mercredi 29 octobre 2014

Dernière minute

Tiens, plusieurs infos sortent sur la récente explosion au décollage d'une fusée Antarès.

Et c'est hyper drôle, en fait. Bon, ce serait moins drôle s'il y avait eu des mecs à bord, mais heureusement, c'était un tir de fret à destination de l'ISS.

Alors, que ce soit bien clair, il ne s'agit pas d'accabler les Russes. Mais bon... Si la fusée Antarès est bien américaine, un appareil du secteur privé, d'ailleurs, puisque le ravitaillement de la station spatiale internationale a été partiellement privatisé, les moteurs sont de fabrication russe.

Et attention, c'est pas n'importe quoi comme moteurs. Ces moteurs "AJ-26" sont en fait des moteurs "NK-33", selon leur dénomination d'origine. Des moteurs de forte puissance conçus à la base pour la fusée N-1.

Vous ne voyez toujours pas ? C'est que vous n'avez pas lu Cosmonautes !, et il est temps que vous corrigiez cette grave lacune. Car j'y explique le triste destin de la fusée lunaire soviétique N-1.

Cet énorme engin, légèrement plus gros d'ailleurs que son homologue américaine Saturn 5, devait décoller début juillet 1969 pour expédier un communiste sur la Lune. Le programme lunaire habité soviétique ayant été lancé avec un peu de retard sur son concurrent américain, il a fallu gagner du temps. Notamment sur certaines phases de tests.

Arrivé au moment où leurs adversaires Américains, ces cochons de capitalistes bourgeois, aussi occidentaux que décadents, semblaient prêts à partir, le corps des cosmonautes a voulu tenter le quitte ou double. Et les décideurs politiques ont reculé. Alors que les pilotes étaient prêts à signer une décharge pour tenter le coup et coiffer les américains au poteau, le Comité Central a exigé un test à vide. Et pour le coup, le Comité Central a eu le nez creux.

Une défaillance d'un des moteurs a engendré une explosion d'une puissance de 10 kilotonnes, du même ordre de grandeur donc que la bombe d'Hiroshima, et un cratère de deux kilomètres de large. Le programme lunaire russe était mort et enterré, et la suite c'est de l'histoire : quelques semaines plus tard, le petit pas pour l'homme était un pas américain.

Mais la production des moteurs avait été lancée, et il y eut par la suite encore quelques tentatives d'employer la fusée N-1. Pas toutes couronnées de succès, loin s'en faut. Et 150 moteurs NK-33 sont restés dans un hangar, à prendre la poussière pendant plusieurs décennies.

Jusqu'à ce qu'ils soient retrouvés, remis en état, et revendus à pas très cher. C'est pas de la mauvaise came : les quatre tirs précédents d'Antarès se sont déroulés sans encombre, avec précisément les mêmes moteurs.

Mais perso, je confierais pas une vie humaine à un moteur issu du programme N-1. Y a quand même un lourd karma.

Attack of the clowns

C'est dans toutes les infos depuis quelques jours sans qu'on sache exactement ce qui relève du réel, du canular, du p'tit con qui croit au canular et en rajoute une couche... Des clowns psychopathes rôderaient, paraît-il, dans les villes de notre beau pays pour effrayer les passants.

Votre War Zone préférée avait déjà étudié le phénomène dès l'époque de ses prémisses, avec une analyse de pourquoi le clown psychopathe, déjà, et pas plus tard que l'année dernière en évoquant l'étrange cas du clown de Northampton, rôdant dans une ville qui a déjà son pesant de phénomènes bizarres, ne serait-ce que parce qu'Alan Moore y habite et y créée.


 photo alan-moore1.jpg
Non, ça suffit, quoi ! Arrêtez de me mêler à vos conneries, merde !

Donc bon, un phénomène d'interpénétration du réel par l'imaginaire, une contagion mémétique de cet ordre, c'est très moorien, sur le fond. On ne sait même pas d'ailleurs, dans les faits-divers diffusés par la presse, ce qui est sérieux, ce qui est artificiellement gonflé, ce qui relève du canulard, ce qui relève de grands malades saisissant une occasion. La police ne fait pas le détail et embarque tout ce qui passe. Mais la saison va vite passer. C'est Halloween à la fin de la semaine, on devrait avoir un pic de clowns vendredi soir, et puis ensuite on s'approchera peu à peu des fêtes de fin d'année, et des Père Noël envahiront nos rues. Et dans le tas, si ça se trouve, il y aura des Papa Noël psychopathes avec des manches de pioche et des couteaux de chasse.

C'est ici que vous l'avez lu en premier, en totale exclusivité…

"And all very hush-hush."


PS : bon, par rapport à hier, ça semble être réglé. J'ai viré pour l'instant les liens externes, demandé une vérification du site par l'hébergeur et a priori, ça remarche normalement. Mon beau blog à moi que j'ai n'est plus vérolé comme une grue de Whitechapel. Et apparemment, il ne l'était même pas, d'après les analyses que j'ai pu mener. Ouf.

mardi 28 octobre 2014

étrange

J'ai eu des messages d'erreur en me connectant à la War Zone, aujourd'hui, selon lesquels des logiciels malveillants seraient à l'oeuvre dedans. Du coup j'ai désactivé plein de trucs, mais j'ai encore ces messages.

De deux choses l'une, soit c'est le serveur blogger qui est piraté (mais je n'ai pas eu ces messages en me connectant à d'autres blogs), soit quelqu'un est venu foutre la merde, une semaine après que je me sois moqué des cathos qui s'y connaissent en Plug et de Gazprom. Je ne me savais pas assez gros pour intéresser ce genre de malfaisants, donc ça m'étonnerait quand même aussi. Si vous avez des messages curieux vous aussi, ou des outils pour pousser l'analyse, tenez-moi au courant.

dimanche 26 octobre 2014

Encore du Loulou !

Puisque c'est le jour du changement d'heure (il me fallait bien un prétexte quelconque), voici la quatrième de couve du Saint Louis, qui sort en Janvier !


samedi 25 octobre 2014

Y a du pinard dedans, Depardieu passe par là, et là, c'est le drame

L'image flippante du jour : un montage de photos de la NASA montrant la façon dont la mer d'Aral a fondu ces dernières années :


(c'est de reparler de Dune hier qui m'a fait repenser à ce document que j'ai stocké il y a quelques semaines de ça)

vendredi 24 octobre 2014

Les Hérétiques de Dune saga l'autre

Tiens, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas fendu d'une bafouille au sujet de Dune.

L'occasion du jour, c'est que j'ai enfin mis la main sur le documentaire sorti l'an passé concernant le Dune de Jodorowsky, le "greatest movie never made".



Cela fait très longtemps que, comme bien d'autres amateurs de l'œuvre de Frank Herbert, je suis fasciné par ce projet maudit, ce film dont la préproduction aura été complètement séminale et qui aura laissé une empreinte indéniable sur le cinéma mondial, ainsi que sur la bande dessinée. Mais le temps passant, de plus en plus d'éléments avaient transpiré, et même si le projet reste fascinant, j'étais de plus en plus dubitatif, voire critique.

Ce sont en partie ces éléments qui m'avaient conduit à écrire ce précédent billet recadrant un point qui me semblait essentiel : le mysticisme dans Dune était un vernis recouvrant un univers hautement matérialiste sur le fond. Sans rentrer dans le détail, disons que l'obsession mystique des personnages de Dune a souvent conduit à interpréter toute l'oeuvre comme mystique par essence, et il me semble que c'est un contresens pur et simple.

Confier Dune à Jodo, c'était forcément se vautrer dans ce contresens.

Alors attention, je ne dis pas que ça aurait été un mal en soi, juste que son Dune aurait été avant tout le reflet de Jodo plus que celui d'Herbert. Une version, une interpretatio jodoica. D'ailleurs, dans le documentaire, Jodo lui-même reconnaît n'avoir lu le livre qu'après avoir lancé la préproduction de son film, et être entré dedans nanti de toutes sortes de préconceptions nées de son premier contact avec l'œuvre : un résumé oral enthousiaste fait par l'un de ses amis.


Petit Harkonnen entre amis

Si Dune est beaucoup moins mystique qu'il n'y paraît, Alejandro Jodorowsky n'a rien d'un rationaliste ni d'un matérialiste : il est porteur de tout un apparatus initiatique et ésotérique (les mauvaises langues parleront plutôt d'un bric-à-brac) qui transpire dans toute son œuvre. Pour une part, Jodo est un bateleur de grand talent qui jongle avec les symboles, et il est très difficile de déterminer quand ces symboles structurent ses récits et quand ils se contentent de les parasiter purement et simplement, ne fonctionnant plus qu'à la manière d'un attirail combinatoire et conventionnel.

Jodo sur Dune, on pouvait se douter qu'il en aurait fait autre chose. Et les restes de son Dune qui ont été recyclés dans ses BD (essentiellement l'Incal et les Métabarons) ne pouvaient que conforter dans cette idée.

Avec ce gros documentaire, on a enfin accès à une vision en profondeur de ce qu'aurait été le film, avec des interviews de la plupart des intervenants (mais pas du regretté Moebius, hélas, qui pourtant s'était exprimé sur le sujet à plusieurs reprises, et de façon fort intéressante). Mieux encore, le doc est agrémenté de plusieurs scènes animées à partir du storyboard de Moebius ou des peintures de Chris Foss. Le résultat donne une bonne idée de ce qu'aurait pu être le film finalisé, et des écueils qu'il restait à surmonter au niveau effets spéciaux. Quand plusieurs intervenants disent que les technologies pour ça n'ont existé que plusieurs années, voire plusieurs décennies plus tard, on ne peut que leur donner raison : rien que le plan séquence d'ouverture ne me semble faisable qu'avec des cadors de l'image de synthèse (ou alors des experts du raccord de montage invisible, qui iraient se pendre après).


Le final, dans lequel Paul devient un messie apportant l'illumination à ses compagnons, puis à la galaxie toute entière. Dans le livre et ses suites, ce qu'il apporte, c'est le Jihad et la mort. Le salut est d'une autre nature, et il ne viendra que bien plus tard, une fois digéré l'encombrant héritage du "messie". Le propos d'Herbert n'est pas symbolique ou mystique : il démonte un mécanisme social, l'interaction entre politique et religion. Ce qui est très loin des préoccupations de Jodo, qui cherchait semble-t-il à créer une œuvre totale destinée à imprégner la psyché du public, un peu comme Grant Morrison qui dit avoir construit son Final Crisis comme un sigil magique.

Que Jodo ait été en train de trahir Herbert, ce n'est peut-être pas en soi un problème. Je ne reproche pas à Stanley Kubrick de trahir Stephen King quand il l'adapte (sans doute parce que j'adore le cinéma de Kubrick, alors que les bouquins de King me tombent des mains). Je ne reproche pas à Ridley Scott d'avoir trahi Philip K. Dick dans Blade Runner, primo, parce que je laisse ça à Manœuvre, deuzio parce que s'il s'en éloigne sur la forme, Scott est complètement fidèle sur le fond (putain, il était bon, Scott, à l'époque. Dommage qu'ils l'aient remplacé en cours de route par un répliquant défectueux). à l'inverse, ça m'agace quand les frères Wacho ou Zack Snyder trahissent Alan Moore, justement parce qu'ils essaient d'être fidèles sur la forme au point d'en négliger et d'en méconnaître totalement le fond. Et que si Moebius a été un des grands génies de la bande dessinée, sur son versant dessin, c'est Moore qui en est le grand génie côté scénar.

Alors Jodorowsky sur Dune ?  Ça aurait été une trahison claire et nette sur le fond, et probablement un peu aussi sur la forme. Mais le cinéma de Jodo est à l'image de ses BD : aussi incroyablement fascinant qu'agaçant. L'indiscutable talent y voisine presque toujours avec l'escroquerie patente. La puissance visionnaire y avance main dans la main avec des chapelets de clichés. La maestria s'y accompagne parfois de quelque chose dont on ignore s'il s'agit de je-m-en-foutisme radical ou de volonté assumée de dépasser les manières de faire classiques, admises et traditionnelles. La réalité doit à chaque fois se trouver quelque part entre les deux termes de la question.



 Ce combat s'est retrouvé quasi tel quel dans l'Incal


Ça fait trente ans que je lis du Jodo, et quinze que j'en regarde sur écran. Le bonhomme, que j'ai eu deux ou trois occasions de croiser en festival ou en libraire, m'a toujours semblé affable et sympathique, loin  de l'espèce de gourou exalté que laissent deviner les interviews. Les Métabarons est une série dans laquelle bien des choses m'agacent terriblement, et que je relis pourtant avec régularité. Ça veut probablement dire quelque chose : ce que je trouve mauvais en soi, je ne le relis pas, ou alors très longtemps après si quelqu'un tente de me convaincre d'une erreur de jugement de ma part. Jodo, et malgré tout ce qui m'horrifie chez lui, livre un travail d'une vraie force, et peut-être même d'une vraie pertinence.

Un intervenant du docu dit que, peut-être, c'est aussi bien que ce film n'ait pas existé, parce que sur son cadavre ont prospéré bien des choses, dont notamment le premier Alien. Ce côté fantomatique participe d'ailleurs d'une image idéalisée, sans doute trop belle, évacuant les inévitables problèmes de réalisation, d'acteurs ou d'effets. Pour beaucoup, ce film avorté fascine par son mystère, et peut-être ce documentaire en dévoile-t-il un peu trop : le film finalisé aurait-il été aussi fascinant ? Peut-être. Avec Jodo, on ne sait jamais…


Les quatre précédents articles de la série sont , , et .

mercredi 22 octobre 2014

La Totale

Un peu peiné par la disparition de la plus belle moustache depuis Tom Selleck.

Le patron de Total a en effet connu un sort funeste en un pays lointain : à l'âge où d'autres prennent leur retraite, il est allé en Russie, et son avion s'est bêtement emplaffonné un chasse-neige qui n'avait même pas la priorité.

Alors le Russie, c'est quand même le pays de la compagnie pétrolière et énergétique Gazprom, dans lequel les occidentaux chargés d’auditer la boîte ont eu des tas d’accidents de voitures. C'est aussi le pays dans lequel le Général Lebed, qui aurait eu une certaine légitimité politique face à Poutine, a eu un accident d’hélico. Et aussi le pays où le gouvernement Polonais, venu discuter de sujets qui fâchent, s’est planté en avion aussi.

Sérieux, les routes et les pistes se font facilement glissantes, dans cette région-là.

Mais « c’est normal en Russie » comme dirait l’autre.

Je dis ça, j’ai rien dit. Mais un conseil au prochains dirigeants qui iront dans la région : prenez le train, plutôt.


Dans un complètement autre domaine, on a retrouvé la trace du papa de Corto Maltese (qui s'était fâché avec Long John Silver, visiblement) :


lundi 20 octobre 2014

Le point sur Loulou

Bon, si tout va bien, si le temps se maintient et que les dieux ne sont pas contre nous, la date de sortie de Saint Louis  (formidable bouquin signé par moi et Mathieu Mariolle, avec aux dessins Filippo Cenni, et l'assistance émérite des historiens Etienne Anheim et Valérie Theis qui nous ont appris plein de trucs) est officiellement officielle, et fixée au 7 janvier. On saura d'ici ce vendredi si on pourra tenir cette date.

Ça aura été un boulot énorme, ce bouquin (et j'ai encore passé une partie de ma journée d'hier à valider des docs) mais je pense que ça en valait la peine. Je suis bien content du résultat, en tout cas.



Et, pour vous mettre l'eau à la bouche, voilà le résumé officiel :

Louis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis, roi de France de 1226 à 1270, est le neuvième monarque de la dynastie des Capétiens. Personnage plus complexe et paradoxal que ce que nous laissent entrevoir les images d'Epinal du bon roi dispensant la justice sous le chêne, Louis IX, élevé dans un respect de la foi et une piété rigoureuse sous la coupe de sa mère Blanche de Castille, a une conception essentiellement religieuse de sa fonction et se voit en monarque idéal d'un royaume chrétien. Cette foi inébranlable qui marque l'ensemble de son règne contribue à faire de lui un Saint de son vivant et l'objet d'une vénération après sa mort ; mais elle incarne aussi sa faiblesse face aux réalités économiques, sociales et politiques de son époque. Avec la collection "Ils ont fait l'Histoire", découvrez en BD, le destin de celui qui marquera le XIIIe siècle dans l'histoire comme le "siècle d'or de Saint Louis".

vendredi 17 octobre 2014

à mettre dans les annales

Paris a été secoué par un nouveau scandale.

Un artiste américain a érigé sur la place Vendôme un.... Un truc.

Je vous montre, ça évitera une pénible description :


Et bien entendu, de bonnes âmes ont immédiatement reproché à l'artiste d'avoir défiguré ce lieu parisien. Il s'est même fait taper dessus. Physiquement, je veux dire. Sachant que c'est un vieux monsieur de 69 ans.

Alors cette affaire me gêne à plus d'un titre.

Pour commencer, pour pouvoir défigurer la place Vendôme, il faudrait qu'elle ne soit pas déjà défigurée par les gens qui la fréquentent habituellement, à savoir tous les m'as-tu vu à gourmette, à lunettes de soleil, à montres valant le prix d'une bibliothèque complète et autres embagouzés des deux sexes. Ça doit être mon côté janséniste-punk qui ressort, mais chaque fois que le hasard me conduit à passer par ce haut-lieu de l'exhibitionnisme ostentatoire des métaux précieux et pierreries, j'ai l'impression d'avoir été parachuté en territoire ennemi. C'était pas ma guerre, colonel, et tout le tintouin.

Deuzio, des bonnes âmes s'offusquent sur internet, aux mots de "place Vendôme défigurée, Paris humilié" sur le compte touiteure du Printemps Français. Vous savez, l'organisation Catho qui pilote la Manif pour Tous. Et ils s'insurgent particulièrement du fait que le bazar ressemble à s'y méprendre à un plug anal. Format Cthulhu, certes, mais plug anal néanmoins.

Et là, des cathos tradis qui non seulement savent ce qu'est un plug anal, mais en plus arrivent à le reconnaître au premier coup d'oeil dans la rue, ça me chiffonne. Leur confesseur doit en entendre des vertes et des pas mûres, par Saint Thurgod. Mais bon, un plug anal à confesse, ceci dit, ça fait peut-être sens.

Et justement, à propos de faire sens : là où je trouve l'artiste très inspiré, c'est qu'il érige ce plug anal géant en un endroit chargé d'histoire et de symbole. C'est là, sur la place Vendôme qu'avait précédemment été érigée la célèbre colonne du même nom. Celle qui, pendant la Commune, avait été abattue et qui, après la Commune, avait été réinstallée aux frais d'un communard notoire, Gustave Courbet. Qui s'en serait bien passé, d'ailleurs, mais c'est une autre histoire. Gustave Courbet, vous savez très bien qui c'est : le peintre qui aimait les gros culs. Alors un gros plug anal sur la place Vendôme, moi, j'y voit un vibrant hommage au peintre de l'Origine du Monde. Tout s'explique, tout s'emboîte à la perfection. Et je trouve ça curieusement satisfaisant, en fait.

mardi 14 octobre 2014

La Batcave se rebiffe

L'autre jour, il a fallu que j'aille vers Melun. Et pendant toute une partie du trajet en train, j'avais en tête le sketch de Chevallier et Laspalès sur les vacances au Sud de Melun, que c'est moins surfait que la Côte.

Alors attention, hein, je vous vois venir tout de suite, je n'ai rien contre Melun. J'ai même de très bons amis qui habitent dans le coin. Mais j'y vais assez rarement. Non, dans le grand Est parisien, la ville qui me fait flipper, c'est Meaux. Non pas que j'en veuille aux gens d'avoir élu Jean-François Copé, une bévue est si vite arrivée. Non, ça on peut pardonner.

C'est le fait de le réélire, et plusieurs fois, encore, qui me semble inquiétant. Doivent mettre des trucs bizarre dans le Brie. Bref. C'est pas de ça que je voulais vous parler, de toute façon.

Dans le train, je me suis retrouvé assis pas loin d'un type dont la trombine me disait quelque chose. Est-ce que c'étaient les lunettes trop grandes ? Les yeux morts ? Les cheveux un peu en vrac ? La large bouche de traviole ? J'avais l'impression de prendre le train avec Francis Heaulme. Et ça, pour le coup, c'est même plus flippant que d'aller à Meaux. J'avais beau me dire "ça peut pas être lui, le vrai est en prison", ça avait quand même un côté dérangeant.

Et en fait, donc, ce n'était pas lui. C'est pour ça d'ailleurs qu'il n'a pas été buter les sales mômes qui faisaient les cons à l'autre bout du wagon.

C'est chiant, les sosies : on a tous les inconvénients de voyager avec Francis Heaulme sans en avoir les avantages. Chier.

vendredi 10 octobre 2014

Biyatches saccadées, e-conneries et autres horreurs du temps présent

Ma pause café de début d'après-midi se déroule souvent devant la télé. Ça me permet de me vider la tête avant de me remettre à une trad, à un article ou à un bout de scénar. Parfois, sur une chaîne ciné, paf, je tombe sur un bon film, et je scotche, ou un bon docu sur une chaîne de docus. Et puis parfois non, et du coup je zappe. Et là, forcément, c'est le drame. Parce qu'à la télé, il n'y a pas que des bons films et des bons docus. Et même pas que des mauvais films, ce qui serait un moindre mal : une bonne bouzasse, pour se vider la tête, c'est très bien, de temps en temps.

Non, il y a tout le reste. Bon, la 183ème diffusion de Friends, c'est sans douleur, on identifie tout de suite le truc, et avant même qu'on ait consciemment reconnu Jennifer a l'air stone et les autres, le pouce a déjà zappé, c'est magique.

De temps en temps, on tombe sur une chaine musicale qui n'a pas encore totalement basculé dans la télé-réalité. Et du coup, on se mate un bout de clip, histoire de s'informer, parce que ça va cinq minutes de n'écouter plus que des vieilleries, c'est quand même pas mal de savoir ce qui se crée de nos jours, de s'intéresser à ce que ses enfants écoutent et tout.

Et donc, là, dans un décor tropical on voyait deux mecs au ventre tablette de chocolat faire des geste cool en chantant, et c'était entrecoupé de plans de biyatches qui trémoussaient du cul en rythme en faisant des chorégraphies synchronisées. Un truc qui me fatigue, dans les clips, c'est ce montage ultra haché, qui fatigue l'oeil et torpille toute éventuelle volonté narrative. Atomisée, la succession des plans finit par ne plus rien raconter, et les clips d'aujourd'hui se résument souvent à un mec qui chante, à des biyatches qui trémoussent du cul, et tout le reste n'est que du potentiel d'histoires avortées, quand bien même la réalisation essaie d'injecter des éléments séquentiels. Les chorégraphies, ainsi charcutées, ne ressemblent plus à rien non plus. Et plus le temps passe, plus j'ai l'impression que la durée des plans se réduit.

Je déteste. En terme de cinoche, j'ai toujours plus apprécié Stanley Kubrick que Michael Bay, et c'est à ce stade un choix quasiment philosophique.

Et puis d'un coup, ça a fait chboum dans ma tête. J'ai reconstitué les chorés à partir des morceaux épars. Et le tableau que ça composait était naze, d'une immense pauvreté. Le catalogue gestuel est super réduit, les enchaînements répétitifs, et c'est le montage qui donne le rythme à la chose, en faisant coïncider des gestes atomisés avec la rythmique du morceau. Le montage ultra-speed des clips n'est plus depuis longtemps un effet de style, c'est un cache misère. Le pognon va dans les chaînes en or, les lieux de tournage exotiques et l'éclairage. Ni dans la musique, ni dans les danses.

Atterré par cette brutale prise de conscience, je suis passé sur une des nombreuses chaînes infos qui nous permettent d'avoir un accès pluraliste à l'état du monde, en temps réel, mais qui passeront toutes en même temps et sans coupure la conférence de presse du Premier Ministre ou du Sélectionneur de l'Equipe de France quand bien même un typhon ferait 4000 morts en Indogalistan. Ça s'appelle la hiérarchie de l'info.

Bref, zappant sur une de ces chaînes, je tombe sur un reportage concernant un Fab-lab. Un Fab-lab, c'est un lieu regroupant toutes sortes de compétences techniques afin de permettre à des start-up et des PME de fabriquer dans de bonnes conditions des prototypes et d'avoir des avis d'experts en cas de problème, ainsi que de les mettre en relation avec des sous-traitant dès lors qu'il s'agira de passer à la phase industrielle.

En ces temps de morosité ambiante, un tel lieu est admirable : c'est un investissement sur le futur, un catalyseur permettant à son petit niveau la réindustrialisation du pays. C'est un concentré de savoir faire et d'inventivité, c'est beau et utile, ça redonne le moral de savoir que ça existe, ça fait du bien.

Et puis le reporter s'en va trouver un des premiers clients du fab-lab, un jeune entrepreneur aux yeux plein d'étoiles, qui regarde une pièce métallique de son futur produit être usinée à la volée par une machine d'ultra précision.

Et d'expliquer qu'il s'agit d'un prototype d'e-cigarette connectée.

Il s'agit, selon le fondateur de la start-up interviewé, de permettre au smartphone de comptabiliser ce qu'on vapote, de le situer dans le temps, et donc de restituer au fumeur la "temporalité de la cigarette". Alors, j'aime pourtant bien regarder ce qui sort au concours Lépine et feuilleter ces catalogues pour vieux avec des gadgets qui offrent des solutions géniales à des problèmes insignifiants, comme la boite qui empêche le camembert de couler, ou le truc qui empêche la poêle du dessus de rayer la poêle du dessous quand on les range dans le placard. Tous ces petits machins résolvent de façon effective des problèmes auxquels on a tous été confrontés. D'accord, je l'admets, ce sont des problèmes auxquels les gens normaux n'accordent pas le temps de cerveau nécessaire à la création et à la commercialisation d'une invention dédiée. Mais ce sont des problèmes qui existent.

La "temporalité de la cigarette", par contre… Je… Non, rien.

Quand j'entends ce genre de conneries, j'ai envie d'un Havane. Et d'en souffler langoureusement la fumée à la gueule de ces godelureaux connectés.

Je suis un vieux con, on s'en doutait mais ça y est, la preuve est faite. Mais je préfère ça. Le jour où je trouve cool une invention permettant de "restituer la temporalité" de la clope, ou de calculer les calories dépensées en tapant au clavier ou quoi que ce soit d'autre du genre, je préfère qu'on m'abatte direct.

mercredi 8 octobre 2014

Vieux papier

Je me suis fait plaisir, dernièrement, en me commandant un bouquin que j'avais du mal à trouver :


C'est une sélection de récits parmi les nombreux textes composant le Cycle héroïque d'Ulster, et se concentrant particulièrement sur les hauts faits du héros celtique Cûchulainn, le "chien du forgeron". D'un côté, c'est poétique, de l'autre, c'est épique au point d'en être badass. Dans le genre mort de héros celtique, la fin de Cûchulainn qui, la tripaille à l'air, s'attache à un menhir pour pouvoir mourir debout une épée dans chaque main, ça enfonce largement les hurlements de Mel Gibson dans Braveheart. Et puis je me suis fait particulièrement plaisir, pour le coup, puisque j'ai pris ça dans l'édition H. Piazza (dans une réimpression, d'ailleurs : j'ignorais que ces bouquins aient pu être réimprimés aussi tardivement qu'au début des années 80) qui est particulièrement jolie.

Depuis quelques années, je collectionne leurs bouquins sortis dans leur petite collection d'épopées et de contes médiévaux, qu'on arrive encore à trouver à des prix à peu près raisonnables (y compris pour des exemplaires à la couverture kraft datant des années 20 à 40). Si vous avez l'occasion d'en avoir un en main, je vous enjoins à l'ouvrir et à le feuilleter, c'est un vrai plaisir en soi. C'est du beau livre sans être luxueux pour autant (il existe des tirages de tête reliés cuir de certains d'entre eux, mais je n'en ai jamais vu) et cela permet d'accéder à de beaux textes dans un écrin nettement plus classieux qu'une édition de poche. Les versions sont peut-être nettement infidèles (j'ai pu comparer sur le Kalevala, notamment) mais ont une élégance dans l'écriture qui les rend fort agréables.

En terme de plaisir, je peux comparer ça à ce que font depuis quelques années les éditions Corentin, rééditant de vieux bouquins sous une forme élégante avec de belles illustrations d'époque (Dulac, Rackham, etc.). Voilà un vice qui n'est pas si onéreux que ça, et qui procure du plaisir sur de longues durées.


Ce sont également les éditions H. Piazza qui ont fait cette charmante édition du Rubbayat d'Omar Khayyam, poète persan dont je vous ai déjà entretenu ici. J'ai des rapports particuliers avec cette édition précise, parce que plusieurs exemplaires me sont passés entre les mains, et pour certains ont mystérieusement disparu. Mais le Rubbayat est justement un de ces livres qui ont vocation à circuler, à être offerts, à être transmis. Je dois avoir six ou sept versions du Rubbayat chez moi, dans diverses traductions et dans des éditions qui vont du très beau au très bon marché, mais celle-ci demeure ma préférée entre toutes.







mardi 7 octobre 2014

L'évolution des espèces. Mais des espèces de quoi ?

Non, là c'est plus possible.

Déjà qu'on croisait des punks à chat dans les transports, voilà que je commence à voir des hipsters à chien dans la rue. Je sais bien que même en mode, on joue la superposition, même Lagerfeld s'y est mis. Mais là, je crois que ça va trop loin (déjà qu'on a un adjoint au maire hipster, ici, depuis quelques mois, et j'ai encore du mal à m'y faire).

lundi 6 octobre 2014

Après le bouton "like", le bouton "leak" ?

Je suis toujours un peu embêté par ces infos à propos de photos privées de célébrités qui sont "leakées" sur internet. Pas pour des raisons de respect ou quoi que ce soit, hein. J'ai de plus en plus de mal à respecter les gens. Il y en a trop, déjà, des gens. Et vu que le taux de cons ne cesse d'augmenter, trop de gens, ça veut mécaniquement dire trop de cons. Sans ça, je tolérerais sans doute plus les gens, mais passons, sinon les gens vont encore me prendre pour un affreux misanthrope. Et du coup ils deviendraient désagréables, et il faudrait que je leur donne raison en leur rendant la pareille. Faut que je pense à remettre des pièges à ours sous le paillasson, d'ailleurs.

Où en étais-je ? Ah oui. Donc, en lisant la presse, je tombe sur des articles parlant du calvaire vécu par Jennifer Lawrence, Lea Michele, Kate Upton, ou Hope Solo qui voient leurs photos intimes dévoilées aux gens, qui vont se rincer l'oeil dessus et tout. Mon gros problème avec ça, c'est que ces célébrités, ces personnes connues... Eh bien je ne vois même pas qui c'est, en fait. C'est un peu dommage, quand même, puisque l'intérêt de ce genre de clichés, c'est que la personne soit connue, justement. Si on ne la connaît pas, ça perd quand même un peu de son sel (c'était un peu le principe, déjà, de Danièle Gilbert et Madame Lepen dans Lui, faire vendre avec quelqu'un de moins anonyme que Miss Novembre).

Je dois vraiment être déconnecté de l'univers qui m'entoure. Encore, Kim Kardashian, je vois à peu près. Je serais incapable de la reconnaître sur une photo, mais, j'ai entendu parler, et j'ai dû en zappant tomber sur une télé-réalité débile qui lui était consacrée. Paris Hilton, pareil. Lana del Rey, j'ai même entendu une ou deux chansons, que j'ai oubliées dans les cinq secondes, certes, mais je les ai entendues. Et j'ai même réussi à faire le rapprochement quand, sur une affiche C&A, il y avait une mention "Lana del Rey porte un pull" (c'est bien qu'ils aient marqué, parce que sinon j'aurais pas reconnu). Mais de plus en plus, quand je feuillette un mag people dans une salle d'attente, je m'aperçois que je ne sais pas de quoi ça parle. J'ignore si les personnes sont des acteurs, des chanteurs, des fils de magnats du jambon-beurre ou des quartdheuredecélébriteurs dont j'ai loupé le quart d'heure. Même les présentateurs télé, je n'en connais plus qu'un sur dix. Alessandra Sublet, je ne sais pas ce qu'elle fait, je ne connais le nom que parce que je me suis retrouvé exposé à ces pubs inzappables en voulant regarder des vidéos sur des sites d'infos. Et qu'en général, quand on met le nom de la personne sans autre mention, c'est qu'elle est connue pour quelque chose, contrairement à "Maurice, éleveur de champions" dans une pub Canigou. On me parle des chroniqueurs d'Hanouna, je serais incapable de dire leurs noms, ni même de reconnaître leurs têtes (bon, je ne suis pas capable de regarder leur émission plus de dix secondes d'affilée, ça doit être pour ça).

C'est assez déstabilisant, en fait. Parce que non seulement je ne sais pas qui sont la plupart des gens dont on parle de nos jours dans la presse people, mais en plus, je ne crois pas que j'ai envie de savoir. Je ne sais pas si c'est la vieillesse, ou le bon goût, ou un subtil mélange des deux.

C'est difficile, quand même, ce monde dans lequel on vit. Et où, quelle que soit la salle d'attente où l'on a le malheur de mettre les pieds, on n'a plus le choix qu'entre Closer et Auto-Plus.

dimanche 5 octobre 2014

"Pour tous", mais visiblement pas pour moi

Aux infos, j'ai vu des banderoles portant une mention qui m'a intéressé : "L'humain n'est pas une marchandise".

Et je me suis dit : "Bravo ! Enfin des gens qui manifestent pour prendre globalement la défense du code du travail, pour lutter contre la privatisation de la santé, pour exterminer les agents de footballeurs et les passeurs de clandestins, pour permettre un contrôle par les gens des données de leur vie privée et tout." J'étais près à applaudir en écrasant une larme. Ah, les braves gens !

Et puis j'ai écouté les commentaires, et mon enthousiasme est curieusement retombé. Visiblement, ça ne parlait que de comment on fait les bébés. Les gens sont quand même gravement obsédés du slip, de nos jours.

vendredi 3 octobre 2014

Next !

De temps en temps, c'est bien que j'en remette une couche sur mes prochaines dédicaces et conférences, au cas où vous oublieriez. Donc voici le planning actuel jusqu'à Noël :

Le 1er et 2 Novembre, je serai au Salon Fantastique à l'espace Champerret, avec les Moutons électriques. Il devrait y avoir du Cosmonautes ! mais aussi du Mythe & Super-héros, du Apocalypses et le tome 4 du Dico Féérique, auquel j'ai participé. Plus la revue Fiction, bien sûr.

Le 23 Novembre, toujours à Champerret, je donnerai une conférence au Paris Comics Expo, consacrée aux Super-vilains. Normalement, je ne suis pas prévu en dédicace, mais si vous avez des bouquins à faire signer, on trouvera bien un coin de table. Je n'ai pas encore l'horaire, mais on a le temps de voir venir.

Les 29 et 30 novembre, je serai en dédicace au festival de Marines, dans le Val d'Oise.

Le 9 Décembre à 19h30, je donnerai une conférence intitulée Figures et Mythes des Super-Héros à la médiathèque de Bagneux.

Le 12 décembre à 18 heures, ce sera une conférence sur l'Histoire des Comics à la médiathèque du Coteau (c'est juste à côté de Roanne).

Voilà. Il est possible qu'il y ait encore d'autres trucs d'ici là. Je vous tiendrai au courant, alors.

jeudi 2 octobre 2014

C'est diablement compliqué, tout ça

Tiens, ça faisait longtemps que je ne vous avais pas infligé mes notules théologiques. Du coup, je vous dois un caveat : le texte qui suit n'est pas spécialement rigolo, et il n'intéressera probablement pas tout le monde. Par ailleurs, ce sont des réflexions jetées un peu en vrac, des notes. Il manque sans doute quelques chevilles au raisonnement qui mériterait d'être raffiné et sans doute un peu plus sourcé au niveau textuel. Donc voilà, c'est un genre de work in progress, le genre de considérations que j'accumule au fil du temps et de la réflexion.


Le problème du Juste Souffrant hante la pensée sémitique pendant aux moins deux millénaires (2500 av jc - 500 av jc). Pourquoi un homme rituellement pur peut-il voir le malheur s'abattre sur lui et épargner des gens qui ne le valent pas. Les auteurs babyloniens vont disserter longuement sur le sujet et ne trouver que deux solutions au problème, aussi peu satisfaisantes l'une que l'autre. Il y a un vice caché, le Juste ayant commis même à son corps défendant une faute rituelle. Ou bien l'on se retranche vers un fatalisme selon lequel Dieu (ou les dieux) fait pleuvoir aussi bien sur le bon que sur le méchant.

Mais la lamentation du Juste est déchirante et pose la question de la qualité éthique des dieux. Sont-ils capricieux ? Cela peut détourner le croyant : pourquoi se donner de la peine à être rigoureux sur le plan rituel, si la faveur divine n'est pas garantie derrière ?

La solution viendra de l'extérieur et sera fournie par les Perses. Suite à la conquête de l'empire Néo-Babylonien, ils vont se retrouver en contact suivi avec la fine fleur de l'élite du monde sémite : non seulement les penseurs de Chaldée, mais aussi les captifs et orages hébreux et cananéens que les rois gardaient à leur cour.

La religion des Perses de l'époque est aussi différente du polythéisme qui règne en Mésopotamie que du monothéisme exclusif des otages d'Israel et surtout de Juda. Elle est fondée sur un dualisme, l'opposition frontale entre un dieu de la lumière, Ahura-Mazda et un dieu des ténèbres, Ahriman. On ignore qui, du Mazdéisme perse ou du Taoisme chinois a pu influencer l'autre, et même si cette influence a existé, mais dans les deux cas, la marche du monde est le résultat de ce conflit cosmique.

Un adversaire de Dieu qui ourdit les malheurs des hommes, voilà la pièce manquante ans l'histoire du Juste Souffrant, et les Hébreux vont s'emparer de l'idée. Le Diable est né.

Le premier résultat visible pour nous en est le Livre de Job, la résolution sous forme de dialogue du problème du Juste Souffrant. Lu avec nos yeux d'aujourd'hui, il est problématique.

Le Diable qui y est présenté n'est pas l'adversaire de Dieu mais son procureur. Il a le même accès que les autres anges à son Créateur et il s'adresse directement à lui avec une simplicité dont Celui-Ci ne s'offusque pas. Il est plus que toléré par Dieu, il en a l'oreille. Mais il est nommé (Satan), et c'est la première fois dans la Bible que ce personnage apparaît. Précédemment, on a des démons qui apparaissent et disparaissent selon les époques, comme Azazel à qui l'on offre le Bouc émissaire en sacrifice, et qui est probablement le vent du désert qui dessèche et tue, l'équivalent du Nergal babylonien. L'on s'en concilie les bonnes grâce en se déchargeant des péchés vers lui (un jour je reviendrai sur le sens de ce rituel du Bouc émissaire). C'est une force de la nature incarnée, pas le Diable en personne. Les Baal et Moloch, démonisés dans la Bible, sont les dieux des peuples voisins. Et le Serpent est avant tout un personnage de fable, un archétype animal qui persiffle, mais ce n'est que par la suite, bien plus tard, qu'on l'assimilera au diable. Les premiers textes le concernant ne disent rien de tel.

Détail intéressant, chez les Prophètes, les rois étrangers qui ravagent Israel et Jérusalem ne sont pas les instruments du démon, mais bien la baguette de fer qu'utilise Dieu pour mettre son peuple à l'épreuve.

Peu à peu, le portrait du Diable comme lion rugissant parcourant le monde à la recherche de proies, voué à pervertir et détruire le croyant, se décante. Mais sans totalement s'émanciper du personnage du procureur du tribunal divin. C'est un ange malveillant, mais il a sa place dans l'ordre de la Création. Il est notre mise à l'épreuve et demeure la solution au problème qui avait hanté les anciens Sémites de Babylone et de Ninive. L'action de ce diable semble de plus en plus déconnectée du service divin qu'on devine dans Job.

Le Diable comme adversaire de Dieu engagé dans une lutte à mort avec lui et voué à être puni, il n'apparaît qu'in extremis, dans l'Apocalypse de Saint Jean. C'est elle qui brouille les carte. Elle nous décrit une conflagration cosmique et une régénération du monde, un monde dont le Diable et la Mort auront disparu. Et si le Diable est enfermé dans l'abîme, il y est enchaîné, il n'en est pas le roi. La vision traditionnelle du prince des enfers tombe à plat : c'est elle aussi une réinvention a posteriori, et elle n'a aucune base textuelle.

Pire encore, un des fondements du système chrétien est la notion d'ange déchu. Et là encore, elle ne résiste pas tout à fait à l'examen. On suppose déchus les anges qui s'étaient épris des filles des hommes au commencement du temps. Mais de leur destin ultérieur, rien n'est dit. On sait juste qu'ils engendrèrent les Géants des temps anciens. Mieux encore, la description de la Chute ne colle pas avec un Satan interdit de séjour au ciel depuis l'aube du monde. Parce que l'Apocalypse décrit le futur : la chute des anges n'a pas encore eu lieu au moment où elle est écrite. La déchéance de Lucifer à l'aube des temps, tels que peuvent la décrire John Milton ou Victor Hugo n'a aucun sens du point de vue biblique. Là encore, c'est une tradition ultérieure ou apocryphe. On la retrouve dans le livre d'Hénoch (+/- 2ème siècle av JC), jamais intégré au Canon, mais si l'on s'en tient uniquement au texte biblique reçu et accepté, elle est dans le futur (ou en tout cas dans le futur tel que le concevait Jean : au fil du 19ème siècles, plusieurs mouvements américain de la mouvance millerienne ont placé cette chute dans leur passé proche ou leur présent. Pour certains d'entre eux, la Révolution Française était par exemple la preuve de la chute du Diable).