jeudi 22 août 2013

Hoc signo vinces

Il peut arriver parfois que, sous l'influence par exemple de lectures édifiantes, je puisse être tenté de raccrocher les éperons de mon agnosticisme viscéral à la patère d'un regard plus théiste sur les choses, que je puisse avoir des envies de grâce divine, de retour à la croyance et à la foi, une sorte de besoin impérieux d'élévation vers le sacré comme d'autres ont des pulsions les conduisant à se flinguer un pot de Nutella à la cuiller à soupe.

Là, par exemple, ayant finit sur un banc public délicieusement ombragé la lecture (la relecture, d'ailleurs) de L'Anneau du pêcheur*, très beau roman de Jean Raspail j'étais, en repartant, frappé d'une sorte de pulsion franciscaine d'amour du très haut et du prochain, et j'avançais sur un nuage et dans la rue vers un rendez-vous de boulot. (J'avais un peu d'avance du fait des horaires d'été du RER, c'est pour ça que j'avais profité d'un instant pour aller me poser sur un banc)

J'en étais à cette sorte d'exaltation mystique, quand j'ai croisé un homme, un peu plus jeune que moi, la tignasse au vent avec ce mouvement très travaillé visant à faire croire qu'on est décoiffé tout en montrant que non, une barbe de deux jours entretenue pour garder des semaines durant cette allure de deux jours, des lunettes type Rayban, la chemise blanche ouverte sur le torse velu, le pantalon serré. Et sur le torse velu en question, un gros crucifix en or accroché à une chaine à grosses mailles du même métal, d'un assez insigne mauvais goût.

Ça m'a fait retomber direct dans ma personnalité habituelle de janséniste punk, en guerre contre le monde et considérant que si la beauté du monde doit servir de preuve de l'existence de Dieu, un examen attentif du dit monde est surtout une preuve que Dieu boit sérieusement. Cette rencontre (dont la durée totale n'a pas excédé les trois secondes qu'il faut à deux individus marchant en sens inverse pour se croiser sur le large trottoir d'une avenue) m'a permis de reprendre mes esprits, de constater que l'allais faire fausse route en faisant mon acte de contrition et ma soumission aux forces spirituelles.

C'est un signe du ciel ou je ne m'y connais pas.

*C'est un roman de théologie fiction qui postule qu'à l'issue du Grand Schisme d'Occident, la lignée des papes avignonnais s'est poursuivie dans le plus grand secret. Dit comme ça, ça a l'air aride, mais c'est absolument passionnant à l'arrivée, et d'une grande finesse.

6 commentaires:

  1. Il faudra que je le relise, car je n'en garde pas si bon souvenir que ce que tu en dis. Et pourtant je suis un fidèle lecteur de Raspail que j'aime beaucoup.

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  2. C'est le seul Raspail que j'ai lu pour l'instant (mais je compte y remédier). On me l'avait prêté il y a quinze ans et il m'avait fait une forte impression.
    Je l'ai relu cette semaine, et l'impression reste globalement intacte.

    Après, je suis très client de belles reconstructions historiques, et le thème de la transmission (qu'est-ce que l'on transmet réellement, pourquoi, comment) m'a toujours très intéressé. Et ce Benoit errant jusqu'à en mourir est une manière de pousser ce thème jusqu'au bout, de le dépouiller au maximum, d'essayer d'en trouver l'essence. ça me fascine. (voir aussi, pour un traitement quasi opposé mais étrangement parallèle, La Secte du Phénix, de Borges)

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  3. Sinon, pour avoir un rappel quotidien du jemenfoutisme de Dieu au niveau de la finition de ses créations (voire sur le design global de temps en temps), tu peux te remettre à travailler en vente. Crois-moi, t'as un peu l'impression parfois que Dieu était le leader caché de la Brotherhood of Dada...

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  4. "La Secte du Phénix, de Borges"
    ???
    Je le connais pas cet épisode ! C'est édité chez qui ? Traduit en français ?


    O.

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  5. C'est une nouvelle assez courte, à la fin du recueil "Fictions".

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  6. Vais essayer de trouver ça.
    Il y a les autres X-men aussi ?


    O.

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