vendredi 7 février 2014

Du Campbell en conserves

Un petit peu gêné par l'interview d'Alain Damasio sur le site de Télérama. Je devrais savoir, pourtant, qu'il ne faut pas mettre le nez dans Télérama. Je n'ai acheté Télérama qu'une seule fois dans ma vie, et c'était parce qu'il y avait un DVD de Desproges offert avec le mag. Sinon, je n'y touche pas (d'ailleurs, c'est devenu très rare que j'achète un programme télé tout court).

Bref. Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Damasio est un auteur de SF. Le seul bouquin de lui que j'aie feuilleté m'est vite tombé des mains, ce qui ne veut pas dire grand-chose, puisqu'il peut arriver qu'un bouquin ne corresponde vraiment pas à l'état d'esprit du moment. Pour ce que j'en sais, c'est un de ces auteurs français de SF qui ne vendent pas trop mal, et par les temps qui courent, c'est déjà un motif de ce réjouir (il y a beaucoup d'auteurs français de SF qui crèvent carrément la dalle).

Bref, loin de moi l'envie de vouloir accabler ce jeune homme. D'ailleurs, il a même le droit de penser du bien de Prometheus (il défend cet étron cinématographique pendant cinq lignes, mais après tout, il m'est arrivé ici même de faire le panégyrique de trucs bien pires que Prometheus) (quoique.... Plus con et boursouflé que Prometheus ? Ça existe ça ? Ce film m'avait même conduit à regarder Mission to Mars d'un oeil plus indulgent, alors que MtM était quand même une purge prétentieuse et imbécile de première magnitude).

Ce qui m'a vraiment gêné dans cette interview, c'est "Une structure de scénario complètement mythologique, adapté de la théorie de Chris Wogler, avec ses éléments clés : « l'appel de l'aventure », « l'objet magique », « le retour du héros », mais déclinés non pas pour un conte Disney mais en SF. D'où la force de Matrix, utiliser une structure de récit préhistorique sur un thème très neuf."

La théorie, c'est celle de Joseph Campbell. Chris Vogler (avec un V, mais c'est peut-être le téléramiste qui est en cause, là, mais il a eu l'intelligence de mettre un lien vers un article évoquant Propp et Campbell), c'est juste le producteur hollywoodien qui a écrit une circulaire de sept pages qu'il a fait circuler à ses petits copains, une forme de Monomythe pour les nuls (tout porte à croire d'ailleurs que Vogler n'avait pas lu Campbell à l'époque, mais s'est contenté d'en populariser un résumé fait oralement par un scénariste du cru ou par George Lucas). Il en a fait par la suite une version en livre avec plein d'illustrations, à l'usage des gens qui veulent cartonner à Hollywood en se contenant d'appliquer de la recette facile, mais le fait demeure : créditer Vogler d'une "théorie du monomythe" (notion qui est d'ailleurs problématique et à manier avec précautions, par ailleurs, parce qu'elle est quand même pas mal réductrice), c'est un peu comme si l'on disait que Campbell (l'autre) avait inventé la soupe à la tomate. Et c'est un peu inquiétant aussi, je trouve, surtout quand on en tire des conclusions définitives.

2 commentaires:

  1. Tout a fait d'accord avec toi sur la notion prolématique du "monomythe", et pas mal étonné d'entendre quelqu'un, un écrivain de surcroît, attribuer la théorie dudit "monomythe" à Vogler (bon d'un autre côté je ne connaissais pas ce monsieur) au lieu de Campbell.

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  2. Quand il m'est arrivé de parler de "totalitarisme" à propos de l'école hollywoodienne du scénario, c'est aussi à ça que je pensais. à ces phénomène d'appropriation et de réduction à une structure unique.

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