lundi 30 novembre 2009

Del Close, dit Azrad l'Incombustible



"Tu serais surpris du nombre de fois ou ce chat m'a raconté des trucs ces derniers mois. Depuis que j'ai mis la main sur cette cargaison d'herbe, en fait."

(Del Close, 1934 -1999)

Chicago est une ville qui a enfanté bien des légendes. Al Capone et Eliot Ness sont parmi les plus connues. Plus discrète est celle de Del Close, un acteur local, grand comique devant l'Éternel. Il aura été le maître de stars telles que Bill Murray, Dan Ackroyd, les frères Belushi ou Mike Myers (grosso modo, un quart des vedettes du Saturday Night Live ont été ses élèves). Mais lui-même n'est jamais devenu une star.

D'ailleurs, il n'est même pas né à Chicago, en fait, mais au Kansas. Nul n'est prophète en son pays, et ce compagnon de route des Merry Pranksters et des Grateful Dead moins que personne. Mais il n'était pas du genre à s'encombrer de ce genre de détails. Et puis, de toute façon, Chicago, ça ne ressemble pas du tout au Kansas, c'est pas Dorothy qui me contredira.

L'homme était de toute façon inclassable. "Métaphysicien Maison" du Saturday Night Live, marathonien de l'impro et acteur de cinéma (dans Les Incorruptibles ou dans La Folle Journée de Ferris Bueller), il fut aussi auteur de BD, dans des séries anthologiques comme Munden's Bar ou Wasteland, aux côtés de John Ostrander (un autre des ses élèves).

De nos jours, il est surtout connu pour son interprétation de Yorick, dans Hamlet, au Goodman Theater de Chicago auquel, par testament, il avait légué son crâne. Le crâne a d'ailleurs joué aussi dans Périclès et d'autres pièces, devenant de plein droit une célébrité locale (signe des temps, le crâne de Del Close a même sa propre page Myspace). D'ailleurs, en application du testament, le théâtre crédite systématiquement Del Close de toutes ses apparitions sur scène. Mais le doute plane encore. Ce crâne qui interprète magnifiquement Yorick au Goodman Theater n'est-il pas un imposteur ? Il convient de poser la question. L'empreinte dentaire semble ne pas correspondre. Des témoins fiables indiquent que l'hôpital et le crématorium ont refusé de malmener le cadavre et qu'il fallut donc trouver une doublure au dernier moment.

Del Close lui-même n'est pas disponible, et pour cause, pour commenter la substitution. Eut-il goûté l'ironie de la chose, ultime blague d'un joyeux farceur ? Ses proches amis semblent le penser.

dimanche 29 novembre 2009

Dans les bacs à traduction

Début décembre, petit mois en termes de sortie pour mes boulots de trad (par contre, énorme mois pour la réalisation, va falloir que je prenne l'option "journées de 35 heures" chez Chronos).

Mais signalons néanmoins :

Chez Panini : Simon Dark, le tout nouveau vengeur rapiécé de Gotham. Non, Ragman n'était plus dispo...

Chez Delcourt : Si jamais d'aventure vous aviez trouvé que le premier tome de Wormwood était vraiment très con, attendez d'avoir lu ça fait mal quand je fais pipi... C'est... Pire. Je me suis bien marré à le traduire, celui-là.



Et puis complètement dans la série ça n'a rien à voir, j'ai vu qu'il y avait dans les bacs deux jeux DS qui étaient sortis, L'île aux dauphins 3 : Aventures sous-marine, et Léa Passion Vétérinaire Safari, dont j'ai co-écrit les dialogues avec le Hank McCoy de St Jean, Jim Lainé lui-même.

William Hope Hodgson



"Comme si, en son sein, toutes les abominations de la mer avaient trouvé refuge…"

(William Hodgson, 1875-1918)

C'est parfois le destin des écrivains que d'être oubliés. Et d'être redécouverts par la suite, pour des raisons extérieures à leur œuvre. En effet, de nos jours, William H. Hodgson est surtout vu, à l'instar d'Arthur Machen, comme "le précurseur direct d'Howard Philips Lovecraft", ce qui, sans être faux, est néanmoins réduire quelque peu la portée de son travail dans le domaine de l'horreur, même si, par sa puissance visionnaire, La Maison au Bord du Monde chasse en effet sur des terres qui seront plus tard largement explorées par le reclus de Providence.

Le jeune Hodgon s'était engagé dans la marine à l'âge de 13 ans. Fort maltraité par un autre membre d'équipage, il se mit au judo et au culturisme pour pouvoir se défendre, ce qui lui permit de sauver un de ses compagnons dans une mer infestée de requins.

À l'usage, après avoir fait trois fois le tour du monde, il finit quand même par s'apercevoir qu'il détestait cordialement la mer, et son œuvre s'en ressent : sa production a un petit goût de Conrad flippé. Des Pirates Fantômes aux nouvelles de la Chose dans les Algues, Hodgson mélange allègrement aventure maritime et horreur pesante, déployant des ambiances poisseuses au odeurs de vase et de goémon (ça aussi, Lovecraft saura s'en inspirer par la suite).

Il donna aussi une impulsion nouvelle à la notion d'enquêteur de l'occulte avec sa série Carnacky et les fantômes, racontant les aventures d'un détective spécialisé dans les affaires criminelles étranges, dans lesquelles une explication rationnelle n'est pas toujours donnée à la fin.

Mais outre son activité d'écrivain, Hodgson fut aussi photographe, professeur de sport et d'autodéfense et artilleur, ce dernier emploi lui coûtant d'ailleurs la vie dans la région d'Ypres, en pleine Première Guerre Mondiale.

Depuis, Hodgson est redécouvert à intervalles plus ou moins réguliers par des éditeurs qui tentent de l'imposer au public, le premier d'entre eux étant August Derleth, vieux camarade de Lovecraft, et par des illustrateurs qui tentent de le mettre en image, au nombre desquels on compte rien moins que Philippe Druillet et Richard Corben.

samedi 28 novembre 2009

Nouvelles du Front

Profitant dernièrement de ma présence à Montreuil pour cause de salon (le célèbre dernier salon où l'on cause, d'où le nom), un estimable collègue traducteur à la voix rocailleuse que je ne nommerai pas pour ne pas faire de pub à The Goon m'a emmené dans un endroit fort curieux. à première vue, c'est un restaurant. Où l'on mange très bien (demandez leurs falafels à l'aubergine. ce ne sont pas des falafels, en vrai, mais c'est très bon).

Et quand on monte à l'étage, c'est une très sympathiques librairie BD.

Alors voilà, ça s'appelle Des Bulles et des Ballons, c'est place de la République à Montreuil et c'est un endroit extra.





Non, en vrai, ce n'était pas dans l'établissement représenté ci-dessus.

jeudi 26 novembre 2009

Cochon qui s'en dédi

Bon, j'ai passé la journée au festival de Montreuil (livre jeunesse), c'est aussi épuisant que les autres années, mais ça reste toujours une ambiance sympa.

Petit planning de présence : je serai au stand G33, celui de Vertige Graphic, vendredi et lundi, et peut-être un peu dimanche.

On a du stock de Dernière Cigarette et du Portfolio qui va avec.


mercredi 25 novembre 2009

Nestor Ivanovitch Makhno




"Quand il se développe, l'anarchisme ne reconnaît aucune limite."
(Nestor Makhno, 1888-1934)

Dans la mythologie gauchiste, Makhno, homme d'action bien plus que théoricien, tient une place à part. D'aucuns aiment à le réduire à un simple "chef des anarchistes", expression paradoxale pourtant non dénuée de vérité, mais le personnage est, comme souvent dans ce genre de cas, plus complexe. Il faut déjà savoir que la "république" libertaire mise en place par Makhno et ses compagnons couvrait l'Est de l'Ukraine, un territoire peuplé de près de 7 millions d'habitants, qui vécurent donc pendant quelque temps sous ce que l'on appellera, faute de mieux, un régime anarchiste. Le mode de fonctionnement de cet état sans état semble avoir été viable, et ce sont des forces extérieures (principalement l'Armée Rouge commandée à l'époque par Trotski) qui en ont précipité la chute. Il faut dire que le communisme libertaire des makhnovistes ne s'embarrassait pas de Parti, et Moscou le voyait donc comme une menace, après l'avoir traité en allié au début de l'insurrection blanche.

Mais une des grandes percées de Makhno, qui fut l'arbitre du système mais avant tout le chef militaire chargé de le défendre, c'est l'invention de la guerre mécanisée (qui ne fut pourtant théorisée que bien plus tard par De Gaulle et mise en application avec le succès que l'on sait par Guderian) mais à une époque non mécanisée : son arme tactique de prédilection était en effet la tatchanka, une charrette à foin équipée d'une mitrailleuse de type Gatling, qu'il alignait en grandes quantités (au moins quarante charrettes de front) pour charger l'ennemi. Les résultats furent étonnants, et il fut rapidement imité. Avantage de la tatchanka dans un contexte anarchiste : elle était mobilisable et démobilisable très rapidement. Après le combat, elle retournait à la ferme et à sa fonction première, et en cas de besoin, en moins d'une heure, un secteur pouvait ré-équiper de quoi laminer un bataillon ennemi.

Vaincu par les Rouges, blessé, rongé par la tuberculose, le "Batko" Makhno dut se réfugier en France où il participa à des mouvements libertaires. Son urne funéraire est encore au Père-Lachaise.

mardi 24 novembre 2009

Océanique !




Je viens de boucler la traduction d'un excellent album signé Warren Ellis et Chris Sprouse. Cela fait des années que je faisais du lobbying pour qu'il sorte enfin en VF... Et il a failli m'échapper. Heureusement, un certain Jérémy M. a été totalement impérial et m'a permis (au mépris de mon emploi du temps déjà surchargé) de m'attaquer à Ocean, un des trop rares comics de hard SF, et une histoire absolument épatante.

J'ai pris un pied absolument fabuleux à faire cette trad. J'adore traduire Ellis, et Ellis qui fait de la SF a un gros avantage sur pas mal d'auteurs qui s'amusent à toucher à la SF : quand Warren Ellis emploie des concepts de physique des particules ou d'astronomie, il sait de quoi il parle. Et quand il écrit une histoire, il la peuple de gens qui ont très mauvais fond. Inutile de dire que je m'éclate quand je bosse sur ce genre de matériel.

Ça devrait sortir en mars-avril prochain chez Panini. Ça s'appelle (au risque de me répéter) Ocean. Et si vous aimez la vraie SF, c'est un indispensable.

Capitaine Richard Francis Burton





"Enfin ! Une fois de plus, mes destinées me font échapper à la prison de l'Europe civilisée."

(Richard F. Burton, 1821-1890)

Il est essentiel de ne pas confondre Richard Burton, le capitaine, et Richard Burton, l'acteur. Le premier étant, paraît-il, l'arrière grand-oncle du second. Soldat efficace, espion polyglotte, explorateur de l'extrême et traducteur en roue libre, l'homme pourrait être un personnage de roman (et il l'a d'ailleurs été, sous la plume de Philip José Farmer).

Ce découvreur des sources du Nil, premier occidental à pénétrer dans la Kaaba à La Mecque (il s'était déguisé en derviche afghan, et s'était circoncis lui-même pour l'occasion, histoire de passer inaperçu, parce qu'il courait le risque de se faire couper d'autres morceaux par les gardiens des Lieux Saints), ce traducteur d'une version notoirement licencieuse des Mille et Une Nuits était un homme hors du commun, et du coup bien moins considéré en Angleterre que des explorateurs plus présentables comme le Docteur Livingstone.

Mais Burton ne serait sans doute jamais devenu explorateur en Afrique sans une sombre affaire ayant eu lieu au Sind, dans l'actuel Pakistan. À l'époque, Richard Burton (pas l'acteur) était sous les ordres de Charles Napier (pas l'acteur) et faisait régulièrement équipe avec Walter Scott (pas l'écrivain, le neveu de l'écrivain). Burton avait créé un personnage de négociant persan, Mirza Abdullah, qui avait sans mal infiltré la bonne société de Karachi. Il faut dire que notre héros avec un don pour les langues et le déguisement qui lui permettait de se faire facilement passer pour n'importe quoi. Vint, en 1845, le moment où Napier l'interrogea sur ces bordels de Karachi où officiaient des eunuques et de jeunes garçons. Sous son déguisement, Burton infiltra les dits établissements, et livra un rapport très circonstancié décrivant par le menu tout ce qui s'y passait, et tout ce qui s'y disait. Napier rangea le document dans ses archives secrètes, histoire d'éviter tout scandale. C'est quand il fut remplacé que son successeur (ou l'un de ses subordonnés), découvrant le rapport, l'envoya à Bombay, accompagné d'une note demandant le renvoi immédiat de Burton (le rapport a depuis été perdu, dans les méandres de l'administration et de la décolonisation). On pense généralement que le coupable de cette indélicatesse était le colonel Corsellis, avec lequel Burton avait eu précédemment quelque querelle.

Toujours est-il que Burton ne fut pas renvoyé. Cherchant à se faire oublier, Burton demanda à être affecté à une unité combattante dans le cadre de la guerre contre les Sikhs. Mais une maladie l'incapacita et il fut écarté. Il regagna alors l'Europe, où il ne se plaisait guère, mais où il prit le temps d'écrire des études sur l'Inde et sur la Fauconnerie, ainsi qu'un traité très novateur sur l'utilisation de la baïonnette. Il y rencontra aussi sa future femme.

Puis il partit pour La Mecque, entamant une carrière d'explorateur récidiviste qui le rendit célèbre.

lundi 23 novembre 2009

Edmond Moore Hamilton, dit Brett Sterling




"Toutes les choses grandioses pour lesquelles vous aurez combattu tomberont en poussière et sombreront dans le néant. (...) Ce qui compte, c'est la manière dont vous menez cette lutte."

(Edmond Hamilton, 1904-1977)

La génération des trentenaires nostalgiques, dite aussi "génération gloubiboulga", n'aime généralement rien tant que se trémousser sur le générique français de la série animée Capitaine Flam, signé Jean-Jacques Debout, faisant au passage l'impasse sur les très belles compositions disco-jazzy de Yuji Ohno, qui étaient pourtant pour beaucoup dans l'identité sonore si particulière du dit dessin animé.

Les représentants de cette même génération vénèrent aussi, en général, la vieille trilogie Star Wars, celle avec ces brushings si caractéristiques de leur époque qu'ils font qu'on ne devrait jamais s'abaisser à regretter les années 70.

Généralement, le seul rapport que ces gens-là trouvent entre Star Wars et Capitaine Flam, c'est l'époque et le fait que ce soit de la science-fiction. Et pourtant…

Il faut savoir que le Capitaine Flam, en version originale, le Captain Future, était une création d'Edmond Hamilton, vénérable auteur de SF de l'âge d'or, qui anima le personnage entre 1940 et 1951 dans le magazine éponyme, puis dans Startling Stories. Flam n'est qu'un des nombreux personnages héroïques créés par ce prolifique auteur de space opera à l'ancienne, héritier des pulps d'aventure façon Doc Savage. On mentionnera John Gordon, et surtout Morgan Chane, le Loup des Étoiles. Chane, un pirate de l'espace poursuivi par ses anciens collègues, qui refait sa vie en intégrant une équipe de mercenaires au grand cœur, est le modèle direct de Han Solo, un des héros emblématiques de Star Wars. D'ailleurs, l'épisode V de la série, l'Empire Contre-Attaque, a été co-écrit par rien moins que Leigh Brackett, qui avait déjà officié au cinéma en co-scénarisant Rio Bravo et Le Grand Sommeil, et il faut savoir que Leigh Brackett, écrivain de science-fiction, était aussi à la ville madame Hamilton.

De nos jours, c'est un auteur un peu oublié, sa littérature tenant quand même beaucoup de la SF à grand-papa (avec tous ses défauts, mais aussi son charme fou) et les amateurs de space opera se rabattent assez souvent sur un autre Hamilton, Peter, sans doute plus moderne, sans lien de parenté connu avec son illustre homonyme.

dimanche 22 novembre 2009

Ça va très mal

Dans mon rêve de cette nuit, je débarquais dans une sorte de café concert tenu par Bernard Blier, censé me devoir du fric parce que son nouveau spectacle était tiré d'un truc que j'avais écrit. J'arrivais accompagné de Pierre Richard déguisé en berger landais et de Lino Ventura, d'assez mauvais poil. Micheline Dax faisait la meneuse de revue, déguisée de façon peu convaincante en Mireille Darc (ou alors c'était l'inverse). Ça a dégénéré, mais j'ai réussi à avoir mon fric (Blier avait tenté de s'échapper en mettant une perruque et un combiné lunette-faux nez-moustache façon Groucho Marx, mais on ne me la fait pas).

Depuis que je me suis réveillé, la question me taraude, lancinante. Pourquoi Pierre Richard sur des échasses de berger landais ???

Pourquoi ???

samedi 21 novembre 2009

Je rêve...

Hop, en faisant ma pause entre deux pages de traductions, je viens de remettre le nez dans les stats google du blog.

Je suis atterré. D'ailleurs, vous êtes atterrants.

"Patate Plus" fait son grand retour en tête de classement. Je comprends juste pas.

"Crusades Humanos" se maintient, ça c'est sympa.

"Fulchibar" fait une entrée remarquée. Ça peut se comprendre, mais ça en dit long.

"Dracula", "Vlad Tepes" et "le Volcan" font de la figuration (mais divers détails me donnent l'impression que le volcan, c'était un gamin qui cherchait des trucs pour un exposé).

et en queue de liste, un "j'arrive pas à bander", dont je vois même pas le rapport avec le site, vu que je n'ai pas encore parlé de spam. Incroyable qu'une phrase soit formulée comme ça dans google (les gens n'ont toujours pas compris la notion de mots clés, depuis le temps ?), et surtout qu'elle donne la War Zone dans les résultats.

C'est mystérieux, quand même, toutes ces conneries.

Merde, quoi, Fulchibar, je veux bien. Mais Patate Plus ? Grands dieux...

vendredi 20 novembre 2009

Général Jean-Joseph-Amable Humbert


"- Mais que comptiez-vous faire avec si peu de monde?

-Aller à Dublin et libérer une nation qui souffre sous votre joug.

- Voilà bien une idée qui ne pouvait germer que dans une tête française.
"

(Général Jean-Joseph-Amable Humbert, 1767-1823, dialogue avec le général Lake)

Il y a des gens qui ont la poisse. Ils accomplissent des exploits incroyables, et sont néanmoins disgraciés et oubliés. Le général Humbert est de cette sorte : héros des Révolutions Française et Irlandaise, de la défense de la Louisiane et de la flibuste, il est mort en exil, renié par sa patrie.

Avant de devenir général, l'homme avait été tanneur de peau de lapin. La Patrie étant en danger, il fut promu capitaine de la garde nationale de Lyon, participa au siège de Mayence puis à la guerre en Vendée, et fut nommé général de brigade à 26 ans. Devenu second de Lazare Hoche, il l'accompagna lors de la première opération (ratée) de soutien à la révolution en Irlande.

Après une deuxième tentative, Humbert prit le commandement d'une dernière expédition et débarqua en 1798 à Killala avec 1030 hommes. Son sens tactique et l'appui de volontaires irlandais lui permirent de défaire 6000 anglais à Castelbar, et de proclamer l'éphémère République du Connaught. Après deux autres victoires sur les troupes anglaises, Humbert fut contraint à se rendre au général Lake à Ballinamuck.

Humbert fut traité avec beaucoup d'égard par ses adversaires, qui avaient apprécié le côté sportif de son expédition. Les volontaires irlandais qui l'avaient soutenus furent pour la plupart pendus, parce que l'amour du sport des Britanniques a quand même ses limites.

Humbert participa ensuite à l'expédition de Saint Domingue, mais fâché avec le général Leclerc (pas celui de la 2ème DB), il fut disgracié par Napoléon.

Par la suite, il recommença à combattre les Anglais, mais en Louisiane cette fois-ci, avec le général Andrew Jackson, futur président des USA. Il se battit aussi aux côtés des flibustiers Dominique You et Jean Laffitte, ce qui lui permit de devenir gouverneur militaire de la république de Campeche (dernière place forte des pirates des Caraïbes), puis s'impliqua dans la guerre d'indépendance du Mexique.

Il faillit être pendu pour piraterie par les Américains, seules ses relations avec Jackson lui évitant la corde. Assigné à résidence à la Nouvelle-Orléans, il continua de toucher sa solde, qu'il mettait un point d'honneur à aller chercher en uniforme de général de la République, mais la Restauration le priva de cette dernière ressource. Il vécut alors en paria parmi d'anciens esclaves et pirates, voire des prêtresses Vaudou comme la célèbre Marie Laveau.

Le général Humbert repose toujours en Louisiane, dans un parfait anonymat. De nos jours, seuls les Irlandais se souviennent encore de ce vaillant soldat. La France, elle, l'a oublié, on voit le résultat.

jeudi 19 novembre 2009

Philip Kindred Dick

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"La réalité, c'est tout ce qui ne disparaît pas quand on cesse d'y croire."

(Philip K. Dick, 1938-1982)

On a coutume de penser que les écrivains sont généralement un peu fous. Et que les grands écrivains le sont beaucoup. À ce tarif-là, Philip K. Dick était un grand écrivain. En tout cas, fou, il l'était probablement.

Il l'a dit lui-même : "De tout temps, les hommes ont parlé à Dieu. Et les ennuis ont commencé quand Dieu s'est mis en tête de répondre." Pour Dick (qui a de toute façon eu une existence agitée) les vrais ennuis ont commencé en 1974, quand Dieu (ou une entité extraterrestre supérieure, ou un effet secondaire d'une anesthésie dentaire un peu violente) lui est apparu sous la forme d'un rayon de lumière rose.

La vie de Dick en fut bouleversée, et il devint encore plus paranoïaque qu'il ne l'était avant, comme en témoigne sa réaction quand ses papiers personnels furent fouillés par la police : "Dieu merci ! Ça prouve que je ne suis pas paranoïaque", a-t-il confié à l'époque. Il voyait des complots partout, et Nixon comme la réincarnation de la puissance conquérante et persécutrice de Rome. Ses romans ultérieurs, comme SIVA ou l'Invasion Divine se ressentent de cette expérience mystique à laquelle il ne croyait lui-même qu'à moitié. Manque de chance, c'est à peu près vers cette époque que la célébrité internationale lui vint. Inutile de dire que ceux qui l'ont entendu donner à Metz sa célèbre conférence Si ce monde vous déplait, vous devriez en essayer quelques autres furent surpris de voir l'auteur vaguement gauchiste de Ubik ou du Dieu venu du Centaure leur parler d'épiphanie et de réalités parallèles peuplées de Chrétiens originels. Cerise sur le gâteau, Dick était à présent doté de superpouvoirs : il pouvait tuer les puces par imposition des mains. Le crucifix en sautoir, blindé de café et sans doute d'amphétamines (une drogue dont il faisait une importante consommation quand il écrivait un roman en trois semaines), le Californien illuminé avait de quoi faire peur.

Heureusement pour les marchands du temple, cet inquiétant et pourtant très sympathique personnage finit par s'éteindre, sans doute suite à ses abus médicamenteux. De nos jours, même Spielberg et John Woo peuvent s'attaquer à l'adaptation de ses nouvelles sans crainte de passer pour des thuriféraires d'une version non homicide de Charles Manson, Dick étant entré au panthéon de la culture populaire par des moyens moins radicaux.

Profitons en pour tordre le cou à une légende tenace : Dick ne détestait pas l'adaptation filmée de son roman Les Androïdes Rêvent-ils de Moutons Électriques, sortie sur les écrans sous un titre emprunté à Burroughs (William, pas Edgar Rice), Blade Runner. Si Dick n'aimait pas trop la voix off (encore une autre légende : la voix off y était dès le départ, quoi qu'ait pu en dire par la suite ce révisionniste de Ridley Scott), il adorait l'ambiance du film, (qu'il avait vu dans un prémontage peu de temps avant sa mort) et son aspect visuel, comme en témoigne une de ses dernières interviews.

Le plus drôle, dans tout ça, c'est que si Dick adorait la science-fiction, il ne supportait pas d'y être confiné. Il écrivit plusieurs romans de "littérature blanche", qui ne furent publiés qu'après sa mort, à l'exception notable des Confessions d'un Barjo. Rassurez-vous, ils étaient aussi barrés que ses histoires de SF.

mercredi 18 novembre 2009

Le début de la gloire



Tiens, en jetant un oeil aux stats du blog, je note que les gens commencent à taper "Crusades Humanos" dans Google pour se renseigner. C'est peut-être le début d'un buzz, c'est bien.

J'en profite donc pour donner quelques news.

La date de sortie n'est toujours pas fixée avec précision, mais c'est du début janvier (les premiers exemplaires ne devraient pas tarder à sortir de chez l'imprimeur).

Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Crusades est une nouvelle série signée Zhang Xiaoyu, Izu et Alex Nikolavitch (ça, c'est moi), qui renverra le Da Vinci Code 600 ans en arrière.

Le tome 1 fera près de 140 pages, histoire de bien installer le récit.

Le tome 2 est déjà écrit pour un quart, et j'ai eu une réunion hier avec Izu, le co-scénariste et initiateur du projet, pour nous répartir le travail sur le reste.

Et attention, il est possible que Zhan Xiaoyu passe par Angoulème fin janvier. Mais là aussi, je vous tiens au courant à mesure que les infos tomberont (et tout dépend de la tenue ou pas du festival, vu qu'il y a un feuilleton en cours à ce niveau, comme souvent).

Stay tuned !

mardi 17 novembre 2009

Le mot du jour

"Fulchibar"

Non, moi non plus, je ne sais pas. Vous vous démerdez avec Mantichore.

Werner Heisenberg




"L'univers n'est pas seulement plus étrange que nous le pensons, il est aussi plus étrange que nous pouvons le penser."

(Werner Heisenberg, 1901-1976)

Heisenberg, en faisant avancer la science, lui porta aussi un bien mauvais coup. En effet, il formula le célèbre principe d'incertitude (dit aussi principe d'indétermination) qui porte son nom, et qui consomma le divorce entre le sens commun et la science de haut niveau, jetant les bases de la physique quantique. Après Heisenberg, la physique devint relativement inaccessible même à la vulgarisation, brassant des concepts difficiles à exprimer sans un solide bagage mathématique, et dont la formulation verbale était obligée de passer par des métaphores hardies comme celle du Chat de Shö… Shü… Shreude… Schrödinger, putain, voilà, j'ai réussi à l'écrire, à la fois mort et pas mort, un état que l'on ne retrouve guère dans le monde à échelle humaine que chez les papes en fin de règne et les dictateurs soviétiques dont la date de péremption est dépassée.

Mais Werner Heisenberg aurait pu aussi devenir le père de la bombe atomique nazie, un cauchemar qui ne s'est heureusement pas réalisé. Quand il fut interrogé par les Alliés, il prétendit avoir fait de la résistance passive, se refusant à livrer au Reich une arme qui l'aurait rendu tout puissant. Les Anglais avaient néanmoins quelques doutes sur le bonhomme et son équipe, qui furent donc mis en résidence surveillée dans une petite maison tout à fait charmante, dûment truffée de micros. L'analyse des conversations en Allemand des scientifiques était tout à fait surprenante : ils semblaient s'étonner de cette obsession des Alliés pour l'arme nucléaire.

Et puis la vérité éclata un certain jour d'août 1945, quand les Anglais donnèrent à leurs invités le journal annonçant en première page le bombardement d'Hiroshima. La réaction d'Heisenberg fut édifiante. Pour lui, c'était de la pure propagande, un canular subtil et tordu : la bombe atomique, il le savait, il l'avait prouvé par calcul, c'était une vue de l'esprit, ça ne pouvait pas marcher, c'était impossible.

Aurait-il cru à la Bombe, peut-être Heisenberg aurait-il résisté aux demandes pressantes du régime nazi. Ou pas. Peut-être est-ce tout simplement son scepticisme qui a sauvé notre civilisation…

dimanche 15 novembre 2009

Go East (Wood)

On peut ne pas aimer le nain psychop... Le président de ce pays, force est de reconnaître que le voir décorer ce grand homme qu'est Clint Eastwood fait plaisir (d'autant plus grand homme que Clint doit faire deux têtes de plus que son décorateur) (pour situer, Clint est à peine plus petit que moi, il doit se cogner la tête tout pareil en montant dans le métro) (sauf qu'il ne se cogne pas, lui, parce que c'est Clint. Alors que moi, pas).

Donc, au lieu de pendre des gens à un croc de boucher, l'autre jour, le Président a pendu un insigne de commandeur de la Légion d'Honneur au Clint. C'est la classe.

Et le Président, tout content, a ajouté, je cite : "Le type qui a fait La Route de Madison, c'est énorme." Ça ne s'invente pas. Bon, pourquoi pas, après tout ? Mais bon, j'aurais peut-être, pour ma part, plutôt cité Bird, ou Impitoyable, ou Josey Wales Hors-la-Loi. Non que je n'apprécie pas Sur la Route de Madison, qui est un beau film. Mais... "Enorme" ?

C'est curieux. On dirait qu'il assène les goûts de Carla avec ses mots à lui (note à moi-même, arrêter de dire "c'est énorme", ça vient de se ringardiser assez gravement), et forcément, ça donne un truc bizarre à l'arrivée. Et puis, venant d'un type dont tout le discours tend à démontrer qu'il a toujours pris l'Inspecteur Harry au premier degré, ça fait un peu tache. Ou alors c'est que, contre toute attente, il a vraiment changé*.








* Je sais, je n'y crois pas une seconde moi non plus, mais bon...

vendredi 13 novembre 2009

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades.

C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin.

Mais quand même.

ça donne envie.

Et c'est ici.

Vendredi 13, jour de poisson

Et, bien entendu, aucun rapport entre ce titre et ce que j'ai à dire ce matin.

D'ailleurs, je n'ai rien à dire, ce matin.

J'ai du boulot.

jeudi 12 novembre 2009

Rusticiano (ou Rustigielo, ou Rustichello) di Pisa , dit Rusta de Pise, dit Rusticien

Le roman de chevalerie a eu, au Moyen Âge, ses grands. On mentionnera bien entendu en tête de liste des gens comme Wolfram von Eschenbach, Chrétien de Troyes ou Thomas Mallory, dont les textes arthuriens font encore référence aujourd'hui.

Rusta le Pisan est sans doute moins connu. Son nom n'évoque plus grand-chose de nos jours. Pourtant, il était à l'époque un auteur renommé, écrivant en Français, et dont les ouvrages se retrouvaient jusque dans la bibliothèque d'Henry III d'Angleterre. On peut mentionner dans sa riche production un Tristan, un Palamède, un Merlin, un Saint Graal, un Lancelot et un Guiron le Courtois, oubliés de nos jours, mais fort lus à l'époque. Gageons d'ailleurs (je n'ai pas été vérifier) que quelques uns de ses textes faisaient partie de la bibliothèque de certain hidalgo de la Manche.

Toujours est-il que le Grand-Œuvre de Rusta n'a pas été publié sous son nom. Pourtant, c'est un livre qui a changé le monde. Certes, Rusta n'en fut que l'adaptateur, le nègre, prenant en note les souvenirs de voyage d'un autre. Mais ces souvenirs, il les compila, les embellit, les embrouilla, parfois, leur donna une tournure à la poésie caractéristique, ses erreurs d'interprétation ajoutant à la force d'évocation d'un ouvrage qui fit date.

Il faut dire que celui qui dicta ses mémoires à notre nègre Pisan était un Vénitien d'origine dalmate, un certain Marco Polo, et que le Devisement du Monde, ou Livre des Merveilles, fut deux siècles plus tard le livre de chevet d'un Génois présumé (encore que d'aucuns le croient Portuguais) naviguant sous pavillon espagnol, un dénommé Christophe Colomb.

On ignore si Rusta était, comme Polo, en résidence surveillée à Gènes quand il recueillit les confessions du voyageur (certains auteurs l'ont affirmé, pour ma part, je n'y crois pas). C'était surtout, à mon sens, un badaud, un type qui passait par là et qui, flairant la belle source d'inspiration, attiré par la renommée de "Messer Millioni", est allé l'écouter. Pour notre plus grand bonheur (et indirectement le plus grand malheur des Indiens d'Amérique, mais c'est une autre histoire), puisque les mémoires du Vénitien, qui ne voyait pas l'intérêt d'écrire le récit de ses aventures, ont pu ainsi nous parvenir presque intactes. Presque, parce que les vocables chinois (ou asiatiques, mais rendus en Mandarin ou en Mongol par les interlocuteurs de Polo), restitués par un Vénitien à un Pisan qui les retranscrivait en Français, en deviennent illisibles, même s'ils sont en retour chargés d'un mystère et d'une magie certains.

mercredi 11 novembre 2009

la barbe

Bon, comme aujourd'hui, c'est le 11 Novembre, et que le 11 Novembre est le jour des Poilus, j'ai décidé de ne pas me raser.



Hein ?

Quoi ?


Oui, bon, d'accord, ça ne change pas grand-chose par rapport aux autres jours.

mardi 10 novembre 2009

Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, dit le Diable Boiteux




"Il y a trois savoirs : le savoir proprement dit, le savoir-vivre, et le savoir-faire, les deux derniers dispensant généralement du premier."
(Talleyrand, 1754-1838)


Il y a beaucoup à dire sur Monsieur de Talleyrand. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui ont beaucoup dit ou beaucoup écrit sur lui. D'aucuns passent des pages et des pages à creuser les motivations de ce grand homme d'état qui servit un certain nombre de régimes et de maîtres, avec une constance dans l'infidélité qui force l'admiration. Mais sans doute est-ce parce que Charles-Maurice, Prince-Duc de Talleyrand, Comte de Périgord, Prince de Bénévent, Prince de Chalais, Marquis d'Excideuil, Comte de Grignols, Évêque d'Autun, Duc de Dino et Vice-Grand-Électeur a tout fait pour rester une énigme. Boiteux, pas forcément beau, capable d'une grande force d'inertie, jouant la montre quand les ordres lui déplaisaient, c'était aussi un diplomate-né, un homme de spectacle et d'apparences, un fin louvoyeur à la réputation de traître bien établie, mais le genre de traître qui restait indispensable, même à ceux qui se méfiaient de lui. Soyez proche de vos amis, et plus proche de vos ennemis, dit-on. (Sur les quatre derniers rois de France, le seul à avoir achevé paisiblement son règne était celui qui l'a pris comme ministre, ce n'est peut-être pas une coïncidence).

Une histoire restée célèbre donne la mesure du sens du spectacle du bonhomme. Au cours d'une période de pénurie de saumon, il réussit à s'en procurer deux, énormes, à prix d'or, qu'il se fit livrer par courrier spécial depuis le Rhin. Puis il convia à dîner chez lui la meilleure société parisienne. Au cours du repas, deux serviteurs apportèrent le plat d'argent sur lequel reposait un des deux poissons, artistement préparé par le cuisinier Carême (un homme qui ne méritait pas son nom). Soudain, l'un des serviteurs trébuche, se prenant les pieds dans le tapis. Le saumon tombe par terre, sous les yeux horrifiés de l'assistance. Sans se démonter, Talleyrand ordonne : "Qu'on en apporte un autre !". Ce qui fut fait. Inutile de dire que l'assemblée en resta médusée, et qu'on en parla dans tout Paris (et qu'on en reparle encore aujourd'hui, c'est dire).

Mais il était aussi l'homme qui, à l'approche des troupes alliées, fit croire qu'il partait avec l'impératrice, pour rester à Paris (après avoir organisé lui-même l'émeute qui l'empêcha de quitter la capitale) afin de complaire à la fois aux bonapartistes et aux royalistes, l'homme qui sauva la France au congrès de Vienne rien qu'en déstabilisant les diplomates sur des points de détail de protocole et de formulation, et qui pleura à chaudes larmes le jour de la mort de l'amant de sa femme, car il considérait qu'il avait sur elle une saine influence...

Un bonsoir en passant

Moins de War Zone ces jours-ci, vous l'aurez peut-être remarqué...

Il se trouve que la famille s'est agrandie hier (bon, c'est pas exactement une surprise, hein*) et donc que les heureux parents (moi et madame) sont très occupés.

Donc moins de vaticinations Warzonesques dans l'immédiat.

Je vais essayer de fouiller mes sauvegardes pour vous gratifier ce soir d'un bout de l'Encyclopédie des Connaissances Inutiles, quand même.








* la surprise, ce sont les conditions du truc. la clinique était en train de déménager. Je vous ferais bien un topo des opérations, mais vous n'y croiriez juste pas. C'est resté très bon enfant grâce au professionnalisme de tout le monde là-bas, mais, c'était du genre "tiens, y pas de lavabo dans cette salle ?" "non, il n'a pas encore été livré" ou la noria de chirurgiens en tenue qui poussaient des brancards chargés de cartons (je vous jure devant Dieu, je les vu de mes yeux et j'étais à jeun). Mais bon, ça s'est très bien passé.

dimanche 8 novembre 2009

Bande de patates

Alors Blogmachin, là, la plateforme sur laquelle je déverse mes éructations, propose des outils de gestion du blog. Je viens de mettre un peu le nez dedans, pour voir.

Et il y a entre autre un listing des mots clés tapés dans Google qui vous auront amenés ici.

"Nikolavitch War Zone" arrive en bonne position. Ce qui est assez flatteur.

Mais cette position n'est que la quatrième.

Et en première position (9 personnes, quand même) (vous 9, je ne veux même pas savoir qui vous êtes. vous me faites PEUR d'emblée), vient l'énigmatique expression "patate plus".

Non, franchement, je veux même pas savoir.

samedi 7 novembre 2009

Vlad Tepes, dit Dracula



"Vous allez vous manger entre vous. Ou bien partir lutter contre les Turcs."

(Dracula, 1430 -1476)


Dracula... Le surnom du prince des Valaques est devenu au fil du temps synonyme d'horreur et de canines pointues, principalement sous l'impulsion d'un écrivain irlandais, Bram Stoker, qui le dégrada d'ailleurs au point de le faire passer pour un comte, un bien triste destin pour un voïévode qui fit trembler l'empire qui faisait trembler l'Europe chrétienne.


Tout se serait pourtant bien passé s'il n'avait pas été élevé à la cour du Sultan, comme cela se pratiquait à l'époque. En effet, il fut avec son demi-frère Radu otage des Turcs, afin de garantir la coopération de la famille, son père Vlad Dracul étant devenu par la force des choses le fantoche de l'envahisseur (le père se révolta pourtant et y laissa la vie. Mircea, le grand-frère, tenta le coup à son tour avec le même résultat. il est intéressant de noter que les otages ne furent pourtant pas exécutés).


Dès qu'il fut en mesure de prendre le pouvoir en Valachie, Vlad se retourna contre les Turcs et leur mena une guerre impitoyable, faite de coups de mains audacieux, d'intimidations et de trahisons dans les deux sens. C'est son goût pour les exécutions spectaculaires au moyen du pal qui lui valut son surnom de Tepes, l'Empaleur.


Ce qui est très intéressant, quand on se plonge dans les chroniques de l'époque, c'est de voir la machine propagandiste se mettre en route. Vlad lui-même en usa et en abusa : son surnom de Dracula signifiait en Roumain le "petit dragon", ou bien le "petit diable". Partant de ce constat, il se para d'une aura de massacreur diabolique, estimant que les gens y regarderaient à deux fois avant d'aller affronter le diable en personne. Cette approche lui valu quelques retentissants succès (mais n'impressionna pas son petit frère Radu le Bel, passé dans le camp Turc, qui fut un de ses adversaires les plus redoutables).


Mais dans le genre propagande, les chroniques en langue allemande concernant notre voïévode sont tout à fait édifiantes. Diverses factions en Autriche et en Hongrie lorgnaient sur ses territoires, et afin de justifier son annexion, dressèrent un portrait au vitriol du personnage, alignant des pages et des pages de descriptions horrifiques des sévices qu'il faisait endurer à son peuple, à ses ennemis, aux ambassadeurs qui lui déplaisaient, faisant de lui un monstre maléfique qu'il devenait urgent de chasser du trône, tel le Saddam Hussein moyen.


Il est d'autant plus amusant de les comparer avec les chroniques en vieux Slavon, qui racontent les mêmes exactions, mais en font à chaque fois une illustration de la haute moralité de Vlad, et de la mise à l'épreuve de la moralité des autres qu'elle supposait, faisant du tout une variante des contes moraux folkloriques, et de leur héros une sorte de souverain retors mais plein d'un humour guilleret quoique un peu noir. La seule chose que les chroniqueurs russes reprochent sérieusement à Dracula, c'est de s'être converti au catholicisme sur la fin, défection papiste qui, pour eux, s'apparentait à de la trahison. Comme quoi tout est toujours relatif…

Traducs dans les bacs

Si vous allez chez votre libraire préféré et que vous voulez compléter vos oeuvres complètes de Niko il traditore, voilà ce que vous risquez de trouver ces jours-ci :

Chez Panini :
Solomon Kane 1
Project Superpowers 2
Terror Inc
The Boys 4

Chez Delcourt :
Intégrale Spawn 7
Clone Wars Aventures 3
Et le Chroniques de Spawn 27, aussi, en kiosque.

vendredi 6 novembre 2009

De nouveaux extraits de Crusades

C'est des tas de pages en couleur et lettrées.

C'est sur le site des Humanos.

C'est à dire ici !

C'est à dire ici aussi !

Paul Myron Anthony Linebarger, dit Anthony Bearden, dit J. W. Doublewood, dit Felix C. Forrest, dit Carmichael Smith, dit Cordwainer Smith




"Il n'existe pas de meilleur moyen d'apprendre le métier de la propagande que d'être totalement soumis à la propagande d'un autre."
(Paul Linebarger,1913-1966)

Les barbouzes ont-ils une âme ? La question mérite d'être posée, quand on voit le cynisme total et le mépris des plus élémentaires convenances (du genre respect des droits de l'homme en général et de la vie humaine en particulier) dont fait généralement montre la corporation barbouzarde dans son ensemble (appelées aussi communauté du renseignement, c'est plus élégant). Même ceux qui en sortent ont du mal à s'en extraire totalement : ceux qui deviennent écrivains continuent à ressasser des version plus ou moins idéalisées de leur ancien travail, comme Ian Fleming ou John Le Carré.

Quoiqu'il ait, à l'instar de ses collègues, donné lui aussi dans le roman d'espionnage, Cordwainer Smith est un cas un peu à part, connu à l'état-civil et chez les barbouzes sous le nom de Paul Linebarger, auteur de La Guerre Psychologique, un petit manuel qui fait encore référence. Son pays avait régulièrement recours à sa connaissance intime de l'extrême Orient, et il revint de Malaisie et de Corée avec le grade de colonel.

En tant qu'écrivain, outre ce qui était lié de près ou de loin à son activité de consultant en interrogatoires, retournement d'agents ennemis et propagande ciblée, Cordwainer Smith a ajouté sa pierre à l'édifice de la science-fiction avec le cycle des Seigneurs de l'Instrumentalité, un ensemble de nouvelles et de romans brossant l'histoire d'un improbable futur, souvent raconté du point de vue de gens situés plus loin encore dans ce même futur. À la lecture de ce cycle, on peut répondre à la question posée plus haut : oui, les barbouzes peuvent avoir une âme. En tout cas, Smith/Linebarger en avait une, et c'était une âme de poète visionnaire. Bardé d'idées, élégant dans ses tournures, délicat dans ses concepts, son cycle est un monument qui fut d'ailleurs largement pillé par la suite, tant par des auteurs de science-fiction que de bandes dessinées : Frank Herbert a tapé dans la caisse, mais aussi Philip José Farmer, Howard Chaykin et même Warren Ellis (vous vous rappelez la pluie de Chinois dans le premier arc d'Authority ? Elle est décrite dans Les Seigneurs de l'Instrumentalité).

Généralement, le propagandiste est un auteur dont il convient de prendre l'œuvre avec des pincettes, le propos parasitant généralement l'exécution. Chez Smith, rien de tel, son œuvre d'auteur étant totalement séparée de son travail de propagandiste, constituant une relaxation, une ouverture sur autre chose, un moyen de prendre de la distance. Ce que ne savent plus faire les publicitaires qui se piquent d'art, se vautrent dans les pires travers de la propagande à l'ancienne et expliquent qu'Internet est une saloperie alors que la Rolex c'est génial tout en faisant des pieds et des mains pour consommer le temps de cerveau disponible de gens parfois réduits à moins humains que les délicats hommes-animaux luttant pour leur liberté que nous narra jadis Libebarger, quand il n'était pas exactement lui-même.

Edgar Allan, lama sabachtani ?

Dans mon rêve de cette nuit, j'étais suivi partout par une chanson de Jacques Higelin à la guitare sèche qui expliquait que, puisqu'Edgar Poe était crevé, on allait tous mourir un jour nous aussi. C'était à la Higelin, donc assez guilleret malgré tout.

C'est con que j'ai pas pu noter l'air (je suis trop une buse en solfège, de toute façon) ni les paroles exactes, parce que c'était quand même assez sympa et je lui aurais bien envoyé le machin.

Même si, sur le principe, la notion de "je rêve de Jacques Higelin" a un côté assez flippant.

jeudi 5 novembre 2009

Hassan Ben Ali Ben Mohammed Ben Ja'fr Ben Hussein Ben Mohammed al Sabbah al Hamiri, dit Hassan Ibn Sabbah, dit le Vieux de la Montagne



"Rien n'est réel, tout est permis."

(Hassan Ibn Sabbah, 1034 ? - 1124 ?)


La langue française doit un mot à Hassan Ibn Sabbah : assassin. En effet, ce terme dont la connotation est plus que péjorative vient, dit-on, de haschischin, un terme persan signifiant, selon les sources, gardien de la foi ou fumeur de haschisch. Selon une légende jamais totalement vérifiée (mais colportée en occident par Marco Polo en personne, c'est dire si c'est du sérieux), Hassan aurait pris le contrôle, sur la montagne d'Alamut, d'une forteresse dans laquelle il droguait au haschisch de jeunes hommes, avant de leur faire découvrir un jardin des délices dans lequel de superbes jeunes filles se livraient sur leurs corps à des actes réprouvés par la morale et Télérama. À l'issue de quoi, le Vieux les droguait à nouveau, avant de les réveiller dehors. Ensuite, le pacte était simple : les garçons pourraient retourner dans ce paradis seulement après avoir accompli une mission consistant généralement, qui l'eut cru, en un assassinat. Inutile de dire qu'ainsi fanatisés, ces sicaires semaient la terreur dans tout le Proche-Orient.


On ignore si la secte survécut sans casse à son fondateur, qui avait l'avantage, contrairement à d'autres, de réellement laisser entrevoir à ses ouailles les splendeurs du paradis. Comme beaucoup de gourous, ceci dit, il ne croyait pas à ses propres fables, son action était avant tout politique, la religion n'étant pour lui qu'un prétexte et un outil, ce qui fait du Vieux un proto Ben Laden, à la différence près que, pour faire planer ses hommes, il n'avait pas besoin d'avions.


Selon Marco Polo, une intervention massive de la grande puissance militaire d'alors, les Mongols, a mis fin au règne de terreur des Haschischins. Alamut fut rasée et détruite, le Nid de l'Aigle devenant la proie des vautours. Pour la petite histoire, Hülegü Khan, le général mongol qui détruisit la secte, un descendant de Temujdin, excusez du peu, est un personnage qui traine ses babouches dans Crusades, un excellent album de BD qui sortira courant janvier. (Ouais, j'en profite pour faire grassement ma pub. Et alors ? C'était ça ou je vous expliquais mes histoires d'enduits et de peinture, avouez que c'est plus intéressant, un petit cours d'histoire à la bonne franquette qui est essentiellement constité de textes qui trainaient sur mon disque dur sans profiter à personne)


Ce qu'on sait moins (qu'on ne sait même pas du tout, mais un bas-relief assyrien exposé au British Museum donne en tout cas à l'entendre), c'est que le Vieux n'était pas le premier agitateur à se retrancher sur cette montagne qui lui servait de Nid d'Aigle. En effet, le bas-relief en question raconte une campagne victorieuse du roi d'Assyrie de l'époque contre la forteresse d'Allamu, censément située aux alentours du Kurdistan, ou au Nord de l'Iran, donc sur le théâtre des exploits d'Hassan et de ses sbires, mais deux mille ans plus tôt. Coïncidence ? Peut-être, puisque les chroniques du temps prétendent qu'Alamut a été construite en 840 de notre ère. Mais une coïncidence suffisamment belle pour mériter d'être un peu plus que ça. Tout comme la légende d'Hassan est assez forte pour mériter d'être vraie, même si elle ne l'est pas. Ou pas totalement.

mercredi 4 novembre 2009

La pomme de terre, plus noble conquête de l'homme





Vous me direz, la patate, y a peut-être pas de quoi en faire tout un plat, non plus. Déjà, je vous répondrais qu'il faut être extrêmement vulgaire ou au moins Anglais pour appeler "patate" le noble tubercule amené sous nos latitudes par Parmentier, auquel on a offert une station de métro à son nom peu après, en remerciement, tubercule qui ne doit en aucun cas être confondu avec la patate, autre tubercule originaire d'Amérique du Sud, comme la Pomme de Terre, mais qui a essaimé un peu partout. Bon, comme la pomme de terre aussi. Foutez-moi tranquille, ça n'a pas du tout le même goût, quoi, merde !

Et depuis, sur nos tables, la pata... La pomme de terre a la frite, qu'elle se fasse sauter, en robe de chambre ou qu'elle ait ses vapeurs. Pas forcément dans cet ordre, d'ailleurs. Et c'est des champs, la robe, confondons pas tout non plus, quoi, merde encore.

Mais l'homme ne se nourrira pas que de frites seulement, avait sagement décrété monsieur Barilla (qui n'a pas de station de métro à son nom, mais qui connait très bien Gérard Depardieu, qui a pourtant une patate à la place du nez, allez comprendre), et de fait, c'est comme tout, il ne faut pas en abuser. D'ailleurs, je m'en étais enquis auprès d'un diététicien : pensant que, la pomme de terre étant un légume, manger cinq pommes de terres par jour me mettait en règle avec l'injonction dite "des cinq fruits et légumes pour votre santé". Il ne m'a pas répondu. Ou alors, se faire sortir à grands coups de pompes au cul constitue une réponse. C'est possible aussi. Auquel cas elle n'était probablement pas positive.

Il suffit de se payer un cageot de 25 kilos de pat... pommes de terres, et de se faire expliquer juste après qu'on n'aura pas le droit, dictature bientêtriste et nutritionazie obligent, d'en manger cinq par jours tous les jours que Dieu fait, pour comprendre l'étendue de mon désarroi. Etant nanti (sans doute par erreur) d'un fond de civisme écologique qui me pousse à économiser l'eau en la remplaçant par divers produits alcoolisés, rouler à pied et faire caca sur les plates-bandes pour leur donner de l'engrais, je me dis qu'il faut trouver un bon moyen de recycler ces aimables tubercules qui, sinon, seraient perdus.

Un site internet de bricolage pour les petits et les grands me rappelle à la vieille astuce qui consiste à tailler des pommes de terre pour en faire de jolis et très pratiques tampons encreurs (assez peu durables, par contre, comptez une demi-pomme de terre pour une dizaine de cartes de voeux, à peu près).

Encore faut-il avoir le temps de prendre son canif pour tailler des motifs. Ce qui peut s'avérer un problème (cela peut même considérablement allonger les pensums de type cartes de voeux si vous décidez de vous faire toute la typo à la patate). C'est ce qui m'empêche aussi, d'ailleurs, de consacrer beaucoup de temps à des expériences de sculptures sur pomme de terre, alors que je comptais bien devenir l'Auguste Rodin des solanacées :

Ci-dessus, la Belle de Fontenay


Bon, je sais qu'on peut aussi en faire de la gnôle (mais le diététicien va encore faire la gueule, ces gens-là ne sont pas conciliants) et des paratonnerres artisanaux en camping (efficacité promise par des générations de baroudeurs en patatau... pardon, Pataugas, mais jamais vérifiée).

Mais le roi de la pomme de terre, en, fait, ce n'est pas Vico. C'est Monsieur Irvin Kershner, de Philadelphie, qui a trouvé une manière géniale de recycler la pomme de terre en grand pour en faire de magnifiques champs d'astéroïdes* qui agrémenteront joliment les bords de vos routes spatiales.



Enfin, voilà, tout ça pour vous dire d'arrêter les conneries. La pa...omme de terre, c'est bon. Mangez-en.





*Authentique ! (note aimablement fournie par Monsieur Jean Michel Charlier)

Remember the fifth of november

Moi qui pensais souffler un peu en Novembre (et me consacrer à ma petite famille, à mes travaux et, soyons fous, à mes prochains scénars), j'en suis pour mes frais.

à traduire ou en cours de traduction : du Spawn (le prochain numéro du mag, bien sûr, mais aussi le prochain tome de l'intégrale), The Nobody (un joli graphic novel Vertigo), des raccords sur Tank Girl, et un truc qui s'appellera Irrécupérable en VF (avec un titre pareil, forcément, c'était pour moi, vous pensez bien). Et j'ai une pile de nom de Zeus pour Décembre, avec entre autres ce qui devrait être le tome 6 de The Boys, avec Huggie en mission d'infiltration chez les X-Me... Pardon, les G-Men. Et va encore y avoir du poil d'arraché, des gros mots que y a que moi qui les connais et et des flaques de substances qu'il vaut mieux ne pas chercher à identifier.

mardi 3 novembre 2009

Laisser le temps OTAN

C'est vrai que, tant d'années après, poursuivre un homme, fusse-t-il un ancien chef d'état, cela semble un peu exagéré. Surtout un homme qui a fait si longtemps partie de la vie politique de son pays, dont la calvitie naissante et les grosses lunettes ont longtemps été la marque. Un homme qui a fait l'histoire.

Mais non, pas Chirac, triples buses !

Les Polonais jugent le général Wojciech Jaruzelski, qui dirigea le pays pendant une époque compliquée, et qui participa à sa façon à la chute du régime. En tant que dictateur à abattre. Maintenant, c'est un vieux monsieur, avec encore moins de cheveux et des carreaux encore plus épais. Le temps a un peu adouci ce qui avait été une mine assez spectaculairement caricaturale de méchant dans un film de James Bond, des années avant Vladimir Poutine.

Faut-il juger le Général ? J'en sais juste rien, moi qui ai pourtant l'habitude des jugements à l'emporte-pièce. Quand j'étais ado, ce type était une image du mal, comme Pinochet, Klaus Barbie ou Dorothée.

Maintenant, le temps a passé. La Pologne a changé. On trouve des qualités à Jaruzelski comme on en a trouvé à Reagan après sa mort. D'ailleurs, je croyais qu'il était mort, Jaruzelski, comme Erich Honecker. Mais non, il est toujours là. Et le dernier Polonais a nous avoir fait aussi peur que lui, il était plombier.

lundi 2 novembre 2009

Dernière minute

Le forum de Superpouvoir est enfin de retour. Après un accident qui l'a rendu amnésique de tous les évènements entre à peu près le 11 septembre et hier.

On remerciera Nico D. qui a bossé comme un dingue pour sauver ce qui était sauvable.

Dans l'intervalle, j'ai créé cette nouvelle Warzone ici-même. J'ignore encore si j'en ferai le suivi intégral sur superpouvoir ou si elle reste ici. On verra bien.

En tout cas, champagne.

dimanche 1 novembre 2009

Sur le volcan




Premier Novembre 2009, jour des morts. 70 ans après l'action d'Au-dessous du Volcan.

Il y en a à dire sur cet horrible bouquin… Horrible, le mot est peut-être mal choisi, d’ailleurs. Et pourtant, Au dessous du volcan véhicule de l’horreur. Il en transpire à toute les pages, il en exhale presque à chaque mot. Malcolm Lowry a flirté pendant des années avec le fond du gouffre, à tel point qu’il a fini par s’y engloutir à jamais. Son roman en est l’illustration, à la fois commentaire et message d’adieu*, mise en garde et justification. Et accessoirement, à mon sens, un des romans du siècle.

Pourquoi s’intéresser à ce consul dépressif, arrivé au dernier degré d’un processus autodestructeur ? Par pitié, sans doute. Oui, on va dire que c’est par pitié, c’est plus sécurisant. Et que va-t-on chercher dans cette petite ville perdue du Mexique, écrasée par la silhouette du volcan ? Rien, si ce n’est une forme d’oubli. Restent six cent et quelques pages qui couvrent une période d’à peu près vingt-quatre heures. Vingt-quatre heures de la vie du consul et vingt-quatre heures de la vie de sa femme venue le retrouver…

La mort est partout, dans la fête des morts qui bat son plein, mais aussi au bout du chemin. C'est aux vivants de recoller les derniers morceaux, jusqu’à ce qu’il meurent eux aussi. Telle est la terrible leçon du Volcan. Le reste n’est qu’un déferlement de sensations brutes, de visions banales ou effrayantes, de souvenirs ressassés et d’espoirs déçus. Un constat d’échec amer et définitif, fait dès les premières lignes, dans les conversations tenues un an après par les amis et les connaissances du couple.

Que hombre ! Voilà ce qu’il reste du consul un an plus tard. Pas un jugement de valeur, pas même un commentaire, juste le reste fugitif d’une aura. Quel homme… Un saint dans son genre, un anachorète qui a choisi la voie de mortification la plus terrifiante : la fange, l’alcool, la perte inéluctable de toute conscience du monde, de toute conscience de soi, de tout respect envers soi-même. Le consul parvient à un détachement mental par la déchéance, contrairement aux bouddhistes qui le cherchent dans l’élévation, ou à ses maîtres avoués, les kabbalistes. Le Bouddha par immersion dans le monde, et non plus par retrait. Concept monstrueux et génial, que n'avaient fait qu'effleurer quelques sectes gnostiques du début de notre ère, et dont on nous donne ici l'évangile.

C’était peut-être cette justification ultime que cherchait Lowry. Mais sans illusions : le consul meurt d’une façon décevante, presque par erreur, sans avoir trouvé d’autre lumière que celle du Farolito, une misérable cantina pouilleuse. Lowry savait que sa quête d’absolution était vouée à l’échec, il n’en attendait rien. Il continuait à chercher, c’est tout.

Et c’est l’essence de toute grande quête, d'ailleurs. Gilgamesh échoue. Jésus ne devient pas roi des juifs, si ce n’est par dérision. Le Perceval de Chrétien de Troyes se perd en digressions et n’achève jamais sa recherche du Graal. Les deux officiers de l’armée des Indes perdent le Kafiristan, par amour ou par orgueil, ce qui est peut-être la même chose. Le consul est pris pour un autre et abattu sans autre forme de procès, pour donner un point final à l’ouvrage.

Le but ne compte pas, c’est le voyage qui est intéressant, vieille antienne devenue tarte à la crème quelques temps plus tard, de la beat generation. Et puis une fin plaisante ne marque pas la mémoire, ils furent heureux et il eurent beaucoup d’enfants, point d’orgue décevant et convenu. Une quête vouée à l’échec nous confronte à la réalité de toute vie vouée à la mort, de tout projet qui finit par capoter, ou dévier de son objectif initial, de toute création artistique qui n’est jamais aussi belle une fois réalisée que lorsqu’elle avait été rêvée par son maître d’oeuvre…

C’est bien cela, la leçon essentielle du Volcan. Continuez à chercher. Continuez à vous battre contre vos démons, fussent-ils des moulins à vent. Pas pour vaincre, c’est impossible, mais pour le principe. Parce qu'il n'y a que ça à faire. Parce que c'est ça ou la résignation, qui est une forme de mort bien plus abjecte. Ou alors juste parce que c’est beau.

Ou peut-être parce que c’est ça qui fait de nous des êtres humains, allez savoir.






* Non, en vrai, il est pas mort tout de suite après avoir fini le bouquin, hein.