mercredi 30 novembre 2011

Insérez ici un ricanement nerveux teinté d'une petite pointe d'hystérie

Je viens de revoir le planning du mois de décembre. Le mois de décembre se termine traditionnellement aux alentours du 25, pour moi, vu qu'après, comme j'ai des enfants à la maison, il y a tout le tralala des fêtes de Noël, invitations et déplacement divers. Cette année, le 25 tombant un dimanche, on peut même dire que le mois de travail se terminera quelque part au cours de la journée du 23, vu que je me vois mal renvoyer les boulots de décembre le 26 à des éditeurs qui seront de toute façon fermés pour la plupart pendant une bonne semaine.

Or, j'ai fait le calcul ce matin, rien qu'en traductions, je vais devoir faire tenir, au cours de ces 23 jours, rien moins que 39 jours de travail. Si j'y ajoute quelques obligations professionnelles supplémentaires (présence à un Salon, journées en extra promises à un employeur, écriture de scénario, recherches en bibliothèque pour un bouquin en cours d'écriture), on arrive tout benoîtement à une petite cinquantaine de jours de travail. à laquelle il faut ajouter les obligations familiales diverses et variées, les urgences de dernière minute, les petites catastrophes de la vie et ainsi de suite.

Je sens que ça va être rigolo, le mois de décembre, cette année.

samedi 26 novembre 2011

Et ça continue !

Un petit point Crusades pour la route : le tome 3 avance au pas de charge, il n'y a plus qu'une dizaine de pages à dessiner et à coloriser (sur un total de 64). Je vous donnerai la date de sortie dès que je l'aurai.



Et, par ailleurs, il y a une date de sortie en avril pour le tome 2 de Kreuzfahrer, l'adaptation teutonique de l'histoire de ces templiers et autres alchimistes lancés sur la piste d'un des plus grands mystères du monde.

Petit rappel : je serai demain toute la journée au Salon des Ouvrages sur la Bande Dessinée, c'est au village Saint Paul, 17 rue Saint Paul à Paris, dans le quatrième (et ô surprise, c'est accessible par le métro Saint Paul, sur la ligne 1). J'y signerai Mythe et Super-Héros, mais si vous avez des albums (genre Kreuzfahrer) dont vous voulez que je les cochonne avec mes gribouillis, n'hésitez pas !

jeudi 24 novembre 2011

Bacchantes powaaaa !


Entre les commémorations de Brassens et celles de Freddy Mercury, la moustache est à l'honneur*. Il faudrait qu'on voie dans la biographie de Nietzsche s'il n'y a pas un événement que l'on puisse fêter, là, tout de suite, pour avoir un tiercé gagnant de la moustazsche. Ou alors Cavanna, tiens, on doit pouvoir fêter les vingt ou vingt-cinq ans de la dernière fois où il m'a fait vraiment rire. Mais pas Dali. En termes de moustache, Dali, c'est un peu une autre religion, j'ai l'impression. Sa moustache entortillée avait un côté fuyant, comme un genre de Dali de fuite, en somme.

Mon grand regret moustachique c'est quand même, en vertu des lois locales, de n'avoir pu photographier les policiers marocains arborant fièrement la moustache officielle du pays, énorme et tombante, qui sied si bien au prestige de l'uniforme dans ces contrées où la démocratie se cherche encore. Il faut dire que là-bas, il est interdit de photographier les gens en uniforme, hormis les gardes royaux en grande tenue (et encore, quand ils sont en faction. au moment de la relève, ils redeviennent interdits de photo, car quand ils se déplacent, ils sont en opérations. Et faut dire ce qui est, la relève de la garde royale ne se fait pas à l'anglaise, là-bas : si leurs uniformes avaient des poches, je crois que les mecs mettraient les mains dedans, ils font ça à la cool d'une façon que je ne croyais pas possible, c'est fascinant à observer). Donc pas de photos de moustaches noires et viriles. Dommage. C'est quand même un genre d'institution, là-bas, j'ai l'impression.

Et il faut savoir que la moustache est un talisman puissant (qui ne marche pas à tout coup, ceci dit, demandez au petit Saddam H., de Bagdad. mais lui, il lui avait adjoint une barbe à la fin, et c'est peut-être ce qui a annihilé le pouvoir de baraka moustachienne) et à titre de preuve, je convoque à la barre Brassens, justement. Prenons, totalement au hasard, cela va sans dire, ces paroles extraites d'une de ses chansons :

"En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber
Moi, j'bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées"

Eh bien s'il n'avait pas porté la moustache mais, mettons, une casquette et un pull à capuche (voire une chaîne en or), gageons que tous les roquets psychotiques et les crânes d'œufs de l'UMP auraient donné de la voix pour demander son interdiction, son indignité nationale voire sa lapidation publique. alors qu'il trône encore dans une espèce de panthéon bien mérité, ce qui en soit constitue déjà un gros doigt artistement mis à tous les bien pensants qui le commémorent en feignant de ne pas voir son côté encore et toujours subversif. Chapeau, Georges !




*Notons qu'il existe aussi un côté obscur de la grande moustache, comme l'ont prouvé le petit Saddam évoqué plus haut, ou Joseph Djougatchvili, mais aussi, plus proche de nous, en tout cas de moi, le tandem dirigeant un petit groupe de presse avec lequel j'ai travaillé jadis, et dont les pratiques sociales auraient été d'une drôlerie sans nom si je n'avais pas été du mauvais côté du manche. Heureusement, le mal porte en lui les germes de sa propre chute, vu que leur incapacité à établir des contrats dans les formes fait de moi le seul propriétaire des traductions que j'ai réalisées à l'époque, hé hé hé.

mercredi 23 novembre 2011

Translatador !

En termes de traduction, en ce moment, je jongle énormément entre Star Wars (du Clone Wars à divers formats, et surtout la fin des épisodes Marvel publiés au début des années 80) et du Batman (essentiellement du matériel récent, et de vieilles trads datant de ma folle jeunesse et que je remets en forme). J'ai bouclé Flashpoint, le crossover DC qui relance le bouzin (premier épisode chez tous les bons kiosquiers début 2012). Inutile de dire que mes journées sont très occupées. J'ai rendu aussi le prochain tome de Criminal, et c'est du très bon.

Au rayon des sorties, il y a The Boys 12, qui secouera bien ce pauvre Hughie, DC Legacies 2, qui revient sur Crisis on Infinity Earths, ses dépendances et autres conséquences, l'Âge d'Or de Mickey Mouse, qui reprend les strips de Gottfredson, le magazine Star Wars, the Clone Wars, et le magazine Star Wars Comics Collector qui reprend ces temps-ci les épisodes faisant suite à l'Empire Contre-Attaque.

Par ailleurs, je serai en dédicace ce dimanche (27 Novembre) au Salon des Ouvrages sur la Bande Dessinée. Ce sera au Village Saint Paul, 17 rue Saint Paul à Paris, dans le IVème pour mon bouquin Mythe et Super-Héros, chez Les Moutons Electriques. Il me semble que Monsieur Lainé viendra aussi y trainer du crayon. Venez nombreux.

lundi 21 novembre 2011

Jackass, ce sont des fillettes, en fait

Un pote malintentionné m'a envoyé ça. Ça fait deux heures que je résiste, mais finalement, je craque. Le Jackass Bollywood, il FAUT que je le partage et que je vous en fasse profiter :


Et plus formidable encore que cette bande de psychopathes, il y a la petite membre du jury dont décidément, je ne me lasse pas. Elle est extraordinaire.

Il faut que Patrick Sébastien invite ces mecs. Au moins une fois dans sa vie.

Back in the action

Comme vous l'aurez peut-être noté, je me suis fait rare en ces pages (et sur le ouaibe en général) pendant une petite semaine. De fait, je tirais les dividendes de mon odyssée télévisuelle du mois de septembre, et j'ai donc fait avec ma douce et tendre le voyage gagné à la sueur de mes réponses aux questions championnesques.

Je suis parti avec plein d'idées préconçues sur le Maroc. Qui ont été fracassées en quelques heures, ce qui est toujours enrichissant. J'ai découvert un pays avec ses défauts et ses qualités, mais aussi extrêmement vivant, humain, dynamique. Si les touristes y sont relativement encadrés, il y a quand même moyen de s'échapper , de s'immerger un peu dans le pays réel, terre de contrastes s'il en est : une fois qu'on a vu passer une charrette à âne devant un panneau publicitaire vantant un forfait mobile 3G, qu'on a vu côte à côte l'épicier avec son enseigne Vache-qui-Rit et l'herboriste du coin qui vend aussi bien des cosmétiques, aromates et colorants que des substances destinées à la magie, qu'on a vu les policiers arborant la moustache officielle et la jeunesse dorée locale, mais aussi les mômes des rues et des campagnes, quand on a dîné dans des palais des milles et une nuits et pris un café au bar du Chamonix, l'hôtel des skieurs, on ressort de là avec une impression de bouillonnement porteur de sens, pas si différent, sur le fond, des juxtapositions de matières et de motifs de l'art arabo-andalou.


Et puis il y a des moments magiques, comme en pleine vieille ville de Fès, quand on croise au milieu de types tirant leur âne surchargé un touriste Chinois à la bonne face de lune placide portant un sweat de Tsahal, l'armée israélienne. Et là, on découvre que les marocains sont vraiment aussi compréhensifs et tolérants qu'ils le disent : le chinois a eu zéro emmerdes, même en visitant des écoles religieuses.

J'aurais aimé avoir plus de temps à certains endroits (et les fluctuations du programme m'ont hélas empêché de contacter les amis que j'ai là-bas), et je regrette de n'avoir vu le désert que d'avion, mais je suis assez conquis.

Pays étrange mais très beau, qui m'a rappelé par moments la Yougoslavie d'une époque lointaine et révolue. Les élections approchent (on était en pleine campagne, là), et j'espère sincèrement qu'elle se dérouleront sans incident. Je serais vraiment navré de voir le Maroc basculer comme d'autres pays de la région, mais ce que j'ai vu me donne des raisons d'être optimiste, Inch'Allah.

vendredi 11 novembre 2011

Palsambleu !

Je viens de m'aviser que ça faisait une paye que je ne vous avais pas posté de nouvelles à propos de Crusades, la superbe série que je réalise avec Izu et Zhang Xiaoyu.

Le tome 3 est achevé à plus des trois quarts, à présent. Et en voilà un nouvel extrait rien que pour vos mirettes !


mercredi 9 novembre 2011

La Menace venue d'en haut !

Alors le gouvernement, là, ils sont bien gentils. Ils nous expliquent qu'ils nous protègent de la Crise, des Roms, des Jeunes à Capuche, des DSK en rut, des Grecs, de l'Inflation, des Iraniens, des Kadhafi, des Sodas, de Rachida Dati, de l'Alcool au Volant, du Chômage et de l'Abondance d'argent (qui est la source de tous les maux, comme chacun sait), mais que fait-il contre les vraies menaces qui font peur ?


A-t-il fait voter, ces dernières années, une seule loi qui protège nos enfants d'éventuelles attaques de brontosaures aéroportés ? Hein ? Je vous le dis ! Il n'y en a aucune ! Un tel laxisme est intolérable.

Quoi ? Oui, je suis de mauvais poil. Un astéroïde de la taille d'un porte-avion est passé à ras de la terre hier soir, et on n'a même pas eu la fin du monde à cette occasion. Je suis déçu. Mais déçu !

mardi 8 novembre 2011

Anarchie in ze yucca

On ne contrôle pas la propagation des symboles. Le photographe Alberto Korda n'aurait probablement pas imaginé, le jour où il shoota un Che qui se demandait ce qu'il foutait sur cette estrade et s'est barré 30 secondes après, que l'image allait orner des chambres et des t-shirts de gosses de riches. L'astrophysicien Fred Hoyle, en inventant par dérision le mot Big Bang pour décrire une théorie cosmologique qui lui déplaisait, a du être estomaqué de le voir repris partout, pour conforter l'image qu'imposait la théorie en question.

Et puis il y a Alan Moore et David Lloyd. Chez eux, la créature a échappé à tout contrôle. Ils avaient repris un masque issu du folklore et de l'histoire biflandaise pour en faire l'emblème d'un anarchiste en guerre à mort contre le système et en avaient fait une bande dessinée vite devenue un classique (toujours en vente dans les bonnes librairies, pour encore sept semaines au moins, dans une très excellente traduction due à une espèce de métèque barbu au vrai nom imprononçable, et qui se dissimule du coup sous un pseudonyme patronymique aux consonances est-européennes marquées).


"Moi ? Je suis le roi du Vingtième Siècle… Le Croquemitaine… Le Vilain…
La honte de la famille."

Ce symbole était resté cher au cœur des lecteurs, attaché au décalage porteur de sens entre cette face souriante et ses actions démesurées, monstrueuses et destructrices.

Et puis, des années après, Hollywood en fit un film. Film pas déplaisant, d'ailleurs, mais qui reposait quand même sur un sérieux glissement idéologique. Le mystérieux V y devenait un héraut de la liberté, et non plus de l'anarchisme. Pire encore, l'image de l'homme solitaire en bute contre un état devenu machine à uniformiser était parasitée par celle de foules entières se rebellant en reprenant à leur compte le masque de l'opposant. La lutte contre un système normatif ne trouvait comme arme qu'une autre normalisation. Un peu glaçant quand même.

Et bien entendu, c'est cette dernière version qui s'est durablement gravée dans la tête du grand public. On peut gager que, sur tous les manifestants "indignés" qui défient le système dans le monde entier en arborant le masque de V, pas un sur cinquante n'a lu la BD de Moore et Lloyd. J'irais même jusqu'à dire que ceux qui l'ont lue hésiteraient à porter le masque, de peur d'en dévaluer l'icône. Mais c'est trop tard, l'icône a échappé à ses créateurs et, passée au filtre du cinéma, a changé de sens, de valeur, de portée. J'imagine que, dans sa cave enfumée, Alan Moore doit se rouler par terre en poussant des ricanements déments et hystériques (j'aimerais d'ailleurs savoir à quoi ça ressemble, un ricanement dément et hystérique de Moore, sans doute au rire du Géant Vert, dans les pubs, mais samplé et passé en basse vitesse et en boucle par les Neubauten).

C'est souvent le destin des icônes, d'ailleurs. Qu'étaient Jésus, Bouddha, le Roi Arthur ou d'Artagnan, avant que d'autres, des gens parfois nés des siècles plus tard, en fassent des symboles ? Que signifiaient réellement l'ankh, le triskele ou la croix gammée dans leur contexte, avant que d'autres époques ne s'en emparent ? Que ce soit comme auteur de BD ou comme magicien, Alan Moore a beaucoup travaillé sur les symboles et leurs variations de sens.

L'usage de ce masque est une trahison de l'œuvre de Moore. Plus curieusement, c'en est aussi une illustration. Plus un paradoxe est ironique, plus goûtu il est... Même si ce goût en est curieusement acidulé.

lundi 7 novembre 2011

Un monde au-delà de votre imagination

On se souvient, Dune, par Jodo n'avait pas pu se faire, après une préprod épique, séminale et avortée. Dune, par Lynch, avait coulé DeLaurentiis et signé la fin d'une époque dans le domaine du space opera cinématographique. Il aura fallu attendre les années 2000 pour qu'une nouvelle adaptation, télévisuelle celle-là, voit le jour, avec d'indéniables qualités, mais aussi de terribles défauts.

Mais que se serait-il passé si les débris de l'empire DeLaurentiis avaient été vendus à l'encan ? Et que les droits de Dune avaient circulé sans contrôle pendant la deuxième moitié des années 80 ?

Un producteur a une idée de génie. Lynch n'était pas encore assez visionnaire, assez fou à son goût. Il décide de remonter Dune, avec aux manettes rien moins que Terry Gilliam, encore tout auréolé du succès de Brazil. Sceptique au départ, Gilliam accepte finalement, puis s'enferme pendant trois mois et rend un hallucinant storyboard animé, sur lequel il a collé des têtes d'Omar Sharif, Nathalie Wood, Peter O'Toole (jeune), Marlon Brando et autres Robert Mitchum pour représenter les personnages. La séquence d'animation circule, fait s'étrangler pas mal de monde, mais réussit à convaincre un exec de la Columbia. Qui réussit à obtenir de calmer le jeu sur le casting, d'autant que certaines des têtes retenues par Gilliam à titre d'expérience n'étaient plus budgetables.

Qu'à cela ne tienne, Gilliam se jette à corps perdu dans la préprod, recrute ses vieux copains (Eric Idle fera Feyd Rautha Harkonnen, Michael Palin le mentat félon Peter de Vries et John Cleese Gurney Halleck. En termes d'acteurs normaux, John Neville est retenu pour être le Duc Leto, et John Goodman le sinistre et psychotique baron Harkonnen et la petite Uma Thurman fera la sœur de Paul Atreides, Jonathan Price prenant à son compte le rôle de l'halluciné Muad Dib.

Rapidement, le tournage tourne au chaos. Décors de palais trop travaillés et trop chers qui ne sont même pas terminés quand on commence à filmer, conditions délirantes dans la Vallée de la Mort où sont prises les scènes d'extérieur, perturbées de surcroît par des essais nucléaires effectués dans le comté de Nye, le film explosa son budget en quelques semaines.

Pire encore, la mort de Frank Herbert, auteur du livre, en cours de production, conduit ses héritiers à tenter de geler toute l'affaire. La Columbia biaise en trouvant un nouveau titre et en profitant du fait que Gilliam avait arrangé le script à sa sauce. Dune n'est plus Dune, c'est devenu Les Aventures du Baron Harkonnen, centré sur la psychose créative du Baron, enfermé dans un monde truculent bien à lui, combattant des ennemis peut-être fictifs, ou pas, ou plongés eux-mêmes dans des univers oniriques et délirants. Ce qui aurait dû être au départ une simple épopée initiatique devient une partie de cache-cache à l'échelle du Mental, où chacun des joueurs convoque monstres et messies pour contrer l'autre. L'enjeu ? La domination de la drogue qui donne accès au plan onirique, mais aussi l'éveil total des sens, la conscience cosmique, la perception de l'univers comme un tout, espace et temps mêlés.

Malgré toutes les avanies subies par la production, le film sort enfin en 1988, après des retards en rafale,  et fut un échec retentissant sur le plan commercial, malgré les nombreux prix raflés dans le monde entier. Il contribua à faire de Gilliam un auteur maudit, perturba durablement la carrière de la plupart de ses acteurs (Eric Idle, désespéré, tenta d'entrer au Bolchoï comme danseuse étoile, et Jonathan Price se fit brièvement gourou dans le Sommerset, et ne revint à l'écran que bien des années plus tard, pour incarner Blueberry dans le film controversé de David Fincher). Néanmoins, le film devint rapidement culte, et une copie pirate de son storyboard animé tourne encore régulièrement dans des festivals (on murmure que l'original a été achetée par Trey Parker et Matt Stone qui l'ont analysé image par image pendant cinq ans pour créer leurs propres techniques d'animation).

Alors qu'on murmure qu'un nouveau Dune est en préparation, dont on craint qu'il soit fidèle au livre, mais infidèle à la vision grandiose de Gilliam, les fans réclament à corps et à cris une édition blue-ray digne de cet improbable chef-d'œuvre, toujours bloquée pour de sombres raisons de droits et de mauvaise volonté des héritiers Herbert. Mais John Goodman restera toujours, dans notre cœur, le plus grand des Barons Harkonnen.

samedi 5 novembre 2011

Phobies croisées

Alors que la Grèce annule son référendum sous la pression de l'élite économique mondiale, ce qui en dit long sur la confiance que les banques ont en la notion de démocratie, deux affaires viennent me titiller le fondement de façon désagréable tout près de chez nous.

Entre les manifs de cathos hurlant à la christianophobie parce qu'une pièce de théâtre ne leur plaît pas et l'attentat contre Charlie pour cause de numéro spécial charia, on voit que les calotins de tout poil en reprennent, du poil de la bête.

Il faut se rappeler (christianophobie et islamophobie mises de côté le temps de la démonstration) que les religions révélées ont toujours réclamé pour elles la liberté d'expression, et toujours fait tout ce qu'il fallait pour la confisquer aux autres. Il ne faut pas parler contre la religion. C'est tellement entré dans les mœurs que même dans un pays comme les USA, censé être un peu laïc quand même, avec des amendements constitutionnels forts concernant aussi bien la liberté d'expression que la liberté de culte, non seulement la religion est un critère identitaire fort (les gens acceptent d'être définis comme baptistes, évangéliques, presbytériens, épiscopaliens, etc. toutes dénominations qui, de ce côté de l'Atlantique, n'ont quasiment aucun sens et sont réunies ici sous l'étiquette globale de parpaillots protestants), se revendiquer de l'athéisme est objet de scandale. Ce qui n'est encore rien comparé à l'Arabie Saoudite où, me semble-t-il, on est encore passible de la peine capitale si on passe la douane avec un ouvrage religieux non islamique.

Il est à noter que, dans les deux cas (manifs cathos et plastiquage islamique), c'est le rapport à l'image qui pose le plus problème. L'utilisation du visage du Christ (c'est d'autant plus intéressant que personne ne sait quelle tête il avait, le Jésus. Probablement celle d'un militant Shass, mais allez savoir. L'image du Christ, c'est surtout l'idée qu'on s'en fait, elle est encore plus déconnectée de ce qu'elle est censée représenter que la pipe de Magritte)  dans une pièce de théâtre d'un côté, et une caricature de Mahomet (même problème que ci-dessus, la photo n'existait pas à l'époque du Prophète, le fait que ce soit sa caricature n'a de sens et de réalité que dans l'œil de celui qui la regarde) de l'autre. Cette défense violente et acharnée de la sacralité de l'image, cet investissement fort dans la représentation, il me semble quand même que ça s'apparente de très près à l'idolâtrie. Une pratique réprouvée, sauf erreur de ma part, par ces deux religions. Où la dignité outragée, du coup, se teinte quand même pas mal d'hypocrisie.

Le rapport à l'image, la culture de l'image, cela s'apprend. Mais encore faut-il commencer par le dépassionner, ce rapport. (bon, dépassionner, dès qu'il s'agit du Christ, ça pose des problèmes conceptuels, mais quand même). Dans une société qui fonde beaucoup de choses sur l'image, une société dite de la communication (de l'emballage, dans les faits, et très souvent de l'emballage de rien sous un joli papier brillant, mais c'est un autre problème), un rapport sain à l'image est la clé de la responsabilité individuelle, le moyen d'interroger la propagande, d'interroger les mises en scènes. Si ce rapport à l'image s'infantilise à ce point, c'est tout le système qui peut se dévoyer, et très vite (et quand je parle de dévoiement, c'est à un degré qui ferait passer le Sarkozysme pour un modèle de probité, de sobriété et d'honnêteté intellectuelle).

Il faut se réveiller dès maintenant : on voit les dégâts que peuvent faire ce genre d'excités, même quand ils sont ultraminoritaires, dès qu'ils arrivent à toucher au pouvoir politique. L'exemple israélien avec le parti Shass, qui en trente ans n'a dépassé qu'une fois les 10% de votes mais réussit presque toujours à s'incruster au gouvernement et à peser lourd montre bien la capacité de nuisance de ces gens. En France, on sait que la séparation de l'église et de l'état n'empêche pas des catholiques bien durs de tenter d'appliquer leur programme, ils sont juste un peu plus discrets sur leurs allégeances, les fourbes. Et 245 ans après la mort du Chevalier de la Barre, on voit bien qu'ils veulent que le blasphème soit à nouveau un délit. C'est la démocratie, l'état de droit et la culture qui sont en péril quand ce cancer-là relève la tête.

La religion est une maladie infantile non pas de l'humanité, mais de la spiritualité. Mais même les maladies infantiles peuvent tuer, ce n'est pas l'UNICEF qui me contredira. Et là, comme par hasard, la mère Bachelot ne nous propose pas des caisses de vaccins.

Le problème, ce n'est pas la christianophobie ou l'islamophobie, c'est que certains chrétiens et musulmans soient détestables, et osent prendre des poses victimaires dans un retournement dont la mauvaise foi est incroyable, hallucinante et surtout insultante pour toutes les victimes de pogromes, de croisades, de jihads et de purifications diverses.

"Si j'aurais su, j'aurais pas v'nu"

vendredi 4 novembre 2011

Ambianceurs de soirées boulot

C'est très curieux.

Souvent, quand je bosse (que ce soit de l'écriture pure ou de la traduction), je mets de la musique, de préférence dans un style correspondant à ce que je fais. S'il y a de la bourrinade barbare, un bon petit Conan de Basil Poledouris de derrière les fagots fait souvent l'affaire (mais me tire souvent une larmichette, de nos jours, parce que d'autres que moi, qui ne sont plus là, recouraient à la bande à Basil pour se mettre dans l'ambiance, et leur ombre se met alors à planer sur moi, ce disque est hanté, je ne vois que ça), si c'est du cosmico beyonderesque, Gustav Holst fait bien la blague, ça réussit même, si le texte sur lequel je bosse s'y prête, à me plonger dans des transes à la David Bowman. Pour du polar, le Rat Pack est un ami qui me veut du bien. Curieusement, par contre, quand je traduits du Star Wars, je mets souvent tout, sauf John Williams, et je serais bien incapable d'expliquer pourquoi. Starship Troopers et Robocop (encore Basil, il est partout) ont accompagné des trads d'adaptations de jeux vidéo bourrinesques et des scènes militaires diverses (l'écriture de l'Escouade des Ombres, on se demande bien pourquoi).

Parfois, j'assume d'ailleurs pas mal un certain mauvais goût musical, exhumant des perles de variet' Top 50 des années 80, ou des bandes originales de films lamentables, mais qui pour des raisons non précisées et probablement étranges me mettent pile poil dans l'état d'esprit désiré pour un boulot ou un autre.

Et puis aujourd'hui, j'étais sur la traduction de la fin de Flashpoint (et sur des emmerdes frico-paperassières qui virent au feuilleton, aussi), et Flashpoint, c'est quand même un gros crossover qui tourne à la tragédie, avec un monde au bord du gouffre, un dilemme terrible, et des démonstrations d'amour paternel/maternel/filial par-delà la mort assez fortes, ça m'a même surpris de la part de Geoff Johns, que j'ai connu plus sanguinolent (il y a bien une scène de massacre avec un gamin et un superméchant qui finissent empalés à quelques pages d'intervalle, mais pour du Johns récent, c'est somme toute assez light) et qui pour le coup, retrouve sa splendeur de l'époque déjà lointaine des Avengers ou de certains moments de JSA, quand il savait manier l'émotion.

Et pour traduire ça, me demandez même pas pourquoi, c'était Franz Ferdinand en boucle. Quand on connait mon désamour chronique pour la pop biflandaise, c'est même assez surprenant. Mais là, leurs ritournelles guillerettes mais non dénuées d'une ironie acide m'entraînaient bien et je tombais de la page avec une régularité de métronome.

Des fois, faut pas chercher à comprendre.

jeudi 3 novembre 2011

La citation du jour...

Est de Roger Moore, qui parlait de Sean Connery :


«Sean est un bon acteur, c'est dommage que je ne comprenne rien à ce qu'il dit».


Et en complément, un courrier de refus adressé par le dit Sean à un certain Steve J., de Cupertino :





Je ne sais même plus où j'ai été ramasser ça. Et je ne sais même pas si c'est authentique. Mais c'est un beau document, un document fort, une fenêtre ouverte sur l'intimité d'un être d'exception.

mardi 1 novembre 2011

"Bonne fête des morts, mesdames"

Quand je fais le compte de ce week-end de quatre jours où la plupart des gens n'étaient pas censés bosser, je me suis fait vingt heures en intervention extérieure, quatre heures de traduction, deux heures de relectures de trad, et quatre heures à bosser sur des scénars. Trente heures de boulot en quatre jours, c'est pas mal, pour un week-end de pont. Et c'est sans compter la modif de mon installation électrique et les courses, tant qu'à faire. Et après, les gens me demandent ce que ce c'est que ces gros traits noirs sous les yeux qu'on dirait tracés à l'Onyx Marker. Non non, je ne donne pas dans le look mascara emo. C'est juste mes vrais yeux. Et non, le rouge autour, c'est pas à la Joey Starr que je l'ai obtenu, c'est vraiment à la sueur de mon front. Comment qu'il disait, l'autre dingue, là ? Travailler plus pour gagner plus ? N'importe quoi. C'est une escroquerie pour que les gens n'atteignent plus l'âge de la retraite, ce slogan. La réalité des choses, c'est travailler plus pour pas me faire bouffer tout cru par toutes les saloperies qui n'arrêtent pas d'augmenter. Et encore, j'ai arrêté la clope et je refuse d'avoir une bagnole. Sinon c'est clair que je ne m'en sortirais pas.

Mais bon, plutôt que de me plaindre, ce qui est d'un commun, il faut l'avouer, je préfère regarder du côté de plus malheureux que moi. Prenons les Grecs, par exemple. Non contents de se prendre de plein fouet la fin de l'état providence, ils découvrent que l'Occident Capitaliste (ce qu'on appelait dans le temps, pour rire, je pense, le Monde Libre) pousse des cris d'orfraie à l'idée que les plans d'austérité soient soumis à référendum. C'est curieux, jusqu'à dernièrement, il me semblait pourtant que l'Occident défendait des valeurs comme la démocratie. Mais visiblement, la démocratie, c'est bien tant que ça ne s'oppose pas aux banques et à la finance. On s'en doutait un peu, mais c'est bien de voir le masque tomber un peu, de temps en temps, pour remettre les pendules à l'heure.

Ce qui est amusant aussi, c'est de voir un adversaire de longue date de la Grèce en profiter pour asticoter la bête. Non, pas la Turquie, qui doit contempler la situation atterrée, en se disant "merde, si on a les ennemis qu'on mérite, ce... c'était vraiment ÇA, notre ennemi héréditaire ? Trop la lose !", mais je parle bien évidemment de la Macédoine, ou plus précisément de la "République Ex Yougoslave de Macédoine", vu que les Grecs refusaient catégoriquement de laisser un pays non Grec user d'un nom aussi illustre, et rendu illustre justement par le plus grand des Grecs : Alexandre. C'est ça, l'avantage des morts illustres, on peut les mettre en vitrine, ça fait toujours bien. Sauf qu'il faudrait quand même qu'ils se rappellent que pour les Grecs de l'époque d'Alexandre, ça avait quand même été grave la honte d'avoir été mis à genoux par un de ces demi barbares à peine hellénisés de Macédoniens. La Macédoine était à l'époque un état tampon périphérique, en voie d'acculturation rapide, mais que les vrais Grecs considéraient comme un genre de parasite arriviste et dangereux, contre lequel on se déchaînait en philippiques enflammées. Du coup, la Macédoine actuelle inaugure à tous les coins de rue des statues d'un "Grand Guerrier" qui ressemble de façon assez étonnante à Alexandre. Juste histoire de les faire bisquer l'air de "hé, ça va être reparti comme en 352 av.JC, si ça se trouve on pourra en profiter que ça déconne chez vous pour débarquer, vous allez voir, ça va être marrant". Les ex-Yougoslaves ont un sens de l'humour assez particulier. Et encore, on se dit, heureusement qu'Alexandre n'était pas Monténégrin.