lundi 30 avril 2012

Les vices cachés du bilan CO2 du cassoulet


En triant de vieux mails, je suis retombé sur une conversation avec un de mes collègues traducteurs. Nous discutions des lois liberticides, des messages de santé publique et de l'intantilisation qui accompagne tout ça, du sous-texte paternaliste que cela présuppose.

Et puis il y a eu cet échange merveilleux, dont je me dois de vous faire profiter :

Collègue : Bientôt, on n'aura même plus le droit de péter en public.

Moi : Le pet contient du méthane et du CO2, deux gaz à effet se serre. En pétant, tu détruis la planète, camarade.

Collègue : Je me sens comme un super-vilain de comics quand j'entends ça.

Eh oui, n'oublions pas que c'est le printemps, aussi.

dimanche 29 avril 2012

Non, je ne suis pas seul, en effet...


La preuve, c'est qu'en faisant une recherche complètement sans rapport dans Gougueule, je suis tombé sur le document accablant que je reproduis ci-dessus.

J'ignore qui a fait ça, mais il est mon ami.

Et ça confirme ce que j'ai toujours dit : Gougueule est un outil formidable, surtout quand on saute directement à la page 17 ou 42, quand les résultats semblent devenir semi-aléatoires, les enfants bâtards de conjonctions sémantiques aberrantes et quasi fortuites qui se recomposent aux deux extrémités d'une page quelconque et entrent en résonnance avec une recherche un peu frappadingue. On n'explore pas assez tout ça, c'est bien dommage.

samedi 28 avril 2012

la propagande est comme le carnaval : elle est souvent masquée

ça devient vachement dur, ces périodes électorales, pour les télés et les radios. Il y a tout un temps de parole à décompter, tout le temps, et pas seulement des candidats : de leurs soutiens aussi. Et c'est là que ça se complique. Parce que parfois, les soutiens sont insidieux. Un clip d'Enrico Macias ou de Mireille Mathieu, du coup, est-ce que c'est de la crypto propagande pour le Lider Minimo ? Ou alors, par effet repoussoir, pour tous les autres ?

Et Dave, qu'on a vu il y a quelques mois vanter les mérites de l'Edam dans une pub ? On imagine mal moins politisé que ce brave Dave ! Et pourtant, avec sa tête et son accent, compte-t-il comme message subliminal pro Eva Joly ? Mais plus insidieux encore : ce que Dave nous vend à l'écran, c'est du fromage de Hollande ! Faut-il dès lors le considérer comme un émissaire du PS ? Probablement même pas : parler de fromage de Hollande, c'est peut-être insinuer que le candidat socialiste en croque. Ne serait-ce pas tout simplement de la propagande mariniste ?

Lutte Ouvrière et le NPA ont pris les devants : en remplaçant Arlette Laguilier (retraitée du Crédit Lyonnais) et Olivier Besancenot (qui touche des sous de la Poste), ils évitent de voir décomptés les spots LCL ou Banque Postale, qui sinon auraient pu être considérés comme des soutiens de candidats.
Et normalement, toutes les pubs L'Oréal devraient être décomptées du temps de parole de l'UMP, parce que le financement de la campagne le vaut bien...

Mais si vous voulez éviter ce genre de noeuds au cerveau, le plus simple est encore d'éteindre la télé et d'ouvrir un bon bouquin.

vendredi 27 avril 2012

Invasion dans nos quartiers !

Il y a quelques commerces dans ma rue. Pas des masses, mais un peu. Comme dans beaucoup de rues de nos jours, les locaux commerciaux sont de plus en plus squattés par des agences immobilières, cabinets d'assurances et autres trucs qui ne font pas beaucoup pour la vie d'un quartier. Mais le bar, les petits restaus, l'opticien, la fleuriste, le boulanger continuent à créer des espaces de socialisation, comme on dit. Une petite ambiance de voisinage. Alors oui, le quartier mute et évolue. Le dernier des brocanteurs a fermé il y a deux ans et a été remplacé par une espèce de truc associatif qui propose du service à domicile genre repassage (deuxième officine dans la rue, la première ayant elle aussi repris le local d'un brocanteur, d'ailleurs), le tailleur par un cabinet de piercing, le tout petit restau par une boutique de lingerie. Mais le changement n'est pas néfaste, tant qu'il continue à créer de la vie. C'est important, quand même, je trouve, des petits commerces. Sinon, autant aller s'installer à la campagne, quoi.

Et puis il y avait ce vieux bâtiment à la dérive, aux fenêtres barrées, à la façade en déroute, gris et moche. Et puis il y a quelques années, un promoteur s'est mis en tête de le retaper. Plein d'appartements redevenus salubres et habitables, une façade ravalée et soudain pimpante, et deux locaux commerciaux tout neufs. Le plus petit a été vite loué à un coiffeur chauve. L'autre, immense, restait inoccupé.

Et puis pouf, des camionnettes de travaux, plombiers, électriciens, peintres et autres. Et là, bruissements d'interrogations… Il y avait là la place de faire plein de trucs. Pas un libraire, hélas, parce qu'un libraire vient déjà d'ouvrir un peu plus loin, ce qui est très bien et comble un manque terrible dans ce centre ville. Probablement pas un coiffeur, pour la raison mentionnée plus haut. Mais on se demandait… Plein de trucs  chouettes étaient possibles quand même… Un petit restau sympa, par exemple. C'est pas ça qui manque, mais vous savez ce que c'est, on n'en a jamais assez. Ou un snack. Ou une boutique alimentaire quelconque, genre boucher, traiteur, légumier, poissonnier… Ou un marchand d'ustensiles de cuisine, pour remplacer celui qui a fermé l'année dernière à l'autre bout du quai, tiens.

La grande terreur, c'était qu'il y ait là encore une agence immobilière, ou un vendeur de téléphones mobiles, ou une agence bancaire. Là, c'était le scénario catastrophe. Il y a déjà trop de tout ça partout, et spécialement dans le coin.

J'étais resté enfermé toute la journée à bosser. Et puis, ce soir, je suis sorti quand même deux minutes pour aller chercher un truc pour le dîner chez le Chinois du coin (un monsieur tout à fait charmant, en plus, toujours souriant, rigolo, et qui en plus fait de la bonne bouffe). Et je suis passé devant le local vide. Et là, il y avait un panneau levant enfin le mystère. Tout excité, j'ai lu tout le détail de ce qui était prévu, de cette nouveauté dans le quartier.


On craignait un truc nul. Et puis, avec le sens de l'ironie qui le caractérise, le destin en a décidé autrement.

Il a réussi à trouver un truc PIRE.



Un cabinet de diététicienne.


Dans un superbe local commercial comme ça. Un cabinet de coaching en style de vie alimentaire. Avec plein de petites pilules miracles perlimpimpinesques diverses pour névrosés du miroir de la salle de bain. Le bureau de distribution de fatwah boustifaillesques façon Dukon. L'usine à anorexiques stressées, la fabrique de mauvaise conscience culinaire. Le chapitre local des nazis des assiettes. La succursale de la famine pour gens qui gagnent pourtant de quoi manger à leur faim.

L'horreur totale et absolue.

J'ai repris deux fois des nems, du coup.

mercredi 25 avril 2012

Expert en superslip

Tiens, aujourd'hui c'est le site de France Télévisions qui m'interviouve à propos de la sortie des Avengers au cinoche. Avoir sorti un bouquin sur les super-héros m'a décidément donné une aura d'expert. Faut que je fasse ça plus souvent, quand même. Sortir des bouquins, je veux dire. Bon, ça veut dire les écrire d'abord, et mine de rien, c'est du boulot. Et du boulot, j'en ai quand même des caisses, là.

Dernier en date : la traduction de Knightfall, l'histoire où Batman se fait démonter la tronche par le mystérieux Bane. Ça sortira à peu près en même temps que le prochain film consacré au personnage, dans lequel Batman est confronté, ô amusante coïncidence, au mystérieux Bane.

à propos de traductions, les dernières sorties sont celles de Criminal, Tome 6Star Wars, Clone Wars Episodes, Tome 6 : le destructeur d'étoilesIrrécupérable, Tome 3 et le magazine Clone Wars, tout ça chez Delcourt, de Batman - Amère victoire,  et des magazines Flashpoint 3 et Batman Showcase 2, chez Urban Comics.




dimanche 22 avril 2012

samedi 21 avril 2012

The Urne Identity

Bon, demain ce sera un jour de papier dans la boiboite. Alors vous aussi, allez mettre un papier dans la boiboite.

Et ce serait pas mal qu'il y ait assez de papier dans la boiboite pour empêcher le Napoléon de Neuilly d'être même au second tour. Il me semble qu'à ce stade, l'honneur de la France en dépend.

Je crois être capable même de comprendre des gens qui voteraient pour Cheminade ou Dupont-Aignan. Mais après les dix années que l'autre à passées au pouvoir (comme ministre ou comme président), j'avoue avoir beaucoup de mal à comprendre des gens normaux qui arrivent encore à croire en ce gars-là. Bon, après, j'ai du mal à comprendre les gens qui aiment regarder le foot, la chaine E! sur le câble ou les émissions de Benjamin Castaldi, alors du coup, le Président s'est retrouvé un peu dans la même case, pour moi, celle d'une espèce de phénomène médiatique un peu absurde ne servant qu'à illustrer les étranges processus mentaux de mes contemporains.

Ouais. Demain, papier dans la boiboite. Ne serait-ce que par prophylaxie politique.


PS : Il serait peut-être temps, par contre, de faire une loi pour interdire au médias d'utiliser le mot "impétrant" à toutes les sauces sauf la bonne.

vendredi 20 avril 2012

Send in the clowns

Encore un vieux texte :


We need you to laugh, punk

Y'avait un cirque, l'autre week-end, qui passait en ville. Du coup, on a eu droit aux camionnettes à hauts-parleurs qui tournaient en ville en annonçant le spectacle, la ménagerie et tout ça, et surtout aux affiches placardées partout. Et pour annoncer le cirque, quoi de plus classique qu'un portrait de clown, un bel Auguste au chapeau ridicule et au sourire énorme ?

Démultiplié sur tous les murs de la ville, ce visage devient presque inquiétant. Un sourire outrancier, un regard masqué sous le maquillage, une image que la répétition rend mécanique. Ce sourire faux, démultiplié par le maquillage, voire ce cri toutes dents dehors, que le maquillage transforme en sourire, c'est la négation de la notion même de sourire. Le sourire, c'est une manière de communiquer, de faire passer quelque chose de sincère, sans masque. Un faux sourire, a fortiori un faux sourire maquillé et imprimé, fracasse cet aspect encore plus que les sourires fabriqués de ces agents d'accueil sélectionnés pour leur habileté à faire risette à tout le monde même quand ils s'emmerdent derrière leur comptoir. D'ailleurs, le syndrome du clown triste est quelque chose de connu, cette maladie du sentiment qui frappe celui dont le métier est de faire rire, et qui en son for intérieur est quelqu'un de profondément malheureux (et je ne vous parle même pas des connards dans mon genre qui ouvrent un blog qu'ils emplissent de conneries rien que dans l'espoir lamentable d'arracher un sourire à de parfait inconnus tombés là suite à un accident de googlage). Vu comme ça, le clown devient carrément flippant.






Les auteurs de BD, de films ou de romans ne s'y sont pas trompés. De Ça au Joker, le clown psychopathe est un personnage de répertoire, un méchant vite terrifiant. Ce sourire figé surplombant un bras armé, c'est un message brouillé, incohérent, incompréhensible, s'adressant à deux facettes opposées de l'esprit du spectateur. Ce décalage, il renvoie à la folie. Et la folie, contrairement au vice ou à l'avidité, n'est pas négociable. On ne peut pas discuter avec quelqu'un qui a lâché prise d'avec la réalité. Sur la piste du cirque, cette folie du clown est bénigne et cantonnée. Lancée hors de son contexte naturel, elle fait mouche à tous les coups.

"Quand le diable te sourit, c'est là que tu dois avoir peur", dit le dicton...

D'autant que le clown renvoie aussi à l'insouciance de l'enfance, un univers qui ne devrait pas être souillé par la violence aveugle. Le résultat est terrifiant. Notons que l'enfant homicide est aussi un cliché du genre, qui a évolué avec Chucky. Au Japon, la version locale du Colin Maillard donne aussi lieu à des scènes terrifiantes, la ritournelle et la ronde des gamins qui tournent autour d'un malheureux au centre du cercle pouvant devenir un symbole d'aliénation obsessionnelle.

Mais le clown est plus qu'un renvoi à l'enfance, plus qu'un sourire figé.

Clown est un mot anglais qui dérive, paraît-il, du latin Colonus, laboureur. Jadis (je vous parle d'un temps que les moins de 400 ans ne peuvent pas connaître), le clown était un personnage de paysan simplet. Aux USA, d'ailleurs, les clowns de rodéo sont encore des palefreniers. Mais avec le temps, un personnage comme l'Auguste a emprunté sa mise au clochard, peut-être au migrant de la crise de 29 lâché sur les routes. De paysan burlesque, il est devenu marginal, l'étranger qu'on voit débarquer en ville avec méfiance, et qu'on ridiculise pour s'en débarrasser.

Le clown psychopathe, c'est la revanche des exclus du système.

jeudi 19 avril 2012

Hop, en passant

Burton aux sources du Nil, mon premier album dans la collection Explora, chez Glénat, sort en septembre prochain.

Et je peux maintenant officiellement annoncer qu'il sera suivi par un autre album dans la même collection en mars 2013.

mercredi 18 avril 2012

Pour ce genre de posts, je devrais peut-être ouvrir un compte tweeter, en fait...

Parce qu'en dehors des prise de tête boulot habituelles (un jeu de mot sur "off the bat" à traduire dans un Batman), une chronologie secrète à retailler parce qu'elle n'était plus cohérente avec ce qui était publié dans l'album (mais la chronologie secrète sera peut-être publiée), des scènes coupées d'un album à bricoler pour les foutre dans un autre album (ça prend presque plus de temps que de les réécrire de toute pièces), le vrai questionnement de la journée, c'est :


Putain, mais où je l'ai foutu, mon DVD de Buckaroo Banzaï ?

mardi 17 avril 2012

"à manger des choses qui feraient vomir un bouc"


Tiens, en début d'après-midi Ciné Frissons, ils repassaient le premier Rambo, et ça fait bien dix ou douze ans que je l'avais pas revu. Et comme, en ce moment, je parviens à nouveau à m'accorder une petite pause post-prandiale, je me suis revu le film (hier, ma pause a été consacrée à un très bon documentaire, sur Arte, consacré à la machine d'Anticythère, expliquant les divers moyen employé pour reconstituer le fonctionnement de ce mystérieux et antique appareil).

Ça reste un sacré film, bien au dessus, très loin au dessus de ses deux suites (je peux pas parler du quatrième opus, je l'ai toujours pas vu). J'ai noté, pour les scènes en pleine nature, un assez joli travail du cadre. Du coup, je me suis dit "c'était qui, au fait, le réal ?", et j'ai été voir.

Et là, la notion d'accident heureux prend tout son sens. Sur le reste de sa carrière, le mec n'a fait quasi que de la télé ou du direct to video. Son truc le plus notable, c'est Retour vers l'Enfer, avec Gene Hackman, qui était quand même hyper bas du front quand on le compare à Rambo, et dont je ne garde pas un souvenir impérissable. Quand on compare la charge de Rambo, mettant en balance la façon dont l'armée a transformé de pauvres gars en machines à tuer, avant de les rendre sans préparation à une vie civile à laquelle ils n'étaient plus adaptés, à Retour vers l'Enfer tourné un an plus tard et qui dégouline d'un bon gros discours revanchard, on est quand même surpris. (bon, en faisant quelques recherches, j'ai découvert que le scénariste de RvlE était aussi scénariste sur Supercopter, ça explique des choses)

Bref, bien content quand même d'avoir revu Rambo, qui est un très beau film sur l'aliénation sociale et le décalage entre le discours militariste d'une société et sa capacité à en assumer les conséquences.

Et puis bon, rien que pour le bonheur sans mélange de voir David Caruso se faire péter la gueule, ça vaut le coup de revoir Rambo.

dimanche 15 avril 2012

Le chemin qui va de la barbarie à la décadence

Un peu fracassé en ce moment. J'ai un peu moins de boulot, mais du coup, la décompensation me fout par terre. Et du coup, j'ai moins d'énergie pour taper des War Zone. Histoire de, je vous colle encore une petite rediff à peine remaniée d'un vieil article publié jadis sur Superpouvoir.

Conan a fait un retour en force dans nos comics shops et sur nos écrans (bon, moins en force, sur nos écrans, mais bref). Le Seigneur des Anneaux a fait un tel carton que Bilbo le Hobbit est en production en Nouvelle Zélande. On voit ressortir Red Sonja ou Klaw en BD. Xéna a atteint un niveau tellement culte qu'on nomme des planètes (ou presque des planètes, on va pas chipoter) pour lui rendre hommage. Les histoires de gros barbares qui manient des épées énormes comme si c'étaient des sucettes ont visiblement le vent en poupe.


Le slip en peaux de bêtes est un élément important aussi

Un commentateur a jadis dit que, si la Science-Fiction était "de gauche", en tout cas tournée vers l'avenir et le progrès, l'heroïc fantasy et ses barbares nietzschéens était plutôt "de droite", en tout cas réactionnaire et tournée vers le passé. Ce commentateur assumera cette classification, à laquelle on pourra trouver de nombreux contre exemples. Mais en effet, très souvent, l'heroïc fantasy est tournée vers le passé. Souvent un passé mythique et enjolivé, d'ailleurs. En fait, toujours un passé mythique et enjolivé. De fantasy à fantasme, il n'y a qu'un pas. Un tout petit pas. Quand ce passé n'est pas mythique, alors on est dans le roman historique, même si la frontière est parfois perméable, comme l'ont montré Les Mangeurs de Morts, de M. Crichton. Souvent, les grands cycles se situent "il y a bien longtemps, quand...", "il était une fois...", "après le temps de..." et autres formules qui évoquent le conte de fées ou le folklore.* (les latinistes disent un truc genre in illo tempore, et je vous recommande de faire pareil, c'est très classe)

Mais ce n'est pas sur ce seul point que ce genre est tourné vers le passé. Très souvent, les aventures des personnages les conduisent à réfléchir à un passé encore plus lointain. Le temps de la puissance des Elfes, dans Le Seigneur des Anneaux, ou l'antique Atlantide dans Conan, passé plus lointain dont il ne reste plus guère que quelques bribes de grandeur, quelques reliques, quelques secrets, et vers lequel on se tourne avec nostalgie, quand ce n'est pas avec un respect quasi religieux. Notons que l'ancienne trilogie Star Wars (et Star Wars, ce n'est guère que de l'heroïc fantasy à laquelle on a rajouté des vaisseaux spatiaux, pour le reste, entre les duels à l'épée et les vieux magiciens barbus, c'est pareil), était empreinte d'une nostalgie portant sur la grandeur de l'ordre Jedi. Un monde d'heroïc fantasy, en règle générale, c'est un monde décadent, qui est en train de perdre ses racines, et dans lequel le sang neuf vient de tribus barbares plus ou moins bien dégrossies, parfois descendantes de peuples jadis plus puissants : Cimmériens, rôdeurs du Nord ou ressortissants des Jeunes Royaumes. Un monde plus simple, aussi, dans lequel la bureaucratie, le prix de l'essence et les forfaits téléphoniques n'ont pas encore fait leur apparition. Un monde sans doute plus pur, ou qu'il est tout au moins plus facile de purifier et de mettre en ordre.


Entendez-vous dans nos campagnes mugir ces féroces orcs

Mais il y a une nuance nette entre cette littérature (et les films ou BDs qui vont avec) et les mythes à laquelle elle fait références. S'il y a parfois des guignols pour prendre au pied de la lettre Tolkien (il y a eu un scandale en Italie, il y a quelques années, avec des gusses d'extrême droite qui voyaient dans les hordes du Mordor une métaphore de l'immigration "non choisie"), le mythe du guerrier combattant des monstres était pour les peuples anciens, vivants à une époque moins civilisée, porteur d'enseignements, de leçon sur le monde, de culture, et sur les fondements de la civilisation naissante. Pour le consommateur civilisé d'aujourd'hui, ils ne sont plus qu'un délassement un peu coupable, un désir de s'identifier à une bonne brute qui résout ses problèmes sociaux à grands coups de hache en travers de la gueule. Sorciers décrépits, rois pervers et sbires divers ne devenant alors que des substituts d'une autorité détestée (chez Robert Howard lui-même, ils sont des portes paroles de la civilisation, vue comme intrinsèquement décadente).

Le mythe est alors pour le barbare un moyen de se civiliser, et pour le civilisé qui consomme de la fantasy le moyen de retourner, ne serait-ce qu'en esprit, à l'innocence de la barbarie.


Cüneyt Arkin payant de sa personne pour faire
la démonstration des agréments des mondes de fantasy




*Parfois, d'ailleurs, l'heroïc fantasy prend le parti de se situer dans notre avenir, tellement lointain que la distinction entre magie et science s'estompe, le rapport au passé est encore plus marqué. Dans le cycle de Teur, les forteresses sont des débris de bases spatiales, dont les fusées constituent les tourelles. Dans Hawkmoon, la science a été pervertie, et des hordes maléfiques déferlent sur l'Europe. Dans l'Empire de l'Atome, les secrets du passé sont devenus quasi incompréhensibles et deviennent l'apanage d'une caste de prêtres bornés. Notre présent devient dès lors un passé merveilleux. Il y a sans doute là une certaine ironie de la part des auteurs. Mais la notion de rupture et de décadence reste bien là. D'ailleurs, Mad Max se rattache peut-être aussi à cette tradition-là.


mercredi 11 avril 2012

Tout est relatif

Je croule sous une telle masse de travail, en ce moment, que je perds complètement la notion du temps. En fait, tout se passe comme si cette masse était suffisante pour déformer l'espace-temps autour de moi, un effet relativiste comme ceux que décrivait le père Einstein en son temps (flash info, il fait un cameo dans Crusades 3 avec d'autres stars du même genre, dont Jules César, Giordano Bruno et Nikola Tesla, allez séance tenante vous en procurer un exemplaire si ce n'est pas déjà fait). L'écoulement du temps devient bizarrement élastique, le temps passé à effectuer telle ou telle tâche ne correspond plus ni au calendrier, ni au planning, ni à aucune donnée chiffrable. C'est très étrange. Il doit y avoir des équations qui gouvernent ça.

Techniquement, ça ressemble un peu à ça


à propos de boulot, ce qui m'occupe ces jours-ci c'est la traduction d'Irrécupérable Tome 4 (le Tome 3 vient de sortir). C'est toujours aussi bon, je recommande vivement.

mardi 10 avril 2012

Et maintenant, ça bouge

Je sais, vous en avez marre, que je vous mette sans arrêt des vieilles affiches de propagande soviétique. Alors pour changer, aujourd'hui, je vais vous coller un vieux dessin animé de propagande soviétique. Il faut dire que j'ai fini par craquer et prendre le coffret dvd Animated Soviet propaganda qui me faisait de l'œil depuis un certain temps.

Du cartoon soviétique ou tchèque, j'en ai pas mal biberonné étant gamin, mais essentiellement des trucs "tous publics", genre Na Pogodi (je ne remercierai jamais assez Zaitchick de m'avoir fait passer une compile de Na Pogodi, il y a quelques années de ça. dans le genre madeleine, pour moi, c'est pas mal), l'équivalent local de Tom et Jerry, ou des trucs en pâte à modeler ou en fil de fer vachement bien branlés, parfois très inventifs techniquement. Ils avaient de super bons studios d'animation, à l'Est.

Mais je ne connaissais que très mal les films franchement propagandistes. Je découvre avec ce coffret, et il y en a dans tous les styles, du comique, avec le bouledogue millionnaire de Wall Street à des trucs assez étonnants comme l'Ave Maria que je vous balance aujourd'hui dans les mirettes.



dimanche 8 avril 2012

Le funko, c'est funky

Le cinéma mondial a ses grands genres, qui reviennent toujours et encore, parfois avec des éclipses, parfois modernisés. Le western dont on n'arrête pas de dire que c'est une chose du passé n'en finit pas de revenir toutes les quelques années. C'est pareil pour le peplum, remis au goût du jour avec une régularité parfois consternante (quand le goût du jour est vraiment mauvais). D'autres genres arborent en permanence une bonne santé insolente, comme le film de guerre, qui n'en finit pas de dénoncer les effets dramatiques de la folie meurtrière collective, ou qui l'exalte selon l'humeur du moment (et celle du spectateurs : je connaissais des types bien militaristes qui adoraient Platoon).

Et puis il y a des genres plus mineurs, qui naviguent presque sous le radar, qui font une bulle ici et là, de temps en temps, comme le film de bouffe. Moins spectaculaire que le film de guerre, le film de bouffe a du mal à créer une espèce d'ampleur que n'importe quoi sur le Débarquement au cours duquel de braves GI se font trucider par paquet de douze mille atteint facilement pour peu que le réal ait un budget. Un film sur une dame qui fait frire des tomates vertes ou sur un restaurateur qui fourre des ravioli en vue d'un quelconque grand soir n'a peut-être pas le même punch, en effet. Dommage, non ? Un grand réal qui arrive à me donner faim m'est toujours plus sympathique qu'un réal qui tente avec de grosses ficelles de me faire sortir mon mouchoir ou de me faire rentrer dans le crâne ce que je sais déjà, à savoir "quelle connerie, la guerre". (oui, j'adore Full Metal Jacket quand même, mais ce n'est pas le propos).

Mais si les valeurs étaient inversées ? Le film de bouffe véhicule des valeurs forcément plus positives. On a souvent dit que le modèle d'intégration (ethnique et sociale, d'ailleurs) à la française passait par la table. Mais de fait, c'est beaucoup plus général : les lois de l'hospitalité, ancestrales au point d'en être antédiluviennes passent très souvent par une ritualisation du manger. Partager son pain, tendre un verre, autant d'actes forts de fraternisation, ou en tout cas d'abolition du conflit, de contact non violent. Autant d'occasions de faire la paix que l'atomisation de l'espace alimentaire (et je ne parle pas que des prescriptions religieuses : régimes divers, véganismes et autres théories fumeuses sur la nocivité présumée de tel ou tel aliment participent d'une fragmentation de la société) est en train de détruire.

Dans une société idéale, c'est le film de bouffe qui devrait être le genre majeur, et pas le film de guerre.

Dans une société idéale, on aurait eu Un thon trop loin, sur les affres dûs à une cocotte de thon frelatée, La yaourtière du Yangtsé Kiang, sur une jeune femme qui tente d'apprendre le goût bulgare à des Chinois peu réceptifs, Margarita now, dans lequel Martin Sheen irait arracher une recette de pizza à Marlon Brando, Le pastrami brûle-t-il ?, avec une distribution de grand luxe, L'honneur d'un cuistot, de Pierre Schoendoerffer, sur un Vatel de notre temps,  La grande infusion, de Jean Renoir, avec Erich von Stroheim en maitre de thé, voire même le décapant Johnny s'en va-t-aux cuisines, de Dalton Trumbo, critique violente sur l'idéologie sous-tendant le guide Michelin.

Ce ne serait peut-être pas un monde meilleur que celui-là, mais au moins, un monde où il ferait meilleur vivre, allez savoir. En tout cas, un monde très différent.

samedi 7 avril 2012

Manque de Tunes

Je sais que certains des lecteurs de ce blog sont sur Mac (les stats sont bigbrotheriennes, sous ce rapport, et ça me permet de constater avec effarement les requêtes google absurdes qui conduisent parfois ici, aussi). Du coup, j'en profite pour poser une question technique : suis-je le seul à avoir des merdes sans nom avec iTunes depuis que c'est passé à la version 10.6 ? L'application gèle dès qu'elle a un appel disque à faire, et entraine le reste des applis avec elle (sous MacOS X, c'est quasiment du jamais vu, cette contamination du reste du système lors d'un crash). J'ai bien entendu reconstruit la bibliothèque iTunes pensant que ça venait de là, ça n'a rien changé. J'ai cru un temps aussi que le problème était causé par le fait que l'appli s'était mise en tête de retélécharger tous les podcasts que j'avais archivés (une cinquantaine d'heures de conférences au Collège de France, ça pèse lourd sur un disque dur et c'est très lourd quand le bouzin se remet à tout récupérer d'un coup).

La question, du coup, est : y a-t-il une solution à ce problème ? (la mise à jour 10.6.1 n'a rien changé).
L'autre question est : si pas de solution, quelles sont les alternatives ? (VLC pour écouter de la zique, c'est pas forcément terrible, ça gère pas bien les balise id3, c'est la merde pour se retrouver dans un stock de musique un peu tentaculaire)

jeudi 5 avril 2012

Au fond du trou



Hop, une petite conférence (enfin petite, ça dure quand même genre deux heures) sur les trous noirs, ces monstres astrophysiques, et la façon de les représenter avec précision, et ce qui se passe dedans et aux alentours.

mercredi 4 avril 2012

Dim dam doom

Tout à ma rage d'écrémer mes archives, j'ai reposté sur superpouvoir.com mon vieil article sur la Doom Patrol de Grant Morrison, article qui, une fois n'est pas coutume, se présente sous la forme d'un dialogue philosophique à l'ancienne (Platon et Galilée ont eu recours à ce genre de subterfuges, par exemple) pour essayer de piger un peu les tenants et les aboutissants d'une trentaine d'épisodes qui sentaient bon le pur délire, mais pas que, mais y en a aussi.

En dehors de ça, je fais la relecture de ma traduction sur un récit de guerre de Garth Ennis. J'adore Garth Ennis, mais une partie de mon boulot sur cette trad a consisté aussi à corriger ses nombreuses fautes en Allemand (il y a pas mal de personnages allemands, de mots et d'expressions allemandes, et c'est là que je découvre qu'il est aussi mauvais en boche qu'en froggy, le père Garth) (Garth ta gueule à la récré, du coup). Bien entendu, j'ai dans l'idée que ça ne me vaudra aucune espèce de remerciement chez l'éditeur qui ne remarquera même pas. C'est un apostolat que ce métier, quand même.

mardi 3 avril 2012

Ça faisait longtemps...

...que je n'avais pas posté une image de singe avec un flingue.


"What does the Fulchibar look like ?"
"What ?"
"Say what again. SAY WHAT AGAIN !"

Voilà, c'est réparé.

Vous pouvez reprendre une activité normale.

lundi 2 avril 2012

Springtime in the books

Ce qu'il y a de bien, avec le retour des beaux jours, c'est que c'est aussi le retour des brocantes et des bacs à bouquins mis devant les librairies.

C'est comme ça qu'à vil prix j'ai récupéré un recueil de nouvelles de Robert E. Howard en Néo, dont je n'avais qu'une partie dispersée dans d'autres recueils (qui eux ne bénéficiaient pas des couves de Nicollet, en plus), un James Blish que je connaissais pas, un Leo Perutz dont on m'avait dit grand bien, et même le tome 2 des enquêtes de Lord Darcy, que je cherchais depuis des années. Plus Sur l'onde de choc, de John Brunner en poche, un bouquin que j'adore mais que je n'avais pas ou plus (prêté et jamais revu, comme souvent). C'est un bouquin que je cite souvent en exemple de bonne prospective SF : si Brunner se plante complètement sur les aspects purement technologiques de l'informatique (qui en était encore aux gros monstres austères de la taille d'un congélateur), il en avait parfaitement saisi les conséquences sociales au moment de l'avènement des réseaux (rappelons qu'à l'époque de la rédaction dudit bouquin, Arpanet n'était encore qu'un bidule expérimental à usage militaire, que les militaires comprenaient tellement qu'ils avaient fini par le refiler aux universitaires, qui l'ont bidouillé et rebidouillé jusqu'à en faire l'internet de maintenant) (fin du cours d'histoire). Brunner prédit de façon étonnante l'avènement de la communauté des hackers, et même les "vers" dans le réseau. Très chouette bouquin, donc, comme tout ce qui est estampillé John  Brunner de toute façon.

Ah, et j'ai récupéré un Louis Charpentier, aussi. J'adore ses bouquins, à Charpentier. Ses théories, si farfelues soient-elles, ont toujours une espèce de puissance visionnaire qui est pain bénit pour un auteur dans mon genre. Je regrette de ne pas avoir pu intégrer plus de ses envolées templières dans Crusades, par exemple. Il y aurait eu matière, pourtant...

dimanche 1 avril 2012

Gott mit lunch

Le tabou alimentaire est un marqueur identitaire fort. Les archéologues le savent bien, qui au Proche-Orient arrivent à repérer des mouvements de population rien qu'en étudient leurs déchets enfouis depuis des millénaires, et peuvent en extrapoler des données sur leur religion, leurs dieux. Des conflits de culture durables ont été liés à des interdits alimentaires.

Et puis le temps a passé. Nos sociétés se sont tant bien que mal sécularisées. Encore dernièrement, les questions de prescriptions religieuses quant à la boustifaille ont été au centre de pataudes polémiques. Certains ont tenté, ici et là, de glisser la notion de bon sens selon laquelle ces restrictions relevaient d'un autre âge, moins éclairé. La mainmise de Dieu sur nos assiettes n'étaient qu'une relique, un legs d'ères plus ténébreuses.

Il faut dire que (au grand dam de Ben Sixtine, qui a plus de dam que de dames chez lui, faut croire) Dieu a perdu du poids dans le monde d'aujourd'hui. Le désir de Le voir tout régenter d'un bout à l'autre de nos vies semble n'être présent que chez les franges les plus rétrogrades des coteries et cliques religieuses. L'immense majorité de nos sociétés n'en veulent pas. D'ailleurs, on peut commander un steak tartare le vendredi sans plus s'attirer les gros yeux des mamies (ça tombe bien, le monsieur qui fait un excellent tartare de cheval* sur le marché d'à côté, c'est le vendredi qu'il vient, c'est probablement encore un de ces libre-penseurs athées). Mais même des musulmans complètement sécularisés, qui ne croient en rien, ont du mal à manger du cochon : à partir du moment où, dès l'enfance, on vous parle d'un aliment comme étant "impur", il est très difficile de surmonter un dégoût devenu instinctif, même quand on a complètement rationalisé son rapport à l'assiette.

Il est intéressant de noter que, depuis l'aube des temps, ces interdits sont une prérogative exclusive des grands barbus célestes ou autres manitous cosmiques. On note très souvent que les sectes New Age actuelles n'ont rien de plus pressé, dès leurs commencements, de mettre en place un dogme dans ce domaine, qu'il soit d'inspiration végétarienne, macrobiotique, instinctiviste ou purement fantaisiste, selon le goût du jour et du gourou. Le rigorisme de ce dogme étant évidemment le garant du sérieux de l'entreprise.

Pour les non religieux, donc, il est de bon ton de moquer gentiment les anathèmes alimentaires lancés au nom(s) d'une quelconque déité. Curieusement, ce sont les mêmes qui vont prendre comme parole d'évangile les prescriptions alimentaires autrement plus rigoureuses des Montignac, Dukan ou tout autre ayatollah de la diététique, détenteur autoproclamé d'une vérité boustifesque quelconque se retrouvant à la mode à un moment quelconque.

Vous noterez que, dès que vous critiquez quelque part une de ces "méthodes" présentées comme d'un parfait rationalisme empirique, il y a toujours de bonnes âmes pour venir les défendre, au motif que "je l'ai fait, et ça marche". à peu près de la même façon que revendiquer un athéisme quelconque à Brooklyn ou Nashville est un bon moyen de se faire sortir par des gens dont "Jésus a changé la vie". Suivre la "méthode", en épluchant de près la notice des aliments, leurs taux en ceci ou cela, est devenu une part importante de leur vie. Le plaisir de l'assiette n'est plus lié à la satisfaction des papilles, mais à celle qui accompagne la certitude du devoir accompli. Toute incartade gourmande est vécue avec les affres qu'on associait jadis au péché, le pain au chocolat furtif acheté loin du domicile s'accompagne de ce frisson d'interdit, de cette rage intérieure contre sa propre faiblesse.

En fait, ces diététiciens sont tout simplement des gens qui jouent à Dieu. Dans un monde désenchanté, avec cet orgueil tout ce qu'il y a de plus satanique qu'on ne retrouvait jadis que chez les inquisiteurs généraux ou de grade supérieur (inquisiteurs généraux quatre étoile, inquisiteurs maréchaux d'empire, inquisiteurs chefs d'état major, etc.), ils se mettent à la place de Dieu, jouissant sans entrave de ce pouvoir exorbitant que de pauvres âmes leur laissent exercer sur leurs vies, jusqu'aux portes du frigo et au-delà. Comme tous les magazines santé/féminins/art de vivre leur laissent des pages et des pages de tribunes où étaler leurs fatwas, ce mal se répand insidieusement dans tous les esprits, contamine comme un cancer* toutes les strates de la société.

Si vous avez la chance d'avoir un médecin de famille qui n'a pas encore été contaminé, qui sait apprécier à sa juste valeur le bon vin ou la bonne entrecôte avec une sauce au roquefort qui va bien, chérissez-le et soyez-lui fidèle. Il en existe encore, des comme ça, j'en connais quelques uns. Il existe encore des toubibs qui ne sont pas des nazis de la bouffe. Qui savent qu'on peut manger relativement sainement sans simagrées démesurées, sans pointer du doigt tel aliment devenu d'un coup diabolique, ni diviniser telle molécule quelconque promue au rang de panacée universelle.

Merde, j'ai envie d'un sandwich rillettes-échalotes, tout d'un coup.




*chose amusante, la détestation nette et franche, le dégoût outré que les Anglais et Scandinaves portent à la viande de cheval vient d'une double prescription religieuse : au départ, la viande de cheval était énormément consommée dans ces pays-là, les pays de forte pénétration norroise, dans le cadre du culte ancestral d'Odin. On sacrifiait des chevaux au vieux barbu borgne et on les consommait rituellement à l'occasion de grands banquets. Bien entendu, au moment de la christianisation de ces régions, les curés ont vite compris que la viande de cheval était un marqueur du paganisme. Ils ont donc instauré un tabou local chez leurs ouailles, ce qui permettait d'identifier facilement ceux qui n'avaient pas renoncé à leurs anciennes coutumes. Deux siècles plus tard, le tabou n'avait plus de sens, puisqu'il n'y avait plus de païens, mais il était tellement inséré dans la société que même après la conversion au protestantisme, il est resté en vigueur de fait, au point que n'importe quel biflandais se sent défaillir à la simple lecture d'une carte de brasserie proposant le steak haché avec oeuf à cheval, quand bien même il serait fait d'honnête boeuf charolais. On a beau être le premier avril, je vous jure que cette histoire est rigoureusement authentique.

**ayons une pensée pour David Servan-Schreiber, qui après avoir écrit un joli livre expliquant comment un régime entre autres sans viande (sur la foi de statistiques dont il avait une lecture assez personnelle, pour ce que j'en ai vu) pouvait prévenir et guérir du cancer, est mort de vous savez quoi. D'ailleurs, on en revient, ces temps-ci, des oméga-3 à toutes les sauces.