jeudi 22 octobre 2015

Espace, frontière de la photographie

Je suis un peu gêné de voir que de plus en plus, dans les articles annonçant des découvertes ou des avancées en astronomie, la part belle soit faite aux "interprétations d'artiste", et que les sources visuelles ne soient pas tellement accessibles.

Pas plus tard qu'hier, je suis tombé sur un article parlant d'un couple d'étoiles, des géantes bleues dans un des Nuages de Magellan. Elles se sont tellement rapprochées qu'elles sont en train de fusionner. Le fait est, je suppose que la détermination du comportement des deux étoiles s'est fait par calcul (sans doute avec une histoire d'effet Doppler), parce que même Hubble a du mal à discriminer l'image.

Mais ce qui est mis en gros, dans l'article, c'est ça :


Image spectaculaire s'il en est, mais qui relève de la création artistique (informée par la science, comme le trou noir d'Interstellar) plus que de l'astronomie à proprement parler. Pour trouver l'image source (et ce qu'on cherche, c'est le petit point bleu au centre de la mire) :


Très belle, mais nettement moins spectaculaire, il a fallu que je cherche un peu sur la page, et c'était dans un coin de la marge. Et impossible d'obtenir les sources plus précises à partir desquelles a travaillé l'artiste, ni rien sur la démarche employée pour la reconstitution.

Ça me gêne un peu, et je crois que ça participe à la méfiance généralisée du grand public (et même des décideurs : il y a un candidat à la Primaire Républicaine, aux US, qui mérite une burqa d'honneur de l'obscurantisme après ses déclarations sur le Big Bang). De plus en plus, les gens voient en la science une "vérité", ce qui la met exactement au même rang que la religion ou l'idéologie. L'apprentissage de la science, à l'école, ne met pas assez l'accent sur le fait que la science n'est pas une collection de "vérités" quelconques, mais avant tout un processus dynamique de collecte et d'interprétation des faits, dont on tire un état de la connaissance (et que cet état est forcément évolutif). Et que ce n'est PAS la même chose. Tant que ce travail d'éducation ne sera pas fait, on aura des idiots péremptoires pour démonter la science avec des arguments de gardien de chèvres.



PS : Attention, je ne parle pas ici des images en "fausses couleurs" de la NASA, qui correspondent à un traitement de l'image permettant de restituer la couleur sur des clichés qui sont pas essence désaturés, en mixant des sources visibles et invisibles (UV, infrarouges, etc.) Mais déjà, ces traitements participent d'une méfiance de la frange la plus parano du public, quand bien même la NASA diffuse généralement aussi les clichés bruts.

2 commentaires:

  1. Je te rejoins tout à fait sur l'enseignement des sciences, et c'est fort dommage, je pense que ça participe beaucoup à la "crise des vocations" des filières scientifiques. Pour les vues d'artistes, je comprends tes réticences, et en même temps, je trouve qu'elles participent vraiment au fait que les sciences puissent faire rêver. En astronomie, on est souvent face à des phénomènes qui sont durs à concevoir, et voir des artistes les mettre en image, ça aide à se faire une idée. Avec le danger que ces images soient effectivement très éloignées de la réalité, et qu'on soit finalement plus dans la science-fiction que dans la science elle-même. Mais je me dis que ça peut aussi amener un plus large public à s'intéresser à ces questions, alors qu'un article non illustré toucherait moins de monde.

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  2. Le problème, ce ne sont pas les vues d'artistes en elles-mêmes : nous ne connaissons les dinosaures que par les vues d'artiste, et jusqu'à l'été dernier, c'était pareil pour Pluton. Mais il me semble précieux de montrer les sources, de montrer à partir de quelles images la science travaille. Cet intervalle entre la vue d'artiste qui fait rêver et les données brutes, c'est justement là qu'elle est, la science, et c'est ça qu'il faut faire sentir aussi. Parce que c'est un peu magique.

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