samedi 17 janvier 2015

I will survive. Ou pas.

Une discussion récente avec quelques camarades du Trad Pack revenait sur le côté totalitaire de l'idéologie ultralibérale dominante. Ce à quoi l'un d'entre eux précisa : "totalitaire dans l'autre sens, le sens harendtien, à savoir qu'il gère l'ensemble de la vie sociale, avec un doigt dans la politique, un doigt dans l'éducation, un doigt dans la santé", et il suffit de voir les grandes manœuvres autour de l'éducation et de la santé, et la volée de bois vert que se prend un Obama quand il prend le contre-pied du truc dans ce domaine pour constater qu'en effet, on est en plein dedans.

Rien ne nouveau sous le soleil, vous en conviendrez. Ça relevait de l'évidence, voire de la discussion de comptoir. Je signalais au passage, du coup, les liens historiques entre libéralisme économique et certaines formes d'Extrême Droite. On ne rentrera pas dans le détail ici, mais la trajectoire d'un Madelin est éclairante dans ce domaine, ainsi que les idées développées par les objectivistes à la Ayn Rand. Et si ces dernières ne sont pas cataloguées à l'Extrême Droite aux USA, c'est juste parce que les curseurs ne sont pas au même endroit que chez nous. Notons également que la conversion du FN au "patriotisme économique" est toute récente, le parti ayant défendu un fond poujadiste canal historique pendant tout le temps où le papa était au manettes. Après, vous m'objecterez qu'il existe un libéralisme économique d'inspiration centriste, et c'est vrai, mais il est curieusement plus discret.

Bref, en signalant ces liens entre ultralibéralisme et Extrême Droite, j'en indiquais la cheville qui les raccordait, que je qualifiais de "darwinisme mal compris". On crédite à tord le vieux Darwin d'avoir posé "la loi de la jungle" comme moteur du monde qui nous entoure. Comme tout raccourci et résumé d'une pensée, celui-ci est un peu court et peut prêter à des dérives. Et c'est précisément ce qui se passe dans le cas qui nous occupe.

La notion clé, là-dedans, c'est ce qu'on appelle "survie du plus apte", ou "survie du plus adapté". C'est une traduction de l'expression "survival of the fittest". Notez bien tout ça, c'est important, et c'est peut-être la clé du truc.

Parce que focaliser sur l'expression, c'est faire l'impasse sur un facteur très important dans le bazar, et sur toute la démonstration qui l'accompagnait. Ce que Darwin entendait par là, c'était la survie non de l'individu, mais de l'espèce. Et pour ça, ce n'est pas "le plus apte", qui doit survivre, mais au moins "deux plus aptes", et de préférence jusqu'à l'âge de la maturité sexuelle. Et ça, c'est sur une génération. Si on veut faire survivre sur mettons dix générations, il faut bien plus de couples que ça, pour que le mix génétique se refasse à chaque coup sans consanguinité. Donc à ce stade, dans l'espèce en question, la loi de la jungle a intérêt à se décliner sur un mode coopératif, histoire qu'un nombre suffisant d'individus survivent pour transmettre les caractères de l'espèce.

Et ça nous amène à un gentil problème de langage. L'Anglais est une langue ambigüe pour ça. Quand on a "survival of the fittest", on a tendance à y lire "survie DU plus apte". Mais dans les faits, ce qu'il faudrait y lire, c'est "survie DES plus apteS". Et ça change un peu tout. Ça torpille toute cette lecture imbécile du darwinisme social puant et mal déguisé dont on nous rebat les oreilles à longueur de journaux télévisés. Un simple passage d'un pluriel implicite à un singulier explicite, et c'est toute la vision du monde qui en est changée.

Méditez là-dessus.

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