dimanche 28 juillet 2013

La pluie et le beau temps

Hier soir, au repas, a eu lieu cet épisode navrant :

Il faisait beau quand je suis allé me mette à table.

"Oh, je crois que j'ai vu un éclair", dit l'un des convives alors qu'on attaquait l'entrée.

Je regarde par la fenêtre, et subitement, plaf, rideau de flotte, genre averse tropicale à grosses gouttes.

Puis le broulouboum du tonnerre.

Puis encore un peu la flotte.

Puis la flotte s'arrête.

Puis grand soleil.

Durée totale de la séquence, entre 35 et 40 secondes.

Et moi, je dis, le temps qu'il fait, le climat, ça devient n'importe quoi.

mardi 23 juillet 2013

Images

En voyant cette photo du quartier de Shibuya, à Tokyo, je me dis qu'il faudrait pas grand-chose pour en faire un chouette décor post-apocalyptique.


Ça fait rêver, quand même. Et quand on voit le réel des Japonais, on comprend qu'ils aient l'imaginaire qu'ils ont...

Et en discutant avec un copain, je me suis aperçu que j'avais posté ceci ailleurs, mais pas ici. C'est une variation sur "et si les Daft Punk faisaient la musique du prochain Thor ?"


Voilà voilà voilà....

Je suis déjà loin.

lundi 22 juillet 2013

E-book-book-bouh !

J'ai déjà dû en parler, je suis un habitué d'archive.org, un site d'archivage, comme son nom l'indique, dans lequel on peut trouver de pures pépites. Il recense toutes sortes de matériaux libres de droits, vieux films (et moins vieux), archives sonores, bandes d'actualités, vieux dessins animés (dont pas mal de trucs des frères Fleischer : du Superman, du Popeye, du Betty Boop) et le tout de façon parfaitement légale. Ça m'a permis par exemple de compléter ma culture en ce qui concerne Harold Lloyd ou Buster Keaton, mais aussi de découvrir Fatty Arbuckle et d'autres choses du genre. C'est un pur bonheur d'aller piocher là-dedans.

Et il y a aussi du texte. On est à l'époque de la numérisation du patrimoine, et c'est très bien, pas mal de vieilles choses deviennent accessibles. Quand on fait des recherches pour des scénars ou des bouquins, c'est incroyablement précieux. Archive.org contient plein de trucs qu'on ne trouve pas sur le site du Projet Gutemberg, pourtant une des références (méritées) dans ce domaine.

Et, fin du fin, cerise sur le gâtal tout comme le Projet Gutemberg, Archive fournit les textes en plusieurs formats. Byzance. Le Pérou. Comme j'ai une petite tablette sous androïd vachement pratique pour lire du fichier numérique, je me télécharge pour pouvoir faire mes recherches pendant mes transports une palanquée de vieux essais et autres monographies publiés il y a un siècle et demi, à la rechercher d'infos parfois un peu ésotériques (dernièrement, j'ai passé plusieurs jours à essayer de piger ce qu'était une mornifle, aux cartes) (les trois personnes de mon entourage qui employaient encore ce mot désuet l'utilisaient dans son sens "baffe dans la tronche, de préférence du revers de la main", mais le terme date du moyen-âge et désignait à l'origine une combinaison de cartes) (après moult recherches, j'ai trouvé en passant par l'Anglais "mournival" qu'il s'agissait d'un carré, généralement d'as ou de rois. et que le sens "baffe" vient du fait qu'un revers s'inflige à quatre doigts, sans le pouce) (c'est pour un scénar, et je ne sais absolument pas si la scène pour laquelle j'ai fait cette recherche sera dans le final cut) (oui, je sais, je suis un grand malade, on me l'a déjà signalé à diverses reprises). Tous ces texte sont en effets disponibles au format e-book.

Et là, c'est le drame. Autant, les e-book du Projet Gutemberg sont moins nombreux, mais on sent qu'ils sont relus et, au besoin, amendés en tenant compte du pdf initial. Sur Archive, non. Les e-books sont bruts de conversion par le logiciel de reconnaissance de caractère. Les coquilles abondent, et plus grave, les paginations avec rappel du titre en haut de pages et notes en bas sont pas bien gérées. à la décharge du site, ces fichiers sont souvent fournis par des universités ayant mené des campagnes massives de numérisation de leurs bibliothèques, et on peut concevoir que les facs américaines manquent de bras pour relire et corriger des bouquins en Français, voire en Moyen-Français.

Du coup, toute cette masse de doc est difficilement exploitable. Pas inexploitable, hein, mais touffue, rugueuse, difficile d'accès. Du coup, j'ai voulu me reporter aux pdfs initiaux, qui sont des scans des pages. Et là, seconde surprise. Pour partie, ces scans proviennent de la grande (et controversée) campagne de numérisation des bibliothèques publiques par Google, il y a quelques années. Le lien Archive.org renvoie directement au site de Googlebooks, vraiment peu pratique. On peut contourner l'obstacle en accédant directement au répertoire du site Archive.org, vu que les pdfs y sont stockés pour permettre l'affichage direct. C'est malcommode, mais ça marche.

Le gros problème, c'est quand on poursuit les recherches, mais que les bouquins ne sont listés que chez Googlebooks, comme celui-ci. Le bouquin a été visiblement scanné : il est répertorié avec son sommaire, mais il n'est pas dispo, ni chez Google, ni chez aucun des vendeurs associés, à aucun format, à aucun prix. Pourquoi ? Aucune explication, mystère. En fouinant sur le site, on découvre que deux copies papier existent en bibliothèque à Paris, et qu'on peut en commander une copie numérique. à quarante-cinq euros, disponible sous trois semaines, et que ça coûte un poil moins cher de faire tout bêtement photocopier. Et pour en arriver à cette info, il a fallu éplucher plusieurs pages successives, cliquer, recommencer la recherche sur le nouveau site et ainsi de suite.

L'accessibilité de la culture, c'est pas encore ça. Internet facilite drôlement les recherches, mais dès qu'on veut faire dans le pointu, y a encore du travail.

vendredi 19 juillet 2013

Messieurs, je vous offre Delta City !

Je viens d'apprendre par voie de presse que la ville de Detroit s'était déclarée en faillite. Detroit, c'est la ville qui a donné au monde Tom Selleck*, Alice Cooper** et la Motown***.

Detroit, maintenant, c'est ça, un Tchernobyl sans les radiations :





Et là, forcément, on repense à ce film prophétique racontant la privatisation subséquente de la ville : Robocop.

Et donc, on se prend à craindre que l'avenir de la ville, ce soit ça :


Et surtout ça : un monde dans lequel TF1 et Morandini auraient gagné la guerre :



Je crois qu'on n'a plus le choix qu'entre deux options : une souscription mondiale pour sauver Detroit. Il suffirait que chaque habitant de la planète (clodos, afghans et bébés compris) donne trois dollars pour régler le problème. Ou alors une bonne bombe atomique bien placée. C'est sans doute plus sûr. De fort mégatonnage, bien sûr. En plus, avec un peu de chance, on aura Eminem en prime, comme ça.










* Power of the mustache
** Power of the rimmel
*** Power of the afro

dimanche 14 juillet 2013

Naar de machintrucjln

En ce jour consacré à la célébration de la France éternelle (ou pour les types dans mon genre, à la commémoration des vingt ans de la mort de Léo Ferré), il était tout à fait normal que je vous passe la couverture néerlandaise d'un de mes albums :


C'est mon quatrième album à sortir en Batavie, quand même. Et la première édition étrangère des Burton.

dimanche 7 juillet 2013

String, non, fais pas le con ! Blam boum patatras argh

Y a des moments où on a des pulsions grotesques. Généralement quand la fatigue fait tomber toutes les défenses mentales bâties au fil d'une vie d'efforts. Et dans ces moments-là, quand on se lâche, on fait par exemple une descente sur la cuisine et on se flingue la tablette de chocolat ou le coulommiers. Ou pire, on file à la supérette s'acheter un pot de Fluff ou une bouteille de sirop d'érable pour faire un sort au pot de mascarpone qu'on a débusqué au fond du frigo. Ce sont des moments où l'on descends plus bas que la bête.

Et parfois, on fait encore pire. Dans l'espèce de torpeur postorgasmique qui suit l'acte de dévoration, on bascule dans un trip régressif. On se met à écouter sur youtube ou ailleurs des merdes de sa jeunesse, genre du Gold ou Emile et Images, et là on se retrouve pris, englué dans une espèce de vortex mental jailli du plus noir des années 80.

Et là, on se remate le pilote de Supercopter.

"Il a vraiment une sale gueule."
(le sénateur qui se fait dézinguer trois minutes après
par l'hélico, en remerciement de cette brillante sortie)

Et Supercopter (Airwolf, en américain dans le texte), c'est un truc complètement représentatif de son époque. Surfant sur l'air du temps, empruntant lourdement au film Firefox sorti deux ans plus tôt et un peu à Retour vers l'Enfer (mais devançant Rambo 2, il est bon de le noter), Supercopter racontait comment un pilote névrosé et misanthrope, encore tout secoué par le conflit vietnamien, est embauché par la Compagnie et par son représentant, le trop classe Michael "Power of the mustache"* Archangel (en tout cas trop classe selon les standards de la première moitié des années 80, qui étaient quand même une époque assez étrange sous ce rapport) pour retrouver un prototype d'hélicoptère de combat qui "botte le cul", selon la trop classe expression de l'assistante.


Archangel et ses drôles de dames.

Le prototype était tombé entre les mains de méchants Lybiens, et donc notre héros, flanqué d'un vieux copain joué par Ernest Borgnine, s'en va infiltrer le pays de Kadhafi, bien avant que ce dernier soit considéré comme fréquentable et soit reçu en grande pompe par de grands présidents de démocraties occidentales. Enfin… Par des présidents de démocraties occidentales. Enfin… Par un président d'un pays d'Europe occidentale. Bref.

J'en avais déjà parlé ici, à l'époque j'aimais bien Supercopter. L'engin était classe, et la série était assez drôle avec son côté reaganien über bas du front. Stringfellow Hawke ferait passer Jack Bauer et Walker le ranger du Texas pour des modèles d'ambiguïté (il a probablement été traumatisé par son bref passage comme apprenti de Charles Bronson, c'était dans Le Flingueur).

"Crève, pourriture communiste !"

C'est un personnage que le scénario tente tellement de rendre sympathique à l'Américain moyen de la fin de la Guerre Froide que ça le rend instantanément odieux. Heureusement, la production l'a flanqué d'un acolyte/mentor rigolo qui sait le recadrer : par exemple, à la fin du pilote, quand Stringfellow continue à appuyer convulsivement sur le bouton du lance-missiles, vide depuis dix minutes (le premier missile a de toute façon eu raison d'emblée du méchant pervers qui avait torturé la nouvelle petite amie du héros pour lui coller une couche de trauma supplémentaire), c'est le copain qui lui dit qu'il peut arrêter, que c'est fini.

Je reste avec le petit, j'ai peur que sans supervision d'un adulte,
il aille faire des conneries. Alors que pendant qu'il a
son joujou qui valait trois milliards, au moins,
il va pas brûler des bagnoles. Ou alors seulement des Traban.


C'est en revoyant la VF de ce pilote que je me suis avisé que le montage était très bizarre, avec des cuts pas propres du tout, alors que globalement, c'est pas mal filmé, y a même des idées sympas ici et là. En me renseignant un peu, j'ai appris que ça avait été bidouillé en cours de route, mais qu'il existait une réédition plus ou moins avec la version d'origine.


Emporté par une curiosité malsaine, j'ai découvert au moins trois montages différents :

Le montage français et le montage téléfilm US se terminent juste après la mort du méchant. Dans la VF, String joue du violoncelle au bord de son lac, face au soleil couchant. Dans le montage téléfilm, l'hélico survole la mer vers le soleil couchant. Et dans le montage US de la série, on prépare la série elle-même, avec une scène d'Archangel expliquant que lui, le grand manipulateur, s'est fait couillonner en beauté (mais que c'est tout la faute de son patron qui n'a pas joué le jeu), puis s'explique avec String, posant les bases de la dynamique de la série : String garde l'hélico comme monnaie d'échange pour faire pression sur le gouvernement, mais fait les sales boulots. Puis plan de String jouant du violoncelle face au soleil couchant, plus long que dans la VF. Je n'ai pas été éplucher le reste, faut pas déconner non plus, mais j'ai bien l'impression qu'il y a eu du bricolage dans tous les sens.

Du coup, j'ai quand même survolé la suite, ce qui a ravivé des souvenirs  :l'épisode avec le détournement d'avion, coupé lors de son passage sur la 5 par une publicité pour une compagnie aérienne, et qui du coup m'avait fait bien rire, ou les divers vétérans du Vietnam passés du côté obscur que le héros n'ose pas tuer parce qu'il veut savoir où est passé son frangin, et les méchants Allemands de l'Est, et les méchants Russes, et les méchants Lybiens, récurrents et interchangeables. Et les stock shots et autres plans de missiles recyclés d'un épisode à l'autre... Si le pilote était friqué, on sent au fil des trois saisons que le budget s'amenuise** (Il y a bien eu une saison 4, mais elle ferait passer la saison 2 de Cosmos 1999 pour un chef d'œuvre impérissable. Et dans cette saison 4, par ailleurs, la notion de budget tout court devient purement théorique).

(faut dire que les méchants,
quand ils n'avaient pas des têtes de bicots, avaient des têtes de cocos)

Bref, c'est toute un époque qui ressurgit alors que je vois Ernest Borgnine enchainer les séquences d'air navré quand il constate que son jeune protégé est vraiment en train de partir en sucette dans sa tête, que j'entends des communistes à la solde du KGB vomir menaces et imprécations et que j'en viens à me demander si Archangel a eu l'occasion de bosser avec Oscar Goldman avant que ce dernier ne devienne Vice-Président (note à moi-même : vérifier que Ben Santini, dans Stormwatch et Wildcats, ne soit pas par hasard de la famille de Dominic Santini, le vieux dans Supercopter).

J'aimais bien, quand même, quand j'étais jeune et fou et que ça passait sur la Cinq. Et du coup, ça m'a rappelé qu'à l'époque, j'avais fait deux épisodes d'une BD dont les héros avaient bricolé un vieil hélico pour combattre les méchants. Je n'avais jamais terminé le troisième, dans lequel le héros s'échappait d'un bateau appartenant à un savant fou.

J'ai ressorti ces merveilles de leur tiroir, et la larme à l'oeil, j'ai ouvert le vieux classeur dans lesquelles je les conservais. Classeur que j'ai refermé aussitôt avant de le fourrer à nouveau d'une main tremblante dans le tiroir, dont j'ai par prudence égaré la clé dans les minutes qui ont suivi.

Putain, c'était vraiment nul, les années 80.


Curiosité : des fans ont imaginé une version russe de l'engin.
Pire : ils écrivent aussi des fanfics.


* C'est un motif récurrent chez Belisario, le producteur. Il était aussi derrière la création de Magnum P.I., dont Supercopter aurait dû d'ailleurs être un spin-off, au départ.

** Je vous rassure, hein. Je ne me suis pas infligé TOUT Supercopter. Primo, j'ai trop de boulot, et deuzio, je ne suis pas flingué à ce point.

mardi 2 juillet 2013

Burton !

Hop, on me demandait de reposter des extraits du Burton 2 (le Voyage à la Mecque, par Christian Clot, Lionel Marty, Hugo Poupelin et moi, ça sort demain chez Glénat, dans la collection Explora). Je rediffuse déjà ce que j'avais précédemment mis sur ce blog...

La couve

Les empoignades à la Société Royale de Géographie

Des crayonnés


Une croisière en Mer Rouge

De la balade à dos de dromadaire

Et de la discussion mondaine !



lundi 1 juillet 2013

Plus à une nécronomiconnerie près

Je suis en pleine relecture d'une traduction terminée ce ouiquende, le Neonomicon d'Alan Moore et Jacen Burrows. Il m'aura donné bien du mal, ce bouquin. Pas particulièrement parce que c'est du Alan Moore (ce n'est jamais parfaitement facile, Alan Moore, mais il a une fluidité dans l'écriture qui rend son phrasé très accessible, et sous ce rapport, il me donne généralement moins de mal, sur le plan technique, que Brian Wood ou Mark Waid), mais parce que c'est un truc ultra référentiel.

Vous allez me dire, Moore, c'est toujours ultra référentiel, et vous aurez bien raison. Mais sur Top 10, par exemple, les références étaient essentiellement super-héroïques, et par profession, je baigne dans le jus super-héroïque 8 heures par jour (non, je ne vais pas au hammam avec Peter Parker, c'est juste que j'en traduits des quantités, de super-sliperies). Du coup, de la référence à Crisis ou à Galactus, c'est pas ultra difficile à débusquer. Dans Neonomicon (et son prologue The Courtyard), outre les jeux de double-sens habituels chez Moore, on a un jeu de référence constant à l'œuvre de Lovecraft et de ses petits copains.

Là se posent plusieurs problèmes imbriqués. Restituer les références à des titres ou à des passages connus de nouvelles Lovecraftiennes, c'est bien gentil, mais à partir de quelles traductions ? Rien que sur l'Appel de Cthulhu, je crois qu'il y en a quatre différentes. Et parfois, la référence marche aussi sur des assonances, et ça implique parfois de triturer un poil le texte pour restituer l'effet.

Et donc, on repart dans un bricolage, avec une ligne directrice, mais souffrant des exceptions. La ligne directrice, c'est déjà de me référer aux traductions classiques (Papy et Gilbert, notamment, dans le cas de l'appel de Cthulhu). à cela plusieurs raisons : primo, ce sont les plus diffusées (on ne compte plus les réimpressions de l'AdC dans la traduction de Claude Gilbert), et donc, si l'on veut faire fonctionner les références, autant le faire en collant à la version la plus connue (mais je trouve la traduction de l'expression "the stars are right" plus percutante chez Papy). Qui plus est, j'avais mis le nez dans le bouquin sorti il y a quelques temps chez Bragelonne, et si la traduction y est peut-être plus précise (j'ai pas été faire un contrôle approfondi), je trouve qu'elle perd sérieusement en patine, qu'elle passe un peu à côté de l'aspect désuet du langage des précédentes, que j'associe pour ma part au plaisir de la lecture lovecraftienne. Et pour avoir aussi beaucoup lu HPL dans le texte, le côté suranné de l'écriture est une composante intrinsèque de son style (ses contemporains le lui reprochaient d'ailleurs déjà il y a près d'un siècle). Je mets à part les traductions de David Camus chez Mnémos, sur lesquelles j'ai un a-priori favorable pour plein de raisons, mais que je n'ai pas eu l'occasion d'étudier.

Mais les références vont même plus loin. La biographie d'HPL est parfois mise à contribution, et son rapport aux choses et aux gens, dont le scénario prend d'ailleurs parfois un malin plaisir à prendre le contrepied. Donc avoir deux ou trois bios du bonhomme sous la main n'est pas un luxe.

Après, parlons du bouquin lui-même. C'est dessiné par Jacen Burrows, et même si je m'habitue, j'ai toujours du mal. Avatar recrute ses dessinateurs sur des critères qui ne sont pas les miens, et même si ça raconte bien l'histoire, c'est pas exactement ma tasse de thé (j'ai aussi beaucoup de mal avec Ryp, par exemple).

L'album comprend deux récits, une adaptation d'une nouvelle de Moore, puis une mini-série que Moore a écrite pour payer ses impôts (ou ses traites) (ou je ne sais plus quoi). Dit comme ça, ce n'est pas forcément engageant, mais du coup, le scénario va très efficacement à l'essentiel. Ça évoquerait presque du Warren Ellis, à la limite.

Et sur le fond, c'est vraiment brillant. Moore règle ses comptes avec Lovecraft, et ce qui est intéressant, c'est que le compte est débiteur d'un côté et créditeur de l'autre. Débiteur parce que Moore reconnait la dette que tout l'imaginaire fantastico-occulte a envers HPL. Même Watchmen, dans son final, a un moment purement Lovecraftien associant rêves, monstre indicible et folie. Créditeur parce que Moore ne fait pas l'impasse sur tous les aspects déplaisants du personnage : racisme, rapport névrotique à la sexualité, et qu'il a des façons astucieuses de l'intégrer au récit pour solder l'ardoise.

Et le concept que développe Moore pour expliquer l'invasion des monstres lovecraftiens dans un monde ou a existé une littérature lovecraftienne de fiction est tout à fait brillant. Il contredit assez les concepts que j'avais développés ici, mais force est de reconnaitre que c'est très malin, prenant ses concepts pourtant habituels d'ideaspace par un bout un peu inédit.

Chouette BD, donc, que les amateurs de Lovecraft (un peu avertis, quand même. Certaines scènes sont très, très explicites. et pas que dans le domaine tentaculeux) auront plaisir à lire. Et puis faut la lire, ouais, histoire que mes prises de tête et autres migraines sur la trad n'aient pas été en vain (j'en ai fait des cauchemars en cour de route, des trucs avec des bouquins étranges, des alignements d'étoiles brillant d'une lumière pas normale, des fonds marins et un accident de bagnole) (pas plaisant, quoi, les rêves, pour le coup).

Ça sortira en octobre chez Urban. Voilà, vous êtes prévenus !