dimanche 31 mars 2013

Pâques Vobiscum

Semaine de surmenage total. Un changement de planning m'a torpillé par tous les bouts, là. L'horreur totale.

J'essaie de rattraper ça, tout en avançant sur des choses dont j'ai pu discuter avec deux de mes éditeurs au Salon du Livre, la semaine dernière. Ce qui fait que je suis sur l'ordi dix à douze heures par jour, sauf quand des engagements à l'extérieur (pris pour dépanner un ancien employeur, à un moment où je pensais avoir le temps de lui prêter main forte) m'obligent à sortir.

Et là, ce midi, je me suis effondré. Un pot d'un demi-litre de café dans une main, la zapette dans l'autre, j'ai comaté devant la télé.

Et pire que devant la télé, devant ces émissions zarbi de Discovery Channel, qui vous expliquent comment on fabrique des clubs de golf, ou vérifient si on peut vraiment être éjecté à vingt mètres par un accident de chariot élévateur.

Bien entendu, ces émissions ne sont pas doublées, ce serait trop cher, pour un canal qui est avant tout un robinet à diffusion automatisé. La VF est donc élaborée selon la technique du voice-over, comme les émissions de téléachat américaines, comme l'aérobic portoricain (tiens, ça fait perpette que je suis pas tombé sur cette émission d'aérobic produite à porto-rico, celle qui me faisait tant rire, avec ce black de 140 kilos qui faisait faire du step à des clones bodybuildés de Véronique et Davina, c'était absolument concept, surtout que le voice-over était incroyablement neurasthénique tout en essayant de faire semblant d'avoir l'air enjoué), ou bien sûr comme les interviews de rock stars.

Et là, pouf, un petit ovni traductionnel, le collègue* qui s'occupe de la VF de ces machins a réussi à glisser un "gloubi-boulga" dans sa trad, au moment où les participants de l'émission discutent de la mixture énergétique que se prépare l'un d'entre eux. C'est typiquement le genre de trucs dont les lecteurs grincheux disent que "ça les fait sortir de leur lecture". Et moi, j'adore, j'y peux rien. Voire deux gros ricains à l'allure de semi-rednecks parler de gloubi-boulga à la téloche, ça me fait marrer.

* J'ai hélas loupé les crédits, je ne sais pas qui est cet espèce de frère, de membre d'honneur de la confrérie des terroristes traductionnels dans mon genre.

mardi 26 mars 2013

Révolution culturelle

Pour filer un coup de main à un ancien employeur, j'ai passé pas mal de temps au téléphone ces derniers temps. Moi qui n'apprécie que fort modérément cet outil, j'étais ravi, vous pensez bien.

Et je me suis retrouvé confronté à pas mal de répondeurs, de messages d'attente et de serveurs vocaux.

Et d'un coup, je m'aperçois d'un truc : depuis le temps que les répondeurs existent, aucune loi n'a encore interdit de foutre du Vivaldi dessus ? Parce que franchement, c'est quand même insupportable, les répondeurs/messages d'attente/serveurs vocaux agrémentés au Vivaldi.

Le jour où je suis président du monde, je crois que ce sera la première loi que je ferai passer, tiens.

lundi 25 mars 2013

Nota bene

A force de lire ici même mes vaticinations régulières, les plus perspicaces d'entre vous auront sans doute noté que je suis un grand malade accumulant de la documentation et des notes sur tout, comme d'autres accumulent avec un plaisir et un soin maniaques les Dinky Toys ou les timbres postes.

Le problème récurrent, dans ce genre d'accumulation, c'est le classement et le tri. Encore, quand il s'agit de documentation "en dur", la répartition dans les étagères permet de s'y retrouver un peu. Les vieux textes sacrés sont ensemble, les bouquins d'astrophysique dans le même coin, les élucubrations d'illuminés ont leur étagère bien à elles, avec certes des tas d'exceptions, mais c'est encore gérable. Le numérique a changé la donne. Les articles de journaux téléchargés sur les sites d'infos, les pages copiées-collées dans des fichiers Word, les e-books récupérés Dieu sait où ont une furieuse tendance à échouer dans des dossiers intitulés "doc" ou "à trier" qui, à mesure des migration de matériel, se retrouvent parfois au fond de sous-dossiers sur des disques externes d'archivage.

Et il en va bien sûr de même pour les notes. Si les calepins "en dur" sont réunis dans un même tiroir (mais leur contenu est par essence méta-bordélique), mes fichiers de note sont devenus un truc plus tentaculaire que la pire créature surgie d'une nuit d'insomnie d'H.P.L. Parce qu'hormis les diverses générations de fichiers "notes en vrac", qui servent de déversoir à idées et à infos, il y a les tentatives toutes avortées en cours de route d'organiser tout ça. Et c'est forcément pire. Il y a les fichiers ouverts exprès pour une idée de scénario de BD. Et donc stockés dans le sous dossier idoine de mon dossier "scénars de BD", qui en sortent en général pour intégrer le sous-dossier consacré au projet en question, quand je me mets à sérieusement bosser dessus (c'est à dire une fois sur quatre, à peu près).

Il y a les fichiers de notes structurantes, des sortes d'essais à usage personnel, ne servant qu'à alimenter la réflexion (je viens de retomber, en cherchant tout à fait autre chose, sur une huitaine de feuillets consacrés à l'évolution de l'éthique judéo-chrétienne entre le premier et le troisième siècle, sujet auquel j'avais consacré pas mal de temps il y a une dizaine d'années, dans un sous-dossier contenant aussi un comparatif entre un album de Steve Reich et certains travaux théoriques de Bach, alors que parler de musique m'emmerde en général assez, et écrire sur la musique ne m'est absolument pas naturel, mais aussi un projet de roman abandonné deux ou trois fois après avoir été un projet de scénar, et un fatras de considérations sur les super-héros, dont une partie avait fini, une fois mise en forme, dans un de mes bouquins).

Et puis il y a les bouts d'idées et de dialogues coupées d'un projet, mais gardées, parce que je ne jette rien. Et qui parfois ont bourgeonné dans plusieurs directions, un même personnage se retrouvant dans plusieurs projets différents et contradictoires et abandonnés à divers stades d'élaboration. Il y a les notes sur des personnages historiques, vaguement classées par périodes. Les citations dont j'ai malheureusement omis d'indiquer la source. Les biographies de personnages. Les traits culturels marquants de civilisations imaginaires. Les spéculations en roue libre sur l'ésotérisme médiéval, l'exobiologie ou la théorie de la narration. Les idées à utiliser quand je serai scénariste de Batman, de Shazam ou des X-Men (que je finis parfois par utiliser dans des trucs personnels qui ont un peu plus de chance d'exister). Et puis des trucs foutraques, à la limite de l'écriture automatique ou de l'association libre.

Et bien entendu, de temps à autres, il me prend l'envie d'aller ranger un peu tout ça. Et forcément, en cours de route, un boulot urgent me tombe dessus, et je remets le tout de côté, à moitié trié, les notes BD déplacées à un autre endroit, des tas de trucs disparates regroupés dans un sous-dossier "à trier-3" avec des doublons dans tous les sens, des compilations un peu hasardeuses réalisées selon une logique qui, sur l'instant, me semblait évidente, mais qui forcément, quand je remettrai le nez là-dedans, dans six mois, un an ou plus, me semblera parfaitement obscure. Et avant que je ne remette le nez dedans, de toute façon, de nouvelles notes et de nouveaux fichiers composés de bouts d'articles récupérés à droite à gauche se seront accumulés, avec toute l'iconographie démentielle qui va avec.

On sait comment travaillent les fils Tolkien et Herbert, proposant des suites et des compléments à l'œuvre paternelle en épluchant les tombereaux de notes laissées par leurs géniteurs. Et là, je me dis que si mes gamins ont un jour la même idée, ça risque de donner des bouquins vraiment croquignolets.

dimanche 24 mars 2013

Back from the books

Et donc, j'étais en dédicaces au Salon du Livre. C'est quand même une manifestation épuisante. Non que j'aie énormément dédicacé, quoique je l'ai fait aussi (la queue pour mes dédicaces du matin était face au stand Casterman, qui recevait Tardi. C'est ainsi que j'ai découvert que Tardi avait une plus grosse queue que moi), mais il y a quand même un brouhaha énorme et permanent, dans ce hall immense.

Entre deux, j'ai quand même pu faire mon petit tour, croiser des gens que je connaissais, mais aussi des gens que je ne connaissais que de vue (genre de vue télévisuelle, comme Jean-Louis Debré ou Jean-Claude Dreyfus), ou à l'inverse des gens que je connaissais sans les avoir jamais vus, comme mes éditeurs chez les Moutons électriques (et ça c'est très bien, parce que ça permet de discuter boulot de façon plus directe).

Et puis j'ai fait mon marché, aussi, des bouquins sympas qui vont encore alourdir mes étagères (dont un Dunsany et un Hogdson, on ne se refait pas) et je suis rentré par le tramway, parce que le fiston insistait, et c'est vrai que la ligne T2, c'est plus agréable que le métro, ça passe par des coins assez jolis. Et à la Défense, croisé des dingos surexcités qui revenaient de la "Manif pour Tous". Décidément, je ne supporte pas les braillards de ce genre, les brandisseurs de banderolles vociférants et sifflant. Je ne suis déjà pas franchement convaincu de la justesse de leur cause, mais je dois en plus admettre que c'est avec une satisfaction un peu goguenarde que je vois des cathos à foulard s'abaisser plus bas que la bête et se comporter comme des supporters de foot, comme les derniers de hooligans de Manchester. Ce sont les gens qui sont le plus persuadés de leur dignité qui se rendent le moins compte qu'ils la perdent en croyant la défendre.

jeudi 21 mars 2013

Au salon

Bon, je rappelle mes horaires de dédicaces au Salon du Livre de Paris.

Ce sera ce dimanche, Porte de Versailles.

De 11 heures à 13 heures au stand Région Île de France, chez les éditions La Cafetière, pour La Dernière Cigarette.

Et de 14 heures à 16 heures au stand Région Rhône-Alpes, chez les éditions les Moutons électriques, pour Mythe & Super-Héros, et Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps.

Voilà, vous êtes prévenus !

mercredi 20 mars 2013

Insulte vaut mieux que deux, tu l'auras

Tiens, je viens de voir qu'un type avait été condamné pour insultes sur internet (sur Twitter, précisément) envers Jean-François Copé. Du coup, je m'interroge. Ça ressemble à quoi, une insulte envers Copé ? Parce que normalement, une insulte, c'est traiter quelqu'un d'un mot qui désigne quelque chose de pire que lui. Par exemple, traiter un honnête homme de voleur, c'est l'insulter. Par contre, traiter un voleur de voleur, ce n'est pas l'insulter, c'est faire un constat. (c'est un peu, à l'envers, le principe de la flatterie dans La Folie des Grandeurs "Monseigneur est riche" "Mais non ! Ça c'est pas une flatterie, puisque c'est vrai !" "Monseigneur est beau." "Vraiment ?" "Je flatte, Monseigneur, je flatte"). Donc du coup, ça pique ma curiosité. Il a dû être créatif, ce pauvre condamné, pour trouver des trucs désagréables à dire sur Copé qui soient effectivement des insultes, et pas des tautologies.

Ce qui est intéressant aussi, c'est que Copé ait porté plainte pour une ânerie sur Twitter. Comme la première Nadine Morano venue.

mardi 19 mars 2013

Y aurait encore de quoi inventer un univers farfelu, avec ça

Tiens, grâce au Doc qui postait dernièrement un commentaire à propos de Conan, je suis tombé là-dessus :


C'est de Jim Steranko, et c'est une espèce de Conan, mais avec des faux airs de Steeve Reeves ou de Clint Eastwood. Et d'un coup, on essaie d'imaginer un Conan avec Clint Eastwood, et ça télescope un peu des concepts bizarres dans la tête (du genre "Go ahead, Pict. Make my day, by Crom.").

Sachant que Steranko a aussi donné, à l'occasion, dans la Clinterie pur jus :

 photo fletcher.jpg

Bref, tout ça pour dire que bon, un Conan par Sergio Leone avec Clint Eastwood, ça aurait pu avoir de la gueule (et avec Lee van Cleef en Nabonide, Ellie Wallach en Nestor le Gunder, et Gian Maria Volonte en Murillo, par exemple).

Et si ce film avait existé, alors Impitoyable aurait été une adaptation de King Conan.

Enfin tout ça pour dire qu'il est probablement grand temps que j'aille me pieuter, moi.

lundi 18 mars 2013

Casting de rêve

Ils viennent d'annoncer un nouveau remake américain de Godzilla.



Et en fait, je me dis qu'on a raté une magnifique occasion, là.




Parce que Depardieu en Godzilla, je crois que ça me ferait grave kiffer, en fait.

samedi 16 mars 2013

Seul au monde, Kane ?

Puisque c'est samedi, autant poursuivre dans le thème. C'est samedi, alors c'est Robert E. Howard. Au cinéma.

Et donc, dans les récentes howarderies, il manquait à mon tableau de chasse le Solomon Kane, dont je n'avais chopé que vingt minutes lors d'un passage télé, vingt minutes qui ne m'avaient pas favorablement impressionné. Et puis là, je me suis dit "soyons fou, après tout j'ai été exhumer Kull avec Kevin Sorbo, donc je suis vacciné". Et donc, j'ai vu Solomon Kane en entier.

En terme de rendu, c'est loin d'être honteux

Mais resituons un peu. Le personnage emblématique de Robert Howard, c'est Conan. Conan le barbare, le voleur, le pirate, le fêtard, le bon vivant, devenu roi de ses propres mains, celui qui foule de ses sandales les trônes de la terre, un homme aux mélancolies aussi démesurées que ses joies. Un personnage bigger than life, jouisseur, assez amoral, mais tellement sympathique. Conan, quoi.

L'autre grand héros howardien, c'est Solomon Kane. Qui est dans une très large mesure son contraire parfait. Si Kane est un redoutable bretteur comme Conan, il a un caractère tout à fait opposé. C'est un puritain de l'époque élisabéthaine, qui réprouve beaucoup de choses, et beaucoup de choses qui font l'ordinaire et la joie de son frère cimmérien. S'il arrive régulièrement à Conan de faire passer de vie à trépas monstres et sorciers, c'est pour se protéger, ou protéger une pure jeune fille, ou se venger, ou en tirer un quelconque bénéfice. Il ne traque pas particulièrement les praticiens de la magie, et d'ailleurs, il préfère les éviter quand il le peut. Kane au contraire, a voué sa vie à la poursuite et à la destruction du mal. Il est capable de parcourir la moitié du monde connu pour faire payer ses crimes à un adorateur de Satan.

Une autre différence majeure entre les deux hommes, c'est leur biographie. Celle de Conan, malgré des lacunes, est assez bien renseignée, de sa naissance sur un champ de bataille à ses vieux jours sur le trône d'Aquilonie. De Kane, si par recoupement on devine qu'il a été soldat et marin, on ne sait rien. On ne connait de lui que sa froideur, sa haine envers la sorcellerie, et son acharnement méthodique, quasi maniaque. Kane est un mystère enveloppée non pas dans une énigme, mais dans un manteau noir de puritain calviniste, et c'est une des grandes forces du personnage. Il jaillit de la nuit, tout de noir vêtu, et y retourne dès qu'il a fait payer leurs crimes aux suppots du mal. C'est un Zorro psychopathe qui a tranché la gorge à son Don Diego et l'a laissé se vider de son sang hors champ, avant même que le récit ne commence.

C'est cette grande force qui ne peut qu'assurer sa perte dès que des producteurs hollywoodiens s'en mêlent. Car à Hollywood, on ne lance pas une license sans donner d'abord les origines des personnages. Et donc, alors qu'on pouvait partir avec un a priori sympathique (parce que caster un type appelé Purefoy dans le rôle d'un puritain c'est aussi génial que de mettre un type appelé Pine dans le pyjama du Capitaine Kirk) le film commence par une série de contresens. On voit d'abord un Kane Pirate, assoiffé d'or, un Kane qui est en fait Conan.

Conan, ou Vulmea le pirate noir, sinon, à la rigueur

Puis ce Kane comprend qu'il est voué à l'enfer, et se retire dans un monastère. Deuxième contresens : Kane a toujours été décrit comme un puritain, terme qui désigne un calviniste rigoriste. Le voir chez des moines, ou s'incliner devant un crucifix, c'est ne pas comprendre ce qu'est le puritanisme, qui y préfère la croix (eh oui, il y a une nuance subtile, mais qui ici a toute son importance). Là, on est dans ce phénomène que j'avais d'ailleurs évoqué dans Apocalypses, dans cette manie que l'Amérique protestante a d'aller chercher une imagerie religieuse dans le catholicisme, pour combler le déficit iconique du protestantisme. Dans un film narrant les aventures d'un puritain fanatique et psychopathe, ça fait tache. Et un puritain tatoué, c'est gênant aussi.


Les puritains ne sont pourtant pas connus pour leurs javas à tout casser


Après, le film a pas mal de qualités. Le casting est vraiment sympa. C'est filmé sans génie, mais avec efficacité, et souvent un assez joli sens du cadre et de la photographie. Quand la campagne anglaise est soumise aux exactions des sbires possédés du sorcier Malachi, on convoque une imagerie de Terre Ghaste assez bienvenue, de la forêt boueuse, automnale ou hivernale, stérile. Il y a une ambiance assez cradingue qui n'est pas de mauvais aloi. En lui même, le scénario n'est même pas absurde : en tant que tel, il raconte un histoire de rédemption et de vengeance somme toute classique, mais pas mal foutue. Ce serait tout à fait tolérable si le personnage joué par Purefoy s'était appelé Albert Tartempion, John Smith ou n'importe quoi d'autre qui ne soit pas Solomon Kane, genre la prequelle sur l'ancêtre du Van Helsing du film avec Hugh Jackman (qui était assez risible aussi en tant qu'adaptation du personnage de Stoker, d'ailleurs, mais tellement couillon qu'il en devenait distrayant).

N'oublions pas que ce sont les descendants de ces gens-là
qu'on retrouve dans la Petite Maison dans la Prairie
Ça se voit un peu quand même

Certes, en dehors des âneries fondamentales de compréhension de la nature du protagoniste, on a toutes ces bêtises hollywoodienne agaçantes (la crypte de l'église, censément abandonnée, mais dans laquelle on trouve quand même une torche allumée tous les deux mètres, ou le fait que le Kane qui a renoncé à la violence et voyage avec une famille de prolos puritains arrive à se procurer des pistolets en pleine forêt. il les a peut-être pris sur les cadavres de ses ennemis morts, mais aucun d'entre eux n'a même fait mine de se servir d'un pistolet, ni même d'en avoir un sur lui), mais le film se laisser regarder sans trop de déplaisir. Oui, on a le boss final.

Et aussi un boss intermédiaire en plein trip Leatherface

Oui, on a la défaite temporaire du héros (elle aussi empruntée à Conan : Kane est crucifié comme Conan dans une sorcière viendra au monde. Chaque film tiré de Howard emprunte la moitié des trucs à une série de Howard autre que celle qu'il est censé adapter, c'est systématique) (petite élégance ironique, par contre, dans ce contexte très chrétien, le méchant qui crucifie Kane demande aux gens du village s'il ressemble à un sauveur avant de le clouer au bois). Oui, on a un vague intérêt romantique. Oui, on a la lourde révélation à tiroirs à la fin. Mais le film n'est pas mauvais en soi. C'est comme le Constantine qui serait un film d'exorciste sympa s'il s'était appelé autrement. Eh bien Solomon Kane n'est pas un mauvais film, c'est juste un mauvais film de Solomon Kane. Il y a juste un truc bien vu par rapport au vrai Kane, c'est que le film travaille pas mal sur la notion de retour au pays, joliment traitée par Howard dans la série.

Bref. C'est la moins ratée des trois dernières adaptations de Howard, mais on est quand même assez loin du compte. Sinon, j'ai entendu parler d'une adaptation animée des Clous Rouges. C'est sorti, ça, finalement ?


jeudi 14 mars 2013

Ça casse pas cinq pattes à un mouton irradié

En cherchant deux ou trois infos techniques (je suis un énorme consommateur d'infos techniques de toutes sortes, on ne sait jamais ce qui peut servir à un bouquin ou à un scénar), je suis allé faire un tour sur le site de la Criirad. Mais si, vous savez ce que c'est, la Criirad, on en interviewe des représentants dès qu'il y a un boulon qui pète dans une centrale atomique quelconque. Du coup, j'étais resté sur l'idée que c'était un truc vaguement officiel* et une bonne source d'info.

Inutile de dire que j'ai été un peu surpris de tomber sur un site tout ce qu'il y a de plus amateur, imbitable, dans lequel les infos sont introuvables. Même à la SNCF, maintenant, ils ont compris que la présentation des infos et leur classement font beaucoup pour l'efficacité d'un site. Là, on à affaire à un site visiblement animé par des gens tellement persuadés de la justesse de leur cause que ce serait la salir que de l'emballer un peu proprement. Du coup, on a droit à des logos dans tous les sens, à des catégories et à une hiérarchisation de l'info qui fait probablement sens pour les gens qui sont dedans, mais qui rendent le truc opaque à toute personne de bonne foi qui cherche un renseignement. (c'est un syndrome assez courant sur les sites d'organisations qui se construisent en "contre", quelles qu'elles soient. allez voir des sites contre la consommation de viande de cheval**, par exemple, c'est souvent assez drôle)

Et surtout on se heurte de plein fouet à une absence apparente de synthèses, de glossaires, de cartes, de mise en perspective. Pour une organisation dont un des buts est très officiellement d'informer, je trouve ça un peu court. Et même un peu inquiétant.

Je ne suis pas hostile par principe à l'utilisation de l'énergie nucléaire, partant du principe que ce n'est pas la technologie en soi qui est nocive, mais l'utilisation qu'on en fait, et le sérieux avec lequel on la met en œuvre. Par contre, je suis parfaitement conscient qu'avec les sommes en jeu, sa production peut vite devenir le terrain de jeu de toutes sortes de profiteurs et magouilleurs (diverses affaires récentes chez Areva ont de quoi inquiéter) et qu'il faut des organismes de contrôle indépendants, des sonneurs d'alerte, des contre-pouvoirs forts.

Et là, ça donne pas une impression de sérieux, quoi.



* En fait, vérification faite, c'est une association loi 1901. L'intitulé "Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité" est quand même sérieusement trompeur.

** En ce qui concerne la viande de cheval, les affiches avec Guillaume Canet en train de faire du cheval, placardée partout en ce moment, me semblent une incitation à en manger plus souvent***. Faut dire que je ne suis pas un grand fan de Guillaume Canet, malgré sa présence dans Barracuda qui est un film que j'aime beaucoup, et que surtout, à part les films de baseball, je connais pas grand-chose de plus emmerdant que les films de canassons.

*** Tiens, à propos, ils disaient que ça faisait genre 1300 piges qu'on n'avait pas eu de Pape extraeuropéen, mais le dernier d'entre eux avant le père Françoué avait fait de l'interdiction de l'hippophagie son cheval de bataille, qu'il qualifiait de crime très abominable. C'était un certain Grégoire III. 

mardi 12 mars 2013

Cette obscure clarté qui tombe du ciel plombé

La petite cour intérieur sur laquelle donne mon logis n'est pas éclairée. Ou rarement, par l'effet de la lumière qui tombe d'une fenêtre, ou par celui de la minuterie, très courte, qui me permet de ne pas passer dix minutes à trouver le trou de la serrure. En temps normal, la nuit, il faut vraiment que la lune soit à la verticale de ce lieu étroit, et qu'elle soit raisonnablement pleine, pour qu'on y voie quelque chose.

Mais là, ce soir, l'épais tapis neigeux se conjugue à la pollution lumineuse des rues alentours et au plafond atmosphérique aussi bas qu'une polémique préélectorale pour donner à l'endroit un aspect étrange et fantomatique. On serait à Fukushima, je dirais que la neige est radioactive. Alors qu'en fait non, c'est juste ce ciel bas et dégueulasse qui reflète les lampes au sodium du quai, et répercute tout en la filtrant leur lumière sur le blanc manteau qui couvre le sol. D'un coup, cet endroit obscur se fait féérique, mais d'une féérie un peu gothique, un peu burtonienne (non, pas le Burton de mes albums, un autre, celui qui a des cheveux dans tous les sens), complètement reposante.

Alors oui, je sais que de l'autre côté de la porte du porche, cette neige qui embellit mon environnement est un prétexte à mille râleries aigres de fangios obligés de rouler au pas, de pressés divers pour lesquels même la marche à pied devient un sport de l'extrême et autres gens qui aimeraient être ailleurs mais seront obligés de rester là à ronger leur frein sur la poudreuse que le piétinement a transformer en un sludge assez horrible. J'y suis allé voir, hein, peut-être juste pour me repaitre de cet affligeant spectacle, et peut être pour le plaisir de fouler, non de mes sandales les trônes de la terre, mais plutôt de mes lourdes bottes les trottoirs enneigés pour chercher un marché aux légumes que jamais il ne trouva (oui, je m'emmêle encore dans mes métaphores et mes références).

Bref, je sais que je suis bien le seul, mais décidément, j'aime bien la neige.

lundi 11 mars 2013

Le prochain Burton

Ah, la date de sortie officielle du Burton 2, le voyage à la Mecque, c'est le 12 juin prochain.

Du coup, je vous en balance deux nouveaux extraits :



Et pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, c'est dans la Collection Explora, c'est chez Glénat, et c'est par Alex Nikolavitch, Christian Clot et Lionel Marty.

vendredi 8 mars 2013

Guerre du Sleeper

Tiens, j'ai retrouvé dans mes archives une intro rédigée jadis pour la VF du comic book Sleeper. La traduction de l'album n'était pas de moi, mais on m'avait demandé de me fendre d'une petite bafouille pour resituer la série.


Il y a une justice à rendre à Richard Nixon : c'est grâce à lui que la paranoïa est devenue un genre en soi. Sans le Watergate, les Américains seraient moins prompts à s'interroger sur les actes de leur gouvernement. On n'aurait pas eu X-Files, on n'aurait pas eu ces films où un innocent est poursuivi par la CIA, le FBI ou autres. Et l'univers Wildstorm aurait sans doute été bien différent. Car l'univers Wildstorm, c'est un univers d'agents secrets plus que de super-héros. Certes, vous allez me dire qu'ils ont pouvoirs, hyper gadgets, vaisseaux interdimensionnels, etc… Mais les personnages majeurs de Wildstorm ne sont pas des sauveurs venus d'ailleurs, comme chez DC, ou des scientifiques jouant avec la radioactivité comme chez Marvel. Presque tous les personnages importants chez Wildstorm sont des espions, des enquêteurs secrets, des membres des forces spéciales, des espions retraités, des espions en fuite… Lynch, Grifter, Jenny Sparks, Elijah Snow, Ben Santini, Deathblow, et même cette andouille de Kev sont tous des barbouzes à des degrés divers.

Mais ce n'est même pas le propos du jour. Pour apprécier Sleeper, vous n'avez pas besoin de savoir qui sont Kev ou Santini. D'ailleurs, ils n'apparaissent pas dans Sleeper. Car l'avantage intrinsèque des histoires d'espions, c'est le cloisonnement des organisations secrètes. Ce qui se passe dans un coin n'est pas forcément connu de l'autre. Surtout pour ce pauvre Carver, lâché en rase campagne par sa hiérarchie, alors qu'il tentait d'infiltrer une organisation terroriste.

Sleeper. Ce titre se lit à deux niveaux. L'agent "dormant", comme Carver, infiltré en profondeur, attendant qu'on le "réveille". Et le dormeur, l'homme qui est fermé au monde extérieur : Lynch, le patron de Carver, le seul à savoir ce qui se passe réellement, ce John Lynch qui est dans le coma, et donc incapable de couvrir ni d'exfiltrer son agent.

Aux commandes de cette série, on retrouve rien moins que deux spécialistes : Ed Brubaker (Gotham Central, Captain America, Daredevil, X-Men, Criminal) et Sean Phillips (Hellblazer, Wildcats, Uncanny X-Men, 7 Psychopathes et, ô surprise, Criminal aussi). Habitués tous deux au réalisme noir, aux coups tordus et aux histoires crapoteuses. Ça tombe bien, Sleeper, c'est tout ça à la fois.

Le lecteur curieux pourra éventuellement se reporter à Point Blank (de Brubaker et Wilson) pour en savoir plus sur Lynch et la conspiration de Tao. Mais Sleeper peut s'apprécier seul, comme un roman de Ludlum dont les personnages auraient d'étonnants pouvoirs.

mercredi 6 mars 2013

L'apocalypse est (encore) reportée

Ah, finalement, on m'annonce que la conférence Apocalypse au Salon du Livre (Porte de Versailles à la fin du mois) est annulée. Bon, par contre, j'y serai en dédicaces le dimanche 24 mars.

Le matin, chez les éditions La Cafetière, sur le stand de la région Ile de France.

Et l'après-midi, chez les Moutons électriques, sur le stand de la région Rhône-Alpes.

Voilà voilà, vous êtes prévenus !

mardi 5 mars 2013

Réflexions autour d'un oeil d'or

Tiens, en cherchant tout à fait autre chose, j'ai découvert l'existence d'un téléfilm intitulé Goldeneye et datant de 1989. Aucun rapport avec l'épisode de la série James Bond portant le même nom. Ou presque. Car ce Goldeneye-là est consacré non pas à James Bond, mais à son créateur, Ian Fleming, à l'époque où lui-même était barbouze, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Bien entendu, impossible de choper ce film, le pauvre DVD Zone 1 qui était sorti étant indisponible depuis une sacrée paye. Et bien entendu, avec Charles Dance dans le rôle de Fleming, ça ne peut que me faire gravement baver.

Un autre type dont la biographie à l'époque est fascinante, c'est un vague cousin de Fleming. Un garçon qui, d'ailleurs, a joué dans un James Bond. Mais qui pendant la Guerre a fait le coup de feu dans les commandos. Et qui avait tenté de participer à la Guerre d'Hiver en Finlande, juste avant (et la Guerre d'Hiver, c'est un conflit ultime badass, faites quelques recherches là-dessus, c'est assez hallucinant). Ce jeune homme s'appelait Christopher Lee. Et il reste d'une grande discrétion sur toute cette période. Et à mon avis, il doit y avoir de sacrées histoires à la clé.

Tout ça, ça fait partie de ces sujets sur lesquels j'accumule des notes dès que je croise la moindre info. Si vous-même vous avez du biscuit, chers lecteurs, je suis preneur. Et si vous savez où trouver ce mystérieux Goldeneye, dites-le moi !

lundi 4 mars 2013

Je me suis jamais remis du fait que le capitaine Kirk, maintenant, il est joué par un mec qui s'appelle "Pine"

En fait, je me dis, en tant que traducteur, que c'est dommage qu'on n'ait jamais traduit le titre de Star Trek comme on l'avait fait en son temps pour La Guerre des Etoiles.

Or, il y avait un truc chouette à faire : La Piste aux Etoiles, ça l'aurait fait, non ?

Non ?





Bon, ça va qu'il fait beau dehors. Mais vous n'êtes que des barbares qui ne comprenez rien à mon art ! Sinon, j'ai vu la bande annonce du prochain Piste aux Et.... Pardon... Star Trek avec Chris Braquemard, et ça donne bien envie. 



samedi 2 mars 2013

Axe pour homme

Ça doit être le thème de la saison, mais après avoir profité de mes transports et de ma tablette pour me regarder le récent Conan avec Jason Momoa, je viens de regarder Kull le Conquérant, avec Kevin Sorbo.

Kevin sort beau. Ou pas.


Alors oui, je sais, à ce stade, ça ne pouvait que s'apparenter à une forme particulièrement perverse de masochisme. Et, de fait, il y a un peu de ça, je l'admets.

Alors déjà, re situons un peu le contexte. Kull date de la fin des années 90, au moment où Kevin Sorgho, auréolé de sa performance sur la série Hercule, décide de passer au grand écran pour se faire du blé. Il intègre donc le casting de King Conan, qui aurait dû être le troisième volet de la série commencée avec notre Schwarzennator préféré. Sauf que notre héros voit venir le piège. Il préfère ne pas être comparé à Arnold.

Et donc, le script de King Conan, librement adapté du roman L'heure du Dragon, est prestement transformé en un scénario de King Kull. L'Aquilonie devient Valusie, on rajoute le personnage de Tu l'eunuque (mais il n'y a hélas pas de place pour Brule le Picte) mais l'original reste reconnaissable*. Bon, les scénaristes (attention, hein, ils avaient L. Sprague de Camp comme conseiller technique, quand même) (ils auraient dû se méfier) arrivent quand même à conclure sur "Par cette hache, je règne", qui est pour le coup du Kull pur bifteck. C'est quand même sympa, ça leur permet de montrer qu'ils ont un peu fait leurs devoirs.

"Fils de Conan" ? Ils manquent pas d'air, quand même
quand on sait que la première histoire de Conan
était une histoire de Kull refusée par l'éditeur
et que Howard a donc réécrite et renvoyée


Pour le reste, le film dure une heure et demie, et autant je râle sur les films interminables qui empilent les péripéties, autant là, c'est sec. En vingt cinq minutes montre en main, on a présenté le monde dans lequel évolue Kull, puis la façon dont il est sorti du rang, puis celle dont il s'empare du trône, puis celle dont il le perd. Et quelques intrigues de palais en prime. Deux trois astuces d'écritures permettent de sous-entendre que Kull était connu à la cour (l'ancien roi l'appelle par son nom), mais ça va vite, trop vite. Les personnages sont esquissés à grands traits en quelques secondes. Ce qui permet de prendre du temps, après, pour des péripéties et des bagarres.

Kate et William à la mode Valusienne.
Notez l'armure, sans doute chipée à un téléfilm sur Jules César

Bien mis en scène, ça pourrait passer. Sauf que le réalisateur vient de la télé, et que ça se voit bien. Pire, il a débuté sur 2 flics à Miami, et ça se voit très bien. Ne serait-ce que par l'abus qu'il fait de metal symphonique ultra bas de gamme, qui permet d'anéantir toute tentative de donner de l'ampleur aux scènes épiques. Qui piquent un peu, du coup. C'est pas que ce soit particulièrement mal filmé, hein (c'est surtout mal monté, à la finale), mais ça n'aide pas. Pas plus que les vannes à deux balles qui parsèment le métrage. Après, les effets spéciaux sont pas ébouriffants, et ne démériteraient pas dans une série télé, pas plus que les costumes. Voilà, en pilote de série télé, ça aurait été plus regardable, sans doute.

Je l'aime bien, le méchant, il est plutôt drôle.
Il le fait pas toujours exprès, mais il est plutôt drôle.

Les acteurs, eh bien en dehors du héros, on décernera une mention spéciale à la méchante, jouée par la sympathique Tia Carrere, à laquelle on pardonne toujours beaucoup, mais qui nous débite quand même sans sourciller une citation de Dark Vador dans le texte. Et une mention d'honneur à Thomas Ian Griffith, qui gagne le prix Sean Bean du barbu qui meurt en cours de route. Kevin Sorbet s'en tire pas si mal en champion du dieu du gel opposé à la sorcière du feu. Mais voilà encore un garçon qui n'aura jamais d'Oscar.

Ah, et j'ai pas parlé de la photographie
Très deux Flics à Miami, aussi

Bref, vous l'aurez compris, Kull le Conquérant est un nanard pas hyper inspiré. Pas un nanar antipathique, ceci dit. Mais pas inspiré. Ou inspiré des mauvais trucs. On sent bien qu'il est sorti un poil avant que Peter Jackson ne pose les nouvelles règles du genre avec le Seigneur des Anneaux. C'est ce qui le sauverait presque, d'ailleurs : le Conan d'il y a deux ans n'a pas cette excuse.


Après, Tia Carrere est pas si mauvaise actrice, hein.
Elle est plutôt crédible en momie : on dirait presque Silvio !





* Et je vous parlais l'autre jour d'Acheron à propos du film Conan, et j'ai dit une ânerie : Acheron est bien un élément de cet univers, pris d'un doute, j'ai vérifié, et c'est ce qui m'a conduit à relire l'Heure du Dragon pas plus tard que cette semaine. Ce qui le rendait méconnaissable, c'était ce qu'en faisait le script. Alors que là, non, ça colle à Conan. Mais pas à l'univers de Kull, mais c'est véniel et un juste retour des choses, puisque dans Conan le Barbare, Tulsa Doom et son culte des serpents étaient des méchants arrachés à la première aventure publiée du roi de Valusie.