jeudi 31 décembre 2009

Debout, les fins d'années de la terre

2009 s'achève un peu comme 2008 s'était achevée avant elle. Dans les frimas frisquets, les voeux, les résolutions.

Au bilan global (le monde, les guerres, les présidents, les traders, les comédies musicales et autres horreurs), beaucoup de désillusions (pour le peu d'illusions qui nous restaient, ceci dit). Pas glop.

Au bilan perso, beaucoup de boulot et un bébé tout mignon. Et là, glop glop.

Donc année pas trop négative malgré tout, on peut en célébrer la fin le coeur en paix et sans regrets.

Allez, bons fulchibars à tous !

mercredi 30 décembre 2009

Le point Crusades

Bon, Crusades chez votre libraire préféré, c'est mercredi prochain, réglez tous vos montres sur la mienne.

Et réservez votre exemplaire, il n'y en aura peut-être pas pour tout le monde (un paquet de pré commandes de dernière minute vient de sérieusement écorner le stock, viens-je d'apprendre par mes informateurs au plus haut niveau humanoïde). Donc foncez dès qu'il sort !

Je n'ai pas encore de date pour la sortie de l'édition néerlandophone, mais ça devrait aller assez vite.

De son côté, Zhang Xiaoyu, le dessinateur vient de livrer la page 14 du tome 2, qui est annoncé pour la rentrée de septembre prochain si tout va bien.

Je serai en dédicace à Angoulème pour l'album sur le stand de Xiao Pan, avec Izu, mais pas Zhang Xiaoyu, retenu en Chine.

mardi 29 décembre 2009

Une Barbie, c'est une Barbie. Trois Barbies, c'est...

Alors primo, je vous donne le lien de l'article. Par respect du droit d'auteur, déjà, et puis aussi pour pas qu'on m'accuse d'inventer, non plus.

Donc, c'est . Un article dans Le Monde. Journal dit de référence.

Bon, voilà la citation. En période de Noël, le débat sur Barbie est forcément miné. Mais là, c'est beau :

Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel ("Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel") et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton , Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan , comme un pervers sexuel. Pour l'essayiste, Barbie serait l'incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ?

Par où commencer ? Il y a des mamans et du sexe. Il y a les Clinton. Donc encore du sexe. Il y a Jack Ryan, donc de la violence réactionnaire (je savais même pas que le héros de Tom Clancy avait le même nom que le créateur de Barbie). Il y a Barbie, donc du Nazi. Et Oppenheimer. Et là, forcément, s'il y a Oppenheimer, alors c'est de la bombe, bébé.

Tout ce qu'on aime quoi. Que du bonheur ! Qui aurait pu croire que la poupée des petites filles recelait tant de possibilités ?

Je terminerai donc par une autre citation, d'un grand penseur contemporain nommé Sting.

"How can I save my little boy from Oppenheimer's deadly toys ?"

jeudi 24 décembre 2009

Noyeux Joël ! (hips)

Bon quelques jours de trève ces confiseurs pour la War Zone.

Mais elle revient bientôt, promis, nom d'un fulchibar !

lundi 21 décembre 2009

Ghiyath al Din Abouli Fath Omar ibn Ibrahim al Nichapuri al Khayyâmi, dit Omar Khayyâm




"Une chose est certaine, le reste est mensonge,
la fleur, une fois fanée, ne refleurit jamais.
"

(Omar Khayyâm, 1048 ? -1123 ?)

La vie d'Omar, fils d'Ibrahim le fabriquant de tentes, est entachée de légende. On sait de lui qu'il fut brillant mathématicien, astronome fort compétent (il a d'ailleurs un cratère à son nom sur la Lune, excusez du peu), astrologue à ses heures (mais visiblement sans y croire), ivrogne assumé et poète. On prétend aussi qu'il fut l'ami ou l'élève d'Hassan, le Vieux de la Montagne, vieillard activiste prônant la lutte armée contre l'envahisseur turc, l'ancêtre spirituel des Ben Laden d'aujourd'hui. La relation entre Omar et Hassan n'a jamais été prouvée, ceci dit, mais elle continue d'inspirer les romanciers, prouvant bien que ce n'est pas parce qu'une histoire est apocryphe qu'elle ne mérite pas d'être racontée.

Vivant dans le Nord de l'Iran, à une époque où l'Islam avait déjà modifié en profondeur la société persane, le bonhomme a eu maille à partir à plusieurs reprises avec les mollahs. Il faut dire que l'amour du vin, et celui des choses de l'amour, était déjà un sentiment mal vu sous ces latitudes. Il est dit qu'Omar dut entreprendre en catastrophe le pèlerinage à La Mecque pour échapper à ses persécuteurs et leur donner des gages de bonne foi avant de pouvoir rentrer chez lui à Nichapour.

Buse en mathématiques comme je suis, je me garderai bien de commenter son œuvre dans ce domaine (bornons nous à signaler qu'il avait trouvé une solution géométrique aux équations du second degré et aux équations cubiques, quoi que cela puisse vouloir dire, en tout cas me demandez pas à moi).

Son titre de gloire à l'époque fut la réforme du calendrier Persan. Il avait calculé que la durée réelle de l'année était de 365.24219858156 jours, une valeur correcte, paraît-il, jusqu'à la sixième décimale, seuls les astronomes Mayas étaient plus précis à l'époque. Plus précis que le calendrier Grégorien, qui accuse une erreur d'un jour tous les 3.226 ans, le calendrier d'Omar ne demande une correction d'un jour que tous les 141.000 ans. Pas mal, pour un personnage que ses adversaires considéraient comme un ivrogne dégénéré.

C'est pourtant par sa poésie qu'il est le plus connu de nos jours, alors que son œuvre dans ce domaine se limite au Rubbayat, un très beau recueil de quatrains, dont une bonne partie n'est probablement pas de lui, ce qui fait que d'une traduction à l'autre, l'éditeur ne retient pas le même corpus.

dimanche 20 décembre 2009

Le point Google

Hop, un coup d'oeil aux stats entre deux pages de traduction à finir.

Patate Plus caracole toujours en tête des recherches menant à la War Zone.

Juste derrière, le capitaine Burton intéresse les gens et c'est formidable, je trouve.

Les gens viennent aussi pour se renseigner sur le tandem Izu et Nikolavitch. Le buzz autour de Crusades semble donc prendre. J'espère que vous trouverez notre album à la hauteur de vos attentes.

Toujours du fulchibar. Ce bon vieux fulchibar.

Mais maintenant, les gens viennent ici aussi avec des requêtes comme "Castaldi c'est énorme". Qu'on puisse taper ça dans Google me sidère.

Quant à la personne qui a tapé "Cochon qui Bande" dans Google, je ne veux même pas savoir. Et surtout pas savoir pourquoi mon joli blog sort quand on tape ça. Non, je ne veux pas.

Encore une chanson

Histoire de fêter avec toute la dignité requise le 64e anniversaire de la sortie du onzième numéro de l'Os Libre, j'ai décidé de rendre hommage à un grand humoriste français en faisant découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas un magnifique détournement d'une célèbre chanson, qu'il avait chanté sur Radio Londres, à une époque où la France, c'était en face.

Pierre Dac:
"Les gars de la vermine". (sur l'air des gars de la marine)

Quand on est un salaud
un vrai un pur, un beau
on se met au service
de la maison Himmler (bis)
puis on fait le serment
d'obéir totalement
quelque soit ses caprices
aux ordres du Führer (bis)

la croix gammée sur l'oeil
on montre avec orgueil
qu'on est un grand champion
dans la course a l'abjection

Refrain :
Voilà les gars de la vermine
chevalier de la bassesse
voilà les Waffen SS
Voyez comme ils ont fier mine
c'est dans le genre crapuleux ce qui se fait de mieux
avant qu'on ne les extermine
regardez-les consciencieusement
voilà les gars de la vermine
du plus petit jusqu'au plus grand
du simple voyou à Darnand
Ils sont Allemands


Voilà. Il va de soi que cette vieille chanson n'a aucun rapport avec l'actualité de ces jours-ci, ni avec aucun ministre actuellement en exercice au nom commençant par B.

samedi 19 décembre 2009

Space jesuit ecolo on the run !

Dans mon rêve de cette nuit, j'étais un Jésuite de l'espace chargé d'étudier l'écologie d'une planète nouvellement découverte. Sauf que des colons avaient accidentellement introduit des espèces terriennes et étaient en train de bousiller l'écosystème, du coup. Au camp de base numéro 4, je me souviens distinctement avoir expliqué à un cosmonaute "les charmes et les lapins se sont magnifiquement adaptés, hélas". Le tout dans un décor insolite et grandiose de forêt extraterrestre dont des morceaux commençaient de plus en plus à ressembler au bois de Meudon, me demandez pas pourquoi.

Le truc, c'est qu'en me réveillant, il me semble que cette histoire de jésuite écolo n'est pas qu'une production enfiévrée de mon esprit malade. Il me semble avoir lu un roman de SF dans le genre. J'ai de bons souvenirs du Cas de Conscience de James Blish, du père Carmody créé par P.J. Farmer,et il y a des jésuites dans Hypérion de Dan Simmons. Je précise aussi que je n'ai pas encore vu Avatar de James Cameron. Mais ce n'est pas ça. Est-ce que ça rappelle quelque chose à quelqu'un, cette histoire ?

Et de retour sur terre après l'évacuation, ensuite, on tentait de m'inquisitionner, je m'enfuyais par les toits -magnifique décor XVIe siècle- en foutant le feu à un fût d'alcool fort (à ma grande honte, mais je n'avais pas le choix), pour échouer dans une librairie qui avait un exemplaire rare d'un recueil de photos de Robin Masters, mais les photos étaient cadrées de telle manière qu'on ne voyait pas son visage.

Puis ma fille a réclamé son repas, il fallait aussi lui changer la couche, et donc je me suis réveillé pour vaquer à mes devoirs paternels. Légèrement troublé, néanmoins, par la symbolique complexe de ce rêve à tiroir.

vendredi 18 décembre 2009

Encore plus dernière minute

Je profite d'une discussion privée par mail sur le sujet pour venir ici dire tout le bien que je pense de Gonzague Saint-Bris.

J'adore ce mec.

Il arrive à être mi Stephane Bern, mi Frédéric Mitterrand, mi Eve Ruggieri. Peu de personnages dans le genre arrivent à me faire autant rire que Gonzague Saint-Bris. Il est très fort.

Beaucoup plus rigolo qu'Eric Besson, par exemple (mais ce n'est pas un exploit).

Arrêtons de raconter n'importe quoi

Eric Besson (décidément, le défenseur de l'identité française et parti pour devenir ma nouvelle tête de Turc) a décidé d'attaquer en justice et en diffamation des gens qui avaient osé comparer son action de grand serviteur de la République à celle de l'Etat Français période Vichy. Il va falloir surveiller de très près l'évolution de cette affaire. Parce que si ça se trouve, on n'aura plus le droit de dire des choses comme "Eric Besson est un sale fasciste" ou "Eric Besson est pour la déportation", "Besson ça rime avec Papon" ou "Besson, Bousquet, même combat". On n'aura plus le droit de le dire, rendez-vous compte. Bon, on aura toujours le droit de le penser, remarquez. Et si jamais on nous interdit de le penser aussi, alors ce sera peut-être la preuve qu'il y a, en fait, Milice sous roche.

Par contre, on a toujours le droit de dire des choses comme "Besson a une sale tête" ou "Besson est un petit traitre méprisable". Parce que c'est pas de la diffamation, ça, c'est documenté.

Ah, et comme le chirurgien de Johnny a décidé d'attaquer en justice les gens qui ont dit qu'il avait fait du mauvais boulot, on a aussi le droit de dire "Besson est aussi con que le chirurgien de Johnny". Si l'un des deux s'estime diffamé, il n'aura qu'à s'en prendre à l'autre.

jeudi 17 décembre 2009

Nikola Tesla


Les scientifiques d'aujourd'hui ont ont remplacé l'expérimentation par les mathématiques, et ils se promènent équation après équation, finissant par bâtir des structures sans rapport avec la réalité."

(Nikola Tesla, 1856-1943)

Imaginons un instant un scientifique qui travaillait sur des rayons de la mort, sur l'énergie du vide, et qui avait un show itinérant pour montrer ses créations dans les foires. Forcément, on a tendance, d'emblée, à le considérer comme un prototype de savant fou. Si l'on ajoute à ça le fait qu'il soit resté fâché toute sa vie avec un personnage considéré généralement comme le plus grand ingénieur de son temps, on se dit qu'en effet, il manquait peut-être une case au bonhomme. Sauf que cette vendetta entre Nikola Tesla (notre savant fou présumé) et Thomas Edison (dont les échecs sont à la mesure des réussites) est partie d'un désaccord technologique. Et à l'époque, entre le jeune immigré d'Europe de l'Est (Tesla est un Serbe de Croatie né en territoire austro-hongrois), que l'élite parisienne avait traité avec un mépris distant, et la star des inventeurs américains qui a triomphalement fait entrer les USA dans le XXe siècle, le choix devait être vite fait.

Sauf que l'histoire a donné raison au premier. Pour la diffusion de l'énergie électrique, on a opté pour la solution Tesla, le courant alternatif à très haute tension. Il a aussi inventé divers types de moteurs et d'alternateurs électriques, le principe de la télécommande ainsi que la télécommunication transcontinentale par radio (qui le ruinera, vu qu'il se lança là-dedans une trentaine d'années avant que la technologie du transistor ne permette une transmission efficace). Pendant ce temps-là, Edison filmait des électrocutions d'éléphant pour discréditer son adversaire.

Mais l'avancée théorique de Tesla qui fut la plus lourde de conséquence relève non pas de la physique mais de la géopolitique. Car si Tesla a effectivement tenté, dans les années 30, de mettre au point un canon à particules à peu près de la puissance de celui de l'Etoile Noire, c'était dans un but louable. Il l'a dit à plusieurs reprises, il sentait qu'une deuxième guerre mondiale était inévitable. Et qu'il fallait, pour l'empêcher, des armes tellement destructrices qu'elles ôteraient aux grandes nations l'envie de se battre. Ce que, quelques décennies plus tard, on appellera la dissuasion.

mercredi 16 décembre 2009

mardi 15 décembre 2009

Second Coming (I'm coming, I'm coming, oh yeah)

"Et il se manifestera au milieu d'eux, et ils ne le verront pas."

En ces temps de morosité ambiante où l'on se demande qui est le plus nocif, des vieux complots franc-maçons à la Dan Brown, de la littérature façon Marc Levy ou du petit Hongrois et de ses sbires, à une époque où tout fout tellement le camp qu'une idole des jeunes manque de mourir d'une opération de vieux pour sa sciatique, en des temps troublés ou, selon la vieille malédiction chinoise, "intéressants", il convient de trouver l'espoir. Fut-ce en des endroits curieux et inattendus.

Et donc, mes bien chers frères, la quête du Dieu incarné revenu comme promis parmi les mortels doit occuper nos jours et nos nuits. Parce que si on confie l'affaire à Great Ratzinger Z., on n'est pas sortis de l'auberge espagnole. D'autant qu'il est Allemand.

Mais réjouissez-vous, mes bien chers frères, nous n'aurons pas loin où aller.

Car, même si la Parousie fut cachée en son temps à nos yeux de mortels, elle fut accompagnée d'un indice tellement évident que c'était l'arbre qui noie le poisson au milieu de la figure.

Qui est notre divinité incarnée ?

Un petit retour en arrière.

La première fois qu'un clampin demanda à Dieu de décliner son identité, celui-ci (qui s'était pourtant déguisé pour pas qu'on le reconnaisse, et dans les boutiques, même à la location, le costume de buisson ardent n'est pas donné) répondit par un cryptique "Eyeh asher eyeh". Cherchez pas, c'est de l'Hébreu. En vrai, ça veut dire "Je suis ce que je suis". Déjà à l'époque, Dieu était taquin.

Et quand il est revenu, s'imposant rapidement dans un petit groupe qui n'était pourtant pas prêt à l'accueuillir, par la seule force de son charisme incroyable et de ses pouvoirs par-delà ceux des simples mortels, ce personnage se présenta ainsi : "I Yam what I Yam". Traduit de son Anglais bouffé à la chique de marin, ça se dit approximativement "Eyeh asher eyeh".

Vous l'aurez reconnu :


Et en message éternel, il nous aura indiqué que oui, il faut manger des épinards, et plus généralement cinq fruits et légumes par jour.

Voilà ce qu'il faut garder à l'esprit en ces heures sombres, et dans nos assiettes, tant qu'on arrive à les remplir, parce qu'avec la crise et tout ça, c'est reparti comme en topinambour.

dimanche 13 décembre 2009

Ahmed ben Fadlân ben Al-'Abbâs ben Rachid ben Hammâd, dit Ibn Fadlan



"Nous vîmes un pays tel que nous pensâmes que c'était une porte du froid de l'enfer qui s'ouvrait devant nous à cet endroit."

(Ibn Fadlan, 890 ? - 950 ?)


La connaissance des peuples anciens prend parfois de curieux détours pour traverser les siècles. On se souviendra que les Hittites n'étaient jusqu'à il y a quelques décennies qu'un peuple obscur mentionné en passant par la Bible, dont les archéologues ne découvrirent que sur le tard la puissance et la haute culture.

Les vikings Rûs, qui étaient en fait Suédois, nous sont connus par leurs réalisations, et par le fait d'avoir inventé la Russie, mais leur culture est moins documentée que celle de leurs cousins de Norvège, qui parlaient une autre langue, et dont l'Islande et le Danemark conservèrent pieusement le patrimoine via des auteurs comme Snorri Sturluson ou Saxo Grammaticus.

On sait que les Suédois fournissaient à Byzance sa garde impériale, qu'ils avaient ouvert de nombreuses routes commerciales le long de la Volga, mais les épitaphes runiques qu'ils laissaient à la mémoire de leurs camarades tombés ne nous renseignent guère, pas plus que les chroniques des princes de Kiev, car quand elles furent rédigées, les Rûs étaient déjà devenus des Russes.

Un des documents d'époque les plus intéressants les concernant était censé au départ s'intéresser avant tout aux Bulgares de la Volga, et est le fait d'un diplomate venu de Bagdad, Ahmed Ibn Fadlân, chargé de négocier de nouvelles routes commerciales évitant le royaume des Khazars, considérés comme trop proches politiquement des Byzantins. Curieux de tout, tenant sans doute aussi à informer le Calife des mœurs des peuples rencontrés, Ibn Fadlân nous livre le seul témoignage direct des rites funéraires des Rûs.

D'ibn Fadlân, on ne connaît pas grand-chose d'autre que ce qui est dit dans sa Relation du voyage chez les Bulgares. Officiellement secrétaire de l'ambassadeur envoyé par Bagdad, il semble bien que ce soit lui qui ait mené les négociations. On peut supposer que cette efficacité lui ait valu la considération et la faveur du Calife, mais en fait, personne n'en sait rien.

La connaissance des peuples anciens prend parfois de curieux détours pour traverser les siècles. Un diplomate dont la mission était de la plus haute importance, qui modifia durablement les rapports de force dans les régions au Nord du Caucase, ne reste lu que parce que, au détour d'un voyage, il fut témoin de la crémation d'un cheffaillon viking dont l'histoire n'a d'ailleurs pas retenu le nom…

samedi 12 décembre 2009

Dernière minute

Je viens d'apprendre, par voie de presse, l'existence d'une Brigade de Répression de la Délinquance astucieuse (BRDA).

Ça me troue le fulchibar.

Cherchez l'erreur

Bon, moi, ça ne vous surprendra sans doute pas, mais ça me broute sérieusement, cette manière d'agiter l'identité nationale comme un chiffon rouge. Vous savez, ces chiffons dont on fait plus tard des affiches de même couleur.

Ce qui est intéressant, c'est de réfléchir au contexte. Qu'est-ce qui est constitutif d'une identité nationale, si ce n'est son histoire et sa géographie ? L'histoire produit la société dont la géographie est le cadre (en positif comme en négatif, d'ailleurs. On se définit comme étant d'un territoire par opposition à ceux qui sont d'un autre territoire). Comme il est intéressant, dès lors, qu'on cherche à réduire la place de l'histoire et de la géographie dans les cursus. Comme si l'on cherchait à empêcher les jeunes de se faire leur propre idée de leur identité en fonction de ces deux paramètres (histoire et géographie), pour pouvoir leur imposer, d'en haut, d'autres définitions, correspondant aux besoins du pouvoir.

Comme si, en 2009, on n'avait pas encore dépassé 1984.

vendredi 11 décembre 2009

Hunter Stockton Thompson, dit Raoul Duke, dit The Real Doctor Thompson




"Je m'en voudrais de me faire l'avocat de la drogue, de la boisson, de la violence ou de la folie devant qui que ce soit, mais en ce qui me concerne elles m'ont toujours réussi."

(Hunter S. Thompson, 1937-2005)

Hunter S. Thompson n'était pas à proprement parler un gentil garçon. Journaliste engagé, travaillant souvent sous l'influence de substances dont on se bornera à dire qu'elles n'étaient pas recommandées par le ministère de la santé, connu pour son mauvais esprit perpétuel, ce fut aussi le théoricien de ce qu'on a appelé le Gonzo Journalisme. L'expression n'est d'ailleurs pas de lui, mais a été employée pour la première fois en parlant d'un de ses articles par Bill Cardoso, journaliste au Boston Sunday Globe. Ça n'avait d'ailleurs rien d'élogieux, vu que le terme gonzo désigne, dans la région de Boston, le dernier pochard debout à la fin d'une bonne cuite collective. Mais passons, le mot est resté, et Thompson s'en est vite emparé.

Mais qu'est-ce que le Gonzo Journalisme ? Eh bien c'est tout ce que le journalisme n'est pas censé être. C'est subjectif, orienté, et ça s'intéresse moins aux faits qu'à la perception qu'en ont les gens, au premier rang desquels le journaliste lui-même. Qui plus est, la couverture de l'événement devient souvent annexe : plutôt que d'aller sur le terrain, le vrai gonzo journaliste trouve le bar où se réunit la presse, s'installe dans un coin et ouvre grand les oreilles, une technique que Thompson a raffinée après un reportage chez les Hell's Angels qui s'était terminé par un tabassage en règle.

Thompson est un auteur qui a marqué les lettres américaines, en tout cas. Alors qu'il n'était même pas encore mort, des personnages inspirés de lui sont apparus dans au moins trois films (dont un adapté de son livre Las Vegas Parano), et plusieurs bandes dessinées.

Mieux encore, son suicide fut l'occasion d'un coup de pied de l'âne de la part d'un de ses détracteurs, qui en tentant de le faire passer pour quantité négligeable, montrait au contraire l'importance de la nuisance qu'avait pu représenter le bonhomme. En effet, Thompson avait en son temps, et ce y  compris avant le Watergate, cassé pas mal de sucre sur le dos du président Nixon. Quand Thompson se tua début 2005 (pour info, l'arme du suicide est paraît-il actuellement en la possession de Johnny Depp, qui avait incarné l'écrivain, ou l'un de ses masques, sur grand écran), Henry Kissinger prit le temps de commenter l'événement en ces termes : "Au moins, Nixon ne s'est pas tiré une balle comme ce bouffon instable qui n'était même pas capable d'aligner une phrase grammaticalement correcte". Qu'un Secrétaire d'État, qui joua avec les destins de plusieurs pays et brouilla les cartes au point d'être considéré selon les sources comme un grand diplomate ou un affreux criminel de guerre, qu'un tel personnage s'abaisse à commenter le suicide d'un "bouffon instable"… Cela vaut compliment.

jeudi 10 décembre 2009

Crusades, le 6 janvier



Oyez oyez bonnes gens !

La date est tombée ! Crusades débarquera sur les étals le 6 janvier de l'année du Seigneur MMX (ça fait un peu microprocesseurs, dit comme ça. zut), euh, 2010.

C'est signé Izu, Nikolavitch et Zhang Xiaoyu, ça vaut 14 euros 90 pour près de 140 pages en couleurs, et ça renvoie le Da Vinci Code 600 ans en arrière ! Qu'on se le dise ! Achetez-en plein, offrez en à vos amis, parlez en autour de vous !


Et j'ai vu ce matin un des premiers exemplaires sortis de presse, et c'est de la belle ouvrage, croyez-moi !

La magie Google

Hop, une fois de plus, je regarde en passant les stats Google pour ce blog sur lequel vous venez perdre votre temps. ça m'amuse toujours autant.

Patate Plus caracole toujours dans le tiercé gagnant, mais avec la rediff des Sources du Nil sur Arte, l'autre jour, le capitaine Burton truste le classement : sous diverses formes, il représente près d'un tiers des recherches à lui seul.

Je note aussi l'apparition d'une recherche groupée Izu et Nikolavitch, ce qui tendrait à démontrer que le buzz sur Crusades est en train de prendre (ça tombe bien, je dois aller voir le premier exemplaire sorti de presse ce matin). Dans l'intervalle, on continue à rentrer des pages du tome 2. Toujours pas de date précise de sortie, mais ça devrait tourner aux alentours de la mi janvier. Je vous tiens au courant dès que j'en sais plus.

Fulchibar s'est durablement installé dans le classement, on pouvait s'y attendre, cette opération de contamination mémétique par un agent non pathogène semble porter ses fruits.

Et sinon, un blip de la Solution Pautauberge. Ça fait toujours plaisir, en fait.

Et puis il y a les gens qui manquent d'imagination, et qui tapent nikolavitch war zone pour trouver la Nikolavitch War Zone. Alors oui, d'accord, il y a une logique imparable là-dedans, mais bon, je sais pas pourquoi, je trouve ça un poil décevant.

Une personne qui n'a pas dû être déçue du voyage, par contre, c'est celle qui a tapé spectacle Seznec pour arriver ici.



Par ailleurs, je note qu'Artemus Dada se fait une spéciale Tarzan sur son propre blog (voir le lien dans la liste des liens, sur le côté, je vais pas tout vous mâcher le travail non plus).

J'ai décidé, par solidarité, d'apporter ma modeste contribution :





(Extrait du Petit Miquet qui n'a pas peur des Gros)

mercredi 9 décembre 2009

Il faut choisir

En épluchant les infos, ce matin, je suis tombé sur une brève indiquant la reformation possible du goupe Téléphone.

Je trouve ça tellement passionnant que je préfère vous parler de curling à la place. L'équipe de France est en train de cartonner à l'Euro de curling. L'équipe de France masculine, je précise (jusqu'à ce matin, j'ignorais même qu'il y eut une équipe de France masculine de curling, vu que quand je regardais le curling à la télé, c'était surtout pour les demoiselles en jupette). En ces temps de morosité et de bessonnades (pas celles de Luc, elles ont cessé de me navrer depuis que j'ai arrêté d'espérer, celles d'Eric, qui sont désespérantes à la base), le moindre rayon de soleil est bon à prendre, quelle que soit sa source.

Et sinon, à propos d'Eric B., j'ai retrouvé dans mes papiers la célèbre formule de Fulshi-Barr, qui permet de calculer l'impact dans l'opinion d'une connerie proférée dans les médias.

i=Nc/S

dans laquelle i est l'impact mesuré par sondage
N le nombre de répétitions de la connerie dans les médias
c le calibre de la connerie
et S le sérieux avec lequel on la profère.

Ça fait froid dans le dos.

mardi 8 décembre 2009

Edward Alexander Crowley, dit Aleister Crowley, dit Maître Thérion, dit Lord Boleskine, dit La Bête 666, dit Chioa Khan



"Le client a généralement tort, mais les statistiques démontrent qu'il n'est pas rentable d'aller le lui dire."

(Aleister Crowley, 1875-1947)

S'il y a un exemple qui démontre le côté contre productif du bachotage religieux dans l'éducation des enfants, c'est bien Aleister Crowley. Bible en main, son père était un de ces protestants fanatiques que seul le monde anglo-saxon semble pouvoir produire, qui tentait d'endoctriner son entourage. Il est d'ailleurs à noter que papa Crowley ne commença à prêcher qu'après avoir pris sa retraite, alors qu'il avait fait une magnifique et lucrative carrière de brasseur. Comme quoi il n'y a rien de pire que les gens qui font leur retour à Dieu sur le tard, après une vie vouée à l'extension du péché.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la greffe n'a pas pris. Même en laissant de côté l'autobiographie de Crowley, largement sujette à caution (comme toute autobiographie, mais plus encore quand elle est signée par un personnage pareil), force est de constater que celui que la presse britannique appelait "l'homme le plus pervers du monde" a eu une existence bien remplie, et surtout en contradiction totale avec les pieux enseignements que son père tenta de lui faire rentrer dans le crâne.

Responsable de l'explosion en vol de la Golden Dawn, la société ésotérique la plus courue à l'époque, auteur d'un nombre considérable d'ouvrages occultes, dont certains écrits sous la dictée de puissances supérieures (en tout cas, si on l'en croit), traître à sa patrie, traître à ses amis, traître, parfois, à lui même, mais toujours "traître de troisième ordre", selon l'amiral Gaunt (un des responsables des services secrets britanniques pendant la Première Guerre Mondiale), bisexuel, cocaïnomane, homme de spectacle, gourou, parasite mondain, aventurier, il aura tout fait, et entremêlé le tout de façon à ce que chaque activité soit justifiée par sa voisine… Tout se passe comme s'il avait voulu repousser les limites, abattre les murs, réduire en poussière les commandements divins auxquels sont père tenait tant.


Était-il si mauvais qu'on l'a prétendu, ou bien cette course à l'abjection n'était-elle pas une course contre lui-même et contre l'ombre paternelle s'agitant encore au fond de lui ? Nul ne peut le dire. Mais il faut lui reconnaître le courage (ou l'inconscience) d'avoir introduit les rituels de la magie sexuelle hindoue dans une Angleterre encore fortement marquée par le puritanisme victorien, et d'avoir fait du néo paganisme un antidote tout à fait efficace au positivisme scientifique béat de la Belle Époque.

Il mourut semi clochard, alcoolique, vivant aux crochets de ses derniers amis, ultime pied de nez d'un sale gosse à un père petit bourgeois.

lundi 7 décembre 2009

Le point sur les traductions

Bouclé pas mal de trucs dernièrement. J'ai envoyé un Young Avengers, par exemple, et le tome 2 de Prototype (avec de vrais morceaux de Mathieu Doublet dedans, et je vous jure que je n'y suis pour rien). Et puis je continue à faire du Star Wars.

Là, je boucle le tome 8 de l'intégrale Spawn (encore un beau pavé, celui-ci), et je m'arrache les cheveux sur certains passages de The Mystery Play, de Grant Morrison (et je propose, comme titre français, le Mystère des mystères).

Pas repéré d'autres sorties que celles que j'avais mentionnées dernièrement. Mais j'ai touché mon exemplaire de Wormwood 2, Ça fait mal quand je fais pipi…, que je recommande à tous ceux parmi vous qui n'ont pas une âme sensible.

à la réflexion, à tout ceux qui n'ont pas d'âme, tout court. c'est plus prudent. si vous en avez une, la lecture de ce truc risque d'y occasionner quelques dégâts.

dimanche 6 décembre 2009

Phineas Taylor Barnum





"Aux États-Unis, où il y a plus de terre que de gens, rien n'est plus facile pour une personne qui a la santé que de faire de l'argent."
(Phineas T. Barnum, 1810-1891)

Nous avons coutume de penser, depuis Guy Debord, Andy Warhol et Benjamin Castaldi, que nous vivons dans la société du spectacle, une société vouée à l'instant, à l'assouvissement immédiat de la curiosité, un monde où l'image prends le pas sur le sens, un monde où le bonimenteur est roi (ou pire, président de la République). Parmi les grands précurseurs, à une époque où la télévision n'existait encore en germe que dans les romans de Jules Verne, et encore, un homme avait tout compris.

Journaliste à l'origine, Barnum devint homme de spectacle et monta une petite troupe comprenant entre autres la nourrice de Georges Washington, censée être âgée de 160 ans (en fait, c'était une actrice qui en avait tout au plus 70). Dès le rachat d'un musée des curiosités, le Scudder's American Museum, vite rebaptisé Barnum's American Museum, il se lança dans de clinquantes campagnes d'affichage abusant de superlatifs. Puis il embaucha un clochard chargé d'aller poser et déplacer des briques sur les trottoirs du quartier, dans un ordre précis et complexe, avant de revenir faire un tour dans le Musée, une fois par heure. Le manège attirant l'attention des passants, ils furent nombreux à suivre l'homme aux briques en essayant de comprendre à quoi tout cela rimait. Au bout de quelques jours, la police dut intervenir pour disperser la foule qui se massait devant le musée, qui avait dés lors acquis une notoriété considérable.

Cet homme aux multiples talents (il fut même brièvement chanteur noir dans son propre spectacle, en remplacement d'un artiste démissionnaire), savait rebondir de mille façons. Par exemple, quand un naturaliste prouva que le spécimen de "Sirène de Fidji" exposé dans les collections du musée était un faux grossier (un torse d'orang-outang attaché à une queue de poisson), Barnum communiqua sur le fait que le public devait s'en faire une idée de visu, attirant encore plus de monde à l'exposition. Notons qu'elle fut aussi exposée aux côtés d'un ornithorynque tout ce qu'il y a de plus réel, mais dont l'authenticité fut, du coup, elle aussi contestée. Si l'original a disparu dans un incendie, sept Sirènes de Fidji sont encore exposées aux États-Unis, qui sont donc des copies d'un faux notoire, mais dont la fausseté fait, justement, tout l'attrait.

samedi 5 décembre 2009

Univers pas rallèles

Je sais pas si vous passez souvent par le RER à Nation. Il y a une petite boutique, sur le quai, tenue par un Hindou. Il vend des sacs à main, des bijoux fantaisie, etc... Et la moitié du temps, il s'emmerde. Et donc il a accroché au mur une petite télé sur laquelle il se passe des DVD Bollywood, avec de préférence les sous-titres français googlés à partir des sous-titres anglais traduits vite fait de la version en Hindi. Inutile de dire que ces sous-titres valent le détour à eux seuls. Mais quand on attend son train, ces passages dansés et chantés qui sont au coeur du cinéma bollywoodien ont le mérite d'être distrayants (l'autre jour, c'était peut-être une version bollywood de Harry Potter, mais il y a une semaine de ça, il passait Koy mi Gaia*, le E.T. Bollywood qui est un chef d'oeuvre du genre et un moment de poilade grand style).

Les caractéristiques esthétiques du cinéma bollywoodien font qu'à l'instar du cinéma d'action turc, il ne s'est jamais réellement imposé chez nous. Mais peut-être qu'il aurait suffi d'un coup de pouce du destin, allez savoir.

Ce qui suit est la transcription d'un train de pensées lancées l'autre jour alors que je regardais un passage dansé au travers de la vitrine de ce brave homme. Plus tôt dans la journée, j'avais joué avec l'idée que si Sergio Leone avait poursuivi sa prometteuse carrière dans le peplum (si si, il a commencé dans le peplum avant de se mettre au western) la face du monde aurait pu en être changée. Les deux idées se sont télescopées (principe du "ça a fait chboum dans ma tête") et à l'arrivée, ça donne un univers parallèle vachement rigolo, que j'ai pris en notes, mais dont je ne pense pas arriver à faire quoi que ce soit. Et donc, je le balance au vent mauvais de ce blog, telles les feuilles mortes qui tournoient, ou ces mails que certains potes scénaristes m'envoient à trois heures du matin, quand ils ont trop longtemps tutoyé Jack et Daniel.

Bref, Sergio Leone, auréolé du Colosse de Rhodes et des Derniers Jours de Pompei, poursuit dans la lignée avec des oeuvres plus personnelles. Il lance donc la Trilogie des Sesterces (Pour une Poignée de Sesterces, Pour quelques Sesterces de Plus, Le Bon la Brute et le Gladiateur), avec Steve Reeves, dont ça relance la carrière (Clint Eastwood, un temps pressenti, est rejeté car trop longiligne pour le rôle, il ira donc se faire pendre ailleurs, avec des conséquences non négligeables). Le succès est immédiat, et immédiatement imité, mais va durablement enferrer le cinéma italien dans la fantaisie en toge, ce qui finira par réduire peu à peu son audience mondiale, même s'il est un temps imité à l'étranger (on se rappelle le célèbre Caligula de Sam Peckinpah, absolument monstrueux avec Gian Maria Volonte et Klaus Kinsky, qui sera interdit dans plus de dix pays rien qu'en Europe, et personne n'a oublié le démarquage habile que constituait le Conan de John Milius). Même la seconde trilogie de Leone, Il était une fois dans en Gaule, Il était une fois à Rome, Il était une fois l'Invasion Barbare, malgré ses immenses qualités et sa brochette d'acteurs (on se souvient de la superbe interprétation de James Coburn en esclave en fuite devenu malgré lui chef de horde goth) ne sauve pas le cinéma italien du naufrage.

Clint Eastwood, lui, a été attiré par les sirènes de certain sous-continent au Sud de l'Asie. Le voilà recruté pour une adaptation en trois volet du Ramayana au budget pharaonique. Le succès sera planétaire, dépassant contre toute attente les frontières habituelles d'un cinéma jusqu'alors vécu comme local. Suivront un Mahâbhârata qui fit date (dans lequel Clint donne la réplique à Toshiro Mifune), puis Clint passe à la réalisation avec un Siddhartha qui pulvérise les canons du genre et l'impose comme un grand du septième art. Le cinéma indien devient dès lors un rouleau compresseur que rien ne peut arrêter. Tout ce qui danse se rue en Inde (John Travolta, Christopher Walken et Patrick Swayze y feront de magnifiques carrières). Stanley Kubrick finit lui-même par s'y mettre et filme un terrifiant Shākyamuni, dans lequel un jeune prince visionnaire se retrouve enfermé, seul avec ses parents, dans leur palais isolé par une inondation, alors que la folie guette le roi son père (Kubrick ne se déplacera néanmoins pas jusqu'en Inde, le film étant tourné en décors naturels à Soho).

Par la suite, l'Inde continuera à attirer des réalisateurs venus du monde entier comme Roland Emmerich, Paul Verhoeven ou Takeshi Kitano.

Voilà. C'est l'univers parallèle que j'ai créé cette semaine, en prenant les transports en commun.

Faut vraiment que j'arrête le café.





*orthographe du titre non contractuelle

Une chanson ! Une chanson ! Une chanson !

Hey Ric
Cours pas comme ça, dis
Y a pas le feu chez toi
Hey Ric
Viens dire bonjour
T'en mourras pas
Moi j'rentre à l'heure qu'il m'plaît
J'ai même plus de montre
J'ai tout mon temps
Ce qui m'attend chez moi,
Je le sais
Rien qu'un pays froid
Sans chaleur humaine dedans

Hey Ric
Si on parlait, hein
Mais de quoi ?
Hey Ric
La misère, leurs malheurs
Tu t'en fous de tout ça
Comme tu dis, la vie
C'est le métro à six heures
Et chacun pour soi
Mais pour toi Ric
Y a toujours une place
Mais pas pour moi
Pourquoi ?

Hey hey Ric
Pourquoi t'as de la France plein les doigts ?
Hey, hey Ric
En naissant t'as marché dans quoi ?
T'as toujours les poches pleines
La voiture de l'année
Dis donc, ma parole, on en oublie
Que t'es si laid
Moi Ric, tu vois, je n'ai plus rien
Je pensais avoir une identité
Bien à moi
Mais il paraît, Ric
Que tu la retailles dans tes décrets, bravo !

Tu vois Ric
Hier je rêvais d'avoir ta peau
Mais Ric
Je préfère te voir t'enfoncer
Et de cette identité, je t'en fais cadeau
Allez bonne chance, Ric




(Dédié à un ministre que je ne nommerai pas pour ne pas faire du pub au producteur du Transporteur)

(et bien entendu, ça se chante sur l'air de Hey, Joe, dont la VF fut chantée en leur temps par Johnny H. et par Bashung)

vendredi 4 décembre 2009

The sound of Seznec

Ce matin, j'étais sur Paris. J'avais des boulots à rendre, et puis j'en ai profité pour me reprendre une paire de bottes, parce que bon.

Et dans le métro, il y avait des grandes affiches 4x3 pour la nouvelle superproduction historique de Robert Hossein. Bon, il y avait aussi d'immenses affiches 4x3 pour un concert à Bercy d'un certain Michael Bublé, dont j'ignore totalement ce qu'il chante, ce qui fait que bon, je ne vais pas en parler, je note juste que la pub, dans ces conditions, s'apparente à ce qu'on appelle "bruit" en théorie de l'information. Le "signal". est perdu, le message est non signifiant. Alors que Robert Hossein, je connais. Il a fait du chemin depuis qu'il jouait l'ignoble commissaire Rosen dans Le professionnel. Maintenant (bon, depuis une bonne vingtaine d'années, si ce n'est plus, j'ai perdu le compte), il se refait des grandes controverses historiques. Fallait-il couper la tête à Jeanne D'Arc, brûler Marie-Antoinette, affranchir le courrier de Lyon, tout ça. Vous avez dû être exposé à ces trucs, depuis le temps. Bon.

Maintenant, il se refait l'affaire Seznec. Et là, je trouve ça intéressant. Parce que l'idée, dans tous ces spectacles, c'est justement "laissons le spectateur se faire son idée". Le problème, c'est que sur une affaire comme celle-la, le débat est irrémédiablement pollué. Vu que, depuis plus de trois quarts de siècles, on n'en parle que pour dénoncer une possible erreur judiciaire (je ne connais pas bien le dossier, moi, je ne me prononcerai pas sur le fond) l'opinion est forcément biaisée. S'il n'y avait pas eu ce doute persistant, ce combat de la famille, ces déclarations, il n'y aurait plus d'affaire Seznec. Ce serait une vieille histoire oubliée, on n'en parlerait plus, et a fortiori, on n'en ferait pas un spectacle. Le spectateur vient donc avec en tête, au moins au niveau subliminal, "Seznec innocent". Ça brouille passablement le concept.

Une station de métro plus loin, il y avait une affiche immense, colorée et guillerette (signée Pierre et Gilles, quand même) pour une comédie musicale tirée de La Mélodie du Bonheur. Et là, on se dit qu'il y a gourance, en fait. Il aurait fallu faire une affiche colorée et guillerette à la Pierre et Gilles pour une comédie musicale sur l'affaire Seznec, et un spectacle "faites-vous votre idée avec Robert Hossein" de la Mélodie du Bonheur. Là, ça aurait été marrant. Hossein en narrateur tonitruant : "L'Anschluss ! Fallait-il réunifier le monde germanique sous les talons des bottes nazies ? Exposons tous les arguments ! Voici Franck de la Personne déguisé en Eric Besson qui incarnera pour vous le chancelier allemand et va tenter de vous convaincre".

Ça, ça aurait été couillu.

jeudi 3 décembre 2009

Nicolau Eymericus, dit Nicolas Eymerich




"C'est là un grand et beau privilège du tribunal de l'Inquisition, que les juges n'y soient pas tenus de suivre l'ordre judiciaire, et que l'omission de quelque formalité de droit ne vicie pas la procédure."

(Nicolas Eymerich, 1320-1399)

Encore aujourd'hui, le Saint Office, appelé aussi Sainte Inquisition, reste objet d'horreur et de détestation. On a encore en tête l'image des bûchers dressés dans toute l'Europe pour chasser l'hérétique, la sorcière et le dissident. Ajoutant l'insulte à la blessure, les inquisiteurs étaient d'une parfaite mauvaise foi, puisque leurs exactions étaient confiées au "bras séculier", aux autorités civiles, qui se chargeaient des basses besognes (torture, massacres, etc…) et en assumaient la responsabilité face à la loi, alors qu'elles n'agissaient que sur ordre. Mais passons…

Si Nicolas Eymerich fut un des inquisiteurs les plus notoires avec Torquemada et Bernard Guy, au point qu'on en fit dernièrement un héros de roman, ce fut avant tout parce qu'il tenta de codifier l'action de cette institution. En effet, à l'époque, si quelques bulles papales encadraient l'action de moines dominicains, les manuels existants (dont celui de Bernard Guy) étaient avant tout des appels au massacre des hérétiques.

Eymerich, inquisiteur général du royaume d'Aragon, écrivit en 1376 le Directorium Inquisitorum, un ouvrage de référence qui permettait à ses collègues de faire leur travail avec honnêteté et efficacité, dressant un catalogue précis des hérésies les plus courantes et des moyens de les débusquer, accompagné un code de procédure fort détaillé, avec sanctions, valeurs comparées des témoignages (évoquant d'ailleurs les tribunaux révolutionnaires) et modalités du recours au bras séculier.

Ce qui frappe à la lecture de ce manuel, en dehors du zèle de son auteur, c'est son souci quasi humaniste de ne pas prêter le flanc à la critique en évitant à tout prix les bavures. Eymerich limite l'appel aux autorités civiles autant qu'il peut et ne préconise le recours à la Question que dans des cas précis et encadrés, car contrairement à nombre de ses collègues, il considère la torture comme un moyen peu fiable d'obtenir des informations, le manque de résistance des sujets qui y étaient soumis les conduisant à faire des aveux fantaisistes pour échapper au bourreau. C'est pourquoi en toutes choses, Eymerich semble préférer les sanctions symboliques (pilori, costume d'hérétique, excommunication, etc…) qui dans la société de l'époque n'étaient certes pas anodines.

Alors, Eymerich, humaniste en avance sur son époque ou fonctionnaire ecclésiastique ouvrant le parapluie pour éviter les ennuis ? Difficile de le dire près de sept siècles après les faits. Mais personnalité atypique, cela au moins est clair.

mardi 1 décembre 2009

les mystères de la chanson

Un jour, Grant Lee Buffalo avait un refrain qui lui trottait dans la tête, alors que dans sa chambre d'hôtel, le minibar était en forme de mannequin à grosses loches et qu'il avait grand soif et voulait le vider.

We'll take the full shebar
All or nothing, anything
Ecstasy's the birthright of our gang
We'll take the full shebar
Free your heart of guilt and shame
Come and claim what's yours
The full shebar


Et puis des amis l'ont dissuadé. Alors il en a réécrit une partie.

et the whole shebang est devenu un tube.

à quoi tiennent les choses, hein ?