lundi 30 mars 2015

Encore un petit bout

Tiens, vu que j'ai passé du temps à remettre de l'ordre dans les notes correspondant à ce bouquin, voici un autre extrait du roman sur lequel je bosse depuis quelques temps :



Wangen risqua un œil à son tour. L'objet qui approchait dans la nuit immense n'était ni une nef, ni une barge. Cela ressemblait plutôt à une monture sur laquelle était juché le drone le plus répugnant qu'il eut jamais contemplé en face. Installé à califourchon sur une selle d'orichalque, l'être difforme fixait la barge des fugitifs avec des yeux grands comme des assiettes, aux pupilles immenses, des gouffres sans fond conçus pour y voir même dans les ténèbres séparant les mondes. Ses doigts filiformes au bout de bras démesurés s'agrippaient à des pommeaux répartis le long des flancs de son étrange cavale et dansaient, bondissant de l'un à l'autre à chaque fois qu'il avait un ordre à lui transmettre. Derrière lui, l'on devinait d'autres formes semblables. C'étaient donc cela, les fameux limiers montant la garde le long des routes du Mental, traquant les voyageurs trop faibles pour résister à leur sauvagerie. Ils étaient la raison pour laquelle, depuis deux millénaires au moins, les hommes qui s'éloignaient par trop de leurs territoires privilégiaient les immenses et lourdes nefs, que les limiers ne pouvaient espérer violer qu'au prix de pertes monstrueuses dans leurs propres rangs. Une barge isolée n'avait guère de chance de leur résister, surtout conduite par un drone qu'on n'arrachait à l'influence de ses maîtres qu'au prix d'un effort aussi conséquent que continu.

vendredi 27 mars 2015

Ça devient n'importe quoi

En passant faire mes courses dans une supérette du coin, j'ai découvert que les "quenelles" s'appelaient à présent "soufflés lyonnais". Genre pour désolidariser le produit des facéties dieudonnesques. Je trouve ça assez misérable, en fait. C'est donner beaucoup trop d'importance à des courants ultra minoritaires de frappadingues paranoïdes. Et c'est, je crois, rentrer dans le jeu de la paranoïa, d'ailleurs, en essayant de modifier le réel en modifiant le langage jusque dans les cuisines.

Et il faut se méfier de la paranoïa. Elle tue. Elle a encore tué cette semaine. Si le commandant de bord de l'avion qui s'est planté l'autre jour avait pu accéder à son cockpit, il aurait pu sauver 150 personnes. Sauf que c'est un peu comme la mort de Staline : les dispositifs de sécurité finissent par contrarier l'accès des gens susceptibles de sauver ceux que le dispositif est censé défendre.

Soufflés lyonnais et portes d'avion de ligne, ce sont des trucs qui n'ont rien à voir, à la base. Et pourtant, je ne peux m'empêcher d'y voir l'effet d'un Zeitgeist un peu inquiétant, d'une sorte d'allemagnedelestification du monde.



En plus, les systèmes barrant l'accès, on sait depuis longtemps qu'ils n'arrêtent pas les crapules déterminées :


mercredi 25 mars 2015

Y a de la poix

C'est le printemps, au fait.

Je ne m'en étais pas trop rendu compte. Primo parce que je suis dans une de ces phases bunkerisées où je pisse du texte dix heures par jour, secundo parce qu'à vrai dire, à part Lundi, il fait plutôt un temps de Toussaint. Au point que l'éclipse de vendredi, vue de chez moi, elle a plutôt ressemblé à un passage orageux, genre.

Outre les traductions qui constituent mon ordinaire, et les articles pour les prochains Château des Etoiles (le numéro 4 sort en mai !), je travaille sur un scénario de BD (dont je vous parlerai bientôt)  et deux bouquins très différents dont je vous balance deux extraits, du coup :

Ça, c'est un bout de mon roman :

Serrant les dents, il regarda le paysage autour de lui. Les hommes n'étaient arrivés que depuis peu de temps sur ce monde. Quelques siècles tout au plus. Ils n'avaient pas encore réussi à le modeler, à le rendre totalement vivable. Travailler une terre, la pousser à porter du fruit et à se transformer, cela demandait du temps, une patience de plusieurs générations. Parfois, la terre s'avérait trop rétive et rejetait la houe du cultivateur. Alors les hommes partaient, trouvaient une autre terre et recommençaient. Pour se qu'en savait Wangen, ses ancêtres avaient erré pendant quinze générations sur un monde lointain avant de lâcher prise, de partir puis d'arriver sur celui qui lui avait donné naissance. Cinq ou six cent ans auparavant, son ancêtre avait, accompagné de quelques autres, décidé de défricher un nouveau désert, sur une autre planète. Les cantres nautes l'y avait conduit, et il avait commencé un ouvrage poursuivi par ses descendants.
Quand Wangen avait quitté ses terres, ce monde était devenu, pour partie, un presque paradis. Autour des villages s'étendaient des collines verdoyantes et même quelques petites forêts. Près d'un quart de la planète avait ainsi changé de visage. Mais pour une réussite de ce genre, combien de mondes désolés qui l'étaient demeuré ? Beaucoup. Trop, sans doute. Combien d'hommes épuisés à une tâche impossible et qui n'avaient pas eu le courage de l'ancêtre, de tout recommencer ailleurs en espérant une faveur divine ? Des myriades.

Le sol de ce monde lui semblait impropre, alors qu'il voyait défiler étendue rocailleuse après étendue rocailleuse. Trop rouge, trop riche en ce métal gris et maudit que maniaient les Anciens pour construire leurs armes de guerre et leurs blasphèmes.

Et ça, un extrait de la mise sur le papier de ma conférence de cet hiver consacrée aux dieux de Kirby :

Difficile de savoir qui le premier a eu l'idée de Galactus, même en ajoutant foi à l'anecdote de la conversation à la cafétéria du coin, dans laquelle les idées auraient fusé selon le principe du ping-pong créatif. Si Galactus, entité géante et matérielle est un prototype de dieu Kirbyen, il est néanmoins le résultat probable d'une synergie d'auteurs, d'une volonté commune de donner plus de profondeur dramatique aux épisodes à suivre et d'échapper au syndrome du « vilain du mois » trop vite mis hors d'état de nuire, ou de l'extraterrestre de passage, comme les Fantastiques en ont renvoyé déjà quelques uns chacun sur sa planète.
Ce qui frappe avec Galactus, c'est qu'au contraire d'Annihilus, il n'est pas malveillant. Il fonctionne seulement à une échelle tellement autre que les habitants de la terre ne sont pour lui guerre plus que des insectes, un dommage collatéral dont il n'a pas à se préoccuper, tant la faim qui le tenaille prend le pas sur tout le reste. Le pique-niqueur se préoccupe-t-il des fourmis autrement que comme une éventuelle nuisance ? Tel est Galactus, et les fourmis, c'est nous.



samedi 21 mars 2015

Glow in the dark, et surtout là où le soleil ne brille pas


On vit dans un monde extraordinaire, mais il l'a été encore plus en des temps reculés, comme le prouve le document ci-dessus : mieux que le viagra, on se foutait jadis du radium au cul pour bander comme Hulk. Magnifique.


Et sinon, à propos de suppositoires, le syndicat des transports d'île de France estime à 10 millions d'Euros ce que lui coûtera la gratuité des transports en commun imposée du fait du pic de pollution. Comme de juste, l'état et la région mettront la main à la poche pour compenser (donc, in fine, c'est vous et moi qui réglerons la facture). Mais je me pose quand même une question : d'où sortent-ils ces chiffres ? Ça me semble un peu beaucoup, vu qu'un gros paquet d'usagers payent un abonnement et que pour eux, gratuité ou pas, ils payent quand même leur voyage. Par contre, comme les tourniquets sont ouverts, plus personne n'est comptabilisé, abonnement ou pas. Donc ce chiffre n'est que ça, une estimation somme toute assez fantaisiste, je dirais même délibérément fantaisiste, et qui ne s'en cache même plus. On nous prend vraiment pour des truffes.

mercredi 18 mars 2015

Caramba, encore raté

Ah, à cause de la grève de Radio France, je ne passerai pas demain sur France Cul. Mais l'interview devrait être mise en ligne sur le site de l'émission. Je vous préviens dès que c'est fait.


mardi 17 mars 2015

Que sont-ils devenus ?

Vous vous en souvenez, à la fin du Seigneur des Anneaux, une bonne partie des personnages se tire à l'Ouest, ou change radicalement de vie.

Tant d'années après, il est temps de faire un bilan.

Frodon, Gandalf et Elrond ont pris le bateau pour passer en Amérique. Leurs destins personnels seront très différents.

Elrond s'installe à San Francisco où il ouvre une boîte de nuit très courue, le Fondcombe.

Encore secoué par son expérience, Frodon se voit diagnostiquer un stress post traumatique. Sans la présence apaisante de Sam, et parce que les services sociaux viennent de subir un plan social et ne peuvent le prendre en charge, il finit par craquer, et tue 17 personne dans un centre commercial de la banlieue d'Austin, Texas, avant d'être abattu par la police.

C'est dans ce centre-là que Gandalf a lui-même trouvé un emploi. La qualification de sorcier païen pouvant attirer des ennuis dans le Sud profond, c'est ainsi qu'il se retrouve avec un emploi de Papa Noël ho-ho-ho-les-petits-n'enfants. Et c'est ainsi qu'il assiste à la mort de son ami, criblé de balles. Inconsolable, il sombre dans l'alcool et l'herbe à Hobbit, ce qui le conduit à tomber dans les griffes d'une vieille connaissance.

En effet, Saroumane est devenu le parrain du Cartel d'Uruapan, diffusant une drogue nouvelle importée d'Illuvatar sait où. Ses Mexiq-haï sèment la terreur dans toute la région, et il profite que Gandalf est un homme brisé pour le faire basculer du Côté Obscur et en faire un cadre de son organisation.

La drogue vendue par Saroumane, c'est de l'herbe à Hobbits cultivée sur les terres du Mordor, là où sont retombées en pluie fine les particules de Sauron après son explosion. Si une quantité suffisante de personnes fument cette herbe au cours d'une rave party, on chuchote que le Seigneur du Mordor pourrait à nouveau s'incarner.

De leur côté, Aragorn et Arwen ont maille à partir avec la justice. Le couple royal de Gondor est devenu la cible des paparazzi. L'un d'entre eux, travaillant pour Jours d'Orthanc, a été retrouvé au pied de la citadelle de Minas Tirith, le corps fracassé. Une enquête est ouverte, conduisant à la découverte d'un charnier de paparazzis dans un marécage, et une autre quand un juge d'instruction fut retrouvé écrasé par un troll dans des circonstances douteuses.

Ceux qui s'en tirent le mieux, en fait, ce sont Merry et Pippin. Il paraît qu'ils sont chroniqueurs chez Ruquier, maintenant.

lundi 16 mars 2015

Papa was the king of Mongo

Ah, si vous écoutez France Culture, je passe dans l'émission Cultures Monde de jeudi prochain. C'est à onze heures.

On devrait causer de Cosmonautes ! et de diverses choses du même ordre, dont le space opera, Flash Gordon, l'art et la manière de vendre à l'Armée Rouge un vecteur nucléaire qui est en vrai une fusée spatiale, mais bon, vous savez déjà tout ça si vous avez lu le bouquin.

samedi 14 mars 2015

Vers l'infini et au-delà !

Quand j'étais tout minot, mais alors vraiment tout petit, il y avait un truc marrant à la maison. En bas de l'escalier, dans l'entrée, deux grands miroirs se faisaient face. Ils étaient énormes. Je ne pourrais pas vous dire quelle taille ils faisaient avec exactitude, parce qu'étant vraiment tout petit à l'époque (bon, je faisais déjà une demi-tête de plus que mes camarades du même âge, mais on était à la maternelle, alors ça ne faisait pas bien grand quand même), tout me semblaient énorme. Mais bon, c'étaient de belles pièces. Et ils étaient exactement face à face, dans un endroit pas hyper bien éclairé.

Le résultat était magique : les reflets formaient un tunnel démentiel s'étendant au loin, très loin, de chaque côté, jusqu'à se perdre dans une brume étrange due au mauvais éclairage et à l'ancienneté du tain, qui entraînait une légère déperdition à chaque reflet successif. Au loin, l'effets se dissolvait, et quand on le fixait assez longtemps, il devenait un peu mouvant, très inquiétant, comme s'il pouvait un jour en sortir des trucs.

En rentrant de l'école, quand je pouvais, j'observais le truc. Il n'en est jamais rien sorti.

Mais c'est cet agencement de miroir qui m'a donné mon premier sens de la notion d'infini. Et par défaut, quand on me parle d'infinité, c'est au fond de moi l'image que j'en ai encore maintenant.




vendredi 13 mars 2015

Zombouffe

La supérette du coin fait maintenant la sauce Worcestershire (celle qui va bien, de la bonne marque biflandaise, pas la version nulle de marque américaine) en grand flacon. C'est mieux. Parce que sinon, ça va vite, la sauce Worcestershire (un peu moins maintenant que je la remplace par du Viandox dans certaines préparations, mais vite quand même).

Donc, maintenant, je prends la grosse bouteille. C'est vraiment mieux.

Et je ne sais pas si je ne le voyais pas sur la petite parce qu'il n'y était pas ou juste parce que je suis trop myope, mais sur la grosse bouteille, il y a un slogan.

"Bring food alive !"

Et là, tilt. Ça a fait chboum dans la tête, comme dirait l'autre. La seule bouffe que je mange vivante, normalement, ce sont les huitres. Mais les Anglais, pervers culinaires comme ils le sont parfois, aiment peut-être sentir le kidney pie gigoter sous la dent. Mais ce slogan est un message. Un signe avant-coureur de la fin.

Je crois qu'en vrai Léa et Pérrine, les deux productrices de la sauce Worcestershire, sont des descendantes de Herbert West, le réanimateur dont les aventures ont été racontées par Howard P. Lovecraft, et que leur sauce n'est qu'une version grand public de sa formule magique.

Bien dosée, la sauce réveille la nourriture et lui rend vie ! Bientôt, quand l'environnement sera saturé de la formule, la bouffe se réveillera ! Les steaks se recomposeront pour redevenir une vache façon puzzle ! La purée de pomme de terre glougloutera comme un shoggoth avec une gueule de bois ! Ma bolognaise maison jaillira de sa casserole pour tenter de m'étrangler de ses petits poings rageurs ! On parle de frankenfood depuis quelques années, mais les steaks de synthèse élevés en cuve ne sont rien à côté des horreurs vaudou de la sauce Worcestershire ! La moussaka géante déferlera sur la ville ! Les tomates tueuses auront vraiment la peau de Djodj Ouatèlze !

Mince, alors, quand on entend des micro-trottoirs où de braves dames disent "oh, quand on lit les étiquettes, eh bien ça fait peur", je n'y croyais pas ! Elles ont pourtant raison ! L'apocalypse est à nos portes ! L'invasion de nourriture zombie qui nous assiégera jusque dans nos supermarchés préférés ! Romero s'était complètement planté ! Les morts-vivants sont déjà dans les rayonnages !

Je crois que je vais me remettre au ketchup, en fait. C'est plus prudent.

jeudi 12 mars 2015

Classifications

En faisant des recherches (j'essayais un peu de piger les objectifs du programme New Horizons, qui va nous en apprendre sur Pluton d'ici cet été, si tout va bien), je me suis aperçu que mes connaissances sur le Système Solaire externe dataient un peu. Je veux dire, qu'elles dataient sérieusement. C'est un champ en pleine évolution, comme l'a prouvé il y a quelques années la rétrogradation de Pluton du rang de "Planète" à celui de "Planète naine". Ça a l'air anodin, mais ça ne l'est pas du tout : si Pluton a perdu son statut, c'est parce qu'on avait le choix entre cette petite humiliation... Ou un sérieux bordel.

Mais reprenons un peu du début.

Quand on parle de planète, on est à peu près d'accord sur le fait que les planètes sérieuses ont "nettoyé" leur orbite il y a longtemps. C'est à dire qu'elles ne croisent plus de gros cailloux, ou alors par accident, de façon complètement exceptionnelle, genre la malencontreuse aventure survenue aux dinosaures il y a 65 millions d'années. Le reste du temps, y a des cailloux, oui, mais pas gros, et pas souvent.

Pluton, non contente d'avoir une orbite à la noix (pendant un tiers de son année, à quelque chose près, elle est plus proche du Soleil que Neptune, et en plus elle a un angle assez fort par rapport au plan de l'écliptique), se balade dans un joyeux foutoir de caillasse, dont on n'avait pas conscience au moment de sa découverte, une zone qui s'appelle la Ceinture de Kuiper. Et là, si je puis dire, quand on a commencé à creuser le sujet, on a joué à Kuiper gagne. Des cailloux du même format que Pluton, voire plus gros, y en a des caisses. De plein de sortes. Avec des orbites sérieusement biscornues. Auxquels il aurait fallu donner le rang de planète pour pouvoir conserver le sien à Pluton.

Mais est-ce que vous connaissez la différence entre un astéroïde hadéocroiseur, un centaure, un plutoïde, un plutino, un cubewano, un damocloïde et un sednoïde ? Sauriez-vous reclasser Eris, Makémaké, Hauméa, Orcus, Quaoar et Okyrhoe dans la bonne case ? Moi, pas. Mais si Pluton était resté une planète, il aurait fallu apprendre tous ces noms-là avec.

Donc je creuse un peu tout ça pour m'y remettre (j'en étais resté à Xena et Gabrielle pour le système qu'on appelle maintenant Eris et Dysnomie, par exemple) et piger les différences entre les nuages de Hills et de Oort.

Le bordel, je vous dit. Ah elle est belle, l'harmonie des sphères célestes.

mercredi 11 mars 2015

Obsolescence programmée

Ça faisait longtemps que je n'étais pas venu m'épancher, pleurnicher et vitupérer ici même pour vous exposer mes soucis de cafetière. Ils sont pourtant récurrents. L'équation "appareil ayant besoin d'eau très chaude" + "eau très calcaire" = "grosses emmerdes", c'est bien connu.

Et donc, depuis quelques semaines, quand je versais de l'eau dans la cafetière, je retrouvais immédiatement l'eau sur le comptoir de la cuisine. Dans sa totalité. Le truc bien rageant.

Et cette cafetière nécessitait, pour l'ouvrir, deux sortes de tournevis pour les six vis du capot d'en-dessous : un cruciforme d'un des deux modèles-courants-qu'on-sait-jamais-lequel-est-le-bon-c'est-pour-ça-qu'on-nique-une-fois-sur-deux-soit-la-vis-soit-le-tournevis, et un truc à la noix à deux trous. C'est ce deuxième larron qui me posait souci, vu que je n'en ai pas dans mes caisses à outils, et que je n'avais pas le temps ces dernières semaines de passer chez un quincailler pour trouver le bon truc.

Heureusement que j'avais dans le placard une cafetière à moka, un truc complètement low-tech qui marche très bien, qu'on peut même faire fonctionner sur un barbecue en cas de panne de courant. Mais qui ne prépare que deux tasses d'un coup, c'est à dire qu'une tournée, ça couvre mes besoins jusqu'à 8 heures et demie du matin, pas plus.

Finalement, à l'occasion d'un rendez-vous de boulot, j'ai pu faire un crochet et trouver l'outil. Ou presque : on ne le trouve pas tout seul, ce serait trop beau, mais en lot, avec toutes sortes d'embouts de visseuse que j'ai déjà. Qu'à cela ne tienne, ça me fera mon huitième cruciforme de 6, au cas où je perde d'un coup les sept précédents, on ne sait jamais, ils pourraient décider de faire de la téléréalité ou je ne sais quoi.

Bref, je démonte le capot, je découvre que la séquence de démontage du reste, à l'intérieur, c'est un BORDEL pour accéder au point qui déconnait, et je trouve la source du problème : un tuyau en plastique qui s'est détaché de l'arrivée d'eau. Le truc con. Mais pour y accéder, et pour arriver à le brancher au bon endroit de façon à ce qu'il ne se barre pas à nouveau, il m'a fallu 45 minutes.

Ce qui pose un problème de société intéressant, mine de rien. Parce que dans les faits, la seule chose qui m'ait permis de sauver ma cafetière, c'est le fait que je sois un connard extrêmement têtu. Je SAVAIS que la panne provenait d'une bêtise du genre, d'un simple bout de tuyau débranché. Donc pas question que je foute l'appareil à la benne (il n'est plus sous garantie), ce qu'aurait fait quelqu'un de normal par les temps qui courent.

Et ça me gonfle sérieusement. Tout est fait pour que les appareils partent à la casse tout de suite (et même s'ils sont censés être recyclés, ce qui est un progrès, l'affaire des terres rares dans les ampoules continue à me faire douter de la filière), des vis employées à l'intrication des pièces qui font qu'un démontage trop rapide ou maladroit a vite fait de casser définitivement l'appareil. Donc rachetez, en plus ce n'est pas cher, vu que même les appareils allemands sont fabriqués par des boîtes auxquels les Chinois demandent de sous-traiter pour deux dollars de l'heure. Mais comme je n'aime pas qu'on me force la main, n'est-ce pas, j'ai préféré me racheter le tournevis qui va bien (et ses 25 petits frères) et y passer 45 minutes. Les industriels tiennent à nous rendre à la fois polluants et fainéants. Ne vous laissez pas faire ! Bricoleurs de tous les pays, unissez-vous !

mardi 3 mars 2015

Chères études

C'est toujours amusant de voir les gros titres de la presse généraliste, quand elle commente des études scientifiques.

Là, par exemple, il y avait une alerte sur les émulsifiants. Et bien évidemment, elle est reprise partout, avec des titres du genre "la vérité sur les émulsifiants", s'interrogeant sur la nécessité d'en mettre partout.

Alors déjà, pour commencer, les émulsifiants sont un des éléments essentiels de la production alimentaire actuelle. Ils permettent de mélanger de façon harmonieuse des choses qui sinon ne se mélangeraient pas, comme l'huile et l'eau. Ça n'a l'air de rien, mais dans plein de trucs, sans eux, on aurait des patouilles dégueulasses en ouvrant le pot. Impossible de faire une mayonnaise sans un émulsifiant correctement mis en œuvre, par exemple.

Mais comme il y a eu des croisades violentes contre les colorants et les conservateurs, il était naturel que les émulsifiants s'en prennent aussi un peu dans la gueule. (je laisse de côté les croisades en cours contre le gluten et le lait, qui sont d'une drôlerie sans nom dans leurs arguments, mais qui ne se préoccupent pas de l'aspect chimie des choses)

Et donc, voilà une étude scientifique démontrant que les émulsifiants chimiques (les émulsifiants naturels comme les lécithines ne sont pas concernés) de type polysorbate provoquent des réactions inflammatoires dans le tube digestif, de l'obésité et des dérèglements métaboliques. Fermez le ban, les émulsifiants sont des méchants. Gros titres, anathèmes et lâchons sur eux la populace armée de fourches qui les poursuivra jusqu'au vieux moulin.

Mais il peut s'avérer intéressant de regarder les conditions de l'expérience. La façon dont a été menée l'étude.

Pour faire leur truc, nos vaillants chercheurs ont administré des émulsifiants à des souris,  en les mélangeant à leur eau de boisson. L'idée était de ne pas changer le reste de leur régime alimentaire histoire de bien caractériser l'action de l'émulsifiant seul. C'était une bonne idée, en soi. C'est de la mettre en œuvre qui était une ânerie.

Parce qu'on l'a vu plus haut, un émulsifiant fonctionne mélangé à deux produits, une phase aqueuse (pour parler scientifique) et une phase grasse. Un émulsifiant chimique agira un peu à la façon d'un tensioactif (d'un savon, quoi, ou d'un produit à vaisselle) en servant de médiateur entre la queue hydrophobe des lipides et les molécules d'eau que celle-ci a sinon tendance à repousser, il y a à la clé des réactions au niveau des électrons, mais pas de réactions chimiques à proprement parler. Techniquement, une fois qu'il est mis en œuvre, l'émulsifiant est pris en sandwich entre les molécules d'eau et de gras. L'intérêt, c'est qu'il suffit d'une très petite dose pour que ça marche.

Mais quand on le met en solution, et à dose plus importante, dans de l'eau pure, que se passe-t-il ? Eh bien sa partie lipophile ne trouve pas à s'exprimer. Elle agira donc là où elle trouvera des phases grasses, par exemple à la surface des cellules du tube digestif. Qu'elle pourra tout à fait décaper, du coup, comme si l'on avait bu du produit à vaisselle.

Parce que les émulsifiants sont conçus pour produire des émulsions, comme leur nom l'indique. Si on ne les émulsionne pas AVANT de les consommer, ils agiront comme ils sont censés le faire... Mais après la consommation.

Alors, il ne s'agit pas ici de défendre les émulsifiants chimiques, il y a sans doute des études à mener dessus pour savoir ce qu'il en est ou pas de leur innocuité. Mais tant qu'à faire, ce serait bien de faire des études sérieuses, pas ce genre de pitreries sous vernis scientifique qui ne prouvent rien. Parce que sinon, en faisant boire de la saumure à des souris, on peut aussi démontrer que le sel est un poison violent.

Accessoirement, il serait intéressant de savoir qui finance ce genre d'études, et surtout des études menées de cette manière et médiatisées de la sorte. Parce que c'est comme les études sur le café, prouvant qu'il a des effets délétères sur la santé : j'ai du mal à prendre au sérieux celles qui ont été effectuées en Utah, par exemple. Tout comme j'aurais du mal à prendre au sérieux une étude saoudienne qui conclurait que la viande de porc est cancérigène.