mardi 23 octobre 2012

Toute la vérité, rien que la vérité

On m'a souvent demandé quelle était la part de vérité historique dans Crusades (cette fabuleuse série que j'ai co-signée aux Humanos). Il faut dire qu'on a pris un malin plaisir à entremêler le vrai et le faux, l'historique et le complètement farfelu, le fantasme et le fait avéré. C'est, il faut le dire, dans la nature de l'exercice. Autant, sur un truc comme Burton, même si je peux broder ou mixer des événements, je dois quand même coller au plus près de la réalité, autant sur Crusades, il y avait de la marge (on m'a signalé néanmoins qu'un lecteur avait écrit aux Humanos pour dire que l'entrevue avec le Pape, au tome 1, était impossible : cette semaine-là, le Souverain Pontife était en déplacement ailleurs, et pas à ce palais lyonnais).


On va faire le tour des personnages, du coup.

Guillaume de Sonnac a réellement existé, il a vraiment été grand-maitre de l'ordre du Temple, et a bien été tué à Mansourah. Par contre, rien ne prouve qu'il ait été agent de l'Empereur, et la Commission des Mires n'a jamais existé.

Gautier de Sonnac aussi, a existé, et moi-même je ne l'ai appris que par hasard. On avait créé un frère à Guillaume, qui s'appelait Arnaud. C'est trois semaines avant le bouclage que je suis tombé sur une référence obscure à un Gautier de Sonnac, qui avait accompagné son frère aux croisades. Point, on n'en sait pas plus sur lui. Du coup, on a fait un "rechercher/remplacer" dans l'album, Arnaud s'appelait désormais Gautier, et la biographie du vrai était tellement inexistante qu'on a pu raconter ce qu'on voulait sur lui : qu'il était alchimiste, qu'il avait été marié, qu'il avait fait le tour de l'Europe, etc. Bien malin celui qui pourra prouver le contraire (ou alors, peut-être que des chroniques du temps jamais rééditées nous en apprendraient plus, mais je n'ai rien trouvé à ce stade).

Pour ce qu'on en sait, l'archi-méchant Pélage est bien mort à Monte Cassino. Et rien ne prouve que ses échecs à Damiette aient été dus à un plan tordu de sa part. Tout porte à penser que sur le plan stratégique, il était juste nul, et sur le plan diplomatique assez lamentable. Son sbire Thibault est une pure invention.

Clotilde, Giancarlo, Robert, Marc et Ulric sont de pures inventions. Tout comme le Pugnus Templi en tant que milice secrète du Temple. Et tout comme Jéhu le psychopathe. J'avais des plans pour ce pauvre Jéhu, d'ailleurs, comme pour Giancarlo, mais le fait qu'on ait dû boucler en trois tomes au lieu de cinq nous a obligé un peu à réduire la voilure à ce sujet. D'où d'ailleurs le retournement de veste de Jéhu.

Hülegü est bien réel, c'est même le petit fils de Gengis Khan. C'est lui qui a dirigé les opérations entre l'Egypte et l'Iran, et qui a mis fin au règne de terreur des Assassins. Historiquement, c'est aussi lui qui était entré en pourparlers avec Saint Louis. Mais il y a assez de trous dans sa biographie pour qu'on puisse y glisser quelques aventures (même si je me demande si on ne s'est pas très légèrement loupés sur sa chronologie).

Ali Musafir n'a peut-être pas voyagé autant que j'ai pu le dire (il s'appelait dans les fait Muzaffar, et pas Musafir, ce qui signifie "voyageur" et j'ai du coup un peu confusionné). Son animosité pour Hülegü est par contre tout à fait historique : ils ont été en guerre par la suite, une guerre brutale et sans merci.

J'ai peut-être chargé la mule sur Saint Louis, ne le peignant que sous les traits du fanatique religieux sûr de son fait, ce qu'il a d'ailleurs aussi été. Et je n'ai sans doute pas rendu justice à son compagnon d'armes Joinville en en faisant un simple sycophante. Et la haine inextinguible que le roi voue à sa sœur naturelle Clotilde ne repose sur rien, vu que Clotilde est inventée. J'avais aussi dans l'idée que les événements surnaturels dont Louis a été témoin le conduisent à organiser un genre de vengeance dynastique à l'encontre des Templiers, culminant sous son petit fils, Philippe le Bel. On n'a pas eu la place non plus.

Le temple juif de Léontopolis a bien existé, mais à l'époque des Croisades il n'en restait probablement plus rien. Le bouillonnement intellectuel, ésotérique et alchimique d'Alexandrie est un fait. Ce qui l'a provoqué, on n'en sait fichtre rien, mais si la Bibliothèque y est pour quelque chose, et que le nom d'Hermès revient souvent dès qu'il est question d'alchimie alexandrine (au point qu'il ait laissé son nom aux arts hermétiques), j'ai dans l'idée que le Hermès en question ne ressemblait guère à celui qui est un tout petit peu montré au tome 3, et dont le tombeau est découvert au tome 2.

Voilà. Vous en savez peut-être un peu plus sur tout ça, du coup.

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