jeudi 26 février 2015

#commentropçadéchire !

L'autre jour, je suis tombé sur une affiche de film pour jeunes, en allant faire mes courses. Je sais que c'est un film pour jeunes parce que l'affiche était littéralement couverte de gens ostentatoirement jeunes sautant dans tous les sens en adressant au spectateur des sourires niais et en affichant une coolitude décontractée bien forcée.

En soi, la chose ne mériterait pas qu'on en parle. Mais un détail à attiré mon attention et m'a chiffonné (insérer ici la vision d'un lieutenant Niko en imper, agitant son cigare d'une main et se grattant la tête de l'autre, l'œil mi-clos, en causant de sa femme). De plus en plus, les affiches de films qu'on n'attendait pas sont couvertes de "blurbs", d'extraits décontextualisés d'articles de journaux commandés tout exprès à des mecs de Télérama, des Inrocks ou de Femme Actuelle, ces grands arbitres du bon goût contemporain, auxquels on a offert la projo et éventuellement un t-shirt trop petit.

Sauf que là, non. Les jeunes ne lisent pas Télérama, les Inrocks ou Femme Actuelle (c'est un des rares points de convergence entre le mode de vie des jeunes et le mien, et donc une des rares lueurs d'espoir à encore éclairer le crépuscule de mes vieux jours) et il fallait donc trouver un machin qui soit pertinent pour eux, qui soit ciblé sur le public du film.

Et donc, on a droit à des extraits de messages fèces-bouc et à des touites*. Dont la teneur était du genre "#ça a l'air de trop déchirer (@sabrina74)" ou "#vivement que ça sorte) (@kevin3615)".

Alors je vous vois venir, bande de galapiats. Vous prévoyez comme suite de mes éructations un truc du genre "Ha ! Ils en sont à foutre des touites de gamins qu'ont même pas vu le film en pensant que les jeunes ne verraient pas l'arnaque !"

Eh bien non.

En fait, je trouve ça très bien. En lisant ces blurbs, on voit bien que les gens cités n'ont pas vu le film, juste trois photos et un teaser. Ce qui poussera éventuellement le cœur de cible à aller voir ces trois photos et ce teaser. C'est du cartes sur table. Beaucoup plus honnête, quand on y pense, que les entrefilets de Télérama, Inrocks et autres Femme Actuelle qu'on nous cite sur les affiches de films pour grandes personnes en nous prenant tout autant pour des cons, si ce n'est plus.








* mais pas le tweet de Shubert, ça les jeunes ils ne connaissent pas.

mercredi 25 février 2015

Krakapoum

Dans mon rêve de cette nuit, j'étais confronté à la fin de l'univers, rien que ça.

C'était une apocalypse de comic book, avec un super-méchant à la Sinestro, couleur zarbi, moustache de Fu-Man-Chu et front bulbeux de rigueur, qui s'énervait pour un truc débile et déchaînait ses pouvoirs en beuglant un truc du genre "je vais réduire tout l'univers à un point géométrique et ils l'auront tous dans le cul, hahaha, ces cons !"

La légion de super-héros héros destinée à l'arrêter avait été remplacée à la dernière minute par moi et une bande de potes, parce que j'ai bien l'impression qu'elle se trouvait dans un secteur compressé en priorité par le super-vilain. On se demandait s'il fallait vraiment mettre des costumes pour l'occasion, ou s'il ne valait pas mieux aller discuter en civil avec le méchant, lui offrir un verre ou un café, trouver à le calmer, quoi, sans l'énerver d'avantage en s'affichant avec des collants de toutes les couleurs, qui en plus ne nous auraient pas été au teint.

Très curieusement, le point focal de ce déchaînement compressif flottait au-dessus d'un parc forestier, devant lequel avait lieu une manif dont je ne suis pas certain qu'elle avait le moindre rapport avec les évènements en cours. Fendant la foule des porteurs de pancartes, des genres d'indignés bien énervés, le petit groupe des sauveurs de l'univers en jeans et t-shirts informes réussit à se positionner sous la boule énergétique d'un blanc éclatant qui attirait à elle des éléments de l'univers et les agrégeait à sa masse en contraction. Mais curieusement, elle n'attirait pas les éléments du parc et de ses alentours, en vertu d'une quelconque distorsion d'espace-temps que je comprenais dans mon rêve (je tentais de l'expliquer à mes collègues) et que je ne comprends plus à l'état de veille, probablement parce qu'en vrai, elle n'a strictement aucun sens.

Je vis passer un Anti-Monitor qui fut englouti en hurlant dans la sphère akiresque de la fin de toute chose. Prenant Sinestro chacun par un bras, nous l'emmenâmes dans l'espèce de grande maison forestière au milieu du parc, un très beau club privé à la déco rustique de bois patiné, de vieilles lampes à pétrole en cuivre et de vieilles affiches de voyage datant de la Cunard Line et des Chemins de Fer de l'Est.

Le sinestroïde une fois juché sur un tabouret de bar, je fis signe à l'aubergiste, qui fronça le nez en voyant nos dégaines, mais vint néanmoins servir les alcools demandés.

Une fois équipés, nous avons tenté de convaincre notre bonhomme que ses solutions étaient peut-être un peu drastiques.

Je me suis réveillé à ce moment-là, et comme l'univers est encore debout, je suppose que les négociations ont pris une bonne tournure.

Mais je me dis aussi que j'ai peut-être un peu abusé sur la fondue, hier soir. Ça ne me réussit pas.

samedi 21 février 2015

Exportations

Tiens, le premier tome de Crusades est sorti en Espagne cet hiver, et j'ai ouï-dire d'une édition brésilienne de Tengu-Do.


vendredi 20 février 2015

Loulou sur France Culture

Hé, on parle de Saint Louis jusque sur France-Cul, avec une interview d'Etienne Anheim expliquant les conditions de création de l'album : (n'hésitez pas à passer par le lien, parce que leur player, une fois encore, ça marche quand ça veut)

mercredi 18 février 2015

Histoire, musique et gastronomie

C'est une anecdote peut connue, mais qui mérite qu'on la raconte.

Le grand Wolgang Amadeus avait, à force de fréquenter des musiciens italiens, contracté la passion de la pizza (son camarade Antonio Salieri ne se pardonna jamais d'avoir commandé par livraison la Del Mare fatale pour lui éviter de sortir alors qu'il était concentré sur son Requiem. Les fruits de mer quand on est loin de la mer et que le congélateur n'a pas été inventé, c'est chiant). C'était souvent qu'il s'en allait s'encanailler chez Luigi ou Mario, les deux seuls fournisseurs à Vienne, en vidant des bonbonnes de Chianti ou de Labrusco tout en dégustant des tranches de ce délice transalpin, tomate et aromate sur pâte à pain, plus fanfreluches du jour, olives, lard, poivrons, champignons ou tout cela à la fois.

Et puis le fromage, bien sûr.

Mais en ces temps lointain, la technologie était moins au point, et il fallait être prudent si l'on voulait que la pizza cuise sans que le nappage fromager ne brûle. Et Wolfgang Amadeus ne tolérait pas le goût du fromage cramé et entrait dans des rages folles si l'on lui servait une pizza à la garniture noircie.

Par prudence, Luigi et Mario avaient pris le coup. Ils mettaient la pizza à cuire, et la ressortaient peu de temps avant la fin pour mettre le fromage. En général, ils attendaient même que Wolfgang Amadeus soit entré dans la salle.

"Tu peux y aller, Mozart est là", se signalaient-il pour mettre le fromage.

Et le nom est resté.

Retraite en rase campagne

Ah, fichtre, bigre et palsambleu, c'était hier que je passais sur J-One. Pour ceusses qui auraient loupé le truc (et que ça intéresse), ça repassera dimanche dans l'intégrale de la semaine.



Pendant ce temps, à propos des infos de la semaine, je suis tombé sur un bout d'interview d'un responsable de Gauche (si j'ai convenablement identifié le bonhomme - je prenais en route) qui disait à peu près "l'échec de Syriza en Grèce démontrera que notre politique est la seule possible". Outre le fait que c'est du Juppé dans le texte, je n'aime pas trop les gens qui tablent sur l'échec des autres pour se faire mousser. Parce qu'on n'est pas dans un match de boxe : l'échec de l'un n'entraîne pas la victoire de l'autre par forfait. Parce que le problème, c'est que depuis un paquet d'années, cette "seule politique possible" n'a pas fait la démonstration de sa réussite. Ou alors il faudra nous expliquer en détail en quoi elle réussit, ce qui n'est pas flagrant. Et alors on aura droit soit à un étalage de Novlangue pour montrer que "l'échec, c'est la Réussite", ou bien à une explication des critères sur lesquels se juge cette réussite, et gageons que ce sera croquignolet, parce que ça explicitera la façon dont on nous prend pour des cons (et qu'en fait, le critère est "si c'est bon pour le CAC, alors c'est une réussite, et tant pis pour les cochons de payants", et les cochons de payants, c'est nous). Rappelons aussi que ceux qui se sont gobergés de l'échec de la Commune ou de Makhno sont les mêmes qui envoyaient l'armée contre eux. Et que dans le cas de Makhno, les pires coups sont venus de la Gauche.

Par ailleurs, voilà qu'on nous prépare une nouvelle réforme des retraites pour sauver les retraites. Mais comme ça s'était vu que chacune des réformes conduites selon les règles de la "seule politique possible" n'avait rien sauvé du tout et rendu nécessaire, quatre ans plus tard, la réforme suivante, là, on contourne le truc en nous disant que maintenant, ce sont les retraites complémentaires qui coincent. Avant de préciser, "en fait, c'est la caisse des cadres qui est sinistrée, mais si on pioche dans la caisse des autres, des plus pauvres, on peut la prolonger de quelques années". Parce que la caisse complémentaire des salariés normaux, elle tient à peu près aussi loin que la caisse régime générale quatre fois réformée. Une fois encore, on mutualise les pertes. Aux frais du smicard.

Mais du coup, j'aimerais qu'on m'explique : en quoi est-il plus rationnel d'avoir un paquet de régimes, qui entraînent chacun leurs propres frais de gestion, et d'avoir un régime général et un régime complémentaire (devenu quasi obligatoire, voire carrément obligatoire pour certaines professions). Plutôt que d'attendre que ça plante pour le revendre à l'encan à Axa et aux autres, ne serait-il pas plus intelligent de faire une VRAIE réforme, de balayer tout ça et d'avoir un régime unique (au moins pour les salariés), proportionnel et plafonné ? Rien que sur les frais de gestion, je suis certain qu'on gagnerait quelques années de fonctionnement en plus. Mais on retirerait à certains quelques sinécures et autres gros fromages sur lesquels ils s'empiffrent (c'est pour ça qu'il existe deux régimes de mutuelle étudiante, par exemple, gérés en apparence n'importe comment, jusqu'à ce qu'on comprenne le pourquoi de cette gestion si particulière).

Notons qu'à propos d'étudiants, on n'a pas trop à se plaindre ici : aux USA, les dettes contractées par les étudiants pour financer leurs études se montent à plus de mille milliards de dollars. C'est à dire à approximativement la moitié de la dette publique française, et même là-bas, ils commencent à se demander si ça ne va pas leur péter à la figure, parce que c'est bien gentil de faire basculer les frais et les dettes sur le secteur privé et l'usager, mais ça reste de la cavalerie, des expédients. Mais si on ferme ce robinet-là, ça veut dire que seuls les gamins dont la famille a les moyens pourront se payer des études à l'avenir.

Bref, au carnaval des salopards, choisissez bien votre cravate.

lundi 16 février 2015

Jeux du cirque (mais pas rue du Cirque)

Vous l'aurez remarqué, j'ai une furieuse tendance, ces temps-ci, à négliger ces colonnes comme un gamin trop gâté oubliant ses jouets du Noël précédent.

Comme les plus perspicaces d'entre vous l'auront deviné, c'est que je suis ras la gueule de travail, et que du coup, ça m'assèche un peu la cervelle, en tout cas ceux de mes muscles cérébraux spécialisés dans le dégoisage de conneries au kilomètre. Entre plusieurs grosses traductions, j'avance sur un roman, un scénario d'album de BD et la mise en bouquin de ma conférence sur Kirby, qui m'a été réclamée à droite et à gauche, et qui a déjà trouvé éditeur. Je deviens dingue, j'ai des court-circuits tout plein la cervelle, et je pisse du texte dix à douze heures par jour, claquemuré dans mon bunker.

Et puis là, il a fallu que je le quitte, mon bunker, pour aller chercher des pizzas pour nourrir une cohorte de copines de ma fille qui organisait une sorte de garden party, mais en intérieur.

Et donc, pendant que j'attendais que ça cuise, installé à une table chez le pizzaïolo du coin qui est sous enseigne Bela Napoli mais a une tête à être plutôt né à Casablanca, ce qui ne l'empêche pas de faire des quatre-saisons et autres quatre-fromages plus que convenables, j'ai été exposé à un mal surgi d'outre-tombe que j'avais globalement oublié, depuis le temps.

TF1.

J'ai la télé, et il m'arrive de regarder la télé, mais c'est simple, je n'ai même plus vraiment la démarche d'aller voir ce qui passe sur les chaînes hertziennes classiques, je passe directement lors de mes zappings des chaînes ciné aux chaînes info en passant par les chaînes docu. Mais plus jamais sur TF1.

Et donc, là, j'ai eu droit à une demi-heure de TF1tude concentrée. L'émission super malsaine où les gens s'invitent au mariage les uns des autres, puis se cassent du sucre dessus dans l'espoir de se faire rembourser la location de la salle. On m'avait parlé de ce concept, et j'y croyais pas. Et en fait, si, c'est vrai, ça existe. C'est quand même d'une dégueulasserie grand style, transformant en compétition un moment qui devrait être une fête. Et dérogeant accessoirement à des lois traditionnelles d'hospitalité qui remontent au moins à l'âge du Bronze et étaient censées être parfaitement sacrées. Gulp.

Puis des pubs. Et la découverte que des marques de lessive sponsorisent des télé-réalités (ou des télé-crochets, je suis pas spécialiste, je sais pas différencier). Ce qui nous offre la démonstration que la télé-réalité est le soap opera de notre temps. Puis on enchaîne sur la même émission qu'avant, sauf qu'au lieu de s'inviter l'un l'autre chacun à son mariage, les concurrents s'invitent chacun à sa maison d'hôte. Pour se casser du sucre sur le dos. Pas la peine que je fasse un copier coller sur les lois sacrées de l'hospitalité, l'âge du Bronze, le pain et le sel, tout ça, vous devez à ce stade avoir une idée assez nette de ce que j'en pense.

Je suis reparti avec mes pizzas, un peu secoué quand même. TF1. J'avais oublié. J'étais bien. Putain, la prochaine fois, je me fais livrer.


PS : J'avais prophétisé ce moment, mais on y est : quand, lors de la garden party d'intérieur, la musique aléatoire est tombée sur Happy, la réaction a été viscérale et unanime. Ça a été changé en moins de trois secondes. Tout truc "cool" qui est asséné en boucle pendant un temps suffisant devient rapidement insupportable.




Sinon, à propos de télé, je passe cette semaine dans le Toku Show, sur J-One, pour y parler notamment du Saint Louis. Ça passera mercredi ou jeudi, je ne sais plus, avec rediffusion dimanche.

vendredi 6 février 2015

Dans le poste !

Tiens, on parle du Saint Louis jusque sur France-Mu.


(j'ai inséré le player, mais visiblement ça marche une fois sur deux).

Et sinon, faut que je vérifie quand, mais je passe prochainement sur J-One, dans l'émission de Guillaume Dorison.

mardi 3 février 2015

Insérez ici un torrent d'éructations rauques venues du plus profond des bronches

C'est ballot, hein, ces festivals d'hiver où l'on alterne entre salles et chapiteaux surchauffés et rues glaciales. On en revient avec quarante de fièvre, la tuyauterie en feu et envie de se pieuter jusqu'à l'année prochaine.

Truc curieux, je serais bien incapable de dire s'il s'agissait d'une "bonne" ou d'une "pas bonne" édition du festival. Il y a des années où l'on accumule des galères, d'autres où l'on fait des rencontres extraordinaires qui débouchent sur des projets. Là, c'était un peu ni l'un, ni l'autre. Plein de rencontres très agréables avec des gens dont j'admire le travail, plein de retrouvailles avec des amis auxquels je tiens. Mais ce qui rendait aussi le truc curieux, c'étaient les fantômes de Charb, Tignous et des autres, matérialisés par les unes de Charlie placardées dans toute la ville, par tous ceux qui les avaient connus et qui étaient encore là, toute une profession affligée du syndrome du survivant, et par les agents de sécurité qui nous passaient tous au détecteur à chaque passage de porte. Tout le monde prenait sur soi pour que les choses se passent bien, mais cette ambiance d'aéroport à Beyrouth a fait beaucoup pour donner un caractère ambigu à l'édition de cette année. Tout comme le grondement des auteurs, matérialisé par la marche de samedi, qui aimeraient bien que leur caisse de retraite arrête de les prendre pour des truffes.

En dehors de ces considérations, je suis assez content de la façon dont a été reçue ma conférence sur les dieux de Kirby. Quand je m'en viens conférencer à Angoulème, je sais que j'ai affaire à un public un peu plus connaisseur qu'ailleurs, donc je n'hésite pas à balancer du lourd au niveau concepts et analyses. Bon, il y a toujours les spectateurs arrivés là un peu par hasard et qui partent au bout de vingt minutes en faisant un regard à la David Bowman ayant frôlé d'un peu trop près son monolithe, mais je m'aperçois que, de plus en plus, je revois les mêmes têtes d'une année sur l'autre (en dehors de la dizaine de copains qui viennent me soutenir) et donc que mes petites causeries ne tombent a priori pas trop à côté de la plaque. Les gens en redemandent.

Bon, je retourne me faire une tisane, et j'essaie de me remettre au boulot.





PS : ah, sinon, France Cul a fait un sujet sur la traduction de BD sur son site, et m'a interviewé pour que j'en parle.