais des idées, c'est possible aussi. Mais je note qu'il y a de plus en plus d'habitués, de gens qui viennent m'écouter tous les ans.

Nikolavitch, un personnage décidément bien lunaire


Guillaume, vieux complice en BD mais aussi reporter pour J-One m'a demandé un service. Il fait une interview d'Alex Alice et m'a demandé de lui monter une cabane. Il s'agit de lui faire croire que j'ai signé un contrat d'exclusivité et que je ne pourrai donc plus travailler avec lui.

Je me croyais mauvais acteur hier ? Le samedi contrarie cette première impression. Il faut dire qu'Alex est la crème des hommes, et que malgré mon goût immodéré du canular, j'ai honte de lui faire cette frayeur. J'arrive donc sur les lieux vraiment gêné. Il sent que je suis mal, que j'ai un truc à lui dire, que je ne sais plus où me foutre. Du coup, il marche à fond pendant un instant. Et c'est d'ailleurs là que j'obtiens la confirmation expérimentale de quelque chose que je sais de façon intuitive depuis des années : Alex est vraiment une grande âme. Il est aussi content pour moi qu'emmerdé pour lui-même. D'autres se seraient contentés d'être emmerdés.

Puis rebelote dédicaces, et on va manger. Le hasard du placement me met face à Farid Boudjellal, que j'avais croisé à quelques reprises du temps lointain et bref où j'étais auteur chez son frangin. Farid m'a toujours fait une forte impression, je le vois comme une espèce de sage. Discuter avec lui est un rare bonheur.

Puis, comme de juste, je fais un saut au bar du Mercure. Alex me tombe sur le paletot en mode "toi... toi.... je te retiens..." Je lui ai donc vraiment fait peur cet après-midi. En bon salopard, je charge Guillaume à mort. Mais Alex me connaît trop bien, il sait que j'adore les blagues. Ça se règle donc de la façon la plus civilisée qui soit : autour d'un verre.

Et là, c'est le drame. En fait, au Mercure on se retrouve non seulement à se payer des verres avec des gens à qui l'on doit des excuses, mais on s'en fait également payer par tous ceux à qui on a rendu de menus services dans l'année. Et je suis un garçon serviable.

Putain... La mine que je me suis mis...

Rentré à quatre pattes à pas d'heures. Ben est en mode symphonique, mais rien à foutre.

Dimanche :

Réveil brumeux, engourdi, avec sur la tête une casquette en granit. Petit dèj rituel au Mars, celui du dimanche ayant toujours une valeur particulière : il existe pour nous obliger, les uns et les autres, à nous lever quoi qu'il se soit passé la veille au soir, et à être opérationnel avant 10 heures du mat'. C'est au Mars que je passe la valeur seuil d'un litre de café consommé depuis le réveil.

Puis conférence Doctor Strange. Sachant que le dimanche matin, personne n'est très frais, particulièrement moi (mais l'autre intervenant de la matinée, dans la salle d'à côté, était dans un état similaire), j'ai prévu un sujet typologique, une classification/généalogie d'archétypes. Dit comme ça, ça a l'air compliqué, mais justement, c'est l'astuce de fourbe : y a rien de plus simple, mais comme ça a l'air compliqué, on donne l'impression d'être un cador. Du coup, les applaudissements sont de catégorie "gens qui ont aimé", ce qui me convient tout à fait. Présence dans la salle d'un dessinateur avec lequel j'avais commencé à développer un projet autour de Doctor Strange, projet qui a malheureusement capoté. Ça me fait vraiment plaisir de le voir.

Puis je repasse au stand, puis tournée des adieux, puis un croque et quelques verres de jus d'orange au Chardon, bar opportunément situé sur le chemin de la gare, et train.

Dans le train, discussion pour ne pas s'endormir. C'est la magie de ce genre de retours : on ne connaît pas forcément ses voisins, mais on fait connaissance et ainsi, le voyage passe plus vite et surtout on ne s'endort pas, car mal dormir, c'est souvent pire que ne pas dormir du tout.

Rentré chez moi, par contre, je me rattrape de ce sommeil refusé... Et je sens en tapant ces lignes que je vais m'accorder une petite sieste.

Ciao !

Rrrrronflzzzzzz