vendredi 20 avril 2012

Send in the clowns

Encore un vieux texte :


We need you to laugh, punk

Y'avait un cirque, l'autre week-end, qui passait en ville. Du coup, on a eu droit aux camionnettes à hauts-parleurs qui tournaient en ville en annonçant le spectacle, la ménagerie et tout ça, et surtout aux affiches placardées partout. Et pour annoncer le cirque, quoi de plus classique qu'un portrait de clown, un bel Auguste au chapeau ridicule et au sourire énorme ?

Démultiplié sur tous les murs de la ville, ce visage devient presque inquiétant. Un sourire outrancier, un regard masqué sous le maquillage, une image que la répétition rend mécanique. Ce sourire faux, démultiplié par le maquillage, voire ce cri toutes dents dehors, que le maquillage transforme en sourire, c'est la négation de la notion même de sourire. Le sourire, c'est une manière de communiquer, de faire passer quelque chose de sincère, sans masque. Un faux sourire, a fortiori un faux sourire maquillé et imprimé, fracasse cet aspect encore plus que les sourires fabriqués de ces agents d'accueil sélectionnés pour leur habileté à faire risette à tout le monde même quand ils s'emmerdent derrière leur comptoir. D'ailleurs, le syndrome du clown triste est quelque chose de connu, cette maladie du sentiment qui frappe celui dont le métier est de faire rire, et qui en son for intérieur est quelqu'un de profondément malheureux (et je ne vous parle même pas des connards dans mon genre qui ouvrent un blog qu'ils emplissent de conneries rien que dans l'espoir lamentable d'arracher un sourire à de parfait inconnus tombés là suite à un accident de googlage). Vu comme ça, le clown devient carrément flippant.






Les auteurs de BD, de films ou de romans ne s'y sont pas trompés. De Ça au Joker, le clown psychopathe est un personnage de répertoire, un méchant vite terrifiant. Ce sourire figé surplombant un bras armé, c'est un message brouillé, incohérent, incompréhensible, s'adressant à deux facettes opposées de l'esprit du spectateur. Ce décalage, il renvoie à la folie. Et la folie, contrairement au vice ou à l'avidité, n'est pas négociable. On ne peut pas discuter avec quelqu'un qui a lâché prise d'avec la réalité. Sur la piste du cirque, cette folie du clown est bénigne et cantonnée. Lancée hors de son contexte naturel, elle fait mouche à tous les coups.

"Quand le diable te sourit, c'est là que tu dois avoir peur", dit le dicton...

D'autant que le clown renvoie aussi à l'insouciance de l'enfance, un univers qui ne devrait pas être souillé par la violence aveugle. Le résultat est terrifiant. Notons que l'enfant homicide est aussi un cliché du genre, qui a évolué avec Chucky. Au Japon, la version locale du Colin Maillard donne aussi lieu à des scènes terrifiantes, la ritournelle et la ronde des gamins qui tournent autour d'un malheureux au centre du cercle pouvant devenir un symbole d'aliénation obsessionnelle.

Mais le clown est plus qu'un renvoi à l'enfance, plus qu'un sourire figé.

Clown est un mot anglais qui dérive, paraît-il, du latin Colonus, laboureur. Jadis (je vous parle d'un temps que les moins de 400 ans ne peuvent pas connaître), le clown était un personnage de paysan simplet. Aux USA, d'ailleurs, les clowns de rodéo sont encore des palefreniers. Mais avec le temps, un personnage comme l'Auguste a emprunté sa mise au clochard, peut-être au migrant de la crise de 29 lâché sur les routes. De paysan burlesque, il est devenu marginal, l'étranger qu'on voit débarquer en ville avec méfiance, et qu'on ridiculise pour s'en débarrasser.

Le clown psychopathe, c'est la revanche des exclus du système.

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