vendredi 6 novembre 2009

Paul Myron Anthony Linebarger, dit Anthony Bearden, dit J. W. Doublewood, dit Felix C. Forrest, dit Carmichael Smith, dit Cordwainer Smith




"Il n'existe pas de meilleur moyen d'apprendre le métier de la propagande que d'être totalement soumis à la propagande d'un autre."
(Paul Linebarger,1913-1966)

Les barbouzes ont-ils une âme ? La question mérite d'être posée, quand on voit le cynisme total et le mépris des plus élémentaires convenances (du genre respect des droits de l'homme en général et de la vie humaine en particulier) dont fait généralement montre la corporation barbouzarde dans son ensemble (appelées aussi communauté du renseignement, c'est plus élégant). Même ceux qui en sortent ont du mal à s'en extraire totalement : ceux qui deviennent écrivains continuent à ressasser des version plus ou moins idéalisées de leur ancien travail, comme Ian Fleming ou John Le Carré.

Quoiqu'il ait, à l'instar de ses collègues, donné lui aussi dans le roman d'espionnage, Cordwainer Smith est un cas un peu à part, connu à l'état-civil et chez les barbouzes sous le nom de Paul Linebarger, auteur de La Guerre Psychologique, un petit manuel qui fait encore référence. Son pays avait régulièrement recours à sa connaissance intime de l'extrême Orient, et il revint de Malaisie et de Corée avec le grade de colonel.

En tant qu'écrivain, outre ce qui était lié de près ou de loin à son activité de consultant en interrogatoires, retournement d'agents ennemis et propagande ciblée, Cordwainer Smith a ajouté sa pierre à l'édifice de la science-fiction avec le cycle des Seigneurs de l'Instrumentalité, un ensemble de nouvelles et de romans brossant l'histoire d'un improbable futur, souvent raconté du point de vue de gens situés plus loin encore dans ce même futur. À la lecture de ce cycle, on peut répondre à la question posée plus haut : oui, les barbouzes peuvent avoir une âme. En tout cas, Smith/Linebarger en avait une, et c'était une âme de poète visionnaire. Bardé d'idées, élégant dans ses tournures, délicat dans ses concepts, son cycle est un monument qui fut d'ailleurs largement pillé par la suite, tant par des auteurs de science-fiction que de bandes dessinées : Frank Herbert a tapé dans la caisse, mais aussi Philip José Farmer, Howard Chaykin et même Warren Ellis (vous vous rappelez la pluie de Chinois dans le premier arc d'Authority ? Elle est décrite dans Les Seigneurs de l'Instrumentalité).

Généralement, le propagandiste est un auteur dont il convient de prendre l'œuvre avec des pincettes, le propos parasitant généralement l'exécution. Chez Smith, rien de tel, son œuvre d'auteur étant totalement séparée de son travail de propagandiste, constituant une relaxation, une ouverture sur autre chose, un moyen de prendre de la distance. Ce que ne savent plus faire les publicitaires qui se piquent d'art, se vautrent dans les pires travers de la propagande à l'ancienne et expliquent qu'Internet est une saloperie alors que la Rolex c'est génial tout en faisant des pieds et des mains pour consommer le temps de cerveau disponible de gens parfois réduits à moins humains que les délicats hommes-animaux luttant pour leur liberté que nous narra jadis Libebarger, quand il n'était pas exactement lui-même.

5 commentaires:

  1. Ça y en être foutrement intéressant d'autant que je ne connais pas du tout cet auteur, hormis de nom, hein faut pas pousser mémé dans les orties quand même.

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  2. Ah, je peux t'assurer que ça gagne à être connu (et ça a été réédité dans une belle édition remaniée et complétée chez J'Ai Lu SF, il y a de ça trois ou quatre ans, donc facilement trouvable).

    ça a certes vieilli (mais moins qu'un Edmond Hamilton de la même époque, par exemple), mais certaines nouvelles ont une puissance d'évocation absolument terrible. D'autant que Smith était quelqu'un de très cultivé, et que les jeux de références littéraires abondent, ce qui contribue souvent à enrichir le récit, à l'éclairer subtilement.

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  3. Et quand Denoël a réédité Les Loups des étoiles d'Hamilton, ça a été le plus rapide épuisement de tirage de l'histoire de la collection Lunes d'Encre.

    Autant dire que même ce qui a vieilli peut garder ses charmes.

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  4. Et là, je te scotche: j'arrive pas à copier le lien, mais va voir sur mon blog à la date du 18 septembre...

    Gino

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  5. Hop, deux réponses en unes :

    à Manti : c'est clair que j'ai adoré les Loups des Etoiles, j'ai rien contre la SF à Papa et rien contre Hamilton (j'ai préparé une fiche sur lui, que je posterai un de ces quatre). Et quand j'étais libraire, j'en ai dépoté un paquet, de Starwolves : les "origines secrètes de Han Solo", les gens se ruaient dessus.

    à Gino : wow, en effet, superbe histoire ! j'avais loupé ça - et le post précédent avec la version vintage d'Indi, fabuleux-

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