mercredi 18 février 2015

Retraite en rase campagne

Ah, fichtre, bigre et palsambleu, c'était hier que je passais sur J-One. Pour ceusses qui auraient loupé le truc (et que ça intéresse), ça repassera dimanche dans l'intégrale de la semaine.



Pendant ce temps, à propos des infos de la semaine, je suis tombé sur un bout d'interview d'un responsable de Gauche (si j'ai convenablement identifié le bonhomme - je prenais en route) qui disait à peu près "l'échec de Syriza en Grèce démontrera que notre politique est la seule possible". Outre le fait que c'est du Juppé dans le texte, je n'aime pas trop les gens qui tablent sur l'échec des autres pour se faire mousser. Parce qu'on n'est pas dans un match de boxe : l'échec de l'un n'entraîne pas la victoire de l'autre par forfait. Parce que le problème, c'est que depuis un paquet d'années, cette "seule politique possible" n'a pas fait la démonstration de sa réussite. Ou alors il faudra nous expliquer en détail en quoi elle réussit, ce qui n'est pas flagrant. Et alors on aura droit soit à un étalage de Novlangue pour montrer que "l'échec, c'est la Réussite", ou bien à une explication des critères sur lesquels se juge cette réussite, et gageons que ce sera croquignolet, parce que ça explicitera la façon dont on nous prend pour des cons (et qu'en fait, le critère est "si c'est bon pour le CAC, alors c'est une réussite, et tant pis pour les cochons de payants", et les cochons de payants, c'est nous). Rappelons aussi que ceux qui se sont gobergés de l'échec de la Commune ou de Makhno sont les mêmes qui envoyaient l'armée contre eux. Et que dans le cas de Makhno, les pires coups sont venus de la Gauche.

Par ailleurs, voilà qu'on nous prépare une nouvelle réforme des retraites pour sauver les retraites. Mais comme ça s'était vu que chacune des réformes conduites selon les règles de la "seule politique possible" n'avait rien sauvé du tout et rendu nécessaire, quatre ans plus tard, la réforme suivante, là, on contourne le truc en nous disant que maintenant, ce sont les retraites complémentaires qui coincent. Avant de préciser, "en fait, c'est la caisse des cadres qui est sinistrée, mais si on pioche dans la caisse des autres, des plus pauvres, on peut la prolonger de quelques années". Parce que la caisse complémentaire des salariés normaux, elle tient à peu près aussi loin que la caisse régime générale quatre fois réformée. Une fois encore, on mutualise les pertes. Aux frais du smicard.

Mais du coup, j'aimerais qu'on m'explique : en quoi est-il plus rationnel d'avoir un paquet de régimes, qui entraînent chacun leurs propres frais de gestion, et d'avoir un régime général et un régime complémentaire (devenu quasi obligatoire, voire carrément obligatoire pour certaines professions). Plutôt que d'attendre que ça plante pour le revendre à l'encan à Axa et aux autres, ne serait-il pas plus intelligent de faire une VRAIE réforme, de balayer tout ça et d'avoir un régime unique (au moins pour les salariés), proportionnel et plafonné ? Rien que sur les frais de gestion, je suis certain qu'on gagnerait quelques années de fonctionnement en plus. Mais on retirerait à certains quelques sinécures et autres gros fromages sur lesquels ils s'empiffrent (c'est pour ça qu'il existe deux régimes de mutuelle étudiante, par exemple, gérés en apparence n'importe comment, jusqu'à ce qu'on comprenne le pourquoi de cette gestion si particulière).

Notons qu'à propos d'étudiants, on n'a pas trop à se plaindre ici : aux USA, les dettes contractées par les étudiants pour financer leurs études se montent à plus de mille milliards de dollars. C'est à dire à approximativement la moitié de la dette publique française, et même là-bas, ils commencent à se demander si ça ne va pas leur péter à la figure, parce que c'est bien gentil de faire basculer les frais et les dettes sur le secteur privé et l'usager, mais ça reste de la cavalerie, des expédients. Mais si on ferme ce robinet-là, ça veut dire que seuls les gamins dont la famille a les moyens pourront se payer des études à l'avenir.

Bref, au carnaval des salopards, choisissez bien votre cravate.

3 commentaires:

Tonton Rag a dit…

Une petite erreur à corriger : le montant des dettes étudiantes n'est pas de un milliard ("the kind of money you guys leave on the plate", Taylor of Panama), mais de 1000 milliard, ce qui pose un peu plus problème.
Sinon, comme la plus part des commentateurs, tu ne poses pas la vraie problématique : le problème est que, quel que soit le gouvernement, quel que soit le pays de l'Union Européenne, ils doivent appliquer la politique décidée par la commission européenne. La démocratie en Europe, elle n'est pas menacée par ton ami borgne de la Trinité sur Mer, mais elle a DÉJÀ été volée par les institutions européennes.
Aucune des vraies questions n'est soumise à la population : Rester dans l'OTAN ou en sortir, rester dans l'EURO ou en sortir, le fonctionnement de la dette : une seule politique possible comme tu le souligne. Tatcher le disait, Stéphane Le Foll, le bien nommé et porte parole du gouvernement le dit aussi...
Il faut sortir de l'Europe si l'on veut que cela change. Mais de Mélanchon à Le Pen en passant par l'UMP et le PS, personne ne le propose VRAIMENT (quand on examine le discours de Le Pen ou de Mélanchon, ils disent NON, mais ce n'est que de l'incantation, aucun discours structuré et surtout pas mention de l'article 50, du traité de l'union, seul moyen de sortir légalement de l'Europe et donc de l'Euro).

Alex Nikolavitch a dit…

oups. oui, mille (c'est pour ça que je parlais de la moitié de la dette publique de la France)

Tonton Rag a dit…

Pour enfoncer le clou : François Pays-Bas avait dit qu'il ferait la guerre à la finance : Bilan : il y a 5 ans, la dette de la Grèce était détenue par des banques privées (BNP, Société Générale et leurs consœurs ...). Aujourd'hui, la dette de la Grèce est détenue en n°1 par l'Allemagne, puis la France, et je ne sais plus dans quel ordre l'Espagne et l'Italie... Il y a eu donc un transfert du risque depuis les banques privées vers le contribuable... Brillante guerre faite à la finance qui consiste à la décharger de ses risques après qu'elle se soit gavé de taux d'intérêts élevés ... Et ce n'est qu'un des nombreux mécanismes odieux de cette dette.