jeudi 28 février 2013

Perspective historique

Quand j'étais petit (il y a donc très, très longtemps), je croyais que si on appelait les méchants "fâchistes", c'était parce qu'ils avaient toujours l'air fâché. D'où le nom. D'ailleurs, leurs chefs criaient fort.

Faut dire ce qui est :
ces mecs-là avaient toujours l'air grave de sale poil.
Même quand ils étaient rasés de frais


Et puis on m'a expliqué un peu que c'était plus compliqué que ça, et qu'un type pouvait être méchant, avoir l'air très en colère et gueuler sans être pour autant un "fâchiste". Qu'il y avait des communistes qui s'énervent et qui tapent à coup de chaussure. Des gauchistes qui cognent à coup de barre de fer. Des gaullistes qui tuent, mais qu'il ne fallait pas les mettre dans le même sac. Des buralistes qui fument, aussi. Et que c'étaient pas forcément les mêmes.

Et puis j'ai commencé à lire des bouquins, et il m'a fallu un peu de temps pour comprendre que "fasciste", ça se disait "fâchiste", et qu'on parlait bien des mêmes mecs. Et qu'en effet ils étaient méchants. Mais qu'ils avaient aussi inventé l'autoroute, et que mine de rien, ça devait bien compter pour quelque chose, parce que c'était un peu grâce à eux aussi, du coup, qu'il y avait des bouchons le 31 juillet.

La vie était plus simple, quand j'étais petit. Et la conscience politique aussi.

mercredi 27 février 2013

Henni soit qui mal y pense

Ça me fait marrer : les infos parlent de la chute des ventes des plats préparés à base de viande de chev hachée, et on en tire donc des conclusions sur la méfiance du public envers ces nourritures aux provenances douteuses ("strange meat" comme disait un personnage de Shakespeare, je ne sais plus si c'était César ou Marc-Antoine). Sauf que pour acheter ces produits, encore faudrait-il pouvoir les trouver ! Parce que dans le doute, tous les commerçants les ont retirés ! Impossible de trouver une moussaka surgelée par chez moi. Alors qu'il faut bien l'avouer, les soirs de flemme intense, c'est bien pratique : on fait préchauffer le four, et crac dedans. Là, maintenant, c'est foutu, faut se creuser la tête deux heures à l'avance pour savoir ce qu'on va grailler, puis vérifier qu'on a tous les ingrédients, puis préparer... Alors le dimanche midi, je veux bien. Mais il y a des jours de surmenage et de fatigue où la moussaka surgelée, c'est un peu le sauvetage, le truc sans souci, la solution miracle.

Et avec toutes ces conneries, cette solution m'est interdite, merde ! Je m'en fous, moi, qu'il y ait du canasson dedans ! Je suis pas le dernier à aller en acheter sur le marché quand l'envie d'un tartare de cheval me prend comme ça. Ça m'énerve, tiens.

Un autre truc qui m'énerve, c'est Ben Sixtine qui prend sa retraite. Le lâche ! Qu'est-ce qu'on va devenir ? C'était tellement facile de se moquer de lui, avec sa tête de méchant de Star Wars, et son côté théologien teuton au lourd passé. Alors qu'à la place, si ça se trouve on aura un Sud-Américain, et on en sera réduit à des sales blagues sur la cocaïne, ou pire, à un noir, et là on n'aura même plus le droit de se moquer. Pffff. C'est trop dur, la vie.

Tiens, à propos de petits vieux, par contre, j'ai entendu des extraits du nouvel album de David Bowie. Et vu les clips qui allaient avec. C'est pas mal. Il tient encore bien la route, j'ai l'impression. Et voir Tilda Swinton, en plein trip androgyne, devenir une sorte de double de Bowie lui-même (et un paquet d'autres choses au passage), c'est quand même assez troublant, par Saint Thurgod !

Bref. Bon, essayons quand même de nous remettre au travail. Dans le temps que nous laisse la cuisine, faute de moussaka à faire réchauffer.

mardi 26 février 2013

Fight the System !

Bon, comme depuis ce week-end, je ne suis techniquement plus en retard (en fait, si, je suis en retard sur un scénario, mais c'est différent : jusqu'à ce week-end, j'étais en retard sur TOUT, et en fait, j'étais en retard d'au moins dix à douze jours sur chaque boulot que j'avais à faire, de façon systématique depuis le 9 ou le 10 janvier), j'ai pu consacrer quelques heures à un pensum que je repoussais depuis des mois : la mise à jour du Système de mon ordinateur.

Vous allez me dire, la mise à jour elle est automatique, normalement. Et c'est vrai. Sauf que quand on a un ordinateur un peu ancien, il arrive que son système d'époque finisse par ne plus être suivi et maintenu par son fabriquant. Et donc que diverses fonctionnalités externes ne puissent du coup plus du tout être mises à jour (Flash, Firefox, Chrome, etc.) et finissent par ne plus fonctionner correctement. Il faut donc changer de version du système, passer aux mises à jour dites "majeures". Et le problème numéro 1, alors, c'est de déterminer laquelle des 4 ou 5 mises à jours majeures qui avaient suivi votre version du système reste compatible avec votre vieux coucou. Puis d'aller dénicher cette version précise, qu'aucune boutique n'aura plus (vu qu'elle est elle-même déjà un poil obsolète) et qui ne sera plus trouvable que chez des commerçant en ligne basés dans des pays pas possibles, ou en téléchargement gratuit sur des sites russes où l'on ne connecterait pas l'ordinateur de son pire ennemi.

Une fois la bonne version trouvée, il ne reste plus qu'à trier et sauvegarder le bordel accumulé sur le disque dur, et à installer le bazar.

Ça prend du temps, mine de rien, ces conneries. Et quelques sueurs froides. Et une fois que c'est fini, il faut reprendre en main tout le bazar et faire le décompte de toutes les bizarreries induites. Vérifier que les logiciels indispensables ne partent pas en couille. Que la vieille imprimante cacochyme mais increvable continue à fonctionner. Et bien entendu, c'est à ce moment-là, quand on ne sais plus où donner de la tête, qu'on est appelé en urgence à l'extérieur.

Bon, la consolation, c'est de savoir que j'ai installé la version la plus balaise que supporte ma bécane. La prochaine fois qu'il faudra changer de système, il faudra changer la machine avec. Je pense avoir encore un peu de temps devant moi.

samedi 23 février 2013

Quand les lasagnes misent sur le mauvais cheval, pas étonnant que ça fasse un effet bœuf

Je profitais de mes transports pour rattraper un peu de retard dans ma consommation cinématographique et regarder le récent Conan le Barbare avec Jason Momoa. Il faut dire que je suis en plein dans la lecture Kull le roi barbare, et que j'ai un peu complété les comics, ces derniers temps, notamment de très bonnes choses scénarisées par Tim Truman, dont j'avais parlé ici-même il y a quelques temps.

Hop, là, vu comme ça, ça aurait pu être pas mal, quoi...


Je ne m'attendais pas à grand-chose, vu tout le mal qu'on m'en avait dit. Du coup, j'ai tenté de le regarder avec bienveillance, de passer sur ses défauts pour tenter d'en dégager les qualités. Dieu que j'essaie de l'aimer, ce film. Mais c'est quand même très dur.

L'acteur ne démérite pas. Si son jeu est parfois bien monolithique, il arrive à lui donner une certaine intensité, comme un étrange charisme. Quel dommage que malgré plein de bonne volonté, le scénario ne suive pas. Outre l'invention d'une mythologie achéronienne qui n'apporte rien à l'univers hyborien (au moins, le film avec Schwarzie faisait l'effort d'emprunter ses méchants à l'univers de Robert E. Howard, même si c'était à un autre cycle), le script se cantonne péniblement à une histoire de vengeance croisée qui en fait un remake pataud du film de Milius, mais avec des trous en prime, et une répétitivité assez lassante du dévoilement du héros à chaque fois qu'il se venge d'un méchant ("tu te souviens du village cimmérien ? ben c'était le mien, ha ha ah !" "nooooon").

Le rimmel, par contre, je sais pas si c'était indispensable

Ça, encore, ce ne serait pas bien méchant. Les auteurs font l'effort de faire des clins d'œils à la Tour de l'Eléphant ou à la Reine de la Côte Noire, c'est quand même méritoire. Les Pictes ont un côté iroquois qui fait sens avec la façon dont semblait les envisager Howard dans Au delà de la Rivière Noire. On a le droit aussi à un peu de tentaculade lovecraftienne, ce qui n'a rien d'incongru ici. Le scénar est certes couillon, mais après tout pas plus que celui de la majorité des blockbusters actuels, et pour le coup il est quand même un peu plus respectueux du matériau source que ne l'était le triste Solomon Kane d'il y a quelques années (avec un acteur qui, lui aussi, aurait pu être bien si on l'avait collé dans un bon film).

Par contre, c'est au niveau des production values que ça chie bien. Que l'ambiance générale soit celle d'une heroic fantasy somme toute assez générique, ce n'est pas absurde : Conan a donné le ton à la moitié du genre, il est quasiment la moitié du genre à lui tout seul. Mais néanmoins, l'ensemble donne une impression de collage de citations visuelles pas vraiment transcendées. Comme l'essentiel des décors est en image de synthèse un poil trop clinquante, cet effet de collage est encore plus évident. On sent bien qu'on est dans de la production de studio post Pirates des Caraïbes ou Chroniques de Riddick. La musique est une pure musique hollywoodienne générique elle aussi, et là, on se prend vraiment à regretter les envolées de Poledouris.

Et là, franchement, non, c'est juste vraiment trop pas possible

La spatialisation des lieux est souvent ridicule. Et les looks des personnages n'arrangent rien : surtout, on dirait que le directeur artistique de la chose ne connait de la barbarie que ce qu'il en croise dans les cabinets de tatouage / piercing de Venice ou de Pasadena. Alors à l'arrivée, on sent déjà que ça vieillira très mal, que c'est déjà hyper daté. Ça essaie tellement d'être cool que ça en devient gênant, comme un fils de bourge du seizième qui mettrait un survète de marque et commencerait à traiter ses profs de bolosses (riez pas, ça existe) (c'est vraiment triste à voir).

Alors voilà, je crois que c'est ça qui est tragique. J'ai juste un quart de siècle de trop pour pouvoir apprécier ce film. Et c'est d'autant plus dommage que le père Momoa est plutôt sympa en Conan.

vendredi 22 février 2013

Bientôt, y aura des gens costumés en moi à Mickeyland, c'est moi qui vous le dis !


Alors ce matin, j'ai été interviewé pour la télé.

Plus précisément pour Disney Channel, parce que c'est bien gentil d'acheter Marvel Comics avec armes et bagages, messieurs de chez Disney, mais maintenant, il va falloir fourrer tout ça dans le robinet à diffusion. Et donc préparer le terrain. Et donc, ils font des docus sur les super-héros pour les chaines Disney. Dans celui-ci, je suis interviewé, mais il n'y a pas que moi, ils ont été voir un monsieur américain qui jouit d'une certaine notoritété dans ce domaine, un certain Stan L., qui a commis il y a quelques années des histoires de super-héros dont les fans semblent garder un bon souvenir.

Bref.

Au moment de commencer, on me dit "désolé, ordres d'en haut, on ne prononce pas les noms de personnages de la Distinguée Concurrence". Ce qui se conçoit tout à fait : Disney, propriétaire de Marvel Comics, est en situation de concurrence frontale avec Warner, propriétaire de DC.

Mais forcément, dès qu'il s'est agi de parler de talon d'Achille du héros, il y a eu un beau moment de périphrases et de tournage autour du pot pour chier en tire-bouchon. Le type qui faisait le documentaire a apprécié. "Chapeau, parler de Superman et de Kryptonite pendant une minute trente sans jamais prononcer les mots Superman et Kryptonite, c'est fort."

Je dois reconnaitre que j'étais assez content de moi.

Accessoirement, quand j'ai dit à mes mômes "ouais, j'ai rendez-vous avec les gens de Disney Chanel", j'ai réussi à leur faire croire pendant dix secondes que j'auditionnais pour la nouvelle série Zack et Cody. Et ça leur a fait un peu peur quand même.

(Pour ceux qui connaissent pas, Zack et Cody, c'est vraiment le fond du tiroir des sitcoms formulatives poussives à la Disney Channel, avec quotas ethniques pas subtils, gags éculés, décors infiniment recyclés Hélène et les Garçons style, acteurs au charisme d'huitre. Il faut sans doute avoir vu ça une fois dans sa vie, mais pour ma part, je regrette de l'avoir fait.)

Bon, quand ce sera diffusé, je vous tiendrai au courant.

lundi 18 février 2013

Son super-pouvoir ? Arriver encore plus vite que prévu !



On vient de m'apprendre que l'anthologie Dimension Super-Pouvoirs est déjà sortie (alors qu'on m'avait vaguement dit Mars. Bon, j'attends de pied ferme de recevoir mon exemplaire, du coup). Vous pouvez d'ores et déjà la commander ici.


Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, c'est de ça que je parle :



Jean-Marc Lainé
Fusée 25. Dimension Super-Pouvoirs

ISBN-13: 978-1-61227-165-1
200 pages

Anthologie présentée par Jean-Marc Lainé

Textes de Hervé Graizon, Franck Jammes, Ben KG, Jean-Marc Lainé, Patrice Lesparre, Jean-Marc Lofficier, Alex Nikolavitch, Oliver Peru, Arnaud Quentin et André-François Ruaud.

Tout le monde court après le pouvoir. Pouvoir médiatique, pouvoir financier. Pouvoir de convaincre ses interlocuteurs, pouvoir de changer le monde. Pouvoir de passer inaperçu ou pouvoir de séduire. Insignifiant ou sublime, le pouvoir est une quête, un fantasme, un désir, parfois même une terreur, sourde et profonde.

Aux quatre coins du monde, des hommes utilisent leurs pouvoirs, petits ou grands. Parfois, ils en font leur métier (L'Effet Van Beck), parfois, ils agissent dans la discrétion (L'Invisible). Certains franchissent les limites imposées par la société (Régulateur), alors que la société en terrorise (Blanc comme neige) ou en manipule d'autres (Master and servants), jusqu'à transformer l'imaginaire mondial et inventer des mythes (Zone 51). Mais pour beaucoup, le pouvoir se situe dans les portes qu'on ouvre (Le Nabi noir), dans les oppresseurs dont on se libère (Papa) ou simplement dans l'imagination (Un jour, peut-être). Et peut-être même dans la contemplation de l'avenir et du destin (Voyage).

Scénariste de bande dessinée et essayiste, Jean-Marc Lainé se passionne pour les formes modernes de l'imaginaire. Et après avoir longuement réfléchi aux super-héros sans super-pouvoirs, il pose aujourd'hui la question du super-pouvoir sans super-héros.

TABLE DES MATIERES:Préface de Jean-Marc Lainé
Hervé Graizon : Voyage 1 - Arrivée
Ben KG : L'Effet Van Beck
Oliver Peru : Régulateur
André-François Ruaud : Le Nabi noir
Franck Jammes : Zone 51
Patrice Lesparre : Master and Servants
Jean-Marc Lofficer : Papa
Jean-Marc Lainé : Un jour, peut-être
Arnaud Quentin : Blanc comme neige
Alex Nikolavitch : L'Invisible
Hervé Graizon : Voyage 2 - Départ

dimanche 17 février 2013

Amour du travail bien fait

Il y a des jours où j'aime bien être moi. Si si, ça m'arrive. Et c'est grâce au merveilleux métier que je fais.

Parce que, quand un personnage s'appelle "Strapon", en VO, moi j'ai le droit de le traduire par "Saint Turgod" en VF. Juste parce que c'est dans The Boys*, et que dans The Boys, à peu près tout est possible (alors que ça n'aurait probablement pas été faisable dans Spider-man ou Mickey Mouse). Et pour bien prouver que tout est possible, tenez, j'ai aussi collé une citation de Dan Ackroyd, par exemple, dans le même album. Ami lecteur, sauras-tu la débusquer ?





* Un extraordinaire comic book par Garth Ennis, avec des super-slips et bien d'autres choses encore. Mais n'ouvrez pas les albums de The Boys si vous n'avez qu'une tolérance limitée aux gros mots, gags graveleux, ex tankistes soviétiques majeurement membrés, scènes d'éviscération, psychopathes en tout genre et autres joyeusetés d'une grande cocasserie, mais qui demandent un certain palais.

samedi 16 février 2013

Le dernier salon où je cause

RECTIFICATIF : LA CONFERENCE EST ANNULEE,
MAIS PAS LA SEANCE DE DEDICACES.



Le mois prochain, c'est le Salon du Livre de Paris. L'année dernière, vous vous en souvenez peut-être, j'étais assez remonté contre cette manifestation où, du coup, j'avais décidé de ne pas y aller du tout, pour la première fois depuis genre une quinzaine d'années.

Et du coup, cette année, me voilà invité.

Bon, pas par les organisateurs, qui n'en ont rien à foutre et ne savent probablement même pas que j'existe. Mais par un de mes éditeurs, qui tiendra stand sur le stand des éditeurs de la Région Rhône Alpes. Il s'agit bien sûr des Moutons électriques, chez qui j'ai commis quelques petites choses ces dernières années.

Et en vertu du principe selon lequel il faut remonter à cheval quand on a été mordu par un chien de ma chienne*, je ferai une conférence sur l'Apocalypse. Vu que la dernière avait été perturbée par mon état de nerfs un peu alternatif (je vous rassure tout de suite, je serai autant surmené d'ici-là, donc les plus sadiques d'entre vous peuvent venir dans l'espoir que je me ridiculise une fois encore en ayant mes vapeurs comme la première dame aux camélias venue).

Alors oui, je sais, le sujet est éventé, il est vraiment "so last year", mais justement, c'est l'occasion de l'envisager à nouveau froidement, et non plus dans l'attente goguenarde de l'extermination globale de tous les connards. Je me confesse d'ailleurs, le 21 décembre dernier au matin, je me suis réveillé en pensant précisément "et si c'est aujourd'hui qu'on boit le bouillon jusqu'à la lie**, au moins, ça nous débarrassera de pas mal de trucs chiants". Mais puisque Bolon Yokte, le dieu maya préposé au grand ménage, a décidé de se reposer le septième jour et les suivants aussi***, nous en sommes pour nos frais.

Si tout va bien, la conférence aura lieu le dimanche 24 Mars, sera suivie d'une séance de dédicaces d'Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps, et bien entendu je vous en reparle d'ici-là.







* Oui, je me demande si je n'ai pas un peu court-circuité ma métaphore, là.

** Voir *

*** Accréditant au passage les clichés les plus racistes concernant les Mexicains. Je ne le félicite pas, du coup.

vendredi 15 février 2013

Super héros venus de terres lointaines pour défendre la nôtre contre la pourriture communiste et les dépravations de tous ces sales drogués. Ou pas.

L'avantage, quand on a des amis aux goûts un peu alternatifs et frappadingues, c'est que parfois, ils font tourner des documents épatants. Comme celui-ci :


D'accord, il faut un certain palais pour apprécier une version soviétique de Mazinger Z. Mais moi, vous me connaissez, ça me fait rêver : si les studios d'animation des pays de l'Est avaient donné dans le robot géant dans les années 70, ça aurait pu donner des trucs dans le genre. Goldorak, du coup, aurait combattu de méchants capitalistes venus de l'espace à coups d'astéro-faucilles et de fulguro-marteaux, et au lieu d'être un hippie à guitare et veste à franges, Actarus aurait été vêtu d'une bonne salopette d'ouvrier et aurait juré de défendre le plan quinquennal en plus des petits enfants.

Et puis il y a des documents comme celui-la :


Et là, on touche tout simplement au beau dans sa plus pure expression : si l'on en revient, certes, aux hippies à la Actarus (mais l'un d'entre eux a dû faire un stage dans le Nord de la Birmanie, chez les femmes-girafes), dont le sourire évoquerait presque les Freak Brothers lors d'une de ces narcoses induites par des herbes achetées dans des halls d'immeuble ou cultivées en cave en cachette des voisins, le tout se déroule quand même sous l'œil bienveillant et le patronage de Kid Marvel, qui prouve à cette occasion qu'il est nettement moins réac coincé que son Captain de mentor, sapristi. Ou alors, c'est que Kid Marvel est autant aux fraises que le Captain, et qu'il trouve juste ces gentils garçons particulièrement ouverts et joviaux. Cool, mon frère.

Je ne sais pas si tout ceci me fait du bien à la tête, mais à la réflexion, un peu quand même, ouais. Merci donc à toi, l'ami qui illumine parfois ainsi mes journées.

De mon côté, je suis tombé sur ceci :


Et c'est probablement l'affiche de l'Impérialisme Contre-Attaque, la suite du Star Wars russe dont je vous avais parlé il y a quelques temps de ça.


jeudi 14 février 2013

Back in the war zone

Vous vous rappelez de ces trucs sur la guerre du Vietnam avec les mecs complètement hallucinés à force de pas dormir et de ne pas savoir d'où vont venir les prochains coups ?

Ben pour ceux qui se demanderaient* où était passée ma verve légendaire et warzonesque, imaginez-moi avec le casque de US Marine de traviole sur la tête, le M16 en travers des genoux, Paint it Black** à fond dans les enceintes, et le regard complètement perdu, et vous aurez une idée de mon état d'esprit.

Je suis systématiquement en retard dans tout depuis le 9 janvier. Avec des retards qui, dans certains cas, se montent à dix jours. Et le boulot continue d'arriver, avec son lot d'urgences absolues à traiter tout de suite (genre des pages de scénar pour des projets, le genre de truc complètement facile à faire en troisième partie de soirée, quand on s'est déjà bien stérilisé les neurones en enchainant une dizaine d'heures de traductions diverses, qui impliquent de passer à volonté de la grossièreté outrancière d'un Kick-Ass ou d'un The Boys à l'humour bon enfant d'une histoire de Daisy Duck, puis à basculer, en ce qui concerne les scénars, sur des personnages victoriens, puis médiévaux, voire de la Belle Epoque).

Du coup, les War Zones que j'avais commencé à taper sur la viande de cheval (et le pourquoi du tabou de sa consommation dans les anciens pays d'occupation Viking), sur la démission de Ben Sixtine (il me manque déjà, c'était vraiment un client trop facile pour raconter des âneries sur lui), sur le faux scandale de la Diane 35 (4 morts en 20 ans, c'est moins que le foot en un an ou la bagnole en une journée) (et le coup du "c'était un antiacnéique" ne tient pas debout quand on sait que le truc était vendu par boite de trois plaquettes d'un mois, ce qui jusqu'à une date récente n'était légalement possible que pour les contraceptifs), sur l'opération Cervelas, sur les bouquins que je lis (je relis du Conan en BD et en bouquins, et puis Kull le roi barbare, du même auteur, que j'ai acheté récemment, quand je me suis avisé que "j'ai tout Conan dans ma collection, mais il manque Kull"), mais en fait, je suis trop crevé, trop à genoux, et j'ai vu bouger les buissons, et C'EST UNE EMBUSCADE ! PUTAIN ! IL EN SORT DE PARTOUT ! BUDDA BUDDA BUDDA BUDDA







* on m'a téléphoné ce soir pour me le demander, quand même. Ça ferait presque peur.

**En fait, non, je dis Paint it Black pour faire genre, mais en vrai, ce que j'écoute à fond, c'est de l'acid jazz macédonien des années 80, en ce moment.

jeudi 7 février 2013

Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissaaaaaaante !

En fait non. Mais vous captez l'idée. Et puis je viens de vous graver dans la tête l'image de mes bras malingres brandissant une épée plus grande que moi comme si c'était un bâton d'esquimau.

En fait, je voulais vous entretenir de ça :


C'est un recueil de nouvelles à sortir chez Rivière Blanche ce printemps, sur le thème des super-pouvoirs, mais dans une optique un peu Robert Silverberg, pas tant le pouvoir lui-même que l'impact qu'il a sur la vie du pauvre couillon qui s'en retrouve nanti. C'est anthologisé (anthologifié ? anthostiqué ? compilé, on va dire) par mon vieux comparse Monsieur Lainé, et il y a tout un tas d'autres gens très bien dans le coup, comme Olive Peru, Pat Lesparre, André-François Ruaud ou Frank Jammes et j'en passe. Que des gens bien, quoi. Et bien entendu, j'y suis aussi (quoique j'ignore si j'ai les qualifications requises pour être classé dans les gens biens), avec un texte intitulé l'invisible.

Voilà voilà, réservez d'ores et déjà votre exemplaire.

mercredi 6 février 2013

Ga-bu-zo meu

Pas encore complètement remis du festival. Par contre, il a fallu que je me remette à bosser dès lundi : des bouts de traducs à finir, et surtout des pages de script urgentes (voire urgentes depuis longtemps, vous voyez le genre) à écrire ou à réécrire, en grandes quantités. Mais le Burton 2 est quasi bouclé.

Du coup, je me vois mal m'épancher trop longuement. Et je vais donc m'en tirer par une pirouette,  ou plus exactement par une citation du jour.

Comme souvent, elle est de mon estimable collègue Jay Wicky, qui parlait ce jour-là de Thelma et Louise, de Ridley Scott.


"Il fallait de grosses couilles pour faire un aussi bon film féministe."

Et je crois qu'il a raison. (et quand je me dis que c'est le même mec qui a fait le récent Robin des Bois tout pourri et l'inepte Prometheus, je me demande ce qu'ils foutent dans la flotte, à Hollywood.) (dans les narines, j'ai ma petite idée. mais même ça, ça n'explique pas tout, quoi)

lundi 4 février 2013

Fear and loathing at the FIBD

Gné ?

Ah oui... Je voulais vous raconter mon festival d'Angoulème. Non que ce soit particulièrement passionnant en soi, hein, ça reste un festival, avec ses passages obligés, ses galères classiques, ses tranches de rigolades et ses beuveries. Mais bon, les gens ont le droit de savoir, parait-il.

Donc...

Jeudi :
Pris le train dans l'après-midi. Emporté un peu de lecture et un film à regarder en chemin, Game Change avec Ed Harris et Julianne Moore, un truc assez épatant sur la campagne McCain / Palin de 2008. Julianne Moore est incroyable de vérité, et cette chronique d'un désastre annoncé est assez croustillante, les conseillers politiques ayant sélectionné le gouverneur de l'Alaska ne comprenant que graduellement ce qu'ils viennent de lâcher dans la nature.

Arrivé sur place juste à l'heure de la fermeture de la bulle New York, et il a fallu que je négocie ferme pour pouvoir entrer récupérer mon badge. Mais un agent de sécurité un peu habitué a dû décider qu'un type fagoté comme un clodo, insistant, mais parlant comme une personne raisonnablement éduquée était probablement un auteur de BD, donc j'ai pu entrer, et récupérer le précieux pass des mains de Philippe Marcel, mon éditeur chez la Cafetière.

Puis apéros divers, dîner, after au bar de l'hôtel Mercure (j'ai manqué de m'éborgner deux fois avec le petit bâton radioactif qu'ils foutent dans leur cocktail), et retour à une heure indue avec un collègue déchiqueté (mais qui contrairement à moi connaissait le chemin de notre logement), et qui tenait absolument à aller se cogner avec les beaufs devant la boite de nuit, juste pour le plaisir de la chose. J'ai réussi à l'embarquer et à le dissuader. En arrivant au logement (un plan avec le studio Makma), j'avais le choix entre partager une chambre avec lui, et une chambre avec un pote ronflant comme un moteur de C130 Hercules. J'ai choisi le C130 Hercules.

Vendredi :
Après le petit dèj et quelques dédicaces sur le stand, débat Spider-man, avec Xavier Lancel, de Scarce, Monsieur Lainé, toujours dans les bons coups, et Olivier Delcroix, qui avait dit grand bien d'une de mes traductions dans les pages du Figaro. Cordial et sympa, ce débat. Suivi d'un déjeuner cordial et détendu (merci encore pour une invitation qui m'a fait grand plaisir). Puis je suis descendu au Champ de Mars, pour voir un peu comment ça se passait chez les gros éditeurs, faire un tour chez Urban, serrer quelques mains, faire quelques bises, en évitant ainsi la foule du samedi.

Journée assez speed, en fait, à part l'intermède du déjeuner. Le dîner est cool, puis on file au Mercure, pensant que ce serait l'after. Sur place, je m'enquiers d'un dessinateur de mes amis, que je n'ai pas encore vu, mais on me répond qu'il est à New York. "ah bon, il y avait quelque chose du côté de la bulle New York, ce soir ?" "Non, New York, la ville." Bon. Je le verrai une autre fois, alors. La soirée se passe en coups à boire, en discussions diverses, en rendez-vous pris pour le lendemain. Et puis un passage à la backro... Non, ce n'est pas le terme... La pièce réservée par un autre de mes éditeurs, pour prendre une coupe de champagne et causer un peu. On en est déjà, à ce stade, à l'after de l'after, alors je me dis qu'après, il sera temps de rentrer.

Sauf que je n'ai fait qu'une fois le trajet, qu'il est compliqué, que je suis vanné et que j'ai peur de me perdre. Alors il faut que je localise un membre du studio Makma pour qu'on fasse la route ensemble. Et Mat, celui qui était dans le coin au moment où j'ai filé à l'after de l'after a disparu. Heureusement que je connais une ancienne collègue à lui (les anciens stagiaires des Humanos, c'est comme ceux qui ont connu les tranchées, ou les camps, ou un naufrage, ça rapproche) qui a son téléphone. Il est en fait à une autre after au gzzztchiiikchhhgzzzt. Bon, un raisonnement dans l'abstrait me donne à penser que "gzzztchiiikchhhgzzzt" c'est le Kennedy, un pub à l'autre bout de la ville. En fait, on finit par découvrir que c'est le bar d'un autre hôtel, moins loin, mais dans la direction exactement opposée. Et donc, nous filons à l'after de l'after de l'after où il faut bien boire un coup avec les copains qui y sont, forcément.

Puis retour au logement, et là, c'est le drame. Je papote encore avec quelques copains encore debout (et un déjà levé parce qu'il a un train très tôt), puis je vais me coucher, parce qu'il va falloir dormir : je donne une conférence dans la journée de samedi. Et dans le lit, je perçois la présence obsédante du trac, lové sous les couvertures, qui attend que je m'allonge pour me sauter dessus et me faire subir des actes réprouvés par la morale et Télérama. Je retourne donc papoter avec les copains, pour chasser cette angoisse sourde. Et du coup, je fais nuit blanche, passant la dernière demi-heure avant le petit dèj à réviser ma conférence.

Samedi :
Debout tôt, et pour cause. Je passe au stand, je dédicace tranquillement du Dernière Cigarette, du Apocalypses, des choses bien, quoi. Puis vient l'heure de la conférence, et le trac se réveille subitement. à ce stade, ça ne m'inquiète encore pas trop, j'ai toujours un peu le trac avant ce genre d'exercice, et j'ai quelques techniques pour le contrer. Le passage aux toilettes, par exemple : un coup de flotte sur la figure avant la conférence, ça donne du pep's. La bouteille d'eau sur la table aussi. Néanmoins, je sens des sueurs froides me dégouliner le long du dos. Et je m'avise alors que j'ai fait une erreur tactique : par bêtise ou par coquetterie, j'ai structuré ma conférence d'une façon un peu alambiquée, j'ai prévu des retours, des mises en miroir, et c'est en adéquation totale avec le fond de mon sujet. Sauf qu'après une nuit blanche et un mois plein de surmenage intensif (750 pages de trad, des pages de scénario, des dépannage divers, tout en essayant d'avoir une vie de famille et de sortir parfois de mon bunker pour voir si le monde existe toujours, dehors), un plan inutilement subtil est un moyen très sûr de se planter.

Je sens que la situation m'échappe et je commence à transpirer à grosses gouttes. Se servir un verre d'eau et le boire doucement pour reprendre le fil ne suffit plus : je m'enfile deux bouteilles en moins de cinq minutes. Ma dernière astuce, c'est de faire une pause dans le développement, et de m'arrêter sur un point de l'iconographie, projetée derrière moi, de focaliser dessus une minute en improvisant autour de l'image, et de reprendre le fil. Sauf qu'en me retournant, je m'aperçois que c'est pas la bonne image, je me suis planté quelque part dans le défilement. Et là, je cale, je bafouille, je transpire comme un bourricot et je commence à trembler comme une feuille. En d'autres termes, à me chier dessus devant 80 personnes qui se sont déplacées pour m'écouter. L'horreur absolue.

Je bafouille une excuse et je sors dans le couloir pour reprendre mon souffle. Il est plus simple de laisser la crise de panique et d'angoisse suivre son cours quand on est seul, roulé en boule par terre dans un coin, parce qu'on ne cherche plus à garder la moindre dignité. Ça permet du coup à la tension de retomber un peu. Dès que j'ai repris un peu contenance, j'y retourne. Jean-Paul Jennequin, l'organisateur, a réussi à tenir le public, à le faire attendre. Il vient d'assumer le rôle peu enviable du Monsieur Loyal qui meuble en attendant qu'on évacue le cadavre déchiqueté du dompteur mangé par ses propres tigres, et annonce le numéro des trapézistes.

Et de fait, la suite s'apparente à du trapèze volant sans filet : comprenant que mon plan ne suffira qu'à m'embrouiller un peu plus à chaque coup d'œil, je le plie et je l'empoche. Je finirai en impro, en me fondant pour l'essentiel sur le reste de l'iconographie. C'est pas optimal, mais au moins, ça me permet d'arriver au bout. Les manques et les flous de la conférence peuvent encore être compensés et comblés au moment des questions du public.

Sauf que le public a été formidable, compréhensif, compatissant. Il m'a vu m'effondrer et revenir quand même pour finir mon exposé. Alors par charité, il se refuse à prolonger mon supplice. C'est tout à son honneur, mais une conf bancale sans questions du public derrière, ce sera bien la démonstration sans appel de la catastrophe. Heureusement, Monsieur Lainé était dans l'assistance (on a toujours besoin d'un comparse dans le public, en fait) et a ouvert le feu histoire d'amorcer la pompe (je me demande si je ne me mélange pas dans mes métaphores, là), et à l'arrivée ça n'aura pas été trop piteux. Mais quand même, l'alerte est sérieuse : mon côté angoissé à la Woody Allen (ou "angoisses de midinette de merde", dans mon jargon personnel), n'attend qu'une occasion pour s'exprimer, et là il s'était emparé du mégaphone. Il va falloir que j'apprenne à gérer mon stress. Et surtout, ça m'apprendra à faire le malin et à foutre des coquetteries de structure dans un plan de conférence sur un sujet difficile. La prochaine fois, je reviens aux grosses parties thématiques, quitte à broder dessus en cours de route si je me sens en verve.

Après la conf, deux amis tentent de me trainer à déjeuner, mais mon estomac fait plus de nœuds qu'une convention de boy-scouts. De toute façon, à cette heure, tout est blindé, plein, refuse du monde. "Sauf un truc, là, regarde ! Il reste une table là-dedans !" On fonce, mais je m'arrête net devant le panneau affichant le menu : le Mont d'Or chaud sur lit de salade et le confit de canard, ça ne me semble pas exactement être ce dont j'ai besoin.

Du coup, je retourne au stand et je dédicace un peu, ça me permet de me remettre sur les bons rails avant mes rendez-vous de l'après-midi, pris la veille au soir. Une session de travail avec Christian Clot pour boucler Burton 2 (l'album a pris du retard, on ne sortira pas en Mars contrairement à ce qui était prévu (Plus d'infos ici-même en temps utile). En théorie, je ne devrais pas être en état de subir une réunion de ce genre, faite de propositions, contre propositions, prises de notes, écriture de bouts de dialogues et découpage divers ne sont pas faciles et demandent d'avoir l'esprit vif et disponible. Après une nuit blanche et un tel coup de calgon, je devrais être par terre, mais non, j'ai trouvé un second souffle , et même un troisième (réunion dans la foulée avec un autre scénariste sur un projet en co-écriture, dont je vous reparle d'ici cet été).

Et ensuite, restau, after au Mercure, mais pas question d'after d'after, après plus d'une quarantaine d'heures dans dormir. Il était urgent que je m'effondre comme un gros étron fumant dans mon lit, et que je récupère.

Dimanche :
En comparaison, la journée n'a pas connu d'incident notable. Un peu de dédicace, un peu de discussions boulot et de discussions amicales, puis aller manger un bout, puis sauter dans le train, retour à la maison, bisous à la famille, pâte à dents, et dodo.