lundi 11 juillet 2011

Quand les questions en disent plus que les réponses

J'ai été sondé par téléphone, comme ça m'arrive parfois. Là, le sujet, c'était le logement. L'opérateur chargé de réunir les données était visiblement débutant, ce qui m'a permis de prendre un malin plaisir à lui faire répéter les questions, à répondre délibérément des choses inexploitables et à lui indiquer les questions dont la formulation était aberrante, celles qui sentait bon le plumitif tentant de mettre le plus d'éléments possible dans une question qui reste courte, au risque de la rendre incohérente ou ridicule, en tout cas parfaitement déconnectée de la réalité de son sujet.

L'intéressant, dans ce genre de cas, c'est que l'affaire se présente comme un "sondage". Mais le type de questions, leur sujet, leur enchainement les unes par rapport aux autres et leur regroupement indiquaient la vraie nature de l'opération : une étude de marché pour le compte d'une entreprise, en l'espèce un agent immobilier opérant sur le net, souhaitant s'implanter en France (une question qui revenait sous diverses formes : utiliseriez-vous internet pour vous aider dans la recherche d'un logement, et si oui, dans quel mesure, avec quels objectifs et en y accordant quelle crédibilité).

L'autre élément révélateur, c'étaient les questions tentant de cerner l'impact de la situation économique actuelle sur les exigences des acheteurs de logement. Et ça, c'était très intéressant, parce que l'ordre des questions donnait à penser que cet agent immobilier se positionnait sur ce créneau-là : les gens qui, suite à des déconvenues économiques, ont besoin d'acheter n'importe quoi à pas trop cher, en ciblant les critères auxquels ils tiennent (proximité du centre ville, des transports, parking, etc) pour leur fourguer des logements auxquels ils n'auraient pas accordé un regard dans des conditions normales (vue dégueulasse, quartier en déréliction, apparence miteuse, organisation de l'espace absurde).

J'ai bien peur que le jeune homme qui m'interrogeait n'ait pas eu conscience de la dégueulasserie crasse des intentions de son commanditaire. Beaucoup d'éléments me donnent à penser que j'étais un de ses premiers sondés, peut-être même le premier à prendre le temps de lui répondre, et qu'il n'avait pas encore eu le temps d'analyser en profondeur cette masse d'interrogations, dont chacune prise isolément pouvait sembler innocente. D'autant que la capacité à faire ce genre de rapprochement, ce genre de lectures entre les lignes, on ne nous l'apprend pas à l'école (sinon les gens voteraient et consommeraient autrement, déjà).

C'était fascinant, en tout cas, ce portrait en creux qu'une série de questions permettait de brosser, celui d'affairistes sans scrupules profitant de situations de chute sociale pour refourguer des merdes. Des bon gros marchands de taudis à l'ancienne.

Il est de plus en plus charmant, ce monde dans lequel nous vivons.

La petite bicoque que j'aie eu pour rien et que je retape gentiment à mon rythme, elle me plait de plus en plus. Good night et good luck, les gars.

1 commentaire:

Jim Lainé a dit…

Hé, on est dans un monde où une chaîne de solderies se nomme "Le Faillitaire" sans que ça ne semble choquer personne.

Que veux-tu…



Jim