dimanche 30 novembre 2014

Le proverbe chinois du dimanche

"Les signes du ciel sont comme les oiseaux : on les voit quand ils passent, mais il est difficile de s’en saisir."

Je l'ai inventé l'autre jour, en discutant avec Munaro.

samedi 29 novembre 2014

Lettres de voyage

Tiens, ça faisait bien longtemps que je n'avais pas fouillé mes archives pour exhumer de vieux articles. Celui-ci a été publié il y a une petite dizaine d'années dans une revue sur les jeux. Je ne sais plus à quelle occasion on m'avait commandé ce papier, en accompagnement de quel dossier. Ce qui est amusant, c'est qu'on y retrouve quelques unes de mes fixettes. Bref… Au moins, comme ça, il ne dormira plus dans un recoin de disque dur.


À des époques où partir n’était pas à la portée de n’importe qui, où revenir était moins fréquent et où savoir écrire pour raconter ses aventures n’était à la portée que d’une élite, le récit de voyage était la seule ouverture disponible sur le monde. De nos jours, l’aviation, la télévision et la presse ont fini par porter un coup dur à ce genre si particulier. Petit voyage en arrière…

Dès l’origine de la littérature, elle a parlé de voyages : l’Épopée de Gilgamesh et l’Odyssée d’Homère en sont des exemples illustres. Si le voyage vers l’Est de Gilgamesh roi d’Uruk relève d’une géographie mythique, son expédition vers la Forêt des Cèdres relève des routes commerciales connues des Mésopotamiens à l’époque. Quant au long retour d’Ulysse, on ne reviendra pas sur les nombreuses interprétations qu’il a suscitées, mais qui affectent toutes aux étapes de son voyage des lieux réels du pourtour méditerranéen (voir plus loin, si l’on accepte la théorie selon laquelle l’Odyssée est la carte codée de la route de l’étain, qui allait jusqu’en Écosse). Pour le roi d’Ithaque comme pour celui d’Uruk, le voyage consistait à s’éloigner de son quotidien, et était initiatique.

Le récit utilitaire

Les géographes grecs et les généraux romains nous ont livré des récits déjà plus réalistes. Quand César décrit les Gaules, la Germanie et la Bretagne, c’est avant tout pour poser le décor de ses expéditions militaires. Mais il prend le temps de raconter ce qu’il a vu et entendu, et de détailler les coutumes des gens qui y vivent, nous livrant des documents exceptionnels sur le monde de son temps.

C’est le Moyen Âge qui voit le vrai développement des récits de voyage. La technologie et le commerce ayant évolué, de plus en plus d’hommes se lancent à l’aventure, allant là où personne (personne de leur peuple, en tout cas) n’était jamais allé. Les Vikings ont laissé des récits de leur découverte du Groenland (et des terres au-delà), de leurs expéditions sur la Volga et de leurs rencontres avec des peuples très différents d’eux. Les voyageurs arabes ont écrit des comptes-rendus de leurs explorations. Si Ibn Battuta se cantonne surtout au monde musulman de son temps, il pousse quand même jusqu’en Chine. Quant à Ibn Fadlan, le récit de son exil dans les steppes du Nord contient le seul témoignage de première main que nous possédons concernant les rites funéraires Vikings.

Deux occidentaux ont laissé une marque durable dans ce domaine :

Le Balte Athanase Nikitine était un marchand que les circonstances conduisirent jusqu’en Inde. Alors qu’il ignore s’il pourrait un jour revoir sa ville natale, il prend néanmoins en note toutes les informations qui pourraient être utiles à ceux qui le suivraient : tarifs, coutumes, goûts des populations. Son Voyage par-delà les Trois Mers est un document exceptionnel sur l’Inde de son temps.

Mais la star du genre reste sans conteste le Vénitien Marco Polo, dont le Devisement du Monde, ou Livre des Merveilles, est un classique encore largement lu de nos jours. Parti avec son père et son oncle à la conquête de nouveaux marchés en Asie (il s’agissait d’ouvrir de nouvelles routes des épices, les intermédiaires arabes et turcs devenant de moins en moins fiables et de plus en plus chers) il en revint la tête pleine d’images et d’histoires, qu’il dicta quelques années plus tard à un certain Rusta, un écrivain spécialisé dans les romans de chevalerie. Le fait que Polo n’ait pas vu tout ce qu’il décrivait (il se borne souvent à rapporter des choses entendues de la bouche d’autres voyageurs), que Rusta ait voulu en rajouter dans le merveilleux et qu’il ait translitéré en Français des noms de lieux donnés par un Vénitien qui les avait entendu prononcer dans des langues qu’il ne maîtrisait pas forcément fait de cet ouvrage une source assez peu fiable, mais d’une lecture fort agréable.

Pourtant, c’est sur sa foi du récit de Polo Christophe Colomb se lance dans la traversée de l’Atlantique. Les navigateurs de cette époque ont souvent laissé des traces écrites : Colomb lui-même, avec une longue justification de son action dans les « Indes Occidentales », ou ce compagnon de Magellan, Antonio Pigafetta, chroniqueur du premier tour du monde. Le récit de voyage devient un instrument de connaissance, le moyen d’appréhender un monde qui devient subitement gigantesque et inconnu.

Exotique et toc

Le Siècle des Lumières apporte un autre développement à ce genre de récits. Voltaire lance son Candide dans des voyages lointains pour illustrer son discours philosophique. Le public de l’époque veut de l’exotisme. On ne lit plus de récits se déroulant dans des contrées lointaines pour mieux les connaître, mais pour se dépayser.

L’exotisme, Chateaubriand s’y vautre complaisamment quand il nous décrit un Mississipi et des Indiens d’opérettes, qu’il était pourtant censés avoir vus de ses yeux. On mettra ça sur le compte de la licence poétique…

Jules Verne préfère un exotisme souvent plus documentaire. Nemo et les conquérants de la Lune ont beau avoir occulté l’essentiel du reste de son œuvre, il n’en reste pas moins que la plupart des Voyages Extraordinaires sont consacrés à la découverte de l’Afrique, à des voyages en Sibérie et à des aventures dans des îles perdues de ce qu’on n’appelait déjà plus les Mers du Sud.

Mais n’en déplaise à ceux qui ont commémoré récemment l’œuvre de Verne, c’est à un ancien officier de l’Armée des Indes qu’on doit les plus impressionnants récits de voyage du XIXème siècle. En effet, le capitaine Burton reste LE grand explorateur de son temps, et un observateur méticuleux. Des sources du Nil à La Mecque, en passant par les bordels de Karachi, ce diable d’homme polyglotte et pragmatique nous aura laissé des rapports circonstanciés et épais de ses voyages dans des endroits que peu d’occidentaux pouvaient alors se vanter d’avoir fréquentés, et il a l’avantage sur nombre de ses contemporains de ne pas se laisser aller à des tirades sur la sainte mission civilisatrice de l’Europe.

Joseph Conrad était capitaine lui aussi, mais de la marine marchande, avant de passer à l’écriture. Il connaît le grand large, mais aussi les limites du romantisme. Ses marins, comme le capitaine Marlowe, souvent narrateur des histoires de Conrad, sont des gens assez terre-à-terre (paradoxalement). Et les personnages comme Kurtz ou Lord Jim qui se laissent entraîner par leurs tourments, s’ils vont loin, n’en reviennent que rarement.

J’ai peur de l’avion

De nos jours, l’avion et des magazines de type Géo ont réduit passablement le recours à la littérature de voyage. Le voyage lui-même ne compte plus, l’exotisme de la destination a généralement été défloré depuis longtemps. C’est le règne des Kerouak sur la route, de voyages plus intérieurs, ou bien celui des confrontations : confrontation d’Amélie Nothomb au management à la japonaise, dans Stupeur et Tremblement, ou confrontation de l’occidental avec les limites de son mode de pensée, dans un Anglais sous les Tropiques, de William Boyd. Il est devenu tellement facile de se payer un week-end à Barcelone ou une semaine aux Maldives, de changer d’air dans la journée, que l’exotisme littéraire, le lectorat le recherche plutôt dans le roman historique, ou dans la science-fiction. Quand on prépare un voyage, c’est avec une revue spécialisée ou un Guide du Routard, plus dans les récits de Marco Polo ou du capitaine Burton…


vendredi 28 novembre 2014

jeudi 27 novembre 2014

Et c'est encore plus mieux quand ça bouge !

C'est la suite du post d'hier : je suis tombé ce matin sur cette vidéo, tournée récemment à Tchernobyl.



Et bien entendu, le type qui a tourné ça était accompagné d'un Stalker. Y a des livres et des films prophétiques, quand même.

mercredi 26 novembre 2014

Le rust, c'est crust

Hier, j'ai fait une animation en milieu scolaire, et plus le temps passe, plus je me dis que j'adore ça, les ateliers d'écriture avec des gamins. Ils bouillonnent d'idées, mais patinent par manque de confiance en soi, et c'est drôlement chouette de les aiguiller, de les pousser un peu, de leur montrer comment ça marche. Et ils ont besoin qu'on les prenne au sérieux : pas qu'on leur dise quoi raconter, mais comment. Ils sont en demande d'outils pour le faire.

Et puis sinon, je continue à collectionner des images de lieux en déréliction, piochées à droite et à gauche (là, pas mal à gauche, puisque les quatre premières photos ci-après proviennent de pays du Bloc Communiste. 



   


Là, par contre, c'est du bazar nucléaire américain de la deuxième guerre mondiale, c'est impressionnant aussi :





Et puis une petite dernière pour la route, puisqu'on me signale que ça aurait été son anniversaire demain : DJ Bruce Lee, le mec qui pourrait éclater David Getta sur une jambe et avec une main dans le dos. Ouuuuuuuu-chaï !



lundi 24 novembre 2014

Insérez ici un jeu de mots foireux en guise de titre, y a pas de raisons que ce soient toujours les mêmes qui bossent

C'est très curieux, ça doit être le temps qui me pousse à compenser, mais en ce moment, j'ai tendance à foutre de l'origan et du thym dans tout. Histoire sans doute d'avoir dans l'assiette le soleil qui manque à la fenêtre. Si ça continue, je vais finir par me racheter du Pastaga.

Et puisqu'on en est aux considérations culinaires, c'est aujourd'hui qu'ils mettent en service la machine à café de la Station Spatiale Internationale. Vous vous rappelez, je vous en avais parlé ici, pour exprimer mon inquiétude fondamentale face au concept barbare de sachets d'expresso qu'on boit à la paille.

dimanche 23 novembre 2014

De retour

Bon, la conférence super-vilain, ça s'est bien passé (j'avais un peu la trouille, parce que la première moitié du truc était une mise en place théorique qui du coup évitait autant que possible de parler de super-vilains, mais évoquait en vrac la mythologie, l'invention de l'imprimerie, et spoilait allègrement le Vicomte de Bragelonne). Bon, truc idiot mais qui m'a vachement déstabilisé au départ, la machine qui servait à projeter l'iconographie tournait sous Windows 8. J'avais jamais vu de près Windows 8, et je comprends mieux ce collègue traducteur qui s'en plaignait dernièrement. On sent le truc taillé pour des téléphones, et qui est laid et malcommode sur un vrai ordinateur. Beuh. Enfin bon, j'ai pas eu la patience (ni le temps) de prendre en main, j'ai fait ma diva et j'ai demandé à un des organisateurs de me lancer le truc.

Un truc bien, c'est que normalement, la conférence a été enregistrée en audio par quelqu'un qui se propose de la retranscrire, et qu'auquel cas, elle sera dispo au format texte sur internet (parce que l'audio, dans ce genre de hall, c'est inexploitable autrement à moins d'avoir un enregistrement à la source, sinon le son est dégueulasse). Je vous en reparlerai à l'occase.

J'en ai profité pour causer bizness avec plusieurs éditeurs avec lesquels je bosse, et les mois à venir, vont être bien chargés, genre je vais bosser comme un ouvrier Sud-Coréen shooté aux hormones. Mais sur des trucs chouettes et intéressants dont, là aussi, je vous reparlerai à l'occase.


Et sinon, le grand plaisir pervers de la conf,
c'était quand même d'expliquer doctement qu'en vrai,
c'est à ça que ressemble Loki, et pas du tout à Tom Hiddleston,
désolé mesdames.
J'adore casser les délires des gens.

samedi 22 novembre 2014

File, que t'es vilain !

Hop, je vous rappelle que demain à 13 heures, au festival Paris Comics Expo de la porte de Champerret, je donne une conférence consacrée aux Super-Vilains.

Venez nombreux.

mercredi 19 novembre 2014

Fils de pub, le retour

"La première qualité du philosophe, c'est l'étonnement", tout ça. J'aime bien être encore capable de m'étonner parfois de banalités, de prendre du champ par rapport à ce que, à force de l'avoir sous les yeux tous les jours, nous ne voyons plus.

Et puis à l'inverse, parfois, je m'étonne de ce qui étonne les gens. De ce qui leur semble curieux ou bizarre alors qu'à moi, ça semble tomber sous le sens.

Là, je suis tombé sur une interview d'un "strategy consultant" qui commentait un sondage à propos des marques plébiscitées par les Français.

Il faut savoir que la marque arrivée en tête est celle d'une célèbre chaîne de magasins de surgelés dont le nom évoque celui d'un célèbre capitaine de l'USS Enterprise. Non, pas Kirk-o-gel. L'autre. Et c'est probablement mérité, parce que c'est vrai qu'ils font de plutôt bons produits.

Bref, ce brave monsieur qui ferait sans doute mieux de se trouver un métier en rapport avec ses compétences réelles était surpris de voir plus de marques de distribution que de marques de restauration, en ces termes : "De manière surprenante, il semble plus agréable de pousser son caddie que de prendre un repas au restaurant."

En d'autres termes, voilà encore un pauvre garçon qui semble croire que Starbucks sert du café et qu'on s'y rend pour boire du bon café. Ha ha. Je pouffe.

Il n'a pas tout à fait l'air de se rendre compte que la restauration sous enseigne et la restauration tout court, ce n'est pas exactement la même chose. Oh, il y a des petites enseignes qui sont chouettes, je pense par exemple à "Chez Papa, spécialités du Sud-Ouest", dont je ne sais même pas si ça existe encore, mais ils avaient deux ou trois restaurants dans Paris, et je ne regrettais jamais d'y aller tant on y mangeait bien. Mais ce n'est probablement pas une marque de notoriété nationale, les seules qui soient concernées par une telle enquête.

Mais alors, les grosses enseignes de restauration, c'est quoi ? McDo, Flunch et Courte Paille ? Je ne veux pas être méchant et tirer sur l'ambulance de "strategy consultants" qui ont sans doute bien plus de diplômes que moi, mais quand j'ai envie de me faire plaisir en allant au restau, ce ne sont pas dans des chaînes franchisées que je vais. Je n'y vais pas consommer de la marque, je vais essayer de trouver un cadre agréable et sympa pour passer un bon moment entre amis en mangeant raisonnablement bien, et de préférence de manger quelque chose que je n'aie pas l'habitude de manger chez moi.

Ça s'appelle un biais, ce problème rencontré par ce profond penseur. Les "strategy consultants", ils sont employés par des marques. Ils sont là pour positionner des produits. Pas étonnant, dès lors, que ce soit le caddie qui arrive en tête dans leurs études, et pas la table de formica du McDo, qui a force de notoriété et d'omniprésence est devenu le symbole d'une standardisation et d'un nivèlement par le bas. Mais en ne pensant qu'en termes de marque et de produit, ils réduisent leur champ de vision. Ils deviennent aveugles à tout le reste. Leur vision de la réalité devient complètement tronquée.

Leur outil ne correspond plus au réel. C'est cela qu'a remarqué notre grand stratège. C'est cela qui le surprend. Sa grosse faute de méthode, c'est qu'il n'arrive pas à faire de cette surprise une raison de remettre ses outils en cause.


mardi 18 novembre 2014

Mouk-mouk !



Tenez, histoire de vous culturer un peu, une petite vidéo issue de ce cycle de mini-confs diffusées sur le site du Monde. Y a des trucs en astrophysique et dans plein d'autres domaines, c'est vachement bien fichu.

En moins de quinze minutes, ça n'entre pas dans le détail, mais ça permet de faire un petit point clair sur l'état de la recherche dans un domaine donné, avec en plus les conditionnels au bons endroits, ce qui est rafraichissant et bienvenu. Mais forcément, vous me connaissez, vous voyez bien qu'on est au cœur des sujets qui me passionnent et autour desquels je tourne depuis des années (transmission d'un savoir abstrait et de structures culturelles complexes, glissements du langage, etc.).

Bon, sur un détail à la fin, j'aurais des réserves quant à ce qui est dit : la recherche a repéré des mécanismes de transmission culturelle chez un certain nombre d'animaux (chimpanzés et épaulards, notamment, avec même la notion de transmission de tabou chez les chimpanzés) ce qui fragilise la distinction tranchée qui est présentée ici. Il doit exister un effet de seuil quelque part dans le processus, et c'est même sans doute un point clé de tout le truc. C'est un détail, mais si l'on n'y prend garde, ça peut devenir un point aveugle de la réflexion et c'est dommage.

lundi 17 novembre 2014

Faut pas confondre devenir chèvre à Méribel et jouer les boucs au ski

Dans la série des inconvénients d'avoir des ados à la maison (outre la collection complète des Bluray de Twilight sur l'étagère du salon), il y a le fait de devoir en tant que père s'intéresser à ce qu'ils écoutent, lisent et regardent. Parce que ça fait partie de la responsabilité des parents, tout ça.

Et résultat des courses, j'écoute de la J-Pop à fond depuis ce matin, pendant que je bosse. Ce n'est pas absolument pas raisonnable. Je soupçonne ces ritournelles suraigües de se vriller bien profondément dans les soubassements du cortex pour ne plus en sortir jamais. C'est une arme secrète des Japonais pour détruire l'occident, un truc addictif qui détruit le cerveau graduellement, c'est un peu leur réponse à la guerre de l'Opium*.

Changement de plan, les mecs. On laissez tomber l'artillerie,
on se met au soft power et on va tous les niquer, les longs-nez !








* Oui, je sais, la guerre de l'Opium, c'était avec les Chinois, je suis au courant, foutez-moi la paix, je raconte qu'est-ce que je veux. Si les politiciens ont le droit d'arranger les faits à leur sauce avec une absence de vergogne qui touche au grand art, je vois pas pourquoi je m'en priverais.

samedi 15 novembre 2014

Point d'étape

Semaine un peu agitée, entre accidents à gérer, virus de saison, boulot, rendez-vous loupés, relecture pour la huitième fois du même bouquin pour traquer la dernière virgule mal placée avant qu'il ne parte chez l'imprimeur. Et puis écrire un article un peu pointu. Et des bouts de scénars. Et des trads. Et un bout de roman. La routine, quoi.

Et puis, forcément, vous vous en doutez, j'ai suivi de près tout ce qui concernait Rosetta et Philae. Et bien entendu, je suis gravement frustré. Pas à cause des soucis rencontrés par la petite sonde quand elle a tenté de se poser sur la comète : des soucis de ce genre sont inévitables. Un appareil de ce genre ne se pilote pas aussi simplement qu'un drone quadricoptère asservi à un iPhone, d'autant qu'il y a un lag de plus de vingt minutes dans chaque sens, une visibilité allant de médiocre à nul, sans compter le fait que tout se déroule à une température qui transformerait sur place une armée de pingouins en promotion du mois chez Picard. Les techniciens qui contrôlaient Philae ont mis dans la cible, et les rebonds, pentes et autres accidents du terrain ne sont que des péripéties. Les instruments ont globalement bien fonctionné avant que les batteries ne lâchent (mais la sonde a été légèrement déplacée pour permettre au soleil de les recharger péniblement, donc l'histoire n'est probablement pas finie), et c'est là que la frustration s'installe.

Certaines des données sont en cours de traitement, et il y a un énorme boulot de dépouillement à faire dessus. Mais certaines autres sont déjà connues… Mais sous embargo : les responsables ont un accord avec la presse scientifiques, et les infos ne sortiront qu'à la publication des articles. Il faut donc attendre. Non pas le traitement, non pas la transmission… Mais la publication.

Je comprends bien entendu les raisons de la chose, et elles sont légitimes, mais c'est un peu comme une fin de saison de Game of Thrones*, on est tout de suite en mode "vite la suite" ! Surtout qu'une partie de ces données sont à la clé de nos conceptions de la formation du système solaire, et que les résultats des prélèvement de Philae peuvent les confirmer ou, au contraire, nous conduire à les réviser radicalement. Comme quoi y a pas besoin d'un gros méchant pour avoir un bon suspense.



*Accessoirement, je trouve très flippant qu'ils aient pris lord Littlefinger pour promouvoir Rosetta, dans ce superbe clip diffusé la semaine dernière.

mardi 11 novembre 2014

Tout est meilleur avec un filet de sauce rouille

Pour oublier une journée qui a été compliquée et agitée, j'ai décidé de retrouver la sérénité et le sens de la finitude des choses en postant quelques clichés rustpunk.






lundi 10 novembre 2014

Le matin des magiciens, et le soir, et jusqu'à tard dans la nuit

Plus le temps passe, et plus je m'aperçois qu'il y a un truc que j'ai oublié de coller sur ma carte de visite. Sous mes casquettes de traducteur, de scénariste, d'essayiste, de conférencier, je m'aperçois que je suis devenu aussi, et de plus en plus souvent, "consultant en trucs foutraques". Je veux dire, ça a toujours été le cas. Rien qu'un bouquin comme Apocalypses !, "ça a débuté comme ça", aurait pu en dire Céline. C'était la mise au propre et l'extension de notes du même genre que celles que je poste parfois ici, de réflexions sur la croyance et la façon dont elle se transforme vite en rapport au monde et en Weltanschauung (mot très pratique à placer dans les dîner en ville pour faire genre j'ai lu Shopenhauer) (en vrai, je n'ai pas lu Shopenhauer) (et de toute façon, je n'ai que faire des platoniciens, je considère Platon comme une fripouille et, plus généralement, comme une belle saloperie, mais ça nous éloigne de notre sujet). Des notes, j'en accumule sur tout et n'importe quoi, parfois suite à des conversations, parfois suite à des demandes ciblées, parfois par pur vice.

Mon approche des choses, mon côté boulimique de savoir bizarres et ma façon de jongler avec font que depuis vingt ans, il arrive plus ou moins fréquemment qu'on vienne me demander de jouer les Sherpas dans des domaines un peu obscurs du savoir pour en tirer des espèces de fulgurances baroques. Ouais, consultant en trucs foutraques, c'est exactement ça. Rien qu'aujourd'hui, en deux occurrences distinctes et face à trois personnes différentes, j'ai été consulté sur des domaines aussi farfelus que l'architecture extraterrestre (non pas comment bâtir une base habitable sur un monde étranger, non, mais trouver les caractéristiques de constructions fondamentalement non humaines, mais partiellement compréhensibles néanmoins par les malheureux qui y pénètrent), sur la possibilité de créer un équivalent du test de Turing pour déterminer à quel type d'intelligence étrangère l'on peut avoir affaire, et surtout s'il y a une conscience à la clé (avec discussions sur le thème du célèbre test de la tache), sur des notions complexes d'astrophysique pré et post Big Bang (et quelles étaient les limites théoriques à nos connaissances cosmogoniques et pourquoi), sur la motorisation Alcubierre (et la difficulté technique de la chose, reportez-vous à Cosmonautes ! et à mon article dans le numéro 19 de Fiction), sur la pilosité faciale et ses incidence sur le statut social à certaines époques très précises, sur le chapitre 12 de l'Apocalypse de Saint Jean et certains parallèles qu'on peut en tirer avec des mythes eschatologiques divers du Proche Orient, et eschatologiques aux deux bouts du spectre car commencement et fin du monde se répondent très souvent, sur les diverses sortes de chien des enfers répertoriés (du C'hi Du breton au Cerbère grec en passant par tout un tas de bestioles sympathiques aux crocs acérés) et sur diverses modalités de passage vers l'après-vie. (et pour tout autre chose, j'ai passé une partie de la journée à suivre la piste d'un certificat de naissance vieux de plus d'un siècle dans lequel s'est glissé une erreur de dix ans, et qui a généré des interprétations dont certaines sont proprement délirantes)

Ce qui me sidère le plus, ce n'est pas que je sois en mesure de répondre à toutes ces demandes. C'est qu'avec le temps, un certain nombre de personnes s'attendent de façon parfaitement naturelle à ce que je le sois.

Ouais, faut que je rajoute ça la prochaine fois que je me fait des cartes de visites. Alex Nikolavitch, consultant en trucs foutraques. Je trouve que ça claque.


vendredi 7 novembre 2014

Changer de disque

Hop, une très jolie image, publiée cette semaine par des scientifiques, et qui me rappelle vachement un phosphène vu un jour où j'avais foncé bille en tête dans une porte transparente en verre blindé :


En fait, c'est le disque d'accrétion d'un bébé étoile situé à 400 années-lumière d'ici, dans la constellation du Taureau, pris grâce à un radiotélescope interférométrique*. On dit bébé étoile, parce que même si la température est en train de monter au centre, les réactions thermonucléaires ne semblent pas encore s'être mises en route.

Ce qui rend ce cliché fascinant, c'est que c'est le seul de son genre : on n'a encore jamais observé de système solaire à ce stade précis de sa formation. Ici, on voit bien que le centre commence à se condenser sur lui-même, mais surtout, on voit aussi ces stries noires, à la périphérie, ressemblant aux divisions des anneaux de Saturne. Et c'est exactement le même principe : elles signifient que de gros cailloux ont commencé à balayer et à amasser la poussière sur certaines orbites. Oui, ces stries noires sont les traces laissées dans le disque d'accrétion par des bébés planètes faisant leurs premiers pas. C'est hyper émouvant, je trouve.

L'autre disque qui fait l'actualité scientifique ces temps-ci n'est pas une nouveauté. Je vous le redonne :


Vous l'avez reconnu ? Ce petit machin est un des grands mystères de l'archéologie. Non qu'on ait le moindre doute quant à sa provenance ou à sa datation. Simplement, on était jusqu'à présent incapables de le lire. Bien des déchiffrements ont été proposés, sans qu'aucun ne s'impose. Celui-ci n'en est peut-être qu'un de plus, mais il ferait du disque une invocation à la déesse mère, dont on sait qu'elle était souvent associée à des serpents dans l'imagerie minoenne (et la spirale est assez ophidienne, pour le coup). Cela ferait du disque une amulette à l'usage des femmes allant accoucher, ou un recueil des prières à prononcer pendant la grossesse ou au moment de l'accouchement. La langue serait une forme ancienne d'indo-européen, apparenté semble-t-il à certains langages d'Anatolie.

Reste à voir si cette percée permettra le déchiffrement du Linéaire A, l'une des trois écritures de la Crète ancienne, qui a succédé aux hiéroglyphes du disque de Phaistos, cette petite galette à peu près contemporaine des pyramides, et qui représente un casse-tête pour les linguiste depuis un bon siècle.





* On en tire une image, mais ce qui est capté, ce sont des ondes radios captées par plusieurs antennes, en fait. Simplement, une fois traitées, elles permettent de reconstituer l'organisation spatiale de l'objet étudié, qui est totalement invisible aux longueurs d'ondes de la lumière ordinaire : il est dissimulé par une nébuleuse de poussières. Ce sont ces poussières, d'ailleurs, qui l'ont nourri à la base.

jeudi 6 novembre 2014

"shut up and calculate" (Richard Feynman)

Une discussion que j'avais récemment revenait sur l'affaire Kerviel. Mon interlocuteur me disait "oui, quand on dit que la Société Générale a perdu 5 milliards dans l'affaire, ils sont bien passés quelque part, non ? Donc s'ils sont perdus à un bout, qui les a gagnés à l'autre ?" (une théorie dont on parle peu veut que le chiffre des pertes ait été artificiellement gonflé pour faire passer des trucs pas nets par pertes et profits dans le bilan, que l'affaire Kerviel était un moyen de faire porter le chapeau à un cave pour tout un tas de gentillettes saloperies qu'il s'agissait de camoufler) (je ne connais pas assez le dossier pour savoir si c'est solide, mais bon, ça me semble une hypothèse intéressante).

Par ailleurs, quand on fait le déroulé des évènements de l'époque, il a été établi que si la Société Générale n'avait pas soldé immédiatement les positions de Kerviel au moment de leur découverte, mais plutôt attendu que la poussière retombe, elle aurait pu diviser la perte par dix. C'est le principe édicté par Warren Buffett, je crois, qui dit que tant qu'on ne vend pas, on n'a rien perdu. La perte reste virtuelle et il y a moyen d'éventuellement redresser la barre. Ce qui crée les crash, ce sont les comportements panurgo-ovins des acteurs du marché, traders cocaïnés, banquiers pétochards et autres fonds de pensions qui se croient acteurs rationnels tout en s'en remettant à la "main invisible du marché". Forcément, une telle contradiction fondamentale ne peut que générer des effets rigolos.

Ce principe de Buffett est vachement intéressant, parce qu'il m'en rappelle un autre : tant que vous n'avez pas ouvert la boîte de Schrü… Schrëude… Shrö… Machin, là, qui n'aimait pas les chats… Enfin bref, tant que vous n'avez pas ouvert la boîte, le chat qui est dedans n'est ni mort, ni vivant.

Le principe du chat de Schrödinger ne marche PAS
avec un contenant transparent, crétin !


Cette multiplication des acteurs qui se croient rationnels tout en étant soumis pieds et poings liés* à des forces qui les dépassent visiblement crée des conditions qu'on ne retrouve guère, dans le monde réel, que dans la physique quantique. Peut-être vaudrait-il donc le coup d'appliquer les équations d'Heisenberg, Dirac, Feynman et les autres aux flux financiers et d'y appliquer de façon stricte l'interprétation de Copenhague : l'argent est une particule virtuelle qui, dès lors qu'on parle de flux financiers massifs comme ceux générés par le trading haute fréquence, fonctionne à de très hautes énergies, mais n'interagit plus que très peu avec le monde matériel. Le "marché", il ne faut donc pas chercher à y voir la moindre réalité, ni même la moindre représentation du réel. C'est quand même une sacrée pierre dans le jardin de tous les escrocs qui nous parlent de "réalisme" en économie.







* Cette soumission est rendu visible par leur uniforme : comparez l'image du décideur à cravate avec celle des Bourgeois de Calais qui viennent supplier la corde au cou, et vous verrez que ça se ressemble quand même vachement. 

mercredi 5 novembre 2014

Nom de Zeus, fichtre, bigre et palsambleu !

Je ne sais pas si vous vous rappelez de Shine on me, ce chef d'oeuvre de... Comment dire... Je suis pas sûr qu'il y ait exactement un mot pour ça. Et pourtant, j'ai un vocabulaire qui ferait vomir un bouc normalement constitué.



Bref. Machin, là, Chris "regard de braise et cheveux de vampire pédé dans un manga pour jeunes filles" Dane Owens (ou alors c'est Chris Dane "regard de braise et cheveux de vampire pédé dans un manga pour jeunes filles" Owens, je ne sais pas exactement) a récidivé. Nous avons enfin droit à la suite de Shine on Me et c'est merveilleux. Y a des explosions, de l'air guitar pourrie, des poses de poseur, et même une guerrière avec un slip en fer, que demander de plus, franchement ? C'est l'équivalent en clip vidéo d'une fanfic de lycéenne ou d'un roman Bragelonne. C'est vraiment très fort.



Le méchant flashback....

Tiens, en faisant du tri dans mes mails, j'ai retrouvé une discussion avec le Trad Pack sur les vieilles séries TV. Et j'y revenais sur Cosmos 1999, et je vous rebalance ce que j'en disais, parce que les gens ont le droit de savoir :

Je vénérais le professeur Bergman, étant môme. Le commandant Koenig était un
homme, un vrai, toujours droit, mais Bergman, c’était le mec qui savait tout
sur tout, et quand il savait pas, il trouvait. Je voulais devenir comme ça,
en grandissant. encore quelques années et j’aurai la même coupe de cheveux,
d’ailleurs.

Et puis à 17 ans, y a eu une rediff, et j’ai compris que Bergman racontait n’importe quoi. Mais vraiment n’importe quoi tout le temps.


dimanche 2 novembre 2014

à Mojave, on fait pas dans le Mojito

Ah, je ne savais pas de quoi me parlait la personne qui, en dédicace, m'évoquait un coup dur pour les vols spatiaux. J'étais au courant pour l'explosion au décollage de la fusée Antarès, mais pas du crash d'un appareil de chez Virgin dans le désert de Mojave (ben oui, quand on est en festival à signer des bouquins, on s'informe moins).

Et donc, la compagnie a perdu un appareil et un pilote. Et oui, c'est un sacré coup dur pour l'espace privé. Il semblerait que la motorisation de l'appareil soit en cause, et particulièrement le carburant. Mais pour l'instant, les articles évoquant ce paramètre sont incompréhensibles et je soupçonne un souci de traduction (sujet pointu sur le plan technique + week-end avec jour férié = généralement des articles très approximatifs) (mais disons simplement pour l'instant que c'est une fusée à carburant solide, mais pas à poudre : le propergol est un genre de polymère bizarroïde)(mais là, les Russes et leurs moteurs de réforme n'y sont pour rien).

C'est d'autant plus dommage que, sur le plan technique, la solution de tir choisie est plus sécurisante que la fusée à décollage vertical. Le SpaceShip Two démarre comme les anciens X-1 ou X-15, grâce à un avion porteur qui l'emmène en haute altitude et lui donne un impulsion motrice. Quand l'appareil se détache de son porteur, il enclenche ses moteurs fusées, puis monte directement, profitant de la raréfaction de l'air en haute altitude pour avancer avec une dépense en carburant minimale.

Avec un tel système, on atteint assez facilement la "limite légale" de l'espace, fixée arbitrairement à 100 kilomètres d'altitude*, ce qui est suffisant pour des vols touristiques, mais insuffisant pour rallier des stations comme l'ISS orbitant entre 330 et 420 kilomètres. Enfin... On devrait atteindre, parce que rien ne dit à ce stade que Virgin puisse redémarrer les essais de ses SpaceShip dans l'immédiat. C'est une compagnie privée, et ce qu'on tolérait très bien de la part de l'US Air Force (qui consommait des pilotes d'essais au rythme où un baleineau avale le krill), on le supporte tout de suite moins quand c'est privatisé. Peut-être parce que le secret défense ne s'applique pas, je ne sais pas...





* Quelques infos à ce sujet dans Cosmonautes !. Le problème étant crucial pour la qualification d'astronautes des pilotes du programme X-15 dans les années 60, j'en parle à l'occasion des problèmes liés au programme Gemini, dans lequel se sont retrouvés plusieurs pilotes de X-15, dont d'ailleurs un certain Neil Armstrong qui parvint par la suite à une certaine notoriété dans le domaine de l'exploration spatiale.

samedi 1 novembre 2014

Rappel des troupes

Un mot avant de partir pour signaler que je serai en dédicace aujourd'hui et demain au Salon Fantastique, c'est à l'Espace Champerret.

J'ai vu qu'il y aurait aussi sur divers stands Estelle Faye, Olive Péru, André-François Ruaud, Arthur Morgan et bien d'autres.

C'est l'occasion de venir prendre Fiction, mais aussi tout plein de bouquins !